A question unanswered I – Of Honor and truth

Chapitre 4
23h35 EST
A l’extérieur du hangar B
La route jusqu’au hangar leur prit à peine cinq minutes mais avec chaque seconde qui passait, leur tension augmentait. Du coin de l’œil, Mac observait les traits réguliers de son ami qui exprimaient une souffrance qu’elle pouvait à peine imaginer. Il avait posé sa tête sur la vitre côté passager, et il ne fit pas un mouvement pour ouvrir la porte après qu’elle eut garée la Lexus derrière un bâtiment voisin.

– Harm, dit-elle doucement.

– Oui, répondit-il, sans énergie.

Impulsivement, elle se pencha vers lui et l’embrassa sur les lèvres. Il reprit vite conscience et ouvrit les yeux.

– C’était en quel honneur ?

– Je voulais juste m’assurer que vous étiez encore avec moi. Venez.

Et elle sortit de la voiture alors qu’il secouait la tête, étonné. Et dire qu’il pensait avoir enfin compris Sarah Mackenzie…

Il la suivit jusqu’au hangar et ils se plaquèrent contre un des murs latéraux. Mac tourna la tête pour pouvoir voir clairement à travers les vitres couvertes de givre.

– Il n’y a pas l’air de se passer grand chose, remarqua-t-elle. Vous voulez entrer ?

– Le plus discrètement possible, prévint-il, ce qui lui valut un regard amusé.

– C’est moi, vous vous rappelez ?

– C’est vrai. Désolé.

– Alors vous avez une idée précise pour nous faire entrer ?

Harm repoussa la douleur tout au fond de son esprit. Bouger son bras gauche était douloureux ; même le simple fait de respirer était douloureux ; mais il ne pouvait se permettre de ressentir la douleur pour l’instant. S’il se laissait aller, tout était fini.

– On peut peut-être entrer par les portes du hangar principal.

Mac regarda les hautes portes du hangar d’un air de doute.

– Vous avez dit qu’on devait être discret, non ?

– Eh bien, elles ne sont pas sécurisées, n’est-ce pas ?

– Très juste.

Ils s’approchèrent de l’immense porte coulissante qui, chose surprenante, était ouverte d’une vingtaine de centimètres. Apparemment, ils étaient attendus. Mac échangea un regard avec Harm et se glissa dans l’étroite ouverture. Quelques secondes plus tard, elle ouvrit la porte de côté de l’intérieur et esquissa un salut.

– C’est extrêmement pratique de vous avoir avec soi.

Son sourire avait perdu son éclat habituel mais il était là. Il s’évanouit rapidement lorsque son propriétaire sortit son arme. Elle sortit la sienne et, à pas de loup, ils se rendirent au hangar du Phoenix.

Ce qu’ils y trouvèrent était à la fois de bonnes et de mauvaises nouvelles. Halloway semblait seul mais il pointait un revolver sur un Scott sur le point d’être attaché. Kara était effondrée sous l’aile du Phoenix et luttait pour s’asseoir. Apparemment, elle n’était pas gravement blessée. Les deux officiers se baissèrent et se cachèrent derrière une voiture de maintenance pour évaluer la situtation.

– Maintenant, ça devrait devenir intéressant, mais je vais m’assurer que ça se fasse en toute sécurité, dit Halloway d’une voix traînante.

Il déchira alors une sangle en nylon qu’il prit dans le cockpit et attacha les poignets des jeunes ingénieurs au train avant de l’appareil.

– Pourquoi n’expliqueriez-vous pas tout à la dame ?

Scott s’arma de courage et commença à parler d’un ton monotone sans regarder son amie.

– Il y a deux mois, j’ai appris qu’il y avait un problème avec le mécanisme d’écoulement d’air. La valve de contrôle ne s’ouvrait pas correctement et les gars de l’entreprise avaient peur que la pression d’air ne soit pas assez élevée pour pouvoir redémarrer. On m’a dit de faire un test au sol à ce sujet. Le test aurait pu très bien se faire avec n’importe qui dans le cockpit pour observer les instruments, mais notre ami ici présent a décidé que ce serait un pilote. Il vérifia que tout était en ordre mais lorsqu’ on eut fini, je l’ai vu reconfigurer le tableau de bord de façon à ce qu’aucun signal d’alarme ne soit enregistré. Quand je lui en ai parlé, il m’a dit que la basse pression serait notre petit secret, et que si j’essayais d’en parler à quelqu’un ou de corriger ce problème, NavAir serait mis au courant de mon petit secret.

Harm échangea un regard avec son équipière aussi surprise que lui. Quelque soit ce secret, il ne pouvait être bon.

– Ne vous arrêtez pas maintenant, le poussa le pilote en souriant d’un air affecté. Dites-lui ce que vous lui avez caché pendant tout ce temps,  » cadet  » Fairfield.

Les yeux de Kara reflétaient le choc qu’elle éprouvait mais son visage était un masque d’impassibilité. Mac le reconnut, elle l’avait utilisé trop souvent.

Scott évita de la regarder et se concentra sur sa colère envers Halloway.

– J’ai été cadet à l’académie de l’Air Force. J’ai été renvoyé en première année parce que j’avais triché à un examen. Je n’en ai pas parlé lorque j’ai posé ma candidature et le service du personnel ne l’a jamais demandé. J’ai menti lors de mon entretien sur la sécurité en disant que je n’avais pas de dossier militaire. Je savais que je serais viré à la seconde même où la Navy le découvrirait, alors j’ai assuré mes arrières. C’est ce que vous vouliez entendre ?

Son aîné se contenta de hausser les épaules.

Il lui fallut tout son courage pour se retourner et regarder Kara.

– Je sais que c’est difficile à croire mais je jure que je n’avais aucune idée de ce qu’il mijotait. Comme l’inspection pré-vol s’était bien passée, j’ai pensé que les types des moteurs avaient résolu le problème, mais il a dû jouer un rôle aussi là-dedans. Je ne pensais pas qu’il serait assez fou pour saboter un avion et ensuite le piloter lui-même. Mais surtout je ne voulais pas croire qu’un bêtise faite à dix-neuf ans me poursuivrait au point de nuire à ce programme. Je crois au travail que nous faisons, et je sais que je fais bien mon boulot. Je n’aurais pas risqué tout ce que j’ai risqué pour venir ici si je n’y croyais pas. Je jure sur tout ce qu’il y a de plus sacré au monde que je me serais dénoncé à la seconde même où quelqu’un aurait été mis en danger.

Ses yeux la suppliaient, mais il se tenait toujours droit, refusant de perdre le moindre pouce de dignité.

– Je sais que tu n’as absolument aucune raison de le croire mais je suis désolé, pour tout…surtout pour t’avoir caché la vérité. Tu méritais beaucoup mieux de ma part, et je t’ai déçue. J’espère qu’un jour tu me pardonneras.

– Tu demandes que moi je te pardonne ?

Kara avait en partie retrouvé sa voix, et elle avait la ferme intention de l’utiliser autant qu’elle le pouvait. Avec un rire bref et amer, elle répondit :

– Tu as pris part à un complot que tu ne comprends même pas, tout ça parce que tu ne voulais pas dire à la Navy que tu ne devrais même pas être sur ce programme. Tu as de plus gros problèmes que moi.

– Ça, ça reste à voir, de toute façon.

