Broken Hallelujahs

7/7

20 Mars 1991

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser pour votre information que je fais cela sous la contrainte. Je ne sais foutrement pas ce qu’ils pensent que je vais obtenir dans le fait de tout écrire comme une foutue gamine de collège, mais le Dr. Meyer a dit d’écrire et je ne suis pas réellement en position d’argumenter, même avec un psy ….alors allons y.

Pourquoi ai-je besoin d’un psy ? Quelle excellente putain de question. Apparemment les dieux de la Navy ont l’impression que d’une certaine façon je suis traumatisé . Je ne sais pas où ils ont trouvés cette idée. Voyons voir – il y a deux semaines j’étais avec mon escadrille en mer d’Arabie. Il y a une semaine je me suis réveillé dans un hôpital en Allemagne. Aujourd’hui je suis planté dans cette chambre, avec rien à faire d’autre que de fixer les murs et de penser à quel point j’ai foutu ma vie en l’air. Mais traumatisé ? Qu’est ce qui pourrait vous faire croire ça ?

Merde, j’ai une tendance hyper sarcastique aujourd’hui. Ok, reprenons depuis le début. Mon nom est Harmon Rabb. J’ai vingt sept ans et je suis Lieutenant dans l’U.S. Navy. Jusqu’à ces derniers jours, j’aurais formulé ma phrase différemment. J’aurais dit que j’étais aviateur dans l’U.S. Navy. C’est la voie que j’ai toujours suivie – c’était que ce que je faisais qui était toujours plus important que qui j’étais. J’étais pilote. Je volais. Notez bien l’emploi du temps passé ici. Maintenant, je ne sais pas ce que je vais faire, et par conséquence, je ne suis pas sur de savoir qui je suis, non plus. Tout ce dont je suis sur c’est que je ne peux pas voler.

Il y a douze jours, je revenais pour un appontage de nuit dans le mauvais temps. Les appontages de nuit sont toujours galère, mais nous en avons tous fait une centaine auparavant, et celui là ne devait pas être bien différent. Visiblement, cette fois fut pourtant différente. Je n’ai pas une image réellement nette de ce qui est arrivé – commotion, ils me disent – mais j’étais trop bas, et notre oiseau a heurté le pont. Je pense que je me rappelle mon RIO hurlant, mais pour tout ce que j’en sais cela aurait pu être mes hurlements. Quand je me suis à nouveau rendu compte des choses, ma mère était assise à coté de mon lit en pleurs et moi je pouvais pas bouger mes jambes. Il s’est écoulé plus d’un jour avant que quelqu’un trouve le courage de me dire pour Mace, mon opérateur radio. Ils ont dit qu’il nous a éjecté trop tôt – son parachute l’a poussé vers l’épave en train de brûler. Depuis lors, je vois des flammes chaque fois que je ferme les yeux, bien que je ne me rappelle pas vraiment le crash. Je pense que c’est le moins que je puisse faire, puisque je suis la raison de sa mort.</i>

Bud relut la page à nouveau, choqué par le ton des mots. L’homme qui avait écrit cela n’était pas l’homme qu’il connaissait – ce n’était pas non plus l’homme qu’il avait rencontré sept ans plus tôt, encore trop consumé par la honte pour porter ses ailes durement gagnées. L’évolution était difficile à imaginer. Il tourna la page presque effrayé de ce qu’il allait trouver.
<i>Je ne peux même pas compter le nombre de personnes qui ont essayé de me dire que ce n’était pas de ma faute. D’accord. Ce n’était vraiment pas sorcier ici. J’étais le pilote, j’étais celui qui essayait de poser ce fichu avion, et je suis celui qui a foiré le truc. D’où ma faute. CQFD merde. Cette chose avec mes yeux – tout ce que cela veut dire c’est que mon temps comme aviateur naval est fini. Cela n’efface en rien ma responsabilité pour ce qui est arrivé. Rien ne pourra le faire. Je reste toujours le mec qui a tué son officier radar. Le mieux que je peux espérer cependant est de résoudre la question : que faire de ma vie, afin de ne plus entendre la voix de Mace dans ma tête jusqu’à la fin de mes jours.

Mais que diable suis-je supposé faire, maintenant ? Je ne peux même pas penser à cela. Jésus, et maintenant je ne peux même pas marcher. Ils m’ont promis que je serai capable de récupérer normalement en fin de compte. Je les crois parfois – le plus souvent quand je suis allongé. Quand ils me traînent hors du lit et me forcent à me mettre debout, en revanche mon dos me fait souffrir comme jamais auparavant, et cela finit par me convaincre qu’ils sont tous un tas de merde.

