A question unanswered I – Of honor an truth

Titre original : A question unanswered, part 1 : of honor and truth

Traduit de l »anglais par : Anne

Spoilers : Episode pilote, Boomerang

Résumé : Harm et Mac enquêtent sur un accident survenu lors d »un vol d »essai et qui peu à  peu se transforme en un dangereux mystère.

Disclaimer : les personnages ne sont pas à moi et ne le seront jamais. Mais Kara Donnell, Scott Fairfield et le capitaine de vaisseau Andrew Halloway sont à moi, pour ce que ça vaut. Aucun spoiler important, bien qu »il y ait des références au crash de Harm, à son père, à Diane, à son retour en service actif et à l’odieuse scène du ferry. En fait, les trucs habituels. Quelques détails ne correspondent pas ( au sujet du navigateur de Harm, de sa première association avec l’amiral, etc.) : ça m’arrangeait mieux comme ça. Désolée.

Notes de l’auteur : ça se passe au milieu de la sixiè;me saison, bien avant que Lifeline ne chamboule tout. Quelques détails techniques : c’est uniquement pour plus de réalisme. Cette histoire est classée  » romance » pour deux raisons : 1) il y a quelques moments shippers et 2) la suite se révèle beaucoup plus shipper. Je voulais juste que vous sachiez dans quoi vous vous engagiez.

Notes de la traductrice : cette histoire é;tant assez longue, je l’ai divisée en chapitres. Il y a pas mal de termes techniques, mais je ne dispose pas de dictionnaire de l’anglais technique. J’ai donc fait de mon mieux pour traduire ces termes.

Traduit avec l’autorisation de l’auteur


Chapitre 115h20 EST ( East Standard Time, c.à.d. heure de la côte est)
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie

– Toujours sur l’affaire Conrad ?

Le capitaine de frégate Harmon Rabb, Jr.,les yeux rivés à son écran d’ordinateur, n’accorda même pas un regard à son équipière qui entrait dans son bureau sans y être invitée.

– J’ai fini ce matin. Elle a pris six mois.

Cela lui valut un haussement de sourcil de la part du Marine qui se tenait devant son bureau.

– Vous avez réellement terminé ? C’est la pleine lune ou quoi ?

Elle s’attendait à une réponse enjouée mais elle eut à la place un demi-sourire qui signifiait  » accordez moi une pause « .

– Je ne fais pas de miracles. Elle a violemment frappé son commandant, devant une demi-douzaine de témoins, au club des officiers. Et ensuite elle lui a couru après, une bouteille cassée à la main. Je ne suis même pas sûr que six mois suffiront à la calmer.

Le lieutenant-colonel Sarah Mackenzie haussa les épaules.

– Courage. Je suis certaine que votre prochaine affaire sera plus exaltante.

– Ne dites pas ça, prévint-il. La dernière fois que ces mots sont sortis de votre bouche, je me suis retrouvé, en pleine nuit, dans un C-130 à destination de Guam.

– Vous êtes revenu avec un joli bronzage, le taquina-t-elle.

Avant qu’il ait eu le temps de lui demander le pourquoi de sa remarque, Tiner apparut dans l’embrasure de la porte.

– Monsieur, madame, l’amiral vous veut dans son bureau aussitôt que possible.

Croisant les bras sur sa poitrine, Harm fixa sur Mac un regard accusateur. Celle-ci leva les mains en signe de reddition.

– D’une manière ou d’une autre, c’est de votre faute.

– Toujours des reproches, jamais de reconnaissance.

Elle le précéda dans l’antichambre et il la suivit dans le bureau du Juge Avocat Général.

– Au rapport selon vos ordres, monsieur.

– Repos.

L’amiral Chegwidden leva les yeux vers eux.

– Les responsables de Naval Air Systems Command viennent d’appeler : ils réclament une enquête du JAG sur l’échec d’un vol d’essai qui a eu lieu il y a deux jours. Apparemment, le pilote a atterri sain et sauf dans des circonstances critiques, il y a eu un important dysfonctionnement du moteur.

– Monsieur, avec tout votre respect, objecta Mac, qu’avons-nous à y voir ? Les problèmes techniques ne sont pas vraiment de notre ressort.

– Eh bien, quelqu’un d’important à NavAir pense qu’on a besoin de vous là-bas. Avec le programme Phoenix, la règle d’or semble être  » une sécurité à toute épreuve vaut mieux que les plus plates excuses « . Et c’est pourquoi cela n’a que peu de sens.

