A question unanswered II – Of faith and trust

Chapitre 8

Immédiatement après la séance

Pour autant qu’il s’en souvenait, c’était la première fois qu’Harm ne voulait rien de plus que fermer la porte de son bureau et se rouler en boule sous sa table. Les répercussions de son témoignage allaient être horribles, mais une enquête de conduite était le moindre de ses soucis pour l’instant. Que venait-il de faire ? Au strict sens du terme, il venait de se parjurer. En fait, c’était plutôt dérisoire, mais en voulant sauver leur affaire et protéger leurs carrières, il avait blessé une personne pour qui il aurait volontiers donné sa vie.

Cependant, quand il arriva dans son bureau, Kara était assise dans son fauteuil.

– L’amiral m’a dit de vous attendre ici. Il nous veut tous dans son bureau exactement cinq minutes après la fin de la séance. Il ne vous reste qu’à peu près trois minutes et demies.

Il se tenait devant elle, les bras croisés.

– Merci de m’avoir sorti d’affaire tout à l’heure. Ceci dit…ne recommencez jamais ça. Les ruses dramatiques n’ont rien à faire dans une cour de justice.

– Ne soyez pas hypocrite avec moi. J’ai entendu parler de l’incident quand vous avez transformé le tribunal en zone de tir libre. Et pourquoi êtes-vous si sûr que c’est une ruse dramatique ?

– Parce que je vous ai vue procéder, et vous êtes beaucoup trop intelligente pour faire ça par accident. L’amiral y a cru ?

– Je ne sais pas. Il ne m’a rien demandé en tout cas. Probablement parce que secrètement, il est aussi heureux que vous que j’aie fait ça. Elle vous tenait, capitaine. Vous étiez un cerf aux abois, tout à l’heure. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle je l’ai fait.

Kara s’appuya sur son dossier, l’air sérieux.

– Peut-être que cette fois ce n’était pas réel, mais hier matin, ça l’était. Mes jambes ont laché dans la douche, et j’ai failli me cogner la tête sur le carrelage. Ça ne m’arrive plus aussi souvent mais… Il nous a fait du mal, Harm. Ces choses-là ne disparaissent pas comme ça. Je n’allais pas laisser la véritable comédienne de toute cette affaire leur faire oublier ça.

– Officiers, au rapport. Vous vous reconnaîtrez.

La voix du JAG résonna à travers le plateau. Ils échangèrent un regard et sortirent.

L’amiral Chegwidden était debout devant la rangée qui s’était formée : Kara, Harm, Mac, Bud, et Singer. Tous, même la civile, se tenaient en un impeccable garde-à-vous et avaient les yeux fixés sur le mur du fond.

– Ceci, dit-il d’une voix soigneusement contrôlée, était le plus grand foutu cirque que j’aie jamais vu dans un tribunal. C’était une honte pour toutes les personnes présentes.

Tout à son honneur, Singer prit la parole.

– Monsieur, j’endosse la pleine responsabilité…

– Vous avez foutrement raison de le faire.

Il pencha son visage vers le sien à quelques centimètres de distance d’un air menaçant.

– Lieutenant, en ce moment même, j’aimerais arracher ces insignes de vos manches. Vous ne ressentez clairement aucune loyauté envers le corps du JAG ou envers quiconque en fait partie. Vous avez attaqué deux des vôtres sans aucune considération pour les conséquences. Et en ce qui concerne la poursuite de votre affaire, elle est à peine enregistrée sur le radar. Pouvez-vous me fournir une seule raison de ne pas vous réassigner à l’état-major du JAG en Islande ?

– Je n’ai aucune excuse, monsieur. Ma conduite d’aujourd’hui était totalement injustifiée. Je pensais pouvoir introduire un léger doute, mais je…je n’ai réalisé que j’étais allée trop loin que lorsqu’il fut trop tard.

Elle regardait droit devant elle, la tête haute.

– Je présente mes excuses au Ministère Public, à mademoiselle Donnell, et spécialement au capitaine Rabb.

– Bien dit, mademoiselle Singer. Je croirais presque que vous le pensez vraiment. Vous autres, si vous êtes tentés d’accepter les excuses de la défense, n’hésitez pas à vous mettre au repos et à le lui dire.

Aucun des quatre regards ne cilla.

