A wing and a prayer II

Traducteur : CaptainRabb, Annick

Résumé : Ecrit pour la Virtual Season 2003, une suite à  la fanfiction de Valerie « Une Aile et une Prière ». Harm et Mac enquêtent sur la mauvaise identification faite par un navire d’un vol commercial qui aurait pu être fatale, et essayent de découvrir la vérité sur ce qui s’est passé.

Disclaimer :Tous les personnages et les droits appartiennent à Bellisarius.

Notes de l’auteur : Vous avez besoin de lire la fic de Val pour donner un sens à celle-ci. Je suis quasiment sûre que les transpondeurs ne fonctionnent pas comme cela mais laissez-moi le bénéfice du doute s’il vous plaît.

***Précédemment dans JAG…***

« Arrêtez ! » Mac attrapa le bras de l’homme. Comme si le temps s’écoulait au ralenti, elle vit un sourire traverser son visage alors que son pouce enfonçait le poussoir de la seringue pour finir de la vider. Le liquide gicla sur la vitre en bouillonnant.

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« Monsieur, Monsieur ! » Le quartier Maître Davidson criait derrière lui. « Ce n’est pas le 747. La cible est maintenant acquise avec une identification syrienne. »

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Juste alors, Harm vit la gerbe de feu révélatrice venant d’un de leur croiseur, le Vella Gulf,, alors que deux missiles s’élevaient dans les airs en créant deux colonnes de fumées.

« Le Vella Gulf a fait feu. » Rapporta Skates.

Instinctivement, le regard de Harm se fixa sur la trajectoire de vol des missiles cherchant leur cible, et lui aussi cherchant la leur. Son cœur se glaça quand il reconnut la forme bossue distinctive d’un Boeing 747. « Annulez les missiles ! » hurla-t-il dans son micro. « La cible est amicale ! Je répète, la cible est amicale ! »

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Harm regarda Skates à travers le miroir intérieur. « Si je vous prêtais une épaule pour vous appuyer, pensez-vous que vous pourriez le faire atterrir ? »

Le commandant resta silencieux pendant un moment, puis, « Cela peut être suffisant. » Répondit-il d’un air pensif.

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Le pilote la regarda par-dessus son épaule. « Il y a une quantité de scénarios possibles, mais le plus probable est que nous allons finir par faire chuter un appareil de 150000 Livres sur la tête de nos amis. » Son expression était péniblement grotesque. « Nous les écraserons. »

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Harm poussa un soupir. « Très bien. Je pense que nous devrions discuter de ça quand le temps sera venu. » Il fit une pause. « Mac ? »

« Je suis toujours là. »

Son ton baissa. « Pour ce que ça vaut….. Je vous aime, aussi. »

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« Les missiles venaient du U.S.S Vella Gulf. » Dit Harm tranquillement.

Mac ferma les yeux pour absorber les mots. « Attendez une minute, la Marine ? Un de nos propres navires a essayé de descendre un vol commercial ? »

Chegwidden croisa ses bras. « Malheureusement, oui. Et plus tôt nous saurons pourquoi, mieux ce sera pour tout le monde. » Il se tourna vers Harm. « Faites au plus vite, Capitaine. Je soupçonne votre expertise nécessaire pour cela. »

Harm acquiesça solennellement. « Oui, Monsieur. »

Un jour après la partie I
2043 EDT
Au Nord de Union Station
Washington, D.C.

Mac tendit une tasse de thé à son partenaire et retourna s’asseoir contre les coussins du canapé. « Est-ce qu’ils vont retenir cet atterrissage sur votre note de qualif ? »
Harm rit à sa remarque se remémorant la folie de ces dernières vingt-quatre heures. « Seigneur, je n’espère pas. Bien que ce serait ironique que je ne puisse pas garder mon statut de volant cette année parce que j’ai raté mes qualifications pour avoir fait ces acrobaties »
Son sourire taquin disparut « Ils ne feront pas ça, n’est-ce pas ? Vous êtes le héros de la semaine. Vous prendre votre statut de volant serait une erreur. »
« Ne vous inquiétez pas pour cela, nous verrons bien. » Il mit ses pieds sur la table, grimaçant aux douleurs envoyées par ses muscles, et ferma les yeux. Echapper aux journalistes à Bethesda l’avait obligé à ruser, pour le moins du monde. Il était aussi content d’avoir pu éviter la foule des médias à Andrews la nuit avant. Dieu seul savait comment la presse avait su aussi rapidement, mais l’Air Force avait aussitôt réalisé le cauchemar potentiel que cela pourrait avoir sur leurs relations publiques et ils leur avaient donné la permission de filmer les passagers cernés encore choqués sur le tarmac. Les deux officiers avaient eu à faire un nombre incroyable de débriefings avec les représentants de la sécurité du territoire, de la FAA, du NTSB le jour suivant, et après Harm avait finalement obtenu l’aval des médecins de Bethesda pour signer sa feuille de sortie. La voiture qui l’enlevait, conduite par son Marine, avait été un soulagement bienvenu face aux flashs qui l’avaient assailli juste devant les portes de l’hôpital.
Mac n’avait pas encore pu rentrer chez elle depuis la fin de ce vol torturant. Elle avait attendu nerveusement dans une salle d’attente de Bethesda la nuit dernière et les débriefings sans fin avaient commencé ensuite ce matin. En atteignant l’appartement de Harm, ils étaient trop stressés pour se dire au revoir et prendre un peu de repos, en dépit des ordres reçus, et trop exténués pour en faire plus, donc ils s’assirent juste. Mac avait troqué son uniforme froissé en faveur d’un pull et d’un pantalon qu’elle avait dans son sac de mission. Harm avait jeté sa combinaison de vol arrachée dans un coin et mis le premier t-shirt et pantalon de jogging qu’il avait trouvé. Ils n’avaient pas discuté de la façon dont tout cela allait continuer. Ils n’avaient été séparés que par la plus petite distance physique qui soit durant toute cette épreuve, mais elle aurait tout aussi bien pu être de la taille d’un océan. Maintenant qu’ils avaient traversé tout cela ensemble, enfin, pas tout à fait « ensemble », ils y avait entre eux cette compréhension que continuer chacun séparément son chemin n’était plus une option possible.

« Comment va votre main ? »

« Bien, Le Tylénol est mon ami maintenant. » Mac se pencha en avant, un léger froncement de sourcils plissant son front. « Vous semblez vous-même rudement secoué. »
Harm toucha doucement les égratignures sur ses pommettes. « Les risques d’une collision avec un avion plus gros que le mien. » Lui offrit-t-il, ses lèvres se tortillant tristement. « Cela aurait pu être pire. »
« Dix points sur l’échelle d’évidence. Oui, cela aurait pu être pire. Vous auriez pu être bousculé par la moindre des turbulences, et c’est dans votre crâne que le piton aurait pu s’enfoncer. »

Le ton sérieux de sa voix ne lui échappa pas, mais il ne voulait pas qu’aucun d’eux ne sombre dans les « et si… » . « Dieu veille sur les imbéciles et les petits enfants, du moins, c’est ce qu’on dit. »
« Il le fait ». Mac souffla sur sa tasse de thé, fixant le liquide. Ils avaient parlé de tous les détails techniques de l’incident, mais ils n’avaient pas parlé des aspects non techniques, et ils n’avaient pas non plus parlé de ce qu’ils s’étaient dits. « Vous saviez que c’était mon vol avant que je ne vous parle à la radio, n’est ce pas ? » Demanda-t-elle tranquillement.
Sa réponse fut toute aussi tranquille. « J’ai une très bonne mémoire pour les chiffres ».

« Mais vous auriez fait ce que vous avez fait de toute façon. »
Ce n’était pas une question. Il acquiesça lentement. « Oui, je l’aurais fait. Mais j’aurais pris beaucoup plus de temps à y réfléchir, si vous voyez ce que je veux dire. »
« Oui, j’en ai l’impression. »
Un bref silence s’ensuivit, alors qu’ils buvaient leur thé et songeaient aux événements des deux derniers jours.
« Nous avons du mal à nous poser pour souffler un peu ces derniers temps, n’est ce pas ? »
Harm regarda son faux rire et sourit. « Je croyais que vous aimiez l’action. »
« Une femme a ses limites. » Mac haussa les épaules, mais ses yeux sombres le fixaient. « C’est la seconde fois ces dernières semaines que vous vous mettez sur le fil du rasoir pour me sauver la peau. Je sais que vous ne voulez pas que je me laisse aller sur tout ça, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. »
« Appuyez-vous sur tout ce que vous voulez si cela peut vous aider à comprendre combien vous êtes importante pour moi. » Il hésita une demi-seconde, reconsidérant la sagesse de cette phrase. Après quelque chose comme cela, la dernière chose dont ils avaient besoin était un faux pas dans une discussion émotionnelle. Cependant, puisque que les fameux mots avaient été prononcés, il s’avança « Ecoutez, nous sommes probablement trop fatigués pour avoir cette conversation, mais je …. »
Un portable sonna, rompant l’attention des deux partenaires. Mac se rendit compte qu’elle devait se maîtriser pour ne pas hurler de frustration. « C’est le vôtre. » Lui dit-elle, en désignant son sac de mission. « Croisez les doigts pour que cela ne soit pas encore un journaliste trop ardent. »
Harm roula des yeux à cette idée et répondit au téléphone. « Rabb. »
« Je viens juste de voir quelques vidéos de la tour de contrôle de Andrews. Capitaine. » Répliqua la voix sèche de l’Amiral. « Sacré spectacle que vous nous avez offert la nuit dernière. Faire vos qualifications n’était pas assez excitant pour vous ? »
« Amiral, cela peut tout simplement s’expliquer par le simple fait que le ciel aime jouer avec moi. »
« Je suppose que ce que je vais vous dire va vous sembler ennuyant. Je viens de terminer une conversation téléphonique avec le Secrétaire d’Etat à la Marine qui a duré par intermittence toute la journée. Vos exploits extravagants leur ont donné de quoi manger, mais ce ne sera pas long avant que les médias ne commencent à demander comment un équipage de la Marine a pu faire feu sur un avion civil. Les investigations sur cet incident ont besoin de commencer tout de suite. »
Harm se frotta les yeux avec lassitude. « Avec tout mon respect, Monsieur, dites-moi que vous n’allez pas me remettre dans un avion ce soir. »
Il y avait une pointe d’amusement dans la voix du JAG. « A ce jour, êtes-vous dispensé pour un problème médical ? Bien sûr que non. Votre transport pour le Patrick Henry ne part pas avant 0600. »
« Monsieur, suis-je vraiment la personne la plus indiquée pour mener cette enquête ? J’ai été sérieusement impliqué dans ‘l’incident’ moi-même. »
« Cette investigation sera entièrement ciblée sur les événements liés au tir du missile. » Répondit Chegwidden. « A ce que je sache, vous n’étiez pas encore impliqué à ce moment. D’autant plus que mon attention a été attirée sur les qualifications qui ont lieu sur le Henry, vous pourrez conduire vos interrogatoires sur la mise à feu des missiles et en même temps trouver une opportunité de terminer vos quotas pour compléter les épreuves nécessaires au maintien de votre statut de volant puisque le docteur et vous-même dites que vous pouvez reprendre le service »
Le Capitaine cligna des yeux, surpris qu’une telle idée puisse avoir traversé les pensées de son CO. « Ah, merci, Amiral. C’est…..Acceptable. »
« Soyez sûr de prendre un peu de repos avant de reprendre ces épreuves. Et faites ce que vous pouvez pour voir toutes les personnes liées à cette débâcle. Il y aura un débat public, que vous le vouliez ou non. »

