Innocence lost and found

Chapitre 5

Lors des deux jours suivants, les partenaires étudièrent de près toutes les bribes d’information qu’ils pouvaient trouver sur un groupe terroriste secret connu sous le nom de Kharasala. Alternant sollicitation, demande et hauts cris arguant du fait d’une implication pour la sécurité nationale, ils réussirent à obtenir du bureau du J-2 l’accès à leurs plus récentes données de reconnaissances rassemblées sur les groupes supposés s’entraîner en Afrique du Nord. Et pourtant, il n’y avait pas grand chose pour suggérer que des armes étaient présentes sur place en grand nombre, ou qu’une quelconque attaque était imminente, tout cela les laissant sans mobile apparent pour le meurtre d’une analyste.

Cependant, Mac commençait à voir grandir la tension chez son meilleur ami, et elle savait que ce n’était pas juste le fait de dormir sur le canapé toute la semaine. Harm était en train de lutter pour effacer la menace pesant sur la vie de Rachel, pendant qu’il tentait de garder ses jours aussi heureux que possible, et c’était un équilibre complexe. Elle avait passé une soirée avec eux deux à l’appartement d’Harm, et en dépit de la difficulté initiale que représentait la barrière de la langue des signes, elle avait découvert qu’elle-même était aussi captivée par la petite fille. Rachel était visiblement très brillante, et elle s’était remarquablement bien adaptée à son nouvel environnement. Parfois assez souvent, cependant, une petite chose arrivait, qui leur rappelait la réalité à laquelle elle devait faire face, et leur cœur était à nouveau bouleversé.

Mac était en train de discuter avec Harriet un matin quand un cri perçant parvint depuis les environs des toilettes dames. Harriet se dépêcha d’ouvrir la porte, et trouva la gamine de sept ans en sanglots sur le sol des toilettes, roulée en boule contre le mur.

« Que pensez vous qui se soit passé ? » demanda Mac alarmée. La fillette ne semblait pas blessée, mais….

Harriet s’agenouilla à coté de Rachel toujours hystérique, n’étant pas très sure de savoir comment la réconforter. « Quelqu’un n’a pas dû réaliser qu’elle était là et a éteint la lumière. »

Instantanément, Mac comprit. Ne pas être capable d’entendre ou de voir, en plus de toute les autres choses qui lui était arrivées….. Elle réalisa que Rachel était en train de signer quelque chose à travers ses larmes, touchant sa tempe avec son pouce de façon répétitive. Harriet haussa les épaules d’impuissance. « Madame, est ce vous pensez qu’elle pourrait demander le Capitaine ? »

Mac leva la voix, choisissant de ne pas s’inquiéter si elle interrompait quelque chose. « Harm ! Ici immédiatement ! »

Harm sortit la tête brusquement de son bureau, et ne prit pas longtemps pour comprendre la situation. Sans réfléchir davantage, il traversa le plateau et recueillit Rachel dans ses bras. « Tout va bien, mon cœur » lui murmura t’il encore et encore jusqu’à que les sanglots s’estompent. « Tout va bien. Je suis avec toi. »

L’équipe rassemblée regardait simplement, fascinée. « Monsieur, peut elle vous entendre ? » demanda Harriet pleine de doutes.

« Elle peut le sentir, je pense. » Il inclina la tête vers celle de l’enfant qui reposait sur sa poitrine. « De toute façon, c’est l’intention qui compte. »

Il se releva, la soulevant sans effort et offrit un sourire d’excuse. « Pardon à tout le monde pour la perturbation. Nous allons nous retirer pour un moment. » Et il disparut avec elle retournant dans son bureau en fermant la porte derrière lui.

Passant par là, Singer souleva un sourcil. « Quand est ce qu’ils sont devenus ‘nous’ ? » s’enquit elle pour personne en particulier. Un coup d’œil vers le colonel l’a renvoya sans réponse vaquer à ses occupations, mais cela ne diminua pas l’étonnement palpable dans la pièce.

