Ruptures

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QUARTIER GENERAL DU JAG – FALLS CHURCH
20 Février 1999

Le son des voix irritées du major Mackenzie et du capitaine Rabb les précéda dans la salle des opérations, et tout le monde commença à s’éloigner de leur chemin. Cela semblait devenir une habitude depuis quelques jours, la vie du bureau était rythmée par les disputes incessantes des deux officiers.

– Vous avez sauté l’étape de l’infirmier militaire, Mac, ce qui est justement le point important de notre interrogation : la chaîne de fiabilité a t’elle été rompue à un moment ?
– C’est votre vision des choses, Harm. En ce qui me concerne, la compétence de l’infirmier militaire n’a jamais été mise en doute.
– Et où est le problème alors ?

L’amiral Chegwidden sortit du bureau de Tiner et s’approcha de ses deux officiers, tellement absorbés dans leur dispute qu’ils n’étaient conscients ni des regards du reste de l’équipe, ni de l’arrivée de leur commandant. Les bras croisés, le regard froid, c’est le moment qu’il choisit pour intervenir.

– Je vous écoute … Ce suspense est insupportable.

Mac et Harm sursautèrent et se mirent instinctivement au garde à vous. Mac se ressaisit la première.

– C’est au sujet de la cour martiale Lipari, Monsieur.
– Vous allez m’expliquer tout ça dans mon bureau. Tout de suite.
– Oui, Monsieur, répondirent ils ensemble.
AJ, debout près de la fenêtre, tournait le dos aux deux officiers. Même leurs tentatives d’explication avaient tourné à la confrontation, une nouvelle fois. Ils ne semblaient plus capables de se parler autrement qu’avec exaspération. Ce n’était pas la première fois que les opinions de Harm et de Mac différaient sur une enquête, loin de là, mais les malentendus ne duraient jamais plus d’une journée, et AJ n’avait jamais voulu intervenir.

Cette fois ci, il s’agissait d’un problème plus grave qui compromettait la sérénité du service tout entier, et il n’avait pas le droit de l’ignorer.

En fait, tout semblait avoir commencé après que Harm avait retrouvé Webb vivant, et que Palmer lui avait échappé. Au début, AJ avait pensé que la tension que tout le monde constatait entre les deux avocats était la conséquence de cette affaire, cela ne leur ressemblait pas vraiment, mais la disparition de Palmer et la menace qui pesait sur Harm et sa petite amie, ce capitaine Jordan Parker, avaient probablement un rôle dans ces problèmes. Mais au bout d’une semaine, AJ sentait intuitivement qu’il devait y avoir un autre motif, une raison connue de Harm et Mac seuls, et qui exacerbait toutes leurs dissenssions.

Le regard glacial, il se tourna vers les deux officiers, toujours au garde à vous depuis dix minutes.

– J’ai demandé à l’amiral Morris de vous décharger de l’affaire Lipari … Ne vous réjouissez pas trop vite. Je vous envoie à bord du sous-marin Watertown en Mer du Nord, pour enquêter sur l’erreur de navigation qui est intervenue dans la nuit.
– Tous les deux, Monsieur ? l’interrompit Harm.
– Tous les deux, capitaine. Et maintenant, je vais vous mettre les points sur les i. Si vous ne me prouvez pas que vous êtes à nouveau capables de travailler normalement ensemble, si vous n’arrivez pas à régler les problèmes que vous semblez avoir l’un avec l’autre, dès votre retour je vous fais transférer tous les deux à l’autre bout de la planète, aussi loin l’un de l’autre que possible avant que vous ne mettiez le feu à l’Aéronavale toute entière. Je ne tolèrerai plus l’attitude non professionnelle que vous avez eue depuis une semaine dans ce bureau, c’est compris ? Je ne sais pas quel est le problème, et je ne veux pas le savoir, sauf si l’un de vous pense qu’il est de votre intérêt de m’en parler … mais si je dois à nouveau intervenir pour assurer la discipline ici, vous passerez le reste de votre carrière à le regretter.
– Bien Monsieur, répondirent ils à l’unisson, le regard fixé sur l’horizon, parfaits exemples de rigueur militaire.

