A question unanswered II – Of faith and trust

Chapitre 6
14h10 EST
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie

– Excusez-moi, monsieur ?

Harm leva les yeux de son écran et vit Bud qui se tenait dans l’embrasure de la porte.

– Qu’y a-t-il Bud ?

– Le capitaine de frégate Jensen et sa femme sont dans la salle de conférences. Nous revoyons leur témoignage et je me suis dit que…

Il haussa un sourcil.

– Bud, d’après la loi, je ne suis même pas censé m’approcher d’eux. Vous le savez.

– Oui, monsieur. Mais je pense que vous pourriez avoir envie de les entendre. En tant que…observateur intéressé peut-être.

– Si vous le dites.

Ce devait être plus intéressant que les rapports de santé des derniers engagés. De plus, il était curieux de voir ce que l’ex-femme d’Halloway avait à dire de lui. Sa folie vengeresse était-elle basée sur la réalité ?

Harm suivit le jeune avocat dans la salle de conférences et se présenta au couple. Le capitaine de frégate Brian Jensen lui serra la main et les deux pilotes discutèrent brièvement du Phoenix. Lisa Jensen était assise à côté de son mari, silencieuse et mal à l’aise mais essayant de le cacher. Lorsque Harm se fut assis sur une chaise contre le mur, se séparant ainsi de ceux qui étaient autour de la table, Brian Jensen commença.

– Je sais quelle est votre première question. Ça serait ma première question si j’étais à votre place. Tout le monde dit que Drew a fait ça à cause de Lisa et moi. Je suis sûr que, dans son esprit, je la lui ai volée. Il vous a même peut-être dit que nous avions eu une liaison avant leur divorce. Ce n’est pas vrai. La vérité est que je me considérais comme un bon ami de Drew et Lisa. Quand leurs problèmes ont commencé, j’ai essayé d’être là pour eux. Jusqu’à ce que Lisa ait finalement trouvé le courage de le quitter, il n’y a rien eu de plus. Je le jure sur mes ailes.

Jensen secoua la tête.

– Drew est un pilote épatant. Il l’a toujours été. Mais quand il eut fini de servir sur porte-avions et qu’il a commencé à voler à Pax, les choses ont commencé à changer. Peut-être qu’il ne pouvait pas s’habituer à être loin de l’action. Je ne sais pas. Il a commencé à prendre de vrais risques, même pour un pilote d’essai. Nous étions inquiets pour lui, beaucoup de gens l’étaient, mais personne ne le voyait autant que Lisa et moi. Nous avons tous deux essayé de lui parler, de l’amener à prendre conscience de ce qu’il faisait, mais il n’écoutait pas. Il pensait que nous étions en train de le trahir, mais nous voulions vraiment l’aider. Finalement il est devenu clair que rien de ce que nous faisions ne lui faisait de bien. Alors Lisa est partie. C’est seulement lorsque j’ai cessé de la voir tous les jours que j’ai compris combien j’avais besoin d’elle.

Il échangea un regard avec sa femme avant de continuer.

– J’aurais aimé savoir que les choses en étaient là. J’aurais aimé voir un petit détail m’avertissant de ce qui se passait. Mais comme toujours, Drew ne laissait personne voir ce qui se passait vraiment dans sa tête. C’est dur de croire qu’il voulait en fait me tuer…mais je crois que je ne peux pas le nier après tout ce qui s’est passé.

Bud prit la parole.

– La défense va probablement plaider la détresse émotionnelle. La folie passagère serait rejétée immédiatement parce que les crimes ont été prémédités. Entre les rapports de vol falsifiés et les données manquantes… Ce que je veux dire, c’est que la détresse émotionnelle ne pourra tenir basée uniquement sur ce qui s’est passé il y a quatre ans. Si c’était le cas, il n’aurait pas attendu jusque maintenant pour commettre les actes en question. Pouvez-vous penser à de quelconques événements durant les dernières semaines qui vous amèneraient à penser que le capitaine Halloway subissait un stress inhabituel ?

Le capitaine le regarda avec calme.