Honnêtement je n’ai pas aucune idée sur ce que je vais faire la semaine prochaine, le mois prochain, l’année prochaine, et cela me fiche une trouille d’enfer. Aussi je suis là, détestant la vie et écrivant cette stupide connerie de journal à ce sujet. J’espère que vous êtes content, Dr Meyer, parce que je ne me sens pas mieux le moins du monde.</i>
Bud continuait à lire et il commençait se faire une idée de son ami qui était à des années lumières de celle qu’il avait auparavant. La douleur à vif, la fureur, et la culpabilité résonnant dans les mots étaient presque aveuglantes, mais il reconnaissait en eux une tonalité familière. Dieu savait qu’il avait suffisamment enterré de frustration et d’amertume pendant ces dernières semaines – si le conseiller moralisateur en charge de sa rééducation l’avait obligé à écrire ses propres sentiments, il est probable qu’il aurait réagi de la même manière.

La suite continuait à travers le printemps et l’été 1991, comme le jeune Lieutenant Rabb faisait face à une autre opération du dos et à ses conséquences. Il écrivait ses nouveaux doutes sur le fait d’avoir choisi une vie dans la Navy, en suivant la trace de son père sans la moindre question et sur le fait qu’il se sentait soudain trahi par cet héritage. Bud était bouleversé – les mots auraient pu être les siens. Comme lui, Harm avait détesté ses propres faiblesses et n’acceptait pas l’aide dont il avait besoin. A travers tout cela il y avait sous-jacent un courant de détermination, la force de volonté qui était si caractéristique de l’homme qu’il était devenu. Bud n’arrêtait pas de tourner les pages et buvait tout cela, immensément heureux de se sentir juste un peu moins seul.

<i>….je suis descendu à Pensacola hier pour la commission d’enquête. C’était la première fois que je portais mon uniforme depuis que c’est arrivé, et je pense que j’avais l’air pitoyable là dedans. Les questions n’étaient pas si mauvaises au début. Les officiers de la commission n’essayaient pas de m’accuser de quoi que ce soit. Ils me demandaient juste comment cela était arrivé, et bien que je ne puisse pas me souvenir de cela clairement pendant près de deux semaines, je suis sûr maintenant de me rappeler de cet enfer. Cependant je ne pense pas que j’aurai le moindre problème à me rappeler chaque instant de cette journée pendant un long, très long temps. Mais ce n’est pas le sujet. Ce qui m’a réellement démonté, c’est la façon dont ils me regardaient – avec une putain de sympathie. Ils se sentaient désolés pour moi. Peut être que je l’avais mérité. Ce n’est pas comme s’ils avaient des raisons de me respecter ou autre chose. Je ne suis pas sûr que qui que ce soit ait encore des raisons de le faire.

C’est probablement une erreur de mettre cela sur le papier, mais parfois j’aimerais vraiment – </i>
Bud laissa tomber le livre sur la table, incapable de croire ce qu’il venait juste de lire. Il fouilla à travers les pages pour confirmer que ses yeux ne lui avaient pas joué un tour. C’est impossible, Harm n’avait pas écrit et voulu dire cela – n’est ce pas ? Relisant le texte, il sut qu’il n’y avait pas d’erreur et l’idée le désorienta.

Il jeta un coup d’œil à sa montre, considérant ses options. Harriet ne serait de retour à la maison que plus tard – elle devait récupérer A.J à sa crèche. Rapidement, il prit sa décision et chercha le téléphone. C’était quelque chose qu’il avait besoin de savoir et cela ne pouvait attendre un autre jour.

Plus tard
Au nord de Union Station

Mac fut la première à entendre le coup hésitant à la porte, et traversa l’appartement pour regarder à travers le judas. Légèrement surprise par le visiteur, elle ouvrit la porte d’un coup sec. « Bud, rentrez. Est-ce que tout va bien ? Vous n’avez pas conduit jusqu’ici, n’est ce pas ? »

« J’ai pris un taxi. Je, heu… » Il s’arrêta, soudainement repensant à son action. « Je suis désolé, Madame – J’aurais dû appeler….. »

« Ne vous inquiétez pas de ça. » Harm apparut derrière sa partenaire, remarquant immédiatement le journal dans sa main. « Nous étions juste en train de ranger après le dîner. »

« Mais vous avez de la visite. »

