A question unanswered II – Of faith and trust

Chapitre 7
12h32 EST
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
Bud Roberts était nerveux. Il était sur le point d’appeler à la barre son officier supérieur, son ami, le parrain de son fils. Ce faisant, il le livrait aux assauts verbaux concoctés par Lauren Singer. Y aurait-il jamais un autre interrogatoire avec des conséquences à ce point directes et personnelles ?

Bien sûr, il n’y avait pas d’autre option.

– Le Ministère public appelle le capitaine de frégate Harmon Rabb.

Les portes du tribunal s’ouvrirent, et le grand et bel avocat entra dans la pièce. Il était déterminé, confiant, mais pas arrogant. L’attitude qu’il affichait était claire : cet homme était l’incarnation de l’intégrité.

Bud prit une profonde inspiration et le regarda dans les yeux.

– Jurez-vous que votre témoignage sera la vérité ?

– Je le jure.

– Veuillez énoncer votre nom complet, grade et affectation pour le greffier.

– Capitaine de frégate Harmon David Rabb, Junior. Quartier général du JAG, Falls Church, Virginie.

Au fond de la salle, l’amiral Chegwidden s’assit silencieusement. Sa présence n’échappa pas à Bud. C’est le début de la fin…

– Capitaine, comment avez-vous découvert que le récit du vol du capitaine de vaisseau Halloway était inexact ?

– J’avais mentionné à mademoiselle Donnell que le capitaine avait redémarré le moteur à quarante-cinq mille pieds. Elle m’a expliqué qu’un redémarrage à cette altitude était impossible. Nous avons retrouvé les enregistrements des radars locaux de la FAA afin de déterminer si l’appareil était descendu pour redémarrer. Puisque cela n’a jamais eu lieu, nous en avons conclu que le capitaine Halloway nous avait trompés et que le moteur n’avait jamais calé du tout.

– Qu’avez-vous fait ensuite ?

– Nous nous sommes mis d’accord pour aller chercher nos partenaires et nous retrouver ensuite au hangar d’essais pour inspecter le générateur auxiliaire .

– A minuit ?

Harm vit Bud se raidir involontairement, comme s’il n’arrivait pas à croire qu’il avait posé une question si sceptique. Un sourire apparut furtivement dans son regard pour essayer de convaincre le jeune officier de se détendre.

– J’ignorais ce qu’Halloway avait en tête. Je pensais que le temps pouvait être un facteur important.

– Mais vous n’êtes pas retourné au hangar, n’est-ce pas monsieur ?

– Pas immédiatement. J’étais en route pour aller chercher le colonel Mackenzie quand je me suis fait agressé.

Il dit cela d’un ton calme, comme si ce n’était rien de plus qu’une égratignure. Il n’y avait aucun besoin de dramatiser : la réalité aurait un impact tout aussi fort.

– Avez-vous vu votre agresseur ?

– Seulement son corps. Il faisait noir et j’avais du sang dans les yeux. Je n’ai pas pu voir son visage.

– Pouvez-vous décrire ce que vous avez vu ?

– Il était un peu plus petit que moi et plus trapu. Il portait une combinaison de vol gris foncé.

– L’accusé portait-il une combinaison similaire quand vous l’avez vu plus tard ?

– Oui.

– Que s’est-il passé après l’agression ?

– Il s’est enfui. Quelques minutes plus tard, je me suis relevé et je suis allé rejoindre le colonel Mackenzie aux Quartiers de Transit. Elle m’a aidé à me soigner un peu et nous sommes retournés au hangar.

– Pourquoi y êtes-vous retournés ?

– Je pensais que Ka – mademoiselle Donnell et monsieur Fairfield pouvaient être en danger si le capitaine Halloway savait que nous le soupçonnions.

– Donc vous étiez convaincu que l’accusé était la personne qui vous avait agressé?

– Objection. Appel à spéculations.

– Je crois que c’est ce que demande cette question, fit remarquer le juge. Rejetée.

– Oui. Je pensais que c’était lui.

Harm posa son regard sur Halloway et son avocate.

– Je le pense toujours.

– Avez-vous des raisons supplémentaires de le soupçonner ?

– Quelque chose qu’il a dit, répondit-il, faisant ainsi sans le vouloir écho à Kara. Lorsqu’il menaçait le colonel, cela m’a amené à croire qu’il pensait que j’étais mort. Je ne vois pas pourquoi il penserait cela si ce n’était pas lui le responsable.