Les paroles du pilote la ramenèrent brusquement au présent et à leur situation plus que précaire.

– Alors vous êtes prêt à passer du sabotage-chantage au meurtre ? C’est un pas de géant.
Il haussa à peine les épaules.

– Ce n’est pas comme si j’avais vraiment envie de vous faire du mal à tous les deux. C’est juste que pour l’instant je n’ai pas tellement le choix. Essayez de ne pas le prendre personnellement.

– C’est un peu difficile, vous ne pensez pas ?

– Vous ne m’inspirez pas vraiment le désir de choisir une meilleure option, lui dit-il sur un ton d’avertissement, et pour la première fois depuis le début de cette situation inextricable, le revolver se déplaça dangeureusement vers elle.

Ce léger mouvement n’échappa pas à Mac.

– On ne peut pas attendre que le rideau se lève, chuchota-t-elle. On doit intervenir. Si je l’occupe, vous pouvez les aider à se glisser dehors ?

– Et vous échanger avec eux ? Hors de question. Il y a un vrai cinglé là-bas.

– C’est pourquoi un Marine est mieux que deux civils, soutint-elle. Regardez Kara. J’ignore ce qu’il lui a fait, mais elle a besoin d’aide. Une fois que vous serez tous sortis, vous pourrez appeler la cavalerie.

Harm essaya délibérément de ne pas penser à ce qu’impliquaient les révélations de Scott. Il n’était pas non plus très emballé à l’idée d’envoyer sa partenaire se jeter dans la gueule du loup alors qu’il restait là, impuissant. Cependant le poids de l’extrême fatigue qu’il ressentait en ce moment le força à accepter.

– OK, vous avez gagné.

Elle le regarda, surprise de cette reddition qui ne lui ressemblait pas. S’ils ne mettaient pas rapidement fin à tout ça, Harm pourrait être en plus grand danger que n’importe lequel d’entre eux.

– Très bien. Tenez le coup, flyboy.

Il lui serra la main, et ce fut tout ce qu’ils eurent besoin de se dire. Il longea lentement le mur et disparut de son champ de vision. Mac ferma les yeux, compta jusqu’à dix et se leva vivement, arme au poing.

– Je peux me joindre à la fête ?

Halloway pivota rapidement mais il savait qu’elle l’avait dans sa ligne de mire.

– Bonsoir, colonel, dit-il d’une voix unie en baissant son arme mais la gardant tout de même. Vous cherchez votre équipier ? Il n’est pas là.

– Et vous ne sauriez pas où il est par hasard, capitaine ?

– Eh bien, ce n’est pas très sûr de se promener tout seul la nuit. Je veux dire, même un type de la carrure du capitaine Rabb risque de passer un mauvais quart d’heure en rencontrant quelqu’un qui aurait, disons, un couteau.

Mac lui jeta un regard furieux et plein de haine. Kara, comprenant l’allusion, pâlit et eut un mouvement de recul. L’officier voulait la rassurer, lui faire savoir qu’Harm était en vie, mais elle ne pouvait se permettre de perdre l’avantage. De plus, et ça lui faisait mal de l’admettre, elle ne pouvait être absolument certaine en ce moment précis qu’il n’était pas étendu quelque part sur le sol de béton, sans connaissance.

Halloway avança vers elle, la mettant pratiquement au défi d’ouvrir le feu.

– Vous venez jouer les héros, Mackenzie ? Ou essayer de discuter de mon complot ô combien ignoble ? Ça ne marche pas comme ça.

Et tout à coup, de manière inexplicable, la balance des pouvoirs se renversa. D’une manière ou d’une autre, il avait réussi à frapper sa main qui tenait l’arme, et maintenant pointait la sienne droit sur elle, sans la moindre trace de compassion.

– Jetez votre arme ou je tire. Rien ne me pousse vraiment à vous garder en vie.

Jurant intérieurement, elle posa soigneusement son arme sur le sol et recula. Bon sang, comment avait-elle pu se faire avoir de cette façon ? Parce que tu veux résoudre cette affaire sans effusion de sang et que manifestement lui ne veut pas. Et tu aurais dû le savoir au moment où tu as trouvé ton partenaire en sang à ta porte. Putain.

L’option  » Marine  » était maintenant inutilisable. Il ne restait que l’option  » négociations « . Mac parla d’une voix calme et essaya de garder l’attention de Halloway focalisée sur elle, tout en priant pour qu’Harm réussisse à libérer Kara et Scott.

– Et maintenant, capitaine ? Vous allez vous débarrasser de nous tous ou vous avez autre chose en tête ?

– J’y travaille, d’accord ? Ce n’est pas comme si j’avais voulu tous vous impliquer. Vous êtes trop dévouée pour votre propre bien.

– Que vouliez-vous faire ? demanda-t-elle avec honnêteté, plus pour obtenir la vérité que pour gagner du temps.

Du coin de l’œil, elle vit une haute silhouette se rapprocher lentement derrière le Phoenix, et doucement elle recula, attirant ainsi l’homme au pistolet loin de l’appareil.

Harm s’accroupit derrière les cales du train d’atterrissage et prit un moment pour évaluer de nouveau la situation. Mac pouvait se débrouiller seule mais il n’avait pas confiance en ce type et pensait qu’il pouvait aussi bien disjoncter et commencer à tirer. Il suivrait le plan mais il faudrait faire vite. Pour plus d’une raison, se dit-il sévèrement, en réalisant que la douleur se faisait sourde et irradiait maintenant tout son corps. Tu ne leur seras d’aucune utilité si tu te vides de ton sang, se dit-il. Il vaut mieux que tu y ailles.

Tout à son honneur, Kara saisit l’opportunité que Mac leur donnait. Elle se traîna jusqu’à Scott et essaya de défaire les liens de son ami sans que leur geôlier s’en aperçoive. Elle se figea lorqu’une main lui agrippa le bras mais se détendit, soulagée, en voyant son propriétaire. Harm s’attaqua rapidement à ses liens avec son couteau de poche.

– Seigneur, capitaine, dit-elle d’une voix à peine audible, êtes-vous…

– Pas aussi mort qu’il le pense, répondit-il. Dépêchons-nous. Je ne préférerais pas lui donner l’occasion de finir son boulot.

Pendant ce temps-là, Mac avait aperçu quelques chose de familier dans les yeux sombres d’Andrew Halloway – quelque chose qui la faisait penser à une souffrance longtemps refoulée. Et en une fraction de seconde, elle sut qu’il disait la vérité. Il ne faisait pas ça pour de l’argent ou des raisons politiques. Et cela ne laissait plus qu’un seul motif.

– Vous faites ça par vengeance, n’est-ce pas ?

Son regard se rétrécit, et son attitude suffisante s’atténua légèrement.

– Et qu’est-ce qui vous a amenée à cette brillante conclusion ?

– J’ai déjà vu des traîtres, et vous n’en avez pas vraiment le profil. Vous avez servi votre pays avec honneur pendant vingt ans. Je ne vois pas pourquoi vous le trahiriez maintenant.

– Je n’ai trahi personne. La perte d’un seul avion ne va pas détruire la supériorité aérienne des Etats-Unis.

Ainsi il prévoyait d’abattre le Phoenix.

