At the water’s edge

Chapitre 6

Assis sur le lit, il la regardait remplir son sac de voyage, et il ressentait une impression réelle de perte.

– Tu es sure qu’il faut que tu partes ce soir ? demanda t’il du ton d’un enfant qui quémande.

Diane secoua la tête en souriant.

– Si je ne veux pas qu’on me déclare déserteur, il vaut mieux. Et puis, tu n’as plus besoin que je reste dans le coin. Il faut que tu te prépares pour l’école de droit et tu as un Stearman à bricoler.
– Je sais laquelle des deux options me plait me plus.

Il leva les yeux au ciel, mais il n’avait pas envie de sourire. L’avoir ici avec lui avait été un des points d’ancrage dans sa vie actuellement agitée. Leur relation avait changé durant les dernières semaines. Aucun des deux n’en avait parlé, mais d’un autre côté ils avaient commencé à communiquer sans se parler. Cela semblait tellement normal de se battre avec elle à ses côtés avec l’avion, ou d’essayer de préparer le dîner ensemble, ou de s’endormir dans la balancelle avec la tête de Diane contre sa poitrine …

Il ne savait pas vraiment quand c’était arrivé, mais quelque part entre aujourd’hui et ce premier jour à l’hôpital, il avait arrêté de la considérer comme le cadet plein d’esprit que Keeter et lui avaient adopté comme si elle était leur petite sœur. Pendant qu’il était assis là à essayer de trouver comment lui dire au revoir, il sut sans le moindre doute qu’il l’aimait.

– Je crois que ça y est.

Elle referma le sac et se tourna vers lui. En voyant sa tristesse, son visage s’assombrit.

– C’est à nouveau comme à Annapolis, dit elle doucement. « C’était insupportable, et ça l’est à nouveau aujourd’hui.
– Oui, ça l’est.

Il essaya de rester positif.

– Ecoute, je serai à Georgetown pendant trois ans, et Washington n’est pas si loin de Norfolk. Nous ne sommes pas obligés de rester à nouveau six ans sans nous revoir.
– Non, seulement six mois avant que je revienne à quai.

Elle soupira, se levant pour passer les bras autour de son cou.

– Je suis fière de toi, lui dit elle. « Tu vas accomplir de grandes choses. »
– Je ne peux pas te laisser partir comme ça, murmura t’il. « Il y a tellement de choses que je voudrais te dire – tu as été tellement géniale dans toute cette histoire …
– Je crois que la phrase habituelle, c’est ‘merci’, suggéra t’elle avec un petit sourire.
– Ca ne commencerait même pas à exprimer ce que je voudrais. Mais je vais devoir m’en contenter.
– Je t’en prie.

Elle frôla la joue d’Harm de ses lèvres.

– Prends bien soin de toi, Harm. Je te revois bientôt.

Et il resta là debout près de la porte d’entrée à la regarder se diriger vers sa voiture sans jeter un coup d’œil en arrière. Sarah Rabb apparut derrière son petit-fils et lut sur ses traits harmonieux le conflit qu’il ressentait.

– Saisis ta chance, mon chéri, suggéra t’elle tranquillement.
– C’est trop tard, Grandma.
– Pourquoi donc ? Elle est encore là, n’est ce pas ?

La vieille dame lui tapota le bras.

– Vas-y, Harm. Tu vas te détester si tu ne le fais pas.

Il prit une longue inspiration tremblante et se précipita hors de la véranda.

– Diane, attends.

Elle se tourna légèrement, un peu étonnée.

– Harm, je …

Le reste fut perdu quand il l’enlaça et l’embrassa passionnément. Il sentit son corps fondre contre le sien comme elle s’abandonnait à son baiser. Ils finirent par se séparer et prirent un moment pour retrouver leur souffle.

– C’est ça que je voulais te dire, dit il simplement en espérant qu’il ne venait pas tout bonnement de détruire leur amitié.

Elle le regarda fixement, prise de court, jusqu’à ce qu’elle retrouve sa voix.

– Pourquoi est ce que tu ne l’as pas tout simplement dit ?
– Parce que j’étais terrifié de ce que tu pourrais répondre.
– Alors laisse moi t’éclairer.

Et elle attira son visage vers elle. Le second baiser fut désespéré, affamé, parce qu’ils savaient combien de temps le souvenir allait devoir durer . Quand ce fut fini, ses yeux brillaient.

– Ca va être les six mois les plus longs de ma vie.