Les autres retournèrent à leur travail, mais à travers les stores à moitié ouverts, ils purent voir Harm assis à son bureau, lisant quelque chose sur son ordinateur pendant que Rachel somnolait sur ses genoux. La scène paraissait presque naturelle malgré son coté bizarre. « Qui savait qu’il avait ça en lui ? » se demanda tout fort Harriet, jetant un regard appuyé vers Mac.

« Oui » fit elle en écho à distance, les questions et les possibilités tournant chacune les unes après les autres dans son esprit. « Qui l’aurait su ? »

Une heure plus tard, elle décida d’obtenir des réponses à ces questions. Elle se rendit dans la cuisine et attendit, mastiquant une poignée de biscuits, jusqu’à que Harm vienne récupérer son repas et celui de Rachel. Mac jaugea en un coup d’œil les sandwichs dans sa main. « Dois je deviner lequel d’entre vous va avoir le beurre de cacahuète et la confiture ? »

Il regardait légèrement embarrassé. « Hé, elle aime ça. Je n’allais pas lui dire ‘non’, même si cela voulait dire un trajet jusqu’au magasin de Creamy Jif. »

« Je ne suis pas sûre que vous puissiez lui dire ‘non,’ même si vous essayez. » Elle attendit, mais il ne répondit pas à ce commentaire. « Elle va bien maintenant ? »

« Oui…. Elle a juste eu peur un peu plus tôt. Le noir la rend comme cela. Elle dort avec la lumière allumée dans la salle de bain toutes les nuits. »

Mac hésita brièvement, puis décida de poser la question qui la tenaillait depuis une heure. « Un peu plus tôt, elle a fait ce signe spécifique encore et encore. Nous avons pensé qu’elle vous demandait. » Elle fit la démonstration, et à sa surprise, il commença à paraître mal à l’aise.

« Ah ça, c’est une signe avec lequel elle commence à m’appeler occasionnellement. Mais vous aviez raison. »

« Qu’est ce que cela veut dire ? » insista t’elle, sentant son trouble augmenter.

« Quelle importance ? C’est plus court que ‘Harmon’. » Il signa les lettres pour illustrer son propos, mais elle ne fut pas dissuadée.

« Harm-mon, si vous ne me le dites pas, je vais commencer à l’utiliser pour parler de vous. »

« Croyez moi, c’est une mauvaise idée. » Il soupira, revenant sur sa décision, et se prépara pour l’assaut qui n’allait pas tarder. « Cela veut dire – ‘Papa’. »

Elle le dévisagea juste pendant une minute. C’était beaucoup plus sérieux qu’elle ne l’avait imaginé. « S’il vous plait, dites moi que ce n’est pas votre idée. »

« Naturellement que cela ne l’est pas. Mais Mac, ce n’est pas comme si elle le croyait ou que c’était différent. Elle sait parfaitement bien qu’elle avait un vrai père et une vraie mère, mais ils sont partis, et actuellement tout ce qu’elle a c’est moi. C’est plus comme…… un surnom, peut être. » Il regardait au loin d’un air presque coupable, sachant que bien que ce soit la vérité, aucun des deux ne le croyait complètement.

« Harm » dit elle doucement, « c’est exactement ce contre quoi Jordan vous avait mis en garde quand vous insistiez pour rester impliqué dans le cas Lewis. »

« Et bien, Jordan n’est plus ici, n’est ce pas ? » Immédiatement il regretta son ton dur. « Je suis désolé. Je sais ce que vous essayez de me dire, et je sais que je ne devrais pas la laisser trop s’attacher, mais…… »

« Je ne m’inquiète pas seulement à propos d’elle, Harm. Quand tout ceci sera fini, les Services Sociaux vont lui trouver une nouvelle famille, et vous deux allez avoir à vous dire au revoir. Cela ne va pas moins vous blesser tout simplement parce que vous êtes un adulte. »

« Alors peut être que nous n’aurons pas à nous dire adieu » dit il tranquillement, lui faisant presque lâcher son propre repas.

