A question unanswered – Of honor and truth

Chapitre 3
22h56 EST
Centre des Techniques Aériennes
Le bâtiment habituellement rempli d’animation était d’un calme effrayant durant la nuit. Il n’y avait même pas un concierge ou un gardien en train de faire sa ronde. Le couple retourna au bureau de Kara à la division des Mécanismes. Elle se glissa sur sa chaise, Harm penché sur son épaule, et alluma son ordinateur.

– Nous avons régulièrement affaire avec les aéroports de la côte, alors nous pouvons accéder à leurs radars n’importe quand. Bien sûr, l’inverse est impossible. Ils doivent forcer toute sorte de sécurités avant d’avoir accès aux nôtres.

Les doigts de la jeune femme voletaient sur le clavier, et en quelques minutes, ils obtinrent la confirmation de leur théorie.

– Vous voyez, aucun rapport d’incident. Il n’a pas fait redescendre le Phoenix à trente-cinq mille pieds avant son retour dans l’espace aérien de Pax.

– Vous en êtes absolument sûre ? Et le mécanisme de faible visibilité ?

Mais déjà elle secouait la tête.

– Il ne sera pas opérationnel avant des semaines. Il n’y avait rien de vraiment secret sur ce vol.

Elle s’appuya au dossier de sa chaise et passa la main dans ses cheveux légèrement ébouriffés.

– Je crois qu’il nous faut admettre que Halloway a menti au sujet du redémarrage et que c’est probablement lui qui a effacé les données. La question est : quelle raison avait-il de faire ça ? Convaincre tout le monde qu’il y a eu une défaillance alors que tout va bien…ça me semble un moyen terriblement inefficace d’arrêter le programme.

– Faites confiance à un ingénieur pour trouver à qui profite le crime.

Il n’y avait aucune joie dans son sourire.

– Nous ne savons pas que tout va bien. Nous savons que tout va bien pour le moteur. Si Halloway a menti sur le redémarrage, on peut à coup sûr présumer qu’il a aussi menti sur d’autres choses. Et la plupart des ses remarques n’avaient qu’un seul objet.

Il haussa un sourcil et elle comprit immédiatement.

– Combien le générateur auxiliaire était parfait. Vous pensez qu’il dissimule un problème avec le générateur ? Pourquoi ferait-il ça ?

– Qui sait ? Peut-être voulait-il provoquer une défaillance mortelle sur le vol suivant ? Peut-être travaille-t-il pour l’Iran ou la Corée du Nord ou quelqu’un d’autre ? Dans l’immédiat, le pourquoi importe peu. Ce qui importe c’est de trouver des preuves.

– Nous pouvons faire une inspection du générateur, mais elle devra être approfondie pour être capable de dire s’il a été activé. Les gars du fuselage l’ont fourré dans un petit compartiment sous la queue. NavAir pourrait nous demander d’attendre qu’une équipe de maintenance fasse le travail..

– Je ne suis pas sûr qu’il faille le dire à NavAir.

– Vraiment ? Quand ils découvriront qu’on a ouvert un avion de soixante-cinq millions de dollars sans permission, à votre avis, lequel d’entre nous s’empresseront-ils de mettre à la porte à coups de pieds aux fesses ?

– Aucun d’entre nous, si nous avons raison. Ecoutez, on ne doit pas éveiller les soupçons. Si Halloway n’est pas le seul impliqué dans cette affaire, ce ne serait pas une bonne idée de crier sur les toits que nous sommes sur sa piste.

Il s’assit sur le bord du bureau et la regarda dans les yeux.

– Je suis prêt à prendre le risque, mais je ne vous force pas à me suivre. C’est à vous de choisir, mais si nous devons agir, c’est maintenant.

Il doit en avoir vraiment envie, se dit-elle. Mais merde, moi aussi.

– Je vous suis. Vous seriez totalement perdu sans Scott et moi. De plus, si on se fait prendre, je dirais que vous nous y avez obligés. Je suis très douée quand il faut prendre un air naïf.

– C’est juste. Allons chercher nos équipiers respectifs et rendez-vous au hangar dans une heure.

