Broken Hallelujahs

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0943 Local
Centre médical

« Ou Harm est il parti se promener ce matin ? » demanda Harriet en faisant entrer A.J dans l’ascenseur. « Il sera ici dans quelques minutes, » répliqua Mac en soulevant le bambin pour qu’il presse le bouton. « Il a promit d’appeler sa mère, je cite, au moment où ses six heures quitteraient l’Afghanistan, fermez les guillemets. Il n’avait jamais eu l’opportunité jusqu’à maintenant, et comme les Publiques vont sûrement offrir ses derniers exploits à la presse bientôt, il s’est dit qu’il ferait mieux de l’appeler avant qu’elle découvre exactement ce qui l’a occupé. »

« Probablement une bonne idée » approuva Harriet. « Je ne connais pas grand chose à propos de sa mère, mais si ce petit bonhomme devait un jour me faire un tour pareil, et puis ne m’appelait pas, il aurait sûrement droit à la soupe à la grimace pour un an.» Elle caressait les cheveux d’A.J affectueusement et le petit garçon lui retourna un sourire rayonnant. « Alors. Vous avez quand même pu dormir la nuit dernière ? »

Mac soupira, pas surprise qu’elle ait déjà trouvé le moyen de revenir sur ce sujet. Mais il lui était difficile d’être vraiment irritée, car elle gardait au fond de sa mémoire le doux baiser de son partenaire, juste avant qu’elle regagne sa propre chambre tôt ce matin. « Pour votre information, je n’ai rien fait d’autre que dormir cette nuit. Merci. »

« Si vous le dites… »

« Harriet. Est-ce que vous pensez réellement que je suis allée là pour ……. » Elle se censura elle même rapidement, jetant un coup d’œil au visage innocent d’A.J. « Je veux dire, après toutes les choses qui sont arrivées, aucun de nous n’était dans le bon état d’esprit pour ça. »

« Désolé. C’est juste que …. Il semble que tous les deux, vous ayez une chance cette fois, n’est ce pas ? »

Incapable de réprimer son excitation grandissante, Mac acquiesça en silence et avec un sourire cachottier. Presque immédiatement, cependant, elle y mit un frein, éprouvant une pointe de culpabilité à être elle-même si pleine d’espoir, quand ses amis étaient touchés si durement. Harriet le remarqua et secoua la tête. « Mac soyez heureuse, je le veux pour vous. J’ai besoin de sentir le bonheur autour de moi, vous savez ? »

Mac sourit avec reconnaissance et prit la main d’A.J comme les portes de l’ascenseur s’ouvraient. Comme ils approchaient de la chambre de Bud, un aide soignant les informa que le Lieutenant était en bas à l’unité orthopédique, ayant de nombreux tests à faire sur les restes de la structure osseuse de sa jambe blessée. Les femmes choisirent d’attendre, et prirent les mêmes bancs qu’ils avaient utilisés la veille.

Bientôt, Harm apparut près des portes de l’escalier, vêtu d’un T-shirt marron et d’un pantalon de treillis du désert, qui étaient identiques à ceux de Mac. Ils avaient porté leur tenue de combat pendant la majeure partie des deux semaines passées, mais elle ne pouvait pas résister au fait de le piquer un peu avec ça. « Vous n’avez pas votre uniforme khaki dans votre paquetage, marin ? »

« Un seul, et il était froissé importable. De toute façon c’est ça ou la tenue avec laquelle j’ai volé. En fait, vous êtes juste jalouse parce que quelqu’un porte la même tenue que vous. » Il tenait ses bras croisés sur la poitrine.

« Vous ressemblez à un Marine, » commenta Harriet surprise et amusée.

« Je sais. C’est déprimant n’est ce pas ? » Immédiatement il rassembla ses forces comme Mac bondissait sur ses pieds, prête à défendre l’honneur du Corps des Marines. « D’accord, d’accord, je me rends, » dit’il en rigolant, essayant d’éviter les coups qu’elle faisait semblant de lui donner. « Je ferais mieux de commencer avec quelqu’un de plus petit ce matin. Tu veux bien A.J ? »

« Ouais ! » dit A.J gaiement. « Tu me soulèves ? »

« Viens là mon petit pote.» Harm balança le petit garçon sur ses épaules, provoquant un hurlement de délice. « Hé, je parie que si on s’étire vraiment fort, tu peux toucher le plafond. Tu veux essayer ? »

« Ouais ! » A.J remuait ses petits bras, les soulevant le plus haut qu’il pouvait.

