A question unanswered II – Of faith and trust

Chapitre 9
19h05 EST
Appartement de Mac
Georgetown
Kara lui tendit un mug de chocolad chaud fumant et s’assit dans le fauteuil.

– Vous l’avez trouvé ?

Mac hocha la tête.

– Au Mur, comme toujours. Je ne crois pas qu’il connaisse un autre endroit où aller.

Une ombre passa sur son visage alors qu’elle se souvenait.

– Je n’ai pas pu m’approcher de lui. Il était là, assis sur un banc, les yeux dans le vide. Je ne l’avais jamais vu si complétement perdu.

– Alors, et maintenant ?

– Je ne sais pas. Il a dit qu’il avait besoin de temps, mais je crois que ma réserve de temps est limitée. C’est juste que je… je n’ai pas la moindre idée de par où commencer. Si nous n’avons pas été capables de nous comprendre en cinq ans, comment sommes-nous supposés y arriver maintenant par un coup de baguette magique ?

La jeune civile haussa les épaules avec compassion.

– Je ne sais pas, Mac. Peut-être que c’est juste le genre de poussée dont vous avez besoin tous les deux. Quand vous en avez parlé avant, quand il n’était pas prêt à se laisser aller… c’était il y a combien de temps ?

Une image qu’elle préférait oublier ; une image qui semblait se consumer dans sa mémoire.

– Un peu plus d’un an.

– On a le temps de réfléchir en un an, fit-elle remarquer. Peut-être qu’il est prêt maintenant.

Mac y réfléchit un moment. Qu’est-ce qui lui avait pris aujourd’hui ? Pourquoi avait-il eu soudainement peur de lui faire face ? Sur une impulsion, elle attrapa ses clés.

– Ça m’est égal qu’il soit prêt ou non. Ne m’attendez pas, je ne rentre pas avant qu’il m’ait parlé.

– A l’assaut, Marine.

Elle ouvrit la porte…et pila pour éviter une collision avec la personne qui était là. Surprise, elle rassembla ses esprits et parla d’un ton neutre.

– Kara, vous avez de la visite.

Kara leva les yeux et se figea. Mac reprit, s’adressant au jeune homme anxieux qui se tenait sur le seuil :

– Vous savez, c’est étonnant comme vous ressemblez à Scott Fairfield. Mais si c’était vous, je devrais vous assigner à comparaître. Alors c’est une bonne chose que je puisse dire que vous n’êtes pas lui.

Et elle se glissa hors de l’appartement, laissant les deux ingénieurs se regarder d’un air embarrassé.

– Qu’est-ce que tu fais ici, Scott ? demanda Kara sans ménagement en se tenant dans l’embrasure de la porte.

– Je voulais te voir. J’ai pensé que ce serait plus facile ici qu’à Pax.

– Je ne vois pas pourquoi. Ici il n’y a pas de témoin, au cas où je déciderais de te donner ce coup de pied aux fesses que tu mérites tellement.

– Vas-y. Je ne t’en empêcherai pas. Mais d’abord parle-moi, d’accord ?

Elle ne fit aucun mouvement pour le laisser entrer.

– Allez, Kar, si tu voulais me claquer la porte au nez, tu l’aurais déjà fait.

A contrecoeur elle le laissa entrer, une lueur de méfiance brillant toujours dans ses yeux noisette.

– Est-ce que tu vas me dire où tu te cachais ?

– Ce n’était pas dans mes plans. Tu ne peux pas te permettre que des gens pensent que tu es toujours liée à moi d’une manière ou d’une autre.

– Oh pour l’amour du ciel, James Bond, abandonne ça. Ils t’ont accusé de quelque chose ?

– Ils m’ont fait une proposition. Une bonne mais très discrète proposition.

Scott enfonça ses mains dans ses poches et étudia le plancher.

– L’accusation d’obstruction a été abandonnée et ils me laissent partir avec une séparation administrative. Ou peu importe comment ils l’appellent pour les civils. Au fond, l’Aéronavale ne veut plus revoir ma tête. Et ils sont extrêmement sérieux. Si jamais je retravaille là-dedans, ça devra être à au moins trois états de quoi que ce soit même vaguement classifié.

