Broken Hallelujahs

4/7

0025 Local
Hôtel Weirmann
Landstuhl, Allemagne

Mac entendit des bruits étouffés à travers son sommeil agité. Elle leur avait réservé deux chambres dans un hôtel local. C’était le mieux qu’elle avait été capable de faire dans un temps très court, et donc elle partageait une chambre avec Harriet et le petit A.J. Harriet avait protesté et essayé de payer la chambre, surtout lorsqu ‘il s’était avéré qu’il n’y avait qu’un lit. Mac cependant avait simplement répliqué que le canapé-lit semblait bien meilleur que la couchette qu’elle avait dû supporter toute la semaine, et cela avait mis fin à la discussion.

Maintenant elle reconnaissait des reniflements venant de l’autre bout de la chambre. Pensant que c’était juste A.J, effrayé par ce lieu inconnu, elle essaya de ne pas y faire attention. Après quelques minutes, cependant, elle réalisa que ce n’était pas le petit garçon qui pleurait.

« Harriet ? » appela t’elle doucement, se levant facilement.

« Je suis désolée, » murmura la jeune femme depuis sa place près de la fenêtre. « Je ne voulais pas vous déranger. C’est juste….. »

« Ne vous excusez pas. » Mac tira sur son T-shirt standard vert pour le faire descendre et traversa la chambre, en faisant attention à ne pas réveiller le bambin endormi. « J’ai bien conscience du ridicule de ma question, mais vous allez bien ? »

« Non. Je veux dire – oh je ne sais pas » Harriet tamponna d’un geste frustré ses yeux rougis. « Je lui ai dit que j’avais fini de pleurer. J’ai dit qu’il n’y avait plus de raison de pleurer. Dieu, je suis tellement pathétique. »

« Ne dites pas cela. Toute cette histoire est très moche et vous avez parfaitement le droit de pleurer autant que vous voulez. C’est mieux que de jeter tout en l’air, ce qui serait probablement ma réaction. »

Elle sourit faiblement et hocha brièvement la tête. « J’essaie de penser à l’avenir. Je sais qu’il va s’en sortir. Ca va être difficile, mais je sais qu’on s’en sortira en fait de compte. Le problème, c’ est que je ne sais pas si lui il le sait. »

« Il le saura » lui assura Mac. « Cela prendra du temps, mais vous savez combien Bud est fort. »

Harriet se tourna vers elle, et pour la première fois depuis la mort du bébé Sarah, la Marine vit un réel désespoir sur les traits gracieux de son amie. « Mac il y a eu des moments ce soir où je ne l’ai presque pas reconnu, » murmura t’elle.

Mac n’avait rien à répondre à ça et bientôt Harriet se leva. « Hum….. Pourriez vous surveiller A.J pendant un moment ? J’ai juste besoin de temps pour moi – et je ne pense pas que je sois restée seule depuis que tout ceci a démarré. »

« Où voulez vous aller ? »

Elle haussa les épaules, désemparée et Mac lui fit signe de se rasseoir. « Alors vous restez là. Je vais aller à côté et embêter Harm pendant un moment. »

« Oh non – il est probablement endormi….. »

« Je vous parie ma solde qu’il est complètement éveillé. Le décalage horaire le perturbe à chaque fois. » Elle n’avait pas ajouté qu’elle commençait à se sentir elle-même sans force, et qu’elle avait égoïstement besoin de son réconfort. « Ce n’est pas un problème. Et dans le pire des cas, je suis sûre que le canapé de sa chambre est aussi bon que celui-ci. »

Harriet lui sourit à demi avec gratitude et Mac enfila un short avant de s’approcher de la porte de communication entre les chambres. Ils l’avaient laissée délibérément déverrouillée, mais comme elle posait la main sur la poignée, un soupçon de l’humour espiègle typique d’Harriet glissa dans sa voix.

« Et s’il dort nu ? »

« Ce n’est pas le cas » répondit automatiquement Mac, approximativement deux secondes avant que son cerveau l’informe qu’elle venait juste de se compromettre. Se reprenant, elle lança un regard noir à Harriet qui semblait plus choquée que Mac elle-même. « Et ne me demandez pas comment je le sais, parce que la réponse n’est pas excitante, croyez moi. » C’était seulement en partie vrai et certainement pas important. Avant que l’autre femme puisse la questionner plus en avant, elle se glissa dans la chambre d’Harm sans un autre mot, et fut accueillie par l’obscurité.

