The greatest gift

Traduction par Brigitte

Le plus grand des cadeaux

Une neige légère tombait derrière la fenêtre, saupoudrant la rue d’une blanche lumière. Elle n’avait jamais beaucoup aimé la neige jusqu’à présent, mais maintenant elle regardait les minuscules flocons avec une fascination toute neuve. La neige était la dernière belle chose qu’elle verrait dans sa vie, et elle voulait la capturer pour l’éternité.
Sarah Mackenzie avait enfin accepté le fait qu’elle allait mourir. Il lui avait fallu presque trois heures à regarder son sang couler le long de son bras pour se répandre sur le sol en béton, mais elle ne trouvait pas de moyen de se sauver cette fois ci. Ses poignets était menottés à un poteau de fer inamovible, et tout ce qu’elle aurait pu utiliser comme outil lui avait enlevé des heures plus tôt. Elle s’était battue contre les liens pendant un long moment mais l’effort n’avait fait que l’affaiblir davantage.
La journée avait si bien commencé. Elle avait gagné son affaire, une histoire de jeune marin de dix-neuf ans en possession d’alcool, et elle avait même eu le temps d’acheter le cadeau de Noël du petit AJ. Quand elle avait ouvert la porte de son immeuble, Clark Palmer avait été la personne la plus éloignée de son esprit – et c’était précisément la raison pour laquelle il avait choisi de frapper à ce moment.
Quelque soit la drogue qu’il lui avait administrée, elle avait depuis longtemps arrêté de faire de l’effet, lui laissant la douleur sourde causée par l’entaille sur son poignet.  » Un suicide, c’est tellement simple et pourtant si dramatique  » avait commenté l’agent spécial devenu tueur free lance pendant qu’il l’attachait au pilier.  » C’est loin d’être ce que j’ai fait de mieux, mais ça va servir mes propos.  »
 » Non, pas du tout  » rétorqua t’elle plus par désespoir que pour autre chose.  » Personne ne va croire que je me suis tuée.  »
 » C’est parfaitement vrai. J’essaie seulement de me donner un peu de temps pour disparaître  » Palmer lui avait adressé un sourire proprement diabolique.  » Je n’ai pas besoin de convaincre tout le monde. J’ai juste besoin de convaincre tout le monde sauf Harmon Rabb.  »
Espérant le faire continuer à parler, elle insista.  » Alors c’est encore un de vos plans compliqué pour jouer à des devinettes avec Harm ?  »
 » Hé, tout le monde a le droit d’avoir un passe-temps. Je m’occuperai de lui tôt ou tard, mais pour l’instant je veux le voir souffrir.  »
Il n’avait pas dit grand chose d’autre, finissant sa mise en scène et verrouillant un serrure en sortant.  » Je vous revois bientôt Sarah. Quoique je ne m’attends pas à ce que vous me voyez.  »
Et maintenant elle était allongée là, tournant et retournant les possibilités dans sa tête jusqu’à ce que la perte de sang commence à faire sentir ses effets. Harm va me trouver, se répétait elle, mais finalement un lugubre sens des réalités détruisit cet espoir. Personne ne savait qu’elle était sortie. Et même si quelqu’un le savait, personne ne pouvait savoir où elle était – bon sang, elle ne le savait pas elle-même. Harm avait déjà réalisé des trucs impossibles dans le passé, mais cette fois ci c’était au-delà de ce que même lui pouvait faire. Pendant qu’elle en avait encore le temps, il fallait qu’elle fasse la paix avec elle-même.

Le lieutenant Colonel Sarah MacKenzie se prépara à mourir, seule, sur le sol d’un entrepôt vide, victime d’un tueur bizarre et sans cœur. Alors que la conscience s’échappait d’elle, elle sentit un calme étrange la recouvrir…

Mac ouvrit les yeux sur le néant, un oubli blanc et lumineux.  » Bonjour, Sarah  » dit une voix qu’elle ne connaissait pas et elle se retourna. Ou bien la silhouette devant elle était elle juste apparue là ? Elle ne pouvait pas en être sûre. Elle n’avait plus mal nulle part : en fait, elle sentait à peine son corps.  » Oh mon Dieu  » murmura t’elle  » je suis morte.  »
 » Non, pas encore. C’est pour cela que je suis ici.  » Une jeune femme vêtue d’une longue robe blanche et brillante s’avança vers elle avec un sourire serein.  » N’aie pas peur. Je suis Espérance, ton guide.  »
 » Un guide pour quoi ?  » Mac regarda autour d’elle, le doute obscurcissant ses yeux.  » Est ce que c’est un rêve ?  »
 » Si tu veux penser que j’en suis un, tu peux. Je ne suis pas là pour mettre en question ta foi ou tes croyances. Habituellement, pourtant, on me classe dans la catégorie des anges.  »
 » Un ange ? Vous ne devriez pas avoir des ailes ?  »
La jeune fille – Espérance – haussa gracieusement les épaules et une paire d’ailes immenses et scintillantes apparut.  » Je ne sais pas qui sur terre a eu cette idée. Elles ont tendance à faire peur à plus de personnes qu’elles n’en réconfortent.  » Les ailes disparurent. Je suis sûr que tout ceci semble très bizarre mais il est important que tu garde l’esprit ouvert. Je suis ici pour t’aider, Sarah, pour t’aider à voir pourquoi tu ne dois pas renoncer. Tu dois faire le choix de vivre.  »
 » Je n’ai plus vraiment l’impression de pouvoir encore faire ce choix.  »
 » C’est seulement une impression. Viens avec moi. Je vais te montrer ce que je veux dire.  »
Et avec un geste de sa main, elles disparurent –
– pour se retrouver au milieu du Département Opérations du JAG. Mac regarda autour de la pièce, mal à l’aise. C’était aussi plein d’activité que d’habitude, mais quelque chose n’avait pas l’air de coller. Elle ne reconnaissait pas beaucoup des personnes qui passaient rapidement près d’elle, et elle aurait pu jurer que les murs n’étaient pas de cette teinte de gris avant.
Comme si elle lisait dans ses pensées, Espérance lui expliqua.  » Ceci est le futur tel qu’il serait si tu mourais ce jour là. Six années ont passées. Tes amis, ceux que tu aimais – leurs vies sont très différentes.  »
Un lieutenant se précipita dans le bureau, ajustant sa veste en marchant. Il s’arrêta juste devant le bureau du sergent artilleur Galindez où il reçut un regard désapprobateur.  » Bonjour, Gunny  » dit le jeune officier avec prudence.  » Je suppose que le commandant n’est pas particulièrement heureux en ce moment.  »
 » Et bien, il allait très bien jusqu’au moment où il a reçu un appel du NCIS de Norfolk il y a environ vingt minutes.  » Le marine croisa les bras.  » Vous ne seriez pas au courant de ça, par hasard, lieutenant ?  »
 » Les nouvelles voyagent vite. Combien de temps me reste t’il à vivre ?  »
 » Il est au téléphone avec le quartier général du NCIS, discutant de juridiction et essayant de sauver vos fesses. Je dirais qu’il vous reste trois minutes, plus ou moins.  »
Mac écoutait l’échange avec une curiosité croissante.  » ‘Le commandant ‘ ? L’Amiral Chegwidden n’est …  »
 » Il a pris sa retraite, il y a un peu plus d’un an  » répondit facilement Espérance.
 » Je pense que plus les choses changent, plus elles restent semblables.  » Elle sourit.  » Je me souviens d’ Harm faisant des entrées semblables un certain nombre de fois.  »
 » C’est drôle que vous parliez de ça …  » L’ange se poussa de la porte qui ouvrait sur le bureau du JAG. Les lettres dorées immaculées indiquaient Capitaine de vaisseau Harmon Rabb, Jr.  » Il devrait bientôt recevoir son étoile.  »
 » Whaou,  » dit Mac doucement.  » Félicitations, pilote.  » Il était difficile d’imaginer son partenaire, qui s’était fait une spécialité de contourner le règlement, comme étant maintenant l’autorité qui obligeait les autres à respecter ce même règlement. Mais il n’avait jamais été moins que passionné à rechercher la justice sous toutes ses formes, et elle n’avait aucun doute sur le fait qu’il devait remplir avec conviction ses fonctions.
A ce moment, elle entendit sa voix de l’autre côté de la porte, mortellement calme.  » Lieutenant Merrick, au rapport.  »
Le lieutenant échangea un regard avec Galindez.  » Ravi de vous avoir connu, sergent artilleur.  » Il releva la tête et se dirigea à grands pas vers le bureau de son supérieur.
Mac le regarda passer juste devant elle sans broncher.  » Ils ne peuvent pas nous voir ?  »
 » Nous ne sommes pas vraiment ici et donc nous ne pouvons avoir aucune influence sur eux. Nous sommes de simples observateurs. Cela ne marche pas vraiment comme dans ce film. Tu sais, quand une cloche sonne, c’est qu’un ange gagne ses ailes ?  » Espérance souleva un sourcil.
 » Je n’ai jamais été une grande fan de ‘La Vie est belle’, de toute façon. Même quand c’est à cette période de l’année.  » Mac ne prit pas la peine de se demander comment elle s’y connaissait en films. Elle semblait tout savoir.  » On peut entrer ? J’aimerais voir Harm, même s’il ne peut pas me voir.  »
 » C’est pour cela que nous sommes ici.  » Espérance posa délicatement la main sur son bras.  » Il faut que je te prévienne, Sarah. L ‘homme qui est à l’intérieur n’est plus le Harm dont tu te souviens. Beaucoup de choses se sont produites en six ans. Je veux seulement que tu sois prête.  »
Elle fit oui de la tête, mais le ton sérieux dans la voix de la jeune fille la fit frissonner.  » Je le suis.  »
 » Alors passe la première.  »
Elle tendit la main vers la poignée de la porte, mais sa main passa à travers comme s’il n’y avait rien. Elle sursauta et regarda Espérance en quête d’une explication, mais l’ange sourit seulement et traversa le mur sans effort. Secouant la tête devant le surréalisme de tout ça, elle suivit.
Dans le bureau du Juge Avocat Général, le lieutenant Merrick se tenait au garde à vous devant son commandant, s’attendant au pire. Le commandant Rabb était assis derrière l’imposant bureau en chêne, des yeux bleu de glace reflétant la colère qu’il avait réussi à bannir de sa voix.  » Vous avez une explication à me donner, Lieutenant ?  » demanda t’il tranquillement.
