A question unanswered II – Of faith and trust

Chapitre 3
11h06
Même endroit
Harm détestait dormir aussi tard. C’était déjà assez pénible que son minuscule effort quotidien le forçât à se coucher à 22h mais les anti-douleur tendaient à le garder sur la touche jusqu’en milieu de matinée. C’est ça. Finis, les médicaments. Personne n’a besoin de douze heures de sommeil, ronchonna-t-il silencieusement alors qu’il se battait avec son jean. Foutue épaule. Perdre quinze minutes à s’habiller était une vraie malédiction.

En prenant la chemise qu’il avait laissée sur la chaise, il vit l’impeccable paquetage de Mac posé sur le canapé. C’est vrai – on est vendredi. Elle rentre chez elle ce soir. En une seule semaine, il s’était habitué à sa présence ici. Malgré sa longue liste de petites amies, il n’avait jamais partagé son chez-lui avec personne, puisque on ne pouvait qualifier ainsi le partage d’une cabine avec Tuna sur le Patrick Henry. Il fut surpris de découvrir qu’il avait apprécié. Ça faisait du bien d’avoir quelqu’un d’autre ici, même une super nounou.

– Pas seulement quelqu’un, réfléchit-il tout haut.

Elle. Tout ce qu’il avait dit hier soir était vrai, mais il aurait voulu en dire plus. La personne qui le connaissait mieux que n’importe qui d’autre au monde était juste devant lui, et il avait peur même de penser à la possibilité de… Peut-être était-ce mieux qu’elle parte ce soir.

Il enfila sa chemise, sans même essayer de la boutonner, et doucement mit en place son écharpe. Cette procédure était délicate à exécuter d’une seule main. Quand il l’eut finalement fixée, il se laissa retomber sur le lit avec exaspération – et immédiatement jura à cause de la douleur qui lui irradia l’épaule. Peut-être prendrait-il ses médicaments un jour de plus.

Il y eut un coup à la porte, et il fronça les sourcils. Il avait eu quelques visites, mais aucune en milieu de journée. Quelqu’un qui déjeunait tôt ? Essayant de ne pas grimacer, il se leva et alla ouvrir. La personne qui se tenait sur le seuil était une surprise, et c’était peu dire.

– Salut, dit Mic Brumby avec un sourire quelque peu forcé. J’espère que je ne vous dérange pas.

– Mon agenda n’est pas très chargé pour le moment.

Harm s’effaça pour le laisser entrer.

– Si vous cherchez Mac, je suis certain qu’elle est au bureau…

– Moi aussi.

Mic l’étudia brièvement.

– Elle ne plaisantait pas. Vous avez vraiment l’air mal en point, Harm.

Il se détendit légèrement mais il continuait à se demander ce qui se passait.

– Eh bien, je suis heureux d’avoir l’air mieux que je ne me sens. Je peux vous offrir une tasse de café ?

– Je doute que vous en soyez capable. Mais ça va, merci.

L’ Australien s’assit dans le canapé tandis que Harm, mal à l’aise, s’installait dans le fauteuil. Les deux hommes n’avaient pas fait un secret de leur rivalité : elle était évidente depuis le moment où ils s’étaient rencontrés. Ces derniers temps, cependant, ils avaient fait une sorte de trêve, dans l’intérêt de Mac. Et aucun des deux n’oserait admettre devant l’autre – ou devant qui que ce soit d’autre – que leur compétition était liée à Mac.

– C’est lundi que vous redescendez dans l’arène ?

– C’est le plan, répondit Harm. Et vous pourrez récupérer votre fiancée ce soir. Je suis vraiment désolé pour tout ça, Mic. Je lui ai dit qu’elle n’avait pas besoin de rester aussi longtemps, mais elle a été mon sauveteur.

– C’est bon. Je la connais assez pour ne pas me mettre sur son chemin quand un ami a des problèmes.

Il sourit mais ça ne dura pas.