– Cela causerait des dommages irréparables, protesta-t-elle. Même s’il n’y a pas de réel problème, ça prendra des mois, voire des années, pour rétablir le programme. Certains appareils que nous utilisons en ce moment sont plus vieux que les mécaniciens qui travaillent dessus. Si nous nous retrouvons pris dans un conflit à grande échelle d’ici cinq ans et que nous pilotons encore des Tomcats au lieu des Phoenix – rassurez-vous, on le sentira tous passer. Pouvez-vous vivre avec ça sur la conscience ?

Il fléchit un peu mais ne recula pas.

– Je ne peux rien y faire. Vous ne pourriez pas comprendre mes raisons, alors ne vous donnez pas la peine d’essayer. Je dois le faire.

– Peu importe que je comprenne ou non, je veux seulement savoir. Allez, capitaine, nous savons tous les deux que vous n’avez pas vraiment envie d’appuyer sur la détente, alors parlons-en. Plusieurs options s’offrent à vous.

– Vous ne comprenez pas, hein ? Laisser tomber ne fait pas partie de mes options. Je ne suis pas suicidaire mais je suis très déterminé. Et c’est tout ce que vous avez vraiment besoin de savoir.

Elle acquiesca de la tête, ressentant un étrange mélange de sympathie et de dégoût.

– Pourriez-vous au moins me dire pourquoi ? demanda-t-elle simplement.

Il faillit répondre avec colère mais il se retint en réalisant que ce n’était pas une simple tactique pour gagner du temps. Elle voulait vraiment savoir.

– Oh et puis merde, pourquoi pas ? Ma femme m’a quitté il y a environ quatre ans. Un jour, je suis rentré et elle était en train de faire ses bagages. Elle a dit qu’elle ne supportait plus cette vie mais c’était un mensonge. Vous ne passez pas quinze ans avec quelqu’un, vous ne traversez pas une guerre pour tout à coup décider que vous ne supportez pas cette vie. Je savais qu’il y avait quelque chose d’autre, mais je ne l’ai compris que plus tard, en fait il y avait quelqu’un d’autre.

Son regard devint légèrement flou et sembla perdre de sa concentration alors qu’il se rappelait.

– Elle voyait un autre officier, un autre pilote. Je les avais présentés quand nous étions ensemble à l’école des pilotes d’essai. Je le considérais comme un ami. Un ami proche, et il m’a trahi.

– Pas seulement lui. Tous les deux.

Mais il secouait la tête avec véhémence.

– Non. Pas elle. Elle n’aurait pas fait ça. C’était lui seul. Il l’a convaincue que je…je ne sais pas quoi. Mais il lui a jeté une sorte de sort. Il l’a emmenée…il a emmené la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie, et il a fait semblant que ce n’était qu’un manque de chance, et qu’il n’avait rien fait de mal.

Sa voix était encore perdue dans le vague, mais la fureur brûlant dans ses yeux était trop présente.

– Je ne suis pas sûre de comprendre, dit Mac avec hésitation. Qu’est-ce que le Phoenix…

Elle s’arrêta au milieu de sa phrase, la lumière s’étant faite dans son esprit.

– Cet autre pilote – il fait le prochain test, c’est ça ?

Un léger sourire dépourvu de joie lui donna confirmation.

– Ça prend tout son sens maintenant, conseiller ?

Malgré la précarité de sa situation, elle explosa.

– Non, bon Dieu. Ça n’a aucun sens. Si vous voulez vous venger, pourquoi ne pas simplement le tuer ? Pourquoi détruire un avion de plusieurs millions de dollars pour arriver à vos fins ?

– Parce que je ne veux pas seulement qu’il meure. Je veux que tout le monde voit qu’il a échoué. Je veux que tout le monde se souvienne de lui comme du pilote qui a perdu le contrôle et n’a pas pu manœuvrer un appareil au fonctionnement parfait. Quand ce moteur calera vraiment et qu’il ne pourra rien faire pour le redémarrer, je veux qu’il sache ce que ça fait de se sentir aussi impuissant. Je veux que ma femme l’entende hurler au secours, et ce dans le faiblesse la plus extrême. Je sais quels sont les enjeux, colonel. Je ne suis pas à ce point en colère. Mais si j’ai bien fait mon boulot, le programme continuera, parce que la seule explication valable sera l’erreur de pilotage. Si ce n’est pas le cas…

La froideur de son ton était presque plus effrayante que le revolver dans sa main.

– Parfois des innocents sont touchés.

– Comme Harm ?

Halloway eut un rire bref.

– De toute façon, Harmon Rabb ne me semble pas être le type parfait du boy scout. Il est très bien dans cet uniforme, je vous l’accorde. Mais je l’ai regardé travailler, et un homme qui se voue si complétement à la recherche de la vérité…eh bien, cela vous amène à vous demander quelles vérités il nie dans sa propre vie.

– Je n’ai pas à me le demander, riposta-t-elle. Je connais mon partenaire. Il ne nie rien du tout.

Il haussa un sourcil en réponse.

– Oh, vous le connaissez, hein ?

Il secoua la tête.

– Je ne suis pas sûr qu’un chose telle que la vraie innocence existe encore. Et je pense que vous savez de quoi je parle.

A seulement quelques mètres de là, le sujet de la conversation avait à peine conscience que l’on parlait de lui. Après avoir coupé les liens de Scott, Harm se tourna vers Kara et passa son bras valide autour de sa taille. Mais bientôt il fut clair pour tous les deux, alors qu’ils passaient silencieusement derrière une rangée de Hornets pour atteindre la sortie, que le grand et fier capitaine n’aurait pas la force de la soutenir ainsi jusqu’à ce qu’ils soient en sûreté. Mais il était déterminé à essayer.
– Ça va aller,chuchota Kara dont les jambes semblaient retrouver leur force à chaque pas douloureux. On y est presque.

Et ensemble ils firent un dernier effort, appuyés l’un sur l’autre, jusqu’à ce qu’enfin ils purent se glisser dehors pour retrouver la sécurité toute relative du tarmac.

Harm s’appuya au mur, les yeux fermés pour essayer de faire disparaître la douleur. En fait, ce n’était pas vraiment de la douleur mais plutôt un poids. Il avait l’impression que son corps était devenu trop lourd pour pouvoir le porter plus longtemps, et sa vision commençait à devenir floue. Pas encore, putain. Mac a encore besoin de toi.

Près de lui, Kara s’appuyait sur une rambarde mais elle tenait debout toute seule. Scott était juste derrière eux, et une fois tous les trois en sécurité à l’extérieur, l’ingénieur sentit peser sur lui leurs regards glacés. Cependant, ce n’était pas encore l’heure.

– Vous deux, vous allez au poste de garde et ramenez des secours. Moi je retourne aider Mac.

– Harm, vous ne tiendrez pas une minute de plus. Je ne peux pas faire quelque chose ? Je vais bien maintenant, je le jure.

Elle avait utilisé son prénom cette fois, nota une partie de son cerveau. Cette fille venait juste de sortir de ce qui devait être la pire expérience de toute sa vie, et maintenant elle était volontaire pour y retourner. Incroyable.

– Vous vous êtes déjà servie d’une arme ?

Elle secoua la tête, elle savait que même si elle avait été championne de tir, il ne la laisserait jamais y retourner. Délicatement, pour ne pas lui faire plus de mal, elle s’approcha et le prit dans ses bras.