 » Monsieur, j’ai pensé que c’était le seul moyen …  »
 » La réponse correcte est ‘Non, Monsieur’. Parce que je ne vois pas quelle autre explication plausible vous pourriez avoir pour avoir créé le bazar que vous avez créé cette nuit. Il va falloir des mois pour réparer les torts que vous avez causé à l’autorité de ce bureau avec votre descente.  » Il se leva de sa chaise, surplombant le jeune officier silencieux.  » Je ne veux jamais recevoir un autre appel comme celui que j’ai eu ce matin. Est ce qu’il y a quelque chose qui vous reste obscur dans ce que j’ai dit ?  »
 » Non, Monsieur.  »
 » Bien « . Le JAG se rassit, et sa colère s’estompa un peu.  » Maintenant, dites moi comment vous avez pénétré dans la salle de simulation du Centre de Contrôle Naval.  » Le jeune homme hésita.  » Repos, Merrick. Je veux juste savoir comment diable vous avez fait ça.  »
 » Je me suis faufilé avec l’équipe de nettoyage, Monsieur. J’ai un ami qui a fait toutes ses années d’université en lavant les sols, et il disait toujours que vous apprenez tout ce que vous voulez savoir comme ça. Enfin, jusqu’à un certain point, bien sûr.  »
 » Il avait raison ?  »
Merrick se détendit un peu.  » Oui, Monsieur. Les compte-rendus étaient bien là, et les résultats du navigateur étaient excellents. Son commandant a dû falsifier son dossier.  »
Le capitaine Rabb hocha la tête et s’appuya contre le dossier du fauteuil.  » Ecoutez, Merrick, je ne vais pas rester ici à vous dire que tout doit se passer exactement selon les règles. Ma réputation à elle seule serait une preuve suffisante du contraire. Mais vous devez choisir vos batailles, ou vous courez le risque de vous faire quelques ennemis puissants. L’Aéronavale a parfois beaucoup de mémoire. La bonne nouvelle, c’est que la plupart du temps, vous pouvez contourner un obstacle sans avoir à utiliser un bulldozer pour le démolir. Et si vous avez le dos au mur, venez me voir. Je suis prêt à monter au créneau pour mes équipes, à condition qu’elles me donnent une bonne raison pour ça.  »
 » Oui, Monsieur. J’y réfléchirai de façon plus approfondie la prochaine fois.  »
 » Ca me convient. Rompez.  »
 » Oui, Monsieur. Merci, commandant.  » Le lieutenant tourna les talons et se dirigea vers la porte, mais s’arrêta à mi-chemin.  » Euh, Monsieur ?  »
Il leva les yeux de ses dossiers.  » Autre chose, lieutenant ?  »
 » Au sujet de tactiques non conventionnelles … Ce n’est pas vraiment mon affaire, Monsieur, mais j’ai entendu des rumeurs au sujet d’une affaire, il y a longtemps, où quelqu’un a tiré avec une arme automatique dans le tribunal. J’ai posé la question au capitaine Roberts à ce sujet, mais il m’a dit d’oublier.  »
Il y eut un soupçon d’amusement dans l’expression du commandant.  » Je me doute que c’est ce qu’il a dit. Une vieille histoire, Merrick, il y a probablement plus de dix ans, maintenant. Mais si je m’en souviens bien, cela avait démontré le point litigieux.  »
 » Alors c’est vraiment arrivé ?  » Merrick secoua la tête, stupéfait.  » J’aimerais rencontrer l’avocat qui a eu …  » Sa voix mourut pendant qu’il commençait à comprendre.  » Vous, commandant ?  »
 » Moi, lieutenant. Et j’en entends encore parler. Alors prenez ça comme un avertissement.  »
 » Oui, Monsieur.  » Le jeune avocat se mit au garde à vous et sortit rapidement, laissant son officier supérieur perdu dans ses pensées.
 » Les marines ne se planquent pas  » dit il doucement en se souvenant de ce jour.  » Ils se mettent à couvert, mais ils ne se planquent pas.  »
Invisible, Mac le regardait depuis le coin de la pièce, se rendant compte combien ce souvenir lui était pénible. Est ce que c’était le souvenir d’elle qui le faisait souffrir ? Elle ne pouvait pas le dire ; il avait l’air encore plus prudent qu’avant. Dans sa carrière, au moins, tout semblait aller bien. Il n’y avait pas d’anneau à sa main gauche, et aucun signe d’une famille : la seule photo sur son bureau était celle du petit AJ. Leur filleul devait avoir pas loin de huit ans maintenant … Elle sourit intérieurement, pensant qu’il devait être particulièrement adorable.
Elle étudia le visage de son ami. Toujours aussi beau qu’avant, Harm était aussi clairement plus vieux. Il y avait quelques mèches blanches sur ses tempes, et des rides autour de ses yeux qui racontaient une tension longtemps contenue. Ce n’était peut-être pas totalement vrai. – c’était peut-être autre chose. Quoiqu’il en soit, il n’y avait pas beaucoup de bonheur qui se dégageait de lui.
Elle regarda Espérance d’un air interrogateur. La jeune femme secoua la tête.  » Sois patiente. Il y autre chose à voir.  »
Le téléphone sonna.  » Monsieur, c’est juste pour vous rappeler que vous avez une réunion avec l’Amiral Patrick dans une demi-heure.  »
 » Merci, Keller. Dites au capitaine Roberts que j’ai besoin de le voir à mon retour.  »
 » Oui, Monsieur.  »
Harm rassembla les dossiers sur son bureau et tendit la main pour attraper quelque chose derrière lui. Quand il se leva, Mac réalisa soudain avec horreur que c’était une canne. Elle regarda, choquée et attristée, le grand et fier commandant marcher avec raideur jusqu’à la bibliothèque, privilégiant sa jambe gauche. Il appuya la canne en ébène contre la cheminée et prit une photographie encadrée qui était cachée dans le fond de l’étagère. Elle s’approcha rapidement pour regarder par-dessus son épaule et les vit tous les deux sourire à leurs doubles futurs. Ils avaient été pris dans une bagarre à coup de bouteilles d’eau après un match de base-ball du JAG, et quelqu’un avait pensé à apporter un appareil photo. Elle se souvenait qu’elle avait menacé Bud de lui prendre sa pellicule après cette photo. Il regarda le cliché pendant un temps infini, avec sur son visage un masque sans émotion.
 » Oh, Harm,  » murmura t’elle, désirant le prendre dans ses bras.  » Que vous est-il arrivé ?  »
Puis il reposa le cadre sur l’étagère et boita jusqu’à la porte, prêt à affronter son présent.
Une fois qu’il fut sorti, Mac se tourna vers l’ange.  » Qu’est ce qui s’est passé ? Pourquoi est ce qu’il marche comme ça ? Est ce que c’est permanent ?  »
 » Comme je l’ai dit, beaucoup de choses ont changé. Il a été blessé en accomplissant son devoir il y a cinq ans. Sa jambe n’a jamais complètement récupéré.  »
Elle ne parla pas pendant un moment, assommée. L’idée d’Harm handicapé était insupportable. Il avait toujours été si fort …  » Comment est ce que c’est arrivé ?  » demanda t’elle à voix basse.
 » Je vais te montrer. Viens.  » Ensemble, elles retraversèrent le mur –
– et entrèrent directement dans le bureau d’Harm. Son ancien bureau, ou était son bureau actuel ? Mac arrêta d’essayer de suivre la chronologie dans sa tête. La version d’Harm qui se tenait là devant elle portait les trois galons d’un capitaine de frégate et il n’y avait pas de trace de boitillement dans son pas rapide. C’était cinq ans plus tôt, et donc, calcula t’elle, un an après sa mort.
 » Arrêtez, Rabb. Vous me donnez le tournis.  » Clayton Webb était penché sur le bureau, étudiant les plans d’un immeuble.  » Vous savez que c’est une mission suicide, n’est ce pas ?  »
 » Pas suicide. Kamikaze, peut être.  » L’attention d’Harm était entièrement dirigée sur une feuille de papier qu’il tenait dans la main.  » Est on absolument sûr qu’il est là ?  »
 » S’il était aussi prévisible, cela ferait des années qu’on l’aurait attrapé.  » Le directeur adjoint des opérations à la CIA leva les yeux.  » J’ai vérifié avec nos renseignements en amont et en aval. Il est là.  »
 » Alors j’y vais cette nuit.  »
 » Vous vous prenez pour qui, l’inspecteur Harry ? Vous n’y allez pas tout seul. J’ai perdu des partenaires à cause de ce type, moi aussi, et vous allez avoir besoin d’aide.
 » Webb –  »
 » Inutile, Harm. Je viens.  »
 » Besoin d’un troisième ?  »
Harm se retourna d’un coup.  » Amiral – Monsieur, nous étions juste …  »
 » Je sais ce que vous étiez juste en train de faire, Capitaine, et je sais que je ne pourrais pas vous arrêter si j’essayais.  » AJ Chegwidden s’appuya contre le chambranle de la porte, les bras croisés. Je sais aussi que Palmer est un bâtard qui aime les coups tordus, et un commando marine vieillissant est mieux que pas de commando marine du tout. Surtout quand tout ce que vous avez, c’est un barbouze et un fou volant.  »
 » Un fou volant qui veut se venger,  » ajouta Webb, ce qui lui valut un regard d’avertissement de la part d’Harm.  » Bienvenue à bord, Amiral. J’espère que vous savez dans quoi vous mettez les pieds.  »
 » Je le sais toujours. Peut on mettre un plan au point ?  »
Les trois hommes se rassemblèrent autour du bureau, et Mac les écouta avec une crainte croissante. Même si elle n’avait pas vu l’avenir, elle aurait su que cela ne pouvait pas bien se terminer. Palmer était trop intelligent, trop bien préparé, trop … diabolique. Harm avait eu raison depuis le début.  » Il est comme une maladie … vous savez, cette impression bizarre de malaise que vous ressentez juste avant que la grippe se déclare …  »
Ce n’était pas que pour elle, essaya t’elle de se dire. Elle n’avait pas été sa seule victime. Clark Palmer méritait cent fois la mort pour les crimes qu’il avait commis et ils essayaient seulement de l’empêcher de frapper à nouveau. Mais en regardant leur façon de se conduire, elle savait que c’était plus que ça. C’était de la vengeance, purement de la vengeance. Surtout pour Harm – elle le lisait dans ses yeux. Son partenaire ne se reposerait pas tant que Palmer ne serait pas arrêté.
 » Je ne sais pas si je veux voir ça  » dit elle à Espérance.
 » Je comprends, mais c’est nécessaire. J’aimerais qu’il y ait un moyen plus facile pour que tu comprennes  » D’un mouvement léger de sa main, leur environnement se transforma en un lieu plus sombre, plus inquiétant.
A l’intérieur d’une usine déserte, assez semblable à l’immeuble dans lequel elle s’était trouvée prise au piège, une silhouette se déplaçait le long du mur. Vêtu d’un treillis noir, Harm avançait avec précaution, son arme à la main. Le trio avait dû se séparer pour couvrir tout le bâtiment. Mac voulait lui crier de retourner auprès de Webb ou de l’amiral comme si elle avait pu changer quelque chose à la situation présente.
 » J’ai couvert la partie nord du premier étage  » dit il à voix basse dans un micro minuscule accroché à son col.  » Je me dirige vers l’annexe sud.  » La radio crachota dans son oreille pendant un moment.  » Quelqu’un me reçoit ?  » Rien. Frustré, il arracha l’écouteur, le laissant pendre le long de son épaule.
Mac le suivit, avec Espérance à quelques pas derrière elle. Le marine en elle sentit quelque chose dans l’ombre et instinctivement elle cria  » Harm !  »
Mais bien sûr l’avertissement ne fut pas entendu. Le silencieux d’un revolver s’enfonça dans son dos, et il se raidit.  » Vous auriez dû laisser les gars de Webb s’occuper de ça  » dit la voix de Palmer qui sortit de l’ombre.  » Vous n’êtes pas vraiment bâti pour vous faufiler quelque part.  »
 » Vous saviez que je ne le ferais pas  » Le capitaine continuait à parler d’un ton égal.
 » Bien sûr que vous ne l’auriez pas fait. Vous êtes bien trop sûr de vous pour penser que quelqu’un pourrait faire le travail mieux que vous.  » Palmer eut un petit rictus, mais ses yeux étaient froids.  » Surtout que vous ne voulez pas seulement que je me fasse prendre. Vous voulez me voir mort.  »
 » Si vous vous attendez à ce que je nie, oubliez. Je veux vraiment vous voir mort. Je pense qu’il n’y a pas d’autre façon de vous arrêter.  » Les yeux d’Harm étaient tout aussi froids : cela la terrifia de voir cette rage à peine voilée.