– C’est bien ce que je pensais.

L’amiral se tourna vers Kara.

– Vous n’êtes pas à la barre, mademoiselle Donnell, mais j’apprécierais une réponse honnête, puisque j’ai le sentiment que le Ministère Public vous demandera la même chose demain matin. Durant l’enquête, avez-vous été témoin du moindre échange entre mes officiers, aussi insignifiant soit-il, qui puisse être qualifié d’inconvenant ?

Elle n’hésita pas.

– Non, monsieur.

– Merci.

Il croisa les bras.

– Alors qu’allons-nous faire de tout ça ?

– Monsieur, je pense que je devrais me retirer de l’équipe d’accusation.

– Je crois que cela va sans dire, colonel. Quand la séance reprendra, vous ferez votre annonce, et le lieutenant présentera des excuses complètes à la cour. Nous nous occuperons du reste après le verdict. Cela inclut une enquête préliminaire sur la présumée conduite inconvenante du capitaine Rabb et du colonel Mackenzie, aussi bien qu’une action disciplinaire contre le lieutenant Singer. Roberts, Donnell, je vous conseille de garder la tête baissée pour ne pas vous faire prendre dans la fusillade. Vous êtes prévenus, tous autant que vous êtes, ajouta-t-il d’une voix sourde pleine de danger. Aucun des événements d’aujourd’hui ne sera oublié. J’essaie simplement de retarder les inévitables répercussions. Rompez.

– A vos ordres, monsieur.

Comme un seul homme, ils firent demi-tour et se dirigèrent vers la porte.

– Pas vous, capitaine. Vous restez.

Harm s’arrêta, se retourna et se remit au garde-à-vous. Quand la porte fut fermée, l’amiral le regarda.

– Prenez un siège, monsieur Rabb.

Il s’assit aussi, mais au lieu de s’installer à son bureau, il prit le siège à côté de son officier.

– Quelle journée pourrie, n’est-ce pas ?

– Oui, monsieur.

– J’ai l’impression que vous attendez un sermon.

– Je ne me suis pas vraiment distingué à la barre, amiral.

– Capitaine, à moins que vous n’ayez dit autre chose que la stricte vérité, vous n’avez aucun problème avec moi.

Il étudia son cadet, à la recherche de réponse derrière cette façade.

– Mais il est possible que tout ça devienne vraiment moche, étant données les circonstances du précédent article 32 du colonel. S’il y a quelque chose que vous ne nous dites pas, quelque chose qui pourrait faire mauvaise impression devant une commission d’enquête – même quelque chose qui a eu lieu il y a longtemps…

– Monsieur, coupa Harm, l’air troublé mais clair. Nous n’avons rien fait.

– Je sais. Je suis juste heureux de vous l’entendre dire.

L’amiral soupira.

– Ou peut-être pas. Je ne sais pas. Ecoutez, je ne parle pas en tant que votre supérieur en ce moment, d’accord ? Je sais foutrement bien que rien n’aurait pu compromettre votre enquête, mais cette petite scène aujourd’hui pourrait donner quelques doutes aux gens. La tension qui régnait était palpable, et pas seulement pour moi. Je pense que vous devez lui parler. Si vous pouvez faire ça, alors il y a un moyen de résoudre cette situation. Vous ne pouvez pas toujours faire semblant qu’il n’y a rien.

– Je m’en sortais plutôt bien jusqu’à ce que tout ça arrive.

Harm essaya de le dire avec légèreté mais son amertume s’entendit.

– Ce n’est pas si simple, amiral. Je ne crois pas qu’aucun de nous sache vraiment ce qu’il veut…

– Ce n’est jamais ‘si simple’. Et si vous restez trop longtemps sur la touche, vous manquerez de temps. Alors vous feriez mieux de découvrir ce que vous voulez très bientôt.

Son aîné se pencha en avant et parla avec sincérité.