– Elle s’est fait beaucoup de mauvais sang pour vous, mate. (mate est un mot très employé par les Australiens, et je n’ai pas vraiment trouvé d’équivalent en français. Mic et Harm ne sont pas assez proches pour se dire mon vieux ou autre chose dans ce goût-là, et camarade, ça fait vraiment trop communiste. J’ai donc choisi de le laisser en anglais) Vous le savez, pas vrai ?

– Oui. Vous pouvez la convaincre d’arrêter ? Je vais bien – en fait, non, je ne vais pas bien. Mais je vais aller mieux.

Harm haussa les épaules et décida de ne plus tourner autour du pot plus longtemps.

– Qu’est-ce qui vous préoccupe, mate ?

– Pour être franc, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là. Je suppose que vous êtes le seul à qui je peux m’adresser. J’ai l’impression que Sarah est à des années-lumière ces derniers temps, et pas seulement parce qu’elle n’est pas à la maison. Je me demande si toute cette affaire ne l’a pas profondément touchée.

Harm haussa un sourcil à ce choix de mots.

– Lui en avez-vous parlé ?

– Pas tellement, en fait. Elle n’a pas voulu. Je ne peux même pas poser des questions sur l’affaire sans qu’elle change de sujet aussi vite que possible. Est-ce qu’elle est ainsi avec vous ?

Il s’arrêta, mais il n’y avait aucune raison de ne pas lui dire la vérité.

– En fait, nous avons parlé de l’affaire tous les soirs. Elle semblait à l’aise avec… mais je pense qu’elle pouvait seulement faire bonne contenance pour essayer de me protéger.

– Vous protéger ? J’en doute. Vous avez passé avec elle beaucoup plus de temps que moi ces derniers jours, et Dieu sait qu’elle s’ouvrira à vous. Si elle cache quelque chose…vous lui parlerez ?

Tout ceci était vraiment trop bizarre.

– Ne vous vexez pas, Mic, mais pourquoi cette soudaine foi en mon amitié avec Mac ?

– Oh, soyez honnête, mate. Je suis têtu mais je ne suis pas stupide. Je ne comprendrai jamais ce qu’il y entre vous, et je ne suis pas assez égoïste pour essayer de changer ça.

Il sourit tristement, sa souffrance se lisait dans ses yeux sombres.

– Je sais que vous pensez que je vous déteste, et je ne serais pas surpris si vous me détestiez. Mais la vérité est que je n’envie pas vos ailes dorées ou vos succès juridiques. J’envie la façon dont Sarah a confiance en vous plus qu’en n’importe qui d’autre. Je ne peux pas lutter contre ça – je ne sais même pas par où commencer. Je l’aime, et je crois vraiment qu’un jour elle sera capable de me faire confiance de cette manière. C’est juste que je ne veux pas lui forcer la main.

Harm, plus que déconcerté, resta silencieux pendant un moment. Venir ici et lui demander son aide…comme si les soupçons ne lui avaient jamais traversé l’esprit… Là encore, il n’y avait rien qu’il ne souhaitait plus pour Mac que son bonheur. Si cela pouvait lui donner ce bonheur, même pour un peu de temps, peut-être que ça en valait la peine.

– Je ne peux rien promettre, mais j’essaierai, répondit-il.

Le soulagement apparut dans les yeux de Mic.

– Merci, dit-il doucement. Vous êtes un bon ami.

Harm hésita, mais l’honnêteté semblait être à l’ordre du jour.

– Vous devriez savoir qu’à moi aussi elle ne me dit pas tout. Parfois je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passe dans sa tête.

– Les femmes, hein ? Dieu les bénisse.

Mic parlait d’un ton léger mais on y entendait clairement sa gratitude.

– Ça, c’est vrai. Au moins la vôtre vous parle encore.

Les mots étaient sortis de sa bouche avant même qu’il eût réalisé.

– Renee est en colère ?

