Broken Hallelujahs

6/7
2052 EDT
Au nord de Union Station

« Je n’avais jamais vu Bud comme ça avant, Mac – absolument jamais. Il a déjà été en colère après moi, mais cette fois j’ai senti comme ….. Je ne sais pas, comme s’il ne voulait même pas que j’existe. Ca m’a presque tué de le laisser s’éloigner. »

Mac accrocha le torchon sur son crochet et rejoignit Harm dans le salon. Ils s’étaient installés dans une confortable routine ; il cuisinait le repas, elle faisait la vaisselle. Habituellement, ils discutaient de leurs cas pendant le dîner, pour se débarrasser du travail pour la soirée. Pas ce soir. Ce soir il avait à peine dit un mot, jusqu’à ce qu’elle insiste pour avoir des détail à propos de la visite de Bud, jusqu’au moments où les vannes s’étaient ouvertes.

« Je ne pense pas qu’aucun de nous peut espérer comprendre ce qui lui traverse la tête en ce moment, » remarqua t’elle, prenant place sur le canapé à coté de lui. « Tu dois juste avoir touché un point sensible. Cela n’a probablement rien à voir avec toi personnellement. »

« Non, cela avait tout à voir avec moi personnellement. Il a dit quelque chose qui m’a réellement touché – il a dit ‘ça ne se passe pas comme ça pour vous’. Et il a raison d’une certaine façon. Je veux dire, je n’ai jamais eu à payer un tel prix parce que j’essayais d’aider quelqu’un. »

« Tu as risqué cela plein de fois, en fait, » lui rappela t’elle. « Un fort sentiment de devoir, c’est une des choses que vous avez tous les deux en commun – cela ne devait pas être un point de division. »

« Mais pense à tout cela de son point de vue. Il a fait toutes les choses que tout le monde lui a toujours demandées, et il n’a jamais semé le trouble. Pendant ces mois passés, il a sacrifié sa vie de famille, ce qui est quelque chose que je n’ai jamais eu à faire. Il a été un modèle d’officier, pendant que j’étais limite et que j’ai fait des entorses au règlement depuis le premier instant où j’ai posé le pied sur le Seahawk, il y a sept ans de cela. » Il passa la main dans ses cheveux. « Je crois que je commence à me demander ce qu’il pense réellement de moi maintenant. Et je me demande même carrément si j’ai vraiment mérité toute cette admiration qu’il avait pour moi avant. »

Mac regardait les nuées orageuses assombrir son beau visage, se demandant quelle serait la meilleure réponse. Parfois, elle oubliait que Harm et Bud avaient travaillé ensemble bien des mois avant qu’elle rencontre chacun d’eux. Elle se demandait ce que cela avait dû représenter pour ce jeune enseigne de voir un homme tel que Harmon Rabb s’avancer sur le pont et endosser immédiatement le costume du héros Hollywoodien ? Combien des défauts d’Harm Bud s’était t’il autorisé à voir avant maintenant ?

« Ok » dit t’elle finalement. « Alors c’est pour ça tu as éprouvé le besoin irrépressible de dire à l’amiral que le SECDEF devait être crétin de te donner la Navy Cross ? »

Sa réplique à la limite de l’absurde tempéra un peu son auto pitié, et il jeta un regard en biais dans sa direction. « Quand tu présentes les choses de cette façon j’ai l’impression de passer mon temps à me plaindre en en faisant des tonnes. »

Elle sourit pour s’excuser, se glissant sur le canapé pour passer ses bras autour de lui. « Désolée. Je n’ai pas voulu dire que ton point de vue est sans intérêt. Mais je ne peux pas croire une seconde que tu as fait quelque chose pour perdre le respect de Bud, et de plus, je ne pense pas que tu crois cela non plus. Il souffre Harm. C’est ça qui le guide. Je sais, cela me gonfle de ne pas être capable de l’aider – c’est diablement frustrant pour moi aussi. Mais tant qu’il bataille encore avec toute cette affaire, nous ne pouvons pas nous approcher plus qu’il veut bien nous laisser faire. »