« Oui, Monsieur. »
Mac avait écouté la moitié de la conversation et réalisa rapidement que le moment de souffler n’allait pas encore arriver dans un futur proche. Quand il raccrocha finalement, elle avait déjà rassemblé ses affaires. « Si vous retournez sur place, vous avez besoin de repos. Je ferais mieux de vous laisser. »
« Hé, attendez. Ne vous ruez pas vers la porte juste parce que l’Amiral essaye de me refiler au Capitaine Ingles. »

Elle sourcilla sympathiquement. « Trouvez juste ce qui s’est passé. Je serai là quand vous rentrerez. » Elle fit un pas vers la porte, mais la main d’Harm sur son bras l’arrêta.
« Mac, à propos de ce qui s’est passé plus tôt. » Il fit une pause, et ils étaient tous les deux à demi-souriant. ‘Plus tôt’ ne voulait spécialement rien dire, mais ils savaient tous les deux exactement à quoi cela faisait référence. Continuant, il demanda, « Quelle est la probabilité que ce que vous avez dit l’a juste été parce que l’un de nous allait peut-être mourir ? »
« C’était seulement trois mots. »

« Ils étaient importants. »
« Plus important pour nous que cela pourrait l’être pour les autres, je pense. » Mac déglutit difficilement « Je répondrai si vous le faites. »
« Okay. » Ses yeux la fixaient, l’encourageant à ne pas regarder ailleurs. « Si je l’ai dit à ce moment là, c’était seulement en raison des circonstances. Mais l’intention y était. Je le pensais vraiment. Et je crois que vous le pensiez aussi. »
« Je le pensais. » Timidement, elle se redressa et leurs lèvres se rencontrèrent en un bref et doux baiser, le plus simple des instants pour transformer deux univers.
Harm l’attira vers lui, se réjouissant de ce moment de béatitude. « J’aimerais que l’on puisse s’asseoir et discuter de cela, nous en avons besoin. » Lui murmura-t-il dans les cheveux.
« Je sais. » Quand elle se dégagea, ses yeux brillaient avec un soulagement de surprise. « Vous m’appellerez à la seconde où vous serez revenu du Henry. Et ce n’est pas une requête. »
« Mac, je dois, euh ….. Finir mes qualifications pendant que je serai là-bas. »
Elle le fixa pendant quelques secondes, et il lui offrit un haussement de regret. « Une idée de l’Amiral. Je pensais juste que vous deviez le savoir. »
Après un moment, elle acquiesça, ses traits résolus. « Bonne chance. » Dit – elle, sincèrement. « Pas que vous en ayez besoin, mais… »
« Oui. » Cette habitude particulière ne devait plus jamais être oubliée. Superstition ou non, les conséquences possibles étaient trop importantes à supporter. Il s’inclina pour l’embrasser à nouveau, se sentant légèrement plus courageux. « Juste au cas où la dernière fois cela avait été pris pour un stress post-traumatique ou quelque chose comme cela, je t’aime. »
Des larmes mouillèrent ses yeux. « Je t’aime aussi, je te vois dans quelques jours. »
Quand la porte se referma derrière elle, Harm fit les cent pas dans l’appartement soudainement vide et s’écroula sur son lit, essayant de ne pas aggraver l’état son épaule. Complètement vidé, il régla son réveil pour 05H00, puisque son sac de mission était déjà prêt. Deux pensées trouvèrent leur chemin dans son esprit avant de s’endormir …… La première :*Il y a vraiment quelque chose d’étrange avec ma vie, pour que je puisse après un jour comme celui-ci être heureux.*. La seconde : *Mon dieu, je ne peux pas croire que je l’ai laissée partir*.

0852 EDT
USS Patrick Henry
Zone d’opérations au large de la Virginie

« J’aimerais avoir de meilleures nouvelles pour vous, Capitaine. » Dit le Capitaine Ingles alors qu’il se dirigeait vers le pont principal. « Quand nous sommes en train de conduire des exercices et des qualifications près de la côte, nous ne gardons pas de permanence au CIC comme nous le faisons en déploiement. Evidemment, c’est un oubli qui sera corrigé à l’avenir. »
« Donc, qui était de service au CIC au moment de l’incident, Monsieur ? » Demanda Harm.

Le Capitaine inclina sa tête vers un jeune officier se tenant près de l’écoutille, dont l’attention se concentra vers son supérieur.

« Lieutenant Anders, Monsieur. J’étais l’officier en charge du CIC hier. »

Harm se tourna pour lui faire face. « Avez-vous traqué les données du vol United ? »
« Jusqu’à ce qu’il disparaisse du radar à 1543. Monsieur. Après ça, le signal est réapparu, mais il était diffus. Nous ne pouvions en obtenir une identification. »
« Le Vella Gulf l’a pourtant eue, ou ils pensaient qu’ils l’avaient. Avec le recul, avez vous été capable de trouver quelque chose dans ce signal diffus qui pouvait empêcher de bien identifier l’avion? »
Anders secoua la tête. « C’est un vrai bazar, Monsieur. Le signal est si faible que cela prendrait toute une équipe d’experts radars pour obtenir quelque chose. »
Les lèvres de Harm se raidirent en même temps que sa tension nerveuse augmentait. Une banale investigation, apparemment, était trop demander. « Alors nous ferions mieux d’espérer que les enregistrements du Vella Gulf montrent quelque chose de mieux. Quand vous avez reçu leur première communication à propos du contact anormal, qu’avez-vous fait ? »
« Je les ai informé de tester le contact radio et ensuite j’ai alerté le Capitaine, Monsieur. »

« Mais ils n’avaient pas l’autorisation de faire feu sur l’appareil. »
« Pas de nous, Monsieur. Je n’ai pas l’autorité pour la leur donner, et le temps que le Capitaine arrive, les SM-2 avaient déjà été tirés. »
« Donc le temps total entre l’acquisition du nouveau signal et la mise à feu des missiles était de ? »

« Trois minutes, quatorze secondes, Monsieur. » Anders fit une pause, mal à l’aise.
« Lieutenant, si vous avez quelque chose à ajouter, j’ai besoin de l’entendre. » Insista Harm.
« Monsieur, sur ce que j’ai pu entendre de l’activité du Vella Gulf, il semblerait qu’il y ait eu une confusion à leur CIC. Je ne peux honnêtement même pas vous dire avec qui j’ai parlé. »
« Alors je devine que je ferais mieux d’aller là-bas et de les laisser s’expliquer. » Harm se retourna vers le Capitaine Ingles. « Avec votre permission, Commandant ? »
Ingles fit un bref signe de tête. « Débrouillez-vous pour trouver ce qui s’est passé, Capitaine. Il n’est pas possible que les missile aient été tiré sans l’autorisation de * quelqu’un *. »

L’hélicoptère se posa sur le pont du croiseur de missiles guidés USS Vella Gulf approximativement une demi-heure plus tard. Après son rapport au Capitaine, Harm se dirigea directement vers le CIC du navire.
« Le signal que nous avions était diffus, Monsieur, mais il était lisible. » Statua l’officier radar, le Quartier Maître Davidson. « C’est un listing chronologique de tous les signaux reçus à 1543. Ceux qui sont surlignés sont ceux qui correspondent réellement aux types d’appareils de nos carnets. Le reste, ce sont des codes sans sens. »
Il tendit la liste à Harm, qui l’étudia. « Les surlignés ont tous le même code. Celui-ci ressemble à un signal qui saute et qui revient périodiquement. »
« Exactement, Monsieur, c’est le seul code réel de la liste. C’est comme cela que l’on a déterminé qu’il devait être légitime. » Davidson lui tendit une nouvelle liste de codes. Le code en question était répertorié ‘MiG-29, Syrian Air Force’.
Harm secoua la tête, essayant de rassembler les pièces. « Donc vous avez identifié le seul véritable signal que vous avez reçu comme non-amical. Que s’est-il passé après ça ? »
« Je l’ai annoncé à l’officier de quart, qui a déclenché l’alarme de Branle-Bas Général. » L’attention de Davidson fut soudain attirée par une autre personne qui entrait dans la pièce. « Monsieur ! »
Le Capitaine de Frégate Ballantine fit un signe de la tête à son subordonné et se tourna immédiatement vers Harm. « Capitaine » salua-t-il « Ils vous ont envoyé pour nous remonter les bretelles, hein ? »
« J’espère que , commandant. Tout cela se passe quelque part au-dessus de moi. » Harm serra la main tendue. « Vous soutenez les actions de votre officier de quart, je présume ? »
« Oh que oui ! Nous vivons à une époque où un avion plongeant peut être considéré comme une menace. Evidemment, je regrette qu’un avion de ligne ait été touché, mais le Capitaine de Corvette McCollum a fait ce qui était nécessaire pour empêcher un appareil non-identifié d’atteindre potentiellement une zone à haute densité de population.
« Il a presque empêché quatre cents personnes de rejoindre sains et saufs la terre ferme. » Signala Harm, un petit peu surpris par le soutien rapide du second. « Seulement trois minutes entre le contact et la mise à feu, sans aucune requête au commandement du groupe naval pour une autorisation de tir….. Quelque soit la façon dont on présente la situation, les mots ‘détente facile‘ me viennent à l’esprit. »
Ballantine le regarda froidement. « Les Règles Standards d’Engagements pour une opération Noble Eagle permettent à certaines décisions d’être prises sans recours au commandement dans le cas précis où il y a une menace urgente pour la sécurité du territoire. Nous ne sommes pas obligés d’attendre la permission pour agir. Je peux vous trouver une copie des RSE si vous voulez. »
Harm eut un profond désir d’effacer le regard condescendant du visage du second, mais il se retint de le faire. « Merci, mais j’ai volé dans assez de patrouilles aériennes de surveillance du territoire pour avoir ma propre copie. Mon point de vue est que rien ne justifiait une telle action à ce moment là, l’opinion publique et probablement aussi le Congrès ne seront intéressés que par une chose, c’est le fait que la Marine a presque abattu un 747 parce qu’un ordinateur a dit que c’était un chasseur qui venait de l’autre côté du monde. Le sentiment général ne va pas être en votre faveur. »
« Je ne juge pas les performances de mes officiers sur de simples sensations, Capitaine. Je suis venu après avoir entendu l’alarme de Branle-Bas Général, et tout ce que j’ai vu a été fait exactement comme cela avait besoin de l’être. Si vous voulez savoir, le seul problème que j’ai est comment un 747 a pu être pris pour un MiG. »
Harm acquiesça d’une manière tendue. « Bien, je pense que votre position est claire. Je vais chercher le Capitaine McCollum et ne plus vous gêner. »
Il trouva McCollum dans la salle de jeux du navire, plongé dans une discussion avec trois marins. Harm leur fit signe de se détendre comme il entrait, s’annonçant lui-même, et prenant l’officier à l’écart.
Le Capitaine de corvette Benson McCollum, comme Skates, avait été promu tout juste quelques semaines plus tôt, et il donnait l’impression qu’il aurait souhaité pouvoir rendre ses galons. Avec une expression fatiguée, il indiqua de la tête les marins autour de la table. « C’est l’équipe de contrôle de mise à feu du quart d’hier. » Expliqua-t-il. « Ils sont un peu remués par l’idée que notre missile aurait pu abattre un avion plein de civils. »
« On ne peut pas les en blâmer. Trouvons un endroit pour parler. »
Ils finirent par se retrouver dans le bureau en désordre de McCollum, où le jeune officier raconta à nouveau la séquence d’événements. « Nous n’étions pas prêts pour cela, Monsieur. Ils nous apprennent à être vigilant, même en exercice, mais voir quelque chose d’inexplicable se jeter sur nous……. Je voulais dire se jeter sur moi. Nous avons perdu notre calme, et j’en ai l’entière responsabilité. »
Harm fronça les sourcils. « Capitaine, personne ne vous a encore demandé de prendre la responsabilité de ce qui s’est passé. Ce que vous me dites, c’est que vous croyez que votre décision de faire feu était une erreur ? »
« Non, Monsieur, c’est que, je ne suis plus sûr. » McCollum secoua la tête. « J’ai donné l’ordre de faire feu en me basant sur les informations données par mon équipe, et j’ai assisté à leurs actions. Le code d’identification disait Syrien, et nous n’avions pas le temps d’arrêter et de demander comment cela pouvait être possible. Mais regardez ce qui s’est passé, nous avons touché un avion de ligne ! Comment ne puis-je pas me remettre en cause après ça ? »
Il soupira et passa ses mains sur son visage. « Vais-je être envoyé en cour martiale, Monsieur ? »
Harm se serra les mains. « Je ne vais pas vous mentir, McCollum. Quelqu’un va devoir répondre de cela, et vu que vous étiez l’officier de quart, la plupart des doigts vont pointer sur vous. Mais cela ne veut pas dire qu’une cour martiale soit inévitable. Il suffit juste qu’ils penchent vers l’opinion que vous avez fait ce qu’il fallait vu les circonstances, et tout ira bien. »
McCollum releva la tête. « Avec tout votre respect, Monsieur, diriez-vous cela si cet avion s’était écrasé ? »
Cette question ramena Harm à un scénario qu’il ne désirait pas explorer en détail. « Si cet avion s’était écrasé, je ne serais pas là ; parce que quelqu’un à qui je tiens énormément serait morte, et aussi parce que toute cette équipe aurait le débriefing le plus difficile de son histoire avec deux douzaines de juges avocats au lieu d’un gars avec son carnet. Mais ce n’est pas applicable à une discussion sur ce qui va se passer. L’avion ne s’est pas écrasé, donc c’est à partir de là que vous devez redémarrer. »
« Mais s’il n’y avait pas eu ce pilote casse-cou…… J’aimerais bien savoir ce qu’a pensé ce gars. »
« Il a sûrement pensé la même chose que vous. « S’il vous plaît, Seigneur, ne laissez pas mourir ces gens. » Harm rangea son crayon et mit une tape sur l’épaule du jeune officier. « Mon bureau vous attendra dans quelques jours après que vous ayez accosté à Norfolk. Merci de m’avoir reçu. »
Il était presque arrivé à l’écoutille quand McCollum ajouta d’une voix voilée par la surprise. « C’était vous, n’est ce pas ? Je crois que j’ai entendu votre voix sur une des transmissions du Henry….Monsieur, comment au nom de…. »
Le pilote à temps partiel haussa les épaules « Cela semblait être une bonne idée sur le moment. Bonne chance à vous, Capitaine. »
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NCIS/CSI, première ce soir. Diffusé sans aucune interruption commerciale avec le concours de l’institut de Dyslexie.
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Le jour suivant
2124 EDT
USS Patrick Henry
Zone d’opérations au large de la Virginie

