A question unanswered II – Of faith and trust

Chapitre 10
9h12 EST
Quartier Général du JAG
Falls Church, Virginie
– Il me semble que la défense a une déclaration à faire ?

– Oui, Votre Honneur.

Singer se leva et parla d’une voix soigneusement maîtrisée.

– Je souhaite présenter mes excuses à la cour pour mon comportement d’hier. Mes questions n’étaient pas fondées, et je n’ai aucune excuse d’avoir agi ainsi. J’espère que les jurés ne seront pas affectés par mon manque de jugement.

– Très bien, lieutenant. L’accusation est-elle prête à poursuivre avec ses témoins ?

– Oui, monsieur, mais avant cela je voudrais me retirer de cette affaire.

Mac se leva et fit résolument face au juge.

– Je pense que ma présence pourrait être préjudiciable à cette affaire à la lumière des…récentes accusations.

– Je n’en suis pas surpris. Très certainement, colonel, vous pouvez vous retirer. Lieutenant Roberts, appelez votre prochain témoin.

Alors qu’elle quittait la table pour rejoindre la galerie, elle ne croisa pas le regard de Harm assis de l’autre côté de l’allée. Bud éleva la voix.

– L’accusation rappelle Kara Donnell.

La scène du jour précédent se répéta. L’ingénieur civil s’installa à la barre et attendit patiemment les questions qu’elle savait sur le point d’arriver.

– Mademoiselle Donnell, au cours de l’enquête, vous avez eu l’opportunité d’observer le capitaine Rabb et le colonel Mackenzie. Comment décririez-vous leur relation de travail ?

– Efficace et professionnelle, répondit calmement Kara. Leurs capacités m’ont réellement impressionnée.

– Savez-vous s’ils se sont rendus dans un café la nuit en question ?

Elle sourit.

– Je les ai invités. Nous avons tous quatre fait connaissance et discuté de l’enquête. C’est là que le capitaine Rabb et moi avons commencé à reconstituer certains faits et décidé de retourner vérifier les enregistrements radar.

– Selon vous – sans preuve pour étayer l’accusation d’impropriété – des problèmes personnels quelconques auraient-ils pu influencer les actes du capitaine Rabb ou du colonel Mackenzie ?

Elle soutint son regard sans broncher.

– Ils m’ont sauvé la vie, lieutenant, et ils se sont débrouillés pour que le travail soit fait. A mon avis, le capitaine et le colonel ne se laissent influencer par rien.

– Merci, mademoiselle.

Bud reprit sa place et Singer, l’air sombre, se leva.

– Mademoiselle Donnell, je voudrais revenir sur votre témoignage d’hier, à propos du générateur de secours du prototype du Phoenix. Voudriez-vous répéter à la cour la fonction de ce générateur ?

Ne sachant pas à quoi s’attendre mais prête à tout, Kara répondit avec précaution.

– Le générateur ne se contente pas de redémarrer le moteur. Il aspire aussi de l’air venant du compresseur pour faire fonctionner les circuits électriques. On a découvert que les câbles manquaient de pression, de sorte que si l’unité devait être activée en vol, il n’y aurait pas eu assez de puissance pour faire fonctionner à la fois le moteur et les circuits électriques. Le capitaine de frégate Jensen se serait retrouvé à 0.98 Mach avec un moteur et un contrôle du cockpit défectueux.

– Est-ce le genre de pépin qui pourrait entraîner le crash d’un appareil ?

– Pas en temps normal. Dans la plupart des cas, l’air en réserve compenserait la différence en quelques secondes seulement. Mais cela ne fonctionne que si la réserve d’air est remplie. Cette fois-là, elle ne l’était pas. Le capitaine Halloway l’a vidée en vol et reprogrammé les capteurs pour qu’ils ne l’indiquent pas.

– Pouvez-vous le prouver ? demanda Singer d’une voix tendue, prise au dépourvu par cette accusation. Rien ne prouve que l’accusé ait volontairement saboté l’appareil. Et même s’il y avait eu sabotage, comment cela a-t-il pu échapper à la maintenance ?

– Ça ne leur a pas échappé. Les vols-tests se suivent et la réserve d’oxygène est remplie pour plusieurs démarrages. Ce n’était pas sur la checklist normale d’avant-vol mais j’ai lu le rapport de maintenance hier soir. Merci, Scott. Le cockpit a été vérifié en dernier par l’accusé, après son vol. Il a fait semblant de tester la réserve d’air mais quand on a vérifié la semaine dernière, il s’est avéré qu’elle était vide.