 » Vous avez probablement raison. Mais oh que la chute est dure. Il y a un an, vous croyiez réellement que vous ne pourriez tuer que pour le bien, n’est ce pas ? ‘Pour défendre la Constitution des Etats Unis contre tous ses ennemis, intérieurs et extérieurs’ et toute cette merde bleu blanc rouge que des gens comme vous claironnent à chaque occasion.  »
 » Vous êtes un ennemi des Etats Unis, Palmer. Vous l’avez toujours été.  »
 » Ce n’est pas pour ça que vous êtes ici. Ce mantra sur l’honneur et la justice est mort avec Sarah Mackenzie, n’est ce pas ? Vous saviez depuis le début que c’était moi, et maintenant vous êtes là pour la venger. Félicitations, Rabb. Vous avez enfin compris comment marche le monde.  »
L’expression d’Harm ne changea pas, mais elle entendait la douleur derrière la colère. « Pourquoi fallait il qu’elle meure, Palmer ? Qu’est ce que le fait de mettre fin à sa vie vous a apporté ?  »
 » Cela m’a donné ce moment. C’est suffisant.  » Il n’y avait pas une trace de remords dans ses paroles. A ce moment précis, Mac aurait juré qu’il n’était pas humain.  » Maintenant allez vous baisser votre arme que nous puissions nous retrouver face à face ?  »
 » Et si je dis non ?  »
Sans prévenir, Palmer baissa son arme et tira directement dans le genou gauche de son adversaire. Harm s’effondra avec un cri d’agonie qui déchira l’âme de Sarah et le revolver tomba de sa main.
 » Non !  » hurla t’elle, incapable de réprimer le besoin de courir vers lui.  » Espèce de salaud !  »
Pendant qu’Harm se tordait sur le sol, tenant sa jambe détruite, le tueur secoua la tête.  » Vous n’avez jamais appris quand il fallait laisser tomber, Rabb. J’avais dit que j’allais vous briser, et je l’ai fait.  »
 » Peut-être « , réussit-il à dire, serrant les dents pour lutter contre la douleur foudroyante.  » Peut-être pas.  »
Palmer se mit à rire.  » Bon, de toute façon, vous n’avez plus vraiment d’utilité. Ou de valeur en tant que divertissement, tout au moins. Je parie que vous n’avez jamais pensé que ça arriverait un jour, n’est-ce pas ? Le jour où finalement j’arrêterais de foutre le bazar dans votre tête et déciderais d’en finir une fois pour toute ?  »
Lentement, Mac réalisa qu’Harm n’était pas aussi impuissant qu’il en avait l’air. Alors que Palmer, inconscient, continuait à jubiler, Harm baissa une main tremblante en dessous du bordel sanglant qu’était son genou, et tira un petit pistolet de l’étui fixé à sa cheville. Allez y, Harm. lui suggéra t’elle. Finissez le.
 » Bon, c’était instructif.  » Palmer redonna toute son attention à sa proie.  » Mes amitiés à votre partenaire.  »
Avec ses dernières forces, Harm leva son revolver et fit feu. Le tir se refléta sur les murs et Palmer chancela et tomba en arrière, un trou irrégulier au milieu du front. Son arme partit par réflexe et une autre balle traversa le haut du bras d’Harm. Il sembla à peine le sentir, regardant sans satisfaction le corps sans vie du mercenaire tomber sur le sol. Il lâcha son revolver quand le sang commença à tremper sa manche.
D’une voix basse et torturée, il chuchota  » C’est fini, Mac … Je suis désolé d’avoir été en retard.  »
Elle tendit les bras vers lui, mais ses mains le traversèrent sans qu’il s’en rende compte.  » Tenez bon, matelot  » implora t’elle, cherchant désespérément comment l’aider.  » Ca va aller. Tenez le coup.  »
La douleur intolérable menaçait de prendre le pas sur sa conscience, mais il continuait à résister.  » Webb,  » gémit il.  » Amiral … quelqu’un …  »
Le coup de feu les avait fait arriver en courant, et maintenant les deux hommes se ruaient à travers la porte.  » Bon sang  » L’Amiral Chegwidden mesura rapidement la situation.  » Regardez Palmer. Je m’occupe d’Harm.  » Il tomba à genoux à côté de l’officier et déchira le tissu pour examiner les blessures. En voyant ce qui restait du genou d’Harm, il eut un mouvement de recul.  » Oh mon dieu.  »
 » Palmer est mort  » indiqua Webb à l’autre bout de la pièce, sortant sa radio.  » Des hommes à terre. Nous avons besoin d’une ambulance ici. La menace a été neutralisée.  »
Harm était couvert de sueur et blanc de douleur.  » Parlez moi, capitaine  » demanda AJ, posant habilement un garrot sur son bras pour faire diminuer l’hémorragie.  » Restez avec nous, d’accord. ?  »
 » J’essaie, Monsieur. Dieu, ça fait mal …  »
L’ancien commando marine avait vu sa part de vilaines blessures et ce n’était pas un monde qu’il souhaitait retraverser.  » Je sais que ça ne va pas, Harm, mais il faut que vous vous accrochiez.  » Il agrippa la main du jeune homme, la sentant se serrer involontairement à chaque fois que la douleur lançait plus fort.  » Les secours arrivent. Je vous le promets.  »
Une équipe médicale se précipita dans la pièce, et Mac resta debout là, inutile, pendant qu’ils s’affairaient autour de son ami le plus proche, sachant que tous leurs plus grands efforts ne serviraient à rien. Sa vie n’était pas en danger, mais elle ne serait plus jamais la même.
AJ laissa Harm aux soins des médecins et se rapprocha de Webb près de la porte.  » Il était prêt à mourir pour ça  » fit remarquer doucement l’agent de la CIA.
 » Pas pour ça. Pour elle.  » Les yeux sombres de l’amiral avaient une expression hantée.  » Maintenant nous allons devoir le convaincre qu’il est prêt à vivre sans elle.  »
Elle les entendait à peine, regardant Harm sombrer dans l’inconscience.  » Sortez moi d’ici  » implora t’elle. Espérance fit oui de la tête, et leur environnement redevint blanc.
 » Il a fallu quatre opérations pour reconstruire son genou « , expliqua la jeune fille, l’empathie audible dans sa voix chantante.  » Les médecins n’étaient malgré tout pas convaincus qu’il remarcherait un jour. En fait, il marche, mais … et bien, tu as vu la canne.  »
Mac avait presque peur de poser la question qu’elle avait à l’esprit.  » Est ce qu’il peut voler ?  »
 » Pas pour l’Aéronavale. Il a fallu toute l’influence de l’amiral pour le garder en service actif. Il a volé avec Sarah une fois, parce que Bud et Harriet ont insisté. Ils ont dû l’aider, et il ne supporte pas d’être aidé. Il n’y est pas retourné depuis trois ans.  »
 » Ca ne peut pas être vrai. Harm n’a jamais renoncé dans toute sa vie.  »
 » Même quelqu’un d’aussi fort que ton Harm a une limite.  » Espérance fit un nouveau geste de la main, et Mac ferma les yeux, craignant ce qu’elle allait voir maintenant.
Quand elle ouvrit les yeux, elles étaient dans une salle de rééducation à Bethesda. D’après la lumière faible qui pénétrait dans la pièce par la fenêtre, cela devait être le début de la soirée, et de l’autre côté de la pièce elle reconnut son ami sur le tapis roulant. Harm marchait lentement, d’un pas hésitant, s’appuyant lourdement sur les barres placées là pour se tenir. Son t-shirt gris était humide de transpiration et l’appareil orthopédique sur son genou gauche semblait envelopper la plus grande partie de sa jambe. Cette image de faiblesse était bouleversante. Mac détourna les yeux.
 » Comment a t’il réussi à vivre tout seul dans toutes ces épreuves ? Les marches dans son appartement – il ne pouvait probablement pas conduire …  » Elle secoua la tête.  » Je suppose que ce n’est plus vraiment important maintenant.  »
 » En fait, c’était plutôt significatif. Il s’est avéré qu’il n’était pas tout seul.  » Espérance inclina la tête vers le coin de la pièce, où AJ Chegwidden se tenait, vêtu d’un jean et d’un pull.  » La maison de l’amiral est plutôt accessible, même en fauteuil roulant. Cela a été parfois difficile, pour tous les deux. Mais ils sont devenus plutôt proches pendant ces quelques semaines.  »
 » Je pense que je ne suis pas surprise. Il a agi comme un père plus souvent que Harm ne s’en est rendu compte. Maintenant qu’il a vraiment besoin de quelqu’un …  » Elle oublia sa phrase quand Harm vacilla et s’effondra contre la barre. Le kinésithérapeute l’attrapa immédiatement, passant son bras autour de sa taille – il est si mince ! Il ne mange plus du tout ? – et l’aidant à s’installer dans le fauteuil roulant tout proche.
 » Ca suffit pour aujourd’hui,  » dit gentiment la jeune femme.  » Vous avez l’air d’avoir besoin de vous reposer. Il continuait à regarder fixement le sol, la colère se lisant sur son visage. Elle essaya une nouvelle fois.  » Harm, tout va bien. Vous ne pouvez pas récupérer de quelque chose comme ça en une nuit. Donnez vous une chance.  » Il continuait à ne pas répondre. Elle jeta un coup d’œil à AJ et quitta doucement la pièce. AJ tira une chaise près de lui et attendit.
Finalement, Harm commença à parler, et la défaite résonnait dans sa voix.  » Ne perdez pas votre temps avec moi, Amiral. Je ne vais pas vraiment aller bien loin.  »
 » Ce n’est pas vrai et vous le savez. La semaine dernière, vous ne pouviez même pas rester debout sur ce truc.  » AJ se tut, puis continua prudemment.  » Nous avons eu quelques nouvelles affaires aujourd’hui. Rien de très gros, mais votre aide serait vraiment bienvenue. Si j’apporte les dossiers demain à la maison, vous pourrez y jeter un coup d’œil ?  »
 » Pour quoi faire ?  »
 » Pour quoi faire ? C’est votre boulot, et un jour vous devrez réintégrer votre vie.  »
Harm laissa échapper un rire bref, chargé d’amertume.  » Ma vie. Pour ce qu’elle vaut ces jours ci.  »
 » Quoi, vous levez le drapeau blanc ?  » Le JAG hésita pendant un moment puis décida d’insister.  » Mon dieu, le Colonel Mackenzie vous botterait les fesses si elle entendait ça.
 » Est ce que ce n’est pas le problème ? Elle le ferait, mais elle ne peut pas. Peut être que c’est ça, l’idée que le destin se fait de la justice.  »
AJ s’arma de courage et s’obligea à parler d’un ton sévère. Ca va vous faire mal, disaient franchement ses yeux, mais c’est la seule façon pour que vous sortiez de là.  » Fermez la, capitaine. Pleurer sur vous même n’est pas votre point fort.  »
 » Bon sang, mais qu’est ce que vous voulez de moi ?  » demanda Harm avec colère, laissant plus cours à son émotion que Mac ne l’avait jamais vu faire.  » Est ce que vous vous attendez vraiment à ce que je fasse semblant que tout va bien, comme si je ne pensais plus du tout à tout ce qui s’est passé depuis un an et demi ? Oubliez. Je ne fais plus ça maintenant. J’ai perdu le mode d’emploi.  » Son éclat terminé, il leva la tête, et il n’y avait plus qu’une angoisse calme dans ses yeux bleus expressifs.  » Monsieur, je sais que ce n’était pas ma faute – du moins, je crois que je le sais. Je sais que je n’aurais pas pu la sauver. Mais le fait de le savoir ne m’empêche pas de me réveiller au milieu de la nuit et d’entendre sa voix qui m’implore de l’aider …  »
Il parle de toi, dit une petite voix dans la tête de Mac. Il souffre, et si ce que Espérance a dit est vrai, c’est parce que tu as laissé tomber.
