At the water’s edge

3

Se réveiller, c’était une épreuve qu’il en était venu à appréhender durant les derniers jours. Il y avait toujours un moment bref et merveilleux juste avant le retour à la réalité, pendant lequel il pouvait faire semblant de croire qu’il était de retour chez lui, ou sur le porte-avions, ou n’importe où ailleurs que dans ce misérable hôpital. Puis la douleur insidieuse se frayait un chemin dans sa conscience, lui remettant en mémoire ce qui était arrivé, et il réalisait à nouveau quel bazar il avait fichu dans sa vie.

Mais cette fois ci, d’une certaine façon, c’était différent. Il sentait la présence d’une autre personne dans la pièce avant même d’avoir ouvert les yeux. Sa mère avait été avec lui presque dès le moment où il avait été transféré sur le continent : dès le début, elle avait été forte pour lui, mais il l’entendait parfois s’essuyer silencieusement les yeux quand elle pensait qu’il dormait. Mais quand il s’obligea à ouvrir les yeux et réussit à se concentrer, il reconnut la personne debout près de son lit.

– Di ?
– Salut, l’as des as, dit doucement Diane. Comment vas-tu ?

A ce moment là, il eut un mal fou à ne pas fondre en larmes.

– Je crois que je n’ai jamais été aussi content de voir quelqu’un de ma vie, répondit-il honnêtement, et elle se pencha pour le serrer dans ses bras.

Après un moment, elle se laissa glisser sur une chaise.

– Qu’est ce que tu fais ici ?
– Mon tour sur le Cape St. George est fini – nous sommes arrivés au port la nuit dernière.

Son regard parcourut le corps meurtri d’Harm, consciente du fait que les blessures étaient le dernier de ses soucis, et elle secoua la tête.

– Mon dieu, Harm, que s’est il passe ?
– Ce que tu as entendu dire est vrai. Mace est mort parce que je me suis planté.
– Je sais que ce n’est pas si simple. Nous les petits génies du chiffre, nous entendons parler, tu sais. Tous les chefs d’équipage disent que tu es le meilleur pilote du Seahawk, bon sang. Il y a dû avoir un problème mécanique, ou …
– Il n’y en avait pas, d’accord ? C’était moi. Je n’ai pas vu correctement, et je suis arrivé trop bas. Crash sur la rampe, fin de l’histoire.

L’amertume résonnait dans sa voix, mais tout ce que son amie entendait, c’était la culpabilité. Elle essaya une autre approche.

– Quand vont ils te laisser sortir d’ici ?
– Quand je peux rester debout sans me foutre la gueule par terre. Probablement quelques jours, peut-être une semaine. Je ne sais pas quand je pourrai reprendre du service. Grandma Sarah a insisté pour que je vienne chez elle, alors je pense que je vais aller en Pennsylvanie pendant la durée de l’enquête.
– Est ce qu’elle a une chambre de plus pour une invitée ?

Il se retourna pour lui faire face, mais elle était sérieuse.

– J’ai encore six semaines avant de devoir retourner à Norfolk, et si je traine par là-bas, ils vont me trouver quelque chose à faire.
– Di …
– Tu ne devrais pas affronter ça tout seul, Harm. Laisse moi t’aider.

Leurs yeux se trouvèrent et ne se quittèrent plus.

– Merci, murmura -t’il.

A ce moment là, un médecin entra dans la chambre.

– Lieutenant Rabb ? Puis je vous parler un instant ?
– Bien sûr.

Diane se leva pour sortir, mais il lui attrapa le bras.

– Ne pars pas, dit il simplement. « De quoi s’agit il, docteur ? »

Le docteur hésita.

– C’est à propos de vos yeux.

Les deux amis échangèrent un regard, et silencieusement elle glissa sa main dans la sienne.
1934 COTE OUEST
Lotissement des officiers
Miramar MCAS, Californie

Mac jeta un regard approbateur sur leur nouveau domicile. Ma petite maison en briques n’était pas vraiment luxueuse, mais elle était agréablement meublée, et habiter sur la côte valait vraiment le coup. Pendant qu’elle rangeait ses vêtements dans la commode, Harm entra dans la chambre et lui jeta quelque chose.
– Tenez, je vous ai apporté un cadeau.

Elle déplia le t-shirt bleu et lut l’inscription.

– Les ‘Indiens de Cleveland’ ?
– Di en était fan, même s’ils perdaient tout le temps. J’ai essayé de la convertir aux Orioles, mais elle disait qu’elle devait rester fidèle à l’équipe de sa ville.

Il commença à défaire ses bagages, mais la sonnerie de la porte les interrompit.

– Bon, je pense que c’est le moment de commencer le spectacle. ‘Tu’ es prête ?
– Autant que je peux l’être, répliqua t’elle en inspirant profondément.

Ils allèrent ensemble répondre à la porte.

Un homme d’une trentaine d’années, vêtu d’un treillis des Marines, et une femme en civil étaient devant eux. Les feuilles de chêne sur le col de l’homme indiquaient qu’il avait le grade de major, et des ailes brillaient sur sa poitrine.

– On voulait seulement vous souhaiter la bienvenue à Miramar, capitaine. Je suis Mark Hendricks, et voici ma femme, Julie. Nous habitons de l’autre côté de la rue.
– Ravi de vous rencontrer, mac. Je sui Harm, et voici ma femme Diane.

Il avait dit ça sans la moindre hésitation, remarqua Mac. Bien de sa part.