Skates se glissa dans une chaise du carré des officiers à côté de son ami et lui tendit une bouteille de Coca avec sa main gauche, laissant son autre main sur la table. « Beau travail, comme d’habitude. » L’informa-t-elle avec un sourire accommodant. « Ca me gonfle que vous ayez eu quelqu’un d’autre sur le siège arrière, vous devez avoir quelqu’un dans votre siège arrière, mais j’ai vu vos quatre appontages de la plate-forme LSO, et ils étaient nickel. Apparemment ni une collision délibérée avec un 747 ni un crash contrôlé ne peuvent vous empêcher d’être au rendez-vous de vos qualifications. »

Harm trinqua en tapant légèrement sa bouteille en plastique contre la sienne. « Ouais, mes qualifs sont bien la dernière chose à mettre sur ma liste de ‘choses à faire’ pour le moment. »
Elle fit semblant d’être offensée « Quoi, vous n’êtes pas content de revenir ici pour jouer avec nous ? »
« Et bien, après la façon dont notre dernière séance de qualifs s’est terminée, n’y penseriez vous pas à deux fois avant de? » Harm se rassit dans sa chaise, ses doigts jouant avec l’étiquette de la bouteille. Son expression distante attira l’attention de sa navigatrice de longue date.
« Ne me dites pas que vous pensez raccrocher. »
Il jeta un regard acéré. « Je n’ai pas dit ça. C’est juste que partir voler tous les deux mois n’affecte plus que moi, si vous voyez ce que je veux dire. »
Beth le contempla, lentement un large sourire gagna son visage. « Est-ce votre façon de dire que vous et un certain colonel des Marines avez entrepris un changement de statut ? »
Harm essaya de lui lancer un regard foudroyant, mais la tentative échoua. Malgré le fait que les possibilités ouvertes par ce changement l’intimidait au plus haut point, ce nouveau développement lui plaisait beaucoup. « Ne me portez pas la poisse. Nous avons encore beaucoup à…. »
Elle le coupa avec une tape sur l’épaule et un cri étouffé ce qui ne lui ressemblait pas du tout. « Espèce d’idiot ! Porter la poisse. Vous admettez donner la priorité à quelque chose, quelqu’un, sur le fait de voler. C’est énorme. Vous pouvez déjà tout aussi bien lui demander de vous épouser. »
« Ouille ! » Il frotta son épaule sensible. « Merci, Ann Landers, mais pouvons-nous changer de sujet ? »
« Maintenant que j’ai joué mon rôle de petite sœur, bien sûr. » Beth lui sourit tendrement.
« Bien. Je voulais vous demander ce que vous aviez vu sur votre scope pendant l’incident. Le Henry n’a rien obtenu des données issues du 747, et le Vella Gulf a eu un signal éphémère qui a persisté et est devenu un MiG Syrien. Quand vous avez suivi le 747 pour la première fois, pouviez-vous l’identifier des autres ? »
Beth fit un petit haussement d’épaule et un sourcillement. « Non rien qui soit resté dans ma tête. Le Henry nous a averti d’un contact, et je l’ai localisé en suivant leurs directions. Il n’était pas flashé sur l’IFF. »
« ll ne l’était pas ? »
« Non, ce qui était étrange. La boite s’appelle Identification, Friend or Foe (Identification ami ou ennemi) pour une raison. C’est supposé distinguer ce genre de choses, de la même manière que les systèmes des navires, en interrogeant les transpondeurs de tout appareil dans la zone. Je l’ai accroché en mode trafic aérien basique, parce que nous n’étions pas en patrouille, et je n’ai jamais eu le temps de le basculer en Mode 1 avant que tout ne se complique. »
Harm fronça un sourcil. « Donc, non seulement nous n’avions rien qui ressemblait à un vol commercial, mais nous n’avions même pas les données que la flotte à la surface avait ? »
« Nous avions quelque chose, apparemment, parce que j’ai obtenu un écho non identifié sur le scope. En dehors de ça, votre intuition est aussi bonne que la mienne. Mais quelque chose n’a pas été correctement transmis de cet appareil. C’est la seule explication que je puisse donner pour qu’on ait obtenu un mauvais signal. »
« C’est ce que je pense aussi. » Il prit une longue gorgée de son Coca, réfléchissant. « Avez-vous déjà entendu parlé d’un transpondeur tombé en panne à cause de charges excessives des cellules ? Ou de la dépressurisation d’une cabine, d’un plongeon vers la surface coupant le signal ? »
Beth posa sa main sur son cœur en faisant de grands yeux. « Pourquoi, je suis juste un simple navigateur, Monsieur. Pour trouver un truc de la sorte, vous devez être, je ne sais pas, un enquêteur de choc du JAG ou quelque chose comme cela. »
« Waouh, avec votre demi galon supplémentaire , vous avez gagné une dose supplémentaire de sarcasme, c’est ça ?»
« J’ai appris du meilleur. » Elle poussa sur ses bras et se leva. « Souvenez-vous juste, j’étais présente lors de ce premier échange de ‘Je vous aime’. Cela devrait valoir au moins une invitation pour le mariage. »
« Voudriez-vous arrêter avec ça ! »

***************

Le jour suivant
0912 EDT
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie

Quand Harm sortit de l’ascenseur, il découvrit que l’Amiral avait décidé de faire un briefing sur le plateau ce matin. L’équipe était rassemblée autour des bureaux administratifs alors qu’Harriet présentait les directives pour une nouvelle œuvre de charité. Espérant passer inaperçu dans le fond, il passa les portes en verre aussi discrètement que possible et se faufila derrière le groupe.
Bien sûr, mesurant 1m94, et portant une tenue kaki dans une pièce dominée par les uniformes blancs, il n’était pas aidé dans sa quête de l’invisibilité. Harriet leva les yeux alors qu’elle avait fini son discours, et son visage s’illumina immédiatement. « Bon retour parmi nous, Monsieur ! ».
Tout le monde se retourna, et il y eut plusieurs murmures dans le groupe. Harm fit un petit signe, embarrassé, se rappelant lui-même qu’il n’était pas revenu ici depuis ses exploits de pilote remorqueur. Attrapant le regard de Mac, il sourit, et ils partagèrent un regard qui semblait ne pas avoir été remarqué par le reste de l’équipe.
Excepté, peut-être, par l’Amiral Chegwidden. « Je suppose que vos auditions sont terminées, Capitaine ? » Demanda-t-il placidement.
« Oui, Monsieur, je viens juste de descendre de l’hélico il y a un instant. Je sais que vous avez besoin des détails le plus rapidement possible, je ne voulais rien interrompre. »
« Le plus important » plaisanta Bud, « Comment se sont passées vos qualifications ? »
Harm tapa le dos de sa main contre son front d’un air faussement consterné et se retourna vers les portes. « Je savais que j’avais oublié de faire quelque chose ! »
Des rires se répandirent dans la salle, et l’Amiral leva les yeux au ciel. « Bien, il sera là toute la semaine, messieurs. Je suis sûr que vous pourrez obtenir tous les détails de l’aventure et flatter l’ego du Capitaine plus tard. Maintenant Mr. Rabb, venez avec moi. Ce sera tout. »
Alors que le groupe se dispersait pour retourner à leur travail, Harm suivit son CO dans le bureau du JAG, où la gaieté s’évanouit instantanément.
« J’ai parcouru le rapport que vous m’avez transmis la nuit dernière un certain nombre de fois déjà. »
« C’est seulement un rapport préliminaire, Monsieur. » Signala rapidement Harm. « Il y a des raisons de croire que le transpondeur du 747 a mal fonctionné durant l’incident, et le NTSB n’aura le résultat de ses analyses que dans quelques jours. »
« Mais il y a eu des erreurs et une faute distincte dans la procédure sur le Vella Gulf. »