Il dit ça nonchalamment, comme si sa vie entière n’avait pas été chamboulée cette nuit-là. Mais elle savait que ce n’était pas le cas, bien sûr.

– Qu’est-ce que tu vas faire ?

– Je crois que je vais retourner dans l’Ohio. Je connais des gens dans l’informatique, et j’étais plutôt bon avec les ordinateurs. Je vais devenir un des ces débiles de la technologie dont on se moquait, mais hey, c’est un moyen comme un autre de gagner sa vie. Je finirais peut-être par sortir de ce trou que je me suis creusé tout seul. Mais et toi ? Ça va, le procès ?

– C’est plutôt dur à expliquer. Cette pointilleuse petite avocate de la défense a essayé de mettre en doute mes compétences, mais je ne crois pas qu’elle se soit fait beaucoup d’amis en agissant ainsi. Maintenant je serai probablement rappelée à la barre pour défendre Harm et Mac contre cette ridicule accusation d’inconvenance. Je suis vraiment ravie de ne pas être avocate. On dirait que les insinuations sont aussi bonnes que les faits.

– Eh bien, je peux peut-être vous aider, toi et les faits, à contre-attaquer.

Il sortit de sa poche un petit carnet et le lui tendit.

– Je sais que tu n’étais pas au courant de certains des problèmes du moteur auxiliaire, alors voici tout ce que j’ai sur les problèmes de l’écoulement d’air. Ce ne sont que mes notes – ils ont pris tout le reste – mais ça pourra t’être utile si la défense essaie de t’avoir sur les détails quand tu seras de nouveau à la barre.

– Comment as-tu su que je m’inquiétais pour ça ?

– Je te connais, tu te souviens ?

Il s’interrompit, mal à l’aise.

– Bon, je devrais y aller, je pense que personne ne doit savoir que j’étais là. Je voulais juste m’assurer que tu allais bien. Je ne te dérangerai plus.

Il se retourna pour s’en aller mais tout à coup elle prit la parole.

– Scott…je suis toujours furieuse contre toi, mais je ne te hais pas. Je ne l’ai jamais fait.

Sur son visage apparut une trace de soulagement, et il répondit avec tranquillité et honnêteté :

– J’essayais vraiment de te protéger, Kar. Si j’en avais l’occasion, il est évident que j’agirais autrement… mais s’il avait pointé cette arme sur toi, je me serais précipité devant lui sans y réfléchir à deux fois.

Alors qu’elle chancelait sous l’impact de cette déclaration, il l’embrassa délicatement sur le front et ensuite il partit. Kara resta là pendant cinq bonnes minutes, à se demander si le carnet qu’elle tenait dans sa main serait la dernière chose qu’elle verrait de Scott Fairfield. Il avait été un ami loyal de presque toutes les façons, et d’après le ton de ses mots d’adieu, elle avait représenté quelque chose pour lui. Mais…quoi exactement ? Et pourquoi en entendait-elle parler seulement maintenant?

Il y avait de fortes probabilités pour qu’elle ne le sache jamais. Finalement, elle ferma la porte et ouvrit le carnet.

– J’espère que votre soirée se passe mieux que le mienne, Mac, se dit-elle d’un ton songeur. Bon sang, où est passée cette foutue crème glacée ?
19h53 EST
Nord de Union Station
Washington, D.C.
Quand d’une poussée Harm ouvrit les portes de l’ascenseur, la première chose qu’il vit fut Mac, assise contre la porte de son appartement. Il remarqua le pull et le pantalon trop larges.

– Au moins vous n’êtes pas venue directement du bureau.

– Ça ne fait qu’une demi-heure que je suis là.

Elle se leva.

– Etes-vous prêt à parler de ce qui s’est passé aujourd’hui ?

– Mac, je suis désolé –

– Vous l’avez déjà dit. Je veux savoir exactement de quoi vous êtes désolé.

Sans un mot, il ouvrit la porte et la fit entrer. Elle attendit patiemment pendant qu’il dégageait de l’écharpe son bras à présent à moitié fonctionnel et qu’il enlevait sa veste. Il la regarda droit dans les yeux et commença sans préambule.

