Rendez-vous dans 10 ans

Les auteurs sont, par ordre d’entrée en scène : Midship, Revedefer, Audrey, Sarah85, Mack, Heavenmac, Lotte, Maricevia, Angel, Sarah076, Phoenix 628, Math42, Megan, Macetharmbell, Tomcat 2510

L’histoire se situe à  la fin de la saison 8 et  comprend trois parties : le corps de la fic même  et deux séries de textes ayant le même sujet « Rendez-vous au Mémorial » et « Rendez-vous, le final »

RENDEZ-VOUS DANS 10 ANS

5h27, 24 décembre 2012, Union Station, Washington DC

Il ouvrit grand les yeux, l’esprit en alerte et fixa le cadran lumineux de son portable : 5h27, un quart d’heure à peine de plus que la dernière fois ; rien à faire ! Le silence était impressionnant, aucun son ne filtrait de la rue ; il se leva pour aller boire un verre d’eau, jeta un coup d’oeil dehors en passant et s’arrêta net : la neige tombait drue, un épais tapis avait recouvert la rue étouffant tous les bruits.
Il appuya le front contre la vitre et sourit intérieurement ; enfin, quelque chose d’apaisant dans l’effervescence qu’il traversait. Au fur et à mesure que l’échéance approchait, le sommeil l’avait peu à peu délaissé ; des nuits comme celle-ci, il en avait connu pas mal depuis deux mois ; bien sûr, le travail l’avait accaparé, ses nouvelles fonctions y étaient pour beaucoup mais enfin, il connaissait le JAG depuis si longtemps, et il était là où il avait voulu être, parmi les siens.
Il pesta contre lui-même, quelle idée encore d’avoir lancé cette boutade au détour d’une conversation de fin de réveillon, à la cantonade, dans l’euphorie d’une fin de repas, chaleureuse, plutôt bien arrosée et tout à fait amicale ; ils étaient tous là ses amis, en quelque sorte sa famille ; la bonne humeur, la joie et même la tendresse de ce souvenir lui amenèrent un sourire sur les lèvres. Eh oui, il l’avait dit alors : rendez-vous dans dix ans, au Mac Murphy’s, comme un désir inavoué de ne jamais perdre tout ça, ces liens si forts construits tout au long d’une vie riche en rebondissements de toutes sortes, d’épreuves et d’aventures pendant huit années au JAG.
C’était le…24 décembre 2002… dix ans ? Oui, dix ans déjà !

Il s’assit non sans effleurer des yeux la photo de son père prise en 1981 en Russie, et celle où encore petit garçon, il se trouvait avec son père dans le cockpit de son avion, et son esprit vagabonda, surfant sur les souvenirs ; bon, voilà que maintenant, il se mettait à rêvasser, à penser au passé…. Décidemment, ça ne tournait pas rond !…. Il décida de se rendre au Quartier Général du JAG.

Quand il arriva dans les bureaux, sa secrétaire, le Quartier-maître Loren Stinger accourut à sa rencontre « Amiral ! » et l’Amiral Harmon Rabb Jr entama cette fameuse journée.

– Bonjour, Quartier-maître. Pourriez-vous demander au Capitaine Tiner de venir dès qu’il arrivera ?
– A vos ordres, Amiral !
Sur ces mots, l’Amiral pénétra dans son bureau.

7h00 – Domicile des Roberts

Bud se trouvait dans la cuisine devant un café fumant. Il était plongé dans ses pensées : ce soir, tous ses amis seraient de nouveau réunis à son domicile pour le réveillon de Noël comme il y a dix ans. Mais depuis dix ans les choses avaient bien changé; Bud avait quitté le JAG et s’était associé avec Léonard Nimoy pour fonder un cabinet d’avocats florissant. Harriet avait pris sa retraite après la naissance des jumeaux.

– Bonjour chéri, bien pensif ce matin ?
– Bonjour Harriet, bien dormi ? « Oui. Qu’y a-t-il Bud, Je te sens perturbé, un souci au travail ? – Non, c’est pour ce soir, je me demande comment Harm et Sarah vont réagir en se revoyant, après tout ce temps.
– Bonjour P’pa, Bonjour M’man
– Déjà debout mon chéri ?
– Oui M’man, j’arrivais plus à dormir
– Un jus de fruit, mon grand
– Oui, merci P’pa
– Oncle Harm et Tante Sarah seront là ce soir ?
– Oui, AJ, ils seront là les deux, ainsi que l’Amiral Chegwidden et tous nos amis. Bon, je dois y aller : Léonard m’attend à 8 h00 au bureau.
– Chéri, essaie de ne pas rentrer trop tard, nous devons rejoindre nos amis au Mac Murphy’s pour 19 h30.
– Ok, Harriet. Je pense être de retour vers 15 h 00. Au fait à quelle heure livre le traiteur ?
– A 16 h 00. Bonne journée, mon chéri
Après un baiser à Harriet, Bud prit son porte-documents et partit rejoindre son associé.
– Dis Maman, je pourrais venir avec vous ce soir ?
– Non AJ, tu restes pour surveiller les jumeaux et, de toutes façons, nous serons tous à la maison pour 21h00.

Le jeune garçon fronça les sourcils :
– Ce n’est pas juste, je ne serai pas là pour les retrouvailles !
– Voyons AJ ! Que veux-tu qu’il se passe ? Harm et Sarah ne se sont pas vus depuis environ cinq ans, lorsqu’elle a quitté le Jag… Ils ont chacun leur vie maintenant…
– C’est juste qu’à chaque fois que je vois cette photo, soupira-t-il en montrant un cadre sur la cheminée où l’on voyait les deux avocats, onze ans auparavant, dans le désert où son père avait perdu la jambe, je me dis qu’ils sont faits pour être ensemble !
– AJ, tu sais que pendant longtemps, ton père et moi avons été d’accord avec ce point de vue, mais ils ont choisi et ce n’est pas à nous d’y changer quoi que ce soit. Scott et Luke ont besoin de toi ici.
Sans insister, l’adolescent remonta dans sa chambre pour se préparer.

7h30 – Voiture de Mac

Voilà une heure qu’elle était levée. Le long voyage qui l’attendait l’avait incitée à partir tôt. Ainsi, elle aurait le temps de se familiariser à nouveau avec la ville où elle avait passé tant d’années et qu’elle avait quittée cinq auparavant. Elle était heureuse de revoir tous ses amis du Jag et pourtant, une pointe d’angoisse étreignait son coeur. Que dirait-il ? Depuis qu’elle avait décidé de partir, ils ne s’étaient plus parlés. Il ne lui avait pas pardonné ce départ, loin de Washington, sans lui en avoir parlé. Mais elle n’avait pas pu, elle aurait craqué s’il avait fallu tout lui expliquer… Mais maintenant, elle se sentait plus sereine tout du moins l’espérait-elle, sinon, la soirée serait dure, très dure…

7h42 Appartement du Capitaine Jennifer Coates

Jennifer était affalée sur son canapé, le regard perdu dans le vide. Son mari, Dan s’approcha alors.
– Jennifer ?….. Jen …….. (lui posant la main sur l’épaule) Jen !
– Oui ?
– Tu vas bien ? Tu m’avais l’air perdue dans tes pensées.
– (lui souriant) Oui, oui ça va, je…. Je me remémorais juste de bons souvenirs.
– C’est à cause du dîner de ce soir n’est ce pas ? et du retour du colonel Mackenzie ?
– En quelque sorte….. (songeuse) oui en fait, je ne suis pas sûre que ce dîner soit une bonne idée…. Enfin… à cause de la confrontation entre le Colonel et l’Amiral Rabb.
– Jen… on en a déjà parlé, il faudra bien qu’ils se retrouvent un jour ou l’autre, l’un en face de l’autre pour s’expliquer.
– Peut-être, mais l’Amiral a eu tellement de mal à se remettre de son départ, il n’est plus le même depuis ce jour, j’ai peur que tout ressurgisse d’un seul coup ce soir.
– Ne t’inquiète pas, je suis sûr que tout se passera bien, 10 ans se sont écoulés, leurs sentiments l’un envers l’autre ont sans doute évolué depuis lors. (le regard malicieux) Et puis, depuis le temps que tu me parles de cette femme, je vais enfin pouvoir faire sa connaissance.
– (lui souriant) J’espère que tu as raison. (se levant et l’embrassant tendrement) J’y vais, je serai de retour vers 19h00. Tu essaies de rentrer tôt, toi aussi ? je ne voudrais pas arriver en retard, j’ai tellement hâte de revoir le colonel, ça fait tellement de temps…
– Oui, ne t’en fais pas (la poussant gentiment) Allez, file ou tu vas être en retard au bureau.
– Bonne journée.
– Bonne journée, ma chérie et fais attention à toi.

Elle sortit de l’appartement, s’appuya contre la porte et resta un moment immobile, puis elle posa
tendrement ses mains sur son ventre légèrement rebondi, soupira, songeant à son enfant et à la proposition qu’elle souhaitait soumettre au Colonel. Marraine, elle ferait une fantastique marraine pour son enfant, elle en était sûre, restait à savoir qu’elle serait sa réaction. Finalement elle se décida à se mettre en route pour le JAG, ses pensées toujours tournées vers le Colonel et l’Amiral.