« Je sais. Je te jure que je comprends ça. Je me rappelle ce que j’éprouvais quand j’étais en rééducation après mon éjection sur le pont – je repoussais tout le monde , et j’envoyais balader tous ceux qui osaient se mettre à ma portée. Je sais que ça doit être dix fois pire pour lui, mais honnêtement d’une certaine, cela semble être plus difficile d’être de l’autre coté comme en ce moment. »

Elle regardait ses longs doigts jouant sur ses jambes tandis que les rouages tournaient dans sa tête. « As-tu envisagé de lui parler de ça ? de tout ce qui est arrivé après ton crash. »

Immédiatement il hésita. « Mac ce n’est pas la même chose. Le chemin que j’ai suivi pour revenir alors – même toi tu ne m’aurais pas reconnu. Il me regarderait aujourd’hui, il ne pourrait pas faire le lien. C’était il y a si longtemps ….. »

« Cela fait t’il si longtemps pour que tu l’oublies ? » elle demanda gentiment. « Cela fait t’il si longtemps pour que tu n’en éprouves plus jamais de douleur ? »

Il se tourna vers elle, et même si elle n’avait pas déjà su la réponse, elle aurait été capable de la lire dans ses yeux. « Je ne suis pas sûr que cela soit possible, » il répliqua doucement.

« Alors tu as au moins un peu d’aide à offrir. Tu comprends. »

Après avoir soutenu son regard un long moment, il l’attira plus près et pressa sa joue contre sa clavicule. «Tu est la seule raison à laquelle je m’accroche pour garder ma santé mentale, tu sais cela ? »

« J’avais cette intuition. » Elle plaça une rangée de tendres baisers depuis sa tempe jusque le long de sa mâchoire pendant qu’il passait la main dans ses cheveux soyeux. Bientôt, les baisers de tendre commencèrent à être plus insistants, et alors même comme il les retournait avec ardeur, une petite voix dans le fond de son esprit le demanda malgré tout si c’était réellement ainsi qu’ils voulaient que cela se passe. Ils avaient été ensemble à peu près chaque jour depuis leur retour, mais par une sorte d’agrément non formulé, aucun d’eux n’avait poussé pour une relation plus physique. Ce n’était pas qu’ils ne voulaient pas franchir cette étape : loin de là. L’idée de conduire Sarah Mackenzie dans un lit et d’adorer toutes les courbes sensuelles de son corps était définitivement attirante. Mais il était encore terrifié de faire une erreur catastrophique en demandant trop tôt. Avec toutes les tensions qui avaient entouré leurs vies récemment, il en était venu à la conclusion qu’ils devaient simplement être ….. prudents.

Quand elle se glissa elle-même avec grâce sur ses genoux, le désir et le doute s’affrontèrent, et il lui fallu toute sa volonté pour s’arrêter afin de s’assurer qu’il n’y avait pas de malentendu. « Tu ne m’offres pas de baiser par compassion, n’est ce pas ? » il demanda doucement.

Elle le gifla et sauta sur ses pieds, légèrement exaspérée par la grossièreté, la lourdeur de la question. « Ne sois pas idiot. Ca ne te va pas très bien. »

« Je suis désolé. C’est juste que je n’étais pas sûr que tu …. »

Comprenant son problème, elle attrapa ses mains et tira pour le mettre debout, le regardant directement dans les yeux. « Je vais être claire. Je ne te propose pas de baiser par compassion ou pour toute autre raison. Je t’envoie un message pas très subtil ; je veux que tu me fasses l’amour. As-tu une objection à cela ? »

Comme il luttait pour retrouver contenance, elle prit l’opportunité de mêler son corps au sien, l’attirant vers elle pour trouver ses lèvres. Sentant qu’il répondait instantanément, sa résolution fut renforcée, et elle sursauta de surprise et de plaisir comme sa main glissait à travers le fin tissu de son chemisier. « Dois je prendre cela pour un non ? » murmura t’elle contre son oreille.