– Nous sommes des pilotes d’essai, lieutenant. Le stress fait partie du métier. Je croyais qu’il avait appris à s’en accommoder. Apparemment, j’avait tort.

– Capitaine, au point où nous en sommes, au sujet des détails de votre relation avec votre femme, c’est votre parole contre la sienne.

Mac se pencha en avant et posa les bras sur la table.

– Moi, je penche plus à vous croire, vous, que lui. Mais ça aiderait d’avoir deux voix contre une. Madame Jensen, confirmerez-vous le fait que vous n’avez jamais eu de liaison tant que vous étiez mariée à Andrew Halloway ?

Lisa Jensen acquieça sans la regarder.

– Je l’aimais, colonel, dit-elle doucement. Au début, je ne voulais pas vraiment le quitter. Je pensais que peut-être ça l’effrayait de me laisser entrer, mais j’ai fini par réaliser que pour lui je n’étais pas différente de n’importe qui d’autre. J’étais en colère. Je m’étais attendue à passer plus de temps avec lui quand il a quitté le service en mer, et à la place, les choses ont empiré. Nous n’arrivions toujours pas à nous comprendre. Je pensais avoir gaspillé quinze ans à être mariée à quelqu’un que je connaissais à peine.

Le cœur de Mac manqua un battement en se rappelant ce qu’Harm avait dit il y avait seulement quelques jours. Elle glissa un regard dans sa direction mais il observait la femme inquiète finir son histoire. Quand les yeux de Lisa croisèrent ceux de Harm, sa voix trembla et elle détourna le regard.

– Préféreriez-vous que je parte, madame Jensen ? demanda gentiment Harm. Je n’en serai pas vexé.

– Je suis désolée. C’est juste que vous voir me rappelle les terribles choses qu’il a faites. Je croyais que je ne pouvais pas l’aider, alors je suis partie. Et à cause de ça – parce que je me suis enfuie, il vous a fait du mal, et il a essayé de faire du mal à Brian…

– Madame, vous avez fait ce que vous pouviez. Votre ex-mari a un sérieux problème, mais ça n’a jamais été sous votre responsabilité de le savoir. Personne, parmi les dizaines de gens qui travaillaient avec lui tous les jours, ne l’a vu venir. Comment pouviez-vous vous attendre à le voir ?

Harm se leva et s’approcha d’elle.

– Je ne veux pas le voir brûler pour ce qu’il m’a fait. Mais je veux m’assurer qu’il ne pourra jamais le faire à quelqu’un d’autre, spécialement vous et votre mari. Je sais que ça doit être dur, mais vous devez nous aider à le faire condamner. Pour son propre bien autant que pour celui des autres.

Elle hocha lentement la tête, les yeux brillant de larmes retenues.

– Je comprends, capitaine, dit-elle doucement. Je ferai ce que j’ai à faire.

Après en avoir fini avec le témoignage des Jensen, Mac investit le bureau de son partenaire.

– Vous les croyez ? demanda-t-elle brusquement.

Harm rencontra son regard sans broncher.

– Vous savez que je les crois. Et vous aussi, vous les croyez.

– Vous avez raison, je les crois.

Elle haussa les épaules d’un air triste.

– Peut-être parce que nous sommes tous deux douloureusement conscients des désastres inhérents au manque de communication.

Il ne répondit pas à ça.

– Prête pour le coup d’envoi demain ?

– On est prêt.

– Faites-le condamner, Mac.

– On le fera, Harm. Je vous le promets.
9h10 EST
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
– L’accusation peut appeler son premier témoin.

– Merci, Votre Honneur.

Bud Roberts se leva de la table.

– Le Ministère public appelle Kara Donnell.

Kara s’assit à la barre et posa la main sur la Bible. Vêtue d’un tailleur vert foncé, les cheveux impeccablements tressés, elle ressemblait en tout point à la professionnelle qu’elle était. Même son apparence était soigneusement planifiée : malgré ses vingt-trois ans, elle n’allait pas être vue comme une victime impuissante.

– Veuillez énoncer votre nom complet et affectation pour le greffier.