Un garçon de salle poussait le fauteuil roulant de Bud et comme ils arrivaient au coin, il aperçut le petit groupe assemblé dans le couloir. Voir son fils jouer avec tant d’enthousiasme avec le Capitaine le découragea un tout petit peu. Il avait attendu des mois pour être réuni avec sa famille, mais dans ces conditions, il n’avait pas d’intérêt pour un gamin de trois ans. A.J avait besoin de quelqu’un pour courir et ramper à quatre pattes avec lui, quelqu’un disposant pleinement de son corps et son esprit. Quelqu’un comme Harm admit il à contre cœur, et bien qu’il sache qu’il devrait être reconnaissant de la présence de son ami, il ne pouvait retenir une pointe de ressentiment.

« Bud » Harriet le vit la première et se rua pour l’accueillir. « Comment vas tu ?»

« Mieux, je pense » Il l’embrassa et puis regarda Harm poser A.J au sol et laisser l’enfant se ruer vers son père. Bud sourit et tapota son genou. « Tu veux monter, A.J ? »

A.J considéra l’offre pendant un moment, mais son attention fut capturée par quelque chose au fond du hall, et soudainement il s’enfuit. Bud instinctivement commença à se lever, mais rapidement réalisa la futilité de son geste.

« Ne vous inquiétez pas, je le récupère. » Harm fit deux longues enjambées et attrapa A.J par la taille, le jetant par-dessus son épaule. A.J hurlait joyeusement comme son parrain le posait délicatement sur le genou de Bud.

« Merci » dit Harriet jetant un regard de désapprobation à son fils. « Il est dans sa période course »

Bud garda une expression neutre, essayant de ne pas trahir le fait que les quelques minutes passées avaient justement mis en lumière, de façon brutale, toutes les choses qu’il ne pourrait désormais plus faire dans la vie. « C’est bon de vous voir, Monsieur » offrit il d’une voix incertaine.

« Pas à moitié aussi bon que de vous voir, Bud » Harm serra sa main chaleureusement, semblant totalement à l’aise. L’homme était chez lui n’importe où, nota Bud. Il réussisait même à paraître normal en tenue de combat, quelque chose que le jeune officier n’avait pas vraiment réussi à faire. Quand on lui avait remis son treillis BDU à bord du navire, il en était arrivé à la conclusion que certaines personnes étaient faites pour être marins, et pour la seule raison que tout autre uniforme semblait déplacé sur eux.

« J’ai entendu dire que vous allez être libéré pour rentrer au Pays dans deux jours. » commenta Mac comme elle rejoignait le groupe.

« Bonjour Mac. Ouais c’est ce qu’ils disent. Je serai à Bethesda pendant un moment, mais au bout du compte je pourrai voir cette nouvelle maison que je suis censé avoir. » Il réussit un faible sourire. Harriet prit en charge le fauteuil roulant, et le guida à travers le couloir vers sa chambre. Les autres officiers restèrent près de la porte timidement, pendant qu’il luttait pour se mettre au lit tout seul. « Alors l’Amiral ne vous a pas encore ordonné de rentrer à Washington ? »

« Nous sommes en permission, » répondit Mac avec un haussement d’épaules. « Sturgis est arrivé la nuit dernière, aussi il ne sont pas totalement en sous effectifs. L’amiral nous a simplement ordonné de rentrer à la maison en même temps que vous. »

Bud approuva – c’était typique de leur commandant. « Qui est ce qui va venir prendre ma place sur le Seahawk ? »

Harm et Mac échangèrent un regard, mais c’est le capitaine qui répliqua. « Apparemment, cela devrait être Singer. »

« Merci mon Dieu, pour cette petite faveur, » dit Harriet avec véhémence, puis instantanément mit la main sur sa bouche comme les autres lui donnaient un curieux regard. « Je veux dire……oh, zut à la fin. C’est juste que je ne veux plus avoir à faire à elle de nouveau. »

« Hé bien elle sera probablement de retour dès la fin de la croisière, aussi votre répit ne sera pas bien long, » nota Mac avec un sourire contrit.