Il la reconduisit jusqu’à sa voiture, puis revint à l’intérieur pour jeter de nouveau un œil au dossier militaire d’un certain Andrew R. Halloway, capitaine de vaisseau. Service exemplaire dans le Golfe, grande expérience des vols d’essai, divorcé, sans enfant. Rien qui suggère un homme résolu à détruire une carrière, un programme ou une vie. Que lui était-il arrivé – et qu’essayait-il de faire ?

Troublé, il se mit en route pour aller retrouver Mac aux Quartiers de Transit. Il était tellement absorbé par ses pensées qu’il ne remarqua pas l’ombre qui le suivit jusqu’au quartier résidentiel. Alors qu’il tournait pour couper à travers les bâtiments, quelqu’un lui sauta dessus et le plaqua contre le mur en parpaings.

Stupéfait, Harm essaya de se dégager mais son agresseur s’y attendait. Malgré qu’il soit plus petit que l’officier, il le frappa, et c’est seulement en ressentant une intense brûlure au côté que Harm réalisa que son agresseur avait un couteau. La surprise et la douleur lui coupèrent le souffle, et il appuya sa main sur son flanc pour tenter d’enrayer le flot de sang. De l’autre main, il bloqua le coup suivant et donna un coup de pied dans l’arme. Cela ne retarda que peu l’attaque suivante. Avant qu’il n’eut pris conscience de ce qui se passait, il sentit de nouveau le couteau s’enfoncer profondément près de son omoplate gauche cette fois. La douleur fulgurante le fit tomber à genoux. Il essaya de lever le tête pour identifier l’ombre mais il récolta un violent coup à la tempe. Il s’écroula et ne bougea plus.

Aussi rapidement qu’il était venu, le mystérieux agresseur disparut, abandonnant sur le trottoir un capitaine de frégate à demi conscient et en sang.
23h15 EST
Résidence Pine Valley

Depuis qu’il était rentré, Scott répétait ses excuses dans sa tête. Il ne savait pas trop comment elle les prendrait puisqu’il ne méritait pas vraiment son pardon. Il lui avait caché des choses, bien sûr, et il continuerait, peu importe qu’elle comprenne ou non, car il vaut mieux que certaines choses restent cachées. Tu aurais dû savoir que ça se compliquerait. Bon sang, tu le savais. Mais comme un idiot, tu as cru que tu pourrais le gérer. Très intelligent.

Il y eut un coup sec à la porte, et il s’arma de courage face à l’imminence de la confrontation.

– C’est ouvert.

Kara entra, attrapa sa veste et la lui tendit avant même qu’il ait pu ouvrir la bouche. Elle s’était changée et portait maintenant un jean foncé et un T-shirt uni de couleur grise ; il sut tout de suite que la nuit serait encore longue.

– Viens. On a rendez-vous avec le capitaine Rabb et le colonel Mackenzie au hangar.

– Tout de suite ?

Perplexe, il laissa tomber et essaya de nouveau.

– Ça ne t’intéresse pas de discuter de ce qui s’est passé tout à l’heure ?

– Pourquoi, tu es désolé ?

– Oui. Je suis pardonné ?

– Oui. Tu avais raison quand tu disais de ne pas faire confiance à tout le monde. Le capitaine Halloway a menti sur l’activation du générateur auxiliaire. Rabb veut l’inspecter pour voir si Halloway dissimule un défaut ou pire. On doit jeter un œil dessus sans que personne ne le remarque. A ce stade de l’affaire, Dieu seul sait qui y est impliqué.

Scott restait impassible mais il commençait à entrevoir la terrible vérité. Il secoua la tête.

– Kar, on ne peut pas faire ça. A part le fait qu’on se fera virer, ça pourrait être dangereux. Si Halloway pense qu’on est au courant pour lui, il pourrait très bien tenter quelque chose. Aller à la base en plein milieu de la nuit, c’est prendre un très gros risque.

– Mon Dieu, tu es vraiment parano. Je reviens de la base, et tout est calme. Et puis, je ne pense pas qu’on puisse se permettre d’attendre.

– Si, on peut, et on doit. Ce n’est pas une idiotie de collégien. Il y aura des répercussions.

