Fly me to the moon

Chapitre 5
Village voisin
Samedi 24 septembre 1995
19h
Les bruits de la fête étaient assourdissants aux abords du Luna Park. Les cris des enfants se mêlaient aux musiques des manèges. Brigitte en était un peu étourdie.
De ce tintamarre ressortait une voix agressive, un attroupement s’était formé près de la boutique de barbes à papa : « Les friandises de KIP ». Curieusement les clients se tenaient en rang, tenus en respect par un bonhomme revêche et peu commerçant de prime abord.

Brigitte se mit à rire :

– Sa barbe à papa doit être exceptionnelle pour que ces personnes acceptent d’être si mal traitées… Quel affreux bonhomme !

Harm l’enlaçait tendrement ne laissant aucun doute aux passants sur la teneur de leur relation. Une grande bringue blonde maquillée à l’excès, toisa Brigitte avec envie, laissant courir son regard concupiscent sur l’homme qui la cajolait. Rassurée par la chaleur du bras qui l’entourait, cette dernière, en petite Française effrontée, se laissa aller à jauger cette caricature de poupée Barbie qui en perdit contenance.

Entendant Brigitte pouffer de rire, Harm lui demanda la cause de sa bonne humeur :

– Rien d’important, répondit-elle, j’aime l’ambiance de cette fête et j’ai envie de m’amuser, viens allons sur la grande roue, nous verrons peut être l’auberge du sommet.
– Elle te manque tant que cela cette auberge ? On y retourne de suite si tu veux.
– Une femme n’est jamais fatiguée des bonnes choses, mais la nuit sera longue.

Brigitte lui adressa un sourire coquin qui lui valut en retour un fougueux baiser.

Ils prirent leur tour dans la file d’attente devant la grande roue. D’autres couples d’amoureux comme eux se tenaient la main, les plus audacieux s’embrassaient à perdre haleine, Brigitte sentait son beau lieutenant prêt à s’enflammer lui aussi. Elle leva la tête au moment même où il se penchait, la soulevant légèrement en la serrant contre lui, pressé de dévorer la bouche qui s’offrait à lui. Instantanément, le désir à fleur de peau qui les tenaillait depuis leur rencontre refit surface. Les bruits s’éloignaient, ils étaient seuls dans leur monde.

Le remue-ménage dans la file, quelques poussées maladroites, les ramenèrent à la raison. Des sourires indulgents et quelques clins d’œil complices les accueillirent à leur retour à la réalité. Harm, encore affecté par cet intermède, eut des difficultés à trouver la monnaie nécessaire dans la poche de son pantalon. Brigitte se félicita d’avoir eu au dernier moment la bonne idée de porter une large jupe en corolle qui pouvait à ce moment précis servir de paravent à son ami. Elle le vit reprendre rapidement contenance mais ses yeux clairs restaient chargés de passion.

Ils prirent place dans le manège, enfin isolés des autres.

– Ce n’était peut être pas une mauvaise idée de vouloir retourner à l’auberge, se dit Brigitte.

Harm l’observait attentivement, comme s’il voulait s’imprégner à jamais de ses traits. Un peu gênée par ce regard inquisiteur, sa compagne se mit à rougir et pour faire diversion entreprit de remettre en place les mèches de cheveux du bel officier qui la dévisageait. Ses mains couraient dans les mèches rebelles déplacées par le vent.

– Ma coiffure ne te plait pas ? demanda Harm doucement
– Je me disais que pour un militaire, ce n’était pas très réglementaire
– Tu préférerais me voir avec les cheveux courts ?
– Je ne sais pas, peut être, mais ça te rendrait encore plus séduisant et ton ego de pilote n’a pas besoin de ça.
– Mon ego ? reprit Harm en s’esclaffant
– Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué les regards féminins qui te déshabillent?

Harm lui jeta un regard en coin mi-amusé, mi-gêné par sa remarque. Brigitte n’insista pas, son intuition lui soufflait de ne pas explorer ce terrain là, que son compagnon si libre en apparence, pouvait très vite se refermer. Elle préféra le cajoler et le recoiffer du bout des doigts. A son tour, elle l’observa attentivement : sa coiffure lui donnait un air canaille, comme si un soupçon d’enfance restait accroché à l’image impeccable qu’il donnait. Après tout, cela ne serait peut être pas une bonne idée qu’il se coupe les cheveux, elle était tombée sous le charme d’un Harm coquin, entreprenant et séducteur. Un changement d’image affecterait peut être tempérament.