7h00, Quartier général du Jag, bureau de l’Amiral

L’Amiral brancha l’interphone :
– Quartier-maître, le Capitaine Tiner est-il arrivé ?
– Non, Amiral, il ne va pas tarder probablement, c’est son heure…
-Appelez chez lui, voulez-vous et dès que le Capitaine Coates sera là, dites-lui que je veux les voir tous les deux dans mon bureau, j’ai la Secrétaire d’Etat sur le dos et la journée s’annonce plutôt chargée; au fait, Loren, tout est prêt ?
-Oui, Amiral ; nous avons revu tous les détails hier soir, vous pouvez être tranquille.
-Mais je suis tranquille, Quartier-maître, comme d’habitude ! Apportez-moi un café en attendant, s’il vous plaît !
-A vos ordres, Amiral, répondit Loren

Elle sentait bien la nervosité de son interlocuteur et elle soupira en pensant à la semaine infernale qu’il venait de lui faire vivre ; le timing de la soirée, le traiteur, le fleuriste, les lumières, les nappes, la décoration, les participants, anciens et nouveaux, elle ne connaissait personne et cela n’avait pas été de tout repos de prendre la mesure des choses, des relations des uns avec les autres; surtout elle se demandait quelle tête avait ce fameux colonel… à chaque fois qu’on parlait d’elle, l’Amiral changeait de visage…

Cela faisait deux mois maintenant qu’il avait pris ses fonctions et elle ne parvenait pas encore à le cerner: il connaissait parfaitement les arcanes administratives, les rouages du JAG mais, quand il était assis derrière son bureau, on avait l’impression qu’il était comme sur un siège éjectable, prêt à partir!
Elle se dirigea vers la cuisine pour rapporter son café à l’Amiral et faillit bousculer le Capitaine Coates qui en sortait.
– Oh, excusez-moi, Capitaine; l’Amiral vous attend dès que possible avec le Capitaine Tiner, ça paraît urgent!

7h55, sur le bord de la route.

– Mince, manquait plus que ce maudit téléphone ! dit-il sur le ton de la colère.
– Capitaine Tiner ? Quartier-maître Stinger, où êtes-vous ? Je viens de téléphoner chez vous et je suis tombée sur le répondeur ? dit-elle inquiète
– Bonjour, Quartier-maître. Je suis dans ma voiture, je viens de crever.
– Vous avez besoin d’aide Capitaine ? Rien de grave ?
– Non, je viens juste de ranger le cric et j’allais repartir. Pourquoi cet appel ? dit-il tout en remontant dans son 4×4.
– L’Amiral vous attend au plus vite dans son bureau avec le Capitaine Coates.
– C’est sûrement à propos de la Commission d’Enquête de la Député Latham, merci Quartier- maître, je serai là dans un petit quart d’heure.
– A tout de suite, Capitaine.
Tiner posa son portable sur le siège passager et s’engagea dans le flot de véhicules, direction le bureau.

Au même moment, parking du bureau de Bud.

Pendant tout le trajet vers le bureau, Bud, n’avait pas arrêté de penser aux retrouvailles de ce soir chez Mac Murphy’s. Pourvu que tout se passe bien entre Harm et Mac ce soir, déjà cinq ans qu’ils ne s’étaient plus parlés, même pour les anniversaires d’AJ ou pour Noël, ils ne s’étaient pas revus.

La sonnerie du portable tira Bud de ses pensées.

– Bud Roberts.
– Hello Bud, c’est Sergueï, toujours partant pour ce soir ?
– De quoi parles-tu Sergei?
-Tu sais, nous devions nous rencontrer pour mon affaire. J’essaie de me faire naturaliser américain et tu devais m’aider à remplir les papiers juridiques.
– C’est vrai, ça m’était complètement sorti de la tête! Non, excuse-moi, je suis désolé, nous ne pourrons pas ce soir. J’ai une sortie de prévue. L’Amiral du JAG a organisé une soirée de retrouvailles pour les anciens du JAG il y a 10 ans.
-L’Amiral Chegwidden est encore Amiral du JAG!! C’est incroyable !

Bud réfléchit. Sergueï et Harm ne s’étaient pas reparlé depuis des années!
– Non, en fait c’est ton frère, Harm, qui organise cette soirée.
– Mon frère! Amiral! C’est incroyable! Comment se fait-il qu’il ne s’est pas fait encore expulser de la Marine! Avec toutes les bêtises qu’il a faites! dit-il dans un grand éclat de rire.
Bud rit à son tour.
-C’est l’une des choses inexplicables de la vie. Mais que dirais-tu de te joindre à nous?

8h00 Résidence de AJ Chegwidden

Il revenait de faire son jogging. Il en faisait tous les matins, c’était devenu son nouveau rituel. Il entra et regarda son répondeur. La lumière flashait.
Une voix de petit garçon s’éleva dans la pièce.
« Entraîneur, c’est Mike. Écoutez, je ne sais plus où j’ai mis mon gant chanceux et j’en ai besoin pour la partie de cet après-midi. L’auriez-vous vu? Si vous l’avez, s’il vous plaît, ramenez-le moi. Merci! »
AJ sourit. Il adorait ce garçon, ainsi que tous les autres joueurs de l’équipe. Il entraînait l’équipe de base-ball du quartier. Au début, il croyait qu’il n’en serait pas capable, que les enfants ne l’aimeraient pas, qu’il ferait trop de discipline, qu’il était trop vieux. Il s’était royalement trompé. Les enfants aimaient son côté rigide et très professionnel. Ils sentaient qu’ils étaient importants aux yeux de leur entraîneur.
-Oui Mike, je sais où est ton gant, dit-il à voix haute.

Et il se dirigea vers la douche.

8h15 Maison des Roberts

AJ trouvait injuste de ne pas assister à la fameuse soirée – il était grand maintenant – garder ses petits frères ! – pour une fois il aurait bien aimé qu’on le considère comme quelqu’un à part; il tapa du poing contre le mur, ferma la porte de sa chambre et ouvrit son portable :
– Allô,
– Sarah Mackenzie, qui est-ce ?
– C’est moi, Tante Sarah, t’es où ?
– AJ ? Tout va bien, il s’est passé quelque chose ?
– Non, Tante Sarah, c’est juste que je voulais te parler
– Mais AJ, on se voit tout à l’heure pour le dîner !
– Euh…oui, je le sais bien mais j’ai une question importante à te poser avant.
– AJ, attends une seconde, je me gare sur le bas-côté ; alors, vas-y maintenant.
– Voilà, tu ne pourrais pas demander à Maman de me laisser venir ce soir ? ça fait si longtemps que je ne vous ai pas vus toi, l’Amiral et …Harm, je suis grand maintenant et…
– Ecoute AJ, tes parents décident de ce qui est bien pour toi, tu nous verras après, chez vous ou demain ; nous serons entre nous, et nous pourrons discuter tous les deux.
– Tante Sarah, c’est que je voudrais te demander quelque chose, dis Tante Sarah, tu es contente de venir, de voir tout le monde et Oncle Harm ?
– Mais, enfin AJ, qu’est-ce qui t’arrive ?
– Ben, tu vois, Tante Sarah, tout à l’heure je regardais votre photo, tu sais celle où vous êtes tous les deux ensemble, en Afghanistan, et vous aviez l’air amis, non ?
– Oui, nous étions amis…
– Plus maintenant ?
– Oh, écoute, mon chéri, ce sont des histoires de grandes personnes…
– Mais tu es contente de venir tout à l’heure ?
– Oui, très ! ….
– Tante Sarah, tu es là ? Au revoir, je t’aime
– Moi aussi, AJ, de tout mon cœur !

Mac resta un long moment à se reprendre ! S’ils s’y mettaient tous, elle n’allait pas en sortir indemne ; pourvu que l’esprit de Noël souffle dans le bon sens ce soir et des flashes lui passèrent devant les yeux : le regard éperdu de Harm sur le ferry à Sydney, Harm et elle sur la ligne d’arrivée du Jagathon, la première rencontre dans la roseraie, Harm ici, Harm encore et toujours. Harm la joie, Harm la douleur, Harm et elle, éternels complices mais aussi rivaux de toujours ; elle s’enferrait dans les souvenirs ; elle se pinça les joues jusqu’à avoir mal pour se forcer à émerger et parvint à remonter à la surface. Allons, Harm avait toujours été « SON » ami …mais elle lui avait joué un sale tour.
– Il y a des moments où il faut savoir se préserver, dit-elle à voix haute ! Cette histoire me rend folle encore cinq ans après !
Elle se regarda dans le rétroviseur – pas brillant ! – et tourna la clé de contact.

– Allô, Quartier Général du Jag, Quartier-maître Stinger, que puis-je pour vous ?
– Bonjour, Quartier-maître, je suis AJ Roberts : pourrais-je parler à mon Oncle Harm, euh, je veux dire, l’Amiral Rabb s’il vous plaît ?
– L’amiral est en réunion pour le moment AJ mais tu as un message pour lui peut être ?
– Non, j’aurai voulu lui parler en personne mais ce n’est pas grave Quartier-maître, je lui dirai tout ce soir. Passez une bonne soirée.

En raccrochant AJ était chagriné, son dernier espoir de participer aux retrouvailles s’était volatilisé. Il avait tant espéré être présent à ce moment-là mais ses parents en avaient décidé autrement. Il allait garder ses frères, ces deux petits garnements, une belle soirée en perspective !
– AJ, dépêche-toi un peu, tu vas être en retard chez ton ami ; mais qu’est-ce que tu as ce matin ?
-Tu sais très bien ce que j’ai M’man, dit AJ en dévalant les escaliers.
– AJ tu sais que j’ai besoin de toi pour garder tes frères, tu es un garçon responsable maintenant et je pensais que tu l’avais compris.
– Je l’ai compris, M’man, je ne suis plus un enfant tu sais, mais j’ai été tellement déçu quand tu m’as dit que ma place était auprès des jumeaux.
– Je sais, mon chéri, je te promets que la prochaine fois tu seras à nos côtés.
– Si c’est une promesse alors, dit AJ en embrassant sa mère, bon j’y vais, tu ne veux tout de même pas que ton fils soit en retard.
– Bonne journée AJ !

10h00, Quartier général du Jag, bureau de l’Amiral Rabb

Il neigeait toujours à gros flocons.
Harm était assis là depuis plus d’une heure. Adossé à ce siège, il réfléchissait au sens des derniers mots que Mac et lui avaient échangés avant son départ, ce fameux soir de Réveillon. Cela faisait maintenant cinq ans qu’elle lui avait dit qu’elle quittait la ville. Elle était partie pour de bon cette fois, ce n’était ni un congé de quelques jours ni une mission de routine avec le JAG. Elle n’était plus là, il n’avait pas su la retenir.