– Je suis désolé de la façon dont j’ai répondu à la dernière question de Singer. Je ne voyais aucun autre moyen de m’en sortir mais je souhaiterais n’avoir pas eu à le faire. Je ne vous en voudrais pas si vous étiez déçue par mon comportement.

– Je ne suis pas déçue.

« Génial, commence par un mensonge. »

– C’était une question injuste. En outre, d’un certain point de vue, ce que vous avez dit était vrai. N’est-ce pas ?

– Pas vraiment.

Ça ressemblait à un simple aveu mais en ce moment précis ça faisait toute la différence. Ça n’allait pas être juste un autre série d’énigmes frustrantes et mystérieuses. Il était évident qu’il voulait réellement essayer.

– Je ne nierai pas que j’étais complétement déboussolé cette nuit-là à Norfolk. Mais même si je n’étais pas entièrement sûr à l’époque…maintenant je sais. Même si ça ne m’a pas empêché de continuer à tout embrouiller.

Une centaine de questions traversa l’esprit de Mac mais tout comme lui, elle n’était pas prête à mettre son âme à nu.

– Etes-vous en train de me dire que vous avez menti à la barre ?

– Ne me jugez pas, Mac. Ce n’était pas vous qui étiez attaqué pour avoir des sentiments.

– Ça aurait tout aussi bien pu être moi. Nous devons l’affronter, Harm. Nous sommes tous deux impliqués, alors nous devons arrêter de nous cacher des choses.

Inspirant profondément, elle se jeta à l’eau.

– Si vous vous rappelez, je vous ai rendu votre baiser.

Il baissa les yeux.

– Je m’en souviens, répondit-il doucement.

– Et je ne suis pas désolée de l’avoir fait. Je savais ce que je faisais mais j’étais préparée à affronter le fait que vous non. Et pendant la plus grande partie de ces trois années, nous en sommes restés là. Etes-vous maintenant en train de me dire que vous m’avez embrassée moi, votre partenaire, et non Diane, la femme que vous aimiez ?

La souffrance se peignit sur ses traits, mais elle n’était pas provoquée par le nom.

– C’est vraiment ce que vous avez cru ? Que je voulais tellement retenir Diane que je pouvais croire qu’elle se tenait devant moi ?

Il passa une main lasse sur son front.

– Mais pourquoi pas ? Je ne vous ai pas donné beaucoup de raisons de croire autrement. Je ne savais pas quoi faire, Mac. J’y ai réfléchi toute la journée et je ne sais toujours pas quoi dire.

– Ne dites que la vérité, Harm. Toute entière. Je vous en prie.

– Très bien. Je vais faire de mon mieux mais ça n’aura aucun sens.

Il ferma brièvement les yeux et commença d’une voix ferme.

– Cette nuit-là, quand je vous ai parlé de Diane, j’avais tort sur un bon nombre de choses. Elle et moi, nous avons eu une très longue et très étrange relation. Nous n’avons jamais su avec exactitude où nous allions, mais quand elle a disparu, je crois que j’ai perdu un peu de ma direction, de mon but. Tout dans ma vie me semblait tellement injuste. J’avais besoin de contre-attaquer d’une manière ou d’une autre : j’avais besoin de réinstaurer un peu de justice dans mon monde, même si je ne pouvais pas la ramener. Du moins, c’est ce que je croyais que c’était. Mais ce n’était pas tout, et je ne l’avais pas réalisé jusqu’à récemment. Vous savez, je ne détestais pas tout dans ma vie, parce que je vous avais. Vous étiez si étonnante, mais pendant si longtemps je ne savais pas si je vous voyais vraiment ou si j’essayais de faire semblant que vous étiez elle. Je savais que chaque pas que je faisais vers vous m’éloignait d’elle, et ça m’effrayait. Injuste ou pas, ce qui lui est arrivé m’a fait avancer pendant longtemps, et je n’étais pas sûr de savoir comment le dépasser. Je pense que c’est pour cela que je suis allé jusqu’au bout pour trouver son meurtrier – un étrange sentiment de culpabilité à l’idée de la laisser partir. Mais quand vous m’avez retrouvé cette nuit-là, j’ai su ce qui me faisait réellement avancer, et je commence enfin à comprendre.