Pendant leurs réflexions, ils avaient atteint le sommet de la grande roue. Le paysage s’offrait à eux, magnifique. Brigitte voulait garder cette image imprimée au fond de son cœur, l’auberge était visible, un peu estompée dans le soleil couchant. Des rives de la Severn, montait la vapeur d’eau donnant à la rivière un aspect flou et irréel. Loin du sol, la musique et les bruits de la fête étaient assourdis, les deux amants voguaient dans un étrange vaisseau entre ciel et eau.

De cet univers surréaliste se détacha un bateau insolite, une barge accostait au ponton déversant un flot de badauds pressés de se joindre à la fête.

Mais déjà la descente s’amorçait, masquant à leurs regards cette barque particulière.

D’un commun accord, ils décidèrent d’aller voir de plus près cette curiosité avant de rentrer.
Sur les bords de la Severn
Samedi 24 septembre 1995
22 h
Les contours de l’embarcation se précisèrent, il s’agissait d’un bac qui permettait aux habitants et surtout aux touristes de traverser la rivière de façon originale. Harm proposa d’aller chercher la corvette et de faire ainsi la traversée.

Quelques minutes plus tard, ils s’appuyèrent à la rambarde, regardant ensemble les lumières s’éloigner. L’air frais de la nuit fit frissonner Brigitte. Harm, prévenant, l’enveloppa dans ses bras, elle se blottit étroitement contre lui pour bien profiter de sa chaleur et ne put s’empêcher de le taquiner :

– Je parie que tu fais ça avec toutes les filles.
– Avec toi…seulement avec toi Brigitte.

Sa voix avait pris un ton rauque et troublant, et si ses bras ne l’avaient pas si fermement tenue, elle se serait certainement affalée sur le plancher en bois de l’embarcation. Elle avait le sentiment que les intonations de cette voix sensuelle viendraient hanter ses rêves pour l’éternité.

Revenus sur la terre ferme, ils regagnèrent l’auberge sans un mot, partageant le silence de l’atmosphère ouatée de cette fin de journée.
Auberge « Rose Garden »
Sur les bords de la Severn
Chambre 116
Samedi 24 septembre 1995
23 h
Ce n’est qu’arrivés à leur chambre que leurs estomacs les ramenèrent à la réalité. Dans leur bulle hors du temps, ils avaient oublié de se restaurer. Le fou rire les gagna, tout en hoquetant Harm utilisa le room service pour se faire livrer un souper léger, peu leur importait le menu, leur faim était ailleurs. Ils se rapprochèrent l’un de l’autre et toujours sans échanger un mot, commencèrent à se déshabiller mutuellement.
Des coups insistants furent frappés à la porte. Ils se regardèrent un peu étonnés, déjà oublieux de leur environnement. Le repas commandé venait d’arriver, Harm remit sa chemise avant d’aller ouvrir, Brigitte profita de l’intermède pour débarrasser une petite table et rapprocher deux chaises.

– Tu veux mettre des obstacles entre nous ? lui demanda Harm
– Si tu préfères je m’installe sur tes genoux, mais à une condition
– Laquelle ?
– Que tu me nourrisses.

Ils ne se souviendraient pas ce qu’ils avaient mangé, seul le dessert leur resterait en mémoire : des tranches de fruits frais accompagnés d’un coulis au chocolat et de crème chantilly.

Plus tard, blottis l’un contre l’autre au creux du grand lit, ils regardaient les vestiges de leurs agapes éparpillés autour d’eux.

– Je ne savais pas qu’on pouvait étaler autant de chantilly sur le torse d’un pilote, dit Brigitte mutine
– Tu peux te moquer, rétorqua Harm, le chocolat ne tient pas sur toi, trop coulant, la recette du cuisinier n’est pas fameuse.
– Par contre il colle aux draps, la femme de chambre ne va pas être ravie.
– Il en reste suffisamment sur toi pour me rassasier.

Et Harm entreprit de faire une toilette minutieuse de sa compagne, d’exquises tortures soulignées de mots doux murmurés, il emmena Brigitte dans un univers de sensations extrêmes.
Au plus profond de la nuit, ils ne se lassaient toujours pas de repousser leurs limites…

Une sonnerie aiguë perça le silence matinal.

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