Soudain, le Quartier-maître Stinger fit irruption dans son bureau :
– Monsieur…
– Vous pourriez frapper, Quartier-maître ! répondit-il, fâché de devoir quitter si brusquement sa rêverie.
– Excusez-moi, Amiral, mais c’est important… La députée Latham voudrait vous voir…
De fait, la jeune femme n’avait pas fini sa phrase que Bobbi Latham, toujours aussi directe, pénétra dans la pièce. Avec un soupir à peine masqué, Harm renvoya son aide de camp :
– Ce sera tout Loren. Merci…
Sans attendre, la politicienne entra dans le vif du sujet :
– Rabb, comment pouvez-vous essayer d’imposer le Capitaine Tiner sur ma Commission d’enquête ? Je veux le meilleur pour faire la lumière sur cette affaire. Et le meilleur, c’est vous !
– Vous savez bien que je ne peux pas faire cela. J’ai un bureau à faire tourner et cela ne fait pas partie de mon job. Je suis flatté, croyez-le, de l’intérêt que vous portez à mon talent d’avocat, mais Tiner est un bon officier et un excellent avocat. Je sais bien que le connaissant depuis longtemps, vous pourriez avoir des doutes, mais il a grandi, c’est un homme responsable maintenant. Il est le meilleur avocat du bureau. De plus, je n’ai plus envie d’enquêter, plaider ou défendre qui que ce soit. Je suis trop vieux pour ça…
Elle le regarda, sidérée :
-Est-ce que j’ai bien entendu ? Harmon Rabb, trop « vieux » ? Blasé ? Je ne peux y croire. On voit que votre moitié s’en est allée…
Il comprit parfaitement l’allusion mais décida de ne pas relever :
– Je regrette, Madame la Députée, je compte parler avec les deux avocats au sujet de cette affaire, mais c’est leur travail et, je vous le répète, pas le mien.
Elle sortit du bureau, bien décidée à ne pas se laisser abattre au premier obstacle, même si celui-ci était l’Amiral Harmon Rabb Jr.

10h00
AJ Chegwidden s’approchait de la maison du petit Mike, le gant de baseball à la main. Il était allé récupérer le précieux objet au fond de son jardin, là où le garçon l’avait oublié après la dure séance d’entraînement supplémentaire qu’il avait demandée la veille, pour être au top lors du match. AJ savait que le petit était bon, très bon même. Mais il avait encore besoin d’un grigri, quelque chose qui lui donne du courage pour se lancer et se donner à fond. Il sourit en pensant à ses amis du JAG. Harm était pareil, plus jeune : s’il était en compétition avec Mac, il se dépassait et était capable de trouver des stratégies inimaginables, tout comme elle… Comment cela avait-il pu dégénérer à ce point ? Il n’aurait jamais dû la laisser partir… Mais pouvait-il faire autrement ? C’était pour son bien qu’elle s’éloignait, elle serait devenue folle à rester avec eux à Washington… Pourtant s’il avait su… Il l’aurait obligée à parler à Harm, tant qu’elle était encore sous ses ordres, obligée de lui obéir… Enfin, maintenant cinq ans avaient passé et la rencontre se ferait ce soir. La discussion aussi… Tout du moins AJ l’espérait sincèrement…

11h00 Domicile des Roberts

Le jeune AJ cherchait toujours un moyen de pouvoir assister aux retrouvailles des adultes et surtout de son parrain avec sa marraine; il les verrait au dîner, bien sûr, mais il pensait rater l’essentiel: le premier face à face depuis cinq ans…
Il avait bien songé à demander à un copain de faire le baby-sitter à sa place, mais comment convaincre ses parents?
Et pourtant, après la conversation qu’il avait surprise cinq ans auparavant, il était persuadé de pouvoir tenter quelque chose pour que les deux adultes qu’il aimait et admirait le plus après ses parents retrouvent leur complicité d’avant. Il était jeune encore mais il se souvenait que ça avait toujours été compliqué entre ces deux-là, et AJ était certain que ses parents n’avaient pas choisi son parrain et sa marraine par hasard, et pas seulement parce qu’ils avaient été les témoins privilégiés des débuts du couple Bud – Harriet !

Pendant ce temps, Harriet était plongée elle aussi dans ses souvenirs. Tout en préparant le repas des jumeaux, elle repensait au départ de sa supérieure qui était devenue plus qu’une amie au fil des années et des épreuves, un membre de la famille.
Qu’aurait-elle pu faire pour l’aider à l’époque?

Quartier Général du JAG

Pendant ce temps au JAG, Tiner était enfin arrivé. Il avait rejoint Coates dans le bureau de l’amiral. Ils étaient sensés discuter de la commission d’enquête de la députée Latham. C’était un gros dossier mais Jen et lui étaient désormais des avocats confirmés, et l’Amiral leur faisait confiance ; même s’il les avait prévenus en début de réunion que la députée aurait préféré voir Harm sur cette affaire, il n’avait pas l’intention de la leur retirer.
Cependant, il semblait tantôt songeur, tantôt nerveux… et ailleurs. Tiner pensait savoir ce qui le tracassait : la soirée s’annonçait chargée en émotion, et pour sa part, il était ravi de passer une soirée avec tous ceux qui l’avaient accueilli au JAG à son arrivée, qui lui avaient appris le métier et qui l’avaient vu mûrir depuis quinze ans, certains travaillaient encore avec lui, mais il y aurait également les ex-Lieutenants Sims et Roberts (l’un dans le civil, l’autre à la retraite), l’Amiral Chegwidden, l’Amiral Turner désormais commandant de la flotte en Atlantique, et d’autres qu’il n’avait pas revus depuis bien longtemps. D’ailleurs qu’avait bien pu devenir le Colonel Mack……
– « Tiner, avez-vous entendu ce que je viens de suggérer à propos des déclarations de ce témoin de dernière minute ? » tonna l’Amiral.

Le Capitaine s’excusa devant le regard noir de son supérieur et s’efforça de se concentrer sur le sujet de la réunion.
La journée était encore longue, et il aurait tout le temps de replonger dans ses souvenirs, ce soir, quand tout le monde serait réuni. La soirée promettait d’être intéressante !

12h00 Quartier Général du JAG

Harm se remémorait sa dernière soirée avec Mac, il y avait cinq ans.

23 décembre 2007, Appartement de Mac

Ils étaient tous les deux chez elle, révisant une affaire. Il était assez tard et ils avaient bien du plaisir. Ils riaient, s’amusaient. Les derniers temps, tout allait entre eux deux. Il n’y avait plus de phrases à double sens, de reproches sous-entendus.
Il n’avait jamais reparlé du baby deal. Il savait que c’était vraiment farfelu comme idée.
– Sarah, je crois que je devrais rentrer. Il commence à être tard et comme nous allons chez les Roberts demain…
– Harm, il n’est pas question que vous retourniez chez vous. Et vous avez vu la météo! Il y a une tempête de neige. Non, vous restez ici cette nuit.
Harm se dirigea vers la porte.
– Sarah, je ne veux pas vous déranger.
Sarah se jeta devant lui.
– Matelot, vous restez ici.
Mac le regarda droit dans les yeux. Harm se pencha, elle se rapprocha, et ils s’embrassèrent. Sarah le prit par la main et l’entraîna vers sa chambre à coucher.
– Mac, tu le veux vraiment?
– Harm, tu le sais comme moi.

12h02 Quartier Général du Jag

Et c’est à ce moment-là qu’il avait fait l’erreur de sa vie: il avait quitté Sarah Mackenzie. Il l’avait abandonnée durant la nuit. Et il ne l’avait jamais retrouvée.

12h03 Maison des Roberts

Jimmy se chicanait encore avec les jumeaux. Qu’est-ce qu’ils faisaient du tapage!
Cela rappela encore une fois à AJ l’affreuse conversation de son parrain et de sa marraine. À ce moment-là, il n’avait pas tout compris.

24 Décembre 2007 Le lendemain de la tempête de neige, chez les Roberts

Il y avait un froid entre Mac et Harm et tout le monde l’avait remarqué. Ils ne se parlaient pas, ne se regardaient même pas.
Sarah sortit à l’extérieur, voulant mettre fin à l’ambiance morose qui nuisait à la belle journée que les Roberts avait organisée.
Elle sortit sur le balcon et Harm la suivit. Ils étaient tous les deux emmitouflés. Ils ne virent jamais le petit AJ qui les surveillait, car il était caché derrière son énorme bonhomme de neige.
– Sarah, pour cette nuit…
– Ne m’appelez pas ainsi! s’écria Sarah, le visage couvert de larmes. Je vous avais fait confiance. Je me suis totalement livrée à vous! Je croyais que vous m’aimiez! Vous rendez vous compte! Vous m’avez abandonnée! Comme tous les autres hommes de ma vie! Je vous en veux à mort, Harm! Je croyais que, finalement, j’avais trouvé LA personne de ma vie! Je m’étais encore trompée! Toutes ces années gâchées à cause de vous! J’ai même perdu ma dernière chance d’avoir des enfants ! Je n’ai plus l’âge d’en avoir maintenant. Et je ne veux plus vous voir. Oh non, jamais. Adieu, Harmon Rabb Jr!

Et avant qu’il ait eu le temps de réagir, Sarah s’enfuyait au volant de sa voiture. Il se précipita à l’intérieur, le petit AJ sur les talons.
– Sarah vient de s’enfuir!

12h05 Maison des Roberts

Il décida d’appeler sa marraine encore une fois.
– Marraine, c’est encore moi, AJ.
– Rebonjour mon amour! Tu sais, je serai là bientôt. Je passerai chez toi avant d’aller au Mac Murphy’S. Il va falloir que je me change.
– C’est vrai!
AJ avait une idée. Il s’arrangerait pour que Harm soit là au même moment. Il savait que son parrain ferait tout pour lui!
– Quand arriveras-tu, marraine?
C’est au même moment que AJ entendit un cri dans le cellulaire de Mac.
-Maman! J’ai faim! Quand est-ce qu’on mange?