Sa réponse fut gênée par ses cheveux et sa respiration soudainement furieuse. « Tu m’as persuadé. »

… Quelques heures plus tard, il était allongé éveillé, mille pensées voltigeant dans son esprit. Elle était lovée contre son coté, dormant en paix, et il lui venait à l’idée que ce devait être la sensation exacte qu’il avait recherchée toute sa vie. Il y avait aussi une trace de confusion ; il ne lui semblait pas normal qu’après une nuit de vraie passion sexuelle avec la femme de ses rêves, il ne puisse pas encore évacuer les bribes de leur dernière conversation.

Peut être qu’elle avait aussi raison à propos de cela. Peut être pourrait il trouver le moyen de montrer à Bud qu’il comprenait. Comme une idée commençait à prendre forme, il se glissa avec précaution d’à coté d’elle et se déplaça silencieusement dans l’appartement vers la bibliothèque. Cela lui prit quelques minutes de recherche avant qu’il tombe sur le livre qu’il voulait, en partie caché derrière une autre rangée, et la couverture sombre avait fanée quelque peu depuis la dernière fois qu’il l’avait vu. Après un long moment d’indécision, il plaça le livre dans sa mallette et retourna se glisser dans le lit.

Elle remua un petit peu à son retour, et il déposa un rapide baiser sur son front. « Hé Mac, » dit t’il doucement, espérant l’amadouer pour la réveiller juste un instant. « Tu es réveillée ? »

« Mmm, » elle répondit d’une voix endormie, se blottissant dans le creux de ses bras. « Qu’est ce qu’il y a ? »

« As-tu un uniforme ici pour demain ? »

« Umm …. accroché dans ton armoire. »

« Oh parfait. Désolé pour le manque de place dans l’armoire. Est-ce qu’il y a assez de place ici ? »

« Pour le moment. » Elle se frotta les yeux. « Si je disais non, tu n’aurais pas l’intention de tout ranger comme un fou à minuit et demi, n’est ce pas ? »

« Fichtre non. Tu m’as épuisé, Marine. »

« Mauviette. » Elle sourit, fermant ses yeux à nouveau.

« Mac ? »

« Quoi Harm ? »

« Tu sais que je t’aime, n’est ce pas ? »

A cela, ses yeux se rouvrirent, mais il avait déjà fermé les siens. Ignorant les larmes qui coulaient le long de sa joue, elle dit une prière silencieuse de remerciement et s’accrocha plus fort. « Oui, flyboy, moi aussi, » murmura t’elle.

Au même moment
Rosslyn, Virginie

Harriet descendait l’escalier en traînant les pieds, serrant sa robe de chambre et se dirigeant vers le bruit de la télévision dans le salon. « Chéri, s’il te plait viens te coucher. Nous devons nous lever de bonne heure si je dois te conduire à Bethesda avant 0800. »

« Je vais dormir en bas. » Bud tendit la main vers le canapé. « Je suis trop fatigué pour me battre avec l’escalier maintenant. »

Harriet le fixa. Il dormait en bas beaucoup trop souvent depuis ces quelques jours. Parfois quand elle se réveillait seule, il était difficile de se rappeler s’il était à la maison ou encore en service en mer. Quoiqu’ elle n’ait jamais osé le confesser à personne, par moments cette illusion lui semblait plus agréable.

« Quelque chose est arrivé au JAG aujourd’hui ? » demanda t’elle tranquillement, s’asseyant à coté de lui et essayant de ne pas regarder la jambe en plastique qui était posée abandonnée sous la table. Il lui jeta un coup d’œil, mais haussa simplement les épaules mollement.

« Rien de spécial. J’ai survécu. »

« De quoi avez-vous parlé avec le capitaine ? »

« Pourquoi ? Qu’est ce qu’il a dit ? »

« Rien Bud. Il n’a absolument rien dit de tout le reste de la journée. Si j’avais à décrire son attitude, je dirais qu’il ressemblait à quelqu’un dont le chat s’est fait écrasé. Tu ne saurais pas quelque chose à ce sujet, par hasard ?»