« Ce ne seraient pas les mots exacts que j’emploierais, Monsieur. »
« Non, ce sont les mots du Secrétaire d’Etat à la Marine, mots qu’il m’a dits après que je lui ai transmis votre rapport. » Chegwidden s’assit derrière son bureau et se croisa les mains. « La décision a été prise. Le Capitaine de Corvette McCollum fait l’objet d’un article 32 pour grande négligence et destruction de matériel non militaire. »
Désappointé mais pas entièrement abattu, Harm garda une expression neutre. « Amiral, nous n’avons pas encore toutes les informations. »
« Je suis d’accord avec vous, mais cela ne vient pas de moi. Le blitz médiatique de ces derniers jours a été plus intense que prévu. Les consignes viennent de tomber d’en haut et la responsabilité de quelqu’un doit être démontrée rapidement, dans l’espoir de briser la clameur du grand public. »
Harm secoua la tête, permettant à une note de dérision de traîner dans sa voix. « Donc les Affaires Publiques vont nous dicter notre rôle, Monsieur ? »
L’Amiral le fixa avec un regard glacé. « Voyons, Capitaine. Vous savez que l’officier de quart supporte en fin de compte la responsabilité de tout ce qui s’est passé. Cette histoire était à un niveau inacceptable de confusion et découlant d’une décision rapide qui a entraîné un malheur. Ce satané type a failli tuer plusieurs personnes, y compris votre partenaire. »
La colonne vertébrale d’Harm se raidit. « Avec tout votre respect, Amiral, je n’ai pas besoin de m’en rappeler. Je sens juste qu’il y a davantage de choses qui ont besoin d’être explorées. »
Chegwidden étudia son officier pendant un long moment. Finalement, il répliqua. « Je devine donc à votre position que vous ne voulez pas poursuivre ? »
« Si vous me le proposez, Monsieur, je prendrai la défense. »
« Elle est à vous alors. Peut-être que vous pourrez ainsi faire bon usage de toutes les informations que vous avez recueillies. Et vous pouvez continuer à travailler sur votre rapport, aussi longtemps que cela ne nuira pas à la défense de votre client. Le Capitaine Turner poursuivra. Ce sera tout. »
« A vos ordres, Monsieur. » Harm se tourna pour partir.
« Au fait Capitaine »
« Monsieur ? »
L’Amiral baissa d’un ton. « C’était vraiment un exploit incroyable que vous avez fait. Je sais qu’un million de gens vous a dit la même chose, la plupart d’entre eux n’avaient cependant aucune idée de la difficulté de la chose. Donc, je voulais être sûr que vous sachiez que les gens qui le savent le pensent aussi. »
Harm baissa son regard, quelque peu surpris et flatté. « Merci Monsieur. »
En sortant du bureau de l’Amiral, sa première préoccupation fut de trouver Mac. Son bureau était vide, il s’esquiva et retourna à son propre bureau en essayant de ne pas se montrer trop déçu. . Il allait falloir s’habituer à cette nouvelle dynamique . Quand il s’assit à son bureau, il y avait un post-it collé à son ordinateur, écrit dans un gribouillis familier.
*Je suis au tribunal pour le reste de la journée. Alors, chez moi, 19H00. Apporte le dîner. –M*
Harm sourit et mit la note dans sa poche. Peut-être que le destin commençait à lui être favorable.

******************

1858 EDT
Appartement de Mac
Georgetown

Mac entendit que l’on frappait à la porte, mais elle ne pouvait pas le croire. Pourtant, bien sûr, son flyboy se tenait de l’autre côté, portant un sac plein et le regard plein d’espoir.
« Et bien ? Ai je réussi à être à l’heure ? »
Abaissant sa garde, Mac s’écarta pour le laisser entrer et prit le sac de ses mains. « Oui, et je dois dire que cela me fait tout bizarre dans la tête. Depuis quand venir chez moi est digne d’une pareille arrivée dans les temps ? »
« Je pense que tu peux très bien deviner quand. » Avec un regard qu’elle connaissait et qui lui faisait battre le cœur, Harm entreprit de dégager la table.
« Wow, tu ne fais pas les choses à moitié, n’est ce pas ? » Mac enleva un plat couvert du sac. Rapidement, elle mit de côté les assiettes en carton qu’elle avait installées pour y mettre à la place les plats. Les lui tendant, elle repartit pour vider le reste du sac. « Quand je disais d’apporter le dîner, je pensais plutôt à une pizza ou du chinois, mais pas à des pasta all’arrabbiata de …… »
Le reste de la phrase disparut alors qu’elle sortait une rose, d’un rose pâle et tirant sur le rouge, du sac. Sans voix, elle se tourna vers Harm, qui ressemblait soudain à un adolescent pris sur le fait.
« Sois gentille avec moi. » Implora-t-il. « Je ne suis pas exactement un expert de ce genre de choses. »
Mac manipula la rose délicatement, émerveillée de la situation. « Tu te débrouilles plutôt bien » dit-elle doucement. « Tu n’as pas besoin de m’en faire des tonnes. Je te connais déjà, et je t’aime bien déjà, tu te rappelles ? »
« Je sais. Mais cela ne veut pas dire que tu ne mérites pas d’avoir quelqu’un qui te fasse d’agréables surprises. » Il posa les plats et attrapa sa main, la portant à ses lèvres. Le geste faillit la terrasser. « Et puis j’ai une confession à te faire, et j’espérais en adoucir la portée. »
Elle prit un peu de distance et il réalisa son erreur. Il fit immédiatement marche arrière, la serrant dans ses bras. « Seigneur, c’était une chose stupide à dire. C’est à propos du travail, pas de nous. Je suis désolé, je devrais savoir m’abstenir de ce genre de commentaire avant que nous n’ayons complètement clarifié notre situation. »
Entendre le mot ‘nous’ couler si facilement de ses lèvres la calma, et elle se détendit tout contre lui. « Non, je suis désolée. Je devrais avoir plus confiance que cela. Pourquoi ne fais-tu pas ta confession sur le travail pendant le dîner, et après cela, nous pourrions parler de ce concept de ‘nous’. »
Alors que les pasta étaient servies, Harm se décida à plonger directement dans le sujet qui l’avait tracassé toute la journée. « Alors les ‘huiles’ ont décidé de requérir l’article 32 contre l’officier de quart sur le Vella Gulf. A titre préventif pour l’opinion publique, je présume. L’audition sera dirigée par le Juge Helfman. Vu que j’ai fait l’enquête, l’Amiral veut que j’y reste impliqué. » Il rencontra son regard avec prudence. « J’ai demandé la défense. »
Mac acquiesça avec une petite réaction. « Je suppose que Sturgis poursuit ? C’est un choix obligé vu que je suis impliquée. »
Il ferma les yeux. « Tu n’es pas du tout ennuyée par cela ? »
Elle répondit en le regardant bizarrement. « C’était cela que tu t’inquiétais de me dire ? »
« Mac, cet homme a ordonné le tir d’un missile qui aurait pu te tuer. »
« Mais ce n’était pas son intention. » Signala-t-elle raisonnablement. « Je ne veux pas dire que je me suis complètement détachée de ce qui s’est passé, mais je n’ai aucune colère envers quelqu’un qui ferait passer ma sécurité au second plan pour assurer une défense infaillible du territoire. » Elle remit en place une mèche de cheveux avec un petit sourire. « D’ailleurs, j’ai une profonde confiance, et ce depuis longtemps, dans l’instinct de l’enquêteur de cette affaire. »
Harm lui rendit son sourire, mais avec moins d’enthousiasme. « Je suis content que quelqu’un le fasse. J’ai essayé de dire à l’Amiral que nous ne connaîtrions pas l’histoire entière tant que nous n’aurions pas le résultat des analyses du NTSB sur le transpondeur du 747. Mais cela ne semble pas être un problème pour le cas du Capitaine de Corvette McCollum. »
« Le transpondeur avait un problème ? »
« C’est la meilleure explication sur le fait que le système du Vella Gulf ait identifié l’appareil comme un MiG. Le signal qu’ils ont reçu a été corrompu par quelque chose. Et malgré le fait que je n’exclue pas l’idée d’une interférence venant du sol, un dysfonctionnement du transpondeur me semble beaucoup plus probable. »
Mac posa les coudes sur la table, ses pensées l’entraînant autre part. « Des interférences ? Tu ne penses pas que cela aurait pu être fait par quelqu’un qui était dans l’avion, n’est ce pas ? »
« Le gars qui a cassé la fenêtre ? » Harm sembla tressaillir, probablement un petit peu irrité de ne pas y avoir pensé plus tôt lui-même. « Je ne sais pas. Je devine que les transpondeurs commerciaux ne pourraient être brouillés par un téléphone cellulaire ou une Game Boy. »
« Et par un PDA avec modem sans fil ? » Ses neurones se mirent en route et accélérèrent leur cadence. « Il devait avoir une sorte de plan plus important. Peut-être que le signal du transpondeur en faisait partie. Je veux dire, enfin, je pense plutôt, pourquoi a-t-il juste cassé la fenêtre ? » « Il devait penser que dépressuriser la cabine tuerait tout le monde. Tout le monde ne sait pas comment ce genre de choses marche. Et tout le monde n’est pas entièrement sain d’esprit. »
Mac secoua la tête, une expression terriblement sérieuse sur son visage. « Sain d’esprit ou non, personne ne se donne la peine de monter des produits chimiques spécifiques de contrebande dans un avion sans savoir quelles seront les conséquences. Ce n’était pas un psychopathe tout simple, Harm. J’ai vu ses yeux. Il savait ce qu’il faisait. »
Une étincelle de doute réapparut dans ses yeux, mais il était clair qu’il ne doutait pas d’elle le moindre du monde. « Alors, je ferais mieux d’en toucher un mot au NTSB et à la sécurité du territoire dès demain. »
« Pourquoi ne le ferais-je pas ? Tu es déjà occupé avec tes auditions, et mon affaire la plus grosse vient d’être plaidée. Je pourrais regarder s’il y avait des navires dans la zone à cette heure, parler au NTSB à propos du transpondeur, et peut-être même obtenir la permission de la sécurité du territoire de parler à leur prisonnier. »
Après un moment, il secoua la tête. « Tu es vraiment étonnante. » Dit-il tranquillement. « Je viens ici en m’inquiétant parce que le fait de défendre McCollum pourrait ressembler un peu à une trahison, et au lieu de ça, tu veux m’aider dans mon enquête. Comment ai-je la chance de t’avoir ? »
Les éloges non habituels et explicites lui firent rougir les joues. « Je veux découvrir si cela s’est passé comme tu le dis. » Expliqua-t-elle simplement. « Il pourrait y avoir un ennemi plus important qui travaille là-dessous. Et même sans tout ça, je pense ce que je vais dire : Si tu crois au plus profond de toi que tu dois défendre McCollum, alors je serai derrière toi. » Elle se leva pour débarrasser la table. « En outre, nous avons toujours essayé de ne pas réagir personnellement à nos affaires ou à nos clients. Cela n’a aucune raison de changer juste parce que nous sommes…. »
Harm se leva aussi, prenant les plats qu’elle lui tendait et les emportant dans la cuisine. Revenant en face d’elle, il fixa ses yeux marron avec un petit sourire. « Et que sommes-nous ? »
Les mots la firent défaillir pendant quelques secondes, mais au cas où, elle suggéra « liés. »
« Je pense que cela fait un petit moment maintenant que nous sommes liés. Nous avons finalement atteint un point où nous pouvons voir ce que c’est et ce que cela pourrait être. »
Il la dirigea vers le sofa, et ils s’assirent tous les deux. Mac posa sa tête contre son épaule non blessée, se demandant s’il y avait moyen de capturer ce moment, ce sentiment. « Nous ne saurons jamais pourquoi maintenant c’était le bon moment, n’est ce pas ? »
Presque par instinct, son bras l’entoura. « Je pense qu’on peut dire avec certitude que nous en serions là depuis un petit moment si nous avions fait quelques choix différents. Mais j’ai choisi de croire que ces choses se passent pour une bonne raison. »
« Je pense que j’aime cette approche. » Mac releva la tête pour le regarder. « Ce sentiment est agréable. Cela ressemble à …. A ce que j’espérais, ou peut-être comme j’aurais espéré que ce soit. »
« Moi, aussi. » Il se baissa pour déposer un baiser sur son front. « Donc, est ce que nous sommes ensemble, ou autre chose ? »
Son timide sourire lui donna la réponse. « Oui, je pense que l’on peut dire qu’on est un couple. »
« Et pour le bureau ? »
Elle haussa les épaules. « Nous pouvons garder cela en dehors du JAG. Si quelqu’un demande, je ne lui mentirai pas, mais je préfère ne rien dire alors que nous commençons juste. »
Son visage se figea sur un sourire. « L’Amiral va sauter au plafond ! »
« C’est mieux que Harriet qui tourne de l’oeil, ce qui est tout aussi probable. »
« C’est vrai. Et bien, nous avons déjà l’approbation de Skates, c’est toujours ça. » Rapidement, il redevint sérieux. « Ecoute, Mac – Sarah – je veux être sûr que l’on est sur la même longueur d’ondes à propos de tout ça. J’ai été particulièrement mauvais pour m’expliquer dans le passé, et je m’en suis rendu compte. Je vais essayer de m’améliorer, mais essayons de repartir de zéro, d’accord ? »
Mac se rassit normalement, un petit peu effrayée, cherchant dans ses beaux traits une indication pour savoir où il voulait en venir. « Cela n’a aucun sens pour moi. » Se permit-elle. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Et bien, quand nous avons dit que nous étions ‘ensemble’, est-ce que nous parlions juste de sortir quelquefois et de voir où cela nous mènerait ? » Hésitant légèrement, il regarda ailleurs, n’osant pas reposer son regard sur son visage tant que la phrase suivante ne serait pas dite. « Parce que j’aurais espéré quelque chose de plus, du genre ne jamais plus me séparer de toi, quand j’en ai le choix. »
C’était le plus fort sentiment d’engagement qu’il n’avait jamais proféré, et elle lui en était reconnaissante. Soudainement, toutes les roses et dîners italiens du monde semblaient insignifiants. Fermant ses yeux pleins de larmes, elle s’approcha de lui et l’embrassa longuement. « Définitivement rassuré ? »
Il y avait un immense soulagement dans ses yeux, montrant une sorte de vulnérabilité qu’il ne divulguait que très rarement à quelqu’un. « Fais-le encore. » Demanda-t-il. « C’était agréable. »
« N’est-ce pas ? » Le baiser suivant fut plus long et plus intense, et ils glissèrent dans les bras l’un de l’autre, recherchant plus de contact. En quelques secondes, elle était sur ses genoux, et ils se séparèrent reconnaissant avec quelle rapidité ils pourraient perdre le contrôle.