12h05 Bureau de l’Amiral

Les trois coups sur la porte arrachèrent Harm de ses pensées.

– Entrez, Quartier-maître !
– Et bien cela ne me rajeunit pas, il y a bien longtemps que l’on ne m’a pas appelé Quartier-maître !
Surpris, Harm fit pivoter son fauteuil pour voir qui entrait.

– Bonjour, Amiral, excusez-moi pour …….
– Bonjour, Harm, pas de salamalecs entre nous, je suis à la retraite depuis dix ans maintenant, appelle-moi Tom.
– D’accord Am… Euh…. Tom. Heureux de vous revoir, après tout ce temps. Asseyez-vous !
– J’ai deux petits services à te demander Harm.
– Bien entendu, Tom, de quoi s’agit-il ?
– En premier, je voudrais avoir l’honneur de t’accompagner une dernière fois au Mur du Souvenir, pour rendre hommage à mon compagnon d’armes et ami : ton père.
– Une dernière fois ? Mais pourquoi, des soucis Amiral ? demanda Harm inquiet.
– Je vais y venir Harm. Comme tu le sais je ne suis plus tout jeune !
– Voyons Tom vous…
– Laisse-moi parler Harm s’il te plaît. Cela fait deux ans maintenant que j’ai un cancer. J’ai beau résister, tous les jours la maladie progresse encore un petit peu. Les docteurs me donnent entre six et huit mois d’espérance de vie.
– Il faut vous battre Tom, rien n’est jamais perdu d’avance.
– Allons, Harm, je ne baisse pas les bras mais je reste lucide. Je ne regrette rien, ma vie a été bien remplie. Je veux profiter du temps qu’il me reste pour revoir une dernière fois les personnes qui me sont chères. A bientôt soixante et onze ans, j’ai eu le temps de penser à ma mort, elle ne me fait pas peur. Je l’affronterai tête haute et avec respect comme je l’ai fait envers tous mes ennemis au combat. Mais le deuxième service serait que tu veuilles bien répandre mes cendres au-dessus de l’océan après ma mort.

Boone eut juste le temps de finir sa phrase que la porte du bureau de l’Amiral s’ouvrit sur la Secrétaire d’Etat à la Marine. Harm était décontenancé par les révélations de son ami et par l’irruption de la Secrétaire d’Etat dans son bureau.

– Pardon Amiral, je ne savais pas que vous étiez en rendez-vous.

Harm se leva et fit le tour de son bureau en direction de la Secrétaire d’Etat.

– Madame la Secrétaire d’Etat Bzinkévitch, voici l’Amiral Thomas Boone.
– Enchantée, Amiral, et pardonnez-moi de vous avoir dérangés, mais une affaire urgente à voir avec l’Amiral Rabb.
– Madame, vous êtes toute excusée. Tu réfléchiras à ma demande, Harm.
– Asseyez-vous, Madame la Secrétaire d’Etat, je raccompagne l’Amiral Boone. Vous êtes en ville pour longtemps Tom ?
– Deux ou trois jours, j’ai quelques vieux amis à voir.
– Pourquoi ne viendriez-vous pas avec nous ce soir, nous nous retrouvons à 19 h 30 au Mac Murphy’s avec l’Amiral Chegwidden, l’Amiral Turner, Bud et Harriet Roberts et d’autres. Je compte sur vous Tom.
– D’accord Harm, à ce soir 19 h30.
– Non finalement, venez me rejoindre au bureau à 18 h et nous irons ensemble au Mur du souvenir rendre hommage à mon père. Je serai très fier de vous avoir à mes côtés, vous qui étiez aux côtés de mon père lors de sa disparition au Vietnam.
– Ok, Harm, à ce soir 18 h.

12h20 Harm referma la porte de son bureau et retourna s’asseoir derrière son bureau.

12h20 Maison des Roberts

– AJ, viens à table, nous t’attendons, qu’est-ce que tu peux bien fabriquer ?
– J’arrive, j’arrive, M’man !

En réalité, il n’avait pas faim ; il avait passé la matinée à penser à tout ça, et pour cette belle journée, veille de Noël, rien n’allait comme il voulait ; le monde des adultes était décidemment sacrément compliqué et puis, cette voix et cette phrase dans le téléphone de sa marraine, ça l’embêtait, et il ne pouvait pas en parler à sa mère, elle aurait tout de suite compris pour quelle raison il avait appelé Sarah ; mais enfin, cette nouvelle, il fallait bien qu’il la partage avec quelqu’un, cela voulait-il bien dire ce qu’il pensait ? Il finissait par croire qu’il s’était trompé.
Non, il avait bien entendu une petite voix dire « Maman, j’ai faim, quand est-ce qu’on mange ?», dans la voiture de Sarah, un jour comme celui-ci !
Sa mère apparut alors sur le seuil de sa chambre, le visage mécontent mais en le voyant, elle se radoucit :
-AJ, qu’est-ce que tu as, mon grand, demanda-t-elle en s’asseyant sur le lit à côté de lui
– Maman, tu ne vas pas te fâcher, dis, il faut que je te dise quelque chose, c’est très important, tu promets ?
– Bien sûr, mon chéri.
– Est-ce que tu as souvent des nouvelles de ma Marraine, M’man, vous êtes très amies, n’est-ce pas ? Même si elle n’est pas revenue depuis cinq ans ?
– Oui, je la connais depuis longtemps, ton père et moi l’estimons, et l’aimons énormément. C’est quelqu’un de bien.
– Alors, il faut que je te raconte.

12h20 Sarah Mackenzie

sortit avec son fils Thomas, le petit Tom, du snack où ils s’étaient arrêtés pour déjeuner ; il avait mangé, elle l’avait regardé ; elle pensait à AJ, aux questions qu’il lui avait posées, à cette fameuse soirée et de façon obsédante à Harm ; mais que pouvait-elle faire d’autre ? Difficile de ne pas s’y rendre mais qu’il était dur d’avoir à affronter les regards de ses amis et d’avoir à expliquer. Tom la tira par la main, il voulait aller faire des boules de neige, ce garnement ne lui laissait pas un instant de répit ; et pourtant, elle avait besoin de souffler ; elle s’efforça de respirer lentement, l’air glacé la saisit et elle entraîna Tom vers la voiture ; ce qu’elle redoutait le plus c’était le regard qu’il poserait sur elle ; un véritable étau lui enserrait la poitrine ! Tom bouda, il ne voulait pas monter dans la voiture, la route était ennuyeuse et elle avait à peine redémarré qu’il proféra « quand est-ce qu’on arrive ? », cette phrase répétée à l’infini la mettait en boule.

12h30 Bureau de l’Amiral Harmon Rabb

– Je vous prie de m’excuser, Madame la Secrétaire, mais l’Amiral Boone est un très vieil ami de la famille, et nous nous voyons fort peu. Vous vouliez me parler ?
– Amiral, j’irai droit au but ; j’ai besoin de vous et de l’un de vos meilleurs avocats, l’un de vos bras droits dans les prochaines heures ; nous avons un grave problème dans l’un de nos sous-marins, à quai, à Norfolk et je vous y emmène sur le champ !
– Mais, Madame la Secrétaire…tenta Harm
– Je vous expliquerai en route, ne perdons pas de temps ! Amiral Rabb, je n’ignore pas que nous sommes le 24 Décembre et que ce soir, vous comme moi devrions être avec nos proches mais à moins d’un miracle, je crains que ce ne soit pas le cas !
– Juste le temps de donner mes instructions et nous y allons.

8 H 00 Parking du bureau de Bud

– Me joindre à vous ? dit Sergueï
– Oui, ce soir pour les retrouvailles au Mac Murphy’s à 19 h 30, puis réveillon à la maison.
– Non, je vais déranger !
– Tu as quelque chose de prévu ce soir, Sergueï ?
– Non, je suis seul.
– Alors je compte sur toi, ton frère sera content de te revoir !

Peut-être que revoir Sergueï apaiserait Harm ? Bud ne savait que faire pour que les retrouvailles entre Mac et Harm ne soient pas trop tendues.

– D’accord Bud, je serai des vôtres.
– Je dois te laisser Sergueï, j’ai un rendez-vous et je suis déjà en retard !
– Je comprends, Bud. A ce soir.

Bud raccrocha, prit son portable et se hâta vers son bureau.

– Bonjour, Monsieur Roberts, Monsieur Nimoy vous attend dans son bureau.
– Merci, Kari, dit Bud en se dirigeant vers le bureau de son associé.
– Un café, Monsieur Roberts ?
– Oui, merci Kari.

8 H 07 Bud entra dans le bureau de son associé

– Bonjour Léonard, excuse-moi pour le retard.
– Bonjour Bud, tu es tout excusé avec ce temps. Mais tu me parais bien soucieux, rien de grave à la maison. Harriet ? Les enfants ?

10 H 05 Dans la rue

Une voiture qui glissait sur la neige sortit AJ Chegwidden de sa rêverie. La conductrice rattrapa son 4×4 et continua sa route sans s’arrêter.

Cet incident raviva une violente douleur dans le cœur de l’Amiral. Cela lui rappela l’accident dans lequel il avait perdu Meredith, il y aurait 6 ans de cela le 12 janvier prochain.

Ce jour-là, la neige n’avait pas cessé de tomber. Le conducteur du 4×4 avait perdu le contrôle de son véhicule. Le choc avait été terrible et Meredith décéda sur le coup.
Il est si difficile de survivre à son amour. AJ en avait malheureusement déjà fait l’expérience quand il avait perdu tragiquement la Juge Delaney son autre amour. Combien de fois avait-il repensé à ce jour ? C’est lui qui aurait dû mourir ce jour là. C’est lui que ce fou voulait assassiner.
Oh ! Oui, cela faisait si mal de perdre son amour, que parfois il en arrivait à comprendre Mac et Harm. Fuir l’amour par peur de le perdre.