– Allez sauver votre amie. Je vais chercher de l’aide.

Lorsqu’il fut de nouveau dans le hangar, elle se mit en route pour le poste de garde aussi vite que ses jambes affaiblies le lui permettaient. Scott voulut lui prendre le bras mais elle recula hors de son atteinte.

– Tu ferais mieux de partir, dit-elle brièvement sans le regarder. Halloway va te mêler à tout ça. Tu devrais démissionner avant qu’on ne t’accuse de quelque chose – ta carrière ne serait peut-être pas totalement foutue.

– Kar…

– Non. Je n’ai pas le temps, et même si je l’avais je ne suis pas sûre de vouloir t’écouter.

Elle se retourna pour reprendre sa route.

– Je le jure devant Dieu, Kara, je n’étais au courant de rien jusqu’à ce qu’il soit trop tard. J’ai essayé de découvrir ce qu’il mijotait mais j’avais peur de ce qu’il pourrait faire. Je n’étais pas prêt à prendre le risque de blesser quelqu’un. Surtout toi. Je te le promets, je ne savais pas qu’il voulait abattre le Phoenix.

Elle se retourna vivement vers lui, debout de toute sa hauteur pour la première fois depuis qu’Halloway les avait trouvés, et la colère qui flamboyait dans ses yeux noisette masquait toute la souffrance qui s’y lisait.

– Scott, desserrer un écrou de rien du tout pourrait faire s’écraser le Phoenix. Si tu ne sais pas ça, tu es un imbécile. Si tu le sais, tu n’es qu’un lâche. Pour l’instant,je n’arrive pas à décider lequel des deux états est le pire, et je ne peux pas non plus te dire si je pourrais te pardonner un jour. Voici tout ce que je peux te dire et dont je sois sûre : si jamais l’un de ces officiers là-bas meurt, tu devras vivre avec ce poids sur la conscience. Maintenant, s’il te plaît, dégage.

Avec raideur, sa fierté pleine de bleus mais intacte, elle partit en courant. Il la regarda s’éloigner, il savait que tout ce qu’il y avait de bien dans sa vie s’en allait avec elle. Il dit une prière silencieuse pour les autres et pour obtenir d’être pardonné, puis il partit dans la direction opposée et disparut dans la nuit.

A l’intérieur, Mac avait vu leur évasion avec un soulagement qu’elle n’osait pas montrer. Halloway s’était révélé tout ce qu’il y a de plus dangereux et de moins équilibré. Le point de rupture était proche et inévitable, et elle ne savait pas du tout comment l’empêcher de s’en prendre à elle.

Allez, Harm, supplia-t-elle silencieusement en souhaitant qu’il l’entende. Ce type ne va pas tenir jusqu’à l’arrivée de la cavalerie. En ce moment, elle était au moins aussi inquiète pour son partenaire que pour elle-même. Elle ne l’avait jamais vu si faible, et ça l’avait tuée de le laisser partir sans soin mais elle savait qu’elle n’aurait pas pu l’en empêcher. Pas avec deux autres vies en jeu : il les aurait sauvés même au prix de sa propre vie. Il était comme ça, après tout. Elle se força à refouler son sentiment de crainte. Jusqu’à ce qu’elle trouve un moyen de sortir d’ici, elle ne pourrait rien faire pour l’aider.

Le pilote en colère était toujours en train de déblatérer sur l’injustice du monde quand tout à coup il pensa à jeter un œil sur ses prisonniers. La rage déforma ses traits quand il vit les liens coupés, et il se retourna vers Mac en levant son arme.

– Espèce de petite garce, siffla-t-il, vous avez menti. Je vais vous le faire payer en vous tuant très lentement.

Merde. C’est l’heure de bluffer à mort.

– Laissez tomber, capitaine, dit-elle avec beaucoup plus de confiance qu’elle n’en ressentait vraiment. Ils sont partis depuis longtemps, et les MPs seront là d’une minute à l’autre. Vous ne pouvez pas vous en sortir. Votre seule chance est de coopérer. Si vous le faites, je peux vous aider. Personne ne va mourir ici.

Avec un peu de retard, elle réalisa qu’elle ne bluffait pas vraiment.

– M’aider ? répondit-il avec un rire bref et amer. Je ne crois pas. Des tas de gens disent qu’ils veulent aider mais ils ne le font jamais. Ils se contentent de me dire que j’ai tort, ou qu’il faut passer au-dessus de ça, ou… Vous savez quoi ? Oubliez-ça. J’en ai marre de tout ça. Je veux juste en finir.

Il arma son pistolet.

– Préparez-vous à rejoindre votre partenaire, colonel.

Il y eut un coup de feu, qui se répercuta dans le silence de l’immense hangar. Elle ferma les yeux et attendit la fin.

La fin ne vint jamais. Au bout d’un moment, elle regarda Halloway et vit qu’il avait été touché. Une expression étonnée sur le visage, il tomba sans bruit et son arme glissa de sa main. Ce coup de feu ne serait pas mortel mais sa quête agitée était terminée.

Mac se retourna et vit le capitaine de frégate Harmon Rabb, Jr. baissant son propre revolver. Du sang transperçait ses bandages de fortune et coulait de son visage sur sa chemise en flanelle. Son bras tremblait en remettant son arme dans son étui, et c’était tout ce qu’il pouvait faire pour rester debout.

– Vous n’avez rien ?demanda-t-il, la voix pleine de fatigue.

Toute sa tension la quitta et elle essaya de sourire.

– Vous me demandez si moi je n’ai rien ? Vous vous êtes regardé dans un miroir dernièrement ?

Il ne répondit pas. Elle récupéra alors l’arme de Halloway et attacha le saboteur avec une autre angle en nylon.

– Seigneur, capitaine, vous avez un timing fantastique.

– Mac…

Elle leva les yeux à temps pour le voir s’effondrer sur le sol, sous le poids de son accablante fatigue.

– Harm ! cria-t-elle, tout à coup prise de panique.

Elle traversa le hangar à toute vitesse et tomba à genoux à côté de lui.

– Tenez-bon, flyboy, l’implora-t-elle en déchirant sa chemise.

L’horrible blessure en bas des côtes saignait abondamment et la perte de sang lui avait ôté ses couleurs. Son pouls était filant et il respirait avec difficulté.

A demi conscient, il essaya de parler.

– J’ai fait…de mon mieux…

– Ne parlez pas, dit-elle doucement en refoulant ses larmes.

Il avait besoin de beaucoup plus que ce qu’elle pouvait lui donner – peut-être même plus que ce que n’importe qui pouvait lui donner – mais elle prit tout de même son corps inerte dans ses bras et le tint serré contre elle.

– N’abandonnez pas, Harmon, n’essayez même pas.

Mais il avait déjà sombré dans l’inconscience.

– Merde ! A l’aide ! J’ai besoin d’une ambulance !

– Les secours arrivent, répondit-on presque immédiatement.

Une Kara épuisée avait couru jusqu’au poste de garde et était revenue de la même manière sans faiblir une seule seconde mais elle se figea à la vue du Marine à la volonté de fer berçant son partenaire et ami.

– Mon Dieu ! souffla-t-elle. Equipe médicale ! Tout de suite !