Elle recula, blessée.

– Eh bien, merci beaucoup pour cette perspicacité. Tu ne m’avais jamais traitée comme une gamine avant, Scott. Ne commence pas maintenant.

Mon Dieu, comment pouvait-il faire ça ?

– Kara, même si pour le moment je ne peux pas t’expliquer, j’ai de sérieuses raisons pour faire ça. Je t’en prie, si tu as ne serait-ce qu’un peu confiance en moi, ne va pas là-bas.

Leurs regards se croisèrent, et elle vit une peur véritable dans ses yeux.

– J’ai confiance en toi, dit-elle doucement. Mais pour l’instant, ma loyauté envers la Navy doit surpasser ma loyauté envers mon ami.

En désespoir de cause, il laissa éclater sa frustration.

– Ta loyauté envers la Navy ? Laisse-moi rire. Ce n’est qu’un boulot, pour l’amour du ciel. Ou alors tu portes des plaques d’identité sous ce minuscule T-shirt ?

– Oh, ne fais pas l’imbécile. C’est du futur de la supériorité aérienne des Etats-Unis qu’on parle. Cela ne veut-il rien dire pour toi ? Si  » ce n’est qu’un boulot  » pour toi, reste ici et regarde la télé. Mieux, va poser ta candidature chez Microsoft ou un autre. Mais ne reste pas là à me dire que ce que nous faisons n’a pas d’importance. Ça a une putain d’importance pour les familles de ces pilotes, et ça a de l’importance pour les gens qu’ils protègent. Et ça inclut des imbéciles ingrats tels que toi.

Il était en train de perdre, et il le savait.

– Bon Dieu, Kar, tu me connais mieux que ça.

– Oui, c’est vrai. Et si tu es la moitié de ce que je crois que tu es, tu vas monter dans cette foutue voiture.

Il la fixa pendant un long moment puis il se rendit. Il ne pourrait jamais l’en dissuader, et s’il ne venait pas, il n’y aurait personne pour la protéger.

– Très bien. Finissons-en avec ça.
23h20
Quartiers de Transit

Cela faisait presque une heure que Mac lisait un roman policier totalement nul tout en attendant un signe de vie de son équipier. Bien sûr, ce qui s’était passé entre les deux ingénieurs ne lui importait pas vraiment, et Harm n’avait certainement pas l’obligation de l’en informer. Pourtant elle était curieuse et elle s’attendait à ce qu’il lui en parle s’il passait la voir avant de rejoindre ses quartiers.

Distraitement, elle fredonna et reconnut  » Desperado « . Quel Marine je fais ce soir, se dit-elle. A chaque fois qu’elle admettait combien Harmon Rabb, Jr. pouvait être irrésistible, son esprit d’analyse et son jugement s’embrouillaient quelque peu. Instinctivement, elle attrapa le téléphone et appela sa chambre, elle voulait juste l’entendre lui dire d’aller dormir.

Personne ne décrocha et elle fronça les sourcils. Kara Donnell ne semblait pas du genre à avoir besoin de tant de conseils, spécialement de la part d’un avocat du JAG de quatorze ans son aîné. Qu’est-ce qu’il mijotait ? Elle voulait croire que sa réaction était exagérée mais quelque chose tout au fond de son esprit la titillait, et elle enfila un jean pour aller faire son enquête. L’objet de son enquête n’était pas encore très clair, mais elle allait commencer par monter à l’étage au-dessus et toquer à sa porte.

Juste quand elle se fut décidée, il y eut un bref coup à sa propre porte et elle sursauta. Une voix faible appela :

– Mac ?

– C’est vous, flyboy ?

Elle alla ouvrir – et se retrouva face à une vision de cauchemar.

– Oh mon Dieu !

Harm avait l’air de revenir de l’enfer. Du sang coulait sur son visage et il s’appuyait lourdement au chambranle de la porte. Il tenait un des ses bras fermement pressé sur son abdomen où du sang filtrait à travers ses doigts. Elle fut effrayée par son regard fiévreux.