 » Harm, écoutez moi  » dit AJ avec fermeté.  » Vous l’avez eu. C’est fini. Palmer ne fera plus jamais de mal à personne, et vous n’aurez plus à regarder par-dessus votre épaule.  »
 » Alors pourquoi est ce que j’ai l’impression qu’il a gagné ?  »
Y avait il une bonne réponse à cette question ?  » Parce qu’il a pris votre meilleure amie et rien ne peut apaiser ça. Mais vous êtes encore là, et si vous ne continuez pas à vous battre, alors il aura vraiment gagné. Il y a d’autres personnes qui tiennent à vous, vous vous rappelez ? Beaucoup d’entre nous ont perdu une amie ce jour là, et nous ne voulons pas en perdre un autre. Nous avons besoin de vous, Harm – pas seulement en tant qu’ami, mais aussi en tant qu’officier. Cette bataille n’a pas commencé et ne s’est pas terminée avec Palmer. Nous aurons toujours besoin de quelqu’un pour rechercher la vérité, et personne ne fait ça mieux que vous. Mais vous devez nous revenir.  »
Harm ferma les yeux.  » Je ne sais pas si je peux le faire,  » murmura t’il.
 » Alors faites le pour Mac ,  » lui dit l’amiral.  » Vous savez que ça lui briserait le cœur de vous voir vous détruire comme ça. Et vous devriez savoir qu’elle vous admirait tout autant que vous l’admiriez. Cela honorerait sa mémoire si vous continuiez à remplir votre devoir comme vous le faisiez si bien tous les deux. Pourriez vous faire ça pour elle ?  »
 » Je ferais n’importe quoi pour elle.  » La simple honnêteté de cette constatation l’émut presque jusqu’aux larmes.  » J’ai seulement … j’ai tellement peur que ça ne suffise pas.  »
 » Je sais. Mais la foi et le courage ont toujours suffi. Surtout pour vous.  » AJ posa brièvement la main sur son épaule.  » Vous êtes prêt à rentrer à la maison ?  »
 » Presque. Je peux avoir une minute ?  »
 » Bien sûr. Je serai dans l’entrée.  » Il se leva et commença à se diriger vers la porte, mais la voix hésitante de Harm le stoppa.
 » Amiral ?  »
Il se tourna, souriant à demi.  » Harm, je ne suis pas ici en tant que votre commandant. Je suis ici en tant qu’ami.  »
 » Je sais … Merci, AJ. Pour tout.  »
 » De rien.  »
Quand il fut sorti, Harm leva les yeux vers le ciel et elle vit qu’ils brillaient de larmes.  » Aidez moi, Mac,  » dit il doucement.  » Mon dieu, si seulement vous ne me manquiez pas autant !  »
Ses larmes à elle menaçant de déborder, Mac le regarda se pousser pour se lever de la chaise roulante. Sa détermination inscrite sur tout son visage, il tira son corps fragile sur le tapis roulant pour essayer à nouveau. Elle détourna le regard, incapable de supporter la douleur qui marquait son beau visage à chaque pas qu’il faisait.
 » Je ne peux plus faire ça. Je ne peux pas.  » Elle se précipita hors de la pièce, mais au lieu de se trouver dans un hôpital, il n’y avait que le néant. Quand Espérance la suivit, elle se tourna vivement vers l’ange.  » Pourquoi est ce que vous faites ça ? Pourquoi est ce que je dois le voir souffrir sans pouvoir l’aider d’aucune façon ?  »
 » Tu peux faire quelque chose. C’est pour ça que tu es là. Est ce que tu ne comprends pas le pouvoir que tu as ? Réfléchis. Que se serait il passé si tu n’étais pas morte ?  »
 » Je – ne sais pas.  » Tout en arpentant l’espace vide, elle passa la main d’un geste de frustration dans ses cheveux noirs.  » Peut être qu’Harm n’aurait pas été aussi obsédé par l’idée de retrouver Palmer. Ou peut être qu’il l’aurait été, mais j’aurais été là. Peut être que j’aurais pu le protéger d’une façon ou d’une autre. Est ce que c’est ça que vous voulez que je dise ?  »
Espérance ne fut pas désarçonnée par sa colère.  » Le problème n’a jamais été de savoir ce que je veux. Tu as peut être raison, mais il y a autre chose. Ce n’est pas sa jambe qui l’empêche de recommencer à vivre.  »
 » Alors, qu’est ce que c’est ? La culpabilité ? Nous savons tous qu’il n’aurait jamais pu me retrouver à temps. Il l’a dit lui-même. Bien que la réalité n’ait jamais empêché Harm de se faire des reproches avant. S’il le pouvait, je pense qu’il se rendrait responsable de Pearl Harbor. D’habitude, c’est moi qui le convainc d’abandonner son sentiment de culpabilité. Nous avons tenu ces rôles une centaine de fois, mais ça continue de me faire mal de voir qu’il continue à douter. Et maintenant, c’est tellement pire …  » Elle secoua la tête, le désespoir s’insinuant en elle.  » Je suppose que vous ne comprenez pas ce qu’on ressent à voir un ami faire face à une telle douleur, mais c’est une torture. S’il vous plait, ne me demandez pas de continuer.  »
Le visage de porcelaine de la jeune fille resta presque inexpressif, mais il y avait une sorte de compassion qui irradiait de son être.  » Peut être que je comprendrais mieux si tu me parlais du Harmon Rabb dont tu te souviens. Qu’est ce qu’il signifie pour toi ?  »
Stupéfaite de cette question brusque, Mac répondit presque sans réfléchir.  » Qu’est ce qu’il signifie pour moi ? Tout. Nous avons traversé ensemble certains des événements les plus importants de nos vies. Parfois je n’aime pas l’admettre, mais il me comprend – mieux que n’importe quelle autre personne que j’ai connue. J’ai sauvé sa vie, et il a sauvé la mienne, et si je devais encore une fois confier ma vie à quelqu’un, c’est lui que je choisirais dans la seconde.  » Soudain consciente de ce qu’elle était en train de dire, elle baissa les yeux.  » Ca doit avoir l’air bizarre de dire ça maintenant.  »
 » Je ne trouve pas. Tu l’aimes, n’est ce pas ?  »
Elle releva brusquement la tête et chercha une réponse.  » Est ce que vous me demandez si je suis amoureuse de lui, ou –  »
 » La sémantique est une perte de temps. Est ce que tu l’aimes, Sarah ?  »
Un million de pensées contradictoires traversèrent sa tête ; les moments où elle avait voulu le tabasser, les fois où elle avait voulu s’enfuir loin de lui … les fois où elle avait voulu tomber dans ses bras et laisser ses caresses dissiper les cauchemars.  » Oui,  » dit elle simplement.  » Je crois que je n’étais pas sûre avant, mais maintenant je le suis.  »
 » Et est ce qu’il le sait ?  »
 » Il en sait assez. Il sait que je lui ai demandé de saisir notre chance une fois, et il n’a pas pu s’y résoudre. Il sait également aussi bien que moi qu’il y a des obstacles qui nous séparent.  »
 » C’est comme ça que tu vois les choses ?  »
 » De quelle autre façon pourrais je les voir ? Bon sang, vous êtes un ange ou un psy ?  »
Espérance la força à affronter son regard et parla doucement.  » Le regret peut être un sentiment très puissant. Si tu ne devais jamais le revoir à nouveau – s’il devait disparaître, sans savoir que tu l’aimais – qu’est ce que tu ressentirais ?  »
 » Qu’est ce que c’est que cette question ? Je ne peux pas …  » Et soudain, elle comprit.  » Vous parlez d’Harm, pas de moi. Il est malheureux parce qu’il m’aimait et que je ne l’ai jamais su ? C’est ce que vous pensez ?  »
 » Comme je l’ai dit, je ne fais pas partie de votre histoire. Je ne fais que te montrer ce qui est, ou ce qui sera. Pourquoi est ce si difficile à croire ?  »
 » Parce que ça n’a pas de sens. Il ne veut pas de moi. Il a peut être cru qu’il le voulait, une fois que je n’étais plus là, mais ce n’est pas la même chose. S’il m’aimait réellement, pourquoi –  »
 » Pour la même raison que toi. Vous avez peur tous les deux, parce que vous avez souffert par le passé. Mais à cause de cette peur, la route que vous suivez maintenant vous conduit à ça.  » Espérance l’étudia et soupira.  » Tu as encore des doutes. Je pense que ça doit être normal pour un avocat. Bon, alors encore un élément de preuve. Si mes mots ne te suffisent pas, peut être que ses paroles le feront.  »
Avant qu’elle ait le temps de cligner des yeux, Mac vit à nouveau autour d’elle les murs familiers des bureaux du JAG. Les bureaux dans l’avenir, réalisa t’elle en voyant le nom d’Harm sur la porte du JAG. C’était le matin, et quelques jeunes officiers conversaient tranquillement en accrochant des décorations de Noël autour des bureaux. Au bout de quelques minutes, quelqu’un cria  » Commandant sur le pont !  » et tout le monde se mit au garde à vous.
 » Repos. Bonjour, tout le monde.  » Harm traversa la salle d’un pas vif, bien qu’inégal. Il y eut en chœur un écho de ‘bonjour Monsieur’ venant de toute l’équipe. Un jeune matelot prit son manteau et sa casquette et il commença à entrer dans le bureau.
Une enseigne menue s’éclaircit la gorge.  » Commandant Rabb ?  »
Il s’arrêta.  » Oui, enseigne Billings ?  »
 » Monsieur, le mois dernier, vous avez dit que vous nous feriez votre tour avec le fusil si le bureau récoltait cinq cent dollars pour le programme ‘Des jouets pour les Petits’.  »
Il leva un sourcil.  » Mon ‘tour avec le fusil’ ? On n’enseigne plus rien aux jeunes de nos jours ? A l’Académie, la garde d’honneur était révérée. Nous avions plus de succès auprès des filles que l’équipe de football.  » Quelques gloussements se firent entendre.  » J’en déduis que nous avons atteint notre but ?  »
 » Six cent vingt dollars. Vous devez payer, Monsieur.  »
 » C’est bon, c’est bon. Je suis un homme de parole.  » Un sourire vacilla dans ses yeux.  » Si quelqu’un fait simplement le geste de prendre un appareil photo, il se retrouvera avec un avertissement dans son dossier avant même d’avoir pu dire ‘Souriez’. Je détesterais que le Navy Times apprenne comment je remonte le moral de l’équipe dans ces bureaux.  »
Il s’avança dans le centre de la salle et leva sa canne du sol. Pendant que le personnel regardait, fasciné, il la fit claquer avec élégance contre son épaule et la fit tournoyer avec la précision d’un professionnel. L »arme’ volait sans effort dans ses mains, mais il regardait droit devant lui, l’apparente facilité de la manœuvre niée par sa concentration. Enfin, il jeta la canne en l’air, elle y tournoya rapidement avant de retomber dans sa paume avec un claquement sonore.