La police militaire et les ambulanciers de la base entrèrent en trombe presque en même temps et prirent rapidement la direction des opérations. Mac abandonna Harm aux soins des ambulanciers et les regarda avec un étrange sentiment de détachement lui mettre un masque à oxygène et l’installer dans un brancard. Une autre équipe s’occupa de l’épaule d’Halloway mais il était clair qu’il serait soigné en prison. Un peu après-coup, elle se dirigea vers l’ambulance.

– Je devrais aller avec lui…

Kara posa une main sur son bras pour l’en empêcher.

– Ça va aller, dit-elle calmement mais fermement. La nuit a été longue, colonel, et elle n’est pas prête d’être terminée. Que diriez-vous si je vous ramenais à vos quartiers pour que vous puissiez prendre une douche et vous changer ? Nous pouvons aussi bien aller au centre médical depuis les VOQ. Le capitaine peut se passer de vous pendant un quart d’heure.

N’hésitant qu’une seconde, Mac accepta son offre et lui tendit les clés de la Lexus. Son T-shirt était couvert du sang de Harm et elle avait l’impression de ne pas avoir dormi pendant des jours. Après avoir troqué son T-shirt contre un sweat et s’être lavé les mains, elle laissa Kara la conduire à l’hôpital de la base, et ne protesta que faiblement quand l’ingénieur s’assit avec elle dans la salle d’attente.

– Madame, vous m’avez tous les deux sauvé la vie cette nuit. Si vous croyez que je vais m’en aller maintenant, vous devriez reconsidérer la question.

Mac se contenta de secouer la tête.

– Kara, quand quelqu’un de votre âge m’appelle  » madame « , je me sens positivement vieille. Vous êtes une civile. Comportez-vous comme telle et appelez-moi Mac.

– OK, Mac. Désolée – c’est la force de l’habitude. On essaie de ne pas être trop familier avec nos superviseurs militaires.

Le regard de la jeune femme croisa celui de Mac et elle continua d’un ton sincère.

– Et aussi, j’ai beaucoup de respect pour vous, pour tout ce que vous avez fait. Etre une femme chez les Marines et un avocat doué…C’est plutôt remarquable. Je pourrais le comprendre si tout ça vous pesait parfois. Mais de temps en temps, ça peut être sympa de vous rappeler que vous l’avez mérité, et qu’il y toujours des montagnes à escalader là-bas. Si vous voulez le faire, faites-le.

Surprise et quelque peu amusée, le colonel l’étudia.

– C’est un travail au noir, les discours sur les motivations ?

– Désolée, je ne voulais pas sombrer dans le sentimentalisme… Je crois que j’ai parfois besoin d’un filtre à tact.

Elle sourit brièvement.

– Vraiment, Mac, vous êtes stupéfiante. Et je sais que je ne suis pas la seule à le penser.

– Kara, c’est peut-être la chose la plus gentille qu’on m’ait dite depuis des semaines.

Elle essaya de lui rendre son sourire mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à leur situation plutôt désespérée. L’autre femme le vit et comprit.

– La capitaine Rabb ? demanda-t-elle gentiment.

– Je n’aurais pas dû le laisser venir. J’aurais dû le conduire tout de suite à l’hôpital.

– Est-ce qu’il vous aurait laissée faire ? demanda Kara avec raison. Et si vous l’aviez fait ? Est-ce qu’on se trouverait ici en ce moment ? Le capitaine a fait ce qui lui semblait juste, tout comme vous, et je parie qu’il le referait s’il le fallait.

Mac la regarda, ses yeux trahissaient sa souffrance.

– Et je suis supposée dire ça à sa mère s’il vient à mourir ?

– Ne pensons pas à ça avant que nous n’y soyons vraiment obligées.

Baissant la voix, elle changea légèrement de sujet.

– Je ne ferais pas semblant de comprendre à quel point c’est dur pour vous. Il m’a dit combien vous étiez proches.

Mac acquiesca, et sa voix se fit plus distante.

– C’est le meilleur ami que j’ai jamais eu. Je ne peux pas imaginer ce que je ferais si je ne pouvais pas lui parler de tout n’importe où. Nous nous confions mutuellement nos vies. Que pourrais-je vouloir de plus d’un équipier ?

– J’aimerais pouvoir dire la même chose.

Une ombre passa sur son visage.

– Il s’avère que mon partenaire ne peut même pas s’occuper de se garder en vie.

Mac se sentit légèrement coupable d’avoir complètement oublié Scott. Kara Donnell avait beau être l’incarnation même du sang-froid, sa journée n’avait pas non plus été une promenade au parc.

– Ce que Scott a fait était manifestement mal – même beaucoup plus que ça. Mais je crois qu’il voulait vraiment éviter de blesser quelqu’un. Surtout vous.

– Je sais, mais…

Elle ne savait pas trop comment s’expliquer, et tout à coup elle fit vraiment ses vingt-trois ans.

– Même s’il n’avait pas assez de problèmes pour finir enterré vivant, je ne crois pas que je pourrais jamais lui faire de nouveau confiance.

Mac ne voyait rien à répondre à ça : elle aurait ressenti la même chose. A la place, elle fixa un regard sans expression sur le mur d’en face, réfléchissant à l’évolution de sa confiance en Harm.

– Mac, dit Kara au bout de quelques minutes, dites-le moi si ça devient trop personnel, mais quelque chose que le capitaine Rabb a dit la nuit dernière…eh bien, ça m’a surprise.

– Qu’a-t-il dit ?

– Il vous a appelée son ange gardien.

L’étonnement lui fit tourner la tête.

– Harm a dit ça ?

– Et plus.  » Mac me comprend. Parfois il m’arrive de croire qu’elle sait exactement ce que j’ai en tête avant que je le sache moi-même. Elle est comme mon ange gardien, qui m’indique la bonne direction. Quand je l’écoute, c’est exactement ça. Je me sens en sécurité quand elle n’est pas loin, je ne saurais dire pourquoi.  »

Les mots étaient indubitablement les siens et pourtant elle n’arrivait pas à y croire. Harm savait mieux que personne combien son comportement pouvait être tout ce qu’il y a de moins angélique. Est-ce qu’il tenait vraiment à elle à ce point ? Est-ce qu’il tenait à elle de cette manière ?

– Je ne sais pas…, elle s’arrêta, complètement perdue.

– Si je ne vous connaissais pas mieux, dit doucement Kara, je soupçonnerais un charmant et beau pilote devenu avocat d’avoir de forts sentiments pour sa partenaire. Et je la soupçonnerais même de ressentir la même chose, malgré cette bague à son doigt. Mais je vous connais mieux, et la chaîne de commandement peut être une vraie garce parfois.

– Oui, elle l’est, et c’est pourquoi je ne peux me permettre de trop penser à ça.

Soulagée d’avoir trouvé une réponse, elle se détendit un peu. Mais Kara n’abandonnait pas si facilement.

– Et vous allez en rester là ? Quatre ans que vous vous connaissez et vous voulez ignorer la possibilité d’être heureux ensemble à cause d’un règlement ?

– Hey, les réglements sont importants pour nous, répondit Mac sur la défensive, mais elle se reprit rapidement. Désolée, c’était injuste. Mais ce n’est pas le genre de chose que vous pouvez faire sans être absolument sûr. Une fois que c’est commencé, bien ou pas, vous ne pouvez plus reculer.

– Lui en avez-vous jamais parlé ?

