A wing and a prayer I

Traduction par AnnickÂ

Virtual Season 3 – Episode 5

 

Une aile et une prière – 1ère partie – auteur Valerie Jones

6h28 – USS Patrick Henry
Océan Atlantique

“Capitaine Rabb? Il y a un appel depuis la terre ferme pour vous.”
Entouré par ses anciens camarades d’escadrille, Harmon Rabb Jr leva les yeux de son café pour découvrir une jeune femme Quartier Maître pleine d’entrain debout dans l’embrasure de la porte du carré des pilotes. « Vous pouvez le prendre ici si vous le désirez, Monsieur. » Elle fit un geste vers le téléphone noir et gris fixé sur le mur du carré.
Harm approuva d’un signe de tête. « Merci, Quartier Maître. »
La fille hocha la tête et disparut. Harm secoua la tête. « Quel age a ce matelot ? » demanda t’il à Skates, qui était assise à sa gauche. « Quatorze ans ? »
Skates rigola. « Essayez vingt, Hammer. Vous devenez vieux. »
Harm lui décocha un regard blessé avant de se lever pour répondre à son appel. Il décrocha le téléphone. « Capitaine Rabb. »
« Hé, matelot » la belle voix contralto de Mac parcourut la ligne téléphonique, amenant immédiatement un sourire sur son visage. « Vous vous éclatez à montrer aux jeunes voyoux comment il faut faire ? »
Harm éclata de rire. « Bon sang, qu’est ce qu’il y a ? C’est la fête des vétérans aujourd’hui ? »
« Pourquoi ? C’est Skates qui vous embête ? »
Il croisa le regard de la fraîchement promue Capitaine de Corvette, soulevant ses sourcils quand elle remarqua son regard. « Rien que je ne puisse contenir. »
Skates lui tira la langue comme Mac rigolait. « Ecoutez, j’ai seulement deux minutes avant que mon vol décolle. » En fond sonore une voix féminine cultivée faisait une annonce dans un haut parleur.
Harm cligna des yeux. « Mac, où est vous ? »
Elle eut un petit rire de la surprise d’Harm. « A Londres. J’ai pu me débrouiller pour prendre un vol qui quittait Riyad aussi je n’ai pas eu le temps d’appeler. Toutefois, je voulais que vous sachiez que je rentre à la maison. »
« Votre enquête est déjà bouclée ? Je suis impressionné, Marine. » Mac avait été envoyée à Riyad deux semaines plus tôt, pour aider une enquête dans un incident impliquant un chasseur Syrien, qui avait été proche d’entrer en collision avec le USS Coral Sea. Le porte-avions l’avait abattu avec ses canons 20mm Phalanx à moins de trois cent mètres de la coque. Le gouvernement Syrien déclarait que c’était un accident, leur propre gouvernement suspectait une attaque délibérée mais ne savait pas cependant si le pilote agissait de son propre chef ou sur instruction gouvernementale, et les services de renseignements continuaient de pister de possibles connections terroristes.
« Oui, assez facilement. »
« Conclusion ? » Harm n’essayait pas de cacher son intérêt. Bien que la Syrie ne soit pas techniquement un ennemi des Etats-Unis, le pays était loin d’être amical. Des escarmouches se produisaient, le plus souvent entre des éléments aériens, et chacune d’elles, même si elle avait peu d’importance sur une plus grande échelle, était une menace immédiate pour les personnes dans les cockpits. Le pilote de chasseur qu’était Harm voulait savoir tout ce qui en résultait et pouvait être une menace potentielle.
Mac soupira. « Il n’y a pas de preuves que le pilote Syrien ait agi autrement que de sa propre initiative quand il a plongé vers le Coral Sea. Il pourrait avoir eu, ou pas, des ordres. Je doute que nous le sachions un jour. »
Harm appuya son épaule contre le métal froid de la cloison du carré. « Vous avez exclu les problèmes d’ordre technique avec son avion. »
« Il n’a jamais signalé une urgence. Le profil de son vol ne semble pas le suggérer, non plus. » Elle marqua une pause, sa voix devenant plus grave. « Ca me soulage que vous ne soyez pas dans le Golfe en ce moment. »
Invisible pour elle, Harm secoua la tête. Mais il savait qu’il ferait mieux de ne pas discuter de ça. « Oui, je suis sûr que les choses sont un peu folles hors d’ici. » Il décida de changer de sujet. « Hé, Quel est votre numéro de vol ? »
Sa voix prit le ton distinct du – Je suis un Marine. « Vous n’avez pas besoin de m’envoyer quelqu’un à l’aéroport, Harm. Je peux prendre un taxi. »
« Ce n’était pas du tout ce à quoi je pensais » protesta t’il. Il n’était pas aussi protecteur qu’elle semblait le penser. « Je vais voler en gros d’ici…. » Il vérifia sa montre. « …neuf heures, alors j’aurai probablement votre avion sur mon radar, au moins pendant quelque temps. »
« Et je parie que vous pensez que c’est romantique. » Le rire était de retour dans sa voix. « Oh, très bien je suis sur United Airlines le vol 958. Il est direct de Heathrow vers Dulles. » Elle s’interrompit. « C’est l’appel d’embarquement. Je dois y aller. »
« Ayez un bon vol » lui dit Harm. « Je vous verrai dans environ neuf heures. »
Elle eut un petit rire. « Et je pense que je vous verrai quand vous serez de retour à Washington. »
« Salut, Mac. »
Il commençait à raccrocher le téléphone quand sa voix l’arrêta. « Harm ? »
Il reposa le combiné sur son oreille. « Oui ? »
« Bonne chance pour vos qualifications. » Sa voix était calme et on ne peut plus sérieuse.
Il sourit avec une pointe de tristesse. Mac n’allait jamais se pardonner elle-même pour cela. « Merci.» Il se força lui-même à adopter un ton léger. « Arrêtez de vous inquiétez, Marine. Il ne va rien se passer. »
La personnalité confiante reprit brusquement le dessus en Mac. Elle riait, la voix pleine d’une chaude tendresse. « Ces fameuses dernières paroles, Butch. Faites juste attention. »
« Je le promets. »
Harm raccrocha le téléphone sur son support et puis rejoignit le groupe à table.

9h40 – United Airlines vol 958
Au-dessus de l’Atlantique.

Sarah Mackenzie ne pouvait pas dormir. Elle était coincée entre un homme d’affaires grassouillet vêtu d’un affreux costume démodé marron et un jeune Latino chevelu avec un baladeur dont la musique lancinante ne pouvait être complètement assourdie par les écouteurs. Un peu plus tôt, l’homme d’affaire avait essayé d’engager la conversation en dépit du fait d’être intimidé par l’uniforme des Marines qu’elle portait, mais il avait décroché quand il avait appris que Mac était avocat. Elle ne l’avait pas encouragé à essayer de nouveau, installant du mieux possible l’oreiller derrière sa tête dans l’espoir de prendre un peu de repos.
Malheureusement, le sommeil ne venait pas. Il n’était pas difficile d’imaginer pourquoi, en plus.
Il n’est même pas en train de voler à l’heure actuelle ! Frustrée par elle-même, Mac se redressa. Elle jeta un coup d’œil par-dessus l’homme d’affaires pour regarder à travers le hublot. D’une façon très pure les rayons du soleil se reflétaient par-dessous les fins nuages clairsemés. En dépit de la voix d’Harm dans sa tête lui disant de ne pas quitter son siège sauf pour des impératifs, elle décida de faire quelques pas rapides dans l’avion. Le Boeing 747 était équipé dans la configuration standard deuxième classe, laquelle lui permettait de parcourir presque la longueur totale de la cabine passagers. Elle se leva et enjamba l’adolescent avec le baladeur, qui remarqua à peine son passage. Réajustant son uniforme, elle se dirigea vers l’avant.

Un jeune homme de type Moyen Oriental assis près du hublot dans la rangée devant Mac regarda le passage du Marine de façon dérobée, mais avec un vif intérêt. Il était habillé d’un jean trop grand et d’une chemise claire en coton, et un sac à dos était glissé sous le siège devant lui. Après un moment, il retourna son attention vers l’agenda électronique dans sa main.

15h43 Combat Information Center (CIC), USS Vella Gulf
Croiseur de missiles attaché au groupe de combat USS Patrick Henry
Océan Atlantique

« Qu’est ce que …..? » Le Quartier Maître troisième classe Joey Davidson fixait son équipement, surpris.
« Que se passe t’il Quartier Maître ? » L’officier d’opération, le Capitaine de Corvette Benson Mc Collum jeta un regard vers lui.
« Monsieur, un avion commercial vient juste de disparaître de mon radar. »
Une ride se forma entre ses sourcils, le Capitaine se dirigea vers l’endroit où Davidson était assis. Il regarda par-dessus l’épaule du jeune homme les spots, qui affichaient la position et la direction de chaque avion dans la zone aérienne de défense du porte-avions. Actuellement, cette zone recouvrait un des espaces aériens civils traversant l’Atlantique, ajoutant presque deux douzaines d’avions sur l’écran du Quartier Maître. A l’insu des pilotes de lignes, la Navy utilisait souvent ces avions comme des objectifs opportuns pour leurs divers systèmes d’armement. C’est bien mieux de chasser un vrai objectif – même innocent et amical – que de jongler avec l’imagination d’un ordinateur.
« Qu’est ce que c’était ? »
« Un 747 d’United Airlines, Monsieur. Il était juste là. » Davidson indiquait la bonne position sur l’écran avec son crayon gras.
Mc Collum fronça les sourcils. « Pourrait il avoir perdu son transpondeur ? Que dit le radar ? »
Davidson tourna son regard vers le traditionnel écran vert. C’était un radar simple, le plus souvent utilisé pour les prévisions météo, plutôt que les systèmes à infrarouge plus sophistiqués utilisés pour le ciblage des navires. Cependant, cela pourrait leur dire s’il y avait encore un avion là où il était supposé être.
Le Quartier Maître plissait les yeux. « C’est assez encombré par là, Monsieur, mais cela ressemble à notre 747. » Il tapotait un point d’aspect inoffensif.