Il la regarda, légèrement surpris de sa franchise. «Qu’est ce qui te fait penser que je saurais ? »

« Parce que tu lui as dit à peine deux mots dans les cinq dernières semaines, en dépit de tous ses efforts. Je dois accorder que tu n’as pas parlé beaucoup aux autres non plus, d’ailleurs, mais une chose à la fois. Qu’est ce que je n’arrive pas à comprendre ? Est-ce qu’Harm a fait quelque chose pour que soudainement tu éprouves du ressentiment envers lui ? »

« Ce n’est pas très important, Harriet. Je me suis juste rendu compte que je n’avais pas une relation avec lui aussi bonne que je le pensais, voila tout »

« Et tu as une relation meilleure avec Mac ? Ou l’amiral ? Tu as été au moins civil avec eux. Mais Harm est celui qui a essayé le plus dur d’être là pour toi, et il est celui que tu repousses au loin. Qu’ y a-t-il de rationnel derrière tout cela ? »

A l’impatience qu’il voyait dans ses yeux, il pouvait dire qu’il n’était pas seulement question du capitaine. Il avait pris ses distances d’avec elle aussi bien, mais ce n’était pas un sujet dont il souhaité parler pour le moment. «Et bien, je suis sur qu’il va trouver le moyen de se consoler suffisamment pour aller récupérer sa Navy Cross des mains du Président la semaine prochaine. »

Harriet le dévisagea avec incrédulité, essayant de jauger sa sincérité. « Ne me dis pas que tu lui en veux pour ça ? »

« Oh, bien sur que non » il rétorqua, le sarcasme froid et tonique dans la gorge. « Je veux dire, il a encore une fois sauvé le monde, non ? »

« Je n’y crois pas ! » s’exclama t’elle en sautant sur ses pieds. « Bud, pour l’amour de Dieu, il n’a jamais voulu cela ! Tu aurais dû le voir au bureau aujourd’hui. Il est allé implorer l’amiral d’annuler la cérémonie, comme si c’était possible à ce niveau. Il a un sentiment terrible à propos de tout cela. Tout le monde d’ailleurs, et tu ne nous aides pas. »

« Alors c’est ma faute ? » il demanda. « Je suis supposé soulager la conscience collective de tout le monde ? Je n’ai pas demandé à avoir leur pitié. Si le capitaine est si bouleversé par ce qui est arrivé, pourquoi est ce qu’il semble être devenu inséparable du colonel MacKenzie ? »

« Bud, arrête ça tout de suite » ordonna t’elle, furieuse envers lui et envers elle même de ne pas être capable d’obtenir sa compréhension. Si donner de grand coups dans sa tête de mule était la seule façon, alors fichtre, elle n’allait pas se retenir. « Ce sont nos meilleurs amis, et si tu ne peux pas toi-même être un peu heureux pour eux, alors tu mérites vraiment notre pitié. Est-ce que tu penses réellement qu’ils sont dans un bonheur total maintenant ? Ils ne le sont pas ! Je sais – J’ai toujours pensé que si Harm et Mac étaient finalement un jour ensemble, le JAG pourrait se transformer par magie en un gigantesque ‘ happy end’. Dis moi que je suis pathétique, mais basiquement j’attendais que les ballons tombent du plafond et que les MP commencent à chanter un Alléluia impromptu en chœur. Mais ce n’est pas arrivé. Personne n’est excité pour eux – même pas eux mêmes – parce que tout le monde est trop occupé à être inquiet pour toi. Ne peux tu voir cela ? »

Il fut silencieux comme sa tirade le frappait en son for intérieur. Après un long silence, il finit par répliquer. « Qu’est ce que tu me suggères de faire ? Afficher un visage heureux et prétendre que je ne peux plus attendre de revenir au JAG ? Je ne sais pas très bien faire semblant. Je n’arrive pas à trouver beaucoup de raisons d’être heureux ces jours ci, et du coup je n’ai pas vraiment envie de faire des efforts pour que tout le monde autour de moi se sente bien. »