« Avec un peu de chance, il s’écoulera suffisamment de temps pour qu’elle oublie un certain incident de la semaine passée. » La jeune femme blonde se déplaça pas très à l’aise comme trois paires d’yeux étaient fixées sur elle, attendant une réponse. « Elle avait pratiquement jubilé à propos du fait que tous deux vous étiez portés disparus durant le bombardement, et nous avons eu, hum… un point de désaccord.»

« Quelle sorte de désaccord ? » voulut connaître Bud, concerné.

« La sorte qui finit avec un œil au beurre noir. »

Ils restèrent muets de stupeur pendant un moment, puis Harm éclata de rire. Mac n’était pas loin derrière et Harriet offrit un sourire embarrassé. « Cela m’a fait beaucoup de bien » admit t’elle, ce qui eut pour effet de les faire rire encore plus fort.

« Harriet, en fait vous l’avez frappé ? » réussit à dire Harm, après s’être calmé. « Est-ce que quelqu’un d’autre est au courant ? »

« J’ai le sentiment que Tiner et l’Amiral ont des soupçons, mais elle ne m’a pas dénoncé. Je regardais par-dessus mon épaule toutes les cinq minutes pendant le travail, attendant des représailles. » Les deux officiers supérieurs essayaient de garder le contrôle de leurs rires, et elle leur jeta un œil accusateur. « C’est facile pour vous de rigoler ! Vous êtes plus gradés qu’elle ! Je suis juste heureuse qu’elle soit partie un moment. Peut être que quand elle n’obtiendra pas de courier, elle commencera à comprendre pourquoi je passais autant de temps sur la messagerie instantanée. »

« Et bien, au moins, vous n’aurez plus à compter sur la messagerie instantanée pendant un moment » dit Mac d’un ton rassurant. « Vous allez être ensemble, et je suis sure que Bud va revenir au Quartier Général du JAG, avant longtemps. »

Bud n’était pas du tout sur de ça, mais il approuva de la façon la plus désinvolte qu’il pouvait.

« Veux faire pipi, » annonça soudain A.J . Harriet lui prit la main et se dirigea vers la porte, mais en chemin le petit garçon attrapa aussi la main de Mac. Elle rit et haussa doucement les épaules, comme il la tirait vec lui, laissant seulement Harm et Bud dans la pièce.

Un silence gêné flotta dans l’air pendant un moment, comme les deux hommes cherchaient un sujet de conversation. « Vous avez entendu les résultats des playoffs de NBA ? » offrit Harm finalement.

« Ouais, Sacramento s’est fait sortir. Et il n’y a plus que les Nets pour résister à L.A. »

« Je sais. Ces damnés Lakers vont finir par tout gagner encore une fois. » Un autre silence tomba, jusqu’à que l’officier supérieur fouille dans le sac d’Harriet. « Hé, j’ai trouvé ça dans un magasin de souvenirs. J’ai pensé que vous pourriez être capable d’en faire bon usage. »

Il lui tendit un jeu d’échec magnétique. « Merci » répondit Bud, le posant sur la table. « C’est une bonne idée. »

« Il me semble que je vous ai promis une revanche, pour la dernière fois où vous avez botté mes six heures à bord du bateau. Quoique vous allez sûrement me battre à nouveau. »

Bud hésitait. Il avait reconnu les intentions de l’autre homme, et sur un certain plan il appréciait cela. Mais se concentrer sur un des rares sujets où il était supérieur à Harmon Rabb n’allait pas améliorer son humeur. Au contraire cela semblait accentuer la multitude de voies dans laquelle il se sentait toutes sortes de choses, excepté supérieur. Diable, si il voulait simplement consacrer sa pleine attention à cela, Bud n’avait pas de doute que Harm trouverait le moyen de le battre aussi aux échecs. Jamais auparavant il n’avait été si douloureusement conscient des différences entre eux.

« Je ne sais pas si je suis prêt à être bien concentré maintenant, Monsieur. Peut être une autre fois. »

Les yeux d’Harm ne trahirent aucune désapprobation, mais il sentait monter la discorde. « Bud je ne porte pas mes feuilles de chêne, » dit ’il tranquillement. « Je suis ici parce que je suis votre ami. Vous le savez. »

« Naturellement je le sais. C’est juste – je suis désolé Monsieur, mais les choses sont assez confuses pour l’instant. »

Cet échange guindé venait de se terminer quand le Quartier Maître Coates passa la tête à travers la porte. « Bonjour Messieurs, » dit t’elle avec un sourire, inconsciente de cette tension. « Vous êtes d’accord pour un peu plus de compagnie Lieutenant ? »

« Jen, entrez. » Bud s’égaya considérablement comme la jeune femme pénétrait dans la pièce.