*

A bord du vol 958, le jeune homme de la rangée située devant le Colonel Mackenzie ferma d’un coup sec son ordinateur de poche avec un sourire satisfait. L’étape numéro un était finie. Maintenant l’étape numéro deux. Récupérant son sac à dos, il glissa l’ordinateur dans la poche extérieure, puis fouilla à l’intérieur du sac. Il en extirpa une fine boite métallique. Il l’ouvrit pour révéler trois seringues soigneusement attachées dans un velours noir intérieur. La vieille dame assise à coté de lui regardait ça avec curiosité.
« C’est pour mon diabète » lui dit il dans un anglais lourdement chargé d’accent étranger.
Elle retourna rapidement son attention vers son magazine comme si elle était gênée d’avoir été surprise à regarder. L’homme retira une des seringues de la boite et la souleva de façon à examiner les bulles d’air dans le liquide, puis fit jaillir une petite quantité à la pointe de l’aiguille. Comme par accident, le jet de liquide atterrit sur la bordure en plastique du hublot qui séparait les passagers du véritable hublot de l’avion. Le fin plastique fondit comme un morceau de sucre, formant une entaille irrégulière en dégageant ensuite une légère odeur acre. Rapidement, l’homme planta l’aiguille dans le trou avec un certain angle et poussa sur le piston jusqu’à moitié. Le liquide couleur ambre jaillit à travers le double panneau vitré, suivi d’un sifflement et d’une légère volute de fumée.

*

La forte odeur chimique agressa le nez de Mac. Elle leva les yeux des mots croisés qu’elle avait trouvés dans un magazine laissé derrière lui par un autre voyageur, en reniflant. En vétérante de nombreux vols militaires, elle avait l’habitude de l’air confiné et des odeurs bizarres, mais quelque chose à propos de celle-ci toucha son alarme interne. Cela ressemblait à quelque chose qui….brûlait ? L’idée d’un feu électrique lui traversa l’esprit, provoquant une poussée d’adrénaline due à la peur.
Près d’elle, l’homme d’affaires continuait de ronfler comme il le faisait depuis les trois dernières heures. L’adolescent de l’autre coté avait les yeux fermés, la musique battant encore à tout rompre, mais sa seule réaction fut de lever une main pour gratter son nez avant de la laisser retomber sur son genou.
Fermant le magazine, Mac regarda aux alentours, gardant avec effort une attitude désinvolte. Les gens étaient assis dans leurs sièges, ni avisés et ni inquiets. Le film durant le vol était projeté silencieusement sur l’écran monté contre la cloison de la cabine. Quelque part un jeune enfant criait, une plainte terne née du désagrément et de la fatigue.
Doucement en s’excusant, Mac se leva et enjamba ses voisins dans la travée pour gagner le couloir. Elle défroissa sa jupe d’uniforme tout en jetant un coup d’œil autour d’elle. Une hôtesse était debout près de la cloison avant, penchée vers le passager avec qui elle parlait. Mac était sur le point d’avancer dans cette direction quand quelque chose d’autre retint son attention.
L’homme près du hublot dans la travée devant elle tenait une seringue. Ce seul fait ne la frappa pas immédiatement comme une menace, mais c’était une bizarrerie qui demandait une explication. Elle se tourna pour regarder de plus près, et ses yeux accrochèrent immédiatement le contour irrégulier de ce qui ressemblait à un trou en train de fondre dans le hublot. Non, non pas le hublot – le panneau plastique intérieur. Le vrai hublot semblait fondre sous l’effet d’une sorte d’attaque chimique.
L’homme tenant la seringue leva la tête vers Mac. Pendant un instant leurs yeux se rencontrèrent. La main froide de la peur toucha sa colonne vertébrale. Elle avait déjà vu cette expression auparavant, dans les yeux des hommes qui vont mourir, et qui accueillent volontiers cette mort.
« Arrêtez ! » Mac fit un brusque mouvement en avant vers le bras de l’homme. Comme dans un geste au ralenti, elle vit un bref sourire traverser son visage pendant que son pouce appuyait sur le piston de la seringue pour vider le reste. Le liquide gicla sous le verre bulle.
La main de Mac se referma autour de son poignet. En perdant l’équilibre, elle repoussa son bras en arrière, causant des éclaboussures sur leurs mains à tous les deux avec les dernières gouttes d’acide. Une gouttelette atteint Mac comme si une aiguille acérée pénétrait sa chair jusqu’à l’os. Elle recula avec un cri de douleur.
A coté de l’homme, l’acide avait fini son travail et un minuscule premier trou apparaissait dans le hublot de forme ovale. Incapable de résister à la différence de pression, le verre se fendilla comme une toile d’araignée puis explosa vers l’extérieur dans un nuage de tessons.
A cet instant, l’intérieur de l’avion devint un maelström.

*

Dans le cockpit du Boeing 747 une alarme commença à hurler. Le Capitaine Alexander Andropoulos – Andy pour ses amis – jeta un regard sur le voyant et jura.
« Cabine en dépressurisation » rapporta son co-pilote, un Britannique compétent nommé Carl St James, en saisissant le masque à oxygène de secours et en l’ajustant sur son nez et sa bouche.
Plusieurs bruits sourds saccadés secouaient la paroi du cockpit derrière eux. Les deux hommes échangèrent un regard alarmé. L’éclatement des panneaux était conçu pour aider à soulager une soudaine différence de pression entre la cabine et le cockpit, ce qui voulait dire qu’ils avaient une vraie – et sévère – dépressurisation dans la zone des passagers.
Carl saisit le manche à balai. « Je prends les commandes. »
Andy relâcha les commandes comme son co-pilote initiait une descente en urgence. Carl poussa le manche vers l’avant, donnant à l’avion une profonde inclinaison, plongeant en courbe. Ils étaient en train de voler à 38000 pieds, ce qui voulait dire que les passagers pourraient être inconscients par manque d’oxygène en moins d’une minute, s’ils ne réduisaient pas de façon drastique leur altitude. Andy commençait déjà à ressentir un léger vertige. Il saisit son propre masque à oxygène, mais le plastique semblait avoir sa propre vie. Il glissa d’entre ses doigts, tombant sur le sol à coté de son siège. Grognant, la tête lui tournant, Andy se pencha pour le récupérer.

*

« Monsieur, l’avion a dévié de sa route. » Le Quartier Maître Davidson leva les yeux vers son officier des opérations, une réelle inquiétude sur le visage. « Ils ont perdu de l’altitude rapidement. »
« Quelle direction ? » demanda le Capitaine Mc Collum. Un avion commercial tombant du ciel n’était pas une bonne chose.
Davidson regarda ses instruments. « Direction un-neuf-zero. »
Mc Collum fixait l’opérateur radar comme la crainte nouait son estomac. Ils se dirigent droit sur nous. « Etes vous sûr, Quartier Maître ? »
Il regarda Davidson vérifier à deux fois. « Oui, Monsieur. »
Jurant pour lui-même, Mc Collum saisit la radio accrochée au mur. « Ici le Capitaine Mc Collum du CIC. Passez moi la passerelle » dit il à l’officier des communications à l’autre bout de la ligne.
« Que se passe t’il, Capitaine ? » Le commandant du navire, le Capitaine Ernest Ballantine, vint en ligne deux secondes plus tard.
« Monsieur, nous avons un avion commercial qui se dirige vers le groupe de combat. Il a changé de direction en quelques secondes et il est parti dans un sévère piqué. »
« Monsieur ! Monsieur ! » Davidson criait derrière lui. « Ce n’est pas notre 747. L’objectif a maintenant une identité Syrienne. »
Mc Collum pivota pour regarder Davidson, dont les yeux s’étaient agrandis d’horreur. « C’est un MIG, Monsieur. »
Mc Collum ne gaspilla pas le moindre temps à essayer d’imaginer comment un chasseur Syrien était parvenu jusqu’à moins de cinq cent miles des cotes Américaine. Le fait était qu’il était là.
Qu’est il arrivé au 747 ? demandait une voix pleine d’angoisse dans sa tête.
Il n’eut pas le temps de se le demander, cependant. « SM-2s en ligne » ordonna t’il. Au loin, il entendit le crissement et le vrombissement du MK 41 Vertical Launch système qui devenait actif, élevant les rampes de lancement de missiles.
« J’arrive tout de suite » dit le commandant dans l’oreille du Capitaine Mc Collum.
Mc Collum raccrocha la radio sur son support, les yeux rivés sur les écrans qui remplissaient la petite salle du CIC.
« Acquisition de l’objectif » rapporta l’opérateur de contrôle feu depuis son poste.
Mc Collum détacha un regard vers le jeune matelot maniant les radios. « Adjibli ! Avez-vous des conversations en provenance du vol 958 d’United Airlines ? »
Le marin, dont la peau était la plus sombre que Mc Collum ait jamais rencontré, leva les yeux vers lui. « Non, Monsieur. « Toujours rien. » Son expression disait que lui aussi se demandait s’ils pourraient même entendre l’avion à nouveau.