« Matelot, vous ne pensez pas actuellement à…… ? »

« Je suis en train de penser à beaucoup de choses, Mac » répondit il avec honnêteté. « Rachel est l’une d’entre elle, mais vous êtes l’autre. Si vous voulez venir dîner à nouveau, je vous laisserais juge sur les deux sujets. »

Ce commentaire particulier la fit cligner des yeux, et pendant un moment, elle ne fut pas sûre de comment répondre. « Je pense que c’est honnête » répondit elle finalement.

« Alors je vous vois ce soir ? »

« Tout à fait. Et vous feriez mieux d’être prêt à parler. »

« Cette fois, croyez le ou non, je le suis. »

D’une certaine façon, 17h n’arrivait pas assez vite ce jour là. Mac avait eu l’intention de quitter le travail comme d’habitude et de passer chez elle pour se changer, avant d’aller chez Harm pour une soirée qui pourrait être indubitablement très ….intéressante, d’une façon ou d’une autre. Mais elle était à mi chemin de la porte quand le téléphone de son bureau sonna, et quand elle reconnut la voix de Clayton Webb, elle sut que c’était un appel qu’elle devait prendre.

« Tout ne se passe pas comme cela devrait être au J-2 » rapporta t’il laconiquement. « Ils ne vont pas vous en parler, évidemment, mais ils sont en train de mener une revue d’effectif interne parmi leur personnel. Apparemment des données ont été consultées sans autorisation, et ils commencent à avoir des soupçons. »

« Les données en question n’auraient elles pas quelque chose à voir avec le site de Kharasala, des fois ? »

« Les femmes sont toujours médaille d’or de l’intuition » Elle pouvait entendre le sourire ironique à l’autre bout du fil. « Si quelqu’un là-bas a jeté un coup d’œil à ce truc alors qu’il ne le devrait pas, et a canalisé l’information vers des types pas très nets, le Pentagone a un problème majeur entre les mains. »

« Ainsi que vous » remarqua t’elle. « Nous jouons tous dans la même équipe, Webb. »

« Oui, mais ce ne sont pas mes gars les fauteurs de trouble cette semaine. Je vais garder un œil sur mes arrières, vous vous en gardez un sur les vôtres, et si nous avons de la chance nous finirons par nous retrouver au centre. Gardez le contact, Mac. »

« Je le ferai, merci. »

A la façon dont cela tournait, elle avait encore le temps d’ôter son uniforme pour enfiler un confortable chandail et un pantalon de jogging avant le dîner. Quand elle frappa à la porte d’Harm, c’est Rachel qui lui répondit : Harm avait dû lui indiquer que quelqu’un était là, se raisonna t’elle. Mac sourit et soigneusement signa les quelques mots qu’elle avait pris le temps d’apprendre auprès de son partenaire. « Salut, Rachel. Comment vas-tu aujourd’hui ? »

La fillette rayonnait et se retourna vers Harm, ses mains s’agitant presque de façon confuse. Depuis sa place près de l’évier dans la cuisine, il éclata de rire et reposa le couteau qu’il utilisait pour pouvoir lui répondre. « Elle est plutôt cool, n’est pas ? » approuva t’il. « Je parie que si nous l’aidons, elle sera capable de te parler comme je le fais en peu de temps. »

« Hé, une étape à la fois » protesta Mac en retirant sa veste. « Apprendre ce langage est difficile. »

[Je pense que tu devrais l’épouser] commenta Rachel, avec la simplicité que seul possède un enfant. [Alors elle n’aurait pas à venir pour dîner, puisqu’elle serait déjà là.]