L’expression de Harm restait neutre mais malgré lui, il était intrigué. Le Phoenix était le plus récent et le plus sophistiqué des chasseurs américains ; il était prévu qu’il remplace à la fois les Tomcats de la Navy et les Eagles de l’Air Force. Harm avait lu la plupart des travaux de R&D mais il ne s’était pas attendu à voir un Phoenix de près avant un bout de temps.

L’amiral connaissait parfaitement ses officiers.

– Capitaine Rabb, je sais que les choses ont été quelque peu confuses au sujet du Phoenix ces derniers mois, mais je vous prie de garder à l’esprit que vous êtes à présent un avocat et non un pilote. Cependant, pour cette affaire , il pourrait s’avérer utile de voir les choses sous les deux angles. Evitez seulement de vous laisser emporter par votre enthousiasme.

– Compris, monsieur.

Mac se retint de sourire. Les pilotes et leurs joujoux…

– Vous vous rendrez à Pax River demain matin et rencontrerez deux ingénieurs de NavAir pour comparer vos informations. Ne me dites pas que vous n’avez encore aucune information, continua-t-il alors que Harm ouvrait la bouche. Les rapports seront sur vos bureaux avant ce soir. Il vaut mieux que vous vous prépariez à rester quelques jours. Honnêtement, je ne sais pas ce qu’on attend de vous, alors restez sur vos gardes. Colonel, assurez-vous que votre équipier reste loin des problèmes. Rompez.

– A vos ordres.

Tous deux sortirent et disparurent dans leurs bureaux respectifs. Cependant, peu après, Harm passa la tête dans celui de Mac.

– Je dois l’admettre, quand vous avez raison, vous avez raison.

– A propos d’une affectation plus passionnante ?

– Eh bien, ça et mon joli bronzage.

Il lui lança ce sourire irrésistible et elle roula les yeux.

– Capitaine, vous garder loin des problèmes est en train de devenir un job à plein temps.
10h35 EST
NAS ( Naval Air Station ) Patuxent River, Maryland

En ce milieu de matinée, le ciel au dessus de la base aéronavale de Patuxent River était très animé. Deux F/A-18 Hornets exécutaient une manœuvre tactique juste au-dessus de la tête des deux officiers du JAG alors qu’ils descendaient de la Lexus de Harm. Instantanément, une lueur familière s’alluma dans ses yeux bleu glacier, et il avait même l’air de se tenir plus droit. Mac secoua la tête.

– Du calme, flyboy. Vous n’êtes pas ici pour voler.

– Je sais, je sais. J’aime l’atmosphère qui règne ici, c’est tout.

Il balaya le complexe du regard, observant l’activité au sol comme dans les airs. Sans se retourner, il pouvait sentir l’hésitation de Mac.

– Et avant que vous ne disiez quoi que ce soit – non, je ne change pas encore d’avis. Je sais où est ma place.

– Harm, vous n’avez pas besoin de vous justifier. Bien sûr que voler vous manque. Je m’inquiéterais si ce n’était pas le cas. Vos choix vous appartiennent.

– Exactement. Cette fois, c’est mon choix. J’adore voler mais je ne veux plus vivre cette vie.

Il la regarda et elle vit qu’il le pensait vraiment.

– J’en ai fini avec l’indécision. C’est une promesse.

L’honnêteté et la simplicité de cet échange les surprirent tous deux, et Mac sourit pour alléger l’atmosphère.

– Je crois que je suis coincée avec vous alors.

– Oui, madame.

Ils se dirigèrent vers le QG de Naval Air Systems Command, un bâtiment en pierre, très imposant, qui semblait aussi vieux que la Navy elle-même. A l’intérieur, une petite jeune femme vint immédiatement à leur rencontre.

– Capitaine Rabb ? Colonel Mackenzie ? Je m’appelle Kara Donnell, ingénieur en techniques aériennes. Bienvenue à NavAir.

Malgré lui, Harm était surpris par…eh bien, par presque tout en elle. Kara Donnell était petite et mince ; elle portait un pantalon noir et une veste de la même couleur, très éloignés de la conception militaire des vêtements et semblait n’avoir pas plus de vingt ans. Il est temps de revoir ton entraînement à cacher tes impressions, se dit-il. Mac vint à sa rescousse en faisant un pas en avant et en tendant la main.

– Enchantée de faire votre connaissance, mademoiselle Donnell. Ne faites pas attention à mon équipier. Fermez la bouche, dit-elle plus bas à ce dernier, lui rappelant brusquement son manque de politesse.