Seule la rougeur qui était montée brusquement aux joues de Mac confirma AJ dans son impression : leur problème n’était pas professionnel, il en était sûr, mais il ne s’aventurerait jamais sur un chemin aussi dangereux. Il resta un moment à les étudier attentivement, leur expliquant brièvement les circonstances de l’incident sur lequel ils devaient mener une enquête. Il avait brusquement des scrupules à les envoyer ensemble à bord d’un sous-marin. En temps normal Rabb et Mackenzie étaient parfaitement capables d’affronter toutes les situations, mais peut être cette fois ci AJ faisait il une erreur. Si les deux officiers n’arrivaient pas à travailler ensemble mieux qu’ils ne l’avaient fait toute la semaine, le Watertown risquait de vivre quelques jours agités, et les répercussions sur les carrières des deux officiers seraient immédiates.

Il soupira profondément, et les congédia, décidant de leur faire une nouvelle fois confiance.

CABINET DU DOCTEUR LAURA ASHTON –
FAIRFAX – VIRGINIE
8 mars 1999

– Je ne sais pas par où je dois commencer … je n’avais jamais pensé que je viendrais un jour consulter un psychiatre, bredouilla Mac, assise sur le bord d’un profond fauteuil à côté de la fenêtre, comme prête à se sauver.

Le bureau était vaste, les murs clairs, une grande bibliothèque remplie de livres occupait le fond de la pièce, la large baie vitrée donnait sur un grand jardin. C’était encore l’hiver, les arbres étaient noirs et nus, mais le soleil brillait enfin. Après les quinze jours pendant lesquels Mac n’avait vu que la lumière artificielle, respiré uniquement un air recyclé, elle aurait accueilli même la pluie avec bonheur.

Elle se sentait mal à l’aise, mais en même temps soulagée d’être ici, d’avoir pris une décision difficile, mais qu’elle avait eu tort de ne pas envisager plus tôt. Si elle avait parlé à Harm avant, si elle avait accepté de reconnaître que son problème était peut être plus profond qu’un simple divorce non réglé, elle ne les aurait probablement pas entraînés dans l’impasse dans laquelle ils s’étaient maintenant enfermés.

Les paroles qu’Harm lui avait lancées dans la coursive du Watertown résonnaient encore dans sa tête, et l’avaient accompagnée pendant qu’elle venait chez le psychiatre, l’aidant à trouver la force de ne pas rebrousser chemin.

– Vous voulez mon avis ? Vous avez vraiment un problème !

Oui, elle avait un problème, mais elle n’allait plus fuir, elle allait enfin affronter ses démons. Et si un avenir avec Harm était encore possible au bout du chemin, elle se battrait pour le conquérir.

La jeune femme assise en face d’elle lui sourit calmement, elle était apaisante, sa voix était douce, et Mac se sentait étonnamment en confiance avec elle.

– Et bien, Sarah … vous permettez que je vous appelle Sarah ? Dites moi simplement ce que vous vous dites à vous même. Vous m’avez téléphoné le 14 février et vous étiez en pleurs ce jour là. Racontez moi pourquoi, juste comme si vous le disiez à votre meilleure amie. Et n’essayez pas d’être claire, ou logique, ou de suivre une idée, essayez juste de suivre vos émotions.
– Le problème, c’est que je n’ai pas d’amie à qui je parlerais de ça. Mes seuls amis sont tous liés directement à mon travail, et mon meilleur ami … et bien, c’est un homme … et c’est …

Mac s’arrêta, les larmes commençaient à couler sur ses joues. Gênée elle renifla, chercha un mouchoir dans son sac, mais ses mains semblaient ne plus lui obéir.

– Il y a des mouchoirs juste à coté de vous, sur la table près du fauteuil. Laissez vous aller, Sarah…

Mac ferma les yeux, et les images se mirent à défiler : les disputes incessantes avec Harm, ces premiers jours sur le Watertown et cette hostilité presque palpable entre eux …

– Ecoutez, Mac, je commence à croire que tout cela est plus qu’un simple accident de parcours. Vous avez de la haine à mon égard.
– Et vous, vous ne croyez jamais en moi.
– Comment en sommes nous arrivés à un tel point ?

Mac savait qu’aussi longtemps qu’elle refuserait de parler à Harm, de lui expliquer les raisons de son comportement apparemment irrationnel, les choses ne pourraient qu’empirer entre eux. Si elle n’avait pas le courage de tout lui dire, ses prophéties se réaliseraient : leur amitié sombrerait, emportée par le naufrage d’un amour qu’elle n’avait pas eu le courage d’accepter.