Mac regarda Harm pour la traduction, mais cette fois, il ne se sentit pas obligé de le faire. « Je ne veux pas discuter avec ta logique, Rachel, mais Mac a raison. Une étape à la fois. »

Une conversation à table en langage des signes était un procédé compliqué, puisque ‘parler’ avec les mains occupées était plus ou moins impossible. Encore qu’ils avaient tous réussi à se comprendre, et à la mi-soirée tous les trois s’étaient étalés sur le sol du salon pour jouer sur une console de jeux empruntée à un obligeant lieutenant du JAG qui avait trois enfants.

[Tu me laisses gagner, n’est ce pas ?] Rachel accusait Harm en plissant les yeux.

Il leva ses mains en signe de reddition. « Je ne le fais pas. Je le jure. Tu es juste meilleure que nous à Candy Land. »

Elle regarda vers Mac soupçonneuse, espérant qu’elle allait lui donner une réponse différente, mais elle secoua simplement la tête. « Je ne ferais jamais cela. Quand j’étais enfant, je n’ai jamais voulu gagner d’une façon qui ne soit pas méritée. »

« Cela n’a pas beaucoup changé » remarqua Harm avec un sourire.

Il y eut un coup à la porte et une voix masculine appela depuis l’entrée. « C’est le Caporal Perkins, Capitaine. Je fais juste ma ronde de 21h. »

« Allez y, Caporal » répondit Harm. « Nous sommes tous en place. »

« A vos ordres, monsieur. » Le Marine de garde continua son inspection, et les deux avocats échangèrent un bref regard, se demandant pendant combien de temps cette folie devrait continuer. Rachel sembla sentir que le charme était rompu, et elle se leva avec quelque part une expression de découragement sur le visage.

[Je vais me préparer pour aller au lit.]

« Très bien, chérie. Je vais venir te border dans un petit moment, d’accord ? » Rachel acquiesça et signa bonne nuit vers Mac, qui répéta le signe en retour vers elle. La petite fille sourit légèrement et tendit ses bras vers elle pour une timide étreinte, puis disparut vers la chambre, laissant le colonel un peu médusé.

« Je commence à voir ce que vous voulez dire » dit elle doucement. « Elle est un trésor »

« Elle est aussi un objectif. Si nous n’obtenons pas quelque chose assez rapidement sur ce cas, je vais commencer à m’inquiéter que ce bâtard pourrait retrouver sa piste avant que nous puissions l’avoir. »

« Justement, Webb a appelé avant que je quitte le bureau. Apparemment quelqu’un du J-2 a eu accès aux données sur le site de Kharasala. Je commence à penser que vous aviez vu juste à propos d’un agent double dans le système. J’ai demandé à Bud de pister les dossiers personnels du J-2, ainsi nous devrions avoir quelque chose pour commencer demain. »

Harm posa la console de jeu sur l’étagère et se retourna vers elle avec une expression des plus sérieuses. « Merci » dit il simplement.

« Pour quoi ? » demanda t’elle un peu surprise.

« Pour tout. Pour avoir pris en charge l’enquête alors que j’ai du mal à voir plus loin que Rachel. Pour prendre soin et vous inquiéter suffisamment au sujet de nous deux, mais pour comprendre aussi que vous devez me laisser faire ce que j’ai besoin de faire. Pour être vous-même comme d’habitude, incroyable plus que tout. » Il baissa les yeux pendant un moment. « Je pense parfois que je m’accroche toujours à la pensée de me demander ce que j’ai fait pour mériter quelqu’un comme vous. »

Sa gorge se serra et son souffle aussi, surprise qu’elle était par la véritable honnêteté de ses paroles et par l’émotion sans honte dans sa voix. Dans le fond de son esprit, elle avait toujours su qu’elle avait son respect, que ce qu’ils partageaient n’était pas basé seulement sur une attirance physique longtemps refoulée. Encore qu’il y avait eu très peu d’hommes dans sa vie qui l’avaient vraiment vue pour ce qu’elle était, et même encore moins qui l’avait faite se sentir admirée. L’admiration de cet homme, en particulier, voulait dire beaucoup plus pour elle que n’importe qui dans le monde, et puisque ce n’était pas dans sa nature d’être si ouvert, le fait de s’être dévoilé devant elle était totalement bouleversant.