– Et avec raison. J’ai comme qui dirait passé sous silence le côté entre vie et mort de notre aventure.

Mic grimaça.

– Ouille. Je dois l’admettre, je n’ai jamais vraiment compris, elle et vous.

– Ne commencez pas. Mac l’a déjà dit.

Il roula les yeux, et les deux hommes sourirent.

– Qu’est-ce qui se passe ici, en fait ?

– Vous voulez dire, pourquoi est-ce qu’on s’entend ? Je ne peux pas dire que je le sache. Je pense que je vais juste m’en réjouir tant que ça dure. Quoi qu’il en soit, je ferais mieux de partir.

Avec une ferme poignée de main à l’australienne, il se dirigea vers la porte.

– Je suis sûr que vous serez de nouveau sur pieds en peu de temps. Prenez soin de vous, Harm.

– Vous aussi, Mic.

Lorsqu’il fut parti, Harm resta assis pendant quelque minutes, tant cela lui paraissait surréaliste. Ils avaient, en quelque sorte et par inadvertance, admis qu’ils manquaient d’assurance et atteint une étrange paix. Il ne s’attendait certainement pas à ça lorqu’il s’était réveillé ce matin. Cela signifiait-il qu’il acceptait finalement le mariage de Mic aves sa partenaire ? Non, définitivement non. Mic n’était pas un mauvais gars – il le comprenait maintenant plus que jamais – mais rien que d’imaginer Sarah Mackenzie remontant la nef suffisait à lui nouer l’estomac. Pourquoi ? Tu sais très bien pourquoi. Mais tu ne peux – ou ne veux – rien faire.

Déterminé à se changer les idées, il attrapa son attaché-case et s’installa près de la fenêtre pour continuer à mettre à jour ses dossiers…

Quand Mac arriva quelques heures plus tard, il était toujours au même endroit, un dossier oublié ouvert sur ses genoux. Elle ne savait pas s’il dormait ou s’il était simplement perdu dans ses pensées.

– Hey, matelot, risqua-t-elle.

Il sursauta, effrayé.

– Et zut. Je ne pensais pas qu’on pouvait dormir autant.

Il repoussa le dossier.

– Vous rentrez tôt.

– J’ai eu de la chance aujourd’hui. Comment allez-vous ?

– Plutôt bien.

Il n’allait pas lui dire qu’il n’avait pas pris ses médicaments.

– Il s’est passé quelque chose d’intéressant au bureau ?

– Rien, si vous ne comptez pas l’entrée accidentelle de Tiner dans les toilettes des dames. Il a dit avoir été distrait par une chose ou une autre mais vous auriez dû entendre Carolyn crier.

Le sourire aux lèvres, elle se rendit dans la chambre, tout en continuant.

– Eh bien, c’est la ligne d’arrivée. Vous pourrez retourner à la vie d’adulte demain. Des requêtes pour notre dernier soir ?

– On est presque à cours de provisions, répondit-il. Chinois ?

– Ça me va.

Une heure plus tard, ils étaient installés chacun à un bout du divan, des cartons blancs à la main.

– On dirait un flashback, hein ? Cette première soirée à Pax River ?

– Ouais, le jour avant le déchaînement des enfers.

– Vous m’avez rendu la chemise que je vous avais prêtée ?

Elle lui lança un regard étrange.

– Oui, Harm. Vous vous êtes empressé de la couvrir de sang. Vous vous rappelez ?

– Oh, dit-il faiblement. Je me demandais ce qui avait bien pu arriver à cette chemise. Peu importe.

Mac prit un biscuit du destin et laissa échapper un cri alors que sa jambe frôlait le pied nu de son ami.

– Wow ! Vous avez les pieds gelés.

En entendant ça, une lueur espiègle s’alluma dans les yeux de Harm, et il se rapprocha dans l’intention de poser le dit pied sur le dos de Mac. Elle lui échappa en se tortillant et le fixa du regard, faussement en colère.