Il lui toucha le bras et pour la première fois, il ne cacha rien.

– J’aimais Diane mais ce n’est pas elle que j’ai embrassée. J’ai embrassé ma partenaire, mon amie, la personne qui m’a sauvé la vie cette nuit-là. Je vous ai embrassée, Sarah. Et je n’en suis pas non plus désolé.

Elle avait toujours fait de son mieux pour ne pas se retrouver sans voix devant quoi que ce soit que cet homme puisse dire ou faire. Cette fois-ci, elle échoua. Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois avant de réussir à dire :

– Harm, ça fait trois ans… pourquoi, sur le ferry – pourquoi avez-vous dit que vous n’éties pas prêt à vous laisser aller ?

– Je n’étais pas prêt à la laisser s’en aller. Je…

Il s’interrompit, hésitant, et elle glissa sa main dans celle de Harm.

– Ne vous arrêtez pas maintenant, flyboy, dit-elle doucement. Vous êtes sur la bonne voie.

Il soupira.

– Peut-être que je n’étais pas prêt à me laisser partir. Je ne suis pas doué pour laisser les gens entrer. Vous le savez. Je laisse les circonstances contrôler mes actes et je pense que je m’attendais à ce que ça devienne plus facile. Mais d’autres personnes ont traversé nos vies, et tout se complique de plus en plus. Rien de tout ça n’a de sens maintenant, mais j’avais encore peur. Ça semblait tellement soudain et Mic semblait avoir de l’importance pour vous et… non, ce ne sont que des excuses. La vérité, c’est que j’étais sûr que si je me laisser aller à tomber totalement amoureux de vous, il n’y aurait aucun moyen de revenir en arrière. Après tout ce que nous avons été l’un pour l’autre, si vous réalisiez que c’était une erreur, que vous aviez besoin de quelqu’un de plus sûr… je savais que je ne pourrais pas le supporter. C’est pour ça que j’ai décidé que ne pas savoir valait mieux que souffrir. J’ai choisi la voie de la lâcheté, et j’ai regardé Mic s’installer. Et alors j’ai su que c’était fini.

Elle entendit la légère hésitation dans sa voix et elle réalisa de nouveau combien il avait dû souffrir en la voyant avec Mic pour la première fois. Il avait dit « pas encore », mais ça n’avait pas suffit à l’empêcher d’accueillir à bras ouverts les avances de Mic. Etait-elle désespérée à ce point ?

Il continuait à parler, les mots se bousculaient dans sa bouche alors qu’il s’expliquait avec difficulté.

– Et je sais qu’il a été bon pour vous – il a été ce que je ne pourrais jamais être. Si c’est le bon, je me retirerais. Je veux que vous soyez heureuse. Mais il fallait que je le dise, ainsi nous pouvons laisser tout ça derrière nous, et vous n’aurez plus à vous demander –

– Harm, l’interrompit-elle doucement, je ne veux pas laisser tout ça derrière nous.

Il releva la tête, surpris, et elle leva leurs mains enlacées pour lui montrer l’endroit où s’était trouvée la bague.

La compréhension se peignit sur son beau visage.

– C’est récent ? demanda-t-il d’une voix sourde, osant à peine y croire.

– Quelques heures. Il est déjà au courant.

Elle resserra sa prise sur la main de Harm.

– C’était une erreur d’accepter cette bague, en premier lieu. Je ne sais pas pourquoi je pensais avoir à ce point besoin de quelqu’un. Peut-être que d’une certaine façon je voulais vous faire peur pour que vous affrontiez vos fantômes. Si c’est le cas, il est clair que ça a eu l’effet inverse. Le temps passait, et vous avez commencé à vous éloigner de moi, et je pensais vous avoir mal compris. Et tout ce temps, Mic qui essayait tellement d’être parfait…

Elle secoua la tête et le força à rencontrer son regard.