2132 Cote Est
Miramar MCAS

Après avoir marché sans but sur la plage pendant vingt minutes en essayant de mettre de l’ordre dans ses idées, Harm s’arrêta sur un petit quai et s’accouda à la rambarde. La lumière de la lune se reflétait sur la mer sombre et calme et pendant un moment, il s’autorisa à penser qu’il était de retour sur le pont du Patrick Henry. Pendant un moment, tout avait été si simple. Il volait à nouveau, et il en aimait chaque minute. Ce n’était pas comme s’il avait pu retrouver la vie qu’il avait eue huit ans avant : ce n’était pas possible, et ce n’était pas vraiment ce qu’il voulait. Mais pendant quelques mois, il avait eu la possibilité d’échapper au tourbillon qui sévissait au quartier général du JAG et d’examiner le chemin que prenait sa vie.

Et pendant quatre ans, le cours de sa vie avait été étroitement mêlé à celui de Sarah Mackenzie. Lui dire au revoir avait été plus dur qu’elle ne l’avait su, mais d’une certaine façon cela avait été un soulagement. Il ne pouvait nier que l’attirance entre eux avait augmenté, mais parfois il avait encore l’impression qu’être avec elle, c’était trahir la mémoire de Diane – comme si son apparence était tout ce qui comptait. Il avait eu besoin de ces mois d’éloignement pour comprendre exactement pourquoi Mac comptait autant pour lui, et il avait trouvé la réponse. Il l’avait réalisé le jour où il s’était rendu compte que leurs batailles au tribunal lui manquaient. Il n’y avait rien de Diane dans la façon dont elle menait avec ardeur ses contre interrogatoires ou dont elle faisait ses plaidoiries passionnées.

Mais il était revenu pour découvrir que les règles d’engagement avaient changé. Pendant qu’ils bataillaient pour retrouver leur amitié, il avait commencé à s’interroger. La façon dont elle portait son nouveau grade et sa fonction l’éloignait encore plus de la femme qu’il avait aimée des années plus tôt, mais il y avait d’autres complications. Quand ils s’étaient rendu en Australie pour cette affaire fatidique, Diane avait été le dernier de ses soucis. Jusqu’à ce que …

Il ne pouvait toujours pas l’expliquer, même maintenant. Mais quand il avait vu Mac sur la plage avec Mic Brumby, riant et s’amusant pour la première fois depuis une éternité, tous les souvenirs lui étaient revenus. Pendant une fraction de seconde, elle lui avait rappelé Diane encore plus que jamais auparavant. Alors, quand elle l’avait poussé dans ses retranchements sur le ferry, la douleur était encore trop récente pour qu’il l’ignore – et en laissant parler son cœur, il l’avait blessée, elle aussi, et l’avait envoyée directement dans les bras d’un autre.

Il continuait pourtant à garder une étincelle d’espoir qu’un jour il réussirait à tout arranger. Quand Webb avait au départ expliqué cette petite opération, il avait espéré que peut etre le fait de devoir affronter directement ses fantômes l’aiderait à résoudre ce qu’il éprouvait. Mais il avait sous-estimé l’emprise que Diane avait encore sur lui. Voir ce qui aurait pu être n’avait fait que renforcer son sentiment de culpabilité. S’il lui avait demandé de l’épouser, peut-être aurait elle accepté de quitter la Navy, ou elle aurait trouvé un poste à terre. Ce n’aurait peut-être pas été le parfait ‘ils vécurent heureux pour le restant de leurs jours’, mais au moins elle serait encore vivante.

La sonnerie stridente de son téléphone portable traversa sa rêverie. Harm jura silencieusement et sortit le téléphone de sa poche.

– Rabb.
– On a des problèmes, lui répondit la voix tendue de Webb. « Nous avons perdu la trace de Trent, et les probabilités qu’il soit sur vos traces sont importantes. Ce type qui a parlé à Mac devait être de son équipe.
– Attendez, l’interrompit Harm, immédiatement en alerte. « Que voulez vous dire, vous avez perdu sa trace ? »
– On suivait son bras droit, mais ils nous ont faussé compagnie à un moment. Sa ‘société’ possède un Learjet qui vient de quitter un hangar privé à Dulles il y a quelques heures. Nous n’avons pas d’indication fiable sur leur destination, mais je sens que vous devez vous mettre à l’abri.
– Génial. D’accord, nous pouvons être partis d’ici dans une heure. Je vais récupérer Mac et …
– Attendez une minute. Elle n’est pas avec vous ?

La sensation de danger imminent qui lui rongeait l’estomac augmenta brusquement.

– Elle est à la maison. Vous avez … ?
– Je viens juste d’appeler là bas. Personne n’a répondu.
– Oh, Seigneur, dit il dans un souffle. « Je vous rappelle »

Et il partit au pas de course en direction du quartier des officiers.

Au même moment
Quartier des officiers

La première impression qui se fraya un chemin dans le nuage gris qui embrumait son esprit fut la sensation des cordes qui lui coupaient les poignets. Mac essaya de combattre les effets persistants de cette drogue qu’elle ne reconnaissait pas et fit le point de la situation aussi calmement que possible. Elle était attachée sur une chaise dans le sous sol de leur maison – quand avait elle commencé à penser à cet endroit comme à leur maison ? – et elle était surveillée par un homme à l’air revêche, armé d’un Beretta. Rien de très réjouissant.