Il essaya d’avancer mais s’effondra dans les bras de Mac. Elle le traîna jusqu’au lit et le fit s’y étendre aussi doucement que possible. En faisant cela, elle toucha son épaule et lui arracha un cri de douleur.

– Harm, parlez-moi. Dites-moi ce qui s’est passé.

– J’étais en route pour venir vous chercher quand on m’a sauté dessus.

Un gémissement lui échappa alors que Mac déboutonnait sa chemise très abîmée pour examiner ses blessures. Le souffle lui manqua brusquement à la vue de la plaie qui lui traversait l’estomac mais rapidement elle cacha son sentiment d’horreur.

– Ne bougez pas. J’appelle une ambulance.

– Attendez, Mac.

Il se releva avec une grande difficulté et son mouvement laissa voir la profonde blessure de son épaule. Epuisé par l’effort, il retomba en arrière.

– Harm, ce n’est pas beau à voir. Vous avez besoin de soins.

– Ecoutez, je ne me suis pas fait agresser par un marin idiot. C’est Halloway, ou un de ses complices. Il a dû découvrir que Kara et moi étions sur sa piste…

– Du calme, matelot, je ne vous suis pas.

Elle prit un gant de toilette et commença à nettoyer le sang sur sa tempe, essuyant son front pâle et humide de transpiration avec le linge frais.

– Le pilote est derrière tout ça ?

Il acquiesca et ferma les yeux, et pendant une seconde elle eut peur qu’il se fut évanoui. Cependant, peu après, il la regarda de nouveau, et ses yeux étaient clairs et lucides.

– Faites-moi confiance, Mac. Allez chercher la trousse de secours dans la cage d’escalier et je vous expliquerai tout.

– Harm, vous êtes…

– Ça ira. Ce n’est pas si profond que ça en a l’air. Ce sont plutôt Kara et Scott qui ont des problèmes.

Ne le laisse pas te persuader de faire ça, lui criait une petite voix, mais elle fila dans le corridor et rapporta la trousse de secours. Une fois revenue, elle s’assit sur le lit à côté de lui et commença à panser ses blessures.

– OK, vous avez cinq minutes pour me convaincre, et ensuite j’appelle une ambulance.

– Vous êtes dure. Bon, voilà. Kara et moi avons commencé à parler, et nous avons découvert qu’Halloway mentait. Il n’a jamais eu de problème avec le moteur, alors tous ses compliments sur le générateur étaient totalement faux…oooh…

Il se raidit alors qu’elle nettoyait sa blessure qui était plutôt moche. Elle détestait le faire souffrir, mais il ne pouvait pas risquer une infection, surtout si aller voir un médecin ne faisait pas partie de ses plans.

– Nous avons décidé de venir vous chercher, Scott et vous, et de se retrouver au hangar pour examiner le générateur. Quelqu’un a dû nous suivre ou nous entendre parler.

Elle fit de son mieux pour bander la plaie de son ventre, et elle l’aida à s’asseoir pour faire de même avec son épaule. Il continua, les yeux fermés pour lutter contre la brûlure de la douleur.

– S’ils ont pu m’avoir, ils auront tout aussi facilement Scott et Kara. On ne peut pas les laisser foncer dans un piège.

– Vous suggérez qu’on aille nous-mêmes là bas, n’est-ce pas ?

– Vous espériez moins ? Réflechissez. On ne peut pas faire venir les MP et défoncer la porte. On n’a aucune idée de leur nombre : on peut aussi bien tomber sur une douzaine de personnes que sur un homme seul, et on n’a pas le temps de le découvrir. Ces deux civils sont sur le point d’être transformés en troupes sacrifiables avec un pareil agenda. Quelqu’un doit les protéger.

– Quelqu’un qui fuit comme un robinet ? Vous ne leur serez d’aucune utilité si vous ne pouvez même pas vous tenir debout. Pour l’instant je pourrais vous plaquer à terre sans transpirer une seule goutte.

– Fusée orange, colonel.

– Très drôle, capitaine. Je ne vais pas vous laisser foncer là-dedans tête baissée à cause d’un sens de l’honneur mal placé.

Sa voix se fit plus douce car elle savait qu’il ne reculerait pas.