« Flyboy ? » elle murmura hésitante. « Vous êtes vivant ? »

« La dernière fois que j’ai vérifié » fut la réponse venant quelque part à l’intérieur. « Tout va bien ? »

« Oui, je donne juste à Harriet un peu d’intimité, c’est tout. » Ses yeux n’étaient pas encore habitués au noir, aussi elle avançait à tâtons. « Où êtes vous ? Allez vous me tuer si j’allume la lumière ? »

« Désolé – J’ai fermé les rideaux pour tenter de me convaincre d’aller dormir. Restez là une seconde. »

Elle pouvait l’entendre se lever du lit et trouver son chemin vers elle. « Quand ils vous ont opéré des yeux, ils vous ont posé des implants infrarouges ou quoi ? » elle demanda légèrement.

« Vous m’avez découvert. Je suis l’homme qui valait trois milliards. » Sa voix était basse et douce, et presque tout de suite elle sentit ses mains chaudes se refermer autour des siennes tendues. « Touché, vous êtes prisonnière » dit t’il d’un ton frivole à peine forcé.

Elle se força à ne pas rougir à son contact, mais ne réussit pas. « Très drôle. Voulez vous s’il vous plait nous donner un peu de lumière avant que l’un de nous se casse la figure ? »

« D’accord, d’accord. Venez là. » Au lieu de rechercher une lampe, il la guida vers la fenêtre et tira le rideau. Les lumières de la ville et le clair de lune baignèrent la pièce dans une douce ambiance parfaite , et instinctivement elle recula juste d’un pas, comme si voir son visage rendait sa présence plus réelle d’une certaine façon.

« Salut » dit t’elle tranquillement.

« Salut » répondit t’il de la même façon. Vêtu d’un pantalon de jogging et d’un T-shirt froissé il donnait difficilement cette image d’une personne fanfaronne et insouciante que tant de gens lui associaient. Elle le savait bien naturellement. Il n’avait jamais été même à moitié, aussi sûr de lui qu’on pouvait le croire. Harmon Rabb avait des peurs – pas beaucoup, mais celles qu’il avait l’avaient souvent paralysé. Mais après tout, elle réfléchit, la même chose pourrait probablement être dite à mon encontre.

« Si Harriet n’avait pas d’autres préoccupations, nous aurions pas mal de mesures de protections à prendre, » l’informa t’elle souriant un peu.

« C’est à dire ? »

« Et bien, disons qu’elle pourrait bien se demander comment je sais que vous ne dormez pas nu. »

Il souleva un sourcil. « Laissez la se demander ». A son expression de surprise, il haussa les épaules. « Est-ce une hypothèse si dangereuse que ça? »

« Dans la mesure où à peu près tous les gens qui nous connaissent ont probablement pensé la même chose à un moment ou un autre … je pense que non. » Mac de façon experte détourna le sujet. « Alors comme ça, vous n’arrivez pas à dormir ? »

Il secoua la tête. « Entre le vol et la quantité de caféine que j’ai consommée ces dernières quarante huit heures, mon corps est convaincu qu’il est trois heures de l’après-midi. » Il eut un sourire contrit, mais elle n’était pas folle. De toutes les causes de cette insomnie particulière, le décalage horaire était sûrement le dernier sur la liste.

« Nous sommes passés tellement près » elle méditait doucement. Il fronça les sourcils, ne comprenant pas entièrement. « Nous avons survécu à toutes les choses que cette guerre bizarre a mis sur notre route. Le champ de mines, le bombardement, la menace nucléaire ……. Après tout cela j’étais sure que la vie nous octroierait une pause. »

« Moi aussi » admit t’il. « Je n’ai jamais pensé que Bud – je veux dire, cette saloperie était censéé nous arriver, n’est ce pas ? »

Cette remarque commença à confirmer ses soupçons. « Harm, honnêtement vous ne vous sentez pas coupable de ça, dites moi ? »

Il haussa les épaules, imperturbable. « Je ne sais pas ce que j’éprouve, » il répliqua. « Je sais que Bud nous a pris pour modèle, et que quand il s’agit d’implication, je suis franchement risqué comme modèle. Combien de fois m’a-t-il vu faire des choses risquées ou imprudentes ou complètement stupides, et m’en sortir indemne juste comme ça? Je devrais être mort tant de fois déjà …….Je devrais… » Sa voix s’estompa, incertaine comme cette étrange révélation prenait racine dans son esprit. Pourquoi diable ne suis je pas mort, effectivement ?