*

Harm était assis dans le cockpit du F-14 qui lui était attribué durant ses heures à bord du Patrick Henry, attendant le signal pour lancer ses moteurs. Sur le siège derrière lui, Skates était en train de faire ses propres vérifications. Les déflecteurs contre le souffle des turbines étaient déjà relevés derrière eux et le pouls d’Harm était en train de grimper en anticipation du lancement qui n’était plus maintenant qu’à quelques secondes.
Le lanceur lui envoya le signal que tout était bon, aussi Harm augmenta la puissance des moteurs. Le rugissement des deux moteurs du Tomcat l’enveloppa, faisant vibrer l’avion tout entier et amenant un large sourire sur son visage. Un moment plus tard, l’officier de pont salua. Harm lui retourna son salut et mit les gaz à fond. L’officier de pont s’agenouilla sur le tarmac, toucha le pont puis pointa du doigt la proue. A ce signal, le bouton de lancement fut activé et la catapulte commença immédiatement à lâcher la vapeur.
D’un coup sec cela les précipita de zéro à 130 nœuds en deux secondes, la catapulte les projetant vers l’avant. Harm rentrait son train d’atterrissage quand la voix du chef d’escadrille se fit entendre dans ses oreilles.
« Capitaine, un avion s’identifiant comme un MIG 29 Syrien vient juste d’entrer dans notre espace aérien. Il a initié une puissante plongée en direction du groupe de combat. »
Harm n’eut pas le temps d’être surpris par le brusque changement de sa mission.
« Je l’ai sur le radar » rapporta Skates par le micro du cockpit. « Tournez vers trois-zero-zero pour interception. »
Harm obéit, sachant que son ailier – qui était Tuna cette fois – allait faire de même. Ensemble les deux chasseurs filaient au devant de la menace qui approchait.
« Instructions ? » demanda Harm au commandement.
La voix du Capitaine Pike était sinistre. « S’il s’approche à moins d’un demi mile d’un bateau Américain, descendez le. »
« Oui, Monsieur. »
C’est alors qu’Harm vit la langue de feu qui s’élevait d’un de leurs croiseurs – le Vella Gulf – comme deux missiles s’élevaient dans les airs en traînant des colonnes tourbillonnantes de fumée.
« Le Vella Gulf a fait feu » rapporta Skates.
Automatiquement, le regard d’Harm se porta au-delà de la trajectoire de vol des missiles, à la recherche de leur objectif et du sien. Son avion avait parcouru la distance plus rapidement que les missiles nouvellement lancés, et comme ils prenaient de l’altitude ses yeux accrochèrent une tache argentée qu’il identifia rapidement comme la silhouette lointaine d’un avion. Son cœur se glaça lorsqu’il reconnu la forme bossue distinctive d’un Boeing 747.
« Annulez les missiles ! » cria t’il dans son micro. « La cible est un ami ! Je répète, la cible est un ami ! »
Les deux missiles incurvèrent leur course derrière l’avion commercial, réduisant la distance en un clin d’œil. Harm entendit l’ordre d’annulation être répercuté à travers les réseaux de communication, mais c’était trop tard. Il regarda avec horreur le premier missile s’écraser sur le moteur extérieur bâbord du 747. L’aile fut engloutie par une boule de feu brillante comme le moteur et la portion d’aile externe se désintégraient. Le second missile, à quelques secondes derrière le premier, explosa juste à portée de l’aile tribord. Le 747 chancela.

*

Le capitaine du vol 958 d’United Airlines avait finalement réussi à mettre son masque à oxygène en place. Les vertiges s’étaient estompés, et il avait justement décidé qu’il était assez lucide pour faire savoir par radio à la tour de Dulles ce qui était en train de se passer quand l’avion fut secoué violemment.
Les deux pilotes échangèrent un bref regard affolé. « Une explosion » souffla Andy.
Sur son panneau de contrôle les voyants s’allumèrent comme un arbre de Noël – moteur numéro 1 en panne, aileron bâbord, circuits hydrauliques et une demi-douzaine d’autres voyants importants devinrent rouges. Les alarmes sonores commençaient à résonner, créant une cacophonie. Comme Andy regardait cela, le voyant de panne du moteur numéro 2 clignota.
« Nous avons perdus les moteurs 1 et 2 » dit il au co-pilote. « Je coupe le Kérosène. » Il agit sur les commandes appropriées.
Carl hocha la tête, son attention fixée sur ses instruments comme il luttait pour contrôler l’avion. « J’ai tiré à fond sur le gouvernail de profondeur pour compenser. » Les deux hommes étaient parfaitement avisés que la décompression et la soudaine cascade d’avaries dans les systèmes principaux voulaient probablement dire que leur avion était en train de tomber en morceaux au milieu des airs. La tension qu’il éprouvait à maintenir enfoncée la pédale du gouvernail apparaissait dans la voix du co-pilote. Par mesure de sécurité, la force requise sur la pédale pour que la course du gouvernail soit maximum était énorme, et avec leur vitesse actuelle, il devait utiliser toute sa force physique pour garder le gouvernail dans la bonne position. «Il faut qu’on ralentisse. »
Un autre cahot les secoua, ajoutant une nouvelle alarme dans le tableau. « Le moteur numéro 4 en panne. » Carl jura comme l’avion commençait à rouler. Il revint sur le gouvernail, se concentrant à sentir l’avion lui répondre.
« Je relève le nez » lui dit Andy en empoignant le manche à balai. L’avion était toujours en train de descendre. L’altimètre défilait jusqu’à dix mille pieds. « Allons, mon bébé » dit il essayant d’amadouer le 747 comme il tirait en arrière sur le manche à balai.
Vibrant de partout, le bel oiseau des cieux répondit lentement. « Nous perdons de la pression hydraulique » dit Andy. Les gouvernes étaient ramollies. Ils étaient encore en plongée, bien que leur rythme de descente ait chuté à seulement soixante dix pieds par minute. La structure continuait de vibrer, les bruits distordant disaient aux deux pilotes que leur forme aérodynamique avait été altérée d’une drôle de façon. Mais lentement, la situation se stabilisa et Andy commença à espérer pouvoir garder en l’air le vol 958.

15h49 heure locale
Au-dessus de l’Atlantique

Harm regardait le 747 lutter pour rester en l’air. Un tiers de l’aile bâbord vers l’extérieur était partie, soufflée par le missile SM-2, des fragments de métal tourbillonnaient dans les colonnes d’air, les restes du moteur. Le moteur intérieur avait dégagé une colonne de fumée avant que les pilotes réussissent à l’éteindre. Le moteur tribord externe semblait aussi hors service, endommagé par l’explosion du second missile.
« Peuvent ils voler avec la moitié d’une aile et un seul moteur, Monsieur ? » demanda Skates avec une voix effrayée comme ils se rapprochaient de l’avion endommagé.
La bouche d’Harm devint sèche maintenant qu’ils étaient suffisamment près pour lui permettre d’identifier les couleurs d’United Airlines sur le 747. Ce ne pouvait pas être l’avion de Mac, bien sûr ? Quelles étaient les chances ?
Prenant une position proche du nez de l’avion Harm tourna le bouton de sa radio. « 747 d’United Airlines il y a un Tomcat de l’US Navy à vos dix heures. Répondez s’il vous plait. »
« Nous vous entendons, Navy » fut la réponse immédiate. « Ici le Capitaine Alexander Andropoulos. Qui êtes vous ? »
« Capitaine Harmon Rabb, du porte-avions Patrick Henry. » retourna t’il en introduction.
« Capitaine, qu’est il arrivé à mon avion ? Est-ce que la cabine passagers est intacte ? Nous avons eu une rapide dépressurisation. »
Harm s’arma de courage. « Vous avez été frappé par un missile, Capitaine. Le corps de votre avion semble intact, mais vous avez perdu un tiers de votre aile gauche. »
Il y eut un bref silence. « Avez-vous dit perdu ? » demanda le Capitaine incrédule.
« Oui, Monsieur. Je ne vois pas de trace de kérosène, cependant. La cassure semble s’être produite juste au niveau de l’assemblage entre le moteur et la colonne. » Les réservoirs intérieurs avaient très vraisemblablement résisté.
« Quelle merde » Une seconde voix rejoignit celle du Capitaine, probablement le co-pilote.
« Etes vous stable ? » demanda Harm plutôt que laisser les pilotes jurer sur les dégâts. « Avez-vous encore assez de puissance pour contrôler l’avion ? »
« Un peu, Capitaine » répondit Andropoulos. « Le palonnier et le gouvernail de profondeur répondent, mais nous n’avons presque plus de contrôle latéral. »
Et bien, si vous deviez perdre quelque chose, pensait Harm, la surface des ailes était le moins important. Ils pouvaient voler uniquement sur le palonnier et les gouvernes de profondeurs.
« Nous avons un autre problème, cependant, Capitaine » continua Andropoulos. « Cet oiseau n’est pas conçu pour voler sur un seul moteur très longtemps, et avec toute cette résistance à l’air supplémentaire c’est même pire. Nous n’allons pas avoir assez de puissance. »
Harm jeta un coup d’œil à ses instruments comme le capitaine parlait. Ils étaient en train de voler juste en dessous de deux cent trente nœuds, à approximativement huit mille pieds d’altitude, et la plongée se maintenait à soixante dix pieds par minute. Il fit quelques rapides calculs et le résultat lui fit froid dans le dos.
La voix d’Andropoulos devint sinistre. « Nous toucherons l’eau avant d’être de retour au pays. »
Harm se mordit la lèvre. « Avez-vous le moindre espoir de pouvoir relancer un des autres moteurs ? »
« On a déjà essayé » dit Andropoulos, « mais cela ne semble pas très prometteur. »
« Ne laissez pas encore tomber, Capitaine. »
Le Capitaine soupira doucement. « J’ai plus de quatre cents âmes à bord, Capitaine. Je ne laisserai pas tomber jusqu’à mon dernier souffle, mais je dois vous dire que je suis plutôt sûr de la façon dont cela va finir. »
Harm ne pouvait pas trouver autre chose à dire.
Un instant plus tard, il entendit le co-pilote appeler la tour de l’Aéroport International de Dulles.
« Tour de Dulles, ici le vol 958 d’United Airlines. Nous sommes en situation critique. Je répète, nous sommes dans une situation critique. » Il continuait, mais Harm ne l’entendait plus. Le numéro du vol résonnait dans sa tête, évacuant tout le reste.
Mac était à bord de l’avion en détresse.