Elle soupira.

– Une fois. Il a dit qu’il n’était pas prêt à se laisser aller. Qu’est-ce que ça voulait dire exactement, je n’en suis pas sûre. Je ne sais pas – je pense qu’il a peur d’ouvrir son cœur et d’être blessé.

– Ça se tient, concéda sa compagne. J’aurais peur aussi. Pas vous ?

Tout à coup ce fut comme une partie du mystère lui était révélée. Bien sûr qu’elle avait peur d’être blessée par quelqu’un qu’elle aimait. Qu’avait-elle connu d’autre ? Son père perpétuellement ivre d’une rage engendrée par l’alcool ; sa mère partie dans un nuage de poussière ; les hommes qui avaient traversé sa vie et n’avaient pas réussi à créer de véritables liens affectifs. Même ceux qui étaient encore en vie. Mais Harm…

Harm, et les dizaines d’années passées à le recherche de son père pour finalement trouver une tombe ; le crash atroce qui avait pris la vie de son navigateur et lui avait ôté tout sens de but ; le meurtre brutal de la seule femme qui avait su pénétrer sa carapace construite avec soin. Il avait souffert aussi, et bien que sa souffrance soit différente, elle n’en était pas moins vraie. De cruelles douleurs, les unes après les autres ; pourquoi donc l’un ou l’autre voudraient-ils en risquer une autre plus profonde ?

Mais nous l’avons déjà fait, réalisa-t-elle. Nous avons laissé l’autre devenir plus proche que jamais auparavant, mais nous sommes terrifiés de faire le dernier pas. A haute voix,elle répondit :

– Nous sommes juste assez proches pour s’équilibrer l’un l’autre.

– Je suppose que c’est une façon de voir les choses.

La civile jeta un coup d’œil en direction de la porte.

– Tête haute. Deux-étoiles à trois heures.

Mac se retourna et se levant brusquement se précipita pour l’accueillir.

– Amiral Chegwidden !

– Repos, colonel, la nuit a été assez dure comme ça.

L’expression du JAG était aussi sévère que d’habitude mais l’inquiétude se lisait sur son visage.

– Je suis venu dès que j’ai pu. Comment va Rabb ?

– Il est au bloc. Il a peut-être des blessures internes et…

Sa voix se brisa, elle ne pouvait terminer sa phrase.

– Monsieur, j’endosse toute la responsabilité de ce qui s’est passé. J’aurais dû conduire le capitaine Rabb à l’hôpital beaucoup plus tôt…

– Eh ben, c’est une première : vous, endosser la responsabilité des actions du capitaine. Aussi têtu qu’il puisse être, il est grand, Mac. Vous le savez.

Le vieil homme sourit avec sympathie.

– Je sais que je vous ai dit de la garder loin des problèmes, mais je suis tout à fait conscient que c’est impossible.

Inexplicablement, la tristesse de leur situation lui apparut dans toute sa force, et malgré tout son entraînement, elle ne put retenir les larmes qui brillaient dans ses yeux.

– Monsieur, je…

Chegwidden la prit dans ses bras et la laissa pleurer. Il était d’une nature sévère et intransigeante mais ces deux officiers lui étaient plus proches que n’importe qui sous son commandement l’avait jamais été, et ça changeait toutes les règles.

– Il va s’en sortir, dit-il doucement pour la réconforter. Parfois, je me dis qu’il faudrait l’équipage complet d’un porte-avions pour venir à bout d’Harmon Rabb.

– C’est ce que je pensais aussi. Jusqu’à ce qu’il s’évanouisse dans mes bras. Je n’avais pas eu aussi peur depuis longtemps.

Il ne répondit pas. Quelques secondes plus tard, elle se dégagea et sécha ses larmes.

– Merci, monsieur. Ne dites à aucun Marine quelle mauviette je suis, d’accord ?

– Je n’informerais pas le Corps que l’un des leurs agit comme un être humain, même en rêve.

Cela lui valut un demi-sourire plein de gratitude.

– Monsieur, si cela ne vous dérange pas, je voudrais vous présenter quelqu’un – l’ingénieur civil qui nous a aidé pour notre enquête. Son courage et son dévouement pendant toute cette mission pourraient rivaliser avec ceux de n’importe quel militaire.

– Mais certainement, colonel. Allons-y.

Dans un coin de la salle d’attente, Kara s’était allongée sur deux chaises et avait posé sa tête sur l’accoudoir tout sauf confortable. Elle s’était rafraîchie et recoiffée aux VOQ mais les traces de poussière et de sang sur son T-shirt témoignaient de la rude épreuve de ces dernières heures. Ses yeux étaient clos mais rien dans son attitude ne suggérait le sommeil. Mac ne pouvait l’en blâmer.

– Kara ?

Instantanément elle fut sur le qui vive.

– Des nouvelles ?

– Pas encore. Kara Donnell, je voudrais vous présenter mon commandant, l’amiral A.J. Chegwidden.

Stupéfaite, Kara bondit sur ses pieds.

– Monsieur, c’est un honneur…

Les mots moururent sur ses lèvres alors que ses jambes se dérobaient sous elle. L’amiral réagit le premier : il la rattrapa contre lui et elle se détendit.

– Je suis flatté, mademoiselle Donnell. Que feriez-vous si un quatre-étoile arrivait ?

– Désolée, monsieur. J’ai, euh, rencontré une sorte de paralyseur nerveux il y a quelques heures.

L’ingénieur grimaça alors que l’amiral l’aidait à s’asseoir dans un fauteuil.

– Mon Dieu, c’est embarrassant.

– C’est ça qui vous est arrivé ? demanda Mac, choquée. Pourquoi n’avez-vous rien dit ?

– Je pensais que l’effet s’était dissipé.

Elle se contenta de hausser les épaules en signe d’excuse.

– Et vous avez couru au poste de garde comme ça ?

L’amiral Chegwidden secoua la tête.

– Prenez garde, Mac. Elle commence à ressembler à votre équipier.

En entendant cela, Kara se redressa.

– Merci, amiral, dit-elle solennellement. Je prends ça comme un très grand compliment.

– Plus grand que vous ne l’imaginez, mademoiselle Donnell. Cependant vous pourriez apprendre à céder quand vous avez terminé. Laissons quelqu’un vous examiner.

Il la souleva facilement et l’escorta jusqu’au poste des infirmières. Les pieds de Kara touchaient à peine le sol. Mac observa son commandant et nota son air protecteur avec une légère surprise. Quoi que soit Kara, elle était plus jeune que sa fille ; et s’il ne pouvait rien faire pour Harm, il pouvait au moins faire quelque chose pour elle.

Elle s’assit et posa sa tête contre le mur, incapable de réfléchir plus. Sa conversation avec Kara l’avait sérieusement touchée, mais elle ne pouvait se permettre d’explorer ces possibilités pour l’instant. Pas tant que la moitié de leur équipe flottait quelque part entre la vie et la mort. Arrête ça, se réprimanda-t-elle. Harm allait s’en sortir. N’est-ce pas ? Après tout, il était resté debout pendant presque trois heures après l’agression. Ça doit bien compter un peu, pas vrai ? Et là…

– Mon Dieu, murmura-t-elle en fermant les yeux. Je ne vous demande pas beaucoup de choses. Je pensais m’en sortir plutôt bien pour encore croire en vous après tout ce temps. Je crois que j’ai mérité une faveur, alors j’apprécierais vraiment si vous nous laissiez Harm un peu plus longtemps. Il est trop important pour trop de personnes – il a encore des montagnes à franchir aussi. S’il vous plaît, ne nous l’enlevez pas. Pas encore.