– Ne croyez pas que parce que votre santé n’est pas parfaite je ne vais pas en profiter.

– OK, OK, pas d’attaques surprises. Promis.

Son regard suppliant réussit à la radoucir et elle se rassit à côté de lui. Quel irrésistible petit garçon Harmon Rabb avait dû être…

Elle repoussa les longues jambes de son ami.

– Vous êtes trop grand pour votre propre bien.

– Que vous dites. J’ai servi trois fois sur porte-avions. Que vous prédit votre gâteau ?

Elle brisa le biscuit et lut d’une voix solennelle.

– Un rival du passé n’est plus un sujet d’inquiétude.

Il fit semblant de cogiter longuement sur la signification.

– Singer ? On ne peut pas vraiment la considérer comme telle.

– Je pensais à Kate Pike.

Il se tourna pour lui faire face.

– Vous considéreriez Kate comme une rivale ?

– C’est ce que j’aurais fait si elle était restée. Elle est réputée pour être une bonne enquêtrice. Mais qui croit à ce que racontent ces gâteaux de toute façon ? Une fois, je suis tombée sur un qui disait que je verrais bientôt les Grandes Pyramides. Je crois que c’était il y a deux ans, et jusqu’ici, pas de pyramides.

Conscient du léger changement de sujet, Harm ne répondit pas immédiatement.

– Mac, je suis désolé, dit-il tout à coup. J’aurais dû vous dire pour Kate et moi.

– Pourquoi ? Ce ne sont pas mes affaires. A moins que vous n’ayez l’habitude de – coucher avec vos partenaires, faillit-elle dire.

D’où est-ce que c’était venu ?

Heureusement, il n’avait pas remarqué.

– Ce n’est pas ce que je voulais dire. J’aurais dû vous en parler il y a deux ans, avant votre article 32. Mac, c’était un officier subalterne. Selon le code militaire, c’était la même chose que vous et Farrow.

– Ce n’est pas du tout la même chose. Vous étiez tous deux officiers, et vous n’aviez qu’un demi-galon de plus qu’elle. C’est inconvenant mais ce n’est pas de la fraternisation. Et vous avez été avec elle pendant quoi, un week-end ? J’ai été avec John pendant des semaines. C’était mon commandant. Et peu importe les efforts que j’ai faits pour essayer d’oublier, j’étais toujours mariée.

– Nous avons surmonté tout ça. D’ailleurs, votre « mariage » n’était rien qu’un bout de papier. Ce qui importe, c’est que nous sommes tous deux humains, et j’aimerais avoir pensé à vous le rappeler. Peut-être que ça aurait rendu les choses un peu plus faciles.

– Harm, je sais que vous ne m’avez pas jugée. Mais encore une fois…merci.

Elle s’appuya sur le dossier, réfléchissant.

– C’est étrangement ironique, vous savez ? Je veux dire, cet incident a eu lieu à cause de l’échec d’une relation.

– Je n’y avais pas pensé. La femme d’ Halloway et cet autre pilote…

Il secoua la tête.

– A votre avis, quelle est la vérité à leur sujet ?

– Je ne sais pas, mais une seule chose nous dit que ce n’était pas une liaison banale. Ils sont mariés depuis trois ans.

– Vraiment ? Je ne m’attendais pas à ça.

– Moi non plus, mais c’est sûrement bon pour l’affaire. Bud les rencontre mardi.

Une expression indéchiffrable passa sur ses traits.

– Je me demande s’ils sont heureux.

Harm l’observa un moment, se rappelant la visite de ce matin.

– Etes-vous heureuse ?

– Actuellement ?

Elle eut un sourire forcé.

– Pourquoi ne le serais-je pas ?

– Je ne sais pas. Ces deux semaines ont été assez étranges, et…

Et puis zut. Pourquoi chercher une excuse ? Elle verrait tout de suite que ce n’est que ça.

– Mic est passé aujourd’hui.