Tentant de reprendre son souffle, Harm réussit à adresser un regard timide et d’excuse à la fois. « Si je n’étais pas aussi foutrement lessivé maintenant, Marine, je jure devant Dieu…. »
« Oui, tu me revaudras ça la prochaine fois. » Ajouta-t-elle, sa voix vacillant.
« Je ferais probablement mieux de rentrer. J’ai du travail à faire de toute façon. »
« Je sais. » Mac le suivit jusqu’à la porte, ressentant un sentiment de manque à l’instant où le contact s’était rompu. « Merci pour le dîner. »
« Merci d’avoir compris ma vision des choses sur cette affaire. Et pour tout le reste. » Ils se rapprochèrent pour un nouveau baiser, qui se transforma en deux, puis trois. « Je te vois au bureau. »
« Okay, Bonne nuit. »
Après un autre ‘dernier’ baiser, il était parti. Mac ferma la porte et s’appuya dessus. Elle était sûre qu’elle souriait comme une imbécile, et cela ne l’embêtait pas le moindre du monde. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était sentie aussi bien, longtemps qu’elle ne s’était demandée si le bonheur réel était à sa portée. Finalement, elle avait peut être sa réponse.

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« Tiner TV » Ce soir sur CBS.

***************

0934 EDT
Quartiers Général du JAG
Falls Church, Virginie

« Le gouvernement appelle le Lieutenant Kristen Anders. »
La jeune femme se dirigea vers la barre, réajustant son uniforme blanc avant de s’asseoir. Sturgis Turner se leva de la table du procureur et lui demanda poliment. « Lieutenant Anders, vous étiez l’OEC du Centre d’Information de Combat du Patrick Henry durant l’incident en question, exact ? »
« Oui, Monsieur. »

« S’il vous plait, relatez-nous ce qu’il s’est passé. »
Anders se soumit respectueusement. « A approximativement 1543, un appareil Boeing 747 a disparu de notre radar. Moins d’une minute plus tard, nous avons commencé à recevoir un nouveau signal qui était trop vague pour être décodé. Le contact était dans le même secteur que celui du 747 et a rapidement disparu. Nous avons reçu une transmission du Vella Gulf identifiant l’appareil comme un MiG-29 Syrien. J’ai averti mon officier de commandement, le Capitaine Ingles, et le commandant du groupe aérien, le Capitaine Pike, de la menace potentielle. Les appareils dans le voisinage ont eu la même information. Le Capitaine Ingles est arrivé au CIC juste quand le Vella Gulf tirait ses deux SM-2. »
« Mais ce n’était pas un MiG Syrien qu’ils avaient en ligne de mire, n’est ce pas ? »
Anders posa son regard sur le sol. « Non, Monsieur. C’était un 747. »
« Comment une telle erreur a pu être commise, Lieutenant ? Un MiG et un 747 ont très peu de choses en commun. »
« Le signal du transpondeur brouillé et imprécis, Monsieur. Le Vella Gulf a reçu un signal qui correspondait à l’identification d’un MiG. »
Sturgis fit une pause afin de montrer son scepticisme. « Un MiG de l’Air Force Syrienne, sur la côte Est des Etats-Unis ? C’est un très long chemin depuis chez lui, d’autant plus que les Syriens n’ont pas de capacité de ravitaillement en vol. Même si c’était possible pour un avion de chasse d’échapper à la détection radar jusqu’à ce point, d’où pouvait-il bien venir ? »
« Il n’y avait pas assez de temps pour considérer ces possibilités en détail, Monsieur. »
« Combien de temps, Lieutenant ? Entre le contact et la mise à feu. Cinq minutes ? Dix ? » « Trois, Monsieur. »
« Trois minutes. » Le ton de Sturgis relaya pleinement son scepticisme. « Cela ne vous semble-t-il pas un peu précipité ? »
« Objection. » Lança Harm. « Appel à conclusion. »

« Le témoin est un officier compétent qui pourrait être appelé aux mêmes décisions dans l’exercice de son devoir. »
Le juge Helfman réfléchit un moment. « Rejeté. Mais faites attention où vous mettez les pieds. »
Sturgis acquiesça et se retourna vers Anders. « Lieutenant ? »
« Je ne serais pas honnête d’étiqueter la décision de ‘précipité’, Monsieur. » répondit l’officier avec raideur « Je n’étais pas présente lors de la prise de décision à bord du Vella Gulf. ». »
« Alors voyons les choses différemment. Est-ce qu’une cible sur les côtes américaines était en danger immédiat d’être touché ? »
« Non, Monsieur. Elles étaient toutes hors de portée. »

« Est-ce que le groupe naval était en danger immédiat ? »

« C’était possible, Monsieur. Le contact était plus près de nous qu’il ne l’ était de la terre. »
« Dans ce cas, est-ce que l’ordre de tir ne devait pas venir du commandement du groupe naval sur le Henry ? »
« Dans une situation idéale, si, Monsieur. »
« Donc le Vella Gulf a pris une décision rapide et est intervenu pour éliminer une menace dont l’existence semble avoir quelque chose en commun avec la petite souris ? »
« Obj… »

« Ne vous embêtez pas, Capitaine, je vous facilite la tâche. » informa Helfman en direction de Harm, clouant Sturgis d’un regard d’avertissement. « Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire en vous informant de faire attention où vous mettiez les pieds, Mr. Turner. »

« Je m’excuse, Votre Honneur. Pas d’autre question. »
Harm se leva pour commencer son contre-interrogatoire. « Les règles d’engagements pour une opération Noble Eagle, défense du territoire des Etats-Unis, permettent de prendre toute mesure sans autorisation du commandement dans l’éventualité d’une urgence, exact ? »
« Oui, Monsieur. C’est une zone assez floue. »
« Je vais essayer d’éclaircir la situation. Après que vous ayez informé les Capitaines Ingles et Pike de la menace potentielle, avez-vous entendu les instructions données par le Capitaine Pike à l’équipe aérienne envoyée pour l’intercepter ? »
« Oui, Monsieur, les communications étaient ouvertes. »
« Quelles étaient les instructions ? »
Anders ne cligna pas des yeux alors qu’elle se remémorait les mots du CAG. « Il a dit, ‘s’il s’approche à moins d’un demi-mile de n’importe quel navire américain, abattez-le’. »
Harm acquiesça : il pouvait encore entendre les ordres résonner dans ses oreilles, quelques jours après. « Est-ce que cela ne vous suggère pas que l’ordre du commandement du groupe naval allait dans le même sens que les actions du Vella Gulf ? »
« Puis-je objecter sur le principe d’hypocrisie ? » demanda sèchement Sturgis.
« Spéculations, Capitaine Rabb. » lui dit Helfman. « Contentez-vous de poser des questions. »

« Oui, Madame. Je n’ai rien à ajouter. »
« Contre interrogatoire, Votre Honneur. » Sturgis se mit sur ses pieds. « Lieutenant, y-a-t-il des raisons de croire que le Capitaine McCollum ait entendu les instructions données par le Capitaine Pike à son équipe en vol ? »
« Il ne pouvait pas l’entendre, Monsieur. On utilisait des fréquences différentes. »
« Donc le Capitaine McCollum n’avait aucune idée de ce que le commandement du groupe naval avait dit. En fait, vous avez dit dans votre déposition qu’il y avait une confusion audible au CIC du Vella Gulf. Cela n’encourage pas une prise de décision saine, n’est ce pas ? »
« Je ne pense pas, Monsieur. »
« Merci. Plus de questions. »