– Que lui a-t-il dit ?

– Il a armé son pistolet et a dit ‘Préparez-vous à rejoindre votre partenaire, colonel’.

– Il se préparait à tirer sur le colonel Mackenzie ?

– Oui.

– Et c’est là que vous avez fait feu.

– Oui.

– Pensez-vous qu’il n’y avait pas d’autre option ?

Il regarda droit devant lui.

– Aucune.

Bud acquiesça d’un air solennel.

– Merci, capitaine. Je n’ai plus de question.

Avant même qu’il se fut assis, Singer avait bondi.

– Capitaine Rabb, juste après l’agression, étiez-vous inconscient ?

Légérement surpris, Harm mit un moment avant de répondre.

– Je ne crois pas.

– Mais vous n’en êtes pas sûr. Vous avez pris un coup à la tête, entre autres blessures. Vous avez déclaré que vous ne vous étiez pas relevé tout de suite. Pouvons-nous présumer que c’était parce que vous ne le pouviez pas ?

Un point pour Singer, pensa Mac à contrecœur. Le forcer à admettre sa faiblesse.

– J’ai mis un moment à reprendre mes esprits, oui.

– Et quand vous avez ‘repris vos esprits’, vous n’avez pas appelé la sécurité ou une équipe médicale. Vous êtes allé chez le colonel Mackenzie. Pourquoi ?

Il haussa légérement les épaules.

– Je dois admettre, en y repensant, que ce n’était pas une grande idée.

– Non, monsieur, ça ne l’était pas. Ça ressemble à une rupture des procédures standard. Surtout vu votre état à ce moment-là.

Sur cette accusation, elle fit volte-face avec un sourire compatissant.

– Peut-être est-ce là une partie de la raison. Vous n’aviez pas les pensées très claires, n’est-ce pas ?

Harm n’allait pas mordre à l’hameçon si facilement.

– Mes pensées étaient tout ce qu’il y a de plus clair.

– Je ne mets pas en doute votre parole, monsieur, mais il demeure que vous étiez grièvement blessé. Vous avez perdu connaissance immédiatement après avoir tiré sur l’accusé, non ?

– C’est ce qu’on m’a dit.

– Alors n’est-il pas possible que ces blessures aient affecté votre analyse de la situation ? Vous êtes un homme robuste, capitaine, mais considérant la perte de sang et la douleur évidente, votre jugement ne pouvait-il pas être un peu obscurci?

Sans ciller, il répondit :

– J’avais l’esprit assez clair pour ne rien manquer.

– Pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas ? rétorqua Singer, laissant échapper sa frustration.

Bud fut instantanément debout.

– Objection ! Elle harcèle le témoin.

– Conseiller…

– Excusez-moi, Votre Honneur. Capitaine…

– Ecoutez, coupa Harm. J’étais peut-être à moitié mort, mais cet homme pointait une arme sur ma partenaire. J’ai fait ce que j’avais à faire. Je ne m’attends pas à ce que vous compreniez, lieutenant.

– Je ne pense pas le pouvoir, monsieur. Je n’ai jamais travaillé en si étroite collaboration avec quelqu’un pendant aussi longtemps que…depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?

Mac tressaillit au mot ‘ensemble’. Quel était le but de Singer ? Elle se dit de se calmer – Harm pouvait se débrouiller.

– Plus ou moins, cinq ans.

– Cinq ans. Je parie que vous apprenez à connaître quelqu’un plutôt bien en cinq ans.

– J’aime à le croire.

– Quand vous avez vu le colonel dans le hangar, avez-vous eu peur pour sa sécurité ?

Le regard de Harm effleura Mac.

– Très.

– Vous vouliez la protéger ?

– Bien sûr que je le voulais.

– Bien sûr que vous le vouliez. Malgré le fait qu’elle soit un Marine entraîné, vous vouliez la protéger, parce que vous tenez à elle.

Tout à coup, il put sentir les eaux agitées vers lesquelles il était entraîné, mais il n’y avait aucun moyen d’y échapper.

– Etait-ce une question ?

– Ça l’est maintenant.

Et sur ce, elle passa à la mise à mort.

– Capitaine, êtes-vous amoureux du colonel Mackenzie ?

Des murmures s’élevèrent dans la salle. Le cœur de Mac heurta le sol en même temps que la mâchoire de Bud. Ceci pouvait tout détruire.