« Vous semblez bien, Monsieur. On vous traite comme il faut ici ? »

« Pas trop mal. Mais je suis heureux de vous voir. Je pense que j’aurais dû suivre mon propre conseil, hein? »

« Vous voulez dire à propos de ne pas marcher en dehors de la route ? » fit Jen avec un geste de résignation. « Si vous l’aviez fait, ce petit garçon aurait été transformé en pomme chips. »

« Savez vous ce qu’il lui est arrivé ? S’il va bien ? »

« Le quartier maître se mordit la lèvre d’impuissance pendant un moment. « Je n’ai pas réellement fait attention, Monsieur, tout était complètement dingue…… Je demanderai autour de moi quand je vais revenir sur le bateau, d’accord ? »

« Oui, merci. » Bud retint une vague de frustration qui montait. Prendre conscience de ce qui était arrivé devenait assez difficile. Maintenant il ne pouvait même pas avoir la certitude d’avoir sauvé une vie.

Harm regardait les deux camarades de bord et réalisa qu’il n’avait pas sa place dans l’épouvantable souvenir qu’ils partageait. « Je vais chercher une tasse de café, » dit t’il en se levant. « Quelqu’un veut quelque chose ? »

Recevant une paire de « Non merci Monsieur » en réponse, il quitta la chambre et retrouva Mac et Harriet qui revenaient avec A.J. « Jen est ici » leur dit t’il en jetant le pouce vers la porte. « J’ai pensé à les laisser entre eux quelques minutes. »

Harriet approuva légèrement, décidant de descendre avec A.J vers les distributeurs automatiques pour un petit en cas. Mac étudiait avec attention son partenaire, essayant de discerner ce qui avait changé dans son attitude. « Tout va bien ? » lui demanda t’elle doucement, mêlant ses doigts dans les siens sans une ombre d’hésitation.

Il sourit à ce simple geste, relevant leurs mains entrelacées pour déposer un baiser sur son poignet. Etonnant avec quelle facilité les choses avaient changé pour eux. « Sur » il répliqua.

Mais elle le connaissait trop bien pour en être persuadée. « Marin, dis moi ce qui te travaille, » commanda t’elle calmement mais fermement.

Il regardait au loin. « Je ne peux pas obtenir de Bud qu’il arrête de m’appeler Monsieur »

« Harm parfois il fait cela même chez lui. C’est juste Bud. »

« Mais il t’a appelé Mac ce matin. Il t’appelle Mac et moi Monsieur. Je ne sais pas, c’est juste que je sens qu’il n’ait pas à l’aise avec moi soudainement. »

« Après tout ce qu’il a traversé, je pense qu’il est naturel qu’il soit un peu secoué. A coté de ça qui est le plus à plaindre ? Après ton crash l’année dernière, tu ne pouvais même pas te rappeler de son grade. »

« Merci de me le rappeler. » Il jeta un coup d’œil à travers la chambre de Bud et remarqua que Jen était en train de poser le jeu d’échec sur la table. Secouant la vague trace de blessure qui en résultait, il serra plus fort la main de Mac. Il n’avait pas le droit de juger l’état d’esprit de son ami. « Tu as raison. Cela ne fait rien. Allons prendre un café, d’accord ? »

Deux jours plus tard
1625 EDT
Base aérienne d’Andrews, Maryland

L’Amiral Chegwidden cligna ses yeux pour se protéger du soleil de cette fin d’après-midi et s’avança sur le tarmac pour saluer l’arrivée de ses officiers. L’énorme avion C-130 avait roulé sur la piste pour stopper prés du hangar principal, et la rampe avait été abaissée pour permettre aux passagers de sortir.

A.J sourit dés qu’il aperçut la famille Roberts. Son homonyme était assis évidemment sur le genou de Bud, et Harriet poussait le fauteuil roulant avec son habituelle réjouissante détermination. Harm et Mac suivaient derrière à une distance polie, et il fut surprit de voir combien ils paraissaient épuisés. En peu de temps ils l’aperçurent , et une identique expression de confiance sereine apparut sur leurs visages.