– Pourquoi ce rapport n’a-t-il pas été enregistré comme preuve ?

– Il est dans les archives, lieutenant, répondit Kara d’un air innocent. Je pensais que vous l’aviez vu.

Singer était coincée et elle le savait. Bud ravala sa surprise assez vite pour ajouter :

– Votre Honneur, l’accusation enregistrera comme preuve le rapport de maintenance dès que nous l’aurons lu et soumis à la défense.

Harm sourit intérieurement. Kara pouvait très bien faire condamner ce type à elle toute seule. Alors qu’elle quittait la barre, le sergent-artilleur Galindez apparut à côté de lui et lui tendit un papier. Harm le lut puis sans un mot le passa à sa partenaire assise de l’autre côté de l’allée. Ils se levèrent ensemble et suivirent le sergent hors du tribunal. Comme la porte se fermait, ils entendirent la voix de Bud de plus en plus lointaine dire :

– L’accusation appelle Lisa Jensen…

– J’espère que tout va bien pour elle, souffla Mac alors qu’ils traversaient le plateau.

– Tout va bien se passer. Pourquoi l’amiral nous fait-il sortir comme ça ?

– Je crois que nous allons bientôt le savoir.

Ils attendirent un moment à la porte de l’amiral après le départ de Galindez, vivement conscients de l’activité autour d’eux.

– Ton sweat était très confortable, continua-t-elle doucement, sans altérer sa voix ou son expression.

Il haussa un sourcil. Tiner n’était pas à son bureau et le reste du staff ne pouvait pas les entendre.

– Tu ne m’en voudras pas si je n’ai pas vraiment dormi dans ton pull, répondit-il, impassible, mais il sentait extrêmement bon.

– On peut le faire, matelot. Vraiment.

– Je sais.

– Entrez ! leur fut-il ordonné depuis l’intérieur du bureau.

Respirant profondément, les deux officiers entrèrent et se mirent au garde-à-vous devant le bureau de leur commandant.

– Au rappport selon vos ordres, amiral.

– Asseyez-vous, tous les deux.

L’amiral Chegwidden se laissa aller en arrière dans son fauteuil et les regarda tour à tour. Ils attendaient, le visage indéchiffrable.

– Capitaine, avez-vous donné suite au problème dont nous avons discuté hier ?

Harm garda un visage neutre.

– Oui, amiral. Je vous remercie pour vos conseils.

– Alors, y a-t-il quoi que ce soit que vous voudriez me dire ?

Surpris, il hésita. C’était exactement ce qu’ils avaient craint. Ils étaient au bureau depuis moins de deux heures et déjà ils étaient sur la défensive.

Mac décida de parler franchement.

– Vous n’avez pas à parler comme si je n’étais pas là, amiral. Le capitaine et moi…avons réglé beaucoup de choses hier soir.

– Raison de plus pour que vous veniez mettre les choses au clair avec moi, répondit l’amiral. Ecoutez, je sais que la menace d’une enquête plane sur vos têtes, mais j’ai dit que je vous aiderais si je le pouvais. Que dois-je faire de plus pour gagner votre confiance ?

Harm baissa les yeux.

– Vous l’avez depuis longtemps, monsieur. Je suis désolé de l’avoir oublié.

Il échangea un regard avec Mac – on y est – et elle lui prit la main.

Le JAG baissa légèrement la tête, sans approuver ni désapprouver.

– Puis-je supposer que tous deux appréhendez ceci avec l’intention de le mener à bonne fin ? Pas de fiancé abandonné téléphonant à n’importe quelle heure ? Il n’y aura plus de et si, de je veux je veux plus ou quoi que ce soit d’autre qui pourrait troubler l’ordre de ce bureau ?

– Amiral, nous n’avons pas pris cette décision à la légère, commença Harm.

Il s’interrompit, indécis. Mac prit rapidement la relève.

– Amiral, maintenant que nous avons enfin compris comment être honnête l’un envers l’autre – et envers nous-mêmes – ça n’a fait que renforcer ce que je pense avoir su depuis toujours.

Elle rencontra le regard de Harm et parla avec la plus grande sincérité.

– Il représente tout ce qu’il y a de bien dans ma vie. Je serais perdue sans lui.

Cela dit, il n’était plus possible de nier la connexion qui existait entre eux. Le regard de Harm ne la quitta pas tandis qu’il répondait.

– Comme d’habitude, amiral, elle l’a dit mieux que je n’aurais pu le faire. Mais c’est aussi ce que je ressens.