Harm était figé sur place, stupéfait.

– Quoi ? murmura-t-il.

Et là, Singer sut qu’elle l’avait.

Bud se reprit immédiatement.

– Objection ! Ceci ne peut pas être pertinent !

– Je pense qu’un relation inconvenante entre les enquêteurs pourrait être extrêmement pertinent par rapport à la mauvaise gestion de cette affaire, répondit-elle calmement, fixant ses yeux perçants sur le témoin. Je clarifie, monsieur : avez-vous maintenant, ou avez-vous jamais eu, une relation avec le lieutenant-colonel Mackenzie ?

En entendant les mots qu’elle avait choisis, il retrouva un peu de son sang-froid. Il n’avait rien à cacher à ce sujet. Pas vrai ? Mac vit son attitude détendue revenir, mais elle ne pouvait oublier l’image choquante de sa peur visible.

– Non, déclara-t-il fermement. Le colonel est une amie…ma meilleure amie. Mais c’est tout.

– Vous êtes sous serment, capitaine, répondit Singer avec arrogance. Elle a passé un bon bout de temps dans votre chambre cette première nuit, non ?

Bon sang, comment pouvait-elle savoir ça ?

– Nous avons dîné et discuté de l’enquête.

– Jusqu’à minuit et demi ?

Harm eut un flash de leur longue conversation…d’elle qui portait sa chemise pour se réchauffer…de cette étreinte, quand elle allait partir, qui avait semblé durer plus longtemps que prévu… Et bien qu’il n’avait techniquement rien fait de mal, il était piégé.

– Votre source exagère, dit-il d’une voix ferme. Mais oui, nous avons parlé.

– Vous êtes sortis le soir suivant. Est-ce que vous vous voyez souvent en dehors du service ?

– Depuis quand est-ce illégal ?

Il était sur la défensive, et Mac était terrifiée de ce qui pourrait se passer ensuite. Peu importait qu’ils n’avaient rien fait : rien que les allégations pouvaient avoir un effet désastreux.Le code militaire était un étrange créature quant aux apparences. Elle baissa la tête, priant intérieurement pour que tout cela s’achève.

– Comment pouvez-vous vous attendre à ce que les jurés vous croient, monsieur ? Une femme officier de votre propre chaîne de commandement est restée des heures dans votre chambre. Vous l’avez emmenée dans un bar le soir suivant…

– Avec les autres membres de l’équipe d’investigation !

– …ce qui semble s’accorder parfaitement au modèle établi des relations sociales en dehors du service…

– Objection ! De qui fait-on le procès ici ?

– Retenue ! Faites attention, conseiller.

Une confusion silencieuse régnait dans la pièce, mais rien ne pourrait dissuader Singer. Elle haussa simplement la voix et continua son accusation.

– …donc je trouve très difficile à croire que cette affaire occupait le premier plan dans votre esprit. Pouvez-vous dire à cette cour en toute honnêteté que vous ne ressentez que de l’amitié pour elle ? Etes-vous en train de nous dire que vous avez tiré sur son agresseur pour défendre une partenaire ?

De sa place derrière l’accusation, Kara voyait Harm chercher ses mots. En moins d’une seconde, elle avait pris une décision. Elle se leva et fit un pas vers la porte…et s’effondra dans l’allée.

La confusion devint chaos. Singer se retourna, déboussolée. En un instant, l’amiral Chegwidden fut aux côtés de la jeune femme et l’aidait à se relever comme il l’avait fait deux semaines plus tôt. Harm avait bondi de sa chaise pour se rasseoir ensuite, incertain. Le marteau de Morris siffla dans l’air en s’abattant pour réclamer un silence immédiat.

– Silence ! Mademoiselle Donnell, vous allez bien ?

– Oui, monsieur. Je suis désolée, Votre Honneur.

Kara baissa les yeux d’un air d’excuse embarrassée.

– Les médecins m’ont dit que j’avais une lésion nerveuse résiduelle dûe à…à l’arme qui a été utilisée sur moi. Parfois, mes jambes se dérobent sous moi. Je suis désolée d’avoir interrompu la séance.

Singer était livide.