– Je ne veux pas vous offenser, mademoiselle Donnell, mais vous me semblez terriblement jeune pour mener une enquête sur un accident.

Mac le fusilla du regard, consternée, mais Kara ne semblait pas perturbée le moins du monde.

– Je ne suis pas vexée, capitaine Rabb, mais vous me semblez terriblement grand pour rentrer dans un Tomcat, répondit-elle sans sourciller.

En voyant l’air choqué de Harm, elle sourit et l’expression de ses yeux noisettes montrait qu’elle n’était pas offensée.

– Maintenant nous somme quittes. De toute façon, je préfère que les gens contestent mon âge plutôt que mon sexe ou mes compétences. L’âge est quelque chose de temporaire. Ce n’est pas que ce soit important mais j’ai vingt-trois ans. Je travaille pour NavAir depuis deux ans, ce qui est assez long pour se sentir un petit peu responsable de ce qui arrive, pour le meilleur ou pour le pire. Et oui, je suis une civile, et je ne suis pas la seule dans le coin, aussi les choses risquent d’être un peu moins formelles que ce à quoi vous êtes habitués. Rassurez-vous cependant : nous prenons notre job très au sérieux parce que nous voulons que nos avions continuent à voler.

Harm s’éclaircit la gorge.

– Mademoiselle Donnell, je m’excuse…

– S’il vous plaît, essayez Kara, pour une fois. Et ne vous excusez pas d’avoir été surpris. Ça m’arrive souvent, et d’habitude les gens sont beaucoup plus grossiers. Du moment que vous me laissez vous prouver que je peux faire mon boulot, vous n’avez à vous excuser de rien.

Mac jaugea la jeune femme et sa brusque franchise, et décida qu’elle l’aimait bien. Kara Donnell leur tendit leurs badges  » visiteur  » et fit un geste vers la porte au loin.

– Pendant que nous partons à la recherche de mon équipier, pourquoi ne me diriez-vous pas ce que vous savez ?

Et sur ce, elle les guida jusqu’au Centre des Techniques Aériennes.

– Nous ne savons pas grand chose, admit Mac. Le pilote a signalé une perte de puissance du moteur et a utilisé le générateur auxiliaire pour redémarrer. On ne nous a envoyé que son rapport.

– Ouais, il est resté très calme malgré ce qui s’est passé, et c’est étrange. D’habitude, après un échec, les pilotes reviennent ici comme s’ils menaient une charge militaire tout en cherchant qui envoyer en enfer, mais Halloway n’arrive pas à comprendre que c’est un gros problème. Il ne cesse de répéter que ce n’est pas une défaillance du moteur mais un redémarrage réussi. Il pense que nous pouvons utiliser cet incident pour vérifier le générateur auxiliaire, et hop ! retour au planning des essais.

Kara secoua la tête.

– Avec tout le respect que je vous dois, capitaine, quelquefois je ne vous comprends pas, vous les pilotes.

– Ne vous inquiétez pas pour ça. Je peux vous dire par expérience que les seuls qui soient encore plus fous que les pilotes de la Navy sont les pilotes d’essai de la Navy.

– Eh bien, je pensais que le capitaine Halloway était vraiment doué jusqu’à cet incident. C’est réellement un de nos meilleurs pilotes, aussi je n’arrive pas à comprendre comment il a pu perdre le moteur principal.

– Vous ne croyez pas au problème mécanique ? demanda Mac.

– Non, madame. Je connais nos moteurs. Ils sont conçus pour tout supporter. Je pense à un problème d’injection du carburant ou une mauvaise fixation des mécanismes hydrauliques, je ne sais pas trop. Rien de tout cela n’a de sens, et c’est probablement pour ça qu’on vous a appelés.

– Pensez-vous que ce programme ait pu être saboté ?

– Je ne vois pas comment. Si quelqu’un voulait délibérément saboter le test, pourquoi aurait-il laissé le pilote et l’avion s’en sortir en un seul morceau ?

Elle haussa les épaules alors qu’ils arrivaient dans les bureaux du Service des Mécanismes, une immense pièce divisée en nombreux compartiments et postes de travail (N.d.T : je pense que ça ressemble à l’endroit où travaille Neo dans Matrix ).

– Home sweet home. C’est mieux que ça en a l’air. Une fois que j’aurai réveillé le type des générateurs auxiliaires, ce sera à vous de jouer. Nous sommes ici uniquement pour vous aider et donner une opinion moyennement renseignée quand on nous le demande. Pour chanter les louanges de la technologie, je suppose.