AJ Chegwidden sentit des impacts sur son torse et entendit des rires d’enfants.

– Touché coulé Amiral !! dit Mike en riant. Ce dernier venait de bombarder l’Amiral avec des boules de neige

9h00 Bureau de Leonard

Léonard n’aimait pas trop la mine soucieuse de son ami Bud. Ça faisait déjà quelques années qu’il le connaissait et les seules fois où il avait vu son ami aussi étrange était quand le petit AJ avait été très malade et qu’on avait découvert après deux jours qu’il avait une crise d’appendicite. La deuxième fois, c’était quand Mac, son amie, s’était enfui. Mais qu’est-ce qui pouvait donc tracasser Bud à ce point?

Voiture de l’Amiral Rabb en direction de Norfolk

Il était de très mauvaise humeur. Le Capitaine Coates, qui était arrivée au même moment où lui et la députée Latham quittaient le JAG, était assise à côté de lui. Elle se doutait que cette enquête surprise n’était pas la seule cause de sa mauvaise humeur.

-Amiral, j’aimerais savoir…
– Capitaine, vous savez bien que je déteste parler de ma vie personnelle.
-Oui, mais maintenant, elle est en train de perturber votre vie professionnelle et les gens qui travaillent sous vos ordres. Parlez-en à quelqu’un qui connaît votre vie… dit-elle avec un sourire en coin.
« Malgré toutes ces années, pensait Harm, elle n’a pas changé d’une miette! Chère Jen, vous êtes une vrai peste! »
-Vous avez peut-être raison, admit l’Amiral. Mais je n’ai pas plus envie d’en parler.
Il décida de changer de sujet.
-Avez-vous la moindre idée de ce que nous allons faire à Norfolk?
-Monsieur, c’est vous le chef, c’est vous qui devriez le savoir.
Harm se maudit d’avoir posé cette question. Mais qui pouvait clore le bec au Capitaine Coates?

13h00 Voiture de Sarah Mackenzie

– « Au clair de la Lune, mon ami Pierrot »… chantonnait Tom.

Sarah n’en pouvait plus! Mais quelle idée avait eu Charles d’apprendre cette chanson à Tom? Le petit garçon apprenait toutes les chansons par magie; ensuite, il les récitait à tous, même si ces derniers ne voulaient les pas les entendre.

Le cellulaire de Mac sonna.
– Allô?
– Chérie, je te dérange?
– Non, Charles, tu ne me déranges jamais. Mais Tom, lui, ne cesse de chanter! Et quand il ne chante pas, il me demande « Quand est-ce qu’on arrive? »
– Sarah, je t’avais dit que ce voyage était bien trop long pour un petit garçon. Il est exactement comme toi : c’est toujours trop long.
– S’il te plaît, mon amour, arrête de me faire la morale. Tu travailles bien le soir de Noël!
– Mais je t’ai promis que je serai là pour la soirée du 25!
– Je sais, je sais. Ne travaille pas trop fort!
– Promis! Et embrasse notre petit bonhomme pour moi!
– Seulement s’il arrête de chanter! Dit Sarah en riant.

13h17 Voiture de Sarah Mackenzie

Tom avait arrêté de chanter et maintenant, il n’arrêtait pas de gigoter sur son siège.
– Maman, j’ai envie de faire pipi.
– Encore ! Mais tu y es allé tout à l’heure.
– Oui, mais j’ai encore envie.

Elle jeta un coup d’œil dans le rétroviseur, et vit le visage suppliant de son fils.
« Décidément je ne peux pas lui résister quant il me regarde avec ces yeux… ces beaux yeux bleus, si pétillants… exactement ceux de son … » La voix de son enfant la tira de ses pensées.

-Maman, on peut s’arrêter ?
-Oui, mon chéri, je cherche juste un parking.

13h20 Station service

Elle descendit de son véhicule et accompagna Tom aux toilettes. Puis ils regagnèrent la voiture. Sarah était maintenant en train de mettre de l’essence tout en regardant avec amour son fils manger une barre chocolatée. Quelques minutes plus tard, elle alla régler le pompiste. Elle remarqua à peine un couple qui sortait d’une voiture. De retour à son véhicule, elle s’apprêtait à aider son fils à s’installer. Elle sourit en entendant le ton du couple s’élever derrière elle. L’homme qui ne parlait pas trop fort jusqu’alors éleva brusquement la voix. Son sourire disparut alors.
« Non…. ce n’est pas possible… pas lui… pas maintenant » Elle se retourna doucement et aperçut clairement le visage de cet homme. Le visage de Sarah devint d’une pâleur mortelle, sa respiration s’accéléra brutalement, elle ne peut détacher les yeux du couple, qui ne l’avait pas remarquée et continuait de se disputer. Elle chancela mais elle parvint à se retenir à sa voiture.

-Maman ! …. on y va ?
-(Elle avala difficilement sa salive et se tourna vers son fils) oui, mon chéri, nous partons.

Elle finit de l’attacher, se mit au volant et démarra précipitamment, se maudissant de sa propre lâcheté.

Station essence, au même moment

-(essayant de l’amadouer) Bobbi, ça fait des années qu’on se connaît, vous pourriez m’en dire un peu plus.
– Je ne peux pas Harm, pas maintenant.
– Mais, j’aimerais au moins savoir combien de temps nous allons passer là bas.
-Je ne sais pas, quelques jours au moins. Et n’insistez pas, je ne vous dirai rien tant que nous ne serons pas arrivés. C’est confidentiel. Vous vous doutez bien que je n’aurais pas fait appel à vous si ce n’était pas une affaire de la plus haute importance.
– Très bien… je vais prévenir Harriet.
– Nous n’avons pas le temps, vous le ferez ce soir en arrivant.
-(haussant le ton) Il n’en est pas question, je ne peux pas leur faire ça, il sera 21h00 passées, ils vont se demander pourquoi je n’arrive pas.
-Harm ! Il en va de la Sécurité nationale.
– Ce n’est pas un petit coup de fil qui va changer grand-chose, je reviens.

13h25 Station essence

Tout à coup, Tom poussa un cri :
-Maman ! Mon lapin ! ! ! J’ai oublié mon lapin ! !
Elle s’arrêta instantanément : Il ne pouvait se passer de ce lapin, qu’il possédait depuis sa naissance, cinq ans auparavant, et qu’il n’avait jamais quitté.
-Où l’as-tu laissé chéri ?
-A l’intérieur… Sur une table…
Elle vit alors la longue silhouette s’enfoncer à l’intérieur du bâtiment. Elle ne pouvait pas… Non, leurs retrouvailles devaient avoir lieu le soir même, pas ici, sur un parking, face à Tom ! Elle descendit de la voiture et le détacha. Elle détestait ce qu’elle faisait mais elle n’avait pas le courage d’agir autrement et de se retrouver sous son regard bleu :
-Tu veux bien y aller tout seul, mon coeur ? Je dois vérifier quelque chose dans le coffre.
-Bien sûr, maman ! Je suis grand maintenant !
Elle regarda avec fierté le petit bonhomme qui s’éloignait et qui pénétra dans la station service comme en terrain conquis. De loin, elle avait reconnu Jen Coates dans la voiture, accompagnant Harm et Bobbi, ainsi qu’une femme assise à l’arrière et qu’elle ne connaissait pas. Il était toujours aussi bien entouré qu’avant! Mais elle se rassit bien vite, de peur que son amie ne la reconnaisse.

A l’intérieur, au même moment

Le petit garçon aperçut tout de suite son nounours, là où il l’avait laissé et il se précipita pour le récupérer. C’est alors qu’il percuta ce qui lui sembla être une montagne, qui attendait patiemment que l’unique téléphone de la pièce se libère, ayant constaté avec rage que son propre portable était déchargé. L’Amiral Rabb se pencha alors sur le petit garçon, tombé par terre, retenant ses larmes de son mieux.
-Et bien mon grand, tu ne t’es pas fait mal ?
Ravalant ses pleurs, par fierté, Tom répondit:
-Non, Amiral. Merci, ça va aller.
Surpris, par le visage du bambin qui lui rappelait vaguement son propre portrait mais aussi par l’usage de son grade chez un si petit enfant, il demanda :
– Comment t’appelles-tu ? Comment sais-tu que je suis Amiral ?
– Ma maman était dans les Marines ! Alors je connais tout sur l’armée ! Je m’appelle Thomas !
– Où courais-tu si vite ?
– Je veux mon lapin ! Maman m’attend. Au revoir, Monsieur !
Il regarda s’éloigner l’enfant qui serrait fort contre lui sa peluche.

13h00 Bureaux du Jag

Tiner désespérait : l’Amiral était parti pour Dieu seul savait combien de temps et, comble du comble, il avait emmené le Capitaine Coates ! Et cette commission d’enquête qui approchait ! Le travail s’amoncelait, et même s’il savait que la députée Latham l’avait accompagné à Norfolk, il s’inquiétait. Ce soir c’était Noël et il avait du travail pour au moins 10 jours ! Comment s’amuser dans ces conditions ? Mais pourquoi Jen était-elle partie avec leur supérieur ? Il devait en plus s’occuper de tous les appels du Congrès qui cherchaient à joindre l’Amiral, dont le portable était fermé, puisque le Quartier-maître Stinger était partie en permission à 12h30 précises, comme le lui avait promis l’Amiral, de longues semaines auparavant… Enfin, elle avait deux enfants et il comprenait qu’elle ait eu envie de passer cette journée avec eux. Que n’aurait-il pas donné pour être loin d’ici ?