Ignorant sa soudaine introspection, Mac réagit et saisit son bras. « Ecoutez moi » dit t’elle fermement. « Je me sens très mal de tout ce qui est arrivé moi aussi, mais nous culpabiliser ne changera rien. Bud n’a pas été imprudent ou stupide – il est intervenu pour aider quelqu’un qui avait besoin de lui, et il a placé la vie d’un enfant au dessus de la sienne. Dans ce registre, je pense que vous êtes un incroyable modèle. »

Il ne répondit pas de suite, et le fait qu’elle lui avait adressé un compliment rare semblait à peine percer son esprit. En un instant elle dissipa un début d’hésitation. « Harm ? Vous ai je perdu complètement ? »

Quand finalement il rencontra son regard, il y avait une nouvelle lueur étrangement vulnérable dans ses yeux turbulents. « Mac, » il commença doucement, « si cela m’était arrivé….. ? »

« Ne suivez pas cette route, » elle menaça. « Il n’y a rien de bon à trouver là. »

« Je pense peut être que si. C’était il y a une semaine à peine que j’avais le pied sur une mine, vous vous souvenez ? Cela m’est presque arrivé. »

« Mais rien ne s’est passé. Et en premier lieu parce que je surveillais vos arrières à nouveau, si vous vous en rappelez ? » Elle avait exprimé cette remarque d’un ton plus léger qu’elle ne la méritait. Ce n’était pas important. Il n’y avait rien à gagner à alourdir cette conversation.

« Oui vous étiez là ». Et juste à ce moment là il se rendit compte qu’il avait besoin de lui faire comprendre. Elle n’avait pas seulement sauvé sa vie ; elle était la raison pour laquelle sa vie avait un sens. « Mais si c’était arrivé…seriez vous encore là, vous occupant de moi ? »

Sentant la profondeur de cette question, elle renforça sa voix avant de répondre. « Vous savez que je le ferai » dit elle doucement. « Je serai toujours là pour prendre soin de vous. »

« Toujours ?»

Sans en avoir pris conscience, ils s’étaient rapprochés, et il soutenait son regard avec un surprenant degré d’émotion dans les yeux. Quelle sorte d’assurance recherchait t’il de sa part ? Pouvez t’elle lui donner cela sans révéler sa propre vulnérabilité ?

« Harm, » répondit t’elle finalement, « si cela avait été vous, je me serais cassé le dos pour vous aider et je n’aurai pas quitté cotre côté à moins qu’on utilise la force pour m’en détacher. Si j’avais été à l’autre bout du monde, comme Harriet, j’aurais trouvé un moyen de transport….. » Elle s’interrompit d’elle-même, comme elle réalisait juste la force qu’elle avait mis dans ces mots. Etait ce réellement ainsi qu’elle avait voulu lui dire – en les comparant à Bud et Harriet ? Ce genre de conversation semblait toujours se finir mal…

S’attendant à le trouver choqué et peut etre à voir de la panique dans son expression, elle leva les yeux – et fut stupéfaite par le soulagement et l’étonnement qu’elle y trouva. « Vous le pensez vraiment, n’est ce pas ? » demanda t’ il presque dans un murmure.

Elle réussit un petit sourire presque timide. « Je suis votre Sundance ? »

« Oui, vous l’êtes » Repoussant en arrière une mèche de cheveux, il autorisa sa main à s’attarder sur sa joue. « Vous êtes ma Sundance, et ma ninja-girl, et ma Marine, et….. » Il jeta un regard au loin pour un moment, mais s’obligea à suivre sa pensée. « Vous êtes tout pour moi, » finit il simplement.

Un sursaut de surprise la traversa, et elle le dévisagea, le mettant presque au défi de retirer ses paroles. Mais il n’y avait aucune trace de regret dans ses yeux, et en un instant de révélation, elle réalisa que ce plaidoyer était aussi sincère que le sien. « Vous le pensez vraiment, n’est ce pas ? » répondit elle en écho, sa voix accrochant légèrement.

En réponse, il se pencha et l’embrassa.

Au contraire des baisers anecdotiques qu’ils avaient partagés dans le passé, celui ci n’était ni timide ni désespéré. Ce baiser était quelque chose de différent – quelque chose de plus. Il avait un sens, quelque part, et il était complètement naturel pour elle de se laisser aller dans ses bras. Ils se tenaient étroitement enlacés, donnant et recevant la force d’une façon qui leur était à la fois familière et entièrement nouvelle.