« Le témoin peut se retirer. »
Alors qu’Anders quittait le tribunal, elle dévia brièvement son regard vers McCollum, essayant de s’excuser. Harm ne l’avait pas remarqué : son esprit travaillait sur une autre idée qui avait germé suite à ce témoignage. « Votre Honneur, puis-je avoir une courte suspension d’audience pour parler avec mon client ? »
Le juge n’eut l’air pour le moins contrarié mais ne répondit pas tout de suite. « Soyez là dans dix minutes, Capitaine. »
Aussitôt que le marteau tapa, Harm poussa McCollum dans la salle de conférence la plus proche. « Je viens de penser à quelque chose. » commença-t-il avant de fermer la porte. « Le Capitaine Ballantine m’a dit qu’il était venu au CIC aussitôt qu’il avait entendu l’alarme de Branle-Bas Général. Etait-il présent lors de l’ordre de tir ? »
« Oui, Monsieur. »
Harm scruta le jeune officier, qui hésitait sous l’examen fait par son avocat. Cela confirmait ses soupçons. « Le second n’était pas juste un observateur intéressé, n’est ce pas ? Il soutenait véritablement votre décision, mais c’est parce que c’était ‘la sienne’ et non la vôtre. Vous a-t-il donné l’ordre lui-même ? »
McCollum était effaré. « Il n’a jamais pris officiellement le commandement, Monsieur. J’ai donné l’ordre, basé sur sa recommandation. »
« Il n’y a pas de ‘suggestions’ d’un officier de 5e rang à un officier de 4e rang. C’est pourquoi il y avait de la confusion dans la pièce. Il vous avait ordonné de faire quelque chose que vous pensiez ne pas être prudent. » Harm attendit une dénégation, mais l’autre homme resta silencieux. « Pourquoi, bon dieu, n’avez-vous rien dit avant ? »
« Est-ce le problème, Monsieur ? C’est toujours moi qui ai donné l’ordre, et je l’ai fait après en avoir débattu avec un officier supérieur, ce qui a certainement contribué à l’atmosphère de désordre qui régnait au CIC. Si je n’avais pas essayé de contredire l’influence du Capitaine Ballantine, peut-être que tout aurait été plus calme, et quelques nouvelles informations nous seraient peut-être parvenues avant de faire feu. »
« Comment pensez-vous que cela se serait passé ? »
« Je ne sais pas ! » Brusquement, McCollum s’était déplacé pour faire face à la fenêtre, la frustration se ressentait dans sa voix. « Mais j’étais capable de faire ‘quelque chose’. »
Reconnaissant la peine dans la voix de l’homme, Harm secoua la tête. « Ecoutez, Capitaine. Je sais que je ne peux pas prétendre comprendre le sentiment de responsabilité que vous ressentez. Mais vous apitoyer sur votre sort ne va pas vous aider. La seule sortie que je vois est que vous racontiez la complète vérité. En plus, ma partenaire fait quelques recherches pour essayer de trouver ce qu’il s’est passé avec le transpondeur du 747. Il y a une possibilité qu’il y ait eu un problème avec. Pour moi, cela prouve qu’il y a eu beaucoup de facteurs et beaucoup de gens impliqués là-dedans. N’essayez pas d’augmenter votre responsabilité, d’accord ? »
Après une longue pause, McCollum se retourna pour faire face à son avocat. « Que proposez-vous de faire, Monsieur ? Appeler le second à la barre et lui faire dire que c’était son ordre, comme dans ce film ? »
« Exactement. » Il n’y avait aucune trace d’humour dans la réponse de Harm. « J’avais déjà prévu de le faire témoigner, mais maintenant il est tout ce dont on a besoin. Je ne pense pas que ce soit à porter à son crédit qu’il ne se soit pas manifesté jusqu’à présent pour sa participation, mais je m’attends à ce qu’il ne soit pas très timide pour parler de tout ça. S’il n’a honnêtement pas réalisé que sa présence au CIC a créé une situation d’ordres contraires, il est celui qui devra répondre d’une charge de négligence. »
« Ce n’est pas un mauvais officier, Monsieur. »
« Je ne veux pas faire son procès. Je ne suis pas nécessairement en désaccord avec son opinion. Tout ce que je veux faire est démontrer que vous n’avez pas toute la responsabilité de cet incident. Je ne vais pas essayer de le tailler en pièces. Vous avez ma parole. »
McCollum acquiesça lentement. « Très bien, Monsieur. Ecoutons ce qu’il a à dire. »
« Okay. » Harm regarda sa montre, il restait trois minutes sur leur suspension. Il sortit son téléphone et écouta ses messages, espérant un rapport de Mac. Heureusement, elle était toujours aussi fiable.
* « Hey, Matelot, je voulais juste t’informer sur quoi je travaille. Le Quartier Maître Coates a parlé à la FAA ce matin à propos des aptitudes du transpondeur, il semblerait qu’une interférence venant du sol n’est pas vraiment possible. Ils n’excluent pas la possibilité d’interférences venant d’une portée restreinte. Je me dirige vers le NTSB cet après-midi pour voir si je peux les convaincre d’accélérer leurs analyses. Dès que j’ai quelque chose d’intéressant, je te rappelle ! »* Il y eut une brève pause. * «Je t’aime. »*
Harm cacha habilement un sourire. C’était une chose à laquelle on pouvait facilement s’habituer.
« Très bien . Nous ferions mieux d’y retourner. »

« Capitaine Ballantine, quand l’alarme de Branle-Bas Général a retenti sur le Vella Gulf, où étiez-vous ? »
« Je n’étais pas de garde, et je me trouvais dans mes quartiers. » répondit facilement l’officier en chef du croiseur. « J’ai entendu l’alarme et immédiatement, je me suis rendu au CIC pour évaluer la situation. »
« Et qu’avez-vous trouvé quand vous êtes arrivé ? »
« Le Capitaine McCollum m’a rapporté que nous avions un contact identifié comme un MiG-29 Syrien qui faisait un plongeon rapide vers le groupe naval. Il y a eu quelques discussions quant à savoir si le contact était authentique, mais cela ne nous a pas pris longtemps pour voir que notre indécision pourrait être fatale dans cette situation. »
Harm marcha le long du box vide du jury avec des pas mesurés. « Quand vous dites ‘nous’, Capitaine, voulez-vous dire que vous étiez impliqué dans la discussion ? »
« Je l’étais bien entendu. »

« Mais vous n’aviez pas repris le commandement au Capitaine McCollum, n’est ce pas ? »
« Ce n’était pas vraiment la priorité à ce moment là. » répliqua Ballantine, un léger agacement dans son ton. « Réagir à la menace prend le pas sur les problèmes de protocoles. »
« Etes-vous d’accord pour dire que c’est un problème qui a maintenant son importance ? » demanda Harm. « L’officier de quart devait être la seule autorité de commandement. C’est la raison de la présence du Capitaine McCollum ici, aujourd’hui. Si cela entraîne une confusion sur la personne qui donne les ordres, c’est une priorité dans n’importe quelle situation. »
« Est-ce que la défense témoigne ? » interrogea Sturgis.
« Je reformule. Capitaine Ballantine, est-ce exact de dire que vous avez jugé le danger comme imminent et voulu faire feu sur le contact ? »
« Oui, c’est exact. »

« Et vous l’avez dit au Capitaine McCollum ? »
« Je lui ai dit. Il n’était pas d’accord au début, mais il n’a pas mis longtemps avant de donner l’ordre de mise à feu des missiles. »
« Et vous ne pensez honnêtement pas que votre empressement a quelque chose à voir avec cela ? »
Ballantine rétrécit ses yeux, sentant qu’il commençait à être sous le feu ennemi lui aussi. « Je lui ai dit ce que je croyais. Je ne lui ai pas ordonné de suivre mon opinion. »
Harm le regarda sceptique. « Capitaine, vous êtes l’officier en second du navire et son supérieur direct. Il ne vous vient pas à l’idée qu’il pouvait voir votre ‘opinion’ comme un ordre ? »

« Mon équipage comprend mon style. Ils reconnaissent la différence. »
« Il n’y a pas de différence dans le règlement de l’Aéronavale, Capitaine. Une suggestion ou une requête d’un officier principal doit être pris comme un ordre, sans aucune latitude pour l’interprétation. » Incapable de résister à lui envoyer une petite pique, Harm le fixa avec le même regard encourageant qu’il avait reçu à bord du Vella Gulf. « Si vous voulez, je peux vous trouver une copie. »
Reconnaissant ses propres mots lui revenir à la figure, Ballantine resta muet. Sturgis faillit pour objecter le ton argumentatif, mais il se résigna. « Votre Honneur, j’aimerais demander que nous suspendions l’audience pour aujourd’hui, le temps que le conseiller de la défense et moi-même puissions discuter sur la réévaluation des charges. »
Le Juge Helfman fut d’accord, et les deux avocats se dirigèrent vers le bureau de Harm dès qu’ils le purent.
« Nous avons gaspillé beaucoup de temps, n’est ce pas ? » demanda Sturgis, secouant la tête. « Nous allons porter la même liste de charges contre Ballantine. Merde, on ferait aussi bien d’inculper le commandant pendant qu’on y est. Cela n’est jamais arrivé sur un Article 32. Les Affaires Publiques veulent tellement montrer à l’opinion publique que la Marine peut assumer elle même tous ses actes que nous commençons à agir de façon aussi va t-‘en guerre que le Vella Gulf. »
« Et bien, voyons voir si nous pouvons y mettre un frein. Mac est au NTSB essayant de trouver ce qui s’est passé avec le transpondeur. Peut-être que nous obtiendrons quelque chose avant d’inculper tout l’équipage. »

***************

1327 EDT
Quartier Général du National Transportation Safety Board (Conseil de Sécurité du Transport National)
Washington, D.C.

« Colonel Mackenzie ? »Le jeune homme hésitait dans l’embrasure de la porte. « Je, euh…, ils m’ont demandé de vous emmener au labo. Je veux dire, si cela vous va. »

Mac sourit intérieurement. « Bien sûr, montrez-moi le chemin. »
Elle le suivit à travers une série de couloirs vers une pièce pleine d’ordinateurs et d’équipements sophistiqués. Le seul technicien travaillant dans la pièce s’avança et tendit immédiatement la main. « Mark Walker. Ravi de vous rencontrer, Colonel. »
« Moi, de même. » Alors qu’ils se serraient la main, le jeune messager s’échappa de la pièce.
« Ne vous souciez pas de Dennis. Les stagiaires sont par définition à pendre hauts et courts. » Walker roula des yeux.

