On this Christmas day

La veille de Noël était un jour d’hiver typique pour la région : gris et glacial. Harm était le
seul supérieur de service, ce qui faisait de lui le Juge Avocat Général. Il partageait le bureau
avec quelques jeunes recrues qui n’avaient pas à partir pendant plusieurs jours. Il signa une
pile de dossiers que l’amiral avait laissés, ensuite il sécurisa le bureau pour les vacances au
plus grand soulagement de tout le monde à 14h00.

A 14h20, il entra à Horizon House attiré par les chants et les rires des enfants. Dans la grande
salle, Leigh était en train de faire une course d’obstacle à une vitesse folle, un petit garçon de
six ans sur les genoux. Le garçonnet hurlait de rire pendant qu’elle pilotait la chaise dans de
forts tournants et dans des tunnels faits de chaises et de drap de lit.

« Nouveau record ! » cria-t-elle triomphalement lorsqu’elle franchit la « ligne d’arrivée ». Le
petit garçon mit ses bras autour de son cou pour un rapide câlin avant de descendre de ses
genoux. Lorsqu’il s’approcha, Harm put voir que l’enfant avait les caractéristiques du
syndrome de Down. D’autres enfants étaient eux aussi en chaise roulante et d’autres encore
n’avaient pas de diminutions apparentes pour lui. Mais chacun de leur visage s’illumina
lorsque Leigh les regarda avec un sourire qui n’était que pour eux et personne d’autre.

Finalement, elle aperçut le visiteur qui se tenait debout dans l’embrasure de la porte, et elle lui
fit signe d’entrer. « Hey les petits monstres ! » Dit-elle s’adressant au groupe. « Vous vous
rappelez ce que je vous ai dit : que nous aurions peut-être un nouvel ami aujourd’hui ? Vous
pouvez l’accueillir de la façon que je vous ai apprise ? »

Consciencieusement, la plupart des enfants se mirent debout « Joyeux Noël, Monsieur ! »
Dirent-ils en chœur.

Etouffant un large sourire, Harm décida de jouer le jeu et se mit au garde à vous. « Joyeux
Noël, tout le monde, » répondit-il vivement. Au milieu d’un petit nombre de fous rires, Leigh
roula dans sa direction encore légèrement rougissante de la course qu’elle avait faite un peu
plutôt.

« Vous êtes venu. »

« Je vous l’avais dit que je viendrais » Harm jeta son manteau est son pardessus sur une
chaise. « C’est un sacré endroit. »

Et ça l’était vraiment. Il y avait des lampes et des décorations de Noël partout, ce qui donnait
à la pièce une lumière chaotique, multicolore. Il n’y avait rien de recherché, tout était sans
prétention : le matériel était usé par endroit et les murs avaient besoin d’une nouvelle couche
de peinture, les œuvres des enfants étaient accrochées partout, créant une ambiance
chaleureuse. Leigh fit de grands signes. « Et bien, c’est pas grand-chose, mais c’est à nous.
J’ai pratiquement trébuché dessus peu après que je me sois installée ici. C’est un peu la foire,
mais les enfants sont fantastiques. Ils ne réalisent cependant pas qu’ils le possèdent, alors
c’est un peu comme s’ils ne le possédaient pas après tout. »

A ce moment là, une petite fille s’avança vers eux d’une allure rapide et se jeta sur les jambes
de Harm. « Cassie, dis bonjour, » lui demanda Leigh et Cassie releva la tête timidement
comme pour faire amende honorable.

« Bonjour » répondit-elle doucement.

Harm se pencha à son niveau et sourit. « Bonjour, Cassie. » La petite fille commença
immédiatement à jouer avec les médailles. « Ok, je ferais peut-être mieux de les enlever. »

« Bonne idée, » acquiesça Leigh. « Elle trouverait de toute façon une façon de les salir. »

Il les enleva de la veste de son uniforme et de sa cravate et les déposa sur son manteau.
« Alors tous ces enfant vivent ici ? »

« Pas tous. Quelques uns ont une famille d’accueil et ne viennent ici que pour la journée. Pour
le moment, il y a quatorze résidents, jusqu’à ce qu’on leur trouve a eu aussi des familles. »
Elle observait amusée alors que Cassie se replaça convenablement sur sa jambe. « Nous étions
juste sur le point de chanter des chants de Noël. Vous voulez nous aider ? »

Harm n’était pas très versé dans paroles de chansons de Noël, mais cela n’avait en quelque
sorte aucune importance ici. « Pourquoi pas ? »

« Excellent. Hey tout le monde ! Trouvez une place sur le petit tapis, ok ?»