– Parle pour toi, Kar, fit une voix tout près d’eux.

Un jeune homme, plus âgé que Kara mais toujours du bon côté de la trentaine, apparut et leur serra la main.

– Capitaine, colonel, je suis Scott Fairfield des Générateurs Auxiliaires, et quoiqu’elle vous ait dit sur moi, ne la croyez pas, c’est un horrible mensonge. Surtout si elle m’a appelé son équipier.

– Quelle confiance.

Elle sourit d’un air innocent et se tourna vers les deux officiers.

– Nous sommes à votre service. Par quoi voulez-vous commencer ?

Harm échangea un regard avec son équipière.

– Nous ne somme plus dans le Kansas, souffla-t-il.

Malheureusement, il avait sous-estimé l’ouïe de Kara.

– Vous en êtes bien loin. Bienvenue à Pax River.
13h10 EST
Hangar B des Vols d’Essai

Après s’être présentés aux Quartiers de transit ( VOQ : Visiting Officers’ Quarters ), l’équipe du JAG retrouva ses homologues ingénieurs au hangar. Ils portaient maintenant des vêtements un peu plus appropriés ; le jean de Scott semblait avoir servi à éponger une flaque de peinture, et sur le T-shirt délavé de Kara, on pouvait lire  » Virginia Cavaliers Football « . Ses cheveux brun doré, coupés à l’épaule, étaient coiffés en une tresse lâche, et elle agitait une riveteuse, une lueur espiègle dans le regard.

– Celui qui a autorisé ça ne va pas tarder à regretter d’avoir laissé les ingénieurs toucher à ce matériel.

– Nous sommes rivés à nos bureaux la plupart du temps, expliqua Scott à leurs visiteurs intrigués, tout en allumant un caméscope pour enregistrer l’inspection. Mais nous savons ce que nous faisons, hein ?

– Je ne vais pas tout démolir, si c’est ce que tu veux dire. En outre, l’équipe de maintenance a ses propres espions. Ils seront là dans la seconde si nous faisons une bêtise.

Les quatre compagnons traversèrent le hangar principal grouillant de monde et se rendirent dans une section adjacente. Au centre du hangar, à l’écart des autres appareils, se tenait, silencieux, le Phoenix. Ce n’était pas un avion particulièrement grand ; alors qu’il en faisait le tour pour l’observer, Harm dut baisser la tête en passant sous l’aile. Le fuselage était plus lisse et gracieux que celui de ses bien-aimés Tomcats, et les armes étaient transportées dans la structure même de l’avion, faisant apparaître le futur leader aérien presque docile.

– Qu’est-ce que je ne ferais pas pour t’emmener faire un tour, dit-il doucement en étudiant l’artistique système vecteur de poussée.

Il sentait le regard de Mac posé sur lui et le suivre, comme elle le faisait si souvent. C’était légèrement irritant et en même temps étrangement réconfortant de savoir qu’elle semblait toujours garder un œil sur lui. S’inquiétait-elle de le voir perdre de vue leur affaire ? Il ne le croyait pas – elle le connaissait trop bien. Alors pourquoi avait-elle branché son radar ?

Inconsciente des pensées des avocats, Kara s’agenouilla sous le panneau d’accès au moteur et soigneusement l’enleva.

– OK, on y est. On commencera par les pales des hélices, puis les stators, le compresseur, la chambre à combustion et enfin on vérifiera tous les câbles. D’accord ?

– On vous suit, répondit Mac.

Cependant, elle ne se faisait pas d’illusions sur ce travail. Harm serait capable de comprendre leur langage technique pendant un moment mais elle, elle serait perdue en quelques secondes. A vingt-trois ans, je passais mes nuits à la bibliothèque de droit et le lendemain, je dormais en cours, pensait-elle en observant les spécialistes faire leur analyse détaillée. Ces deux-là envoient les soldats américains dans les airs. Trente-trois ans ne lui avaient jamais paru aussi vieux auparavant.

Environ trois heures plus tard, ils remirent en place le panneau et rendirent au Phoenix sa peau lisse et grise.

– Nada. Qu’est-ce que je vous avais dit ?

Kara secoua la tête et essuya ses mains pleines de graisse sur son jean.

– Même pas une mauvaise connexion. Ce moteur est exactement dans le même état qu’il y a deux semaines.