« Donc, vous avez déjà inculpé les marins à la ‘détente facile’ ? »
« Ce n’est pas moi. L’opinion publique semble avoir dicté le planning. » Mac baissa la tête pour regarder sur l’écran de l’ordinateur qu’il utilisait. « Est-ce que c’est l’itinéraire du vol United 958 ? »
« C’est le profil d’altitude, effectivement. » Walker désigna la ligne vague descendante avec un crayon. « Il y a une soudaine chute, correspondant à la perte de la pression en cabine, et ensuite la descente ralentit avec l’arrivée de notre cow-boy en F-14. »
« Ce ‘cow-boy’ en F-14 m’a sauvé la vie. » signala Mac, quelque peu amusée. « Ainsi que quatre cent autres. »
Les yeux du technicien s’élargirent et s’arrondirent. « Vous êtes une des survivants ? »
« Je ne suis pas sûre que j’aime ce terme, mais oui. »

« Pas de blagues….A quoi cela ressemblait ? »

« Ce n’est pas une chose que j’ai envie de refaire de sitôt. » Elle se redressa pour terminer la discussion. « Pour le moment, nous avons plusieurs témoignages qui indiquent une contradiction dans le signal reçu du transpondeur. Tout l’équipement du navire est contrôlé, mais le signal qu’ils ont obtenu était intermittent et a même identifié l’appareil comme hostile. En examinant toutes les pistes, nous en sommes arrivés à croire que le problème venait du transpondeur. »
« Cela coïncide avec les premiers examens que nous avons fait. » Walker se dirigea vers une autre table, où une boite captivant le regard était reliée à un ordinateur portable. « Cette chose a extrait quelques données proches de la fin du vol. Aucun de nous n’a pu les identifier, mais s’ils ont transformé le vol 958 en appareil militaire, cela explique ce qui s’est passé. » Il secoua la tête, incrédule. « Donc les ordinateurs du navire ont réellement dit à ces marins que le 747 était hostile ? »
« Un MiG Syrien, pour être exact. La question est comment ? Y-a-t-il une chance que ce soit un mauvais fonctionnement, ou est-ce un acte délibéré ? »
« Je ne vois pas comment un mauvais fonctionnement pourrait comme par magie transformer un code et le faire correspondre exactement à un autre type d’appareil. Les probabilités contre cela sont astronomiques. »
« C’est ce dont j’ai peur. » Mac se courba pour étudier le modeste transpondeur, et le technicien lui tendit une paire de gants en latex, comprenant son intention. Alors qu’elle scrutait tous les côtés, quelque chose lui sauta finalement aux yeux. « Il y a une égratignure sur la peinture à côté de cette vis. »
« Cela a pu être fait à n’importe quel moment, spécialement durant ce crash contrôlé qu’ils ont appelé atterrissage. »
« Si ce n’était pas le cas ? Que se passerait-il si quelqu’un enlevait ce couvercle ? » Elle le regarda, attendant.
Après un moment, il céda et lui tendit un tournevis. « Je n’ai pas besoin de vous rappeler d’être extrêmement prudente, n’est ce pas ? »
« Non, vous n’avez pas besoin. » Avec prudence, elle desserra les vis et enleva la plaque sur le côté du transpondeur. Walker tenait un néon, et ils scrutèrent une longue ligne de puces informatiques vertes identiques……. Et une seule grise.
Mac se releva. « Quelles sont les probabilités que ce soit la configuration originale ? »
Walker semblait abasourdi. « Wow. » lâcha-t-il.
Elle croisa les bras. « Vos gars auraient dû remarquer cela, n’est ce pas ? Dites-moi oui, ou je renonce à reprendre l’avion. »
« J’ai dit que c’était un examen préliminaire. » Il se redressa, légèrement insulté. « Vous donner des preuves en temps et en heure pour votre procès n’est pas notre priorité, Colonel. Nous faisons les choses bien, mais lentement. »
« Désolé. C’était injuste. »
Walker haussa les épaules. « N’importe comment, maintenant les gars de la sécurité du territoire vont débarquer ici, pour relever les empreintes. »
Quelques nouvelles pièces du puzzle s’assemblaient. Mac était maintenant plus convaincue que la dépressurisation intentionnelle et le contretemps du transpondeur sur le même appareil ne pouvaient pas être une coïncidence. Et si les deux événements étaient liés, alors il y avait une source d’information inestimable assise tranquillement dans une cellule pas très loin de là.
« Nous allons être à même de leur épargner des soucis. » Elle sortit son téléphone portable et pressa le bouton de mémoire contenant le numéro de son partenaire. « Hey, c’est encore moi. Rendez-vous à la prison dans une heure. Cette fois, c’est moi qui ferai le méchant flic. »

**************

Et encore une pub …

Chacun se demande ce qu’il arrive à tous ces numéros de téléphone « American Idol » entre les émissions ? Nous avons une utilisation pour eux. Si vous voulez voir Webb se remettre de ses blessures et retourner conquérir le cœur de Mac, appelez le 1-800-IDOLS-1. (Ce qui, malheureusement, ne coïncide pas avec le 1-800-HELL-NO). Si vous voulez voir Webb se remettre de ses blessures pour que Harm puisse le frapper en toute légitimité, appelez le 1-800-IDOLS-2. Si vous voulez voir Gunny jeter Webb sur le côté de la route et renier toute connaissance de lui comme à la mode de la CIA, appelez le 1-800-IDOLS-3

Choisissez votre Cliffanger préféré. Américain, ton vote compte !

**************

1452 EDT
Centre de Détention Fédéral
Arlington, Virginie

Maraan al-Sayef fut amené dans la salle d’interrogatoire et s’assit à la table sans doléance. Mis à part les chaînes qu’il portait à ses pieds, son traitement ici était mieux que ce à quoi il s’attendait, bien qu’il se demandait souvent s’il n’allait pas être transféré au camp de prisonniers que les Américains avaient installé à Cuba. Il était déjà venu dans cette salle un certain nombre de fois depuis son arrestation, mais personne ne semblait s’intéresser à ce qu’il avait à dire. Ils se contentaient pour le moment de le voir dans la lignée de l’homme qui avait essayé de faire sauter un avion avec ses chaussures : un bandit solitaire fondamentaliste. Maraan n’avait, en outre, aucune envie de les renseigner, et l’absence de perspicacité de ses l’amusait, donc il réitéra simplement son mépris des Etats-Unis et se lança dans un « Allhu akbars » histoire de bien marquer les choses.
Cette fois-ci était différente cependant. Au lieu d’hommes vêtus de complets froissés, ses visiteurs étaient en uniforme. L’homme portait une tenue de la Marine, et la femme….
Maraan retint sa respiration, reconnaissant la femme, qui le fixait avec un sourire plutôt méchant. « Vous vous souvenez de moi ? » demanda-t-elle durement.
Rétablissant son masque d’impassibilité en quelques secondes, il répondit avec une indifférence complaisante.

« La femme soldat du vol 958. Comment va votre main ? »

« Je peux encore vous coller un coup de poing. Voulez-vous une démonstration ? »

« Relax, Mac » avisa l’homme de la Marine tranquillement.
La femme lui lança un regard, et retourna son attention sur le prisonnier. « Vous pouvez vous adresser à moi par Colonel et à lui par Capitaine. Vous le regretterez si vous déviez de ça. Répondez à nos questions, et vous pourrez retourner dans votre cellule dans peu de temps regarder la télé. Comment avez-vous saboté le transpondeur ? »
Maraan cligna des yeux, mais ne laissa paraître aucune autre réaction. C’était la première fois qu’il était directement interrogé sur le transpondeur, mais ce n’était pas entièrement inattendu. « Je n’ai aucune idée de ce dont vous me parlez. » répliqua-t-il avec une patience exagérée.
« Donc ce PDA que l’on a pris sur vous, c’était à quelqu’un d’autre, n’est ce pas ? Vous l’avez juste emprunté pour jouer à un jeu de démineur ? » La voix du Colonel s’écoulait avec sarcasme. « Ecoutez, votre chance de mourir en martyr s’est envolée ; alors que vous pensiez être perdu, vous êtes effectivement sain et sauf. Epargnez moi toutes vos conneries. »
Maraan leva les yeux sur le Capitaine, qui était resté en arrière de la table, observant. « Est-ce que toutes vos femmes sont si dégoûtantes, ou est-ce seulement celles qui sont militaires ? »
Le Colonel frappa sa main sur la table en métal. « Okay, Ecoute, fils de pute…. »
« Mac. » La voix du Capitaine s’était sensiblement élevée. « Allez prendre une tasse de café. »
Elle se tourna, les yeux brûlants. « Pardon ? »
En deux enjambées, il était en face d’elle. « Vous êtes congédiée, Colonel ! »
Sous son regard déterminé, elle se calma légèrement. « Oui, Monsieur. » Elle écumait de rage et, tournant sur elle-même, elle quitta la pièce.
Maraan se relaxa un peu, content de regarder l’homme la remettre à sa place. Le Capitaine prit une chaise en face de lui à la table. « Je m’excuse pour cela. Elle avait raison pour votre PDA. Nous l’avons, donc, nous savons que vous aviez un moyen de transmission vers le transpondeur de l’appareil à travers les circuits modifiés que nous avons trouvé dans l’unité. La question maintenant est, comment ce sabotage a-t-il été fait. Bien sûr, nous pouvons chercher dans les registres de maintenance chez United et arrêter toute personne qui a approché cet avion, mais les amis qui vont vous poursuivre ne sont pas très patients, et en attendant, ils peuvent aussi bien vous inculper de toutes les charges que l’on peut associer à ce genre d’actes. C’est à vous de voir. Vous n’avez qu’à me dire comment vos amis ont eu accès au transpondeur, ou voulez-vous plonger tout seul ? »
Maraan secoua simplement la tête. « Les informations que vous avez ne vous suffisent pas ? Vous avez aussi besoin d’entendre mes aveux ? Non. Suivez ce que vous avez. Je ne vais pas vous rendre la tâche plus facile.
Son allocution sonnait la fin de l’entretien, et le Capitaine se pencha en avant, ses sourcils se ridant. « Vous n’essayez pas vraiment de protéger vos frères. »
En entendant cela, Maraan ne put s’empêcher de ricaner. « S’ils étaient vraiment mes frères, j’essaierais. »

Mac se détourna du moniteur vidéo alors qu’Harm sortait de la salle d’interrogatoire.

« Tu as tout suivi ? »
Elle acquiesça montrant la jeune femme travaillant ardemment à un ordinateur juste à côté. « On dirait qu’il y a plus sur ce PDA que ce que nous pensions. L’agent Kuenzel ici présente essaye de tirer les fichiers qui y sont contenus et nous pourrons essayer de trouver de quoi il parlait. »
« Oui, c’est trop moche, nous devons bluffer pour savoir comment il a eu accès au transpondeur. »

« Cela peut attendre. Nous avons basiquement confirmé le fait qu’il l’a fait, et c’est un pas en avant pour traquer ses complices. »