« Amiral, c’est un plaisir inattendu, » dit Harriet avec gaîté comme le groupe approchait. « Vous n’aviez pas à venir à notre rencontre. »

« Lieutenant vous seriez surprise du nombre de personnes qui voulaient être ici aujourd’hui. J’ai une pile de demande de permission sur mon bureau d’un pied de haut. Mais j’ai imaginé que vous ne seriez pas prêts du tout à accueillir un comité, aussi j’ai usé du privilège de mon grade. »

Bud regarda leur commandant avec une prudente gratitude : il n’aurait pas voulu affronter l’équipe au complet du Quartier Général aujourd’hui, et il suspectait que l’amiral le savait. « Merci, Monsieur » dit t’il simplement. « J’espère que vous me pardonnez de ne pas me mettre au garde à vous. »

« Juste pour cette fois, fils. » Le JAG lui serra la main fermement. « Un transport est ici pour vous amener à Bethesda. Aussitôt que vous serez debout et disponible, je serai prêt à discuter avec vous de votre nouveau poste. Pas de précipitation évidemment, mais je veillerai à ce que votre bureau soit prêt. Maintenant, concentrez vous sur votre convalescence. »

« A vos ordres Monsieur. »

« Nous restons en contact.» Il donna une tape sur l’épaule du jeune officier et se tourna vers ses avocats. Son attitude calme n’avait pas changé, mais il souleva un sourcil. « Est-ce un nouveau développement ? »

Harm et Mac suivirent son regard – et au même moment tous les deux réalisèrent non sans une pointe d’horreur qu’ils se tenaient encore la main. Ils avaient passé tellement de temps ces derniers jours à garder ce simple mais rassurant contact, que c’était devenu presque une seconde nature. Malheureusement, leur manque de prévoyance les avait effectivement conduits dans une impasse, et maintenant ils avaient à faire face au problème de leur nouvelle relation alors même qu’elle venait de commencer. « Hum, nous pouvons dire cela, Monsieur » dit Harm faiblement, venant rapidement à la conclusion que l’honnêteté était la meilleure des politiques.

Les yeux noirs de l’amiral ne donnèrent aucun signe d’approbation ou de désapprobation. « Gardez ça en dehors du bureau » il ordonna et il passa à autre chose. « C’est une bonne chose que vous soyez de retour. Tiner a failli avoir une attaque à force de répondre à tous les appels que vous avez reçus. Vous allez avoir à gérer tous les deux un grand nombre de demande de la presse – spécialement vous capitaine. Les services peuvent réellement utiliser une belle histoire pour mettre en lumière la situation de façon positive, et les RElations Publiques ont sauté sur votre tour de force avec cette course poursuite nucléaire avec un grand enthousiasme. Je vous fais confiance pour leur fournir ce dont ils ont besoin tout en maintenant un niveau adéquat dans le traitement de vos dossiers. »

« Naturellement, Monsieur »

« Alors je vous retrouve tous les deux à 0800 demain. Rentrez à la maison et tachez de dormir. »

« Oui, Monsieur. » Ils saluèrent rapidement, se relâchant seulement après qu’il ait tourné vers le parking. « Cela ne s’est pas passé comme je m’y attendais » commenta Mac tranquillement.

« Toi et moi ensemble. Je pense que cela veut dire que nous n’aurons pas d’ennui. » Harm haussa les épaules et balança son paquetage plus haut sur son épaule. « Alors comme ça il nous a ordonné de rentrer à la maison. Il n’a pas spécifié que chacun aille dans son appartement respectif, n’est ce pas ? »

Elle roula simplement ses yeux vers lui. « Ne pousse pas ta chance, matelot. »

Quatre semaines plus tard
1328 EDT
Quartier Général du JAG
Falls Church, Virginie

Bud se tenait prés de sa femme dans l’ascenseur, s’appuyant avec précaution sur sa béquille. La prothèse de sa jambe était encore nouvelle, et il n’était pas tout à fait habitué à sa sensation. Il n’était pas sur de jamais vraiment prendre l’habitude de ça, mais il avait commencé à admettre le fait qu’il n’avait pas d’autre choix en la circonstance. La douleur fantôme qui parfois le réveillait la nuit était surréelle mais tolérable. La thérapie physique, d’un autre côté, était une torture absolue. Pas douloureuse réellement, mais humiliante. Son fils de trois ans pouvait courir et sauter avec aisance, il semblait que lui en était encore à trébucher sur les plus petites marches. Les escaliers dans la nouvelle maison étaient une provocation journalière.