L’équipage assemblé applaudit et siffla d’une manière élogieuse.  » Qui a besoin des marines ?  » cria quelqu’un. Du fond de la salle, Gunny répondit  » Tout le monde !  »
On entendit des rires dans toute la salle, et le commandant leva les yeux au ciel.  » Bon, le spectacle est terminé. Réunion de service à 0900.  »
Pendant que la foule se dispersait, Mac resta sur place, secouant la tête avec étonnement. Il n’y avait que lui pour transformer son handicap en un don.  » Je ne savais pas qu’il savait faire ça. Je croyais que seuls les Marines apprenaient des manœuvres de parade.  »
 » Pas à l’Académie. C’est ouvert à tous les cadets. C’est seulement que d’habitude seuls les marines en font partie.  »
Et elle qui pensait qu’elle connaissait tout de lui. …  » Pourquoi est ce qu’on est revenu ici ?  »
 » On est en avance, en fait. J’ai juste pensé que tu apprécierais la distraction.  » Avec quelque chose qui ressemblait vaguement à un sourire goguenard, Espérance fit un geste, et la brillance du soleil se mua en pénombre du soir. La plupart du personnel était partie, mais dans son ancien bureau un homme et une femme avaient une discussion orageuse. Mac reconnut l’homme comme étant le lieutenant Merrick, celui qui avait accompli ce coup d’éclat à la Rabb un peu plus tôt. Etonnamment, la jeune femme était un capitaine de l’Air Force, et une paire d’ailes d’argent brillait sur sa chemise. Mac ne se souvenait pas avoir jamais vu un aviateur au quartier général du JAG dans le passé. Elle écouta le ton et l’intensité de leurs voix augmenter.
 » Comment avez vous le toupet de remettre en question mon autorité sur ma propre base ? La seule raison pour laquelle j’ai fait appel à vous au départ était pour éviter un conflit de juridiction quand les charges seraient présentées. Je vous ai prévenu, et vous avez retiré le tapis sous mes pieds.  »
 » Je n’avais pas le choix  » répliqua Merrick.  » Si votre suspect est un officier de l’Aéronavale, je me fiche de savoir si vous avez trouvé le corps à côté des hangars ou derrière le Burger King. Je dois pouvoir l’interroger.  »
 » Et alors vous étiez obligé de venir dans mon bureau et de m’accuser de –  »
 » Et bien, ce n’est pas vraiment l’esprit de Noël qui flotte ici, à mon avis.  »
Les deux officiers sautèrent prestement de leur chaise.  » Monsieur !  »
 » Repos  » Harm était debout dans l’embrasure de la porte, examinant la nouvelle venue.  » J’ai l’impression de vous avoir déjà vue par ici, capitaine – ?  »
 » Madigan, Monsieur. Bureau des Enquêtes Spéciales (OSI) à Andrews.  »
 » Bien sûr. En fait, ce que je voulais vous demander, c’est comment un agent de l’OSI se retrouve à porter ces ailes ?  »
 » De la même façon que vous, Monsieur. Je pilotais des Eagles dans la 325ème, du côté de Tyndall.  »
 » Jamais passé en rase mottes au dessus de la base de Pensacola quand vous étiez là-bas ?  »
Malgré elle, la jeune femme sourit.  » De temps en temps, Monsieur.  »
 » Bien, parce que j’ai quelques souvenirs plaisants de passage en rase mottes au dessus de chez vos amis.  » Son attitude agréable ne faiblit pas quand il changea rapidement de sujet.  » Je peux vous faire confiance à tous les deux pour régler ce ‘problème de juridiction’ sans en venir aux mains ?  »
 » Oui, monsieur.  »  » Désolé, commandant.  »
 » Heureux de l’entendre. Rentrez chez vous, tous les deux. Demain, c’est la veille de Noël.  » Il fit demi tour pour partir.  » Merrick, si vous n’êtes pas trop pressé, arrêtez vous dans mon bureau en partant.  »
 » Oui, monsieur.  »
Mac suivit son ami dans le spacieux bureau du Juge Avocat Général. Un feu rougeoyait dans la cheminée et Harm apporta sa tasse de café sur la table avant de prendre place dans un des fauteuils particulièrement bien rembourrés. La douleur se refléta fugitivement sur ses traits et elle remarqua qu’il se déplaçait lentement.
 » Vous allez bien, commandant ?  »
Merrick hésitait, debout dans l’embrasure de la porte, l’air inquiet. Harm fit un signe insouciant du revers de la main.  » Je vais bien, Lieutenant. Mais laissez moi vous donner un conseil : si vous devez un jour faire reconstruire votre genou, passez l’hiver au Sud.  »
 » Bien compris, Monsieur.  »
 » Entrez, prenez un siège.  » Il indiqua l’autre fauteuil et le jeune officier le rejoignit près de la cheminée.  » Comment avez vous fait la connaissance du capitaine Madigan ?  »
 » Elle était un des experts que j’ai fait témoigner l’année dernière dans la cour martiale Baker. Nous nous sommes mutuellement aidés sur des affaires entre départements, quand les JAG de l’Air Force traînent les pieds.  »
 » Vous êtes amis ?  »
 » C’est ce que j’aime à penser, Monsieur.  »
Le commandant hocha la tête.  » Ce n’est pas mes affaires, mais pourquoi ne vole t’elle plus ?  »
Merrick inspira profondément.  » Monsieur, son frère a trouvé la mort au cours d’un vol d’essai à Edwards il y a quelques années. Kate – le capitaine Madigan – a demandé à quitter son escadrille et être transférée pour pouvoir remettre en question les conclusions du rapport d’enquête sur l’accident. Et c’est ce qu’elle a fait. Elle a prouvé que l’incendie n’avait pas été causé par une négligence de l’équipage. Après cela, elle a été mutée à l’OSI surtout parce qu’elle voulait continuer à rechercher la vérité. Elle ne voulait pas que d’autres familles se retrouvent à faire face aux mêmes interrogations que sa famille l’avait dû. Mais aussi – elle est enfant unique, maintenant, et ils ont appris de la façon la plus dure que voler est un métier dangereux. Ses parents … elle est tout ce qu’ils ont. Je pense qu’elle ne voulait pas qu’ils s’inquiètent constamment à son sujet.  »
 » Est ce que ça lui manque ?  »
 » Pas autant qu’on le penserait. Kate est un bon pilote, mais elle était faite pour faire ce travail. Vous devriez la voir sur la scène du crime …  » Merrick eut soudain l’air mal à l’aise.  » Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Je suis vraiment désolé pour cette dispute, commandant. Nous sommes parfois trop têtus tous les deux pour notre propre bien. Ca n’arrivera plus.  »
 » C’est bon. C’est loin d’être la première fois qu’il y a une différence d’opinion dans ce bureau.  » Harm sourit avec une pointe de nostalgie et près de lui, le cœur de Mac saigna.  » En fait, je suis sur le point de dépasser les limites de mon autorité, alors ne vous sentez pas obligé de répondre à ma question si vous ne le souhaitez pas.  » Il rechercha franchement le regard du lieutenant.  » Est ce que vous pensez à faire évoluer vos relations avec elle et être plus que des amis ?  »
L’expression de choc qui passa sur le visage de Sean Merrick fut rapidement maîtrisé. Il s’obligea à sourire d’un air embarrassé.  » Est ce que c’est si évident ?  »
 » Non, sauf si vous êtes passé par là.  »
Merrick ne saisit pas la signification de la phrase, son esprit tourbillonnait.  » Ce n’est pas contraire à l’éthique, monsieur. Nous ne sommes pas dans la même chaîne de commande – nous ne sommes même pas dans la même branche.  »
 » Est ce que vous me voyez remplir une demande de réprimande ? En plus, vous ne lui en avez pas encore parlé, n’est ce pas ?  » Le jeune homme le regarda à nouveau, complètement perdu.  » Accordez moi une minute. Est ce que vous lui avez dit ce que vous ressentez ?  »
 » C’est compliqué, monsieur.  » La nervosité se lisait dans ses yeux et Mac commença à comprendre pourquoi elle était là.  » Elle a eu des expériences malheureuses, et notre amitié serait remise en question et … laissez tomber, Monsieur. Vous ne pouvez pas comprendre.  »
 » Vous ne savez pas à quel point je comprends  » dit Harm calmement.  » Merrick, vous allez penser que j’ai perdu l’esprit, mais je veux vous dire quelque chose. Pensez vous que vous allez supporter d’entendre un vieil homme raconter des histoires pendant quelques minutes ?  »
 » Commandant, vous êtes un des plus jeunes JAG de l’histoire de l’Aéronavale.  »
 » Bonne réponse. Je pense que vous savez quelques petites choses à mon sujet, n’est ce pas ?  »
 » Vous êtes le Commandant, Monsieur. Tout le monde en sait un peu sur vous. Deux DFC, tout un tas d’affaires de haut niveau …  »
 » C’est bien ce que je pensais. Mais mes états de services, ce n’est pas moi. Est ce que vous pensez que quelqu’un dans mon genre a beaucoup de regrets, lieutenant ?  »
 » Je ne sais pas, Monsieur, dit Merrick, surpris et prudent dans ses réponses.  » Est ce que cela a un rapport avec ce qui est arrivé à votre jambe ?  »
 » Pas directement.  » Des ombres s’attardèrent dans ses yeux bleu glacier, mais sa voix resta unie.  » Il y a beaucoup de choses auxquelles je pense, des choses que j’aurais pu faire différemment. J’essaie de ne pas passer trop de temps à penser à ce qui aurait pu être, mais il y a une chose, plus que toutes les autres, que je regrette. Et ce n’est pas le fait que je ne peux plus marcher dans cette pièce sans une aide. L’homme qui en est responsable a également tué ma partenaire.  »
 » Le Lieutenant Colonel Mackenzie. J’ai entendu parler d’elle, Monsieur. Elle devait être un sacré Marine.  »
 » Oh oui, Merrick. Un sacré Marine.  » Il était perdu quelque part dans le passé, et elle fut frappée de voir à quel point il semblait avoir vieilli en si peu de temps.  » Elle était surprenante. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui soit aussi dévoué à son travail et à ses amis. Je pense qu’il n’y avait rien qu’elle n’aurait pu faire si elle l’avait essayé. Et elle m’avait complètement deviné dès le début. Parfois, je pense qu’elle savait ce que j’allais dire avant que je le fasse. Elle était toujours là quand j’avais besoin de quelqu’un. En cinq ans, elle ne m’a jamais laissé tomber une seule fois.  »
 » Vous ne l’avez pas laissé tomber non plus, Monsieur  » dit Merrick doucement, mais l’autre homme secoua la tête.
 » Peut être pas. Même la sagesse rétrospective n’est pas toujours parfaite. Mais ce n’est pas ce que je regrette. Mon regret, c’est qu’elle soit morte sans même savoir …  » Sa voix faiblit et Mac retint sa respiration.
 » Que vous l’aimiez, Monsieur.  »
 » Plus que tout au monde  » dit Harm doucement en regardant le feu.  » Je vivais pour voir son visage chaque jour. Quand elle était là, il me semblait que tout allait bien dans le monde. Mais je ne pouvais même pas l’admettre à moi-même. Ma vie, et la sienne … et bien, le mot ‘compliqué’ suffit à peine. Je n’étais pas préparé à dépendre d’une autre personne pour quoi que ce soit, même pas pour avoir la chance d’un vrai bonheur. Je ne me suis pas fait confiance pour ne pas détruire tout ce que nous avions. Je pourrais vous donner tout un tas de raisons, mais elles sont toutes vides de sens. Le fait est que j’ai eu une centaine de chances chaque jour de lui dire ce que j’éprouvais mais je ne l’ai jamais fait. Et puis un jour, ça a été trop tard.  » Il rencontra le regard du lieutenant, la sincérité émanant de tout son être.  » Je l’aimais, et je l’ai laissé croire que je ne tenais pas à elle. Et je ne me le pardonnerai jamais.  »
Merrick resta silencieux un moment pendant que les paroles de son commandant faisaient leur chemin dans son esprit. Harm continua, se penchant en avant.  » Je n’essaie pas de vous jouer une scène de mélodrame en ce moment, et je n’essaie pas d’être morbide. Je vous dit seulement que des choses peuvent arriver, des choses auxquelles vous ne vous attendez pas. Et je vous le demande, Sean, si vous éprouvez ne serait ce qu’une fraction de ça, n’hésitez pas. Je vous en prie, croyez moi. Le risque n’en vaut pas les regrets.  » Rompant le charme, il secoua la tête.  » Bon, c’est tout. Fin de la leçon. Allez voir si elle vous attend toujours.  »
Stupéfait, je jeune officier prit un moment pour répondre.  » Je … merci Monsieur. Je pense qu’il faut que je réfléchisse.  » Il se leva de son fauteuil, se mit au garde à vous avant de se tourner vers la porte.  » Joyeux Noël, Capitaine Rabb.  »
 » Joyeux Noël, Lieutenant.  »
Et sur ce, il fut seul à nouveau, à l’exception des visiteurs invisibles qui avaient assisté à toute la conversation.