– Oh, Seigneur. S’il a été impoli, je suis désolée…

– Non, ça va. En fait, nous avons eu notre première conversation civilisée depuis des mois. Il s’inquiète pour vous, et dit que vous ne lui parlez pas de l’affaire. Tout va bien ?

Mac n’en revenait pas. Mic et Harm, établir un honnête cessez-le-feu ? Elle a dû être terriblement transparente pour avoir mis ça en marche.

– Bien sûr, répondit-elle en haussant les épaules. Comme vous l’avez dit, ces deux semaines ont été plutôt étranges.

Il hocha la tête, pas très convaincu.

– Alors qu’est-ce qu’il y a ? Vous ne voulez pas parler de l’affaire, ou vous ne voulez pas parler de ce qui s’est passé à Pax ?

– A votre avis ? répliqua-t-elle.

Instantanément elle regretta d’avoir parlé durement.

– Je suis désolée. C’est juste que je ne sais pas comment le lui expliquer sans…sans le revivre. Ce n’est pas que j’avais peur, au moins je n’avais pas peur d’Halloway. Mais après…

Brusquement, elle se détourna.

– Harm, quand ils vous ont emmené, je ne savais pas si je vous reverrais en vie, et ça a été un des moments les plus sombres de ma vie. J’en ai même fait des cauchemars – je vous vois, vous vidant de votre sang dans mes bras…Mic ne comprendrais pas ça. Il ne nous comprend pas. Si j’essaie de lui raconter ce qui s’est passé, j’ai peur de m’effondrer, et qu’il voit ce que ça m’a fait, et…

Elle s’arrêta, indécise.

– Il ne comprendra pas, répéta-t-elle.

Il y eut un long silence durant lequel les esprits des deux partenaires tournaient à cent à l’heure. Que venait-elle exactement de dire ?

– Je ne crois pas que je l’en blâmerais, finit-il par dire. Quelquefois, moi non plus je ne nous comprends pas.

Alors le moment était venu, mais elle essaya de l’éloigner.

– Je lui parlerai. Vraiment. Tout se passera bien.

– Très bien.

Ce n’était pas qu’il acceptait sa réponse : il semblait plutôt ne pas continuer sur ce sujet.

– Je pourrais vous demander un service de plus avant que vous ne partiez ?

– Bien sûr.

Il lui offrit un demi-sourire d’excuse.

– Faites mon uniforme pour lundi ?

Elle comprit – il n’avait aucun moyen de s’occuper de son uniforme avec une seule main.

– Votre combinaison de vol commence à vous manquer ?

– Ne me tentez pas. Je serais capable de la mettre.

– Ça pourrait passer. Je vais m’occuper de votre veste, mais j’ai le devoir de vous avertir : l’amiral pourrait s’y habituer et commencer à réclamer de vous de rester au niveau des Marines.

Tout en l’entendant ricaner, elle se rendit dans la chambre et prit sa veste bleue marine. Elle s’assit sur le lit et commença à fixer les deux rangées immaculées de décorations au-dessus de la poche de poitrine gauche. Elle s’arrêta brièvement sur l’une d’elle : la Distinguished Flying Cross, avec seconde distinction. Elle était exactement de la taille et de la forme des autres, rien ne mettait en valeur sa signification, et pourtant c’était une des plus hautes distinctions que l’armée pouvait décerner. Et cet homme en avait deux. Stupéfiant.

Ensuite elle prit les ailes. Elle étaient plus lourdes qu’elle ne croyait ; peut-être qu’elles portaient symboliquement la responsabilité d’un pilote de l’Aéronavale. Elle avait fait plus que sa part de plaisanteries sur l’ego des pilotes, mais la vérité est que peu de gens pouvaient faire ce que ces hommes et ces femmes accomplissaient chaque jour.

Bon sang, qu’est-ce qui me prend ? pensa-t-elle brusquement. Tout à coup je me comporte comme une adolescente, groupie de mon meilleur ami ?