Il n’avait pas l’intention de venir au JAG avant un bon moment. Il n’était pas entièrement sur de vraiment revenir au JAG du tout, mais c’était un problème à traiter un autre jour. Aujourd’hui il était là seulement parce qu’Harriet l’avait supplié de venir. Elle s’inquiétait constamment du fait qu’il ne voyait pas suffisamment ses amis, qu’il avait été trop longtemps éloigné de toutes les choses qui avaient fait sa vie avant son fatidique périple sur le Seahawk. Quoique sa vie avant le voyage lui semblait aussi lointaine que son enfance, il avait accepté à contre cœur de faire une brève visite au Quartier Général, simplement pour la calmer. Après tout, tout le monde au bureau avait été d’un incroyable support : toute la nourriture qu’ils avaient envoyée avait permis à Harriet de ne pas cuisiner pendant deux semaines .

Il pouvait supporter quelques minutes de sympathie suffocante. OK ?

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et il prit une profonde respiration avant de prendre la direction du bureau. Harriet suivait un peu derrière, gardant un œil sur sa progression.

Quelques minutes plus tard, Harm jeta un coup d’œil au dessus de son ordinateur, entendant un léger brouhaha au delà de la vitre de son bureau. A travers le store à moitié fermé, il pouvait voir un groupe d’officiers se massant autour des Roberts, et un faible rayon d’optimisme traversa son esprit. Peut être que Bud allait commencer à revenir dans le bain. Il avait essayé de nombreuses fois durant ces dernières semaines de pousser son ami à sortir. Il avait aidé Harriet pour le papier peint de la chambre d’A.J, lui et Mac les avaient invités à dîner au moins deux fois ; mais chaque fois qu’il le rencontrait, Bud semblait encore plus renfermé, parlant seulement pour répondre aux questions directes. S’il levait les yeux, c’était pour regarder Harriet ou Mac, et la fissure entre les deux hommes était en train de renforcer Harm dans son incroyable sentiment de culpabilité.

La frénésie des médias au sujet de la menace sur l’escadre du Seahawk avait été plus intense que certains l’avaient prévu. Pendant une à deux semaines après leur retour, Harm s’était retrouvé à faire plus d’interviews que de contre interrogatoires – et il en était venu au point où il mourait d’envie de répondre à tous ces coups de téléphone par un bref ‘pas de commentaire’. L’expérience l’avait épuisé, et pas seulement parce qu’il était fatigué de répéter comme un perroquet la même rhétorique à toutes les agences de presse de la planète. Chaque fois qu’ils le ramenaient en arrière en le faisant parler de ça, son esprit dérivait vers un courageux lieutenant qui était en train d’apprendre à remarcher. Personne n’avait demandé d’ interview à Bud. La Marine ne paradait pas avec lui devant les caméras pour se faire à bon compte un peu de publicité positive. Quelque part cela sonnait mal et cela perturbait encore plus l’esprit du fier capitaine chaque fois que Bud refusait de rencontrer son regard.

Peut être que maintenant que le chaos était passé, il pouvait réduire la distance qui s’était ouverte entre eux. Se déplaçant vers la porte de son bureau, il aperçut le trait de panique dans les yeux du jeune homme, et décida d’aller le secourir de la foule le noyant sous les bons vœux.

« Ok tout le monde. Laissez cet homme respirer. » Les membres de l’équipe se dispersèrent consciencieusement au son de la voix de l’officier supérieur. « Venez Bud. Venez vous remettre. »

Bud leva les yeux vers Harm, gratitude et appréhension se combattant dans son espirit. Hors de la poêle à frire et dans le feu, pensa t’il irrationnellement. Se forçant à sourire, il boitilla vers le bureau du commandant et se laissa tomber lourdement sur la chaise.

« Merci pour le secours. Il y a des limites à ce qu’un homme peut encaisser. »

« Ouais, je connais se sentiment. » L’expression d’Harm flotta comme il réalisace que cela sous-entendait. « Bien, pas entièrement je pense. Et bien, heu .. il semble que ça se passe bien en rééducation. »

« Je ne peux pas encore laisser de poids sur la jambe trop longtemps. » Bud étudiait ses mains repliées, n’offrant rien de plus. Après une minute Harm essaya à nouveau.