Les enfants firent la course jusqu’au centre de la pièce, et d’autres membres de l’équipe
positionnèrent les chaises roulantes autour du centre de tapis. Harm s’assit par terre et
impulsivement mit Cassie sur ses genoux pour le plus grand plaisir de la fillette.

Leigh commença par « Jingle Bells » d’une voix forte et claire. Plusieurs des enfants la
connaissaient assez pour l’accompagner, et d’autres agitèrent des mains et chantèrent sans
prononcer les paroles avec les adultes. Harm observait leurs visages et pensa qu’il n’avait
jamais vu une pureté d’innocence dans sa vie. Avant qu’il ne s’en aperçoive, ils avaient
chanté des chansons de Noël pendant une heure et demi, et il était temps pour les enfants
d’aller dans la cuisine pour le goûté de d’après-midi.

Lorsqu’ils furent installés Leigh et Harm retournèrent dans la pièce principale. « Ils vous ont
touché, n’est-ce pas ? » Observa-t-elle par expérience.

« Oui en effet, » acquiesça-t-il. « Vous me touchez aussi. »

Elle le regarda surprise. « Moi ? »

« Leigh où est votre maison pour vous ? Où est la grande famille qui se rassemble ? »

« Indiana, pour les deux questions, répondit-elle perplexe. « Pourquoi ? »

« Parce que je pense que vous devriez être là-bas. » Il sortit son téléphone portable de sa
poche et commença à composer. « Quel est le plus proche aéroport pour rentrer chez vous ? »

« Harm, non. » Elle agrippa son bras, lui prit son téléphone et coupa la communication.

« Leigh, je veux le faire, et vous le méritez vraiment. Ce que vous faites ici est incroyable, et
je pense qu’une bonne chose en vaut une autre. Spécialement en cette période de l’année. »

« Dans ce cas, apportez un sweater. Pas un billet d’avion. »

« Ce n’est pas grand-chose. J’ai l’habitude d’amasser des kilomètres. »

« Ce n’est pas l’argent, Harm. J’avais l’agent. J’ai juste décidé qu’il serait mieux utilisé ici.
Venez. Elle l’emmena jusque dans le réfectoire et ouvrit une porte sur une petite pièce
remplie de cadeaux dans de magnifiques emballages. « Demain matin, tous ces enfants auront
des cadeaux à ouvrir. Ils auront des bas avec leur nom dessus. Et je serai ici pour voir leurs
visages. Je vais probablement utiliser un million de rouleaux de pellicule de film durant ce
laps de temps, mais Seigneur cela en vaudra la peine. Je jure que je n’ai jamais été aussi
excitée pour noël depuis que je crois au Père Noël. »

Il ne put que respectueusement hocher la tête. « C’est vous qui avez fait tout ça ? »

« Ce n’est pas seulement moi. L’équipe en a acheté aussi et le Club des Lions en a donné
beaucoup. Mais les chaussettes, et toutes ces boîtes en rouges, celles-là sont les miennes. Je
suis fière de le dire. C’était un choix très facile, vraiment. Ma famille aura ces cadeaux par le
courrier et je les verrai à la fin de l’année scolaire. De plus, c’est Nick que je souhaite
vraiment voir et vous savez comment c’est dans le milieu militaire. Les petites, peu importe à
quel point elles adorent leurs frères, elles n’ont pas leur mot à dire en ce qui concerne leurs
ordres de mission. »

« Exact. » Harm tendit la main et elle lui rendit son téléphone. « Très bien, alors le voyage de
dernière minute pour l’Indiana est annulé. En alternative, aimeriez-vous m’accompagner à
une fête de Noël ce soir ? L’équipe du JAG se réunit toujours chez quelqu’un avant d’assister
à la messe de minuit. »

« Ne serais-je pas une intruse à la fête de vos amis ? »

« Vous plaisantez ? L’année dernière j’ai fini par leur amener un Quartier-maître accusé de
vol et tout ça parce que la prison était fermée. »

« Et bien… Je devrai rentrer chez moi et me changer d’abord. »

« On peut arranger ça. »

Il rentra chez lui pour se changer aussi et, à 17 heures, il passa la prendre et la ramena à son
appartement au campus. Pendant qu’elle était à l’intérieur, il reprit son téléphone. Après avoir
prévenu Harriet qu’ils auraient une autre invitée à la fête, il composa un autre numéro, un
numéro qu’il n’avait plus composé depuis longtemps. Peut-être ne pouvait-il pas faire en sorte
qu’elle soit chez elle pour Noël, mais il y avait d’autres miracles qui pouvaient se réaliser.