13h41 Voiture de Sarah Mackenzie

Mac soupira d’aise à la vue de son fils revenant si vite avec sa peluche dans ses bras. Elle ne put s’empêcher de l’embrasser puis elle l’attacha à nouveau.
– mam’ il y avait un amiral de la Marine !
– ha …euh…bon…bien il faut que nous y allions
Elle remonta précipitamment dans son véhicule et redémarra…
Plus loin sur la route, Mac observait son fils dans le rétroviseur. Comment ne pouvait-elle pas le revoir en lui, mêmes yeux, même drôle de fossette, même implantation de cheveux bruns, jusqu’au sourire auquel elle ne savait résister…
Il n’avait rien pris d’elle, ni ses yeux couleur chocolat, ni sa peau couleur cannelle : « c’était donc sa plastique à lui et son intelligence à elle, pas si mal ! » Cette réflexion la ramena si loin en arrière que cela lui noua le ventre, elle crut gémir…
– mam’ ?
– oui, Tom ?
– Ca va ?
– oui, tout va bien, petit prince »
Oui, tout allait bien…pour l’instant …mais qu’allait-il se passer ? Comment parviendrait-elle à dire ce qu’elle devait révéler ? Que de choses à dévoiler… Elle était sur cette route, en chemin, pour aboutir à la vérité…
Elle trouvait cela étrange et paradoxal, tout comme son mode de fonctionnement : elle, si aboutie dans sa vie professionnelle, si Semper Fi, méthodique, efficace, résolue, était dans sa vie intime indécise, bafouilleuse, parfois illogique, souvent désorientée …
Elle avait décidé de venir à ce rendez-vous parce qu’elle avait pensé qu’il s’agissait du meilleur moyen pour elle de faire la paix avec son passé et sans doute sa conscience, mais voilà qu’à nouveau le doute et la peur s’emparaient d’elle…
Elle l’avait pourtant à peine aperçu mais son trouble était si profond…
– J’ai fui si loin –
– Quoi mam’ ?
– Euh…tu n’as besoin de rien ?
– Non, c’est quand qu’on arrive ?
Mac sourit, inclina légèrement la tête et souffla « bientôt, mon amour… »
Elle appréhendait de les revoir tous, eux qui furent si longtemps comme sa famille. Lui témoignant cette fraternité et cette confiance qui lui avaient cruellement manqué durant son enfance, elle se rappela cette phrase lue quelque part « Pour le survivant adulte de mauvais traitements subis pendant l’enfance, le passé n’est pas un long fleuve tranquille » le futur également avait-elle envie d’ajouter.
Sa propension à la fuite était évidente, la théorie de la répétition des faits : celui qui a été abandonné abandonnera à son tour, sa mère l’avait abandonnée, elle avait abandonné son père, Harm l’avait abandonnée, elle avait fui ne pouvant surmonter une situation aussi tendue entre eux…
« L’imbécile de clocharde de fille » de Joseph Mackenzie avait obtenu une mutation à la base aérienne des Marines de Yuma en Arizona, promue Colonel, commandant en chef de l’Etat Major du secteur Sud-Ouest et cela grâce à l’appui de l’Amiral Chegwidden.
Puis enceinte, elle s’était mise en réserve de l’armée, elle ironisa, pour une descendante de Cherokee, c’était bien là le sentier des larmes* qu’elle avait suivi, toutes proportions gardées bien sûr…
Finalement, en mettant son enfant au monde, elle avait retrouvé ses racines. Maintenant avocat conseil au Bureau des Affaires indiennes, elle essayait de dénouer les litiges avant procès, enquêtait et plaidait dans un esprit de conciliation entre les deux communautés.
Il y a deux ans, le FBI avait souhaité l’embaucher à la direction du service indien situé au siège du FBI à… Washington. Elle avait fait le voyage, le poste était des plus intéressants, mais cette ville…

*Le sentier des larmes est le nom que donne les Indiens Cherokees à leur exil forcé de l’hiver 1838-1839 où 16000 d’entre eux périrent.

13h30 Station-service

Tout en attendant son tour de téléphone, Harm réfléchissait au moyen d’être parmi ses amis ce soir.
Il s’était beaucoup investi dans la préparation de cette soirée ; pas seulement parce qu’il était désormais amiral et donc moralement assez impliqué dans ce projet. Il avait surtout minutieusement organisé la soirée parce qu’il savait qu’elle allait venir.
Il ne s’était pas passé une journée toutes ces années sans qu’il ne pense à Mac et se demande ce qu’elle devenait, et il voulait lui réserver un accueil à la hauteur de ce qu’elle lui avait manqué depuis leur dernière (et première) nuit ensemble. Il voulait tellement se rattraper…

Quand il s’était réveillé cette nuit-là, il l’avait regardé dormir et s’était remémoré toutes les aventures qui les avaient rapprochés depuis qu’il l’avait rencontrée. Puis il avait repensé à ce deal qu’il lui avait promis, à ce bébé qu’il pourrait faire tous les deux, au fait d’être père……..et il avait alors complètement paniqué. Comment élever un enfant alors qu’il avait si peu connu son père, comment ne pas paniquer à l’idée qu’il pourrait ne pas voir grandir son fils ? Alors, presque sans réfléchir, et sans la réveiller, il s’était levé, habillé et était sorti dans la nuit. Il avait roulé pendant un grand moment, jusqu’à l’aube ; puis il avait pris la décision de dompter ses démons, de faire confiance à la vie et de plonger avec Mac, « Sarah ». Il avait vécu beaucoup d’aventures avec elle, et ensemble ils s’en étaient toujours sortis. Pour une fois, ils allaient se lancer dans une aventure où ils ne risquaient rien sauf de récolter du bonheur….Et puis en arrivant au JAG, ce matin-là, il ne l’avait pas vue, puis une audience l’avait retenu jusque tard dans l’après-midi et il n’avait revu Mac que chez les Roberts. Il s’était préparé à sa colère mais il pensait à la déclaration qu’il allait (enfin) lui faire et il comptait sur son charme pour qu’elle écoute ses excuses jusqu’au bout ; mais tout ne s’était pas déroulé comme prévu. Et quand il avait cherché à la revoir….

Boum ! Harm fut interrompu dans ses pensées par un bambin qui l’avait heurté dans sa précipitation à récupérer un lapin en peluche qui paraissait bien seul à quelques mètres de là.

Après avoir regardé s’éloigner le petit bonhomme, Harm s’approcha du téléphone et composa d’abord le numéro de Bud et Harriet.
– Bonjour Harriet, c’est Harm. Je crains de ne pouvoir venir ce soir. En fait, une affaire urgente me retient à Norfolk. J’espérais être rentré au moins pour le dîner mais rien n’est sûr. Je vous tiens au courant, je vous rappellerai.
Le deuxième appel était pour Tom Boone. C’est le répondeur qui se déclencha: « Amiral, je suis désolé, mais je ne serai pas au bureau ce soir. J’espère vous retrouver au Mur, mais il se pourrait que cette affaire soit plus longue que prévu. Ne m’attendez pas, je vous retrouverai dès que possible. »

Dans la voiture, les trois femmes l’attendaient plus ou moins patiemment et la voiture repartit. Personne n’avait remarqué la voiture de Mac qui s’était éloignée quelques minutes plus tôt.

13h35 Chez les Roberts

AJ avait fini de raconter à sa mère ce qu’il avait entendu sur le balcon de ses parents des années auparavant et dans la voiture de sa marraine beaucoup plus récemment. Harriet avait l’air soucieux. Puis elle décida que si son fils était assez responsable pour garder ses frères, il l’était aussi pour comprendre ce qui se passait. Et puis il paraissait très tracassé. Alors elle lui raconta ce qu’elle n’avait jamais dit, même pas à Bud.
« Lorsque ta marraine est partie il y a cinq ans, elle est venue me voir juste avant. Elle voulait nous dire au revoir, et également se confier avant de tourner la page de sa vie au JAG.
Ton parrain et ta marraine ont toujours été très amis et très complices ; et tout le monde au travail pensait qu’un jour ils seraient ensemble. Mais cela ne s’est jamais fait, sauf une fois.
La conversation que tu as surprise est la dernière qu’ils ont eue ; Sarah est partie peu de temps après pour l’Arizona. Mais avant de partir, elle est venue me raconter ce qui s’était passé entre eux, par besoin de se confier sans doute mais aussi sans doute pour des conseils. Mais je ne sais pas comment j’aurais pu l’aider, ces deux-là n’ont jamais su se parler sérieusement ; ils ont toujours eu peur de l’abandon l’un et l’autre et je ne savais pas comment la rassurer.
Elle s’est installée dans l’ouest et même si nous avons des nouvelles régulièrement, nous n’avons plus jamais reparlé de ceci. Je ne savais pas qu’elle avait un enfant et je me demande pourquoi elle n’en n’a jamais parlé. Cela expliquerait peut-être pourquoi elle n’a finalement pas accepté ce poste ici il y a deux ans. Nous en saurons certainement plus ce soir.»
Le téléphone sonna à ce moment-là.
Après avoir raccroché, Harriet se tourna vers son fils et lui expliqua ce que venait de lui dire Harm. AJ promit que si Harm arrivait à la maison alors qu’ils étaient encore tous au Mac Murphy’s, il tiendrait sa langue.
Finalement, il se pourrait qu’il ne rate rien des retrouvailles Harm/Mac.