Elle prit une longue inspiration, puis prit une décision avec soin. S’agenouillant sur le sol en face de lui, elle parla à nouveau, plus sur le même ton. « Chéri, rendu à ce point, tu dois commencer à regarder le coté positif des choses. Je sais combien cela semble bête à entendre, mais c’est la seule voie à suivre pour te sentir mieux, si tu arrêtes de penser à ce que tu as perdu et commences à penser à ce qui te reste. Comme tes amis, et puis A.J … et moi. Tu as encore une vie, Bud. Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas autant de soutien à leurs côtés. »

Il ne répondit pas immédiatement, mais la lueur sévère dans ses yeux vacilla et s’effaça pour laisser transparaître de la honte. « Tu mérites mieux que cela, » dit t’il doucement. « Tous d’ailleurs. Je ne veux pas prendre plus que je peux donner. Ce n’est pas correct. Je me suis promis quand j’étais enfant, quand nous vivions avec les bons de nourriture dans des baraquements, que jamais je n’aurais à demander à quelqu’un la charité à nouveau. N’est ce pas ce qui se passe en ce moment ? »

« Tu penses que tu es un fardeau pour moi ? Pour le JAG ? Et c’est pourquoi tu agis ainsi ? » Elle secoua la tête, et le força à rencontrer son regard. « Tu as un long chemin à faire avant de devenir un cas nécessitant la charité. En fait tu as juste à avancer aussi bien que tu le faisais avant, et les choses ne te sembleront pas si sombres. Repousse tout ça, tu veux. Tes amis ne sont partis nulle part. Et moi non plus. »

Sa fervente déclaration le toucha profondément ; il n’avait pas d’autre choix que de partager sa foi. Il se pencha vers elle pour l’embrasser tendrement, se rappelant ce qu’il avait éprouvé la toute première fois où il avait fait ça sur le pont du Seahawk, plus de cinq ans auparavant.

Cinq ans plus tôt, cependant, elle n’avait pas répondu en se glissant contre lui et en écartant rapidement ses lèvres avec sa langue. Perplexe par cette transition inattendue, il ne réagit pas pendant une minute, pendant qu’elle tournait avec agilité et se plaçait dans le grand fauteuil à coté de lui. D’autres souvenirs furent évoqués par les mouvements précis de ses mains délicates, et pendant un moment fugace il se laissa aller rapidement à ses soins exquis.

Puis, comme se réveillant après un rêve, il tressauta pour revenir à la réalité. « Harriet, nous – nous ne pouvons pas ……. »

Elle le fixa à nouveau avec une expression qui était à la fois quelque chose d’innocent et de déterminé. « Pourquoi nous ne pouvons pas ? » demanda t’elle d’un ton neutre.

Il avala avec difficulté, rougissant avec embarras. « Eh bien pour une chose, la logistique semble devoir … être terriblement complexe …. »

« Alors nous allons nous adapter. Je suis souple. » Seule la lueur brillant dans ses yeux trahissait qu’elle était consciente du double sens de ses paroles.

« Trésor, j’apprécie ce que tu essaies de faire, mais .. » Il détourna le regard, les pensées douloureuses. « Tu ne vas pas me dire que tu n’as pas un peu de répulsion à l’idée de coucher avec un homme avec une seule jambe. »

Son cœur craqua un peu plus encore à ses paroles, mais elle refusa de le laisser paraître. « Bud, regarde moi, » dit t’elle doucement, attendant qu’il le fasse avant de continuer. « Tu es mon mari, et rien dans le monde moderne ne pourrait m’empêcher d’être attiré par toi. Rien n’a changé à propos de la façon dont je te vois et de la façon dont je te ressens. Et rien ne pourra jamais le faire. Tu m’entends ? »

Il y avait des larmes dans ses yeux comme elle enlevait sa robe de chambre, et comme il la regardait, ses yeux devinrent brillants aussi. « D’un autre coté, » elle se déplaça, s’occupant de sa ceinture, « nous avons parlé d’avoir un autre bébé il y a quelque temps. Tu ne penses pas que nous pourrions passer à la pratique ? »

Il leva en tremblant la main sur son visage. « Mon Dieu, je t’aime tant, » souffla t’il.