– Kara Lynn Donnell. Je suis un ingénieur civil assignée à la Division des Mécanismes de Vol, Naval Air System Command, base aéronavale de Patuxent River.

Bud la fit raconter toute l’enquête, en commençant par la découverte des dysfonctionnements des enregistreurs de données. Kara expliqua la fonction du générateur auxiliaire avec des termes familiers qui rendaient accessibles les détails techniques. Elle sait exactement ce qu’elle fait, pensa Mac avec satisfaction et une note de fierté. Aucun doute, Bud appréciait d’avoir un témoin modèle.

En arrivant aux événements de la nuit fatidique, son attitude changea légérement. Elle parlait toujours d’un ton neutre, mais il était clair que l’épreuve l’avait affectée.

– …c’est alors qu’il a sorti son arme et a dit qu’il savait que nous avions les enregistrements de la FAA. Je l’ai accusé de vendre son pays, et il m’a attaquée avec une sorte de paralyseur. Je ne sais pas ce que c’était mais tout à coup, je n’ai plus senti ni mes bras ni mes jambes.

– Combien de temps cet effet a-t-il duré ?

– Plusieurs minutes se sont écoulées avant que je ne puisse me relever, et encore, seulement avec l’aide du capitaine Rabb.

– Donc le capitaine Rabb vous a aidé à vous échapper ?

– Oui, pendant que le colonel Mackenzie occupait le capitaine Halloway.

Kara prenait soin de ne pas poser les yeux sur l’accusé mais elle savait que le regard d’Halloway était fixé sur elle.

– Quel était l’état du capitaine Rabb à ce moment ?

– Objection, fit Singer avec désinvolture. Le témoin n’est pas expert médical.

– Je demande l’opinion d’un profane, Votre Honneur. Les rapports médicaux ont déjà été portés à la connaissance du jury.

L’amiral Morris acquiesça.

– Rejetée. Mais les jurés considéreront cette opinion dans le contexte approprié.

– Merci, monsieur.

Bud se tourna de nouveau vers la box des témoins.

– Mademoiselle Donnell, quel était, selon vous, l’état du capitaine ?

– Epouvantable, répondit-elle avec franchise. Il saignait abondamment et il était très pâle. J’avais peur qu’il ne s’évanouisse à tout moment.

– Connaissiez-vous l’origine de ses blessures ?

– J’en avais une idée plutôt précise.

– Objection ! Le témoin était-il présent durant l’attaque présumée ?

– Le capitaine Halloway avait fait une remarque un peu avant qui m’avait amené à le soupçonner, dit Kara avec calme avant même que Bud n’ait pu répondre. Il a dit « Même un type comme le capitaine Rabb pourrait passer un mauvait quart d’heure en rencontrant un couteau ».

Singer se rassit en silence, alors que ces mots préjudiciables faisaient impression. Mac cacha son sourire. Le contre-interrogatoire promettait d’être intéressant.

– L’accusé a-t-il nié sa responsabilité dans le sabotage de l’appareil ?

– En réalité, il en semblait plutôt fier.

– Objection !

– Votre tour viendra, conseiller, avertit le juge.

Alors que Singer fulminait, Bud boucla son interrogatoire.

– Mademoiselle Donnell, une fois encore, selon vous, le capitaine de vaisseau Halloway semblait-il subir un stress exagéré à quelque moment que ce soit avant les événements du 24 mars ?

Kara secoua la tête.

– Pas que j’ai pu voir. Il a dit quelque chose sur le fait de savoir quels étaient les enjeux.

– Si vous deviez décrire son attitude de cette nuit-là, quel mot utiliseriez-vous ?

Elle fit une pause, mais Mac savait qu’elle était prête à répondre.

– Froide.

Bud hocha la tête en direction de la défense.

– Le témoin est à vous.

Il reprit sa place, tout en essayant de ne pas montrer son soulagement. Un de fait, plus que trois.

Singer se leva et fixa Kara avec un sourire mielleux qui ne dupa précisément personne. Elle tournoyait pour mieux fondre sur sa proie.

– Mademoiselle Donnell, vous avez déclaré que votre partenaire dans cette enquête, Scott Fairfield, était avec vous la nuit en question. A votre connaissance, monsieur Fairfield a-t-il été appelé à témoigner devant cette cour martiale ?