L’expression d’Harm devint distante pendant qu’il fixait les flammes vacillantes, et pour la première fois Sarah Mackenzie vit ce qu’elle avait cherché dans ses yeux tellement familiers. Peut être que d’une certaine façon, ça avait toujours été là, mais il n’essayait pas de le cacher maintenant. Une part d’elle éprouvait de la joie – il m’aime – mais elle ne pouvait détacher son regard de lui. Son angoisse le submergeait entièrement, et elle n’essaya pas d’arrêter les larmes qui coulaient maintenant le long de ses joues.
 » Tout va bien, Harm  » murmura t’elle en s’agenouillant près de son fauteuil.  » Je sais pourquoi vous avez peur – j’avais peur moi aussi. Mais je n’ai plus peur maintenant, et je vais réparer tout ça. Je le promets. S’il vous plait, écoutez moi …  »
 » J’essaie, Mac  » dit il, et elle se demanda brièvement s’il l’avait réellement entendue.  » Je continue à faire ça pour vous. J’espère que vous le savez.  »
 » Harm, je –  » Au moment où elle tendait la main, la pièce commença à disparaître et elle se retrouva seule dans l’immensité déserte.
 » Est ce que tu me crois, maintenant ?  » demanda simplement Espérance .
La croyait elle ?  » Oui  » murmura t’elle, dépassée par tout ce qu’elle avait vu et entendu.  » Je vous crois. Maintenant, s’il vous plait, pour l’amour de Dieu, dites moi comment éviter tout cela. Montrez moi comment survivre.  »
 » Malheureusement, ceci est un pas que je ne peux pas franchir avec toi. Tu dois finir cette bataille toute seule.  »
 » Quoi ? Mais alors comment –  »
 » Un petit conseil, cependant  » poursuivit l’ange sans se laisser interrompre.  » La fuite n’est pas ta seule option. Tu peux aussi faire venir du secours jusqu’à toi. Regarde autour de toi. Un Marine trouve toujours un moyen. Bonne chance, Sarah.  »
 » Attendez !  » Mac avait la sensation de tomber et les paroles d’Harm résonnèrent dans son esprit.
 » Le risque n’en vaut pas les regrets.  »
— et elle reprit conscience dans un sursaut. L’entrepôt froid et humide était là à nouveau, et avec lui ce sentiment de faiblesse qui traversait tout son corps. Elle essaya de le secouer suffisamment pour se concentrer sur la situation. D’accord, retour à la réalité. Réfléchis, Mackenzie. Elle ne prit pas le temps de se demander si son saut dans le ‘futur’ avait été réel, ou simplement un rêve, une hallucination. Rien de cela n’aurait d’importance si elle ne pouvait pas se sortir d’ici.
Qu’est ce que je peux utiliser ? Mac parcourut la pièce du regard. Le seul meuble présent était un établi, trop haut pour qu’elle le voit bien. Elle fit des efforts pour voir ce qu’il y avait dessus et aperçut quelque chose de familier. Dans un coin du comptoir, presque caché à sa vue, Palmer avait laissé son sac à main. S’il l’avait fait pour se moquer d’elle, son effort était vain. Elle allait trouver un moyen de l’atteindre. Il y avait encore beaucoup d’obstacles sur sa route, bien sûr. Mais s’il n’avait pas pensé à enlever son téléphone portable, il y avait peut être une chance …
Elle s’allongea au maximum sur le sol, autant qu’elle le put jusqu’à ce que les muscles de ses bras prisonniers des menottes ne le supportent plus. Son pied touchait à peine un des pieds de l’établi et elle rassembla toute sa force pour donner des coups dans la table en bois.
Au troisième coup, le sac roula sur le sol. Mac dit une prière silencieuse de gratitude, puis attrapa l’anse du sac avec le pied et le tira lentement vers elle. Il lui fut relativement facile de faire tomber le contenu qui comprenait son téléphone cellulaire. Elle réussit maladroitement à poser le téléphone sur ses genoux et le regarda un moment. Comment allait elle appuyer sur les touches ? Avec le nez ? Les doigts de pieds ? Non, ils étaient trop maladroits pour être efficaces avec ces si petits chiffres. Et même si elle pouvait le prendre dans la main, elle ne serait pas assez prêt pour parler …
 » Un Marine trouve toujours un moyen « , répéta t’elle, essayant de penser de façon critique malgré le poids de la fatigue qui menaçait de prendre le dessus.
Et c’est alors qu’elle le vit : l’emblème représentant l’ancre, le globe et l’aigle accroché à son col. Soudain tout se mit en place. Merci, Espérance. Elle baissa la tête et arracha l’insigne avec ses dents. Puis, prudemment, elle souleva les genoux jusqu’à ce que le téléphone soit en équilibre à quelques centimètres seulement de ses lèvres. Utilisant l’emblème, elle se pencha et appuya sur le numéro abrégé 2. S’il vous plait, soyez chez vous …
La réponse fut immédiate.  » Capitaine Rabb.  »
Mac se détendit, soulagée, et laissa tomber l’insigne.  » Harm  » dit elle faiblement, la tête lui tournait.  » Au secours …  »
 » Mac ?  » Sa voix haussa d’un ton, reflétant son inquiétude.  » Cela fait une heure que j’essaie de vous joindre. Vous allez bien ?  »
 » Non …  » Bon sang, pourquoi n’arrivait elle pas à parler ?  » Palmer …  »
Il y eut un moment de silence stupéfait, et à travers le petit haut parleur elle entendit une vraie peur dans sa voix.  » Oh, mon Dieu. Mac, où êtes vous ?  »
 » Sais pas … entrepôt…  »
Il redevint instantanément maître de lui.  » D’accord. Ne vous inquiétez pas, Mac. Laissez votre téléphone allumé, et je vais le faire repérer. Tenez le coup, princesse ninja. Je vais vous trouver. Je vous le promets.  »
 » Soyez prudent … Harm …  »
Mais il était déjà parti ; probablement à mi chemin de chez Webb pour faire repérer l’appel. Elle espérait désespérément qu’il viendrait armé. Palmer pouvait être à l’autre bout du monde, ou il pouvait être juste de l’autre côté de la porte attendant son adversaire préféré.
Elle ne savait pas combien de temps s’était passé. Elle n’était même pas sûre d’avoir été éveillée tout le temps. Quand le bruit d’une lourde porte métallique l’alerta, elle eut à peine l’énergie de lever la tête.  » Mac ?  » La voix d’Harm l’appelait de quelque part dans le lointain, et pour la première fois elle s’autorisa une lueur d’espoir.
Soudain il fut près d’elle, aussi fort et beau et plein de vie que toujours. Son cœur s’enflamma. Baissant son arme, il pâlit à la vue de son amie si chère étendue dans une marre de sang qui continuait de se répandre.  » Seigneur …  »
En une fraction de seconde, il était à ses côtés, manipulant avec adresse la serrure et la libérant des menottes.  » Parlez moi, marine  » lui ordonna t’il en posant son manteau sur sa silhouette frissonnante.  » Webb est en chemin, avec la moitié de l’Agence. Dites moi que vous êtes encore avec moi, n’est ce pas ?  »
Il la prit dans ses bras, utilisant le bracelet en cuir de sa montre pour stopper le flot de sang qui s’écoulait de son bras. Mac lutta pour parler, cherchant à atténuer l’inquiétude qu’elle voyait sur ses traits.
 » Comment avez vous fait … ça ?  »
 » Quoi, les menottes ? Un des trucs les plus utiles et dont on parle le moins qu’on apprend à Annapolis.  » Harm leva un sourcil, mais son sourire était forcé.  » Ca va aller, Mac. Il faut juste que vous teniez le coup.  »
Il la posa gentiment sur le sol et sortit son propre téléphone cellulaire.  » Clay, elle est ici. Faites venir une ambulance. Je me fiche de savoir si l’immeuble n’est pas encore sécurisé. Faites venir des secours tout de suite, ou que Dieu m’aide, mais je vais l’emmener moi même à Bethesda.  » Il commença à se lever, mais elle s’agrippa avec peur à son bras.
 » Ne partez pas  » réussit elle à dire.  » S’il vous plait.  »
 » Jamais  » répondit il solennellement, caressant sa joue blafarde avec une tendresse qui était à la fois surprenante et réconfortante.  » Je ne vais pas vous laisser vous en aller, Sarah.  »
Une partie de son cerveau enregistra le fait qu’il l’avait appelée ‘Sarah’, pour la première fois depuis presque une année. Elle leva le regard dans ses yeux d’un bleu étonnant et y trouva la profondeur des émotions qu’elle avait vu dans le Harm du futur. Peut-être que cela n’avait pas été entièrement un rêve, après tout …
A cette seconde, il y eut une ébauche de mouvement de l’autre côté de la porte, et la terreur la saisit.  » Harm !  »
Il réagit rapidement, saisissant l’arme qui était à son côté et roulant sur un genou un peu plus loin d’elle dans un mouvement fluide. Mais quand il se tourna vers la porte, il fut clair que Clark Palmer avait l’avantage, et l’autre homme n’hésita pas.
Le coup de feu résonna dans la forteresse de béton. Le corps d’Harm partit en arrière et il se recroquevilla sur le sol près de sa partenaire.
 » Non !  » hurla t’elle, cherchant à le toucher. Une méchante tache écarlate s’étendait rapidement sur le pan droit de sa chemise, et il leva une main tremblante vers la blessure dans un effort vain pour ralentir l’hémorragie. Elle le regardait se battre contre la douleur qui surpassait tout, et sa propre douleur était momentanément oubliée.
 » Je suis désolé « , dit il d’une voix étranglée, cherchant une respiration haletante qui se termina par une toux effrayante. Des larmes d’impuissance et de frustration montèrent dans ses yeux. Ce n’est pas ce qui était censé se passer ! Les similarités avec la confrontation à laquelle elle avait assistée dans le futur étaient bizarres, mais à ce moment là elle avait su que sa vie n’était pas en danger. Maintenant … Ne l’avait elle fait venir ici que pour y mourir avec elle ?
Palmer était debout près d’eux, secouant la tête avec un sourire réellement malfaisant.  » Et bien, c’était satisfaisant. J’essaie habituellement de faire les choses avec un peu plus de style, mais on a raison de dire du bien d’un bon vieux coup de feu dans les tripes avec un neuf millimètres. Il paraît que c’est la pire des douleurs, juste après le coup de feu direct dans le genou, parce que ça vous tue lentement. D’un autre côté …  » Il examina le mince filet de sang qui coulait au coin de la bouche du capitaine blessé.  » Qu’est ce que c’est que ça ? Aurais je touché un poumon ? Oups. Qu’est ce que vous en pensez, Colonel, vous pourriez survivre à votre marin pilote en fin de compte.  »
Les yeux de Mac ne quittaient par Harm, lui insufflant la volonté de continuer à se battre. Au prix d’un grand effort, il tourna la tête vers elle et baissa son regard sur le sol entre eux. Elle regarda et plissa les yeux de surprise. Son arme était tombée sans que Palmer la remarque, juste à quelques centimètres d’elle. Pouvait elle – ? Elle jeta à nouveau un coup d’œil à Harm et à travers la brume de choc qui le recouvrait, elle vit qu’il avait confiance en elle. Tu peux le faire. Plus que cette dernière chose et ce sera fini .