14h00 en route pour Norfolk

Ses pensées allaient plus vite que la réalité, des élucubrations, oui !
En fait, Harm se sentait désarmé : l’incertitude dans laquelle le tenait l’affaire en cours mettait à bas tous ses espoirs ; il aurait même dû se sentir soulagé, mais non, cela ne résolvait rien ; en sortant de la cabine, il n’avait retrouvé un semblant de sourire qu’en repensant au petit bonhomme qui l’avait télescopé tout à l’heure ; les enfants d’aujourd’hui sont drôlement débrouillards….et de là, il avait échafaudé n’importe quoi…

Trois sonneries de téléphone presque simultanées avaient percé le silence….L’une pour le chauffeur, l’autre pour Bobbi, la dernière pour la Secrétaire d’Etat.
Le chauffeur ouvrit l’interphone et communiqua la nouvelle ; la route était bloquée par des accidents en chaîne et il était impossible de poursuivre dans les délais prévus, de plus la tempête de neige semblait redoubler. On leur demandait de se rendre à Norfolk en hélicoptère. Demi-tour, donc, vers l’héliport le plus proche !
– Eh bien, Mesdames, constata-t-il, nous voici revenus au bon vieux temps, contretemps et imprévus au programme, on dirait…
– Bon, je préfère ça, dit Bobbi Latham, la voiture c’est une perte de temps ; on va donc vous dire de quoi il retourne et, si Madame la Secrétaire en est d’accord, je vais en profiter pour reprendre le chemin du Congrès, il y a des vagues à la Commission, je viens de l’apprendre…
– Vu la tournure des évènements, Amiral, ajouta la Secrétaire d’Etat à la Marine, Ludmilla Bzinkévitch , je vais vous faire le point sur le peu que nous savons; il s’agit d’un sous-marin nucléaire de la classe SeaWolf, de la troisième génération, l’USS ‘Bill Clinton’ …
– Mais, il vient tout juste de recevoir son Baptême de lancement à la base… s’exclama Harm
– Oui, c’est bien ça ! Son Commandant, Steve Mason, a disparu depuis 24 heures avec son Second ! et la Sécurité de la base et le NCIS ne s’en sortent pas….Nous sommes très inquiets, vous connaissez l’importance des installations stratégiques et techniques de ces bâtiments, ces sous-marins sont de véritables vitrines flottantes des réalisations de la technique actuelle, leurs équipements sont à la pointe de la sophistication électronique et bien sûr, le Commandant en est la mémoire vivante.
Madame Latham va rejoindre Washington, en effet, moi je vous accompagne sur place, le temps de prendre la mesure des choses et voir si nous pouvons vous aider pour mettre à votre disposition tous les moyens nécessaires, puis je vous quitterai, je dois rentrer faire un rapport de vive voix au Président ; vous nous tiendrez régulièrement au courant des développements.

Par un curieux détour du destin, Harm s’était retrouvé plongé cinq ans en arrière ; reprendre une investigation à partir de presque rien, et… même si Jen Coates était à ses côtés, il se sentait bien seul.

14h10 en route vers l’héliport

– Capitaine, dès que nous serons à bord du ‘Bill Clinton’, vous pourrez vous occuper de demander une ligne sécurisée avec l’Amiral Turner ?
– Oui, Amiral, à vos ordres.

14h35 transfert vers Norfolk

La suite du trajet n’avait guère permis les échanges.

Chacun était resté songeur, l’esprit tendu vers la tâche à venir, contrarié aussi de devoir s’investir ce jour-là dans une mission imprévue, alors que tout le monde pensait à la fête. A l’exception peut-être de Bobbi Latham que la vie de famille ne semblait pas trop préoccuper.

Harm s’était laissé reprendre par ses souvenirs et mentalement, de fil en aiguille, ses réflexions l’avaient amené à « écrire » à Mac une lettre d’excuse:
Mac, j’ose à peine vous appeler Sarah
et pourtant depuis cinq ans, votre prénom a été pour moi un compagnon de presque tous les instants, comme un lien secret entre vous et moi qui me permettait de poursuivre ma route, de garder espoir… je réalise que je ne vous ai appelée ainsi que deux ou trois fois ; oui, j’ai eu le temps de refaire le chemin, notre chemin ; vous souvenez- vous ? Quand vous alliez me quitter pour « prendre votre envol » et quitter le Jag alors que je vous serrais contre moi, puis sur le ferry, à Sidney, je fuyais déjà, paniqué, alors que vous étiez si proche, si vivante, si exigeante, ce fut la seconde et enfin, il y a cinq ans…Sarah, incroyable rêve devenu réalité, pendant ces quelques heures… si vous saviez comme ces moments me hantent ! pour moi, vous êtes Sarah, Sarah, unique pour toujours ; je sais, je vous ai perdue, Sarah, cette nuit-là mais il faut que je vous explique, enfin, que je vous dise…

– Amiral, l’interpella Jen Coates, avec sollicitude, nous sommes arrivés.
C’est curieux, songea Harm, comme dans votre tête les choses s’emboîtent sans difficulté, c’est une autre paire de manches quand la personne est là devant vous, surtout quand il s’agit de Mac !…
– A nous de jouer, dit Harm se ressaisissant. Tiens, voici le comité d’accueil !

Sur le tarmac de la base, deux civils et un militaire les attendaient :
– Amiral, Mesdames, Commandant Brad Milton, voici l’Agent spécial Tony Cartano du NCIS
et l’agent…
– Vic…tor… Victor Galindez !
– De la CIA, Amiral !

14H54 Base aérienne

Le vent s’était levé et soufflait de plus en plus fort.

– Quel plaisir de vous revoir, Sergent.
– Moi de même, Amiral, mais vous pouvez m’appeler Victor, je ne fais plus partie de l’armée à présent.
– (le regard soupçonneux) C’est Webb qui vous a entraîné là dedans ?
– (retenant un petit rire) Non, Amiral, il n’y est pour rien, l’idée venait de moi. Il m’a juste aidé à intégrer la CIA.
– Hum… Et vous vous y plaisez ?
– Oui, je voyage beaucoup et je rencontre plein de jolies femmes.
– Je vois… je suis ravi de l’apprendre, dit Harm en souriant.
Le Capitaine Coates s’approcha d’eux.

-Excusez-moi de vous interrompre, Amiral, mais tout le monde vous attend, l’hélicoptère est prêt à décoller.
– Bien, Capitaine, nous arrivons.

Tout en marchant vers l’hélicoptère, Victor discutait avec le Capitaine Coates. Ils prirent enfin place dans l’appareil quant un homme arriva en courant vers eux et tendit un papier au pilote. Celui-ci l’examina pensif, puis conversa quelques instants avec son interlocuteur. Il se tourna finalement vers les passagers.

Criant pour se faire entendre à cause du sifflement du vent :
– Je suis désolé mais le vol est annulé, la tempête de neige est plus forte que prévu.

L’Amiral haussa un sourcil, cette nouvelle n’aurait pas dû le réjouir normalement, mais il ne pouvait s’empêcher de remercier intérieurement les éléments de se déchaîner aujourd’hui. Il pourrait la revoir et lui expliquer, lui expliquer que c’était un simple malentendu qui les avait séparés … enfin, après tant d’années, il allait la revoir, il allait revoir le visage qui hantait ses nuits.

La Secrétaire d’Etat à la Marine se mit à hausser la voix également.

– Ce n’est pas possible, nous devons être à Norfolk le plus vite possible, c’est primordial.
– Ca va malheureusement être impossible, Madame, tous les vols sont annulés. Et de toutes manières, même si nous décollions, nous ne pourrions pas atteindre Norfolk, une interdiction de survol vient d’être mise en place dans ce secteur.

Cette réponse ne semblait pas convenir à la Secrétaire d’Etat à la Marine pourtant elle ne broncha pas. Le pilote continua :
– Si la météo est clémente, nous pourrons peut être décoller demain matin.

– (hochant la tête en signe d’approbation) Merci, Monsieur. Bien, je crois que, tous, vous allez pouvoir passer Noël en famille. Nous rentrons. Ma secrétaire vous contactera demain matin si l’hélicoptère peut décoller.

Le Capitaine Coates cachait difficilement sa joie quant à l’Amiral il faisait son possible pour avoir l’air désolé de ce contretemps, mais personne n’était dupe. Tout le monde regagna la voiture et ils firent route vers Washington.

15H18 Domicile des Roberts

La voiture de Sarah Mackenzie était garée devant la maison de ses amis. Elle l’examina pensive, rien ne semblait avoir réellement changé. Tous ses souvenirs et ses craintes ressurgirent alors.
« Je ne pourrai pas affronter leurs regards, je ne pourrai pas leur expliquer….. (elle souffla un bon coup) Allez, ma vieille, un peu de courage, tu devras bien leur annoncer un jour ou l’autre, il est tant que tout le monde sache la vérité »

– On est arrivé ?
– Oui, mon chéri, on est arrivé chez les amis dont je t’ai parlé… tu te souviens ? Harriet et Bud.
– Oui, ceux qui ont des enfants ?
– Oui, c’est ça, allez on descend.

Elle sortit de sa voiture, détacha son fils, lui prit la main et tous deux se dirigèrent vers la porte d’entrée. Elle respira très fort, prit son courage à deux mains et sonna. Un enfant ouvrit la porte et ses yeux s’illuminèrent. Il sauta au cou de la jeune femme.

– Tante Sarah ! ! ! Tu es enfin arrivée, si tu savais comme je suis content de te revoir.
– Moi aussi AJ… (le prenant par les épaules pour le regarder) mais c’est que tu as grandi dis donc !
– T’as vu, et je suis le plus grand de ma classe !
– (souriant et prenant un air admiratif) Oh ! ! !

Elle le lâcha, et posa sa main sur l’épaule de son fils.
– Je te présente Thomas, mon fils.
AJ examina le bambin qui se tenait au côté de sa tante :
– Salut.
Tom était étonné du comportement de cet enfant avec sa mère
– Bonjour.
Mac regarda son filleul :
– Tu ne me poses pas de questions ?
AJ haussa les épaules
– C’est le fils de Oncle Harm.
– Je… je… comment tu sais ça ?
Tom se tourna vers sa mère :
– C’est qui Oncle Harm ?
– Tu le verras tout à l’heure, mon chéri dit-elle en posant la main sur sa tête
AJ s’effaça pour laisser entrer les invités :
– Entrez, maman est dans la cuisine.