Elle n’arrivait pas à renoncer à Harm, et chacun de ses actes les séparait davantage. Que pouvait il avoir pensé d’elle après cette nuit où sans un mot elle s’était offerte à lui. Elle savait qu’il l’aimait, pourtant elle continuait d’agir avec lui comme si seul son corps l’intéressait. Et cela avait été si facile d’amener Harm dans ce lit, si facile et si merveilleux … et si stupide …

D’une voix qu’elle reconnut à peine, au milieu de ses larmes, elle s’entendit commencer.

– Ce n’est pas seulement mon meilleur ami, c’est la seule personne à laquelle j’ai jamais vraiment tenu depuis mon enfance … il y a une dizaine de jours, il m’a sauvé la vie … et par moments j’aurais préféré qu’il me laisse mourir …..

Le silence semblait rythmé par les sanglots de Mac. Elle ne se souvenait pas d’avoir jamais pleuré ainsi. Quand Harm était parti de chez elle, ce soir où il lui avait parlé de mariage et où elle l’avait repoussé, elle avait pleuré longtemps, mais les larmes étaient comme une fin, la fin d’un amour, la fin d’un espoir, une porte qui se ferme et dont on n’aura plus jamais la clef.

Maintenant, les larmes qu’elle versait semblaient la laver, briser des barrages qu’il était temps de détruire, et doucement les sanglots firent place à des pleurs plus silencieux, et elle recommença à parler doucement. Elle raconta Harm, leur amitié, ces deux longues années pendant lesquelles ils n’avaient pas osé se laisser aller à écouter leurs sentiments, les six mois de bonheur qu’elle avait vécus près de lui, et leur rupture.

Laura Ashton la voyait se détendre peu à peu, les larmes continuaient à couler comme si la source ne pouvait pas tarir, mais la jeune femme qui était venue la voir semblait prête à se battre pour sortir de son enfermement.

Quand Mac se tut au bout d’une vingtaine de minutes, la jeune psychiatre se leva et s’approcha de son bureau.

– Quand pouvez vous revenir me voir ? La semaine prochaine me semblerait indiquée.
– Je ne … hésita Mac
– Sarah, vous êtes sur le bon chemin, mais ce n’est que la première étape, et la route sera peut-être longue. N’attendez plus, pour vous … et pour lui …

Mac leva ses yeux brillants de larmes vers la thérapeute, elle essaya de sourire faiblement.

– Pour lui ? Il est avec une autre maintenant.
– Donnez vous une chance, Sarah, apprenez à vous aimer et à vous comprendre et beaucoup de choses pourraient changer dans votre vie. Venez me voir la semaine prochaine … et si vous avez un empêchement, téléphonez moi. Mais uniquement si c’est un empêchement professionnel, Sarah, vous avez fait le premier pas, c’est le plus difficile, ne vous autorisez pas à abandonner maintenant.
PORTE AVION USS CORAL SEA – ZONE D’EXCLUSION AERIENNE
29 mars 1999

Adossée à la porte de la salle, Mac, la main bandée, observait Harm.

Pendant tout le combat aérien, il avait semblé rayonner, seul son corps était sur la passerelle, son esprit était aux commandes du Tomcat et livrait bataille au Mig …

Il se tourna vers elle, sentant le poids de son regard dans son dos, et son sourire éclatant s’effaça quand il vit qu’elle le regardait avec inquiétude.

Doucement, de façon imperceptible, leurs relations redevenaient calmes, presque amicales, même s’ils évitaient tous les deux toute conversation qui aurait pu devenir personnelle. Ils n’avaient même pas reparlé du Watertown, et de la façon dont ils s’étaient mutuellement sauvé la vie.

Harm, après la façon dont Mac l’avait fui une fois Webb retrouvé, avait décidé qu’il ne ferait plus un geste, il ne prendrait plus le risque de subir une nouvelle rebuffade. Lui qui n’avait jusqu’alors que si rarement accepté de laisser parler son cœur, en moins d’un an Mac lui avait fait vivre trop d’émotions différentes et contradictoires. Il ne voulait plus se mettre à nouveau en danger. Il ne comprenait rien à l’attitude de Mac. Il savait qu’entre eux, il ne s’agissait pas que de sexe, même si Mac ne semblait pas prête à l’admettre. Mais si elle n’était pas prête à le reconnaître, il ne pouvait rien y faire, sauf attendre.

Quand Mac serait prête, il serait là.

Peut être.

Dans l’intervalle, il allait continuer à vivre. Comme il l’avait toujours fait.

Mac le regarda un moment, puis sans un mot sortit de la salle. Rapidement, il la rattrapa dans la coursive déserte, et lui attrapa le bras.