« Le Capitaine Skiles est-il joignable ? Merci… Blue, qu’est ce que tu fous en service cette
nuit ? Oui, moi aussi. Ecoute, j’ai une énorme faveur à te demander. Qui connais-tu qui puisse
annuler un ordre de mission rapidement ? Disons ce soir. Ne t’en fais pas pour les
autorisations – je peux m’occuper de cette partie-là. Ce dont j’ai besoin c’est d’un jour de
permission exceptionnelle pour un certain Quartier-maître Nicholas Winslow. »

Il avait déjà rangé son téléphone lorsqu’elle réapparut portant une robe vert forêt aux accents
dorés. « Acceptable ? »

« Vous êtes adorable, » lui assura-t-il. « C’était rapide – vous savez en dépit de votre
condition. »

Après avoir dit cela, il le regretta immédiatement. Mais elle ne fut pas offensée. « Comme je
l’ai dit auparavant, je peux sentir mes jambes. Assez pour pouvoir presque me lever en fait.
Mais c’est difficile de garder mon équilibre, alors je fais tout par étape. Vous vous habituez à
la longue. »

Ne sachant comment répondre à cela, il l’aida simplement à monter dans la voiture et ils
roulèrent pratiquement en silence jusqu’à la maison des Roberts.

Harriet les accueillit à la porte avec un large sourire de bienvenue. « Joyeux Noël, Capitaine !
Et vous devez être Leigh. Je suis Harriet. »

« Merci de m’inclure. » Dit sincèrement Leigh, serrant sa main.

« Tout le plaisir est pour nous. J’ai l’habitude que le Capitaine nous amène des rendez-vous
qui ne sont pas des rendez-vous. »

« Un peu de manière Lieutenant, » l’avertit Harm nonchalamment lorsqu’il aida Leigh à
franchir le seuil de la porte avec sa chaise roulante. Alors, qui est présent pour la fête de Noël
inaugurale de la nouvelle maison ?

« Ah, il semble que vous êtes l’officier le plus gradé ce soir. L’amiral est parti ce matin pour
l’Italie, comme vous le savez certainement et le Capitaine Turner aide son père pour l’office.

« Le père de Sturgis est aumônier » expliqua-t-il à Leigh. Très bien Harriet où est mon
filleul? »

Comme s’il avait entendu, A.J. Roberts se fraya un chemin dans la jungle de jambes,
traversant la pièce, et regarda Harm le visage radieux. « Hyia ! »

« Hyia, à toi aussi petit. Voici mon amie, Leigh. Leigh voici A.J. »

A.J. observa la jeune femme dans l’étrange chaise pendant un moment le visage interrogateur.
Au moment où Leigh ouvrit la bouche pour essayer d’expliquer, il dit « Etes-vous comme
papa ? »

Elle regarda Harm et Harriet confuse. « En quelque sorte, poussin, » lui dit Harriet quand elle
prit leurs manteaux. Servez-vous, vous deux. Il y a du punch dans la cuisine. »

A.J. suivit sa maman dans le living-room, et Leigh fronça les sourcils regardant Harm. « Le
père d’A.J. est en chaise roulante ? »

« Plus maintenant. Il a été blessé en Afghanistan l’été dernier et a perdu une partie de sa
jambe. Il marche maintenant, avec une prothèse, mais je suis certain qu’A.J. se souvient de la
chaise roulante lors du séjour de Bud à l’hôpital. » Harm jeta un coup d’œil par la porte à la
cuisine. « Quand on parle du loup, le voilà qui arrive. Bud Roberts, Leigh Winslow. »

Bud transféra sa canne dans sa main gauche de telle sorte qu’il puisse lui tendre et lui serrer la
main. « Enfin quelqu’un qui apprécie ma haine pour les escaliers. »

Harm cligna des yeux, mais Leigh éclata immédiatement de rire. « Tout à fait, » acquiesça-t-
elle. « C’est un plaisir de vous rencontrer. »

Ils parlèrent amicalement avec les collègues de Harm pendant quelques temps. Pendant qu’il
était dans une conversation ayant trait à son travail avec un autre officier, elle baissa les yeux
pour trouver A.J. debout près d’elle, un livre à la main. « Tu lis dans mes pensées, chéri, » lui
dit-elle. Ils allèrent en silence dans une autre pièce. Elle s’installa prudemment dans le divan
pour lire au petit garçon La nuit avant Noël.