L’amiral laissa échapper un soupir qu’il retenait depuis longtemps.

– Vous savez, je n’étais pas sûr de vous entendre un jour l’admettre. Mais malgré la situation plutôt compliquée…j’en suis ravi. Et à cause de ça, j’ai trouvé un moyen de vous sortir de ce pétrin. Mais je ne suis pas sûr que ça va vous plaire.

– Au point où nous en sommes, amiral, je crois que nous sommes ouverts à toutes les propositions, répondit Harm, l’anxiété audible dans sa voix.

– Très bien, mais ne dites pas que je ne vous ai pas prévenus.

Il croisa les mains sur son bureau.

– Il me semble que si vous affichez votre relation, maintenant ou n’importe quand dans un futur proche, les gens croiront que vous étiez ensemble avant et que vous avez menti. Cela nous ménerait à un non-lieu pour vice de procédure ou à un appel, et ni l’un ni l’autre ne sont de très bonnes options. Il n’y a aucun moyen de savoir le moment où vous pourrez être publiquement ensemble en toute sécurité. Donc vous ne pouvez pas le nier franchement. Cela dit, je ne crois pas que vous deviez le nier du tout. Au contraire, nous devons convaincre les autorités que votre relation n’était pas inconvenante.

– Amiral, nous sommes dans la même chaîne de commandement, fit remarquer Mac. Comment une quelconque relation pourrait ne pas être inconvenante ?

– Si elle a été approuvée officiellement mais en toute discrétion, grâce à des circonstances atténuantes. Du genre, par exemple, si vous deux étiez mariés.

Deux têtes se tournèrent vivement vers lui, dans l’étonnement le plus complet, et il leva une main pour devancer leurs protestations.

– Je sais, mais laissez-moi finir. Si nous faisions preuve d’un peu d’inventivité quant à la date sur le certificat de mariage, vous pourriez avouer votre relation en disant que vous étiez déjà mariés à l’époque. Cela ferait s’élever beaucoup de nouvelles questions – AJ ponctua sa phrase d’un sourire ironique – mais je peux assumer toute l’agitation qui en découlera pour vous avoir permis de tromper tout le monde. Webb nous aidera à inventer une histoire crédible sur pourquoi ça devait rester secret. Ça ne devrait pas être trop difficile : il est doué pour les détails inexpliqués. Je suis sûr que vous n’aurez aucun problème pour l’expliquer à toute l’équipe, quoiqu’ un Roberts, ou peut-être même les deux, pourrait hyperventiler sous le choc. Maintenant le principal obstacle. Capitaine, en gros, vous devrez avouer vous être parjuré, et ce n’est pas quelque chose à ignorer. Surtout depuis que ce que vous avez dit était techniquement vrai. Mais tous ici, nous savons que rien de ce qui existe entre vous n’ a perturbé le cours de l’enquête, et je suis convaincu que l’autorité convocatrice sera favorable à une sanction minimale. Si ce sacrifice en vaut la peine…c’est à vous de voir.

AJ soupira.

– C’est la solution la plus pratique que je peux imaginer en ce qui concerne l’Aéronavale. Sur un plan personnel, d’un autre côté, c’est un peu comme écraser une mouche avec une enclume. Je ne l’aurais même pas proposé si je n’étais pas persuadé que vous étiez fait l’un pour l’autre, mais ce n’est pas à moi de décider. La question est : le voulez-vous ?

Les deux officiers se regardèrent, et leur réaction n’avait pas grand chose à voir avec le fait qu’un amiral deux-étoiles venait de leur suggérer de contourner sans vergogne les lois que son devoir lui imposait de maintenir. Mac était stupéfaite. A peine douze heures auparavant, elle se disait que sa vie avait dramatiquement changé mais comparé à ça… Le concept était trop difficile à saisir. Pouvait-elle réellement considérer ça, après le chaos qu’avait été sa vie ces derniers jours ? Elle observait Harm lutter intérieurement et en silence, et elle sut que ce « heureux à tout jamais » pour lequel tout le monde se battait avec acharnement n’était que ça : un rêve. Il venait seulement de la laisser se rapprocher aussi près. Lui en demander plus – une promesse d’éternité, et la reddition de ses plus forts idéaux – c’était trop, même si un jour…

Finalement, elle retrouva la parole.

– Amiral, je vous remercie d’être si compréhensif et de nous aider, mais nous ne pouvons pas…je veux dire, je ne voudrais pas…

– Moi si, dit doucement Harm.