– Je n’essaie pas de vous pousser dans une direction ou une autre. Je ne suis pas à votre place, mais j’aime à penser que je vous connais tous deux plutôt bien. Alors je vais vous dire quelque chose, et vous pourrez l’interpréter comme vous voulez, mais ne dites jamais à Mac que je vous l’ai dit. Quand je l’ai rejointe à l’hôpital cette nuit-là, on aurait dit que tout son monde s’était écroulé. Elle a pleuré toutes les larmes de son cœur de Marine pour vous, et même, elle m’a laissé en être témoin. A partir du moment où ils l’ont laissée vous voir, elle n’a jamais quitté votre chevet, même après qu’ils lui eurent promis que vous alliez vous en sortir. Elle vous a tenu la main pendant deux jours complets, et la raison pour laquelle vous ne le savez pas est qu’elle la lâchait à chaque fois que vous vous réveilliez. Et après, dès qu’elle savait que vous étiez de nouveau endormi, et qu’elle pensait que Kara et moi étions partis, elle reprenait votre main et son attente. Alors si vous pensez être le seul à avoir peur d’affronter ses sentiments…eh bien, comme je l’ai déjà dit, faites en ce que vous voulez.

Harm le regarda sans dire un mot, choqué et déchiré. L’amiral se leva.

– Quoique vous décidiez, je ferais ce que je pourrais pour vous éviter cette enquête. Je vous dois bien ça à tous les deux. Rentrez chez vous, capitaine, et réléchissez-y. Rompez.

Il finit par retrouver sa voix.

– A vos ordres, monsieur. Merci.

A peine était-il sorti du bureau intérieur, perdu dans un tourbillon de pensées, que Singer apparut à côté de lui.

– Monsieur, je voudrais vraiment m’excuser…

– Pas maintenant, lieutenant.

– Mais monsieur, je n’ai jamais voulu dire que…

Il se retourna et lui fit face.

– Ce que vous vouliez dire ne pourrait vraiment pas moins m’intéresser. Ce que vous avez fait était inadmissible. Restez très loin de moi dorénavant, lieutenant. Je ne pense pas pouvoir supporter d’être de nouveau poignardé dans le dos.

Il entra dans son bureau. Se tournant vers Mac, Singer fit une nouvelle tentative.

– Colonel…

– Hors de ma vue, lieutenant, dit le chef d’état-major d’une voix glaciale.

Singer regarda autour d’elle sur le plateau et ne vit rien d’autre que des regards froids et hostiles. Sa trahison était plus profonde qu’elle ne l’avait cru. Avec autant de dignité qu’elle pouvait en rassembler, elle sortit précipitamment de la pièce.

Harm avait attrapé sa casquette et était presque arrivé à la porte quand Mac le rejoignit.

– Harm ?

– Je vous appelle plus tard. Promis. Il faut juste que je sorte d’ici.

Il évita de croiser son regard.

– Laissez-moi vous ramener.

– Je vais prendre un taxi.

Elle lui attrapa le bras.

– Ne me repoussez pas, Harm. Pas maintenant.

Elle leva les yeux et la profonde incertitude dans les yeux de Harm la stupéfia.

– Donnez-moi du temps, Mac, dit-il doucement. Je vous en prie.

Ne sachant quoi faire d’autre, elle le laissa partir. Elle était toujours là dans l’entrée, à se demander quand exactement cela avait tourné au cauchemar, quand Mic approcha.

– Tu as perdu quelque chose, chérie ?

Ou quelqu’un peut-être.

– Non,j ‘étais juste… qu’est-ce que tu fais là, Mic ?

– Je voulais voir si je pouvais tirer profit de cette invitation à remettre le dîner.

Il sourit, mais ne réussit pas à la charmer.

– Mauvaise journée au tribunal ?

– La pire.

– A quel point pourrait-ce être mauvais ? Le gars est coupable comme un damné, non ?

– C’est le moindre de nos problèmes. C’est trop difficile à expliquer.

– Eh bien, essaie avec moi.

Il faisait de son mieux pour écouter, nota-t-elle. Mais ça n’avait jamais été vraiment le problème. Elle hésita.

– Mic, je ne peux pas.

– Tu ne veux pas, ou tu ne peux pas ?

Son air jovial commençait à s’évanouir.

– Sarah, on avait promis d’être ouvert l’un en vers l’autre. On doit l’être.

– Mais là, c’est différent. Si je t’en parle, tu souhaiteras que je ne l’aie pas fait.

Elle se détourna et quitta l’entrée pour la cour.

– Bon sang, Sarah ! Si ça doit être comme ça, pourquoi diable portes-tu encore cette bague?