– Mais je sais que je n’aurais pas pu aller jusqu’au bout, parce qu’une fois que j’eus commencé à être honnête avec moi-même, j’ai compris que je pensais toujours à un autre.

Ils se regardèrent pendant un très long moment, terrifiés à l’idée de briser le charme. Cette dernière lueur d’espoir brillait plus fort à présent, mais c’était comme si un mot de travers pouvait l’éteindre pour toujours. Avec plus de confiance qu’elle n’en ressentait, elle reprit la parole :

– Je pense que nous avons plutôt bien revu le passé. Il ne reste plus qu’à découvrir où nous en sommes maintenant. Indépendamment du monde extérieur, nous devons continuer à être honnête l’un envers l’autre. D’accord ?

– Attention à ce que vous souhaitez.

Ce n’était pas une blague. Rien ne pouvait être plus sérieux alors qu’ils étaient là, debout à seulement quelques centimètres l’un de l’autre. Mais il ne fallait pas gâcher cette occasion.

– Je sais ce que je dois dire. Ça fait longtemps que j’essaie de le dire – c’est juste que je n’en ai jamais eu le courage.

De sa main gauche, il lui effleura la joue et ignora la douleur lancinante que ce mouvement lui causait. Et les mots qu’il prononça ensuite changèrent tout.

– Je suis amoureux de vous, Sarah. Je n’arrive pas à me rappeler comment était la vie avant de vous aimer. Vous m’avez sauvé du monde, de moi-même. Vous êtes forte quand je ne le suis pas – vous êtes tout ce dont j’ai besoin pour me réconcilier avec ce que je suis. Je sais que j’ai été difficile à comprendre mais je vous jure que lorsque je vous regarde, je ne vois personne d’autre que vous. Tout ce que je vois est une belle et brillante Marine qui se trouve être ma plus chère amie. Je ne sais pas comment j’ai pu survivre sans vous. Si vous me laissez faire, je crois que je pourrais vous aimer pour le restant de mes jours.

L’espace d’un instant, elle ne fit pas le moindre geste, afin de s’assurer qu’elle n’était pas en train de rêver. Malgré sa gaucherie précédente, il avait fait une déclaration simple, touchante, qui dépassait de loin tout ce qu’elle avait jamais espéré.

– Wow, souffla-t-elle, incapable d’en dire plus.

– Suis-je allé trop loin dans l’honnêteté ?

Il souriait nerveusement ; il lui avait ouvert son cœur, et pour l’instant elle n’avait répondu que par un simple « wow ». Elle se reprit immédiatement.

– C’était parfait.

– Je ne suis pas allé trop loin trop vite ?

– Trop vite ?

Elle rit d’un rire tremblant, les yeux brillants.

– Harm, je crois qu’une partie de moi vous a aimé dès le premier jour. J’ai juste du mal à croire que nous sommes enfin arrivés là. Est-ce que c’est réel ?

– Il n’y a qu’une seule façon de le savoir.

Parcourant les derniers centimètres qui les séparaient, il la prit dans ses bras et posa ses lèvres sur celles de Mac, lui donnant ainsi le baiser le plus tendre qu’elle ait jamais connu. Elle se sentit se fondre en lui ; c’était le paradis, aussi pur qu’il pouvait être.

– Ça me semble réel à moi, murmura-t-il tout contre sa joue. Et à toi ?

– Si ça ne l’est pas, alors je ne veux plus jamais revenir à la réalité, chuchota-t-elle.

Elle l’embrassa de nouveau, avec plus de force. Sans se lâcher, ils se laissèrent tomber sur le canapé, et elle noua ses bras autour de son cou. Un de ses bras heurta son épaule pas-encore-guérie, et il essaya de réprimer un cri de douleur, les ramenant ainsi brusquement à la réalité.

– Je suis désolée, souffla-t-elle, mais il était évident que le moment s’était enfui.

Le regard de Harm accrocha celui de Mac, et tous deux réalisèrent subitement quelque chose de terrible.