« Vous savez le temps a été magnifique dernièrement, aussi j’ai pensé à sortir Sarah ce week-end. Peut être que vous pourriez sortir en douce et venir voler avec moi ? »

Voler. Il avait toujours adoré ça dans le passé, mais maintenant il ressentait cela comme un autre brillant exemple de combien il avait été naïf, à pratiquement adorer le sol que le commandant foulait. A défaut d’autre chose – cet accident l’avait brutalement rappelé à la réalité – il ne serait jamais le même genre de personne qu’était Harmon Rabb. Cette prise de conscience ne semblait ni bonne ni mauvaise : c’était juste un fait, et en conséquence, malgré tous ses efforts, il lui était impossible d’avoir un geste amical envers l’homme qu’il avait autrefois considéré comme son meilleur ami.

« Le Colonel pourrait être de meilleure compagnie, Monsieur ? »

« Elle n’aime pas ça autant que vous. Venez ce sera superbe. Nous pouvons faire du rase motte dans les collines et effrayer les campeurs. »

« J’apprécie l’offre, Monsieur. » Bud fut aussitôt honteux de sa propre froideur et de son impuissance à changer cela. « Mais c’est non. »

Seul un léger tressaillement fut visible dans l’attitude toujours composée d’Harm, mais quiconque le connaissait aurait entendu le ton blessé dans sa voix. « Bud, je ne sais pas si vous êtes à l’aise pour discuter de ça » dit t’il doucement, « mais je veux que vous sachiez que j’ai un respect du diable envers vous pour ce que vous avez fait. »

« Bien évidemment vous avez du respect. » Il savait qu’il devait réprimer le brin d’ironie dans ses mots, mais il ne pouvait en trouver l’énergie. « C’est exactement ce que vous auriez fait, n’est ce pas ? »

Pris au dépourvu par son franc parler, Harm attendit un moment avant de répondre. « J’aime à penser ainsi » dit’il honnêtement. « Mais ce n’est pas tout. Je vous respecte pour être capable de traverser cela. Je suis sur à cet égard que c’est une des pires choses dans le monde à endurer, je voulais juste vous dire que vous ne devez d’explication à personne sur la façon dont vous avez choisi de gérer cette situation. Si vous n’avez pas envie de passer du temps avec nous, ou quoique ce soit, nous n’allons pas nous sentir offensés… »

Bud le dévisagea avec incompréhension. « Attendez une minute. Vous me pardonnez mon attitude ? Je n’avais pas réalisé que j’avais besoin d’être excusé. »

« Je suis désolé. Je ne voulais pas dire cela de cette façon. Ce que j’ai voulu dire était que je sais que nous ne pouvons pas comprendre ce que vous êtes en train de vivre, mais si jamais vous avez besoin de parler à quelqu’un ….. » Il s’interrompit comme le regard du lieutenant s’écarquillait plus incrédule, et terriblement méprisant.

« Vous me proposez d’être mon thérapeute maintenant ? Quelle fascinante idée. » Bud eut un rire bref totalement sarcastique comme il sautait sur ses pieds. « Vous avez raison – il n’y a aucune possibilité que vous puissiez comprendre. Ce n’est pas ainsi que ça se passe pour vous. Merci Capitaine mais si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je préfère me passer de votre pitié. »

Il fila vers la porte de sa démarche irrégulière et Harm contourna rapidement le bureau pour l’arrêter. « Bud, je … »

Bud se tourna légèrement, et le regard vide qu’il leva sur l’officier supérieur frappa celui-ci de stupeur. « Laissez moi seulement tranquille, -Monsieur-. »

Le Monsieur final lui déchira le cœur et il s’écoula quelques secondes avant qu’Harm récupère suffisamment pour lui courir après. A ce moment l’amiral Chegwidden sortit de son bureau et Tiner interrompit le travail de l’office avec un « Garde à vous ! »

Harm s’arrêta, jurant intérieurement. L’amiral nota la présence de Bud et leva la voix. « « Heureux de vous voir Lieutenant. Restez dans les parages, puisque cette invitation s’applique aussi bien à vous. Jeudi en huit, le JAG sera fermé de 0930 à 1300. Un personnel minimum restera aux opérations pour assurer les urgences, mais tous les procès en cours seront reportés, car l’équipe senior doit assister à une cérémonie de remise de médaille à la Maison Blanche. Quelle remise de médaille ? Je suis heureux de vous l’apprendre. » Il ouvrit un dossier et commença à lire plus fort. « Par ordre du Président des Etats-Unis et du secrétaire de la Défense, la Navy Cross est décernée au Capitaine de Frégate Harmon Rabb Junior pour son extraordinaire action le 21mai 2002…. »

Harm n’avait pas écouté le reste de l’annonce. Il demeura sans expression, sachant que de nombreux yeux étaient braqués sur lui, mais il recherchait le regard de Bud, l’implorant silencieusement de comprendre. Il savait que c’était inutile cependant. Quoique ce soit qui soit à la base de leur différent actuel, la Navy Cross et la cérémonie dirigée par le Président n’allaient sûrement pas améliorer la situation.