« Je ne suis pas de la visite Bud. Je suis pratiquement ici à demeure ces jours ci. » dit Mac en souriant et posant le torchon à sa ceinture. «Commencez déjà par entrer. »

Au ralenti, il pénétra en boitant dans l’appartement regardant le siège bas du canapé avec méfiance. Lisant dans ses pensées, Mac sortit la chaise du bureau pour lui, et prit place dans le canapé elle-même. Harm finit les derniers rangements et vint se joindre à eux. « Qu’est qu’il y a ? »

Bud hésitait. « Mons – Harm, il y a quelque chose que je veux vous demander, mais c’est un peu personnel. » Mac se leva pour quitter la pièce, ne voulant pas être une intruse, mais il secoua la tête. « Ce n’est pas moi – c’est personnel pour vous, je veux dire. » Il tendit le journal en guise d’explication.

Mac regarda Harm pour une indication, et il posa sa main sur son bras. « Je ne veux pas avoir le moindre secret pour toi » dit’il tranquillement. « Reste » A Bud il dit simplement « Allez y.»

Bud rassembla son courage et expliqua. «J’ai lu jusqu’au mois de mai, juste après l’enquête, et il y a quelque chose là que je ne peux pas croire que vous ayez même pensé, encore moins écrit. Je pense, enfin je me demande si peut être vous avez fait cela juste pour voir à quoi cela ressemble, ou …. »

« Vous me demandez si j’ai vraiment voulu mourir ? »

Mac eut un petit hoquet, totalement interloquée. Elle ne savait pas ce à quoi elle pouvait s’attendre, mais certainement pas à une chose pareille. Harm avait à peine attendu le silence de Bud pour faire un signe de tête avant de répondre. « A ce moment là, je pense que oui. Mais vous devez garder à l’esprit qu’il y a une grosse différence entre penser qu’on ne veut plus vivre, et envisager le suicide. Si j’avais vraiment voulu me tuer, je n’aurai pas fait cela. Ce n’est pas comme si je n’avais pas mon pistolet. Mais je n’en suis pas venu à cette extrémité. C’était plutôt l’idée de prendre la place d’Andy, je pense. Je voulais être celui qui est mort, au lieu de lui. A cette époque j’avais un fort sentiment de culpabilité et honnêtement je ne pouvais pas me convaincre qu’il y avait quelque chose qui vaille encore la peine pour moi. »

Il fit un sourire ironique. « Vous devez avoir remarqué que je n’ai qu’une seule chose à l’esprit quand il s’agit de voler. Cette chose je m’y accroche quand je ne suis sûr de rien d’autre. Quelque fois je trouve que cela crée plus de problèmes que de solutions, mais c’est difficile d’aller contre son instinct. » Il risqua un bref coup d’œil en direction de Mac comme il disait cela, et bien que la signification de cet échange ait échappé à l’attention de Bud, cet aveu signifiait beaucoup pour elle. « Perdre cette espèce de direction m’a tout simplement détruit. Les aviateurs sont une confrérie étrange – nous avons tous cette idée que nous sommes destinés à être ce que nous sommes, et quand cela n’a plus marché pour moi, j’ai pensé que ma vie était tout bonnement ruinée. Je ne suis pas fier de ça – c’était pessimiste, une attitude immature, parce que j’avais beaucoup plus à tenter pour moi que je ne voulais l’admettre. Je suis tellement embarrassé par tout ce qu’il y a dans ce livre que j’avais presque décidé de ne pas vous le donner. Je n’avais pas une invalidité permanente, et je le savais. »

« Mais vous étiez seul, » protesta Bud. «Vous n’aviez pas le genre de famille et d’amis que j’ai pour vous appuyer sur eux. Vous avez abandonné la seule chose que vous avez voulu faire toute votre vie, et pratiquement dû repartir à zéro. Je n’ai pas eu à faire cela – je peux encore pratiquer le droit, juste aussi bien avec une jambe que je pouvais le faire avec deux. » Lentement, il réalisa qu’il n’avait jamais verbalisé cette pensée auparavant.

Harm souleva un sourcil avec une trace de sourire. « Alors vous avez probablement obtenu plus de progrès pour vous que vous vouliez l’admettre aussi. En fait je sais que vous l’avez fait. Mais lisez le reste, au moins pour me donner l’impression que je me suis racheté. Vous verrez que je ne suis pas resté désespéré éternellement. »

« Joli travail, flyboy – tu lui as dit la fin de l’histoire, » Mac essayade le gronder d’un ton taquin, essayant encore d’accepter tout ce qu’elle avait entendu.