*

La panique générale et la peur avaient finalement laissé la place à un silence tendu comme les passagers arrivaient à la conclusion qu’ils n’étaient pas encore sur le point de mourir. Mac était assise sur un siège coté couloir, tenant une compresse de gaze sur sa main ensanglantée. Le terroriste – ou quoi qu’il soit – avait été maîtrisé par deux jeunes hommes musclés et était ligoté avec des liens plastiques de sécurité et allongé sur le sol inconscient devant la cloison de la cabine. Un passager dont les tympans avaient cédé par la soudaine dépressurisation avait été mis sous sédatif par une des hôtesses. Il était allongé en travers de quatre sièges cote à cote, et gémissait. Plusieurs autres passagers avaient été blessés durant la descente, mais c’était plutôt des coupures et des bleus, et l’un d’eux avait le bras cassé.
Mac jeta un regard à travers le hublot, au-delà des masques à oxygène qui pendillaient maintenant qu’ils n’en avaient plus l’utilité. Son siège actuel était situé après les ailes, et elle pouvait voir les dégâts clairement. Elle se retourna vers sa blessure. Quoique l’homme ait utilisé pour détruire le hublot, une goutte avait suffi pour ronger le dos de sa main avec un trou de la taille d’une pièce de cinq centimes. La blessure était terriblement douloureuse, les bords noircis suintaient de sang. Au milieu elle pouvait voir le blanc de l’os. La douleur était suffisante pour lui donner un léger vertige.
« Excusez moi, Mademoiselle ? »
Mac leva les yeux vers le visage d’un des stewards de l’avion. C’était un homme charmant, blond et âgé d’environ vingt cinq ans. Il sourit d’un air penaud. « Je suis désolé, je ne connais pas votre grade. »
Mac pressa la gaze plus fort sur sa blessure. « Je suis lieutenant colonel. Mon nom est Sarah Mackenzie. »
« Vous ne seriez pas de la Navy par hasard ? »
Mac eut un grognement. « Des Marines. Pourquoi ? »
Le steward donna un coup d’œil au-dessus de son épaule. « Il y a deux avions de la Navy autour de nous. Vous pouvez les voir depuis l’avant. » Il regarda à nouveau Mac. « Nous avions l’espoir que vous pourriez savoir ce qu’ils vont faire. »
Curieuse, Mac se leva et suivit l’homme vers le nez de l’appareil. Dans les dix premières rangées aussi, les passagers étaient rassemblés autour de leurs hublots, montrant du doigt et discutant. Elle se pencha par-dessus un couple avec un jeune enfant sur le siège entre eux pour jeter un coup d’œil à l’extérieur. Une étrange chaleur l’envahit à la vue du Tomcat volant à coté d’eux. Son pilote était visible un peu dans le lointain. Elle regarda le steward.
« Ce sont des F-14 probablement de l’USS Patrick Henry » lui dit elle. « Ils sont probablement ici pour nous escorter vers les eaux territoriales Américaines. »
« Vous savez ce qui est arrivé ? »
« Allons nous mourir ? »
La seconde question provenait d’une gamine d’environ dix ans. Elle était debout dans le couloir, regardant Mac avec une expression suppliante. Mac soupira doucement.
« Non, chérie. Nous n’allons pas mourir. »
« Comment tu le sais ? »
« Je ne le sais pas. Mais je le crois. » Elle regarda une fois de plus les chasseurs qui suivaient leur allure. Un certain pilote lui avait dit cela. Elle retourna son attention vers le steward. « Si c’est possible, je devrais probablement parler au capitaine – pour faire connaître à l’équipage ce qui est arrivé ici. »
Il hocha la tête. « Je vais demander. »

*

Dans la salle des opérations du JAG, les têtes étaient tournées vers la télévision installée au-dessus du plateau pendant que les informations faisaient le point sur l’histoire du 747 d’United Airlines, qui avait été frappé par un missile au dessus de l’Atlantique et qui luttait maintenant pour atteindre la terre ferme. Mais ce ne fut que lorsque le reporter eut dit que des témoins rapportaient avoir vu le missile partir d’un vaisseau naval Américain que quelqu’un monta le volume sonore.
Un moment plus tard, l’amiral A.J Chegwidden sortit de son bureau. Passant inaperçu pendant un instant, il regarda son personnel, notant leurs expressions d’inquiétude qui tournaient à l’horreur maintenant que la nouvelle était connue.
Le Quartier Maître Coates lui la première à le voir. « Amiral, vous ne pensez pas vraiment que la Navy à abattu un avion civil, n’est ce pas ? »
A quelques pas de là, Bud se tourna. « La Navy ne pourrait pas faire quelque chose d’aussi stupide, Jen. Cela pourrait avoir été une sorte de missile de surface. C’était probablement des terroristes. Personne ne sait comment garder les avions en sécurité depuis que ces gars possèdent des missiles Stinger. » Il regarda A.J. « Vous êtes d’accord, Amiral ? »
A.J se balança sur ses talons. « C’est encore un peu tôt pour tirer la moindre conclusion, Lieutenant. » Il se tourna vers sa nouvelle aide de camp. « Quartier Maître, obtenez moi le Capitaine Rabb sur le Patrick Henry. Il peut très bien faire le boulot de JAG pendant qu’il est là-bas. »
« A vos ordres, Monsieur. » Jen se dépêcha d’obéir.
Harriet se déplaça pour venir à coté de son mari son visage plein d’inquiétude. « Monsieur, le Colonel Mackenzie avait son vol retour aujourd’hui. Vous ne pensez pas…. »
A.J sentit son estomac se nouer à cette pensée. Ca ressemblait vraiment trop à ce jour de l’année dernière quand il avait entendu la nouvelle d’un JAG blessé en Afghanistan. Il avait essayé si durement de se convaincre que ce n’était pas Bud, même si dans son cœur il l’avait déjà su.
« Je suis sûr qu’elle va bien, Lieutenant » dit il un peu plus sèchement qu’il n’en avait l’intention.
Harriet prit une inspiration. « Oui, Monsieur. »
Pivotant, A.J regagna rapidement son bureau. Avoir déjà Rabb sur le porte-avions pourrait leur donner un point de départ pour l’enquête, et celle-ci pourrait avoir besoin d’être menée rapidement. Il passa une main au-dessus de sa tête comme pour dissiper sa gêne.
S’il vous plait, mon Dieu, faites que Mac ne soit pas dans cet avion.