Ni l’un ni l’autre ne pouvait croire qu’il avait dit ça, mais ça avait un sens, quoique bizarre. Mac le dévisagea, puis essaya avec hésitation d’ôter la bague de son doigt. Les yeux de Mic s’agrandirent, et il se précipita vers elle.

– Seigneur, chérie, je ne voulais vraiment pas dire ça. Je suis tellement désolé. C’est juste que – si tu ne peux même pas me dire ce qui s’est passé dans ce foutu tribunal…j’ai besoin de savoir où on en est, si on est au-dessus du niveau officiel. Que puis-je dire ou faire pour t’aider à me laisser entrer ?

Elle s’arma de courage pour la bataille.

– Très bien, c’est toi que l’as demandé. Singer a tendu un piège à Harm au tribunal aujourd’hui. Elle l’a accusé d’avoir une relation inconvenante. Avec moi.

Mic resta silencieux un moment. Il finit par marmonner :

– Est-ce qu’elle avait tort ?

J’aurais dû m’y attendre. Pourtant, elle ne put masquer l’indignation dans sa voix.

– Tu réclames ma confiance et tu dois encore me poser cette question ?

– Je sais. Je me comporte en hypocrite, et j’en suis désolé. Parfois, je ne peux pas m’empêcher. Je sais que tu ne ferais jamais ça – à moi ou à lui. Mais aussi sûr que je sois que tu ne m’as jamais réellement été infidèle…je me demande si tu as été entièrement fidèle à toi même.

Admettre cela lui était visiblement douloureux, et ça la tuait de voir le supplice qu’elle lui infligeait.

– J’ai toujours eu ce drôle de sentiment que j’avais mis les pieds au milieu de quelque chose quand je t’ai donné cette bague, que peut-être il y avait quelque chose d’inachevé entre toi et lui. Et j’ai toujours eu peur de ne pas pouvoir surmonter ça. Je n’en blâme aucun de vous – Dieu sait que tu as essayé de ne plus y penser pendant assez longtemps. Mais je ne crois pas que tu y sois arrivée, et maintenant je ne suis pas sûr que tu y arrives un jour. Dis-le moi, Sarah, et je t’en prie, n’épargne pas mes sentiments. Es-tu sûre de ce que tu ressens ? Seras-tu un jour capable de le regarder sans te demander ce qui aurait pu être ?

Finalement, ça se résumait vraiment à ça. Et elle découvrit qu’elle ne pouvait plus le nier. Les larmes lui piquaient les yeux, mais elle réussit à les garder sous contrôle.

– C’est mon meilleur ami, Mic.

– Je sais.

Il sourit faiblement d’un air malheureux.

– Je crois que ça a été ma plus grosse erreur. J’ai essayé d’être tout pour toi, mais je ne crois pas avoir fait assez d’efforts pour être ton ami.

– Mic, je ne veux pas dire au revoir là comme ça. Je suis dans une telle confusion…

– Laisse-moi t’aider.

Il fit doucement glisser la bague de son doigt mais ne lâcha pas sa main.

– Je vais la garder un moment. Lorsque tu te seras expliquée avec ton fichu partenaire tout aussi embrouillé – si tu la veux, elle est à toi. Et je ne te questionnerai plus jamais.

Elle lisait la défaite dans ses yeux.

– Tu n’as plus beaucoup d’espoir, n’est-ce pas ?

Il éleva sa main jusqu’à ses lèvres.

– Ça fait un an maintenant que j’espère. Je n’ai pas autant d’espoir que ça en réserve.

Elle se dressa sur la pointe des pieds pour l’embrasser doucement.

– Tu es un homme bien, Mic Brumby, lui chuchota-t-elle à l’oreille. Je souhaiterais pouvoir te donner ce que tu mérites.

Harriet était dans le bureau de Bud pour chercher un dossier quand elle jeta un œil par la fenêtre. En bas dans la cour, Mic s’en allait, et le colonel revenait par le bâtiment. Ni l’un ni l’autre n’avait l’air particulièrement heureux, et quand Mac atteignit la porte, il était visible que son annulaire était nu. Harriet mit une main sur sa bouche pour contenir sa surprise.

– Bud, demanda-t-elle lentement, que s’est-il passé au tribunal aujourd’hui ?

Son mari se contenta de secouer la tête d’un air fatigué.

– Tu ne veux pas le savoir.
Chapitre 9

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