Elle rassembla ses dernières forces pendant que Palmer continuait, sans avoir remarqué tout leur dialogue silencieux.  » J’espère que vous êtes prêt à faire la paix avec ce monde, Harmon Rabb. Je suis sûr que vous pensiez que vous étiez invincible, mais comme nous le voyons, vous absorbez les balles comme n’importe quel type. Une dernière pensée profonde que vous souhaitez partager ?  »
Son attention semblait focalisée sur Harm, donnant à Mac l’opportunité d’attraper subrepticement le revolver. Sa conscience diminuait à chaque seconde, mais il n’y avait pas d’erreur quant à la sensation de sa main refermée autour du métal froid. Ne rate pas.
 » En fait, Palmer  » grinça Harm, dont chaque respiration devenait de plus en plus superficielle,  » il y a une chose … que je ne vous ai jamais dite.  »
 » Oh, vraiment. Et c’est ?  » Palmer croisa les bras sur la poitrine – et Mac fit feu et l’atteint directement dans le cœur.
 » Baissez vous  » répondit elle calmement, regardant son corps glisser lentement le long du mur. Avec un long soupir, elle laissa le revolver tomber de sa main.  » Nous l’avons eu, Harm – oh, mon Dieu …  »
La tête d’Harm pendait mollement sur le côté et ses yeux expressifs étaient fermés. Ses lèvres bleuissaient et le cœur de Mac se changea en glace. Non. Ca ne peut pas arriver.
Clayton Webb se précipita à travers la porte, l’arme à la main, et s’arrêta net avec un juron silencieux. Comme des agents et des équipes médicales entraient dans la salle, il reprit son sang-froid et s’agenouilla à côté d’elle.  » Tenez le coup, Mac. Tout va bien se passer. Vous êtes en sécurité maintenant.  »
Le monde devenait sombre tout autour d’elle, et son corps s’engourdissait.  » Harm  » cria t’elle, mais sa voix n’était qu’un murmure.  » Clay, aidez le.  »
Webb obéit, se déplaçant près de la forme immobile d’Harm et vérifiant son pouls. Le trouvant faible, il se pencha et la couleur quitta son visage.  » Il ne respire plus. Des secours ! Bon sang, Rabb, c’est de ça que je parlais quand je disais que l’immeuble n’était pas sécurisé.  »
Deux personnes de l’équipe médicale apparurent et prirent le relais.  » Mets le sous respirateur  » dit l’un des deux laconiquement.  » Ce type a besoin de tout l’oxygène qu’on peut lui donner.  » Ils posèrent un masque sur ses traits couleur de cendre et lui insufflèrent de l’air à un rythme soutenu, le ramenant à la vie.
Cette fois, c’en était trop. Les dernières réserves de Mac étaient épuisées, et elle ne supportait pas de les voir se battre pour sauver son ami – l’homme qu’elle aimait. Pour peut être la première fois dans sa vie elle était certaine de ce qu’elle éprouvait et maintenant elle n’aurait peut être plus jamais l’occasion de lui dire. Allait elle être maudite et devoir vivre avec ce même regret que Espérance lui avait montré ?
Pendant que l’obscurité se refermait sur elle, sa dernière pensée consciente fut pour se demander si elle vivrait assez longtemps pour le savoir.

 » Réveillez vous, Mac. Tout va bien.  »
La voix calme et ferme qui faisait irruption dans son sommeil sans rêve était vaguement familière. Malgré la fatigue renversante qui semblait la maintenir au plus bas, elle se força à ouvrir les yeux et lentement se concentra sur le visage de son commandant.
AJ Chegwidden sourit gentiment, saisissant sa main.  » Heureux de vous revoir parmi nous, Colonel. Vous êtes à l’hôpital de Bethesda. Vous nous avez fait sacrément peur, mais vous allez vous remettre.  »
Sa gorge était sèche, et il lui fallut plusieurs secondes avant de pouvoir parler.  » Combien de temps ?  »
 » Vous êtes ici depuis un jour et demi. Ils vous ont mis sous sédatifs pour donner à votre corps le temps de récupérer. Comment vous sentez vous ?  »
 » Fatiguée…  » La mémoire lui revint d’un coup et comme le coup de feu résonnait dans sa tête, des larmes commencèrent à couler de ses yeux.  » Harm  » murmura t’elle.  » Oh, mon Dieu, – il est mort …  »
Perdue dans sa douleur, elle ne vit pas le regard de surprise de l’amiral.
 » Mac –  »
Est ce que c’était sa voix qu’elle entendait dans sa tête ? Est ce qu’elle allait maintenant l’entendre pour toujours, comme il l’avait entendu ?
 » C’est ma faute – si je ne l’avais pas appelé – je l’ai fait tuer et je –  » Elle ferma les yeux, voulant se couper du monde entier.
 » Trésor  » dit AJ doucement,  » je crois que vous devriez jeter un œil à la personne qui tient votre autre main.  »
Elle n’avait même pas réalisé qu’il y avait quelqu’un à sa gauche, mais c’était sûr, il y avait une main qui tenait la sienne. Lentement, Mac tourna la tête pour regarder à qui appartenait cette main, et un sanglot s’échappa de ses lèvres.
 » Surprise  » dit Harm d’une voix faible.
Il était assis dans une chaise longue à côté de son lit, portant des vêtements d’hôpital et une perfusion dans le bras. Il était pâle et épuisé, mais vivant. Elle le fixa, incapable de parler. Il se pencha en avant, et ils s’enlacèrent prudemment, à la fois parce qu’ils étaient faibles, mais aussi par peur de faire à nouveau mal à l’autre. A travers le tissu léger elle sentait les épais bandages qui entouraient sa cage thoracique.
Quand il s’éloigna, les yeux de Mac brillaient à nouveau de larmes.  » Comment – ?  »
 » Et bien, je vis avec … à peu près soixante dix pour cent … de ma capacité respiratoire … pour l’instant.  » Son discours était ponctué de respirations lentes, laborieuses.  » Mais ça va mieux … de mieux en mieux.  »
 » Le capitaine ici présent est censé être dans son lit, lui aussi  » ajouta l’amiral sur un ton feignant le reproche.  » Mais même à moitié drogué, il a réussi à convaincre les médecins de le laisser rester ici. Surprenant.  »
 » J’ai des priorités  » Harm la regarda avec un soupçon de ce sourire parfait, et soudain il y eut tellement d’autres choses qu’elle voulait lui dire.
 » Harm …  »
Il posa un doigt sur ses lèvres.  » Plus tard. Vous devez vous reposer.  »
Incapable de le nier, elle dit oui de la tête.  » Vous allez rester ?  »
Son regard tomba sur leurs mains jointes.  » Je tiens toujours mes promesses  » répondit il doucement.
Satisfaite, elle laissa ses yeux se fermer et quand elle les ouvrit à nouveau, il faisait presque nuit dehors. Se sentant un peu plus reposée, Mac se tourna légèrement pour voir Harm profondément endormi sur la chaise longue. Il y avait sur ses traits des rides d’épuisement et de douleur qui semblaient se marquer imperceptiblement à chacune de ses respirations. Tout à l’heure, elle avait été tellement soulagée de savoir qu’il était vivant qu’elle n’avait pas totalement réalisé la gravité de son état. Mais maintenant, elle le voyait sans cette façade de force qu’il avait simulée pour elle, et elle comprenait à quel point il était passé près de la mort.
Comme s’il sentait ses yeux sur lui il remua et la regarda.  » Bonjour, Belle au bois dormant  » dit il avec légèreté, se remettant assis avec prudence.
 » Bonjour vous même « . Elle se dit de ne pas se laisser convaincre par le célèbre charme de Rabb.  » Il faut que vous retourniez au lit.  »
 » Le lit, le fauteuil – même chose.  » Il haussa légèrement les épaules.
 » Je suis sérieuse, pilote. Vous avez une mine épouvantable.  »
 » Vous croyez que vous avez bien meilleure mine ?  »
Elle ne put s’empêcher de sourire à cette remarque et elle réalisa qu’il n’essayait pas de lui cacher la situation. Il était blessé, mais il n’irait nulle part.  » Mais votre voix a l’air d’être mieux.  »
 » Mon arme secrète. Des phrases courtes.  » Il eut un petit sourire de guingois qui disparut rapidement.  » Vous m’avez fait terriblement peur hier,  » dit il doucement.  » Ne refaites pas ça, d’accord ?  »
 » Je vous ai fait peur ? Pour l’amour de Dieu …  » Elle essaya de contenir le tremblement de sa voix, sans y réussir vraiment.  » Harm, vous ne respiriez plus.  »
 » Oui, c’est ce qu’on m’a dit. C’est drôle, on m’a tiré dessus des douzaines de fois. Je n’avais jamais été touché avant. Ces secouristes connaissent leur boulot. Et après sept heures de chirurgie …  » Pendant une seconde, il détourna les yeux et elle se demanda si cela l’effrayait toujours, lui aussi. Puis il chercha son regard.  » Je vais bien, Mac. Nous allons bien tous les deux. C’est tout ce qui compte.  »
 » Et Palmer est mort ? »
 » Absolument. Je n’arrive pas à y croire.  » Une lueur dure passa dans ses yeux et elle la remarqua avant qu’il réussisse à la lui cacher.
 » Harm ?  »
Un moment passa avant qu’il réponde, et cette fois ci c’était sa voix à lui qui tremblait.  » Mac, je regrette tellement. C’est ma faute si vous … il voulait seulement m’atteindre.  »
 » Ce n’est pas votre faute  » dit elle fermement en saisissant sa main.  » C’était un fou furieux. Vous m’avez sauvé la vie, matelot. Je ne sais pas comment vous m’avez trouvé si vite.  »
 » Moi non plus. Je n’ai jamais conduit aussi vite de ma vie. Je n’arrêtais pas de penser … bon, rien qui vous intéresse.  »
 » Je crois que je sais déjà.  » Les leçons d’Espérance étaient encore fraîches dans son esprit, mais tout était tellement embrouillé. Est ce que son subconscient avait fabriqué de ‘futur’ ? Est ce qu’il n’avait été – ainsi que les sentiments d’Harm pour elle – rien de plus qu’un rêve ? Elle n’aurait probablement jamais de certitude en ce qui concernait Espérance,, mais Harm était là juste devant elle, et après tout ce qui était arrivé, elle n’était plus prête à considérer qu’elle avait du temps devant elle.  » Harm ?  »
Il s’approcha plus près du lit.  » Vous avez besoin de quelque chose ?  »
 » Oui. J’ai besoin que vous écoutiez quelque chose et que ous me fassiez confiance juste pour une minute. D’accord ?  »
 » Est ce que ce n’est pas toujours ce que je fais ?  »
 » Je pense que si. Mais moi je n’ai pas toujours agi comme ça avec vous. Quand nous étions sur le Hornet, et que vous avez vu le fantôme de ce lieutenant.  »
 » Mac, j’avais une commotion cérébrale.  »
 » Et bien, peut être que j’aurais dû vous croire. Bien que je ne sache pas si les fantômes et les anges appartiennent à la même catégorie.  »
 » Je crois que je ne vous suis pas.  »
Elle inspira profondément.  » Harm, pendant que j’étais inconsciente, avant que je vous appelle … j’ai vu des choses. Je ne sais pas si c’était un rêve, ou une hallucination, ou autre chose, mais ça avait l’air réel. Et je veux vous en parler.  »
Il fit oui de la tête, et il était évident qu’il n’allait pas mettre en doute ses paroles.  » Qu’avez vous vu ?  »
 » Il y avait une jeune fille du nom d’Espérance qui disait être un ange. Elle a dit qu’elle était là pour me montrer à quoi ressemblerait le futur sans moi. Elle voulait que je vois que je devais survivre, à cause …  » Elle s’interrompit, incertaine.