Adroitement, elle fixa les ailes au-dessus des décorations et tint la veste devant elle pour l’inspecter.

– Ça a l’air bien.

Harm se tenait à l’entrée de la chambre et jetait un œil sur son travail. Il fit un geste vers la veste et ajouta :

– Difficile de croire que je ne les ai pas portées pendant presque cinq ans.

Mac cligna des yeux, se demandant si elle avait bien entendu.

– Vous n’avez pas porté vos ailes ? Je ne l’avais jamais su.

– Eh bien, appelez ça une crise d’identité prolongée. Personne au JAG ne savait que j’étais pilote jusqu’à cette affaire sur le Seahawk.

Tandis qu’elle essayait d’imaginer Harm comme « juste un autre avocat », il secoua la tête.

– Non pas que remettre les ailes ait résolu beaucoup de choses mais ce fut un début. Parfois je pense que j’essaie encore de me comprendre.

Il rencontra son regard attentif.

– Mais je n’en suis pas loin, Mac. Vraiment.

Il le pensait, elle le savait. Il n’avait jamais vraiment été l’homme sûr de lui et équilibré que tout le monde voyait en lui, mais il en était plus proche maintenant que jamais auparavant. Cependant elle se contenta de dire :

– Vous êtes prêt à redémarrer. Je passe vous prendre lundi à 0730, OK ?

– Je serais prêt.

– Ouais, c’est ça.

Elle lui sourit d’un air moqueur puis se leva pour rassembler ses affaires.

– Et je vous emmène à Bethesda après le boulot pour vous faire enlever la première collection de points de suture.

– Mac…

– N’y pensez même pas. Je viens avec vous, et c’est ainsi. Vous ne pouvez vraiment pas conduire vous-même.

– OK, OK.

Ils se tenaient à la porte, aucun des deux ne faisait un mouvement pour l’ouvrir. Une étrange pensée la frappa. Ce n’était pas comme rentrer à la maison. C’était comme quitter la maison. S’était-elle habituée à ce point à être ici avec lui ?

– Je ferais mieux d’y aller, commença-t-elle en hissant son paquetage sur son épaule. Vous appelez si vous avez besoin de quoi que ce soit ?

– A vos ordres, madame.

Une lueur d’inexplicable amusement s’alluma dans la chaleur de son regard bleu.

– Je crois que vous allez me manquer, ninja-girl.

Impulsivement, elle le serra dans ses bras, ne sachant que dire. Au bout d’un moment, il lui rendit son étreinte.

– Merci, Mac. Pour tout.

– Mais je vous en prie.

Elle se dégagea délicatement et ouvrit la porte.

– Bon week-end.

– A lundi.

Harm la regarda partir, avec un net sentiment de perte. Il revint lentement dans le salon et s’effondra dans le divan, remarquant que l’oreiller sentait légérement le shampoing de Mac. C’est bizarre. Il ne s’était jamais senti seul dans son propre appartement auparavant. Il pensa qu’il pourrait appeler Renee mais cette idée s’en alla aussi vite qu’elle était arrivée. Finalement il en vint à conclure qu’ils n’avaient vraiment rien à se dire. Quand elle serait parvenue à cette même conclusion inévitable, elle appellerait, et une autre relation ratée finirait au placard. Ce sentiment lui était douloureusement familier.

Il attrapa la télécommande de la chaîne hi-fi et alluma la radio. La chanson le transporta instantanément dans ce bar à l’extérieur de Pax River, à peu près une heure et demie avant que sa vie ne commence à défiler devant ses yeux. Le souvenir de Mac s’appuyant sur lui alors qu’ils dansaient lui arracha un sourire pensif. Une époque plus simple…elle était juste aussi compliquée que d’habitude, bien sûr, mais elle semblait plus simple maintenant. Doucement, il commença à chanter.

– …it’s hard to tell the nightime from the day
You’re losing all your highs and lows
Ain’t it funny how the feeling goes away –
Desperado…
Chapitre 4

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