« Avec ton aide, Marine, » il fit feu en retour de bonne grâce. « Bud, pourquoi ne vous reconduirais je pas chez vous ? Harriet va probablement envoyer une escouade à votre recherche tôt ou tard. »

« Cela serait super. Merci. » Bud sauta sur son pied, secouant sa tête. « J’espère que vous ne prenez pas ça mal, Monsieur, mais je suis stupéfait de voir d’où vous êtes revenu depuis lors. Maintenant je peux me rendre compte réellement que c’était la même chose pour vous alors, et depuis que je sais combien c’est dur de traverser cette genre de situation ….je ne sais pas, je devine je suis juste impressionné. Je veux dire, voir où vous êtes maintenant – vous avez obtenu toutes les choses que vous avez toujours voulues…. »

A sa surprise, Harm secoua sa tête avec un petit sourire. « Bud, si c’était complètement vrai, ma vie pourrait ressembler beaucoup plus à la votre. » Il jeta un regard à Mac de nouveau, et cette fois le jeune homme vit et comprit. « Mais j’y travaille. »

Bud retourna le sourire pendant qu’ils se dirigeaient vers la porte. « Ecoutez, si vous avez une soirée de libre la semaine prochaine ? Je vous dois encore une revanche aux échecs. »

… Quand Harm retourna à l’appartement une demi heure plus tard, il trouva Mac encore sur le canapé dans la même position où il l’avait laissée. Une étrange expression chiffonnait son charmant visage, et il fronça les sourcils. « Mac ? Tout va bien ? »

« Hmm ? Oh. Tu es de retour. » Elle cligna des yeux et le regarda, revenant dans le présent. « C’est bien, ce que tu as fait, » dit t’elle honnêtement. « Le laisser voir tout ce que tu as éprouvé, le bon et le mauvais …. Je pense qu’il est parti sur la longue route qui va l’amener à se sentir mieux à propos de tout cela. »

« J’espère aussi. J’espère que je n’ai pas totalement dépassé mes limites, car évidemment je ne peux comprendre ce qu’il traverse que jusqu’à un certain point. Mais il a l’air de comprendre. Je pense qu’il va s’en sortir. » Il se glissa sur le canapé à coté d’elle. « La question maintenant est ; qu’est ce que je peux faire pour que tu te sentes mieux ? »

« Moi ? » Elle feignit la confusion, mais il ne marcha pas dans la combine.

« Quelque chose t’ennuie. Est-ce le fait que Bud sait maintenant plus de choses que toi sur ce moment particulier de ma vie ? Parce que si tu veux le lire aussi …. »

« Ce n’est pas ça, bien que j’aimerais le lire dans quelque temps. C’est plus le fait de t’imaginer dans cet état d’esprit. Je ne t’ai jamais vu être ….vulnérable, je pense. Tu dois admettre que tu es plutôt bon à apparaître indestructible. C’est dur d’envisager que tu as été comme cela à cette époque, mais certainement j’ai quelques expériences personnelles avec le sentiment de désespoir…… » Elle haussa les épaules, tirant ses cheveux derrière son oreille. « Peut être que je suis juste en train de réaliser que nous avons beaucoup plus en commun que je ne le pensais. »

Il acquiesça pour montrer qu’il comprenait, posant ses doigts sur sa joue pour en suivre le contour. « Tu ne penses pas que je suis vulnérable en ce moment ? » il demanda. « Assis ici avec la femme que j’aime plus que ma vie, la seule personne qui voit à travers toutes mes défenses ? »

S’émerveillant de la façon dont ces mots semblaient sortir si facilement de ses lèvres, elle sourit un peu. « Ce que tu as dit à Bud avant de partir, sur le fait de vouloir que ta vie soit plus comme la sienne – c’était pour son bénéfice ou le mien ? »

« Peut être les deux. Mais pourquoi est ce important ? C’était la vérité. »

« Une famille et une maison en banlieue ? »

« Tu ne penses pas être capable de relever le challenge ? »

Elle ne répondit pas sur le moment, et brièvement il regretta d’être allé aussi loin. Ils n’avaient pas discuté quoi que ce soit relatif à leur futur – peut être allait elle juste écarter cela avec une plaisanterie, et ils seraient capables d’esquiver les questions contenues dans ce commentaire….