 » A cause de quoi ?  » demanda t’il doucement
 » A cause de vous.  » Voyant sa surprise, elle continua.  » Je vous ai vu, dans six ans. Vous étiez le JAG, et vous étiez sur le point d’être promu amiral.  »
 » C’était vraiment un rêve, alors  » railla t’il, mais elle secoua la tête.
 » N’ayez pas trop d’espoir. Il n’y avait pas beaucoup de bonheur dans ce que j’ai vu. Vous aviez pourchassé Palmer, et vous l’aviez eu, mais il vous avait tiré dans le genou. J’ai vu quand ça se passait, et je ne pouvais rien faire pour l’empêcher … Mon Dieu, Harm, c’était horrible. Cela vous a pris des mois pour recommencer à marcher, et vous aviez besoin d’une canne.  »
 » A quarante-trois ans ? Plutôt déprimant.  » Il n’y avait malgré tout pas beaucoup d’humour dans son expression et les mots qu’il prononça ensuite étaient particulièrement sérieux.  » Si vous êtes en train de me demander si j’aurais vraiment fait ça, je ne sais pas si je peux vous répondre. J’aimerais penser que je ne suis plus du genre à vouloir me venger, mais – Mac, il a essayé de tuer ma meilleure amie. Je le haïssais d’avoir fait ça – je le hais encore. S’il avait réussi … J’aimerais pouvoir dire que c’est faux, mais je crois que j’aurais fait n’importe quoi pour l’envoyer en enfer. Quelqu’en soit le prix.  »
 » Je crois que vous avez raison. Mais il y avait encore autre chose. La personne que j’ai vue était consumée par les regrets, et pas à cause de la canne. Vous disiez à l’un des lieutenants …  » Soudain, elle ne sut plus comment continuer.
 » Mac ?  »
Ca ne mène nulle part. Elle s’arma de courage et continua carrément.  » Vous lui disiez que vous m’aimiez, et que vous aviez toujours regretté de ne pas m’avoir dit ce que vous éprouviez.  »
Son visage ne bougea pas, mais il pâlit encore.  » Vraiment  » dit il d’une voix à peine audible.
 » Vraiment  » Ne sachant pas quoi faire d’autre, elle continua à foncer.  » Ca ne tombe pas du ciel, maintenant que j’y réfléchis. Cela fait des semaines que nous tournons autour du pot l’un comme l’autre. Des mois, même. Et je ne le supporte plus. Je suis fatiguée d’attendre et de me poser des questions, parce que la vérité c’est que si une seule chose s’était déroulée différemment hier, l’un de nous aurait pu ne pas être assis ici maintenant. Je ne trouve pas de raisons qui m’autorisent à continuer à ignorer ça. Je veux que ça sorte au grand jour.  » Elle leva le menton, prête à affronter la bourrasque.  » Alors, dites moi que vous ne m’aimez pas.  »
Il sursauta.  » Quoi ?  »
 » Allez y. Dites moi que vous ne m’aimez pas, et on pourra mettre fin à toute cette histoire.  »
Après un moment infiniment long qui la mit au supplice, il la regarda droit dans les yeux.  » Je ne peux pas faire ça  » murmura t’il.
Elle eut l’impression de ne plus pouvoir bouger.  » Parce que vous ne voulez pas me faire de mal, ou –  »
 » Parce que ce n’est pas vrai.  » Soudain, les mots s’enchaînèrent, la maladresse mêlée à son discours hésitant.  » J’ai passé une bonne partie des quatre dernières années terrifié à l’idée de montrer à quelqu’un ce que j’éprouvais vraiment parce que j’étais sûr que cela ne ferait que vous blesser d’une façon ou d’une autre. Par vengeance, comme Palmer l’a fait, ou à cause de mes obsessions égoïstes … Je ne pensais même pas que vous me croiriez si je vous le disais. Je sais que vous croyez que je vois quelqu’un d’autre quand je vous regarde, mais ce n’est pas vrai. Ca fait longtemps que ce n’est plus le cas. Mais j’ai tellement de fantômes …  » Il se détourna.  » Vous plus que personne au monde savez que je ne suis pas très bon pour laisser d’autres personnes devenir proches.  »
 » Vous m’avez déjà laissé devenir proche, Harm. C’est tout le problème.  »
 » Oui, je pense que vous avez raison.  » Il eut un petit rire nerveux.  » Alors pourquoi est ce aussi difficile ?  »
 » Je ne sais pas. C’est difficile pour moi aussi. Mais nous devons le faire, ou nous risquons de ne plus avoir d’autre chance. Je ne sais pas quand c’est arrivé, ou comment, mais – je vous aime, Harmon Rabb. Je crois que vous le savez et je crois que si vous avez quelque chose à dire, vous devriez le faire avant de perdre votre calme.  »
Une lumière nouvelle avait éclairé les yeux d’Harm quand elle avait prononcé ces paroles et elle savait qu’elle s’était frayé un chemin jusqu’à lui.  » D’accord, on y va. Elle se releva pendant qu’il se déplaçait pour venir s’asseoir près d’elle sur le lit. Il prit sa main dans la sienne et d’une voix faible, mais sûre de lui, il vida son âme.  » Je vous aime, Sarah. Je vous aime plus que je le pensais possible. Depuis tellement longtemps, vous êtes la meilleure part de ma vie, la raison pour laquelle je me lève le matin. J’ai toujours fait tellement attention à ne jamais m’autoriser à avoir besoin de quelqu’un mais maintenant je ne me souviens plus d’une époque où je n’ai pas eu besoin de vous. Si vous pouvez me pardonner d’avoir été aussi aveugle je ferai tout ce que je pourrai pour vous prouver que je pense vraiment ce que j’ai dit. Même si je n’arrive pas à croire que je suis enfin en train de le dire.  »
Les larmes débordaient de ses yeux, coulant sur ses joues, et elle s’agrippa à sa main. Il leva la main pour essuyer ses joues humides, les yeux brillants.  » Oh, s’il vous plait, ne pleurez pas  » murmura t’il tendrement.  » Je ne veux plus jamais vous faire pleurer. Je vous le promets, Sarah, je vais vous rendre heureuse. Vous méritez tout le bonheur du monde.  »
Dans les trente-quatre années qu’avait traversées Sarah Mackenzie, personne ne lui avait jamais dit quelque chose d’aussi merveilleux.  » Je serai heureuse si vous êtes avec moi  » dit elle doucement.  » Mon Dieu, Harm, je vous aime tellement. « .
Ils s’étreignirent avec abandon, chacun se tenant à l’autre comme à une bouée. D’une certaine façon, c’était peut-être ce dont il s’agissait. Leurs vies avaient avancé ensemble depuis ce premier jour dans la Roseraie, mais avec tout ce qui avait conspiré à les éloigner l’un de l’autre, le fait qu’ils avaient atteint ce moment n’était rien moins qu’un miracle. Elle posa ses lèvres sur les siennes, se délectant de cette chaleur. Cette fois ci, il n’y avait pas de question. C’est elle qu’il embrassait et pas quelqu’un d’autre, et elle aurait souhaité que ça dure toute la vie.
Pourtant, au bout d’une minute, il s’écarta mais continua à la tenir serrée contre lui.  » Allez y doucement avec moi, tête de mule  » dit il faiblement.  » Je connais quelqu’un qui ne respire pas très bien ces jours ci.  » Il leva la main de Mac contre sa poitrine et elle rit, d’un rire mal assuré, en sentant les battements rapides de son cœur.
 » Que va t’on faire, maintenant ?  » demanda t’ elle en hésitant.  » Comment va t’on le dire à l’amiral ?  »
 » Vous venez juste de le faire.  »
AJ était debout dans l’embrasure de la porte, ne cherchant pas à cacher son sourire devant les expressions stupéfaites de ses officiers.  » Désolé pour mon mauvais minutage. Je venais juste vérifier comment vous alliez. Je vois que vous vous portez tous les deux bien mieux que je ne pouvais l’espérer. Si vous avez besoin de moi, je serai dans le hall à essayer de trouver un moyen de garder mes deux meilleurs avocats dans le même service.  »
Et il était reparti à nouveau, presque avant que l’un ou l’autre n’ait eu le temps de réaliser ce qu’il venait de dire. Harm rencontra son regard et sourit, ce parfait sourire de pilote dont elle savait maintenant qu’il ne le réservait que pour elle.  » Je ne crois pas que la vie pourrait être plus belle que ça  » dit il tranquillement.
La tête de Mac tournait. En un instant, son monde avait changé pour toujours. Elle avait vécu les plus profondes étapes du désespoir et avait réussi à modifier leur sort – ou non ? Elle ne savait toujours pas si ce qu’elle avait vu été réel ; mais il n’y avait qu’un moyen de le savoir.  » Harm, je peux vous poser une question un peu bizarre ?  »
 » Tout ce que vous voulez, mon amour.  »
Quelle musique incroyablement douce …  » Est ce que vous faisiez partie de la Garde d’Honneur à l’Académie ?  »
Il rit, surpris.  » Et bien, qui est ce qui vous a dit ça ? Keeter ? A mon avis, c’est parce qu’il était jaloux. Il avait une concentration minable, pour un pilote. En plus, nous avions plus de succès auprès des filles –  »
 » – que l’équipe de football « , finit elle pour lui, rayonnante. Il fit oui de la tête, perplexe, mais elle ferma les yeux et envoya une prière silencieuse de gratitude à son ange.  » C’est suffisant pour amener une fille à croire aux miracles.  »
 » Et bien, c’est le bon moment pour ça.  » Il sourit et serra plus fort sa main dans la sienne.  » Dans quelques heures, ce sera Noël.  »
 » C’est la veille de Noël ?  » Sa main vola vers sa bouche quand elle se souvint.  » Oh Harm – le Mur – votre père –  »
 » C’est bon « , la calma t’il en secouant la tête.  » Quand nous sortirons d’ici, nous irons ensemble. Et je lui raconterai le meilleur Noël de ma vie.  »
En entendant ses paroles, sa première réaction fut la tristesse pour la peine que Noël lui avait toujours apportée. Et puis elle réalisa qu’elle ressentait la même chose. La seule chose qu’elle voulait vraiment était juste devant elle, et rien, ni les règlements, ni les fantômes, ni même les balles ne pourraient détruire leur bonheur. Sans qu’elle sache comment, la foi qu’elle avait perdu longtemps auparavant était maintenant retrouvée.
 » Est ce que tout ça est vrai ?  » demanda t’elle doucement.
 » Je ne peux que l’espérer.  » Elle sourit du mot qu’il avait choisi. L’Espérance, en effet.
Prudemment, il se leva du lit et tendit la main pour l’aider.  » Venez.  »
Ils s’approchèrent lentement de la fenêtre, s’appuyant l’un contre l’autre pour se soutenir, de bien des façons. Quand elle posa sa tête contre son épaule, il passa ses bras autour d’elle et balaya sa joue d’un baiser doux comme une plume.  » Joyeux Noël Sarah. A un nouveau début.  »
Une neige légère tombait derrière la fenêtre, saupoudrant la rue d’une blanche lumière. Elle n’avait jamais beaucoup aimé la neige jusqu’à présent, mais maintenant elle regardait les minuscules flocons avec une fascination toute neuve. La neige était la première belle chose qu’elle verrait dans cette nouvelle vie parfaite, et elle voulait la capturer pour l’éternité.

FIN

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