« Vous savez très précisément comment amorcer le dialogue » dit elle finalement, glissant sur le canapé et inclinant la tête vers l’espace à coté d’elle. « Un peu plus tôt, vous avez dit que vous aviez réfléchi à propos de Rachel et de moi. Par laquelle voulez vous commencer ? »

« Vous – ou plus complètement, nous. Bien que les deux sujets vont vraisemblablement nous mener vers le même endroit en fait. » Il traversa le salon pour s’asseoir à coté d’elle, mais avant qu’il puisse commencer, un léger fracas se fit entendre depuis la salle de bain. En s’excusant, il se leva à nouveau pour aller voir Rachel. « Ben voyons ! Puis je commencer mon discours après l’avoir bordée pour la nuit ? »

« J’ai l’intention de vous prendre au mot » répondit elle légèrement, mais ne plaisantant pas totalement.

Sur le sol de la salle de bain, Rachel était en train de rassembler aux creux de ses bras ce qu’apparemment elle avait fait tombé du meuble. Sa brosse, son dentifrice, la bouteille de shampoing, et une demi douzaine d’autres objets étaient éparpillés sur le carrelage quand Harm passa la tête à l’intérieur de la pièce. « Tout va bien ? » demanda t’il calmement.

Elle haussa les épaules, se détournant presque avant de répondre. Ce ne fut pas suffisamment rapide, cependant, pour cacher l’expression orageuse sur son visage juvénile. [Bien sûr. Désolée.]

Pas satisfait de cette réponse, il se pencha pour récupérer sa tasse en plastique pourpre et toucha son épaule pour attirer son attention. « Cela ne sera pas toujours comme ça, Rachel. Bientôt dans quelques jours, nous n’aurons plus à nous inquiéter de rien. Tu pourras retourner à l’école, et je t’emmènerai voler comme je l’ai promis. Nous devons juste tenir le coup encore un petit moment, d’accord ? »

Elle hocha la tête, gardant les yeux au sol comme elle le suivait dans la chambre. Son regard accrocha la guitare dans un coin, et la curiosité la poussa à l’examiner, touchant les cordes et la douce caisse en érable. [Tu aimes jouer de la musique ?]

Harm s’assit sur le bord du lit. « Parfois. Cela me fait me sentir mieux quand je suis triste. »

Elle saisit l’instrument à deux mains et le lui tendit. [J’aimerais que cela me fasse me sentir mieux.]

Après un moment de réflexion, il attira la fillette sur le lit et la positionna pour qu’elle ait l’oreille contre la guitare. Il gratta quelques accords, et ses yeux s’ouvrirent en grand de surprise et de bonheur. Sa perte d’écoute n’était pas totale ; la plus légère des vibrations semblait être enregistrée d’une certaine manière. Comme Mac écoutait depuis l’autre coté de la paroi de verre, il posa sa guitare sur le coté et prit Rachel dans ses bras de façon à ce que sa tête repose contre sa poitrine. Doucement, tendrement, il commença à chanter pour elle.

« Bonne nuit mon ange, il est temps de fermer les yeux
Et de garder ces questions pour un autre jour
Je pense que je sais ce que tu vas me demander
Je pense que tu sais ce que je vais essayer de dire… »

Très probablement, elle ne devait pas comprendre un mot, mais malgré tout, cela n’avait pas d’importance.

« J’ai promis que je ne pourrais jamais te quitter
Et tu devrais toujours le savoir
Où que tu ailles, aucune importance où que tu sois
Je ne serais jamais loin…. »

Brusquement, Mac s’éloigna de la cloison et retourna vers le canapé, les yeux remplis de larmes. Comme la berceuse continuait, elle enfouit son visage dans ses mains et laissa les larmes couler sans comprendre vraiment pourquoi.