– Le problème vient peut-être de l’installation électrique du cockpit, suggéra Scott. Est-ce que les gars qui s’en occupent sont déjà venus ?

– Je ne sais pas, mais tout a été vérifié lors des tests au sol. Je ne comprends pas. Cet oiseau était parfait jusqu’à cette histoire.

– Je pense que nous devrions nous séparer demain. J’ai rendez-vous avec le capitaine Halloway – j’espère qu’il m’en dira plus que tout ce que nous avons pu apprendre jusque là. Mac, est-ce que vous allez vérifier l’enregistrement des données ?

– En fait, j’aurai besoin d’aide pour ça. L’un de vous deux pourrait-il me faire accéder aux données du vol d’essai ?

– Bien sûr. Je vous retrouverai au centre de contrôle à l’heure que vous voudrez, proposa Kara.

Mac fut tentée de l’embêter en proposant 0630 mais elle se retint. Qu’avait fait cette fille pour mériter ça ?

– Que pensez-vous de 0800 ?

– Ça me va, comme ça je pourrai dormir un peu. Laissez-moi vous donner nos numéros de téléphone.

Elle griffonna rapidement sur un bout de papier qu’elle tendit à Harm.

– Si vous avez besoin de quelque chose – même des adresses de resto – téléphonez à l’un de nous. Nous n’avons pas de vie sociale, alors si l’un n’est pas chez lui, il est probablement chez l’autre à regarder la télé.

– Merci. A demain matin.
21h00
VOQ

Il s’avéra qu’aucun des deux officiers n’avait vraiment envie de passer la soirée à l’extérieur. Ils se retrouvèrent donc assis sur le sol de la chambre de Harm à discuter de l’affaire, après avoir appelé le Chinois. Il n’y avait pas encore beaucoup à discuter, aussi ils ne mirent pas longtemps à parler d’autre chose que du travail.

– On se gèle ici. Je vais aller chercher un pull dans ma chambre.

– Tenez, ne bougez pas.

Il sortit de son sac une chemise en flanelle et la lui lança. Mac l’enfila : elle lui arrivait aux genoux, et la jeune femme roula les yeux quand elle vit à quoi elle ressemblait avec ça. On aurait dit un enfant qui jouait à se déguiser.

– Ça vous plaît, hein, de me rendre ridicule ?

– Ne soyez pas parano. Elle vous va mieux qu’à moi. Alors que pensez-vous de nos jeunes amis ? demanda Harm en passant un sweat gris marqué USNA.

Mac haussa les épaules et attrapa le carton de riz.

– Je déteste l’admettre, mais ils me semblent extrêmement compétents. C’est juste que je n’arrive pas à comprendre comment ils en sont arrivés là.

Elle étendit les jambes.

– Elle a vingt-trois ans, pour l’amour du ciel. A cet âge-là, je n’avais aucune idée de la direction à donner à ma vie. Et il n’est pas beaucoup plus vieux – quel âge a-t-il, vingt-sept ans ? Etiez-vous aussi sûr de vous à cet âge ?

– Ça va peut-être vous choquer, partenaire, répondit-il doucement, mais je n’ai jamais été vraiment sûr de moi. Ce n’est qu’une apparence. J’ai changé trois fois d’avis, vous vous rappelez ?

– Bien sûr, mais seulement entre deux vraies carrières. Ce n’est pas votre faute si vous êtes doué pour deux choses très différentes.

Elle dit cela d’un ton léger, mais une ombre était tombée sur les traits harmonieux de son ami.

– Harm ? Ça va ?

– Oui. Je pensais juste à quel point ma vie n’avait pas changé entre vingt-trois et vingt-sept ans.

Bien qu’il s’adressât à Mac, son regard était perdu dans le lointain.

– A vingt-sept ans, je pensais être le meilleur pilote du coin. Tout le reste me semblait secondaire. Puis j’ai passé mon vingt-huitième anniversaire à l’hôpital, essayant d’assimiler la mort de mon navigateur et le fait que plus jamais je ne serais pilote dans l’aéronavale. A vingt-neuf ans, j’étudiais le droit et j’avais plein de choses à prouver.

Mac observait les yeux expressifs de son ami. Ils semblaient vouloir traverser le mur derrière elle. Ça lui fait toujours mal, réalisa-t-elle. Il ne pourra jamais vraiment oublier ça. Comment pourrait-on oublier complètement ? Il n’avait jamais vraiment parlé de ce crash fatal à ses collègues du JAG, il en avait juste assez dit pour expliquer ses ailes dorées et faire taire les rumeurs. Mais de temps à autre, derrière ce sourire parfait se cachait un air égaré, et chaque fois qu’elle le voyait, elle avait mal. Cette fois, elle saisit l’occasion d’agir.