*

« Aucun dégât visible à la surface de la queue » rapporta Tuna comme il rejoignait Harm près du nez du 747. « S’ils avaient suffisamment de puissance moteur, ils pourraient probablement y arriver. » Sa voix était d’une solennité qu’Harm avait rarement entendue. Les deux hommes savaient que l’avion était condamné. Si le capitaine pouvait faire un amerrissage forcé sans que le fuselage ne rompe, de nombreux passagers pourraient probablement survivre. Les Gardes Côtes étaient déjà en alerte et dépêchaient des bateaux pour une opération de sauvetage en mer.
Harm refusait de se laisser envahir par des pensées à propos de Mac. Elle pourrait sacrifier sa vie pour aider à sauver celle des autres – elle était une Marine, après tout – et l’idée qu’il pourrait ne jamais la revoir était une douleur constante dans ses tripes. Mais s’il laissait cela présent dans son cerveau il ne serait plus capable de voler.
Il regarda son altimètre qui affichait cinq mille cinq cent pieds. Leur rythme de descente était de quatre vingt pieds par minute.
« Nous restons avec eux jusqu’à la fin, Tuna » dit il à son ailier.
« Cela va sans dire, Hammer. » Le ton de Tuna s’éclaircit une minute. « C’est vraiment moche qu’ils n’aient pas de crosse. Tu pourrais les pousser comme tu l’avais fait pour moi. »
« Te pousser avait presque fichu en l’air notre verrière, Tuna » l’informa Skates depuis le siège arrière. « Et le poids de cet avion, cela représente vingt cinq tonnes de plus que pour toi . »
Harm cligna des yeux comme une idée incroyable germait dans son cerveau. « Tuna prends ma place. Je vais décrocher pour jeter un coup d’œil à quelque chose. »
Skates entendit la note révélatrice dans sa voix. « Quelle idée folle êtes vous en train de concocter, Harm ? »
« Un instant. » Il manœuvra pour dégager sa position, de façon à suivre le sillage du 747 d’environ cent mètres. Le déplacement d’air de l’énorme avion les ballotta. Harm l’ignora comme il étudiait les dégâts de l’aile.
Il ouvrit sa radio. « Capitaine Andropoulos ? »
« Appelez moi Andy » fut la réponse du capitaine. « Qu’avez-vous à l’esprit, Capitaine ? »
« Quelle poussée développe ces moteurs ? »
L’intérêt s’aiguisa dans la voix du capitaine. « Ils développent trente tonnes chacun, cependant je n’ai pas besoin de la pleine puissance pour me maintenir. Pourquoi ? »
Harm jeta un coup d’œil à Skates à travers le rétroviseur. « Parce je suis assis sur une paire parfaitement efficace de turbo réacteurs ayant une poussée statique de huit tonnes, courtoisement fournis par Général Electric. Si je vous prête une épaule pour vous y appuyer, est ce que vous pensez pouvoir atterrir ? »
Le capitaine resta silencieux un moment, puis « ce pourrait être suffisant pour réussir » répondit il rêveusement. « Ce sont d’incroyables oiseaux, bien qu’un peu vieux que Boeing nous a fabriqué là. Mais, ce n’est pas comme pousser la voiture d’un copain …..Vous ne pouvez pas exactement planter votre nez dans l’empennage de ma queue, Capitaine. »
« Non, Monsieur » acquiesça Harm. « Je pensais plutôt à l’emplacement qui s’est retrouvé libre d’une façon si pratique, là où se trouve d’habitude votre moteur extérieur gauche. »
La voix de Skates vint à travers le micro du cockpit. « Sans vous offenser, mais est ce que vous avez toute votre tête, Hammer ? Si nous approchons assez pour heurter leur aile, nous allons tous tomber. »
Harm eut un bref sourire sinistre. « Je n’avais pas pensé à heurter l’aile mais plutôt à devenir une partie de celle-ci. »
Le Capitaine Andropoulos parla avant que Skates ait une chance de répondre. « D’accord, Capitaine. Cela semble dingue, mais je suis le premier à admettre que nous sommes dans une situation désespérée. Dites moi ce que vous envisagez. »

16h23 heure locale
USS Patrick Henry – Océan Atlantique.

« Avez-vous perdu l’esprit, Capitaine ? » Le Capitaine Toby Ingles fixait l’avant du porte-avions à travers le pare-brise comme si quelque part il pouvait combler la distance d’avec l’avion de Rabb à vue d’œil. L’audace de cet homme était infinie.
« Non, Monsieur » répondit calmement Rabb. « Je n’aime pas cela, moi non plus, mais je ne vois rien d’autre qui pourrait donner à ces gens une chance de survivre. »
Ingles jeta un regard circulaire sur la passerelle. Le Chef d’escadrille et le Commandant en second étaient là tous les deux.
« Juste une minute, Capitaine » dit il à la radio, puis il coupa la communication. Il se tourna vers ses officiers.
« Vous pensez qu’il peut le faire ? » demanda t’il au Commandant.
Le Capitaine Pike haussa les épaules. « J’ai appris à ne jamais dire que Rabb ne peut pas faire quelque chose, Capitaine. Cet homme doit avoir une légion entière d’anges gardiens pour s’occuper de lui. »
« Chien jaune ? »
Le chien jaune était nouveau pour cette croisière, et n’avait pas travaillé avec Harm auparavant. Il secoua la tête. « C’est du suicide, Capitaine. La Navy est déjà responsable du tir sur le long-courrier. Comment cela ne deviendrait il pas pire si un de nos Tomcat entrait en collision avec lui et les envoyait tous les deux au tapis ? »
Ingles regarda vers le Commandant. Leurs regards se croisèrent pendant un moment. Toby grogna. « Vous savez, si c’était un autre pilote à sa place, je ne voudrais même pas l’envisager. » Il secoua sa tête avec regret. « Et c’est nous que l’avons renvoyé au JAG. » La dernière remarque était dite à mi-voix.
« Capitaine » le quartier maître s’occupant des communications l’interrompit. « Il y a l’Amiral Chegwidden en ligne. Il cherche le Capitaine Rabb. Que dois-je lui dire ? »
Ingles décocha au jeune homme un regard ennuyé. « Dites lui que le Capitaine est occupé à faire quelque chose de téméraire, et qu’il le rappellera plus tard, à condition qu’il survive » aboya t’il.
Le quartier maître ouvrit la bouche en grand pendant un instant. « Heu….oui, Monsieur. » Il retourna à ses équipements.
Pike retint un petit sourire narquois. Ingles refusa de le regarder comme il retournait à sa radio. « Capitaine ? »
« Oui, Monsieur ? »
« Vous croyez vraiment que vous pouvez faire cela ? »
Il y eut un silence, mais Rabb n’était pas du genre à émettre des paroles en l’air quand c’était important. « Je ne peux pas nier le risque, Monsieur. La seule façon pour que ca marche, c’est si je peux complètement plaquer notre structure contre celle du 747. Sinon, nous ne pourrons pas leur transférer notre poussée. Je pense que le meilleur pari est d’empaler notre structure avant à l’emplacement de la barre de fixation de leur moteur disparu. Cela laisse juste assez d’espace pour mon aile pour passer sous la leur sans accrocher le moteur intérieur. »
« Quel espacement envisagez vous ? »
Il entendit Rabb prendre une profonde respiration. « Moins d’un pied, probablement, entre notre extrémité d’aile et la nacelle du moteur. Mais il pourrait y avoir cinq pieds environ entre le dessous de leur aile et le dessus de la notre. »
« Cela pourrait donner une définition totalement nouvelle au terme ‘formation de vol’, Capitaine » Ingles était pilote de chasse, et il comprenait l’adresse requise. Ce que Rabb proposait était digne des équipes d’exhibition.
« Je crois que je peux le faire, chef. »
« Qu’en dit votre navigateur ? »
« Je suis avec le capitaine, Monsieur » répondit promptement Skates. « Si Hammer dit qu’il peut le faire, alors je le crois. » Elle marqua une pause. « Nous devons essayer, Capitaine. »
Ingles fixait son regard au loin, débattant avec lui-même. Finalement, il secoua la tête. « Je ne peux pas croire que je vais vous laisser tous les deux détruire un autre de mes oiseaux. »
Ce commentaire amena ensemble un petit rire au pilote et au navigateur. « Nous ferons de notre mieux pour ne pas vous laisser tomber » dit Rabb.
Ingles saisit le double sens de ses paroles et soupira. « Bonne chance à tous les deux. » Il coupa la communication. « Et que Dieu vous garde. »

*

« Comment allons nous faire, Skates ? » demanda Harm comme il s’alignait derrière son objectif. Deux traverses en métal dépassaient des restes de la colonne du moteur, les supports principaux de la structure maintenant le moteur en place. Trente pieds au-delà de l’extrémité de son aile, le flanc du fuselage du 747 apparaissait comme un mur de métal.
« Rapprochement à la vitesse de douze nœuds. Cela semble bon. » La voix de Beth était affairée. Les deux aviateurs traitaient cela comme une sorte d’exercice de ravitaillement en plein ciel et de ce fait mettaient à profit les procédures bien connues de cette méthode pour essayer d’accomplir leur projet.
« Andy ? » Harm appela le pilote d’United Airlines. Il jurait à profusion tout en se concentrant pour rester dans l’axe en dépit des mouvements d’air venant de l’aile du 747.
« Nous sommes prêts quand vous l’êtes, Capitaine. J’ai informé les passagers de la situation, et maintenant chacun doit être attaché. »
« Alors tenez vous bon et attendez vous à un gros impact. »
Le pilote poussa un rire tendu. « Allez y. »
« Distance, Skates ? »
« Vingt pieds…..dix huit… »
A cette courte distance, l’aile du 747 semblait immense…. Un mastodonte argenté suffisamment large pour garer son Tomcat.
« Quatorze pieds…….dix…..Vous dérivez à gauche… »
Jurant doucement, Harm luttait avec le F-14. L’ombre de l’aile du long-courrier l’enveloppa. Son monde se rétrécit, sa concentration canalisée sur rien d’autre que le contrôle du manche à balai dans sa main, le nez de son avion, et le longeron qui pendait à l’aile du long-courrier.
« Quatre pieds… »
Ils étaient secoués par des trous d’air et le Tomcat remua. Harm jura plus fort cette fois comme par en dessous l’aile du 747 apparaissait terriblement proche de sa tête. Faisant une correction, il prit un peu de recul de quelques pieds et tenta de se réaligner.
« Skates ? » A son soulagement, sa voix resta assurée.
« Réduction de vitesse zéro » rapporta t’elle. Harm pouvait entendre sa respiration trembler. « Distance….douze pieds. »
Harm bougea d’un pouce le gouvernail vers l’avant.
« Huit pieds….un peu vite….six…trois… »
Harm tressaillit quand la traverse faisant saillie transperça leur structure avant, juste derrière le nez. Le métal hurla et les deux aviateurs furent projetés contre le tableau de bord comme leur avion ployait sous la trop grande masse du 747. Les voyants s’allumèrent dans le cockpit.
Immédiatement, le comportement du Tomcat changea. Harm lutta pour s’adapter maintenant que les indications qu’il avait passé sa vie à apprendre lui devenait totalement inutiles. La cellule entière commença à vibrer, un dangereux mouvement vibratoire sur les cotés qu’il compara mentalement à ce que devait ressentir un jouet pour chien dans la gueule d’un terrier. Mais sur le haut de l’appareil, malgré tout, ils étaient vraiment parfaitement en place. Harm ne sentait plus du tout de mouvement de tangage.
« Félicitations, Capitaine » dit il à Skates après un moment. « Nous venons de débuter les premiers essais au monde grandeur nature du modèle aéroporté de soufflerie en tunnel. »
Elle rit mais resta concentrée sur ses occupations. « Il semble que vous ayez cogné droit à travers la cloison avant pressurisée, Monsieur. L’antenne communication ainsi que le radar et le système de ciblage sont morts, mais aucun disfonctionnement des principales commandes de vol. » Elle laissa échapper un soupir de soulagement. « Il semble que nous ayons tout bon. »
Harm ouvrit sa radio. « Comment vont les gars au-dessus de nous ? » demanda t’il à l’équipage du 747.
« C’est une charmante petite tape que vous nous avez donnée » répondit le co-pilote, une note enjouée dans la voix.
« Nous sommes en bonne forme » ajouta le Capitaine Andropoulos. « Alors essayons d’ajouter un peu de puissance et voyons si nous pouvons stopper notre descente. »
« Compris » acquiesça Harm. « Ajout de puissance » Il poussa doucement le manche vers l’avant. Comme le bruit du moteur enflait, Harm garda un œil attentif sur les structures du 747 l’entourant. Il avait la sensation d’être assis dans une grotte. Seul son anémomètre et les petites portions d’océan qu’il pouvait voir défiler au-dessous d’eux lui montraient combien tout cela était faux.
« Le nez remonte » rapporta Andropoulos après quelques secondes. Harm pouvait entendre l’espoir désespéré sous-jacent dans ses paroles.
Harm regardait les chiffres tourner lentement sur son altimètre. En très peu de temps il avait récupéré l’ensemble des commandes de son avion, à part de constantes corrections mineures pour éviter de taper l’aile au-dessus d’eux. Cela prenait beaucoup d’attention et un toucher délicat, mais ce n’était pas exactement voler.
« Un petit peu plus, Capitaine. »
Harm avança légèrement le gouvernail. L’aiguille de l’altimètre continuait lentement. Elle arriva à s’immobiliser juste en dessous de trois mille pieds et puis commença doucement à remonter.
Les acclamations jaillirent dans les deux cockpits.