Il était endormi avant même que le Père Noël n’ait eu le temps d’appeler ses rennes,
pelotonné contre les coussins du divan dans son pyjama de flanelle. Alors qu’elle se
demandait si elle devait ou non le laisser là pour aller chercher ses parents, Bud entra dans la
pièce et observa la scène.

« Je pense que vous vous êtes fait un nouvel ami, » remarqua-t-il, avançant dans la pièce avec
seulement un léger boitement et prit place en face d’elle.

« Merci de vous occuper de lui. »

« Il n’y a pas de problème. » Elle étudia sa chaise roulante, se demandant si elle aurait dû
rester assise dedans. « Vos amis sont tous si … compréhensifs. »

« Ils le sont, » répondit-il. « J’ai eu peur qu’ils aient pu ne pas l’être juste après que j’ai été
blessé. Mais je les ai sous-estimés. Je pense que, peut-être, j’ai sous-estimé les gens en
général. La plupart du temps, ce n’est pas si mal, d’être un peu différent. »

« La plupart du temps, oui. Mais, il y a toujours quelqu’un qui vous jette ce regard, le regard
qui dit, ‘Oh pauvre chérie. Vous avez sûrement besoin de beaucoup d’aide.’ Ou il y a le
regard qui dit ‘Vous ne pouvez faire ceci ou cela car vous ne pouvez pas marcher.’ Vous
pouvez les ignorer, mais ils sont toujours là. »

Bud vit briller ses yeux d’une sorte de peine qu’elle avait apparemment tenté de garder
cachée, une peine qu’il reconnaissait. « Le sont-ils vraiment ? » Demanda-t-il honnêtement.
Ces gens sont-ils ici ce soir ? Si c’est le cas, je ne les vois pas. »

Leigh le fixa et réfléchit sérieusement à la question. Des gens qu’elle avait rencontrés ce soir,
y en avait-il un seul qui l’avait réellement regardée avec pitié ? « Peut-être pas » admit-elle a
voix basse, souriant légèrement. « Je sais que ce n’est pas le cas de Harm, je veux dire, il ne
sait pas toujours quoi faire pour moi ou ce qu’il doit me laisser faire par moi-même, mais au
moins, il ne présume de rien. Il me laisse prendre les décisions et j’apprécie cela.

« C’est un homme bien. Il est difficile de trouver mieux dans le département de l’amitié. »

Elle se pencha en avant et jeta un coup d’œil en direction de la porte, Harm était en grande
conversation avec un jeune homme – le frère de Bud se rappela-t-elle. « Je pense que Mac lui
manque vraiment, » dit-elle, émettant une hypothèse, et les sourcils de Bud se froncèrent.

« Il vous parle d’elle ? »

« Un petit peu. Il a dit que normalement ils passaient Noël ensemble, mais elle est partie chez
sa petite sœur cette année. Je ne sais pas, il semble qu’ils sont très proches. Est-ce que je me
trompe ? »

« Non, je ne dirais pas ça. » Bud se pencha pour prendre un album photos sur l’étagère. Ayant
trouvé la bonne page, il lui tendit l’album. Au cas où vous vous posiez la question, c’est le
Colonel Mackenzie. »
La photo montrait Harm et Mac au baptême d’A.J. Leigh la regarda une long moment,
essayant de définir la signification du regard échangé par le bel officier en uniforme blanc et
la gracieuse et saisissante femme aux cheveux foncés. « Je vois, » dit-elle finalement.

« C’est vrai ? » Dans ce cas, expliquez-moi car je n’ai toujours pas compris. »

Elle fronça les sourcils. « Vous voulez dire qu’ils ne sont pas … ? »

« Pas à notre connaissance. Le Capitaine Turner semble être le seul à savoir quelque chose, et
il ne dit rien non plus. » Bud haussa les épaules. « Tout ce que je sais, c’est qu’ils dépendent
l’un de l’autre. »

Elle feuilleta l’album encore une minute, admirant la grande famille. Ensuite elle leva les
yeux sur lui, une étincelle dans l’œil, elle avait une idée. « Auriez-vous par hasard le numéro
de sa sœur ? »