Bientôt, Rachel s’endormit et Harm gentiment la mit au lit et remonta les couvertures tout en déposant le baiser désormais habituel. Il retourna dans le salon et fut immédiatement stupéfait par ce qu’il vit. « Mac ? Qu’est ce qui ne va pas ? »

« Je n’en suis pas sûre » répondit elle, séchant ses yeux du mieux qu’elle pouvait. « Les chances perdues, je pense. Pas de souvenirs de mon père chantant pour m’endormir…. pas de petite fille à moi pour chanter… .. »

« Vous n’avez pas perdu cette chance » lui rappela t’il fermement en retournant à ses cotés mais résistant à l’urgence de la prendre dans ses bras. Elle devait décider par elle-même de ce dont elle avait besoin, pas lui. « Mais je pense que je sais ce que vous voulez dire. Tous les deux nous commençons à voir les choses différemment à cause d’elle. »

« Peut être. » Elle regarda vers lui avec un sourire mélancolique. « Vous semblez tellement bien avec elle – c’est comme si la totalité de la scène serait parfaite s’il y avait quelque chose d’autre. S’il y avait….. »

« Nous ? »

Timidement elle hocha la tête, et il prit une profonde inspiration, essayant de se préparer lui-même à une confession à nulle autre pareille. « C’est en quelque sorte de cela que je voulais vous parler. J’ai réfléchi au fait que j’aimerais qu’il y ait un nous, aussi. Un ‘nous’ total. »

Elle avait entendu les mots, mais c’était difficile à croire qu’il les ait prononcés actuellement. Retrouvant sa voix, elle dit, « Harm, est vous en train de suggérer ce que je pense que vous faites ? »

« Mac, je te jure que j’ai réfléchi à cette idée. J’aime Rachel, et je veux la garder. Mais je t’aime aussi, et si tu n’es pas trop regardante sur une famille instantanée, tout ce que tu dois faire est de dire le mot. »

Seulement la moitié du commentaire pénétra sa conscience – tout ce qui venait après ‘je t’aime’ fut perdu dans un torrent d’émotions. Luttant pour garder contenance, elle se força à rencontrer son regard, et ce qu’il voulait dire était clair. Après tout ce temps, et même après la nouvelle étape qu’ils avaient franchie dernièrement, c’était encore un choc d’entendre les mots formulés à voix haute.

« Alors tu m’aimes ? » murmura t’elle, voulant être certaine qu’elle avait bien entendu.

A cela, il sourit, et ce fut le plus large, le plus honnête, le plus stupéfiant sourire qu’elle ait jamais vu. « Ca m’a pris suffisamment longtemps pour imaginer comment te le dire, n’est ce pas ? »

« C’est sûr ! » La force de sa réponse les envoya dans un fou rire incontrôlé, leur permettant de relâcher leur tension. La gêne des semaines passées sembla disparaître en quelques secondes comme elle tombait dans ses bras, enfouissant son nez dans sa clavicule. « Je t’aime aussi » admit elle avec une voix étouffée. « Mon Dieu, que l’on se sent si bien juste après l’avoir dit. »

« C’est plus facile que je pensais que cela serait » approuva t’il resserrant son étreinte. « Toutes les autres choses avaient déjà été dites dans le fond avant aujourd’hui, mais cependant j’étais toujours terrifié de prononcer ces mots. Parfois je ne sais vraiment pas comment mon esprit travaille. »

« Tout va bien. J’ai l’habitude. »

Il posa les yeux sur elle et repoussa une mèche de cheveux de son visage. « Oui, tu as l’habitude, n’est ce pas ? »

Après un moment, elle se recula pour le regarder avec attention. « Alors pourquoi maintenant ? A cause de Rachel ? »