– Hé, appela t’il sans la quitter des yeux. « Elle est réveillée. »

Agissant à l’encontre de son entraînement de Marine, elle laissa paraître sur son visage toute la peur qu’elle ressentait. Peut-être allaient ils la sous estimer.

– Qu’est ce qui se passe, bredouilla t’elle. « Qui êtes vous ? »
– Oh, je crois que vous le savez, colonel.

Un autre homme apparut en haut des escaliers, l’étudiant avec un sourire goguenard, empreint de méchanceté. Elle le reconnut immédiatement d’après le dossier que Webb leur avait montré : c’était Harlan Trent.

– Je dois admettre que c’était une façon astucieuse de vous cacher.
– Je ne suis pas colonel, protesta t’elle en vain d’une voix tremblante. « J’étais lieutenant. S’il vous plait, je ne sais pas de quoi vous parlez. Ca doit être une erreur … »
– C’est certainement une erreur. Mais de votre part.

Il croisa les bras et devint soudain terriblement sérieux.

– Ce lieutenant Schonke dont vous avez pris l’identité était une excellente couverture. Mais il se trouve que nous faisons sérieusement notre travail. Quand j’ai vérifié auprès de la mère de la malheureuse, l’expression de son visage m’a dit tout ce que j’avais besoin de savoir.

S’avouant vaincue, Mac laissa tomber la façade de la femme fragile et rencontra son regard sans broncher.

– D’accord, et maintenant ?
– Maintenant, je vais découvrir ce que vous savez. Et ce que votre partenaire sait. Et ensuite, je déciderais comment je vais m’amuser avec vous deux.
– Il ne sait rien, déclara t’elle un peu trop vite. « Il essaie seulement de m’aider. »

Trent leva un sourcil en la voyant réagir.

– Il en sait assez, répondit il. Il sait pourquoi vous êtes ici. C’est une raison bien suffisante pour se débarrasser de lui. Pas de témoins, colonel Mackenzie. Vous savez comment ça fonctionne.

Elle fixa son regard sur un point droit devant elle, essayant de ne pas céder à la panique. Harm allait rentrer à la maison à n’importe quel moment maintenant, et il allait arriver sans arme et tomber directement dans un piège. Bon sang, quel était donc le fichu plan de ce type ? Pour quelle raison la gardait il en vie si longtemps ?

– Vous vous amusez bien, Trent ? le provoqua t’elle.
– Je me prends un pied terrible. C’est quoi le problème, vous ne comprenez pas pourquoi vous êtes encore là ? Je vais vous rancarder. J’ai besoin de savoir quelle partie de notre petite organisation est compromise. J’ai besoin de savoir à qui vous avez parlé et ce que vous leur avez dit.
– J’ai parlé à tout le monde et je leur ai tout dit, répondit elle sans attendre.
– Ah c’est vrai, vous êtes un grand méchant marine, pas vrai ? Tout ce que vous allez me dire, c’est votre nom, votre grade et votre matricule. Et c’est là qu’entre en jeu mon plan génial.

Trent fixa sur elle un regard froid qui lui fit presque – presque – détourner les yeux.

– Je pense que je vais devoir apprendre de votre bébé d’amour tout ce que je veux savoir.

Mac se figea, mais s’obligea à garder une voix neutre.

– Ce n’est pas parce que ce n’est qu’un marsouin que vous allez le briser si facilement.
– En théorie, je dirais que vous avez raison. Mais ce bon capitaine n’est pas au mieux de sa forme en ce moment, n’est ce pas ?

Il s’approcha d’elle et elle dut réprimer le mouvement de répulsion qu’elle avait eu instinctivement.

– Je vous ai dit que nous faisons consciencieusement nos devoirs. Rabb a des tas de faiblesses, et j’ai deux d’entre elles juste sous la main. Sa petite amie morte, et son adorable partenaire. Une combinaison particulièrement efficace, à mon avis.

En un autre lieu, à un autre moment, elle l’aurait regardé dans les yeux et lui aurait dit d’aller se faire voir. Mais elle n’avait jamais vu Harm aussi perdu et incertain qu’il l’avait été ce soir. Si elle l’avait attiré dans ce cauchemar seulement pour qu’il soit tué …

– Quoiqu’il en soit, nous perdons du temps. Dites bonne nuit, Colonel.

Pendant que l’aiguille une fois de plus pénétrait dans son bras, sa dernière pensée consciente fut une fervente prière pour que Harm revienne avec une équipe d’intervention au grand complet, ou pas du tout.

Chapitre 7

1025 vues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*