– Vous voulez en parler ? demanda-t-elle gentiment.

– Ça vous déprimerait. Ce n’est pas vraiment une histoire propre à remonter le moral.

– Je sais. Mais je veux l’entendre, de la façon dont vous vous la rappelez.

Il capitula et leva la tête pour croiser son regard. Elle saisit le message : il voulait être totalement et douloureusement honnête. Elle ne l’aurait pas souhaité autrement.

– Nous faisions des manœuvres depuis ce qui nous semblait être des jours et des jours. On était censé avoir apponté une demi-heure plus tôt, avant que le temps ne se dégrade, mais on s’est retrouvé à décrire des cercles pendant un bout de temps parce qu’ils avaient des problèmes pour dégager le pont. Au moment où j’ai appelé le navire, la visibilité était quasi nulle et les vagues devenaient plutôt mauvaises. Je me souviens que Brick m’a averti pour la tour de contrôle – c’était juste avant que je ne commence à paniquer parce que je ne la voyais pas. J’ai essayé, de toutes mes forces, mais en vain, tout était noir. J’ai commencé à crier à Brick, au Seahawk, à n’importe qui susceptible de m’entendre, pour trouver quelqu’un qui pourrait m’aider à apponter. Puis il y a eu cet éclair, et pendant une fraction de seconde, j’ai pu voir le pont…et j’ai su qu’il était trop tard pour redresser.

Il se leva et alla jusqu’à la fenêtre, une expression indéchiffrable sur le visage. Dans sa voix cependant, elle pouvait entendre la souffrance à peine dissimulée, alors qu’il revivait ce jour terrible presque dix ans auparavant.

– J’ai essayé de l’empêcher de s’éjecter tout de suite – je savais qu’on allait trop vite et qu’on allait seulement tomber sur l’avion…ou sur ce qu’il en restait. Je ne pense même pas qu’il m’ait entendu. J’ai entendu la verrière s’envoler, et après il était parti. Je me suis éjecté seulement deux, peut-être trois secondes après lui, mais ça a fait toute la différence. On m’a dit que j’avais heurté le bord de la rampe – je ne sais pas. J’étais dehors avant de heurter le pont. La seule chose dont je me souvienne ensuite, c’est de m’être retrouvé à l’infirmerie où on me faisait une traction ( N.d.T : une traction est une méthode orthopédique, non sanglante, visant la réduction (ou le maintien de la réduction) d’une fracture ou d’une luxation). On était trop bas pour que le parachute puisse s’ouvrir correctement, et je me suis brisé trois vertèbres lors de l’impact. Le CAG était là. Il m’a dit pour Brick.

Il y avait une note d’amer amusement dans sa voix alors qu’il prononçait l’indicatif de vol de son navigateur.

– En fait,  » Brick  » était au départ un stupide surnom que lui avait donné son instructeur à l’école des navigateurs. Le type s’était planté devant lui et lui avait dit qu’il était aussi bête qu’une brique. Lieutenant de vaisseau Kevin Mace, de Green Bay, Wisconsin. Il était beaucoup de choses, mais il n’était pas bête. Ce n’était pas non plus un lâcheur. Il a pris ce surnom comme indicatif parce qu’il voulait faire savoir aux autres qu’il ne laisserait rien le battre. Je n’ai volé avec lui que quelques mois mais il buvait chacune de mes paroles. Je crois qu’il voulait apprendre comment avoir du culot, mais à la place, c’est moi qui ai appris sa détermination. C’était un chouette gamin.

– Vous étiez un gamin vous aussi, fit-elle remarquer.

Peut-être avait-il entendu. En tout cas, il ne répondit pas.

– Les médecins n’ont pas mis longtemps à comprendre pour mes yeux. Alors j’ai su, avant même le début de l’enquête, que ma carrière de pilote était terminée. Ils ne cessaient de me dire que personne n’aurait pu réussir cet appontage, mais je sais ce qu’ils pensaient vraiment. Personne d’autre n’a eu à soutenir le regard des parents de leur navigateur en leur remettant le papier qui parlait d’une nation reconnaissante. Je l’ai fait. Je me suis forcé à le faire – j’ai supplié le capitaine de me laisser aller à l’enterrement, même si je pouvais à peine marcher. Je voulais me punir et vivre à travers leur douleur. En quittant Green Bay, je suis allé directement à la ferme de ma grand-mère en Pennsylvanie, et je ne suis pas sorti de la maison durant deux semaines. Après ça…eh bien, je savais ce que j’avais à faire et j’étais prêt à affronter le monde. Ça semble étrange mais j’ai saisi la première occasion pour retourner à l’université. C’était quelque chose que j’avais à me prouver. Après ça, j’ai fait mes valises pour Columbia et je n’ai pas regardé en arrière.