« Peut être. Je pense que j’avais besoin d’avoir la preuve véritable que je pouvais équilibrer le travail et une vie à moitié normale sans m’auto détruire. Je sais que nous avions dit il y a quelque temps que nous prendrions la première chance qui passerait pour changer notre statut au JAG, pour que le fait d’être ensemble n’impacte pas tous nos actes professionnels, mais je suis fatigué d’attendre. Je pense qu’il est temps de nous créer nos propres opportunités. »

« Qu’est ce que tu proposes ? »

« Le conseiller spécial dans l’équipe de l’AIRLANT va avoir une promotion, et ils vont l’envoyer à Pearl pour conseiller le CINCPAC. J’ai pensé que je pourrais demander à l’Amiral de me recommander pour l’AIRLANT. »

« Tu serais transféré complètement en dehors du JAG ? »

« Je traverserais simplement la rivière vers le Pentagone. Je pourrais encore faire des enquêtes, et il y aurait pleins d’avions sur quoi travailler. Et je suis sûr que je me retrouverais à Falls Church de temps en temps. » Il lui adressa un sourire, mais la proposition était sérieuse. « Qu’est ce que tu en penses ? »

Mac leva les mains dans un geste de résignation. « Cela pourrait éviter beaucoup de problèmes, et cela semble parfait pour un avocat pilote comme toi. Mais tu vas me manquer à la folie. »

« Seulement durant la journée. Aussitôt que 19h sonnera, je serai tout à vous. »

Elle leva un sourcil au choix de ses mots. « Et Rachel ? » demanda t’elle. « Tu veux vraiment l’adopter ? Etre le père d’une enfant de sept ans, sortie de nulle part ? »

« Je veux essayer. Mais seulement si tu le veux aussi. Je ne plaisanterais pas avec ça. Je ne veux pas poursuivre ça si cela veut dire perdre ce que tous les deux nous avons déjà. Nous avons traversé beaucoup trop d’évènements pour laisser quelque chose nous éloigner. Même ça. »

Sentant la profondeur des sentiments qui irradiaient depuis ses yeux expressifs, elle réalisa que ce qu’il était en train de suggérer pourrait en fait avoir été simplement le plus grand sacrifice que quiconque lui ait jamais offert. Mic avait mis sa carrière en jeu et quitté son pays pour être avec elle, mais Harm était en train de remettre en cause le lien qu’il avait forgé avec cette précieuse petite fille, parce qu’en toute honnêteté il l’aimait elle davantage.

Et parce qu’elle l’aimait tout autant, elle sut immédiatement qu’elle ne pourrait jamais lui demander de faire ce sacrifice. « Alors fais le » dit elle tranquillement, le faisant cligner des yeux pendant un instant sous l’effet du choc à l’état pur. « Mais pour les annales, quand nous avons conclu le pacte de partager un enfant, ce n’était pas exactement ce que j’avais à l’esprit. »

« Tout viendra à temps » promit il presque respectueux. « Tu es vraiment sûre ? »

« A partir du moment où vous deux commencerez à m’apprendre le langage des signes pour de vrai, je pense que je pourrai m’occuper du reste. Mais le plus important, c’est que je le veux. Mais cela pourrait être plus dur qu’il n’y parait. Nous ne ressemblons pas suffisamment à ce que les Services Sociaux attendent d’une famille adoptive. Nous ne sommes même pas une famille du tout. »

« Ca c’est une chose à laquelle je dois pouvoir remédier, mais nous nous occuperons de ça quand ce sera le moment. Je ne veux même pas mentionner l’idée d’adoption à Rachel, dans le cas où elle aurait des espoirs pour quelque chose qui pourrait ne jamais arriver. Maintenant je veux juste découvrir qui a tué Alison Marks et terminer ceci pour que nous puissions tous aller de l’avant. Mais je ne suis pas contre le concept de vérifier la procédure d’adoption. » Tout en le disant une idée jaillit dans son esprit, et il claqua des doigts. « Attends une minute. Andie ! »