– Mac, pourquoi vous sauvez vous comme ça ?
– Vous étiez bon, n’est ce pas ?
– Je le suis encore. Ce ne sont pas des choses qui s’oublient.
– Harm, même si vos yeux guérissaient, vous ne pourriez plus voler dans une escadrille. Je commence à m’inquiéter pour vous.
– Mac, je n’ai fait que regarder le combat …
– Pas avec la lueur que vous aviez dans le regard, Harm. Je vous connais mieux que ça. Chaque fois que vous voyez des pilotes ou des chasseurs, votre attitude change. On dirait que vous êtes plus heureux quand vous volez.
– Peut être que c’est le cas. Peut être que quand je vole, ma vie est plus simple.

Elle se mordit les lèvres et ferma les yeux, essayant d’ignorer le reproche contenu dans sa remarque. Elle savait bien qu’elle lui avait rendu la vie particulièrement difficile, mais il ne semblait plus vraiment en souffrir. Il passait beaucoup de temps avec le capitaine Parker, beaucoup plus qu’elle ne l’aurait voulu …

Elle leva à nouveau les yeux vers Harm, s’étonnant de ne plus être capable d’y lire quoique ce soit.

– Depuis quand cherchez vous la simplicité, Harm ? Depuis que vous fréquentez un psychiatre ? J’aurais plutôt pensé qu’avec elle, vous alliez vous perdre dans des siècles d’analyse.
– Mac, ce n’est pas l’endroit pour parler de ça …… gronda t’il avec une colère qu’il maîtrisait difficilement. Si vous voulez parler, vraiment parler, sans vous enfuir … dites le, mais arrêtez de jouer avec moi.
– Je ne joue pas, Harm, un jour vous comprendrez.
– Je crois qu’il n’y a rien à comprendre, vous …

Des pas s’approchaient d’eux, et rapidement Harm et Mac s’éloignèrent l’un de l’autre et retournèrent dans le carré des officiers vide à cette heure de la journée. Harm alla leur chercher du café et ils étalèrent leurs dossiers, essayant de se remettre au travail, faisant une nouvelle fois sciemment l’impasse sur une vraie mise à nu de leurs sentiments.

Le silence devenait de plus en plus pesant, et brusquement Harm repoussa les papiers devant lui, se leva et commença à arpenter la salle.

– Mac, peut on faire une trêve et ne pas laisser nos relations personnelles interférer quand nous sommes sur une enquête ? Je ne supporte plus cette tension permanente dès que je suis avec vous, si nous ne sommes pas capables d’y faire face, je vais demander à l’amiral de me faire remplacer immédiatement et lui demander mon transfert. Il est peut être temps d’affronter la vérité, Mac, nous n’arrivons plus à travailler ensemble.
– Harm, bien sûr que si …
– Non, Mac, à Washington, c’est possible, parce que nous ne sommes pas tout le temps l’un avec l’autre, mais quand nous sommes envoyés ensemble sur une affaire, c’est autre chose, et vous le savez bien. Et comment voulez vous que nous expliquions à l’amiral Chegwidden pourquoi il ne doit plus nous faire travailler sur la même affaire ? Ca devient ridicule, Mac. Souvenez vous de ce qu’il nous a dit avant de nous envoyer sur le Watertown, nous n’avons réussi qu’à faire une seule chose, donner le change à tout le monde, mais dès que nous sommes seuls, nous n’arrivons plus à faire semblant. Il faut crever l’abcès, Mac, pour sauver ce qui peut encore l’être. Ou accepter que tout soit fini et passer à autre chose …
– Vous n’êtes pas déjà passé à autre chose, Harm ?
– Non, Sarah, pas encore … mais je n’ai plus vraiment l’énergie de me battre contre vous tous les jours sans comprendre pourquoi. Bon sang, marine, réagissez … Comment pouvez vous agir comme vous le faites sans comprendre que quelque chose se tourne pas rond ?
– Qui vous dit que je ne le sais pas ?
– Alors pourquoi ne faites vous rien ? Pourquoi es tu partie sans me parler, Sarah, sans même me laisser un mot ? Après ce que nous avions vécu ensemble ?
– Harm, pas ici …
– Vous voyez, Mac, vous fuyez toute conversation entre nous.
– Je sais, Harm, mais je vous assure que j’en suis consciente … et je … j’y travaille. Je vous demande juste encore un peu de patience.
– Dites moi juste que vous ne jouez pas avec moi, Mac.
– Comment pouvez vous croire ça ?
– Vous faites tout pour me séduire, et au matin vous me jetez comme un kleenex usagé … ce n’est pas vraiment le genre de relations dont j’ai l’habitude, contrairement à ce que pensent certains. Je n’ai jamais agi comme ça avec aucune femme, et que ce soit vous entre toutes qui me traitiez de cette façon, je n’arrive pas à l’admettre.
– Je ne joue pas avec vous, Harm, j’étais sincère cette nuit là, plus que vous ne pouvez l’imaginer. C’est quand le jour se lève que j’ai du mal à faire face à la réalité, mais je vous assure que j’essaie. On peut faire la paix, Harm ? S’il vous plait ?
– Quand vous me regardez comme ça, Mac, je n’arrive pas à vous en vouloir. C’est bien tout le problème, d’ailleurs. Mais je suis sérieux, si la situation entre nous ne s’arrange pas, je ferai le maximum pour qu’on ne travaille plus ensemble.
CABINET DU DOCTEUR LAURA ASHTON –
FAIRFAX – VIRGINIE
5 avril 1999 – 19 heures