Elle embrassa le bout de ses doigts. « Alors montre le moi. »

Cette nuit là, tous les deux couchèrent sur le canapé.
1106 EDT
Centre de rééducation ambulatoire
Bethesda, Maryland

« Beau travail, Lieutenant. Vous voulez vous arrêter ? »

Bud serra ses dents et s’effondra d’un bloc sur un banc prés du trottoir. « Absolument. Voyez vous un inconvénient à ce que je reste ici un moment ? »

« Pas de problème. Je dirai à votre femme où vous vous trouvez si elle vous cherche. Je vous vois demain. »

Comme le kinésithérapeute s’en retournait vers le bâtiment, Bud prit un instant pour reprendre son souffle. Marcher dehors lui avait semblé une bonne idée avant – le paysage était une nette amélioration par rapport aux murs tristes du centre de rééducation. Mais la chaleur de cette journée de fin juin commençait à monter et rendait toute sorte d’exercice physique plutôt peu attrayant. Surtout qu’il n’osait pas porter de short en public.

Il respira l’air frais pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’une voix familière derrière lui retienne son attention.

« Cela vous dérange si je me joins à vous ? »

Se tournant, il se redressa inconsciemment. « Capitaine. Qu’est ce qui vous amène ici ? »

« J’ai eu à prendre la déposition d’un des docteurs des urgences ce matin. Harriet a mentionné que vous seriez dans les parages. » Harm s’approcha du banc et s’assit à l’autre bout. « Comment vont les choses ? »

« Les choses deviennent un peu mieux chaque semaine, » il répliqua s’efforçant à se détendre. Peut être devrait il en finir avec tout ça. « Monsieur, à propos de ce que j’ai dit l’autre jour ….. »

« Ce n’est pas important. »

« Je pense que ça l’est. J’ai plutôt mal géré toute cette affaire. »

« Moi aussi, Bud. laissons juste tomber tout ça, d’accord ? » Harm jeta un coup d’œil rapide au rassemblement de canards prés du bord de l’étang. « Harriet a dit que vous envisagez de quitter la Navy. » Bud sursauta et se tourna vers lui, abasourdi, mais il leva une main. « Tout va bien. Mac et moi sommes les seuls à qui elle l’a dit. Elle a peur que vous puissiez réellement le faire. »

« Ce n’est pas comme si j’avais déjà pris la décision . Je vais avoir droit à une dispense médicale. Si je vais dans un cabinet d’avocats civils, nous n’aurions plus à nous inquiéter de problèmes d’argent. »

« Si vous voulez ressusciter Brumby et Brumby, alors appelez moi, je viendrai vous botter les fesses, » menaça Harm, et ils éclatèrent de rire tous les deux. « Sérieusement Bud, l’argent n’a jamais été votre première priorité avant. Vous allez être nommé capitaine de corvette très bientôt, et vous allez toucher l’augmentation qui va avec. Quelle est la vraie raison ? »

« En plus de ne pas vouloir supporter l’évaluation physique tous les ans sur une jambe et demi ? De combien de raisons ai-je besoin ? » Il flancha sous le regard inébranlable de l’autre homme. « C’est juste que je ne suis pas sur de pouvoir assumer les responsabilités que tout le monde attend de moi, Monsieur. C’est tout ce qui il y a à dire. »

Harm avait commencé à suspecter que sa désillusion allait bien au delà de la blessure dont il souffrait. « Parce que vous êtes incapable de faire cela, ou parce que vous ne voulez pas ? »

Il y eut une longue pause avant que Bud réponde. « J’ai beaucoup regardé les informations dernièrement, » dit t’il avec distance, fixant son regard sur un caillou de l’allée. « Le Pentagone dit qu’ils vont retirer nos troupes d’Afghanistan, parce qu’ils ne s’attendent plus à des combats importants avec Al-Qaïda et les Talibans. Je crois qu’en fait je suis en train de me demander si nous avons atteint tous nos objectifs là-bas, ou si nous laissons tomber et rentrons à la maison. »