« Chloe ? Certainement, je pense qu’il devrait être dans le répertoire à présent » les rouages
de son cerveau commençaient à fonctionner. Il se leva pour retrouver le carnet d’adresse sur
le bureau. « Nous avons également le numéro du cellulaire du Colonel si vous voulez. »

« Non, je pense que je veux parler à Chloe. Quel âge a-t-elle ? »

« Quatorze ou quelque chose comme ça, mais elle se comporte comme si elle en avait vingt. »

« Cela fera l’affaire. Ce n’est pas un appel longue distance n’est-ce pas ? »

Bud lui tendit le téléphone sans fil et fit un sourire. « Ne vous en faites pas pour ça. Dites-leur
Joyeux Noël de ma part. »

Lorsque Harm vint la chercher, quinze minutes plus tard, elle était en train de raccrocher.
« Qui était-ce ? » demanda-t-il.

« Je ne faisais que vérifier mes dernières résultats d’examen sur la ligne automatique, »
mentit-elle doucement.

S’il pensait que le timing était étrange, il n’en dit rien. « Ils devaient être bons, vous rougissez
pratiquement. »

« Vraiment ? » demanda-t-elle innocemment.

Il secoua la tête perplexe. « Il est temps d’aller à l’église »

A la fin de l’office, il la ramena chez elle avant de faire sa visite au Mémorial du Vietnam.
Elle lui avait fait promettre de venir à Horizon dans la matinée. Il essaya de garder une
expression neutre sur son visage pendant qu’il acquiesçait. « Je serai là, pas de problème. »
Ensuite il fit le pèlerinage qu’il faisait tous les vingt-quatre décembre depuis qu’il était venu
habiter à Washington, pèlerinage qu’il faisait pratiquement chaque année depuis la création du
Mémorial vingt ans plus tôt.

« Ce n’est que moi cette année, papa, » commença-t-il doucement, déposant sa petite bougie
devant le mur austère et noir. « Sergei n’apparaîtra pas comme par magie comme l’année
dernière, et Mac ne partira pas à ma recherche comme l’année d’avant. J’ai un peu honte de
l’avouer, mais ma partenaire me manque plus que mon frère, et elle n’est partie que depuis un
jour. Peut-être que je me sens en quelque sorte coupable à propos de Sergei car je vois à quel
point son frère manque à Leigh. Je ne sais pas. Mais au moins je vais faire quelque chose pour
ça. En fait, le fait que je fasse quelque chose est un choc pour moi. Je ne suis pas resté à me
lamenter sur moi comme je le fais d’habitude, et c’est complètement grâce cette personne
incroyable. Je n’arrive pas à croire que je l’ai rencontrée seulement hier. Elle ne peut pas
marcher et c’est pratiquement comme si cela n’avait même pas d’importance – je sais que les
choses sont difficiles, mais le fait qu’elle garde le sourire malgré tout…comment pourrais-je
m’apitoyer sur moi si elle est capable d’être comme ça ? »

Il plongea les mains dans les poches de son manteau, mais le froid ne le dérangeait pas
tellement. « Je pense que j’avais besoin d’ouvrir les yeux et d’une manière c’est elle qui l’a
fait. Quelques petites choses semblent avoir un peu plus de sens à présent. Il n’y a vraiment
rien qui m’empêche d’être heureux à part moi-même, exact ? Je souhaiterais seulement ne pas
avoir à attendre la nouvelle année pour voir Mac, parce que si elle était ici maintenant, je … et
bien, je ne suis pas sûr de ce que je ferais, mais ce serait décisif et totalement différent de tous
mes autres ratés. Je changerais quelque chose à la situation dans laquelle je nous ai mis. Je
ferais quelque chose pour la changer peu importe quand et comment. C’est une promesse cette
fois. »

Il tendit la main pour tracer le nom de son père, se sentant plus fort qu’il ne l’avait été depuis
des mois. « Tu me manques toujours. Cela ne changera jamais. Mais je vais bien. Maintenant,
je vais vraiment bien. »

« Joyeux Noël, papa. »

Comme il reculait, un son faible le surprit et pendant un court et heureux instant, il eut
l’espoir que peut-être Dieu l’avait écouté et que Mac était revenue pour être près de lui.
Lorsqu’il se retourna, il ne vit qu’un homme plus âgé traîner les pieds le long du trottoir. Se
reprochant mentalement d’avoir eu cette pensée fantasque, romantique, il retourna à sa
voiture. Il avait un programme à respecter le lendemain et une surprise de noël à terminer.

A suivre

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