– Vous savez que je vous suivrai n’importe où. Seulement, promettez-moi que vous ne vous sacrifierez pas.

– Je ne le ferai pas. Je vous le jure, Mac. On va y arriver.

Il lui toucha le bras, et au-delà de la douleur elle put voir sa force intérieure.

– OK. Je reviens dans une minute.

Elle se rendit dans la chambre de Harm et revint avec une autre chemise, celle-là même qu’elle lui avait empruntée la veille au soir. Etait-ce seulement la veille ? Elle se sentait tellement fatiguée tout d’un coup. Avec la chemise, elle rapporta aussi son arme dans son étui. Appuyé à la tête de lit, Harm se redressa quand il entendit ses pas, mais pas assez vite pour qu’elle ne vit pas sa faiblesse. Ça n’allait pas être facile. Alors qu’elle l’aidait à enfiler se chemise, elle remarqua que le sang transperçait déjà les bandages. Merde. Le temps passe.

Ses jambes faillirent se dérober sous lui lorsqu’ils se levèrent ensemble, et elle passa un bras autour de sa taille pour l’aider à rester debout.

– Je vais bien, dit-il, mais il n’était pas très convainquant. C’est juste qu’on a été un peu vite.

– Vous en êtes sûr ?

– Absolument.

Il lui prit son arme de service et passa son holster.

– Il vaut mieux que vous conduisiez.
23h23 EST
Hangar des Vols d’Essai B
Kara était descendue de la voiture avant même d’avoir fini de se garer et se dirigeait vers les portes du hangar. Scott la suivit avec une terreur grandissante. Il ne savait pas comment tout ça allait se terminer mais les options qui s’offraient à lui n’étaient pas très réjouissantes. N’ayant pas conscience de sa réticence, Kara passa sa carte magnétique dans le lecteur et se dirigea vers le hangar du Phoenix à une vitesse qu’il nommait depuis longtemps  » vitesse de distorsion Donnell « .

Dans le hangar géant, ils furent accueillis par le silence.

– Ça m’étonne que nous soyons arrivés ici avant l’équipe du JAG, dit-elle doucement en parcourant la zone du regard, les yeux à demi clos.

– Peut-être que le colonel a eu de meilleurs arguments que les miens, dit-il sèchement. Ils sont avocats après tout.

Elle se glissa sous l’aile du Phoenix pour observer l’arrivée d’air.

– Dis-moi où ça fait mal, mon bonhomme, murmura-t-elle, une main posée sur le métal luisant du fuselage de l’appareil. Nous avons travaillé tellement dur pour te rendre parfait.

Un bruit, à l’autre bout du hangar, attira leur attention, et Scott se raidit.

– Tu penses que ce sont nos associés dans le crime ?

– Pas tellement. Reste hors de vue, tu veux ?

Elle l’attira sous le Phoenix avec elle et, sautant sur ses genoux, commença à déboutonner sa chemise.

– Joue le jeu…juste au cas où.

Etant donné qu’il avait les yeux juste au niveau de ses seins,  » jouer le jeu  » n’était pas trop difficile. Malheureusement, il n’était pas vraiment en position de s’en réjouir. Des pas approchaient, alors il ferma les yeux en se demandant comment diable sa vie avait pu devenir aussi bizarre.

– Oh, ça par exemple !

Kara se redressa vivement, avec un faux air de culpabilité et d’embarrassement sur le visage.

– Capitaine ! Je veux dire…monsieur, s’il vous plaît, ne le dites à personne. Nous étions…vous savez ce que c’est.

Elle arrangea son T-shirt et s’appuya sur son ami totalement dépassé par les événements.

Le capitaine Halloway secoua la tête.

– Bien sûr que je sais ce que c’est.

Et il sortit son arme de service.

– Je sais aussi que vous avez les enregistrements du radar, alors ne vous donnez pas la peine de jouer ce stupide numéro de débauchée. Sortez de là.

Merde. Scott la regardait alors que tous deux se levaient lentement. Il fut surpris de la voir plutôt calme et gardant un œil prudent sur le revolver pointé sur eux. Rien ne déconcertait jamais cette fille ?