– Nous ne pouvons pas faire ça, n’est-ce pas ? dit-il d’une voix atone et défaite. Après ce qui s’est passé au tribunal aujourd’hui, il va y avoir une enquête. Avec toute la pression qu’il y a sur cette affaire, même l’amiral ne peut l’empêcher. Si quelqu’un devait découvrir que nous sommes – ensemble…

– Nos jours en tant qu’équipe de choc du JAG seraient terminés en un clin d’œil, finit-elle, submergée par l’effroi. Nos carrières pourraient être menacées.

– Pire que ça. Singer pourrait obtenir que certaines accusations soient levées, et Halloway pourrait être libéré.

Elle secoua la tête avec incrédulité.

– Nous avons vraiment un timing fantastique. Après tout ce qu’il nous a fallu pour arriver là où nous en sommes… Bon sang, Harm, je ne vais pas te laisser t’en aller maintenant. Pas après ce que tu viens de me dire.

– Je ne vais aller nulle part, répondit-il en l’attirant vers lui de manière à ce que sa tête repose sur sa poitrine. J’ai passé trop de temps à nier tout ça. Je ne vais pas repousser ça d’une seconde de plus qu’il n’est nécessaire. Mais pour l’instant, ça va rester notre secret. En ce qui concerne l’Aéronavale, rien n’a changé, et personne ne sera au courant du contraire. Une fois que toute cette affaire se sera tassée, on trouvera quelque chose. Peu m’importe si je dois être transféré ou –

– Ne dis pas ça, le supplia-t-elle. Il doit y avoir un autre moyen.

– Je l’espère.

Il caressa ses cheveux châtains, impressionné par le tournant qu’avait tout à coup pris sa vie. Non, pas un tournant ; ça avait été le chemin qu’il avait choisi de suivre. Il y avait simplement un obstacle de plus à surmonter.

Elle se retourna pour le regarder.

– Je devrais sûrement y aller, dit-elle à contrecoeur.

– Sûrement. Qui sait, Singer a peut-être des espions dans les parages.

Ce n’était pas un argument très convaincant, vu qu’aucun des deux n’avait essayé de se dégager des bras de l’autre.

– Je voudrais que tu puisses rester.

Elle haussa des sourcils espiègles.

– Si nous faisions ce à quoi tu penses, matelot, ça tuerait probablement un homme dans ta condition.

– Ce n’était pas ce à quoi je pensais, mais merci pour les images.

Il lui sourit mais redevint vite sérieux.

– Je veux juste que tu sois là. Je ne veux pas me réveiller demain et avoir à me demander si tout n’a été qu’un rêve. Demain matin, nous devrons faire semblant, et je veux retarder ça le plus possible.

– Attends, j’ai une idée.

Elle disparut dans la chambre et réapparut un peu plus tard dans le sweat d’Annapolis qu’Harm avait déjà bien porté. Avec un sourire, elle lui lança son propre pull.

– Garde ça pour moi. Comme ça nous aurons chacun quelque chose de l’autre, et donc nous saurons que ce n’était pas un rêve. Ça nous aidera au moins à passer la nuit.

– Je n’aurais jamais cru que tu étais une incorrigible romantique.

– Seulement quand je veux l’être.

Elle se pencha, plus près qu’il n’était absolument nécessaire, pour prendre son sac.

– Un petit avertissement : je vais probablement dormir avec ce pull cette nuit. Quant à savoir si je ne porterai que ça…ça reste encore à voir.

– Je crois que rien que cette image pourrait me tuer.

Alors qu’elle se dirigeait vers la porte, il lui attrapa le poignet pour un dernier baiser.

– Ça va aller, Sarah. Je te le promets.

– Je t’aime, Harm.

– Je t’aime aussi.

Alors que la porte se refermait derrière elle, il resta là, debout, son pull à la main. Au bout de cinq longues années, leur sort avait changé, en quelques minutes. Une heure auparavant, ils n’auraient jamais échangé ces mots. Un jour plus tôt, ils n’auraient jamais pensé qu’ils pourraient un jour se les dire. A présent, il ne pouvait attendre de les lui dire chaque fois qu’il en aurait l’occasion. Il n’y avait plus qu’un seul obstacle à franchir. Si seulement il n’était pas si sacrément haut.
Chapitre 10

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