– C’est un plaisir , dit elle d’une voix suave pendant qu’ils échangeaient des poignées de main. « Je vous en prie, entrez. Nous sommes encore en train de défaire les quelques affaires que nous avons eus le temps d’apporter, alors c’est un peu le bazar. »
– Ne vous inquiétez pas, commenta Julie Hendricks. « Quand Mark a été transféré ici, nous avons eu environ trente six heures pour faire nos bagages. Je crois qu’il a fallu six mois pour que tout soit enfin ici.

Mac leur trouva des boissons fraîches et les deux couples s’assirent dans le séjour.

– J’ai entendu dire que vous étiez un sacré bon pilote, Harm. Vous prévoyez de nous en faire baver, à nous pauvres pilotes de Hornet, c’est ça ?
– Hé, on n’appelle pas cet endroit ‘Fightertown’ pour rien, n’est ce pas, sourit Harm en haussant les épaules. Non, je vais juste là où on m’envoie. Apparemment, le Juge Avocat d’ici se cherchait un second, et je n’allais pas refuser la chance de revenir chez moi pour un petit moment.
– Vous avez grandi ici ?
– Juste au bout de la rue, à La Jolla.

Il passa nonchalamment le bras autour de Mac, et elle essaya de ne pas réagir.

– J’ai enfin l’occasion de montrer à cette fille du Midwest à quoi ressemble la vraie vie.
– C’est ce qu’il dit, mais moi je pense plutôt aux tremblements de terre, interrompit elle.
– Et vous, qu’est ce que vous faites, Diane, demanda Julie.
– Je suis réserviste dans la Navy, et j’envisage de retourner à l’université pour passer un diplôme en linguistique.
– Whaou ! Vous avez été en service actif pendant combien de temps ?
– Onze ans, dans le chiffre.

Elle sourit en regardant son ‘mari’ , s’amusant à jouer son rôle.

– Nous avons fini par décider que nous voir trois mois par an ne nous suffisait pas et … et bien, le Grand Amour a écrasé la Navy par 1 à 0.

Une expression étrange traversa le visage d’Harm quand elle prononça ces mots, mais elle disparut tout aussi vite. Sans s’en rendre compte, Julie continua.

– Et bien, nous aimerions que vous nous rejoigniez au club des épouses d’officiers. Vous pourriez nous donner quelques avis objectifs de l’intérieur sur la réalité des choses.
– J’aimerais beaucoup, dit Mac avec empressement, se demandant encore ce qu’elle avait fait pour provoquer une telle réaction chez Harm.
– Bon, il faut qu’on y aille. On voulait juste vous souhaiter la bienvenue. Si vous avez besoin de quoique ce soit, vous savez où nous trouver.

Après le depart des Hendrick, Harm laissa glisser son bras de l’épaule de Mac.

– Je dirais que ça s’est plutôt bien passé.
– Oui, ils sont très gentils.

Elle se tourna pour le regarder en face.

– Qu’est ce qui n’allait pas ?
– A part ce qui est évident ?
– D’accord, tu as raison. Mais oui, à part ce qui est évident. C’est quelque chose que j’ai dit qui a dû te faire du mal. C’était quoi ?

Il soupira.

– Rien, en fait. C’est juste que quand tu leur as dit ce truc au sujet du grand amour vainqueur de la Navy … Je me suis demandé si cela serait vraiment arrive comme ça un jour. Le jour où elle est morte, nous étions censés nous voir pour parler de l’avenir. Nous avions plus ou moins pris nos distances parce qu’aucun de nous n’était prêt à faire les sacrifices nécessaires pour que nous soyons ensemble. Elle aimait son travail, et j’apprenais à aimer le mien – et tous les deux, nous nous sentions tenus d’accomplir notre devoir. Est ce qu’on aurait été capable de faire que les choses se finissent bien ?
– Est ce que ça serait plus facile pour toi si tu le savais ? Quelque soit la façon dont la situation aurait tourné ?
– Je ne sais pas. Probablement pas. Je ne sais pas si quelque chose aurait pu rendre la situation plus facile..

Harm soupira et passa lourdement la main sur ses yeux.

– En fait ce qui aurait pu ou non se passer entre nous n’est pas le plus important … elle n’aurait pas dû mourir, Mac. C’était l’acte stupide, insensé, d’un homme désespéré, et la seule raison pour laquelle elle est partie, c’est parce qu’elle faisait ce qu’elle devait en tant qu’officier. La Navy est ma vie, mais il y a eu une époque où je l’ai véritablement détestée.
– Pourquoi as tu arrêté d’avoir ce sentiment ?
– Et bien, entre autres choses … parce que tu es arrivée.

Surprise à la fois par sa déclaration et par son ton sincère, Mac lui sourit.

– Allez, venez par là, monsieur mon mari. Il faut encore qu’on voit comment on va dormir.

Un soupçon d’humour réussit à transpercer son humeur morose.

– Je ne ronfle pas, et je ne vole pas les couvertures. Est ce suffisant pour que je ne me retrouve pas exilé sur le divan ?
– Je ne sais pas. Tes jambes risquent bien de prendre tout le lit à elles seules. Mais d’un autre côté c’est toi qui dois te lever pour aller travailler demain, et je pense que tu fais bien trente centimètres de plus que ce divant.

Elle hésita.

– Renee ne serait probablement pas ravie de savoir que nous partageons le même lit.
– Elle le prendrait probablement mieux que Mic ne le ferait.
– Exact. Mais ce qu’ils pensent est il vraiment important ? Surtout s’ils ne le savent jamais ?
– C’est ce que je pense. Je prends le côté gauche.

Chapitre 4

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