Elle plongea finalement dans un léger sommeil mais sans repos. Une porte qui s’ouvrait la réveilla en sursaut. Un médecin fatigué regarda dans sa direction.

– Vous êtes avec le capitaine Rabb ?

– Je suis son équipière. Lieutenant-colonel Mackenzie.

Elle se leva et inconsciemment serra les poings.

– Comment va-t-il ?

– Il a très bien supporté l’opération. La blessure à l’abdomen était superficielle, heureusement mais il se passera du temps avant qu’il puisse de nouveau respirer sans effort. La blessure à l’épaule était en réalité plus complexe. Elle était extrêment profonde et a touché de nombreux muscles. Je pense que l’on ne risque rien à dire que, mis à part les autres problèmes, il n’utilisera pas ce bras pendant quatre bonnes semaines.

Quelque part, cela ne ressemblait pas tout à fait à des bonnes nouvelles.

– Mis à part quels autres problèmes ?

Le capitaine de frégate Joseph Arnold était chirurgien dans la Navy depuis plus de vingt ans. En regardant ce jeune colonel suspendu à ses lèvres, il vit que ces deux – avocats, c’est ça ? – avait hissé le mot  » partenariat  » à un niveau totalement nouveau. De plus, peu d’avocats pouvaient faire ce que ces deux-là étaient supposés avoir fait cette nuit. Il la regarda dans les yeux et lui dit exactement le résultat de ses observations.

– Il a perdu une quantité incroyable de sang. Franchement je continue de remercier Dieu qu’il ne soit pas mort sur la table d’opérations. Nous le transfusons aussi vite que nous pouvons mais tant que son volume sanguin n’est pas remonté à 75% environ, je ne peux pas qualifier son état de stable. Il y a toujours un risque d’arrêt du cœur.

Elle blêmit mais tint le coup.

– Très élevé, le risque ?

– Pas trop. Je ne peux seulement rien garantir. Donnez-nous encore trois heures pour finir les transfusions et alors vous pourrez vous détendre.

– Je peux m’asseoir près de lui ?

– Bien sûr. On vient juste de l’installer en soins intensifs il y a quelques instants. Vous pouvez rester aussi longtemps que vous promettez de ne pas gêner les infirmières.

– Sur mon honneur.

On pouvait entendre un sourire épuisé dans sa voix.

– Je vais juste prévenir mes amis et j’y vais.

– D’accord.

Le docteur Arnold fit une pause.

– Colonel, est-il possible que votre capitaine ait un ange gardien ?

En entendant cela, elle se figea.

– Pourquoi dites-vous ça ?

– Eh bien, là c’est un coup de couteau dans l’épaule gauche mais huit centimètres plus à droite et c’était un coup de couteau dans le cœur.

Alors que le chirurgien s’éloignait, Mac resta immobile, à s’imprégner de ses paroles. Puis, comme si elle sortait d’un rêve, elle se dirigea rapidement vers le poste des infirmières et y entra à la recherche de son supérieur.

L’amiral Chegwidden se tenait debout à côté de Kara dans la salle d’examen, attendant patiemment qu’un interne finisse d’exminer ses jambes. La jeune ingénieur leva les yeux.

– Mac – vous avez des nouvelles ?

– Il est sorti du bloc, expliqua-t-elle, mais il est toujours dans un état critique. Son volume sanguin doit remonter. Je monte le voir aux soins intensifs.

– Attendez. On vient avec vous…

Le JAG posa une main ferme sur l’épaule de la jeune femme pour l’empêcher de se lever.

– Je ne crois pas, mademoiselle Donnell. Pas avant que le gentil lieutenant en blouse blanche ne le dise.

– C’est bon, monsieur. Elle ira bien tant qu’elle ne forcera pas sur ses jambes pendant un bout de temps. Il ne reste plus qu’à remplir les papiers.

Kara leva les yeux au ciel.

– Désolé, madame, mais les civils mettent la pagaille dans notre système. Ça ne prendra qu’une minute.

– Les statistiques. Allez-y, Mac. On vous rejoint dès qu’on a fini.

Reconnaissante, elle sortit précipitemment et monta les escaliers quatre à quatre jusqu’aux soins intensifs. Il n’y avait aucune raison logique à sa soudaine hâte mais la logique avait disparu depuis longtemps. Pour l’instant, elle avait une seule pensée, irrationnelle mais claire : il a besoin de moi.

Elle entra dans la lumière crue de la petite salle et son cœur se brisa en le voyant. Il gisait immobile sur le lit, aussi blanc que les draps immaculés, et ressemblait à peine à l’Harmon Rabb fort et plein de vie qu’elle admirait tant. Une légère couverture couvrait sa poitrine nue, cachant ainsi les bandages de son torse mais pas son épaule immobilisée. Des perfusions sur son bras valide insufflaient la vie dans son corps affaibli. On entendait tout autour les bips et les ronronnements des machines qui veillaient sur lui. En quelque sorte, avec cet imposant entourage, même son mètre quatre-vingt treize semblait petit.

Elle s’arma de courage et se glissa sur une chaise à son chevet, prenant gentiment sa main froide et inerte entre les siennes.

– Hey, matelot, dit-elle doucement.

Elle cherchait sur son visage un signe quelconque qui montrerait qu’il l’entendait. Mais ses traits apparaissaient comme sculptés dans de la pierre blanche et ciselée.

– Je voulais juste vous faire savoir que j’étais là. Kara va bien, grâce à vous – elle arrive. L’amiral est avec elle. Il a tout laissé tombé et est venu ici en pleine nuit dès qu’il a su. Et vous pensiez qu’il ne vous supportait toujours pas.

Elle sourit et lui repoussa une mèche des ses cheveux en bataille, si sombres contre la pâleur de sa peau.

– Eh bien, si vous vouliez attirer l’attention, c’est plutôt réussi. Mais je vous connais mieux que ça. Allez, Harm, vous avez été un héros déjà plus d’une douzaine de fois. Vous n’avez pas besoin d’aller jusqu’au martyre, OK ? Tenez le coup encore un peu et tout ça sera terminé. On rentrera à la maison et vous pourrez donner à Sarah ce nouveau coup de peinture dont vous parliez. D’accord ?

Elle n’eut pas de réponse, évidemment. Des larmes se formèrent dans ses yeux, mais elle les refoula.

– Je ne vous laisserai pas vous en allez, alors acceptez-le, dit-elle violemment. Je deviendrais folle sans vous. Vous le savez. Personne pour me faire manger correctement, personne pour m’écouter rouspéter contre le lieutenant Singer… personne pour trouver ce muscle précis de mon cou qui est toujours noué…Alors ne pensez même pas à vous débarrasser de moi, OK ?

Elle soupira, se sentant impuissante.

– Je vous en prie, Harm. Ne me laissez pas les regarder remettre le drapeau à votre mère. Je ne crois pas que je pourrais le supporter.