*

« Le Capitaine peut vous parler maintenant, Madame. »
Mac regarda le visage du steward. Elle hocha la tête comme ses paroles la pénétraient et se leva. Un bandage avait été mis en place autour de sa main, mais tout ce que le personnel de vol avait été capable de lui offrir contre la douleur était du Tylenol. Elle en avait pris huit – une dose plutôt habituelle – mais ils n’avaient encore eu le temps de vraiment agir.
Elle suivit le steward, monta l’escalier pour le deuxième niveau de cabine de l’avion, traversa la Première Classe, et arriva à la porte du cockpit. Le steward frappa et échangea quelques mots avec l’équipage avant que la porte soit déverrouillée de l’intérieur. L’ouverture bascula, et Mac se retrouva face à face avec le co-pilote, un homme blond charmant d’environ cinquante ans portant l’uniforme d’United Airlines.
« Vous devez être le Colonel Mackenzie. »
Mac hocha la tête. « Oui. »
« Carl St James » Il se désigna lui-même. « Et voici le capitaine, dont le nom est trop long à prononcer pour s’embêter avec. Vous pouvez l’appeler Andy. »
« Rentrez, Colonel » dit Andy sans quitter ses instruments du regard. « Il y a un siège de mécanicien derrière moi que vous pouvez utiliser. » Il toucha ses écouteurs. « Capitaine, nous sommes détournés vers Andrews, mais nous devons faire deux virages pour nous aligner sur la piste. »
Harm ! Intérieurement Mac était nouée d’appréhension comme le co-pilote lui montrait comment déplier le siège du mécanicien accroché à la cloison derrière le fauteuil du capitaine. Elle avait suspecté qu’Harm était le pilote là sous leur aile – c’était un tour de force de fou digne de lui – mais maintenant elle en avait confirmation.
Aussitôt qu’elle fut attachée par les cinq points du harnais, le co-pilote verrouilla la porte du cockpit et retourna à son siège.
Mac décida de ne pas minimiser ses informations auprès des deux pilotes. « Il y avait un saboteur à bord. Il a utilisé une sorte d’acide pour détruire un des hublots de la cabine passagers. »
« La cabine en dépressurisation » Les deux hommes échangèrent un regard indéchiffrable. Le capitaine leva un sourcil, semblant rêveur. « C’était donc ça qui nous a amené à descendre à une altitude où un lance-roquette portable à l’épaule pouvait nous atteindre ? »
« C’était un lance-roquette à épauler ? » demanda Mac.
Le Capitaine haussa les épaules. « Je l’imagine. La Navy a confirmé que nous avons été frappé par un missile, mais à part ça nous ne savons rien. »
« Cela commence à ressembler à une attaque organisée. » Le co-pilote jeta un regard en arrière vers Mac. « Qu’est il arrivé au saboteur ? A-t-il dit quelque chose ? »
Mac secoua la tête, ses yeux s’égarant vers la multitude de voyants rouge et orange décorant le tableau de bord. « Il est encore inconscient. Deux jeunes hommes m’ont aidé à le maîtriser. Ils étaient un peu trop …. .enthousiastes. »
Le capitaine secoua la tête avec regret. « Et bien, je ne vais pas le plaindre, les passagers sont notre première ligne de défense. »
Silencieusement, Mac regarda à travers le pare-brise pendant un long moment. « Que va-t-il se passer maintenant ? »
« Nous allons essayer d’atterrir. » La voix du capitaine était soigneusement neutre.
« Remercions ces deux braves Américains là dehors dans ce chasseur F-14 » ajouta le co-pilote. Il secoua sa tête et soupira. « C’est tellement dommage. »
Mac sentit une alarme sonner dans sa tête. « Qui y a-t-il ? »
Le pilote – Andy – jeta un coup d’œil vers elle par-dessus son épaule. « Ceci ne doit pas sortir du cockpit, Colonel » la mit il en garde et elle acquiesça. « Alors voila ce qu’il en est : Les chances pour que notre train d’atterrissage ne soit pas endommagé sont très faibles. Si les éclats d’obus ont même un tant soit peu tailladés deux des pneus, le surcroît de pression sur les autres peut causer leur éclatement et nous allons avoir le métal qui va s’enfoncer au contact du tarmac. La structure du train d’atterrissage ne peut pas supporter cela – il va s’effondrer. Il y a un grand nombre de scénarios possible, mais le plus vraisemblable, c’est que nous allons finir par écraser nos amis là dehors avec les soixante quinze mille tonnes de cet avion. »
Pendant un moment, Mac ne fur plus capable de respirer. « Sont ils……sont ils au courant de ça ? » demanda t’elle finalement.
Le co-pilote haussa les épaules. « Ils n’ont rien dit. Il n’y a rien à faire avec cela, je pense…..s’ils essayent de se désengager, nous allons tous mourir. » Il lui décrocha un regard appuyé. « C’est peut être mieux qu’ils ne sachent pas. »
Mac fixait le co-pilote comme son monde s’écroulait autour d’elle. « Le Capitaine Rabb n’essayerait pas de se retirer pour sauver sa propre vie ! »
Son exclamation lui valut une paire de regards surpris. « Vous le connaissez ? »
Mac hocha la tête. « Nous……travaillons ensemble. »
Andy jeta un œil sur son col. « Cela fait un moment que j’ai quitté l’armée, mais n’est ce pas les insignes du JAG ? »
« En effet. Le Capitaine est aussi du JAG, mais il effectue ses quotas d’heures de vol. »
« Etes vous en train de me dire que c’est un blanc bec de bavard qui est en train de caler mon aile ? »
L’expression de Mac devint sévère. « Non, Capitaine. C’est un aviateur naval hautement décoré qui a aussi obtenu ses diplômes de droit. »
« Tout doux, Colonel. » Le pilote ne souriait plus mais son visage laissait apparaître des excuses silencieuses. « Votre capitaine a plutôt réussi un impressionnant numéro de vol de précision. Je me rends. »
Votre capitaine. Mac avala difficilement submergée par une vague de regret. « Combien de temps avant l’atterrissage ? »
« Nous allons commencer notre approche dans environ quinze minutes. » Il marqua une pause. « Vous êtes la bienvenue pour rester jusqu’alors. »
Mac débattit avec elle-même un long moment. « Puis je…lui…parler ? » demanda t’elle finalement.
Le co-pilote lui tendit les écouteurs sans commentaire, bien que le regard qu’il échangea avec le pilote soit parlant. Mac l’ignora tout en positionnant les écouteurs sur sa tête, faisant un petit geste pour indiquer qu’elle était prête.
« C’est à vous » lui dit Carl.
Instinctivement Mac serra la branche du micro. « Harm ? »
« Hé, Mac. » Il ne semblait pas le moins du monde surpris d’entendre sa voix. « C’est fantastique de vous rencontrer ici. » Elle nota la tension dans sa voix, une tension qui lui disait la difficulté qu’il avait à maintenir son vol. Habituellement quand il volait, Harm semblait avoir toute la vie devant lui.
Elle soupira de façon théâtrale dans une tentative pour alléger l’atmosphère. « Je vous laisse seul deux jours et regardez moi dans quel guêpier vous vous fourrez. » A sa grande honte, les larmes jaillirent de ses yeux. Elle fixa le plafond comme elle luttait pour garder la voix ferme.
Harm ne donnait aucun signe laissant à penser qu’il sentait sa détresse. Elle pouvait imaginer son sourire comme il répondait. « Et bien, vous me connaissez. Skates jure qu’elle ne volera plus jamais avec moi. »
Mac ferma les yeux luttant contre une nouvelle vague de douleur. « Elle ne dirait jamais une chose pareille » réussit elle à dire.
Le rire de Skates fit écho à l’autre bout de la ligne. « C’est fichu, Hammer. »
« Salut, Skates » lui dit Mac.
« Bonjour, Madame. Ravie de vous entendre à nouveau. »
« Vous le surveillez ? »
Mac pouvait entendre le sourire dans sa voix. « Toujours, Madame. »
« Bien, je suis heureuse de l’entendre. » Elle se mordit la lèvre. « Ecoutez, Harm… »
« On s’accroche, Mac. Skates, j’ai un signal d’alarme qui vient de s’allumer. »
« Je vois ça » Skates était de retour à son boulot. « Mais je n’ai aucun autre signal nulle part, je pense juste que les ordinateurs de vol commencent à piquer une crise. »
Harm eut un petit rire. « Est ce une évaluation technique, Capitaine ? »
« Nous n’agissons pas exactement comme il serait normal avec un F-14, Monsieur. » Elle semblait un tout petit peu sur la défensive.
« Non, pas vraiment, mais je suis sûr que les ordinateurs de vol sont grandement perturbés par ce que les accéléromètres sont en train de leur dire. » Il semblait encore amusé.
« Harm…. » Mac sauta sur l’occasion, se rendant totalement compte du temps qui défilait rapidement.
« Oui, Mac ? »
« Ecoutez, je veux juste dire…..je voulais vous dire… »
Sa nervosité devait transparaître. Harm immédiatement fut plein de sollicitude. « Hé, relax, Marine. Tout va bien se passer. »
« Vous n’en savez rien. »
« J’en suis sûr »
« Harm…. »
« Ecoutez, Mac. Allez vous asseoir. Tout ceci sera fini dans environ trente minutes. Nous pourrons parler alors. »
« Attendez…. »
« Mac…. »
« Je vous aime, Harm. » La respiration de Mac fut prise comme d’un hoquet comme les mots sortaient juste de sa bouche.
Un silence mortel lui répondit. Le sifflement de la ligne de communication ouverte semblait inhabituellement lourd.
« OK, Mac…..Qu’est ce qui se passe ? » demanda Harm un moment plus tard. Sa voix était prudente, teintée de suspicion.
Mac regardait ses mains. « Les pilotes pensent que leur train d’atterrissage est endommagé » admit elle avec une petite voix. « Ils ne pensent pas que cela tiendra quand nous atterrirons. »
Elle obtint un autre long silence, et puis, « Capitaine ? » demanda Harm.
« J’en ai bien peur , Capitaine. » Sa voix était sinistre.
Harm lâcha un soupir. « D’accord. Je pense que nous traiterons ça quand le moment sera venu. » Il marqua une pause. « Mac ? »
« Je suis encore là. »
Son ton s’adoucit. « Je ne sais pas si ça sert à quelque chose ……..Je vous aime aussi. »
Mac ferma les yeux, bouleversée.
« Ici Rabb, terminé. »
Humidifiant ses lèvres, Mac retira les écouteurs et les tendit au co-pilote. « Merci » lui dit elle doucement.
Il hocha la tête, son expression empreinte de sympathie.