– Vous êtes vraiment sûre de vouloir faire ça, Sarah ? C’est encore beaucoup trop tôt, vous savez, nous sommes très loin d’avoir touché le cœur du problème.
– Je sais, mais j’ai tellement peur de ne pas trouver de solution à temps. Je sens que Harm s’éloigne de plus en plus, il ne veut plus accepter de vivre ainsi, si nous n’avions pas couché ensemble en février, tout aurait pu s’arranger, mais maintenant tout est devenu encore plus compliqué. Je voudrais qu’Harm comprenne que je suis sérieuse quand je lui dis que j’essaie de régler mes problèmes, et qu’il ne me menace plus de partir. S’il partait maintenant, alors que nous sommes en train de perdre le peu qui nous restait, cette thérapie n’aurait plus aucune utilité.
– Ne dites pas ça, Sarah. Toute votre vie ne se résume pas à lui. C’est pour vous que vous vous battez, pas pour lui.
– Oh non, c’est d’abord pour lui que je me bats, sans lui j’aurais pu continuer à vivre comme ça, j’aurais pu me contenter des hommes qui voulaient de moi sans que j’aie l’impression de devoir être parfaite pour les mériter … Sans lui, j’aurais été capable de faire face toute seule.
– Sarah, je vous déconseille de lui parler de votre thérapie pour l’instant, gagnez du temps, évitez de vous trouver seule avec lui, ou si vous voulez le faire, vous devrez être capable de le faire seule. Je ne le rencontrerai en aucun cas, ce n’est pas dans votre intérêt, et cela serait même contraire à tout l’esprit de votre thérapie. Ce qui se passe ici est entre vous et moi, Sarah, en fait c’est même entre vous et vous uniquement, je ne vous sers que de catalyseur. Je ne m’oppose pas à ce que vous disiez à Harm que vous faites une thérapie, je vous dis juste que vous devrez lui en parler seule à seul. C’est primordial pour votre relation.
– Mais je ne peux pas le faire pour l’instant.
– Alors, attendez !
– Et s’il partait ?
– Sarah, prenez les choses au fur et à mesure qu’elles arrivent. Il est toujours là.

En remontant dans sa voiture quelques instants plus tard, Mac se répétait les paroles du docteur Ashton : il est toujours là, oui, mais pour combien de temps ? Pourquoi avait elle l’impression que les événements s’accéléraient, qu’elle allait manquer de temps ?
AERODROME DE LICHFIELD – VIRGINIE
5 avril 1999 – 19 heures

Le Stearman approchait de la piste, le soleil venait à peine de se coucher, Harm avait continué à voler un peu plus longtemps que d’habitude. Il oubliait tout quand il volait, le JAG, les procès, et surtout Sarah et son attitude totalement irrationnelle. Ici il était libre, il retrouvait la force dont il avait de plus en plus besoin pour la voir tous les jours et supporter leur absence de relation.

Il regarda les balises de la piste, mais tout était flou devant lui. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’il atterrissait à la tombée de la nuit. Son front se couvrit de sueur, malgré la fraîcheur de l’air, et inspirant profondément, il posa son Stearman, se fiant à son instinct plus qu’à ses yeux.

En montant dans sa corvette pour retourner à Washington, il prit la décision d’aller voir au plus tôt un ophtalmologiste. Personne ne lui avait dit que sa cécité nocturne pouvait s’aggraver.

Il n’avait sûrement pas besoin de ce nouveau problème juste maintenant.

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