« Andie ? Andie de l’école de droit ? »

« La seule Andie que je connaisse. Elle est spécialisée dans les droits de l’enfance, si je me rappelle bien ? Je parie qu’elle pourrait nous en apprendre beaucoup sur ce que nous avons besoin de connaître. Peut être que je pourrais lui passer un coup de fil demain, si nous ne sommes pas trop submergés. »

Elle savait qu’elle devrait lui dire de mettre la pédale douce, qu’ils étaient dangereusement proches de se laisser emporter par quelque chose qui pourrait indubitablement avoir de grandes répercussions pour chacun d’entre eux. Mais pour une fois dans sa vie, sa foi en lui et en elle-même l’emporta, et elle sourit. « Nous semblons avoir le chic pour faire les choses plutôt différemment. Le personnel complet du JAG va se demander comment nous sommes passés de partenaires à parents dans le même laps de temps. »

« Pardonne moi si je ne suis pas vraiment préoccupé par l’opinion de l’équipe du JAG en ce moment. » Il se pencha en avant, et sans qu’ils sachent comment tous les deux, soudain ils scellèrent leurs lèvres dans un puissant baiser – un baiser qui semblait être le miroir de la transition critique qu’ils avaient juste choisi de faire. Ce n’était plus seulement des paroles, ce n’était plus des promesses non plus. A partir de maintenant, quelle importance ce qui arriverait, aucun des deux ne voulait faire face à un autre jour seul.

Après un long moment d’extase parfaite à mémoriser chaque sensation de ses étreintes, elle se redressa. « Je devrais probablement y aller » dit elle simplement avec un écho de résignation dans la voix. « J’ai le sentiment persistant que si je reste plus longtemps, Rachel pourrait se lever pour boire un verre d’eau et nous découvrir en train de faire quelque chose qui ne nous ferait pas gagner des points auprès des Services Sociaux. »

Sa réponse fut un soupir prolongé et il posa un bref baiser sur sa tempe. « Nous allons y arriver » promit il, se levant pour l’aider à enfiler son manteau. « Un de ces jours nous allons avoir nos vies en ordre, et tout prendra un sens. »

« Je te prendrai au mot pour cela, aussi. » Elle tourna la poignée de porte et sortit sur le palier, l’air froid de l’extérieur intensifiant le sentiment de perte qui accompagna cette action. « Bonne nuit, » murmura t’elle.

Avant qu’elle se tourne pour partir, il l’attira à nouveau contre lui et assaillit ses lèvres avec un baiser plus sombre et plus profond qu’auparavant. « Ne m’oublie pas » lui dit il avec un doux sourire sexy.

Comme si c’était possible. Comme si elle avait jamais été capable de complètement évacuer ce sourire et ces yeux de son esprit, même avant que tout ceci ne débute. Rassemblant les forces morales qui lui restaient, elle le fixa avec un regard mi moqueur et mi désapprobateur et se dirigea vers l’ascenseur.

Harm la regarda disparaître derrière la porte comme le Caporal Perkins débouchait de l’escalier pour sa nouvelle ronde. Le jeune Marine sourit seulement, ayant été témoin de leurs adieux. « Je pense que je n’ai pas besoin de vous demandez comment vous allez, monsieur. »

« Vous avez juré le secret, Caporal » l’avertit l’officier supérieur avec un léger sourire glissant dans ses yeux.

« Avec tout mon respect, monsieur, si je voyais une femme comme cela, je ne pourrais pas le garder secret. »

Harm secoua la tête. « Elle est Lieutenant Colonel, Caporal, et c’est tout ce que vous avez besoin de savoir. »

Perkins cligna des yeux, et s’il ne dit rien son sourire s’élargit encore plus. « Oui, monsieur. Bonne nuit, Capitaine. »
Chapitre 5

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