River of grass

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« Harm ? » La voix de Mac est faible, quasiment inaudible car couverte par les bruits de la nature. La «chorale» des insectes et des grenouilles chante tellement fort qu’elle m’empêche de dormir.

« Je suis là » lui dis-je tout en me rapprochant pour qu’elle puisse sentir ma présence.

« Que s’est-il passé ? » demande-t-elle. Je la regarde se démener pour bouger ses mains, se rendant compte qu’elles sont attachées.

« On s’est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Vous savez… la routine, quoi ! » Elle sourit à ma réponse, avant que la douleur ne la fasse grimacer.
« Je crois que ça va aller. Vous avez pris un mauvais coup sur le crâne mais la blessure n’est pas profonde. »

« J’ai l’impression d’avoir été frappée avec une barre de fer » dit-elle en essayant de porter les mains à sa tête.

« Presque. Mais je crois que c’était plutôt une lampe-torche. Hey, Crash ! Debout ! » Je crie sur le gamin. Il est censé nous surveiller, et au lieu de ça, il est roulé en boule et dort profondément.

« Quoi ! Qu’est-ce qui y’a ? » hurle-t-il à son tour, émergeant à peine du rêve dans lequel il était visiblement plongé.

« Le colonel MacKenzie est réveillée. Vous pourriez m’aider pour que je puisse lui donner de l’eau » lui dis-je en lui montrant mes mains pour qu’il me débarrasse des liens. « Et vous pourriez peut-être la libérer aussi… Juste pour 5 minutes… Elle ne va pas s’enfuir »

Mac se redresse doucement, le moindre effort pour rester droite lui marquant le visage. Après nous avoir détachés, Crash me tend une bouteille d’eau pleine, elle est tiède mais ce n’est pas grave. Je porte la bouteille à sa bouche et Mac en boit quelques gorgées avant de la repousser. Crash est déjà retourné dans son coin, comme le ferait n’importe quel adolescent dont le sommeil a été interrompu.

« S’ils m’ont eu en m’assommant, comment ont-ils réussi à vous attraper , vous ? » demande-t-elle. Sa voix semble plus assurée. Elle frotte ses bras pour y réactiver la circulation sanguine.

« Ca, vous ne le saurez jamais » lui dis-je en souriant. Elle me dévisage sous la lumière pâle de la lune.

« Vous n’avez pas l’air d’avoir été blessé. Ne me dites pas que vous les avez suivis de votre plein gré simplement parce qu’ils m’avaient capturée. »demande-elle, visiblement déçue.

« Bah, il fallait bien que quelqu’un veille sur vous ». Elle commence à frissonner, alors que la température doit avoisiner les 25°c. Avec l’humidité, on a l’impression qu’il fait au moins 30°. Elle transpire et frisonne en même temps.

« Sur ce plan là, vous faites du bon travail » ajoute-t-elle en même temps qu’elle essaie de ramener ses jambes vers sa poitrine. Je pose la main sur son front, elle est légèrement fiévreuse, ce qui explique sans doute les frissons. A l’évidence, elle n’est pas traumatisée. Elle est juste épuisée.

« Hey, Crash. Pourrait-elle avoir l’autre sac de couchage ? Elle a de la fièvre et n’arrête pas de frissonner » J’ai à peine fini ma phrase que le sac de couchage, enroulé, vole dans ma direction. Après l’avoir déplié, je le pose sur ses épaules et elle s’y emmitoufle.

« C’est avec ça qu’ils nous ont laissés ? On ne pourrait pas s’en débarrasser et ficher le camp d’ici ? Je suis un Marine après tout… » murmure-t-elle en regardant le gamin maigrelet qui nous retient ici.

« Pour aller où ? On est coincé dans la plus grande étendue sauvage du sud-est des Etats-Unis et sans carte. Une jungle remplie d’êtres qu’on peut qualifier d’hostiles, et je ne parle pas seulement des humains. » Je parle doucement, en jetant un coup d’œil aussi loin que l’obscurité me le permet. C’est vraiment désert. Il n’y a rien, pas une once de civilisation. J’ai bien perçu le bruit d’un avion de ligne passant au dessus de nous, mais cela fait déjà plusieurs heures.

« J’ai du mal à croire qu’ils vont tranquillement mener leur petit business à son terme et nous conduire à l’aéroport après, Harm. Il faut que l’on se décide à agir » Elle tire sur la chemise de son uniforme, raidie par le sang séché. Bien qu’elle soit éveillée, elle n’est toujours pas au mieux de sa forme. « Il faut que nous saisissions cette chance pour partir »

« Mac, ça fait à peine 10 minutes que vous avez repris connaissance. Je ne crois pas que ce soit encore le bon moment pour s’en aller sur un canoë sans avoir une petite idée de la direction à suivre. » Elle détourne le regard. Tous les deux, on a foncé là-dedans trop précipitamment. Des armes signalées manquantes. Un quartier maître suspecté qui s’est envolé la semaine dernière pour la Floride. Notre enquête ne nous a jamais conduit à lui. Juste à la fine équipe à qui il revendait la marchandise.

« Je me sens si fatiguée » dit-elle en s’allongeant à nouveau. Ses yeux se ferment rapidement.

« Allez Mac. Il faut rester debout .» Je crains qu’elle ne souffre d’une commotion. Elle doit rester éveillée, maintenant qu’elle est consciente.

« Je ne peux pas » marmonne-t-elle. Je la redresse et la soutiens, essayant de la maintenir éveillée.

« Qu’est-ce que vous êtes en train de faire tous les deux ? » lance Crash qui remarque notre proximité à Mac et à moi. Je le croyais déjà rendormi.

« J’essaie de maintenir le colonel éveillée jusqu’à ce que je finisse d’évaluer l’état de ses blessures. Qu’est-ce vous croyiez qu’on était en train de faire ? » Je lui réponds sur le même ton et il retourne s’installer dans son coin. « Mac ? »

« Hmm ? » Elle est à moitié endormie. Son visage est appuyé contre ma poitrine et elle est brûlante, beaucoup trop. Il faut absolument que je la sorte de ce marais et que je l’emmène dans un hôpital.

« Faites-moi savoir quand vous serez prête pour lui foncer dessus. Il faut qu’on se tire d’ici pendant que vous le pouvez encore. »

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