Stupéfaite, elle se contenta de l’observer un moment en se demandant si elle l’avait vraiment entendu dire ça.

– Pardon ? murmura-t-elle.

Mais elle pouvait le lire dans ses yeux : il était tout ce qu’il y a de plus sérieux. Harmon Rabb, flyboy extraordinaire, dont le sourire pouvait illuminer tout le District de Columbia, et dont l’âme torturée s’était renfermée sur elle-même pendant si longtemps, était assis là et voulait lui donner ce « à tout jamais ».

– Tu m’as entendue, répondit-il simplement. Amiral, si cela ne vous dérange pas, je crois que nous devons en parler.

– Oui, je le crois aussi.

L’amiral était presque aussi surpris que Mac de ce que Harm avait dit mais il ne le montra pas. A la place, il se leva et se dirigea vers la porte, s’arrêtant pour poser une main sur l’épaule de Mac.

– Prenez tout le temps qu’il vous faudra. Mais rappelez-vous que plus vous attendez, plus il sera difficile d’arranger tout ça. Dès que le verdict du procès Halloway sera rendu, les questions vont commencer. Quoique vous décidiez, il vous faudra préparer vos réponses.

Quand il fut parti, elle exprima enfin son incrédulité.

– Tu le ferais ? Tu laisserais tout le monde croire que tu as menti à la barre ?

– Vu le contexte, ce n’est pratiquement rien comparé à une accusation de fraternisation. Si la seule conséquence doit être une note dans mon dossier, je crois que ça en vaut la peine.

– Ce n’est pas la seule conséquence. Harm, tu réalises ce que tu es en train de dire? Tu dis –

– Que je t’aime, finit-il doucement, et que je veux passer ma vie avec toi. Tu pensais que tout ce que j’ai dit hier soir n’était que pour faire dramatique ? Sarah, je veux me marier avec toi. Ce n’est peut-être pas comme ça que je l’imaginais, mais ça m’est égal. Et surtout peu m’importe qu’ils croient que j’ai menti, car de la façon dont je le voie, j’ai vraiment menti. Je leur ai dit qu’il n’y avait rien entre nous mais ça n’a jamais été vrai, pas depuis le premier jour où je t’ai vue. Il y a toujours eu quelque chose entre nous, quelque chose que nous n’avons pas su comprendre jusqu’à maintenant. Bien sûr, nous avons eu des moments difficiles, mais tu as toujours eu de l’importance à mes yeux, et maintenant je sais vraiment ce que ça siginifie. Si c’est notre chance, alors je veux la saisir.

Elle ne répondit pas tout de suite, et il sourit nerveusement.

– A quoi penses-tu ? Est-ce que je dois mettre un genou en terre ?

Elle secoua la tête, elle ne voulait pas se perdre dans ses beaux yeux sincères.

– Il y a tellement de choses dont nous n’avons jamais parlé, commença-t-elle avec un geste désespéré des mains. Comment nous voyons nos carrières, nos familles… Seigneur je n’ai même jamais rencontré ta mère…

– On a le temps pour ça, l’assura-t-il en repoussant une mèche de ses cheveux. Nous nous comprenons, c’est tout ce qui importe. Le reste s’arrangera tout seul.

Les larmes menaçaient de déborder mais elle les retint. Elle le voulait tellement : elle avait espéré contre toute attente qu’il lui dise ces choses. Et pourtant…

– Harm, je ne peux pas le faire, le supplia-t-elle, souhaitant pouvoir effacer l’air blessé qu’il essayait si vaillamment de cacher. J’ai fait l’erreur de me précipiter là-dedans une fois, et ça a failli me détruire. Je sais que cette fois c’est différent, vraiment, mais…tu ne vois pas, c’est parce que c’est si important pour moi que j’ai peur de faire une terrible erreur. C’est trop rapide.

Il acquiesça, les yeux dans le vague.

– Je comprends, dit-il faiblement. Il doit y avoir un autre moyen.

Elle sentait les murs se reconstruire autour de lui, et en désespoir de cause, elle se jeta dans ses bras et enfouit la tête contre sa poitrine.?

– Je t’aime tellement, lui dit-elle d’une voix pleine de larmes. Je t’en prie, laisse-moi y réfléchir, d’accord ?

– Hey, tout va bien. Je peux être patient, je te le promets, murmura-t-il dans ses cheveux. Mais ne t’attends pas à me voir aimer ça.

En entendant ça, elle ne put s’empêcher de sourire.

– S’ils pouvaient te voir en ce moment. La seule personne la plus allergique que moi à l’engagement est tout à coup prête à abandonner sa liberté pour de bon.