– Monsieur, ceci est clairement un stratagème pour détourner le jury de…

– Lieutenant ! siffla le juge. Vous marchez sur de la glace extrêmement fine en ce moment. Vous avez viré à quatre-vingt dix degrés de votre ligne de défense initiale, et accusé deux de vos supérieurs d’un très sérieux délit qu’aucune preuve, à ce que je vois, ne vient étayer. Je vous suggère de repenser votre objection très soigneusement.

Battue, elle ne dit mot.

– Vous pourrez reprendre quand le calme sera revenu.

Kara offrit un léger sourire de reconnaissance, et l’amiral Chegwidden l’accompagna hors du tribunal, croisant en partant le regard du jeune et ambitieux lieutenant. Ses traits de marbre ne laissaient aucune place à la discussion : quand cette séance serait levée, elle aurait à lui répondre de ses actes.

Mac ne put que s’émerveiller de la façon dont Kara avait à elle seule sauvé Harm – et probablement elle aussi – d’une situation délicate et simultanément attiré de nouveau l’attention sur Halloway et ses crimes. Etait-ce un heureux timing, ou un numéro très convaincant ?

Harm, maintenant pleinement préparé à répondre, rencontra le regard de Singer.

– J’ai défendu ma partenaire. C’est ce qu’on m’a entraîné à faire.

Mais elle refusait toujours d’abandonner son objectif. Se tournant vers son témoin quelque peu perplexe, elle lança calmement son attaque finale et désespérée.

– Je ne crois pas à cette excuse « devoir et honneur », capitaine Rabb, mais ça ne me concerne pas. Les jurés devront décider par eux-mêmes. Alors je pense avoir encore une seule question pour les aider à prendre leur décision. Avez-vous jamais agi poussé par les sentiments que vous pourriez éprouver pour le colonel Mackenzie, même pour un instant ? Par exemple, l’avez-vous jamais embrassée?

L’esprit de Mac s’affola. Oh non.

– Votre Honneur…

Mais un geste du juge interrompit Bud.

– Je veux l’entendre, dit calmement Morris.

Les yeux bleu glacier de Harm se posèrent sur sa partenaire et amie. Il savait qu’ils pensaient la même chose et il la suppliait de comprendre. Au bout d’un interminable moment, il répondit.

– Non.

A ce mot, une autre parcelle d’espoir se déchira et quitta son âme.

A ce mot aussi, Lauren Singer sut qu’elle l’avait perdu. Harmon Rabb avait transgressé plusieurs règles en son temps, mais il plaçait la vérité au-dessus de toute autre vertu. Il avait juré sur l’honneur aujourd’hui, et s’il disait que ça n’avait pas eu lieu, c’est que ça n’avait pas dû avoir lieu. Elle soupçonnait qu’il ferait pratiquement n’importe quoi pour Sarah Mackenzie, mais il ne mentirait pas. Et il ne le ferait certainement pas sous serment.

Elle avait pris un risque calculé, et elle avati franchi les limites. Et dans son esprit ne subsistait aucun doute qu’elle en paierait un prix très élevé.

– Plus de question, dit-elle doucement.

Un silence étrange flotta dans la pièce pendant une seconde. L’amiral Morris le brisa rapidement.

– Monsieur Roberts, d’autres questions ?

– Juste une, Votre Honneur.

Mortellement calme, Bud se tint devant Harm.

– Capitaine, je veux juste souligner ceci pour le greffier. Est-ce que des problèmes interpersonnels ont compromis votre jugement ou votre objectivité à n’importe quel moment de votre enquête ?

– Non.

– Merci. C’est tout.

– Le témoin est excusé, et la séance est suspendue jusqu’à 0900 demain matin.

Sur un bref coup de marteau, la vie reprit son cours. En passant près de la table, Harm se força à regarder Mac.

– Je suis désolé, murmura-t-il simplement.

Elle ne savait pas exactement ce qu’il voulait dire, mais la partie dure et cynique de son esprit lui dit qu’il avait confirmé ce qu’elle avait craint tout ce temps. Quand il l’avait regardée cette nuit-là sur les docks, quand il s’était laissé aller pour le plus bref des moments et avait posé ses lèvres sur les siennes, ce n’était pas elle qu’il avait vue. C’était le souvenir d’un jeune lieutenant plein de vie dont l’existence avait été brutalement interrompue.

Pourtant une autre partie de son esprit n’était toujours pas prête à se rendre.

Mac se leva de la table et se dirigea vers la porte. Ce cauchemar ne faisait que commencer.
Chapitre 8

1454 vues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*