La jeune femme s’était préparée à ce qui allait suivre, mais ses yeux se rétrécirent légérement.

– Non, je ne pense pas.

– Pourquoi ? S’il a été témoin, pourquoi ne pas l’appeler pour corroborer votre histoire ?

– Objection. La stratégie judiciaire du Ministère public n’a rien à voir avec le témoignage de mademoiselle Donnell.

– Je reformule, continua Singer d’un ton égal. Avez-vous vu ou eu des nouvelles de monsieur Fairfield depuis la nuit en question ?

– Non.

– La Navy l’a-t-elle remercié à cause de sa complicité dans cette affaire ?

– Généralement ils ne nous disent pas ce genre de choses.

– Je vois.

Singer se déplaça le long du box des jurés d’un air pensif.

– Quel âge avez-vous, mademoiselle Donnell ?

Kara répondit d’une voix unie.

– Vingt-trois ans.

– Et vous travaillez à NavAir depuis deux ans ?

– C’est exact.

– Quelle est la première personne que vous avez rencontrée à la base aéronavale de Patuxent River ?

– Scott Fairfield. Il s’est trouvé que c’était mon voisin.

– Vous le considérez comme un ami proche ?

– C’était le cas.

– Jusqu’à ce que vous découvriez qu’il vous avait menti, à vous et à la Navy ?

– Objection ! protesta Bud. Est-ce le procès de monsieur Fairfield que nous faisons ici ?

– Ça a rapport avec la crédibilité du témoin, monsieur.

Morris réfléchit.

– Je vous le permets, mais faites attention.

– Merci, Votre Honneur.

Singer regarda Kara avec quelque chose qui ressemblait à de la pitié.

– Ce n’est pas une attaque contre vous, Kara. Mais vous avez vingt-trois ans, vous avez quitté l’université il y a peine deux ans. Vous aviez confiance en quelqu’un que vous pensiez être un ami, et il vous a menti. Comment pouvez-vous attendre de nous que nous ayons confiance en votre jugement ?

L’accusation flotta dans l’air alors que Bud cherchait un moyen d’objecter. Mais au lieu de bégayer comme une fille en émoi, Kara releva le défi.

– Avez-vous volé dans un Herc dernièrement, lieutenant ?

Prise à l’improviste, Singer ne savait pas trop comment répondre.

– Qu’est-ce que cela a …

– C’est juste une question. Avez-vous volé dans la variante pour la Navy du transport de troupes C-130H au cours de l’année passée.

Cela semblait assez innocent.

– Oui.

– Alors vous avez déjà fait confiance à mon jugement.

Elle fixa sur l’ avocate un regard d’acier.

– J’étais de l’équipe qui supervisait les réparations des moteurs de la série H. Je ne suis pas payée pour jouer à la poupée, mademoiselle Singer. La Navy me confie ses équipements, mais plus important, elle me confie votre vie. Voulez-vous toujours remettre en question mon jugement ?

Bien joué, civile, la félicita silencieusement Mac.

Singer ferma le bouche, perdue.

– Plus de question.

– Le témoin est excusé. La séance reprendra après le déjeuner, et le Ministère public pourra appeler son prochain témoin.

Kara se leva et frôla Singer en passant près d’elle, non pas avec mépris mais avec grâce. Dans le hall, elle s’assit sur un banc à côté du témoin suivant.

– Comment ça s’est passé ? demanda Harm.

– Pas trop mal. Je l’ai enfoncée à la fin.

Elle ne put réprimer un sourire satisfait.

– Leur sympathie va vers vous, Harm. Faites-le lui sentir.

Deux Marines escortaient Halloway hors du tribunal, et pour la première fois depuis trois semaines, le prédateur et sa proie étaient face à face. Le capitaine de vaisseau regarda l’écharpe de Harm puis baissa les yeux sur son propre bras bandé.

– Œil pour œil, hein, capitaine ?

Harm lui rendit simplement son regard méprisant.

– Loin de là. Monsieur.
Chapitre 7

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