Bientôt, cependant, Mac se détacha, un doute oscillant dans ses yeux noirs. C’était bien, mais elle avait permis auparavant que son cœur soit piétiné, et elle ne voulait pas que cela arrive à nouveau. Il fallait qu’elle soit sûre – solide comme du béton, même – ou alors tout pourrait s’écrouler comme un château de cartes. « Harm, qu’est ce que nous sommes en train de faire ? » murmura t’elle.

« Je pensais que c’était évident, » répondit il légèrement hésitant.

« Je suis sérieuse. J’ai besoin de savoir si ….. je veux dire, si tu n’es pas absolument sû de ce que tu éprouves, je ne veux pas…. »

Cela lui fit un peu mal, mais intellectuellement il savait que les nombreuses blessures émotionnelles qu’elle avait subies en étaient la cause. Et pour cette raison, au delà de toutes les autres, il n’avait pas d’autre choix que de lui donner la totale vérité.

« Mac, j’ai toujours éprouvé ça. C’est juste que je ne pouvais pas l’admettre, et je n’ai aucune excuse pour ça. Mais je te jure que je voulais dire cela sous le porche de l’amiral, je voulais dire cela sur le quai à Norfolk, et la seule différence entre alors et maintenant est le fait que je suis capable d’être debout là et de te le dire. La vérité est que tu as cette faculté d’abattre tous les murs que j’ai toujours bâtis, et quelque part au cours du voyage j’ai renoncé à les reconstruire. Je suis désolé que cela m’ait pris si longtemps pour en arriver à ce point, et je souhaite devant Dieu avoir été capable de t’épargner des blessures durant ce processus, mais je suis sûr maintenant que j’ai besoin de toi dans ma vie. Tu es la seule personne avec qui j’ai toujours voulu être, pour traverser ensemble le bonheur et l’adversité. Tout ce chaos m’a fait penser combien j’étais négligeant et combien j’avais la vue courte de renier tout cela, et si ce n’est pas trop tard, j’aimerais avoir la chance de te le prouver. »

Finalement libéré de cette difficile déclaration, il la regarda anxieusement attendant sa réaction. Comme les larmes lui montaient aux yeux elle regarda au loin, et un tiraillement de peur refit surface. « Ou alors nous pourrons mettre tout cela sur le compte du décalage horaire » suggéra t’il sans conviction.

« Oh, ne t’avise pas de faire machine arrière, maintenant » rétorqua t’elle en larmes, tirant sa tête vers elle pour le rencontrer et initier un autre baiser profond, qui le laissa chancelant. « Tu l’as dit, maintenant tu vas devoir gérer cela. »

« Oui Madame » répliqua t’il, l’attirant plus près.

Prés de vingt minutes plus tard, ils étaient encore debout à la fenêtre dans les bras de l’un l’autre, découvrant la nouvelle puissance de leur lien. A la fin Mac leva la tête de sa poitrine. « Je devrais probablement partir » dit t’elle incertaine.

Comme elle reculait, il attrapa son bras arrêtant le mouvement. « Reste avec moi » implora t’il doucement.

« Pour la nuit ? »

« Pour commencer » Il sourit mais la requête était sincère. « Tu n’as pas de lit dans l’autre chambre. A coté de ça, j’ai réussi à dormir quand nous étions ensemble tout à l’heure. Peut être que je réussirai à nouveau. »

D’une certaine façon cela la toucha presque autant que sa précédente déclaration. « Je devine qu’Harriet sait où me trouver, » décida t’elle, l’autorisant à la pousser vers le lit. Une autre idée jaillit dans son esprit, et elle ajouta maladroitement, « tu penses bien à dormir, n’est ce pas … ? »

A son soulagement, il s’étrangla de rire. « Mac, si j’avais vraiment autant d’ ambition en ce moment, crois moi, tu serais la première à le savoir. »

« Okay. Je voulais juste vérifier. »

Ils s’installèrent l’un contre l’autre confortablement, comme si c’était la centième fois qu’ils partageaient un lit et non véritablement la première. Avant longtemps, chacun se laissa gagner par le sommeil, trouvant un t réconfort dans l’idée que s’ils pouvaient revenir de si loin en une simple nuit, rien n’était vraiment hors de portée.

Chapitre 5

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