– OK, donc vous nous avez suivi. Et maintenant ?

– Maintenant, vous vous asseyez et vous le fermez un moment pour que je puisse m’assurer que tout se passe comme prévu. C’était censé être beaucoup moins compliqué mais heureusement j’ai de la suite dans les idées. Mais c’est peut-être moins heureux pour vous.

– Oooh, bonne réplique, répondit-elle sans la moindre trace de sarcasme. Elle vient de quel James Bond ?

Halloway croisa les bras sur sa poitrine alors que Scott assistait à cet échange sans en croire ses oreilles.

– On ne vous a jamais appris à respecter vos aînés ?

– Je vous respectais. Jusqu’à ce que je découvre la vérité.

– Oh, c’est vrai, vous connaissez tout sur le vrai et le faux, n’est-ce pas ? Il existe de nombreuses vérités, chérie. Ce que vous voyez à vingt ans est très différent de ce que vous voyez à quarante, croyez-moi.

– Je ne crois pas que cela transforme la vérité. Et maintenant, que voyez-vous, capitaine ? Un super gros chèque rédigé en chinois ?

– Hey !

Il pointa le revolver sur elle d’un air accusateur, et elle dut user de toute sa volonté pour ne pas craquer.

– Vous ne savez pas la plus petite chose à mon sujet.

– Et c’est une putain de bonne chose, renvoya-t-elle d’une voix où perçait le mépris. J’ai vu assez de trahison pour pouvoir en supporter plus.

Sans prévenir, il l’attrapa par le bras et brutalement lui injecta quelques chose à la base du cou. Avec un cri étranglé, elle s’écroula.

– Non !

Scott se précipita pour la rattraper, terrifié à l’idée qu’il ait pu la tuer. Mais alors qu’il berçait son corps tremblant et sans réaction, il ne vit pas de sang.

– Qu’est-ce que vous lui avez fait, bon sang ?

– Relax, l’amoureux. Elle va bien. J’en avais juste marre de l’entendre.

Leur geôlier tendit un petit appareil qui tenait dans la main.

– J’ai juste donné une petite secousse à sa moëlle épinière. Elle ne pourra rien sentir dans tout son corps pendant quelques minutes. La technologie n’est-elle pas merveilleuse ?

– Ouais, super. Vous avez eu ce joujou par ceux qui ont mis cette opération en place ?

– Pourquoi êtes-vous à ce point convaincus qu’il y a une grande conspiration derrière tout ça ? Ecoutez, j’ai de bonnes nouvelles pour vous : on ne peut pas m’acheter. Tout cela a plus d’importance que l’argent.

– C’est ce que vous dites.

Il reporta son attention sur Kara, qui semblait avoir entendu et compris.

– Tu devrais apprendre à fermer la bouche, Kar, dit-il doucement en caressant ses cheveux en bataille.

Les yeux noisette de Kara exprimaient toute sa gratitude et une sorte de confiance qui lui déchirèrent le cœur. Il ne méritait ça de personne en ce moment, encore moins d’elle.

Peut-être était-ce maintenant le moment de tout avouer.

Il posa un léger baiser sur sa joue empourprée, sachant qu’un fois qu’il aurait fait ça, une fois qu’il l’aurait laissée partir, il n’y aurait aucun retour en arrière.

– S’il te plaît, pardonne-moi, lui chuchota-t-il à l’oreille, et avec soin il l’adossa au train d’atterrissage principal.

Les sensations commençaient à revenir dans ses mains et ses pieds, et elle essaya d’attraper sa manche alors qu’il s’éloignait.

– Scott ? appela-t-elle d’une voix si faible qu’elle lui brisa le cœur.

– Je suis désolé.

Il ne put lui en dire plus. Il détourna le regard et fit face à Halloway.

– OK, c’est l’heure des aveux. Pour nous deux. Vous pourriez aussi bien me dire exactement ce que je vous ai aidé à faire.

Il l’entendit reprendre difficilement sa respiration, derrière lui, et il crut entendre s’écrouler le monde parfaitement ordonné de Kara Donnell.

Chapitre 4

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