17h48 heure locale
En approche de la Base Air Force d’Andrews

Harm essayait de ne pas écouter pendant que Skates parlait avec son mari. A sa demande, l’appel avait pu être répercuté depuis le bureau du CNO en provenance de Patuxent River NAS, jusqu’à eux. C’était tout ce qu’il pouvait lui offrir…….une chance de lui dire au revoir.
« J’aurais dû réaliser que le train d’atterrissage serait un problème » dit il après que Skates eut fini son appel.
Elle rencontra son regard à travers le rétroviseur. « Cela aurait il changé quelque chose ? » Deux traînées humides glissaient le long de son visage, mais son regard et sa voix étaient clairs.
Il retourna son attention à son vol. « Non, probablement pas. » Mais c’était difficile pour lui d’admettre qu’il allait être responsable de la mort d’un autre navigateur.
Au moins cette fois je n’aurais pas à vivre avec ça.
Il ne se débarrassa pas de ces sombres pensées jusqu’à que les contrôleurs aériens de la base d’ Andrews leur donnent l’approche finale pour atterrir sur la piste principale.
« Nous y voila. »

*

« Nous y voila. » Andy jeta un coup d’œil à son co-pilote. La piste s’étalait droit devant eux, un minuscule ruban sombre qui promettait la sécurité à condition qu’ils puissent l’atteindre. Avec l’aide du capitaine ils avaient mené la procédure pourtant risquée de descendre le train d’atterrissage et d’étendre les volets de profondeur des deux avions (sauf l’aile gauche du 747 dont rien n’était opérationnel). Quelque part dans un coin de sa tête, Andy avait justement connaissance de la stupéfiante prouesse que représentait ce vol. Lui et Harm s’étaient entendus incroyablement bien, et les connaissances que le pilote du chasseur avait de l’avionique, de même que son aptitude à se penser par lui-même comme une sorte d’extension de l’avion, avaient probablement été le facteur le plus important dans leur succès et de loin.
Andy balaya ses instruments d’un regard. Cinq cent pieds d’altitude et en pleine descente. Plus que quinze secondes avant que les roues touchent le sol. Devant lui, il pouvait voir une partie des gyrophares des services d’urgences qui clignotaient sur un des cotés de la piste. Allez mon bébé, exhorta t’il le 747. Encore un petit effort.
Ils descendaient dans un effet de sol – c’était surréel, juste un instant d’apesanteur avant l’impact. Marmonnant une prière silencieuse, Andy amorça les aérofreins, utilisant la portance des ailes du 747 et lâcha l’avion pour les deux derniers pieds au-dessus de la piste. Le train d’atterrissage principal toucha le sol avec une violente secousse. Andy commençait à baisser le nez de l’avion, quand quelque chose tourna au chaos. Il entendit le craquement plus qu’il ne le sentit. Le 747 bascula sur le flan, s’effondrant sur le ventre comme le train d’atterrissage s’arrachait. Le nez se crasha sur le tarmac un instant plus tard. Le métal hurlait et grognait pendant que tout se déchirait de partout. L’avion doucement commença à tournoyer à partir d’un point situé derrière le cockpit. Andy s’accrochait, priant désespérément pour qu’ils ne fassent pas la cabriole, comme le monde tournoyait à travers son pare-brise.
Six secondes plus tard, qui lui semblèrent durer six ans, ils se retrouvèrent à l’arrêt. Pendant un moment, tout ce qu’il put faire fut de dévisager son co-pilote, pas certain qu’il pouvait croire ses sens.
Le visage livide de Carl se fendit d’un large sourire. « Nous avons atterri. »
La conscience lentement revenait. Andy réalisa que son bras et ses épaules étaient très douloureux. Il força ses doigts à lâcher le manche à balai alors qu’une première vague de soulagement s’abattait sur lui. Sans un mot il balança une tape sur l’épaule de Carl.
Son co-pilote hocha la tête. « Nous avons réussi. »