Mais elle ne plaisanta pas. A la place, elle se pencha vers lui et caressa ses lèvres avec les siennes. « Je t’aime, matelot, » dit t’elle simplement, et elle s’installa dans son accueillante étreinte.
2216 EDT
Rosslyn, Virginie

« Bud, tu montes ? »

« Cinq minutes, trésor. Je finis juste la dernière page. »

Bud avait expliqué la signification du journal à Harriet aussitôt qu’il était revenu à la maison. Il n’avait pas eu le choix ; elle avait remarqué immédiatement la différence de son comportement, et après qu’elle ait entendu toute l’histoire, elle avait eu l’air tellement heureuse qu’elle s’était jetée au cou du capitaine. Il ne pouvais pas la blâmer – il se sentait plus fort qu’il ne l’était il y a quelque temps, et ce sentiment était contagieux. Mais il avait besoin de lire le reste du journal, pour assister à la façon dont son ami était passer d’un terrible désespoir à une vraie résolution.
<i>…je ne peux pas encore regarder en arrière ces quelques mois passés et trouver suffisamment de raisons d’être fier. C’est sûr, je suis guéri – j’ai passé mon test d’aptitude physique au premier essai hier, ce qui a surpris ce diable de sergent enregistrant les scores. Prend ça, rigolo. Et j’ai trouvé quoi faire de moi, bien que je ne sache pas encore si cela va marcher ou pas. Qui m’a convaincu de m’essayer au droit, en fait ? Il s’’est écoulé pas mal de temps depuis la dernière fois où j’ai ouvert un livre et je n’ai jamais été transporté à l’idée de parler en public. Non sans mentionner le fait que les officiers embarqués du JAG sont toujours les têtes de turc des équipages. Mais après tout – c’est mieux que de se recycler comme navigateur, ou officier des communications, ou pire cuistot. Peut être en fait que je serai à moitié convenable pour ça. Des choses plus étranges se sont déjà produites, n’est ce pas ?

Je savais que je pouvais démissionner et partir dans le civil, mais la vérité est que j’ai toujours su que ça n’aurait pas marché. J’ai réalisé cela quand je suis retourné à Norfolk la dernière semaine pour vider mon appartement. Le simple retour sur une base navale m’a fait me sentir bien, et je ne peux pas mieux l’expliquer que comme cela. C’est juste qui je suis, je pense. Je suis un officier. Cela n’a pas beaucoup changé quand tout le reste a foutu le camp. Peut être que maintenant ce que je suis deviendra aussi important que ce que je fais.

Je ne pense pas que je vais être une de ces personnes qui croient que tout arrive pour une bonne raison. Je ne peux pas trouver une seule bonne raison à la mort de Mace et en ce moment, je ne peux pas trouver de raison au fait que je sois ici à Washington au lieu de 30 000 pieds au dessus de l’Atlantique. Mais si je passe mon temps à penser à tout cela, je sais que je vais tourner en rond avant même de commencer. Je pense que je souhaite considérer que les choses sont sur le point de bien tourner.

Le meilleur est à venir – Keeter est en ville, et il m’a promis une soirée mémorable avant qu’il embarque sur le Roosevelt. Les cours à Georgetown débutent lundi matin. Souhaitez moi bonne chance.</i>
Bud reposa le livre avec autant de satisfaction que d’étonnement. Si quelqu’un avait dit au Lieutenant Rabb sept ans plus tôt qu’il serait bientôt un des avocats les plus accompli sde la Navy, qu’il serait capable de récupérer son statut de volant et qu’il serait décoré par deux présidents différents, il n’aurait pas cru un mot de tout ça. Pour Bud Roberts, la conclusion était claire : un futur au delà de son imagination l’attendait aussi longtemps qu’il pourrait conserver sa foi. Un futur au JAG, avec ses amis et la famille……Des choses plus étranges sont arrivées, entendit il tel un écho dans son esprit.

Il monta les escaliers, s’appuyant juste un peu moins fort sur la rampe cette fois, et passa par la chambre d’A.J assez longtemps pour placer un baiser sur le front de son fils endormi. Puis il se glissa dans le lit à coté de sa femme et éteignit la lumière.
La semaine suivante
0948 EDT
Le jardin des roses à la Maison Blanche

« Arrête de gigoter, calamar ! »

« Ce n’est pas ma faute si ce foutu fil a cassé ! »

« Non, mais c’est ta faute si tu n’as pas remarqué que ce bouton menaçait de tomber. Alors tiens toi tranquille, s’il te plait. »

Avec une impeccable précision, Mac glissa une épingle à nourrice à la bonne place, sécurisant le second bouton de la tenue blanche de son partenaire. « Voila. Personne va s’en rendre compte. »