Harm fut obligé de sourire. « Bonne idée d’avoir joué ce genre de rôles. Très bon jeu d’acteur, trop peut-être, pendant une minute j’ai pensé que tu allais vraiment le frapper.
« Cette partie n’était pas trop difficile. Le meilleur moment était quand j’ai prétendu devoir suivre tes ordres. » Les yeux de Mac dansaient, mais la légèreté se dissipa rapidement alors qu’elle se fixait sur les résultats obtenus.
« Donc il n’est pas d’une faction fondamentaliste ? »
« Cela n’y ressemble pas. Il est sûr qu’il n’a pas beaucoup de sympathie pour les Américains, mais…. Mon avis est qu’il colle au profil d’un homme qui fait son Jihad, mais il a besoin de l’aide de quelqu’un de plus intelligent et ayant des moyens financiers. »
« L’ennemi de mon ennemi est mon ami. » murmura Mac. « Donc, nous cherchons quelqu’un qui ne nous aime pas, qui a un gros compte en banque et des techniciens actifs, et qui ne serait pas gêné de transformer nos relations au Proche-Orient en queue de poisson. »
« Cela fait une longue liste de suspects. » admit Harm grimaçant.
« Colonel, Capitaine. » L’agent de la CIA Deborah Kuenzel les interrompit. « J’ai une liste du contenu du PDA pour vous. Vous pouvez y jeter un œil vous même, et si vous tombez sur quelque chose qui soit protégé par un mot de passe, je trouverai le moyen de vous y faire entrer. »
« Merci. » Mac se glissa dans la chaise laissée par l’agent, et Harm se pencha par-dessus son épaule pour étudier l’écran. « Quatre-vingt dix pour cents de la mémoire de cette chose est prise par un programme, probablement celui qu’il a utilisé pour se connecter au transpondeur. »
« Bien, maintenant nous pouvons nous concentrer sur les dix pour cents restants. »
« Ouais, calendrier, informations de vol, je suppose….. Hey, il y a un dossier ‘émail’ ici. » Mac examina la page. « Regarde, la moitié des messages vient de la même adresse. Agent Kuenzel ? Pouvez-vous accéder au texte de ces messages ? »
« Je vais essayer. Mais ne regardez pas au-dessus de mon épaule, ou ils auront ma peau. » Alors que les deux officiers faisaient un pas en arrière, Kuenzel se glissa à nouveau dans sa chaise et entra son code. « Okay, c’est un compte basé sur le net. Le pseudonyme est Jade. Ils parlent du bon temps qu’ils ont passé à Bangkok, et il y a mention d’un ami aux Etats-Unis. »
« Un ami qui pourrait avoir accès à l’avion à un endroit ? » théorisa Mac.
Les sourcils de Kuenzel se levèrent comme elle continuait. « Mince. Ce qu’il va faire avec elle, je pense que c’est plutot mal vu par l’Islam. Et par la plupart des autres religions aussi. Cependant, il y a un numéro de téléphone ici avec un code de région américain. Laissez-moi une minute. »
Elle sortit son téléphone cellulaire et composa un numéro en mémoire. « Carson ? C’est Kuenzel. As-tu des gars qui ont localisé le numéro de téléphone qu’il y a dans ce fichier ?….Et bien, oui, ca dit que c’est un numéro de portable, mais où est-il enregistré ? »
Après quelques secondes, elle remercia Carson et raccrocha. « C’est un code de la zone de Denver. »
« Et Denver est un siège de United Airlines. » Harm jeta un regard de côté à sa partenaire. « Ils font sûrement une partie de leur maintenance là-bas. »
L’expression de Mac portait la même compréhension déterminée. « Agent Kuenzel, je pense que votre prochain appel devrait être pour le FBI. »
************
0236 MDT
Appartements de Spring Valley
Denver, Colorado

La serrure était étonnamment facile à crocheter : l’équipe d’opérations spéciales du FBI n’avait même pas eu besoin d’enfoncer la porte. Ils se déplaçaient à travers l’appartement en silence, remarquant les quatre ou cinq ordinateurs portables et des disques durs éparpillés un peu partout, ils se dirigèrent alors vers la chambre.
A l’intérieur, un homme asiatique d’âge moyen commençait à tâtonner dans sa table de nuit, sûrement à la recherche d’un pistolet. Sa compagne, une jeune femme de la même nationalité, n’avait pas été réveillée par l’approche de l’équipe.
L’équipe se contenta de parler tranquillement mais ne laissa aucune place pour l’interprétation. « Tu bouges et t’es mort. »
L’homme jeta un regard aux quatre armes qui étaient devant lui et leva ses mains en signe de reddition. En quelques minutes, les deux suspects étaient descendus en pyjamas et menottes dans un fourgon qui les attendait, et l’appartement était scellé comme un lieu de crime.
La plupart des voisins n’avaient même pas été réveillé.
**************
1453 EDT
Quartier Général du JAG
Falls Church, Virginie

« La femme que Maraan al-Sayef connaissait sous le pseudonyme de Jade était en fait une experte informatique nommée Kyung Se Pak, Votre Honneur. L’identité de son partenaire n’est pas encore connue à cette heure. Son visa américain le liste comme Te Han Seung, mais il a été confirmé que ce nom est un alias et qu’il est en fait un agent opérant pour les services secrets de la Corée du Nord. En dépit de ses vues religieuses extrémistes, al-Sayef a un goût prononcé pour les femmes asiatiques. Pendant un récent voyage en Thaïlande, il a découvert Pak qui se faisait passer pour une fille de la nuit nommée Jade, qui l’a mis en relation avec Seung, qui se faisait passer pour un de ses clients. Ce client lui offrait son assistance pour monter un complot afin d’abattre un avion de ligne américain, et apparemment al-Sayef a accepté volontiers l’aide, incrédule, du moment où il pouvait l’aider à exécuter son Jihad et prendre des vies américaines. »
« Quand l’équipe du FBI a appréhendé Pak et Seung, ils ont trouvé des cartes d’accès et une combinaison à leur appartement qui identifiait Seung comme un ouvrier de la maintenance à l’Aéroport International de Denver. Les enregistrements montrent que le 747 impliqué dans l’incident de United 958, a été amené à l’aéroport de Denver pour une maintenance de routine il y a dix-sept jours. Les preuves collectées à l’appartement suggèrent que Pak a altéré une puce standard de transpondeur pour transmettre de faux signaux quand on le lui commandait. Seung a alors remplacé une puce dans le transpondeur du 747 par la puce modifiée, et donné à al-Sayef les consignes pour l’activer durant le vol en utilisant un PDA. »
Harm déposa le rapport du ministère de la sécurité du territoire devant le juge Helfman et se retira à sa place. « Votre Honneur, il y a des preuves évidentes des circonstances atténuantes dans cette affaire. Quand le Capitaine de Corvette McCollum a donné l’ordre de tirer sur le vol United 958, il l’a fait parce qu’un complot avait tout mis en place pour cela. Les conspirateurs avaient basé leurs actes sur la certitude que quelqu’un voudrait agir pour protéger le Groupe Naval de la menace à laquelle il ferait face. Leur duperie, et non la décision de tir du Vella Gulf, doit être considérée comme la première et la plus significative cause de cet incident. »
Helfman examina la feuille de preuves, surprise par la tournure des événements. « A la lumière de ces nouvelles preuves, je présume que la défense a une motion à déposer ? »
« Oui, Madame. La défense demande une suspension indéfinie afin de conférer avec la partie plaignante et l’autorité convocatrice concernant l’arrangement de ces charges, ainsi que les charges retenues contre le Capitaine Ballantine. »
« Le gouvernement n’a aucune objection. » statua Sturgis.
« Et bien, soit. »

Le son du marteau se fit entendre, et Surgis traversa immédiatement la pièce vers la table de la défense. « Un vrai travail de détectives. » commenta-t-il, croisant les bras. « Comment au nom de dieu, as-tu obtenu de al-Sayef qu’il laisse échapper le fait que ses complices n’étaient pas ses frères ? »
« Une arme secrète, mon vieux. » Harm jeta un regard à Mac, assise dans le fond du tribunal, et ils échangèrent un bref mais parlant sourire. Sturgis regarda ses partenaires et rétrécit ses yeux. Quelque chose décidément se tramait entre ces deux-là. Dieu seul savait combien de temps cela prendrait jusqu’à ce qu’il trouve ce que s’était.

McCollum s’assit sur une chaise de l’autre côté du bureau de Harm, secouant encore la tête. « Je ne sais toujours pas si j’ai tout compris. La Corée du Nord a simulé une attaque par un chasseur Syrien pour nous obliger à tirer sur un appareil civil. Qu’est-ce qu’ils avaient à gagner en risquant une opération de ce genre ? »
Harm croisa ses mains. « Tout le temps et les ressources que nous dépenserions dans une escalade possible de la violence avec la Syrie ne pourraient être du temps et des ressources à focaliser sur le développement nucléaire de la Corée du Nord. Peut-être qu’ils ont planifié quelque chose de gros et avaient besoin d’une diversion. Mais à moins que l’un de nos nouveaux prisonniers ne soit plus coopératif, ce sera à prouver. Etant donné que l’appareil n’a pas été détruit, cela nous donne une chance de déjouer la ruse. Nous ne serons pas distraits par d’autres conflits créés, nous serons effectivement plus vigilants envers la Corée du Nord. Donc ils se comporteront sûrement ‘beaucoup’ plus amicalement pendant un moment. »
McCollum fronça les sourcils. « Est-ce que l’on va les informer de cela ? Ce qu’ils ont fait est considéré comme un acte de guerre ! »
« Cela se pourrait, si nous avions les preuves qu’ils sont l’état commanditaire. Mais même si nous le faisions, au moment où nous soulèverions cette histoire, nous serions obligés de répliquer. Et avec l’instabilité des relations dans cette région, sans compter l’incertitude de leur arsenal, ce ne serait probablement pas une bonne idée d’y aller. Le gouvernement de la Corée du Nord semble encore hésitant, parce que c’est renier toutes les connaissances des opérations que nous menons. La position officielle est qu’ils seraient des espions, agissant sans autorisation. Il vaut mieux donc faire quelques concessions à ce stade, et la paix est préservée. Telle qu’elle est. »
Le plus jeune homme se réadossa à son siège, absorbé par tout ça. « Et bien, » dit-il finalement, « Je suis heureux de connaître la raison de la mauvaise identification, mais je ne peux pas dire que cela me remplit le cœur de savoir que nous sommes tombés dans le panneau. »
« Ils savaient que vous alliez défendre le groupe naval aussitôt que la menace serait identifiée. Ils ont parié sur le fait que vous feriez votre travail. Ce n’est pas quelque chose dont il faut avoir honte. » Harm attrapa un dossier sur son bureau, « Quoiqu’il en soit, l’idée que le transpondeur du 747 avait été saboté par des terroristes, aussi simpliste que cette représentation des faits soit, cela a fait une grosse différence dans la perception que l’opinion publique a eu de l’incident.. Grâce à cela, j’ai demandé que l’audience soit résolue par la voie d’une lettre formelle de réprimande pour vous deux, en raison des problèmes dans la chaîne de commandement du CIC ce jour là. Sur les recommandations du Capitaine Turner, les autorités convocatrices ont accepté, avec la requête additionnelle que vous soyez tous les deux transférés à un poste à terre pendant une période de mission. »
Le visage de McCollum se crispa, réalisant les implications sur sa carrière de cette décision, mais depuis que les réassignements étaient devenus des procédures standards après de tels incidents, il approuva. « C’est un coup, mais cela aurait pu être facilement beaucoup plus grave, si cela avait pris une autre tournure. Merci pour tout, Monsieur. »
« Cela faisait parti de mon job. » Harm lui glissa un dossier et lui tendit un crayon. « Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que votre conscience peut avaler ce résultat ? »
« Je dirais que oui, Monsieur. De toute façon, je pense que cela est utile aux passagers du vol 958… juste au cas où certains d’entre eux auraient besoin d’en terminer avec tout ça autant que moi. »
Il prit le stylo et signa l’acceptation de non-condamnation judiciaire. Les deux hommes se levèrent du bureau d’Harm et échangèrent une franche poignée de main.
« Bonne chance, Capitaine. » lui dit Harm sincèrement
« Merci, Monsieur. Je sais que je vous dois beaucoup, à tous les niveaux. Puis-je vous offrir une bière après le service ? »
Avec un sourire, Harm répliqua, « J’aimerais beaucoup, mais peut-être à mon prochain voyage à Norfolk. Ce soir, j’ai d’autres plans que je serais fou d’annuler. »
McCollum rompit la poignée de main avec un sourire complice. « Une petite amie qui vous a attendu au nom du devoir, hein ? »
« Laissez-moi juste vous dire que j’ai beaucoup de temps à rattraper. »

*** THE END ***

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