Bud profita de l’occasion pour se déplacer lentement en direction des portes en verre puis de l’ascenseur, ne rencontrant jamais les yeux de l’autre homme. Quand l’annonce officielle fut finie, il était parti.

« Je crois que je n’ai pas besoin de rappeler à quiconque qu’une cérémonie à la Maison Blanche veut dire uniforme d’apparat. » L’amiral Chegwidden finissait. « Félicitations, Capitaine, et que cela ne vous monte pas à la tête. Ce sera tout. »

Comme l’équipe retournait au travail, Harm accepta quelques poignées de main et sourires avant de partir vers les portes, pour réaliser que l’ascenseur était déjà venu et reparti. Avec une rapide volte face il fit quatre longues enjambées pour rattraper l’Amiral. « Monsieur, puis je vous parler un instant ? »

Le JAG marqua une pause devant la porte de son propre bureau. « Que se passe t’il, Mr Rabb ? »

Harm n’avait pas eu beaucoup de temps pour penser à ce qu’il allait dire, mais il se lança. « Amiral, c’est à propos de la cérémonie…. »

« Etes vous déjà en train d’essayer d’améliorer cette médaille en la Médaille d’Honneur ou quoi ? » L’humour léger de l’amiral se dissipa quand il prit conscience de l’attitude incertaine de son officier.

« Au contraire Monsieur. J’en étais à me demander s’il était possible qu’on ait un peu exagéré toute cette affaire.»

L’amiral Chegwidden croisa ses bras sur sa poitrine. « A moins que j’ai lu un rapport circonstancié incorrect, et qu’en fait vous n’ayez pas guidé un missile nucléaire pour l’éloigner d’un porte avions, je ne vois pas comment cette ‘affaire’ aurait été exagérée. Avez-vous quelques raisons de désapprouver l’idée de recevoir la Navy Cross ? »

Ca ne prenait pas la bonne voie. « Non, Monsieur. Je la porterai avec fierté. C’est juste la cérémonie…la Maison Blanche… » Harm redressa les épaules et décida de se jeter à l’eau. « J’aimerais plutôt que ça ne se passe pas comme ça, c’est tout. Si il y avait une façon d’avoir une cérémonie plus discrète ? »

Son officier commandant fronça les sourcils. « Est-ce que tout cela a un rapport avec le lieutenant Roberts ? »

Comment pouvait t’il répondre à cette question ? Comme il tardait pour répondre, l’amiral Chegwidden plissa ses yeux. « Commandant, je sais que ce n’est pas de la timidité en conséquence, quelque soit la raison de ce qui vous perturbe, je vous suggère d’en prendre votre parti et de trouver le moyen de l’accepter. Cela ne va sûrement par être ‘discret’. Ce n’est pas seulement une question de publicité ; il y a aussi un problème moral à prendre en compte. Cela va permettre à beaucoup de gens dans les différents services à se sentir mieux là où ils sont. Et même si cela importait peu, le fait est simplement que l’on ne peut pas décommander le Président. Ai-je expliqué la situation clairement ? »

« Absolument, Monsieur. »

« Parfait. » L’amiral adoucit son expression et parla en baissant le ton. « Ne vous inquiétez pas pour Bud. Il se remettra en selle finalement. Ce sera tout, Commandant. »

Harm tourna les talons et s’échappa vers son bureau, fermant la porte par sécurité derrière lui. Ensemble Mac et Harriet regardèrent sa sortie depuis l’autre bout du bureau, réfléchissant à ce qu’elles avaient juste pu entendre. Pendant qu’Harriet sortait à la recherche de son mari, Mac choisit de donner à son flyboy un peu d’espace. Elle trouverait le chemin de ses pensées bien assez tôt.

Chapitre 6

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