– Pourquoi la fac de droit ? demanda Mac. Et aussi pourquoi le JAG ? Vous auriez pu quitter la Navy sans déshonneur.

– Vous connaissez la réponse. C’est ce que je suis, Mac. Pilote ou avocat ou quoi que ce soit d’autre, tout commence avec cet uniforme. Je ne pouvais pas l’abandonner aussi facilement. Vous me voyez dans une de ces grosses boîtes, défendant des dealers et des violeurs d’enfants et essayant de dormir la nuit ? Ici, peut importe le crime, la personne que je représente porte le même uniforme que moi, et cela signifie quelque chose pour moi.

Harm se retourna pour la regarder.

– En ce qui concerne le droit…eh bien, l’idée me trottait dans la tête depuis un certain temps, mais c’est l’enquête sur mon crash qui m’a vraiment décidé. Mon avocat venait du QG du JAG, et il était stupéfiant. J’ai vu la manière dont il travaillait, et je peux vous dire qu’il ne plaçait rien au-dessus de la Navy et de la vérité. Je pensais que si j’étais à moitié aussi bon, ma vie aurait de la valeur.

– Je ne l’ai jamais su – le héros du JAG a son propre héros. Qui était cet illustre avocat ? J’en ai entendu parler ?

– Probablement. C’était le capitaine de vaisseau A.J. Chegwidden.

Mac ne put se retenir – elle en resta bouche bée.

– Le monde est petit, finit-elle par dire. Sait-il ce qu’il a fait pour vous ?

– Peut-être. Il se souvient de mon affaire, c’est sûr, parce qu’il me l’a dit quand il m’a nommé au QG. Je suis sûr qu’il regrette cette décision pratiquement tous les jours.

– C’est vrai. C’est presque aussi exact que notre dernière proposition de budget.

Un semblant de sourire flotta sur ses lèvres mais il était toujours plongé dans son passé.

– J’écris encore aux Mace de temps en temps. Ils ont été si bons avec moi, après tout ce qui s’est passé…et quelquefois j’ai besoin de me rappeler, pour être sûr que je comprends toujours où est ma place. Est-ce que ça a un sens ?

– Bien sûr, répondit-elle, essayant de le rassurer.

Elle se leva, le rejoignit à la fenêtre et s’assit sur le bord de la table.

– Je fais la même chose. Que ce soit bon ou mauvais, ça fait partie de ce que nous sommes.

– Quelque chose dans ce genre-là. Je suis fier de ce que je fais, Mac. Je suis fier de tout ce que nous avons accompli ces quatre dernières années. Même si je ne peux piloter de nouveau, je serai toujours satisfait de ce qu’est ma vie. Vous me croyez, n’est-ce pas ?

Ses yeux bleus cherchaient sur son visage un signe de compréhension. Elle posa une main sur son bras et dit d’un ton sérieux :

– Moi aussi, je suis fière de nous. Et je vous crois toujours, vous le savez ?

– Je suis sûr de vous avoir donné plein d’occasions de mettre ma parole en doute.

– Harm, si vous me demandez ma confiance, je ne peux même pas imaginer comment vous pouvez en douter. Vous l’avez totalement et sans condition. Vous l’avez toujours eue.

Soudain elle prit conscience de leur proximité. Ce n’était vraiment pas l’endroit pour laisser cette discussion aller dans cette voie.

– Il se fait tard. Je devrais partir et vous laisser dormir.

Elle se dirigea vers la porte mais il l’arrêta en posant à son tour une main sur son bras.

– J’ai entendu un  » mais  » dans vos paroles. Vous ai-je déçue de quelque manière ?

– Non, bien sûr que non.

Lui et sa foutue perspicacité sélective. Pourquoi pensait-elle à ça de toute façon ?

– Garder vos sentiments pour vous n’est pas la même chose que n’être pas honnête. Je sais que vous ne le serez jamais délibérément – je veux dire, vous n’avez pas – Oh zut.