Ne sachant quoi faire d’autre, elle se pencha et déposa sur son front un baiser léger comme une plume. Puis, tenant toujours sa main, elle se réinstalla dans sa chaise pour les quelques heures les plus longues de sa vie.

Kara arriva à la porte juste à temps pour voir ce baiser, bref mais tendre, et elle resserra vivement sa prise sur le bras de l’amiral.

– Monsieur, on devrait peut-être la laisser seule quelques minutes.

– Ne vous inquiétez pas tant, mademoiselle Donnell.

L’expression d’A.J. Chegwidden était placide mais il n’y avait aucun doute qu’il avait vu la même chose qu’elle. Kara, qui était fière de ne rien laisser la déconcerter, en resta sans voix. Il secoua la tête.

– Kara, si quelqu’un pense que quelque chose ne va pas avec ce que nous venons de voir, eh bien, il est mal informé. Ces ceux-là sont les meilleurs partenaires que j’ai jamais vus. Je les ai vus travailler ensemble, et je les ai vus travailler séparément. Croyez-moi, ensemble, c’est beaucoup mieux. Ils lisent l’un en l’autre à la perfection. Vous n’arrivez pas à ça sans avoir créé un lien spécial. Vous pensez vraiment que je les punirai pour ça ?

C’était une bonne histoire, mais il savait qu’elle n’était pas totalement convaincue.

– Avec tout votre respect, monsieur, est-ce là tout ce que vous voyez quand vous les regardez ?

Il se tourna vers elle avec le regard le plus innocent qu’elle ait jamais vu chez un deux-étoiles.

– Mais bien sûr que oui. Et je sais que vous ne sous-entendez rien d’autre, parce que je n’ai pas la moindre intention de voir quelque chose contre quoi je devrais prendre des mesures, peu importe combien de temps je reste là à les regarder.

Elle comprit ce qu’il voulait dire et acquiesça avec un large sourire.

– Vous êtes un homme bien, amiral. Je comprends pourquoi vos officiers travaillent si dur pour vous.

Il accepta le compliment en silence.

– Je suppose qu’après tout nous pouvons aussi bien lui accorder quelques minutes. Vous voulez vous mettre à l’aise ?

– Eh bien, ce canapé là-bas commence à avoir l’air très confortable.

– Il est tout à vous.

Peu après, pelotonnée sur le canapé, Kara dormait, les bras serrés autour d’elle. Elle n’avait pas pensé à prendre de veste, se dit A.J. Sans plus réfléchir, il enleva la sienne et en couvrit la jeune fille – peu importe ce qu’elle avait fait cette nuit, elle était toujours une jeune fille à ses yeux. Il se rendit à la fenêtre des soins intensifs où se trouvait Sarah Mackenzie, le regard dans le vide, la main d’Harm serrée entre les siennes.

– Ne lui faites plus ça, fiston, dit-il doucement. Revenez-nous.
5h42 EST
Centre médical de Patuxent River
Mac se secoua et se réveilla. Elle ne se rappelait pas exactement quand elle s’était endormie mais elle avait fait un rêve charmant quoiqu’un peu étrange. Harm était sur le point de lancer un frisbee à Jingo. Cependant, le chien l’avait devancé et lui sauta dessus avant même qu’Harm ait pu lever le bras pour lancer le frisbee. Ils étaient en train de lutter sur l’herbe quand une main sur son épaule la ramena rapidement sur terre.

Le docteur Arnold lui souriait.

– Je pensais que vous voudriez le savoir le plus tôt possible. Son volume sanguin est remonté à 78%, et tous ses organes vitaux fonctionnent, au moins aussi bien que nous l’espérions. Même mieux pour certains. Je pense que l’on peut dire que le capitaine est hors de danger.

Elle se détendit, soulagée, et offrit silencieusement une prière reconnaissante.

– Quand pensez-vous qu’il se réveillera ?

– Ça ne devrait plus être trop long. Mais il sera peut-être encore un peu dans les vapes. Nous lui avons donné des sédatifs assez puissants. Mais même avec ça, je pense qu’il sera heureux de vous voir.

– Merci, docteur. Pour tout.

– Tout le plaisir est pour moi, colonel. Prenez soin de lui.

Elle leva les yeux vers l’amiral, qui était resté à la porte tel une sentinelle pendant ces dernières quatre heures. Un message silencieux passa entre eux, mais les doigts de Harm serrèrent imperceptiblement sa main et elle reporta immédiatement son attention sur lui.

– Harm, c’est moi, le rassura-t-elle en caressant sa joue. Je suis là et je commence à me sentir un peu seule ici. Vous venez me tenir compagnie ?

Doucement, ses paupières frémirent, une fois, deux fois. Puis au bout d’un moment douloureusement long, il remua, toujours tellement légèrement, et ses yeux expressifs s’ouvrirent tout grands. Un bref instant, il fut désorienté mais cela passa vite alors qu’il posait son regard sur le visage de son équipière.

– Hey, dit-il simplement d’une voix à peine plus forte qu’un murmure.

– Hey vous-même.

Elle attarda sa main sur sa joue mais ne s’arrêta pas à se demander lequel d’entre eux ce contact était censé réconforter.

– Ça ne vous dérangerait pas de ne plus me faire peur comme ça ?

– Désolé…

Il respirait faiblement et elle secoua la tête.

– N’essayez pas de trop parler. Vous vous rappelez ce qui s’est passé ?

Il acquiesça.

– Kara ?

– Elle va bien, elle dort dans le couloir. L’amiral est avec elle. Tout va bien, d’accord ? Ne vous inquiétez de rien. Reposez-vous et rétablissez-vous, comme ça je n’aurais pas à m’occuper de toute votre paperasse.

Un timide sourire flotta sur ses lèvres, mais une expression étrange assombrit son regard. Elle hésita, inquiète.

– Harm ? Vous avez mal ?

Il secoua lentement la tête.

– J’essaie juste de…comprendre comment…vous pouvez avoir l’air si…en forme alors que je me sens…si faible.

Mac rit. Elle avait bien conscience qu’elle avait l’air d’être passée sous un camion. Mais son pilote était définitivement de retour.

– Vous êtes sous sédatifs, matelot.

– Ouais…je veux bien le croire…

Il replongeait déjà mais son regard ne la quittait pas.

– N’allez nulle part…OK ?

– Comme je vous l’ai déjà dit, vous ne pouvez pas vous débarrasser de moi aussi facilement.

Elle se pencha pour lui parler doucement à l’oreille.

– Je vous promets que je n’irai nulle part. Maintenant ou jamais.

– Je sais… Merci, Mac.

Alors qu’il glissait de nouveau dans l’inconscience, elle ferma les yeux avec un long soupir. Le soleil serait bientôt levé, et avec le noouveau jour, la vie reviendrait doucement à la normale. Il y aurait des dossiers à traiter, des rapports à écrire, de la publicité à contrer, et des explications sans fin au SecNav. A cause de cette nuit, son ami très cher avait une longue convalescence devant lui, et une jeune femme avait perdu quelques uns de ses idéaux. Mais le programme Phoenix continuerait, et des vérités avaient été découvertes. Tout n’était certainement pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais elle sentait avec certitude que chaque jour serait un peu plus clair.

Et ça commençait aujourd’hui.
FIN
( Désolée que ça se termine de façon quelque peu abrupte – il vous faut lire la deuxième partie pour savoir ce qui va se passer après…)

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