« Je l’espère bien. C’est tout ce dont j’ai besoin, que le Président des Etats-Unis pense que je ne peux pas garder mon uniforme en bon état. » Harm attrapa sa main et y déposa un baiser avant qu’elle s’éloigne, un peu d’appréhension passant dans ses yeux. « Est-ce que quelqu’un a conduit mes parents à leur sièges ? »

« Il y a seize minutes, Harm. Relax. » Elle l’étudia pendant une minute. « Tu dois réellement flipper. Tu n’as jamais fait référence à ta mère et à Frank comme tes parents. »

« Je ne flippe pas. Je suis juste tendu. En plus , peut être que je veux rendre justice à Frank après tout ce temps. Est-ce que cela ne t’est jamais venu à l’idée ? » Elle souleva à peine un sourcil à son air inquisiteur. « J’en suis venu à penser de plus en plus à ce que je considérais comme garanti, » il expliqua tranquillement. « Et maintenant j’essaie d’apprécier ce que j’ai. Tu comprends ? »

« Tout à fait, » répondit t’elle avec un sourire, jetant un coup d’œil furtif de l’autre côté du bâtiment à la foule rassemblée.

« As-tu vu…. » Il s’interrompit, ne voulant pas laisser paraître trop d’espoir.

Son sourire s’effaça, et elle secoua la tête. « Non pas encore. Nous avons réservés des sièges pour eux, mais ils n’étaient pas sur qu’ils allaient pouvoir. »

« Je sais. Je ne le blâme pas de ne pas vouloir participer à ce cirque. Je n’aurais même pas voulu être là. »

« Même pas un petit peu ? »

« Ok, peut être un peu. » Il lança un regard sur le jardin avec une expression nostalgique. « L’histoire est vraiment sur le point de se répéter, n’est ce pas ? Cela fait presque six ans depuis la dernière fois que nous étions là. »

Comprenant immédiatement, elle suivit son regard vers un point près du trottoir, seulement quelques mètres plus loin. « Nous nous sommes rencontrés juste ici, n’est ce pas ? Seigneur, cela fait déjà six ans ? »

« Difficile à croire, hein ? » Il secoua sa tête avec un sourire narquois. « Tu pensais que j’étais un pauvre type arrogant. »

«Tu l’étais, » retourna t’elle avec douceur, ses yeux pétillant juste un moment. « Tu m’as regardé et tu as vu quelqu’un d’autre. »

« Pas longtemps, » lui assura t’il. « Et l’amiral nous a jeté un regard et dit .. »

« Ne soyez pas trop proches. Vous avez à travailler ensemble. »

Les deux officiers se tournèrent pour voir Bud Roberts debout près de la barrière dans sa tenue blanche, s’appuyant seulement sur une canne. Harriet debout derrière lui dans son uniforme de cérémonie, tenant le petit A.J par la main et leur souriant. « Je devine que cela veut dire que nous sommes tous de retour là ou nous avons débutés. »

« Pas vraiment. » Harm traversa rapidement l’allée pour lui serrer la main fermement. « Heureux que vous ayez pu venir, Lieutenant. »

« Félicitations, Monsieur. J’étais impressionné la dernière fois que nous avons fait cela, et je suis impressionné à nouveau. »

« Et pensez y . Cette fois ci en plus, j’ai voté pour le type qui va me donner la médaille. » Il toisa son ami avec attention. « Est ce que cela veut dire que vous pensez garder votre uniforme, Bud ? »

Bud haussa les épaules avec un sourire. « Je ne vois pas de raison de m’en débarrasser pour le moment, Monsieur. »

Chacun d’eux réussit à masquer sa réaction, mais intérieurement, sa femme et ses plus proches amis poussèrent dans un identique soupir de soulagement. Peut être que finalement les choses étaient en train de s’arranger.

« Bonne réponse. » Ils furent interrompus par l’annonce pour les invités de regagner leurs sièges, et se dirent un rapide au revoir avant de partir séparément. Mac réussit à placer un délicat baiser sur la joue de son flyboy, et après avoir redressé sa casquette, elle se dépêcha de rejoindre le reste de ses amis.

Comme Harm prenait sa place parmi les futurs médaillés, Bud prit une profonde respiration et s’en alla s’asseoir avec le reste de l’état major du JAG. Il fut accueilli avec de chauds sourires et des compliments, et pour la première fois depuis longtemps, cela le réconforta. C’était réellement sa place – il faisait partie de leur groupe. Et en cet instant présent, cela semblait être la chose la plus importante au monde.

FIN.

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