Harm fut momentanément perdu ; il avait toujours essayé d’éviter de penser trop fort à cela. « Avez-vous peur que tout ce que nous avons fait là soit du temps perdu ? »

«Hé bien, qui y a-t-il de bon là dedans ? Je veux dire, quel mieux avons-nous amené ? Ben Laden s’en est encore sorti, n’est ce pas ? Et même si il n’y est plus, ce n’est pas comme si ils n’y en avaient plus d’autres comme lui. Est-ce que le monde est réellement plus en sécurité contre le terrorisme aujourd’hui qu’il l’était le 10 septembre ? Pour l’amour de Dieu – personne n’est fichu de me dire si le petit garçon est vivant ou mort ! »

L’amertume de sa voix montait dans l’air jusqu’à que finalement Harm réponde. « Est ce que vous croyez que cela rend ce que vous avez fait moins important ? Je ne crois pas. Je déteste ce qui vous est arrivé, mais je jure que je vous admire tous les jours de l’avoir fait. »

Bud secoua la tête incrédule. « Comment pouvez vous dire cela, de toutes les personnes. Vous avez agi et vous avez sauvé un porte avions rempli de gens. J’ai agi et j’ai sauvé un enfant dont personne n’a rien su. Un seul enfant. »

« Bud, il est beaucoup plus facile de faire ce qu’il faut quand les vies de cinq mille personnes sont en jeu, » dit Harm tranquillement. « Quand l’enjeu n’est pas aussi clair, c’est infiniment plus difficile. Mais c’est ce qu’on appelle du vrai héroïsme. »

Le jeune homme le fixa. « Monsieur, je comprends ce que vous dites, mais je ne sais pas si je peux le croire encore. »

« C’est d’accord, cela viendra dans quelque temps. » Harm ouvrit sa mallette et sortit le petit livre usé. « De toute façon, je vous ai apporté quelque chose. Il y a longtemps cela m’a beaucoup aidé. Peut être que cela vous aidera »

Bud l’accepta, examinant la couverture abîmée avec prudence. « Monsieur, sans vouloir vous offenser, je ne suis pas vraiment dans le bon état d’esprit pour apprécier une de ces histoires motivantes – ‘comment franchir tous les obstacles’ »

« Ce n’est pas une de ces choses. En fait c’est plutôt dépressif comme atmosphère. C’est l’histoire vraie d’un Lieutenant de la Navy qui a été blessé dans un accident et a dû quitter la carrière qu’il aimait. »

« Est-ce qu’il a pu revenir ? »

« En quelque sorte, mais ce n’est pas dans cette histoire. Cela finit quand il essaye de se bouger. »

Une lueur de suspicion traversa l’esprit de Bud. « Et comment il a réussi cela ? »

« Il est allé dans une école de droit, Bud. » Harm se leva du banc et commença à marcher vers le bâtiment. « Comme je l’ai dit. Peut être que cela voudra dire quelque chose. Ou peut être pas. »

Bud ouvrit le livre et reconnut immédiatement l’écriture distinctive de son ami couchée sur le papier. Il regarda dans le coin de la page et lut la date : 20 Mars 1991. Surpris et un peu impressionné, il l’appela. « Cap. – Harm ? Etes vous sûr…. ? »

Harm s’arrêta et se retourna avec un haussement d’épaules. « Je ne peux pas vous dire si le monde est plus en sécurité aujourd’hui qu’il ne l’était le 10 septembre. Tout ce que je sais, c’est qu’il est plus en sécurité quand des gens comme nous montent la garde, que quand nous faisons rien. C’est la meilleure raison que je peux vous donner et pourquoi je suis encore là. Vous avez à décider par vous-même de toute façon si cela vous suffit. »

Quand il fut parti, Bud fixa longuement le journal dans sa main. Finalement, il décida de ne pas se plonger dedans jusqu’à qu’il soit à la maison. Quoique ces pages contiennent, il était certain que cela lui demanderait sa pleine attention.

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