L’expression de Harm était confuse et légèrement blessée, et elle savait qu’il ne laisserait pas tomber tant qu’elle ne se serait pas expliquée.

– Le jour où vous êtes parti pour Pensacola et où j’étais dans un tel état… j’ai dit que je comprenais, et je comprenais, réellement, mais c’était tout de même dur de vous voir partir. Et même si je vous connaissais bien, vous sembliez tellement sûr, tellement prêt à faire vos bagages et à vous en aller. A ce moment-là, j’avais peur de vous faire confiance, parce que je savais que si c’était un réel au-revoir, c’était que vous ne voyiez plus les choses de la même manière que moi. Pendant longtemps, je n’étais pas vraiment sûre que vous ayez jamais été heureux au JAG. Je le sais maintenant – vraiment, spécialement après ce soir. Mais vous voyez, cela veut dire que vous n’avez pas été complètement honnête ce jour-là.

Harm retira sa main du bras de Mac et approuva.

– Vous avez raison. Je ne voulais pas que tout le monde voit combien c’était dur de partir. Quand j’ai rejoint ma voiture et que j’ai réalisé que quatre ans de ma vie tenait dans cette stupide boîte…eh bien, vous vous rappelez ce que vous avez dit, que vous étiez la seule à pleurer ? Oubliez ça. Je voyais à peine la route en rentrant chez moi. C’était juste que je ne voulais pas que les gens gardent cette dernière image de moi. C’était de la fierté, je crois. Alors j’ai joué ce rôle. Mais je n’ai réalisé que plus tard que je vous avais laissé croire ça vous aussi. J’étais trop préoccupé par ce que les gens pouvaient penser pour vous dire la vérité.

– Et quelle était-elle ?

– Que j’avais des doutes sur mon départ. Pas sur le fait de revoler, non – c’était quelque chose que j’avais besoin de faire. Mais voler n’allait pas m’apporter un autre ami comme vous. Mac, vous me manquiez atrocement, et je me haïssais pour vous avoir laissé penser que je ne regarderais pas en arrière. Je sais que je ne peux effacer la distance que j’ai mise entre nous du jour au lendemain mais me pardonnerez-vous jamais vraiment ?

En réponse, elle sourit et secoua la tête.

– Hey pilote, vous ne pouvez pas vous débarrasser de moi aussi facilement.

Le soulagement dans ses yeux était évident et spontanément il la serra dans ses bras. Cet acte les surprit tous les deux, ils n’étaient pas vraiment du genre à se prendre dans les bras. Cependant, sans qu’ils sachent pourquoi, ça leur sembla la bonne chose à faire. Au bout d’un moment, elle se dégagea doucement, les yeux baissés.

– Il est temps d’aller dormir, réussit-elle à dire.

– Oui, dit-il doucement. Merci pour m’avoir laissé me confier. Je n’avais pas réalisé combien j’en avais besoin.

– C’est quand vous voulez. On se voit demain matin.

Ce fut seulement lorsqu’elle arriva dans sa propre chambre, à l’étage du dessous, que la lumière se fit dans son esprit. Que venait-il exactement de se passer ? Quelques heures plus tôt, elle pensait qu’ils étaient plus proches que jamais, mais là c’était presque une nouvelle étape. Il se comportait différemment depuis son retour : moins suffisant, comme s’il n’avait plus rien à prouver. Plus mûr, réalisa-t-elle. Harmon Rabb avait finalement grandi et ça lui allait bien. Elle s’était posée beaucoup de questions sur ce jour-là, mais elle s’était empêchée de trop espérer qu’il s’explique un jour. Pourtant il avait tout avoué et plus – il lui avait demandé son pardon, comme si elle ne lui avait pas pardonné à la seconde où il était revenu. Pour la première fois depuis des mois, un poids dont elle ne connaissait même pas l’existence avait disparu.

Etait-ce tout ? Quelque chose de plus avait été suggéré, et elle avait senti ses bras solides l’entourer. Elle croyait encore sentir son eau de toilette…et alors elle réalisa qu’elle portait toujours sa chemise.

– Tu perds la tête, Mackenzie, dit-elle à voix haute. Estime-toi heureuse que ton meilleur ami soit revenu.

Elle lui rendrait sa chemise demain, avant qu’il n’en ait besoin. Pour l’instant, il était encore temps de prendre un peu de repos. Vu comment se présentait cette affaire, sous peu ils auraient tous une sérieuse migraine.

Chapitre 2

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