*

Mac était dans un certain état d’engourdissement. Un état de choc, lui disait un recoin de son esprit. L’avion avait fini par s’arrêter après une folle et terrifiante glissade. Toutefois elle s’était remise sur ses pieds et, avec l’aide d’un des autres passagers, avait réussi à se rendre avec le saboteur encore inconscient sur le toboggan d’évacuation d’urgence. Elle se rappelait vaguement avoir remis son prisonnier aux services de sécurité de l’Air Force, et elle avait bizarrement conscience qu’elle avait perdu une chaussure à l’atterrissage. Maintenant elle rodait autour du nez du 747, clopinant sur une seule chaussure et repoussant le personnel médical de l’Air Force qui tenta à plusieurs reprises d’examiner ses blessures.
Elle stoppa brusquement, le brouillard dans son cerveau se dissipant au premier signe qu’elle vit du Tomcat déformé couché sous l’aile gauche du 747. Le chasseur ressemblait à un jouet d’enfant qui serait passé sous les roues de la voiture familiale. Les équipes de secours fourmillaient autour de l’amas de ferraille dans leurs tenues brillantes anti-inflammables.
Mac se mit à courir.
Comme elle approchait des décombres du F-14, un capitaine de l’Air Force la saisit par les épaules, la forçant à s’arrêter.
« Vous ne pouvez pas aller plus près, Madame. »
Mac regardait au-delà du capitaine, son cœur battant douloureusement dans sa poitrine. « Y a-t-il des survivants ? »
« Je ne sais pas, Madame. »
« Je dois aller là-bas…..» Dans tous ses états, Mac essayait de le repousser. « Vous devez me laisser y aller… »
« Je ne peux pas faire ça, Madame. »
Ce simple constat, ferme bien que compatissant, la dévasta. Harm était seulement à une douzaine de mètres de là, très vraisemblablement mort à l’intérieur des restes difformes du Tomcat qu’il aimait tant. Un sanglot s’échappa, rapidement suivi par d’autres.
« Par ici Madame. Vous pouvez attendre par ici. » Le capitaine gardait une main autour de son bras comme il la guidait vers un proche groupe d’ambulances. Mac se mit entre les mains d’un couple d’urgentistes civils. Elle s’assit sur le pare-chocs d’une ambulance pendant que l’infirmier examinait sa main blessée, mais à part obéir à quelques requêtes occasionnelles, elle les ignora.
Autour de la carcasse, les sauveteurs se retirèrent pour permettre à d’autres, armés de chalumeaux, de scies à métaux et d’une énorme grue, de s’avancer. Ils commencèrent à découper et à ôter l’aile du 747.
Finalement, quelqu’un apporta à Mac une tasse de café brûlant. Elle l’accepta, à peine surprise que celui qui la lui offrait soit un homme vêtu d’un costume, plutôt que l’une des personnes portant les multiples uniformes ou sauveteurs grouillant dans la zone.
« Colonel Mackenzie ? »
Mac acquiesça en bonne et due forme.
« Bonjour, mon nom est Donovan Mills. Je suis avec le NTSB. Le Capitaine Andropoulos m’a dit que vous avez des informations à propos de ce qui est arrivé à bord de l’avion. » Il marqua une pause, parce qu’il réalisa que le regard de Mac s’éloignait de lui pour suivre l’activité autour du chasseur. Il persévéra. « Maintenant serait il le bon moment pour vous poser quelques questions ? »
Mac se força à porter son attention sur Mills. « Bien sûr » approuva t’elle d’une voix blanche. Quoiqu’elle apprenne sur le sort d’Harm, elle devrait de toute façon faire son rapport. Ce serait peut être mieux d’en finir avec ça avant qu’elle aille affronter le reste.
« Cela vous ennuie si je m’assois ? »
Mac secoua la tête. Mills s’installa à coté d’elle sur le pare-chocs de l’ambulance et ouvrit l’ordinateur de poche qu’il avait amené. Ce geste réveilla sa mémoire.
« L’homme qui a détruit le hublot avait un ordinateur de poche – de même type que le votre » dit elle à Mills. « Je l’ai vu l’utiliser durant le vol. » Elle jeta un œil à l’agent comme il prenait note. « Je ne sais pas si cela aura la moindre importance, mais cela se pourrait. Il ne s’attendait pas à survivre. »
Mills hocha la tête. « Nous ferons en sorte de le trouver. Maintenant qu’est ce qui vous a fait suspecter au départ que quelque chose n’allait pas ? » Sa voix prit un ton professionnel comme il lançait l’interrogatoire.
Mac raconta les événements qui s’étaient déroulés dans la cabine passagers et leur timing, comme les avait pointés son horloge interne. Elle avait juste fini quand un cri s’éleva de la part de l’équipe travaillant sur l’aile. Elle leva les yeux sur l’énorme section d’aile qui était soulevée au-dessus de la carcasse du Tomcat, oscillant comme la grue pivotait sur le coté. La section s’écroula sur le tarmac à peu de distance avec un craquement se répercutant au loin. Mac tressaillit au bruit, mais ne pouvait détacher ses yeux de l’avion découvert. La verrière avait volé en éclats, le cockpit était partiellement écroulé, mais elle pouvait voir clairement deux casques de vol au milieu de tout cela.
« Harm….. » Elle se leva d’un bond, la respiration bloquée dans sa poitrine.
Les équipes de sauvetage escaladèrent le flan de l’avion. Puis, incroyablement, la silhouette lointaine d’Harm se redressa et retira son casque, s’accrochant au sauveteur le plus proche. Un moment plus tard, Skates fit de même.
La respiration de Mac eut une sorte de hoquet, comme des acclamations de joie s’élevaient parmi les sauveteurs. Elle s’effondra de son perchoir, les genoux flageolants. Ils étaient vivants. Ses yeux s’imprégnèrent de la vision d’Harm remuant dans son siège comme il parlait avec l’infirmier à coté de lui. Au-dessus du tohu-bohu général elle saisit dans le lointain les haut et les bas de sa voix, et puis le son distinct de son rire. Un doux soulagement la fit sourire.
Se levant, elle fit de façon distraite ses adieux à Donovan Mills et se dirigea vers la silhouette en uniforme la plus proche. Le sergent de l’Air Force la dévisageait avec un mélange de curiosité et d’inquiétude comme il la saluait.
« Puis-je vous aider, Madame ? »
Mac hocha la tête. Au-delà de lui, Harm était soulevé des restes du Tomcat. Elle regardait comme ils le posaient sur ses pieds, la dernière de ses peurs s’évanouissant. Harm passa quelques instants à s’étirer pour se décontracter, son attention rivée sur les décombres alors que Skates était extraite du cockpit de façon similaire.
« Sergent, vers quel hôpital vont-ils transporter cet équipage ? »
Le sergent jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et secoua la tête. « Bethesda, je pense. Pouvez vous croire ça, Madame ? » Il semblait aussi stupéfait que l’ensemble des gens, à la vue des deux aviateurs vivants et sains et saufs.
Mac sourit doucement, pensant aux derniers mots que Harm lui avait dit. « En ce moment, je suis prête à croire n’importe quoi, sergent. »
Il sourit aimablement. « Oui, Madame. »

*

Mac passa une heure à chercher son sac tombé du 747 – utilisant finalement à la fois son grade et son amitié ténue avec l’équipage du vol, pour convaincre un des enquêteurs de lui laisser récupérer son portefeuille et sa carte d’identité. Après s’être procuré une voiture, elle prit la route vers Bethesda où les deux aviateurs avaient été transportés pour des examens. Après une nouvelle série de négociations avec l’équipe de l’accueil, elle apparut dans une salle d’examens.
Harm était assis sur la table d’examen, sa chemise d’hôpital pendait le long d’une de ses épaules comme un docteur posait soigneusement des agrafes sur l’épaule entaillée. A sa surprise, l’Amiral Chegwidden se tenait debout sur l’un des cotés, les mains jointes devant lui il regardait.
Mac marqua un temps d’arrêt sur le pas de porte comme les trois occupants de la pièce se tournaient pour la regarder.
« Colonel » dit l’Amiral en l’accueillant. « Entrez. Je suis sûr que vous voulez vérifier par vous-même que le capitaine est vivant et sauf. »
Mac acquiesça, son regard retournant vers son partenaire. Il lui décocha un sourire fatigué. « Hé, Mac. »
« Salut » répondit elle maladroitement, traversant d’un pas hésitant dans la pièce pour se mettre à coté de l’Amiral. Ainsi elle pouvait voir que la poitrine d’Harm était couverte de bleus. Une traînée de teinture d’iode sur son bras apparaissait là où une autre entaille avait été recousue, et une éraflure sur sa poitrine avait déjà formée une croûte.
« Vous semblez plutôt bien pour un type qui vient juste de se faire écraser par un 747 » observa t’elle.
Il fit un large sourire. « Merci. Je suis sûr que je vais être tellement raide que demain je ne vais pas pouvoir bouger, mais dans quelques jours j’irai bien. »
Mac pouvait seulement secouer la tête. « Comment va Skates ? »
« Elle est aux rayons X. Elle a deux doigts cassés à la main droite. » Il se redressa comme le docteur posait la dernière agrafe. « A part ça, elle va bien. » Seule Mac, parce qu’elle le connaissait trop bien pouvait lire le profond soulagement caché derrière ses mots.
« Voila, Capitaine. » Le docteur debout rassemblait ses instruments sur le coté. « Vous pouvez vous habiller. » Il se déplaça autour de la table comme Harm enfilait l’autre manche de sa chemise. Il grimaça à ce geste, et Mac avança rapidement pour faire les nœuds, gagnant un bref hochement de tête en remerciement.
Le docteur récupéra ses pinces. « Nous allons vous garder ici cette nuit en observation. Je n’ai pas vu de signes de blessure interne, mais je ne veux pas courir le moindre risque. »
Harm approuva, ce qui donna à Mac une idée de combien il était fatigué et endolori.
« Bien, je vous envoie quelqu’un dans quelques minutes pour vous aider à vous installer dans votre chambre. »
« Merci, Docteur » lui dit Harm.
Le docteur se mit à rire. « Ne me remerciez pas, Capitaine. Remerciez plutôt le pouvoir divin qui veillait sur vous aujourd’hui. » Et là-dessus, il partit.
Les trois officiers du JAG se regardaient les uns les autres. Chegwidden fut le premier à rompre le silence. « Colonel, qu’est il arrivé à votre main ? »
Mac baissa les yeux vers son bandage. La douleur s’était réduite à un faible élancement, qu’elle avait presque oublié jusqu’à que l’Amiral le lui rappelle.
« Une brûlure à l’acide, Monsieur. »
Il souleva les sourcils comme Harm se tournait pour la dévisager.
« C’est une longue histoire » dit elle à tous les deux. Elle fixait son officier commandant. Maintenant qu’elle était certaine qu’Harm allait bien, les autres questions se bousculaient dans sa tête. « Monsieur, est ce que vous savez qui a essayé de nous abattre ? »
A sa surprise, Harm et l’Amiral échangèrent un regard embarrassé.
« Le missile venait de l’USS Vella Gulf » dit Harm doucement.
Mac cligna des yeux comme elle absorbait ses paroles. « Attendez une minute……La Navy ? Un de nos navires a essayé de descendre un long-courrier commercial ? »
Chegwidden croisa les bras. « Malheureusement, oui. Et plus tôt nous découvrirons pourquoi, mieux ce sera pour tous les gens concernés. » Il se tourna vers Harm. « Rétablissez vous vite, Capitaine. Je suspecte que votre compétence sera très utile dans ce cas. »
Harm approuva solennellement. « Oui, Monsieur. »

FIN DE L EPISODE

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