– Ce n’est pas ainsi que je le vois, tu le sais.

En effet, elle le savait et ça faisait toute la différence. Pourtant, ce Marine-là ne faisait rien sur un coup de tête, et elle n’allait pas commencer avec l’enjeu le plus élevé imaginable.

– J’ai juste besoin de temps. C’est tout.

Il l’embrassa légèrement sur le front et se leva.

– On devrait rendre son bureau à l’amiral.

Et ils se rendirent dans leurs bureaux respectifs, tous deux faisant de leur mieux pour cacher leurs émotions tumultueuses. Harm baissa ses stores et se laissa tomber sur sa chaise. Il savait d’instinct qu’il ferait tout ce qui serait nécessaire pour être avec elle, et il savait aussi que s’il en avait l’occasion, il épouserait Sarah Mackenzie dans un battement de cœur. Mais après tout ce qu’il lui avait fait traverser, il ne pouvait la blâmer de son incertitude. Bon sang, pourquoi n’avait-il pas pu revenir à la raison avant que tout ne s’emballe ?

Il y eut un léger coup à sa porte, et Kara passa la tête à l’intérieur.

– Vous allez bien ? demanda-t-elle simplement.

– Oui. Audience suspendue ?

– L’accusation vient de finir de plaider – madame Jensen s’est plutôt bien débrouillée. La défense plaidera après le déjeuner. Je peux entrer ?

Il se contenta d’agiter la main. Elle s’assit sur le coin de son bureau et posa les pieds sur l’autre chaise.

– Vous savez, certaines personnes posent les pieds sur le sol et leurs six-heures sur la chaise.

– J’aime ne pas faire comme tout le monde.

Cela lui valut le sourire qu’elle voulait.

– Pourquoi avez-vous tous les deux quitté le tribunal ?

– Vous me croiriez si je vous disais que c’est secret défense ?

– J’ai une autorisation. Vous pourriez aussi bien tout avouer, Harm. Quand Mac est partie pour aller chez vous hier soir, elle a dit qu’elle ne rentrerait pas tant que vous ne lui auriez pas parlé. Alors ?

– C’est compliqué pour l’instant, Kar.

– « Compliqué » semble être le seul mot que j’arrive à vous arracher à vous et à Mac ces derniers jours. Avez-vous jamais vécu un seul jour qui ne soit pas compliqué?

Elle secoua la tête.

– Je veux juste que ça marche pour vous deux. Après tout ça, vous méritez votre part de bonheur.

– Vous aussi.

Elle fronça les sourcils en signe d’incompréhension.

– Mac m’a dit que Scott était venu hier soir. Vous voulez en parler ?

– Il n’y a pas grand chose à en dire. J’ai seulement un goût douteux en matière d’hommes.

La jeune femme essaye de balayer la question d’un haussement d’épaules mais il la connaissait mieux. Elle se rendit avec un soupir.

– Il essayait de me protéger. Je le sais maintenant, mais je ne comprends toujours pas.

– Les gens font parfois de drôles de choses par amour.

– Vous croyez vraiment que c’était ça ?

– Oui, vraiment. En tout cas, il le croit.

Il posa une main sur son bras.

– Je sais que ça fait mal. Je sais aussi que si vous pouvez faire tout ce que je vous ai vue faire, vous pouvez en faire autant pour tout. Tout va s’arranger, Kar.

– Je sais. Mais merci.

Ses lèvres s’étirèrent en un sourire familier.

– Pourquoi ne pouvez-vous pas avoir dix ans de moins et ne pas être fou de votre partenaire ?

– Kara…

– Je plaisante, je plaisante. Un petit frère, peut-être ?

– A vrai dire, oui, mais vous ne pouvez pas l’avoir.

– Zut. Allez, pourquoi pas ?

– Il est en Tchétchénie, il pilote des hélicoptères dans l’armée russe.

– Vous plaisantez. Comment –

– C’est une longue histoire.

Harm lui montra une photo de lui et son frère, souriant à l’appareil du même sourire. Elle l’étudia un moment.

– Il est mignon. Vous êtes sûr que je ne peux pas l’avoir ?

– Sortez de mon bureau, voulez-vous ?

Avec un sourire, elle se laissa glisser à bas du bureau et se dirigea vers la porte.

– On se revoit au tribunal.

Il se contenta de secouer la tête. Cette fille avait le don de lui remonter le moral sans même qu’il en ait conscience.
A suivre…

1598 vues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*