Quelques instants après le coup de téléphone de Charles Drinkwater à Mac
Réserve indienne de Pembroke, Tribu Lumbee, Comté de Robeson, Caroline du Nord

Charles était soucieux, il appréhendait les retrouvailles de ce soir, entre Sarah et l’Amiral Rabb. Non pas qu’il ait peur de perdre Sarah au profit de l’Amiral Rabb. Il y avait longtemps qu’il avait perdu ce combat, mais est-ce que Sarah allait enfin voir la vérité et taire ses rancunes et accepter l’inévitable, elle et Harm étaient faits l’un pour l’autre. Charles n’était pas dupe, il n’avait jamais réussi à conquérir le cœur de Sarah, elle était toujours amoureuse de son aviateur. Souvent dans son sommeil, elle murmurait son prénom « Harm » ; Charles n’était pas jaloux, Sarah et le petit Thomas étaient une bénédiction pour lui qui n’avait jamais eu de famille. Trop occupé qu’il était à réussir une brillante carrière pour avoir le temps et l’envie de s‘encombrer avec femme et enfants. Brillante carrière il avait eue, jusqu’à ce qu’il revienne à Pembroke pour l’enterrement de son père et que là, il ne prenne conscience que tout ce qu’il avait réalisé jusque là n’était rien et que sa place était auprès de ses frères de sang. Six mois après le décès de son père, Charles vendait sa superbe villa, quittait son poste de chirurgien en chef de l’hôpital de Détroit et venait s’installer dans la maison de ses parents. Il y avait maintenant dix ans de cela. Charles ne regrettait pas sa décision, il était heureux de soigner ses frères dans le dispensaire qu’il avait ouvert, depuis deux autres médecins, eux aussi d’origine Lumbee officiaient avec lui.

Puis, il y avait maintenant trois ans et demi que Sarah était entrée dans sa vie ; un beau matin, elle était arrivée poussée par une vision, elle avait vu un enfant blessé seul dans les marais. Cette vision s’était avérée juste, le petit Trevor était tombé de cheval lors d’une balade en solitaire et sans l’intervention de Sarah, il serait mort. Puis Sarah était revenue à la réserve pour son travail d’avocat conseil au Bureau des Affaires indiennes. Leur relation d’abord amicale avait petit à petit évolué vers une relation amoureuse et finalement Sarah et Thomas avaient emménagé avec lui. Thomas qu’il aimait comme un père, mais voilà Charles savait très bien que Thomas n’était pas son fils. D’ailleurs ce dernier s’appelait, Thomas Harmon Mackenzie et il était le portrait craché de son père. Combien de fois avait-il surpris Sarah qui regardait cette vieille photo en noir et blanc ou l’on voyait Harm enfant dans le cockpit d’un avion au côté de son père ? Charles espérait seulement que Thomas n’aurait pas à souffrir de la rencontre de ce soir entre ses parents. Non pas qu’il n’aimait pas Sarah ; mais Charles était conscient qu’un jour Sarah finirait par partir ; leur différence d’âge lui bientôt soixante ans et elle quarante-cinq ans, mais surtout l’amour de Sarah pour Harm était toujours là couvant telles les braises sous la cendre.

Puis Chloé Madison, la « Little Sister » de Sarah, était venu passer l’été 2009 avec eux, elle était tombée amoureuse des gens d’ici et plus particulièrement de Henry Lowry avec qui elle avait fondé une famille. Chloé était comme une fille pour Charles, une grande complicité les unissaient et tous les deux voulaient le bonheur de Sarah et du petit Tom. Jamais Charles n’aurait pensé rencontrer quelqu’un comme Chloé dans sa vie, cette jeune fille était devenue le joyau de sa vie, l’enfant qu’il n’avait jamais eue, une relation père fille s’était établie entre eux. Ils adoraient se balader à cheval, discuter des heures de choses et d’autres en buvant un verre de vin, jouer aux échecs, regarder Tom et Jimmy le fils de Chloé grandir. Chloé avait un esprit vif, un goût prononcé de la liberté, un petit côté garçon manqué, dès leur premier rencontre, le courant était passé entre eux. Et que dire de la passion, plutôt de l’amour que Chloé avait ressenti au contact des Lumbee, jamais Chloé n’aurait pensé un jour trouver une deuxième famille, il y avait bien son père et ses grands-parents, mais là tout était différent ; ici à Pembroke au milieu de ces indiens, elle s’était sentie chez elle, enfin elle avait trouvé ce foyer qui lui manquait tant. Avec Henry, une osmose s’était produite dès le premier regard, le coup de foudre et contrairement à Sarah, Chloé s’était jetée dans cette aventure humaine et amoureuse et au grand jamais elle ne l’avait regretté ; tout n’était pas idyllique mais ainsi va la vie. Jimmy était né voici un an ; maintenant Chloé partageait sa vie entre son poste d’institutrice à la réserve et sa famille.

Charles et Chloé avaient, à de nombreuses reprises, parlé de la relation Sarah/Harm et tous les deux étaient d’accord ; Sarah devait parler à Harm et surtout lui présenter son fils. Il ne fallait pas que cet enfant grandisse sans connaître son père biologique, Charles aimait le petit Tom et il savait par Chloé que ce dernier commençait à poser des questions sur son père. C’est pour cela que Chloé et lui avaient encouragé Sarah à se rendre aux retrouvailles de ce soir et que Charles n’avait pas voulu les accompagner, il avait prétexté une garde au dispensaire et le fait que ses collègues avaient des enfants, pour laisser Sarah et Tom se rendre à Washington DC.

Le bruit de la porte qui s’ouvrait tira Charles de ses pensées.

– Bonjour Charles, des nouvelles de Sarah ?
– Bonjour Chloé. Je viens de l’avoir au téléphone, elle était bientôt arrivée chez ses amis.
– Pas trop inquiet, Charles ?
– Un peu anxieux, ma petite Chloé.

10h15 Devant la maison de Mike

Aussitôt, ses pensées moroses abandonnèrent l’Amiral qui se plongea avec délices dans la bataille. Il se mit à l’abri et, rapidement, façonna quelques boules de neige tout en observant les alentours. Il repéra facilement quatre garçons, faisant tous partie de son équipe, pouffant de leur blague.

C’est ainsi que l’on m’accueille… Vous allez voir les enfants, de quoi est capable un ancien Seal que l’on provoque…

Il attendit quelques secondes et l’un des gamins s’approcha de quelques pas, prudemment. Mais rapide comme l’éclair, AJ avait frappé. La boule percuta le garçon en pleine poitrine et les autres vinrent à sa rescousse, bombardant leur entraîneur. Mais dans la panique et l’excitation, leurs tirs n’avaient plus aucune précision, contrairement à ceux de l’Amiral, qui faisait mouche à chaque fois. Finalement, les quatre garçons se retrouvèrent couverts de neige, mais rouges de bonheur.
AJ s’approcha d’eux et sourit :
-Vous implorez votre reddition, matelots ?
-Jamais ! Répondit Mike. Un pirate des mers ne se rend jamais !
-Très bien, puisque c’est comme ça…
Il tomba alors à genoux près du petit, qui n’eut pas le temps de s’écarter et qui bientôt, se tortilla sous les chatouilles de l’Amiral, qui connaissait son point faible. Finalement, hors d’haleine, Mike lâcha:
-Vous avez gagné… Je me rends, Amiral…

Ils se relevèrent tous et époussetèrent leurs vêtements. AJ rayonnait. Ces enfants étaient ceux qu’il n’avait jamais eus. Il les aidait à grandir comme il aurait aimé le faire avec Francesca… Et ils lui rendaient l’amour qu’il leur portait au centuple… Il se sentait fier d’eux, surtout lorsqu’ils rentraient au vestiaire, gagnants ou perdants, peu importait, seules comptaient leurs mines réjouies d’avoir joué et le fait qu’ils se défoncent sur le terrain, comme il le leur avait appris.

-Tiens Mike, je te ramène ton gant.
-Merci, Amiral !
-Bon, maintenant, rentrez chez vous pour vous changer et vous reposer un peu. On se retrouve tous à la pizzeria à 12h00 précises !

Ce rendez-vous était devenu un rituel. Avant chaque match, toute l’équipe se retrouvait chez Tony et c’était un moment de partage et d’invention de tactiques de dernière minute que les enfants n’auraient raté pour rien au monde…

10h00, Washington DC

Sergueï se préparait. Depuis combien de temps n’avait-il pas revu Harm ? C’était si loin qu’il n’arrivait pas à fixer une date précise. il ne l’avait même pas rappelé en revenant aux Etats-Unis pour s’y fixer définitivement. A quoi bon ? Pourtant, il aimait son frère, et il savait que c’était réciproque. Comme la distance pouvait changer les choses ! ! Enfin, cette situation prendrait certainement fin lorsqu’ils se reverraient… Bud l’aiderait à se faire naturaliser et il pourrait ainsi faire venir sa femme et leurs trois petites filles dans le pays de leur père, où ils trouveraient enfin le bonheur, au milieu d’une nouvelle famille, le JAG. Car Sergueï n’avait pas oublié la gentillesse de toute l’équipe et il savait, il sentait qu’il avait été accepté immédiatement par le groupe et que ces quelques années n’avaient rien changé. Ils seraient tous là : l’Amiral, Harm, Bud, Harriet, Tiner, et la jolie coéquipière de son frère, Sarah Mackenzie. Il sourit en se rappelant l’attirance flagrante qu’elle exerçait sur l’ex-Capitaine de corvette. Ils étaient peut-être mariés aujourd’hui ? Il décida alors d’aller aider Harriet, après avoir acheté quelques cadeaux pour les enfants des Roberts… en tant qu’invité surprise, la moindre des choses était d’apporter son aide à la maîtresse de maison, surtout qu’il n’avait rien à faire ! Il se mit donc en route, direction le centre commercial.

13h20, Réserve de Pembroke

Chloé observait Charles, il était assis à sa table de séjour, comme prostré, tenant le combiné du téléphone entre ses mains, il tournait et retournait l’appareil sans cesse. Il avait énormément changé ces derniers mois, lui si loquace était devenu laconique…il venait de fêter ses soixante ans, c’est une date qui compte dans une vie. Il paraissait amaigri, tendu et moins ouvert aux autres, comme retiré en lui-même, cheminant dans une réflexion intérieure profonde. Les patients du dispensaire commençaient a parler sur son compte et à s’interroger sur ce qu’il lui arrivait : le docteur Charles Drinkwater pratiquait, certes, une médecine de blanc mais il avait toujours su porter son attention autant sur la maladie du corps que celle de l’âme. Distinction d’importance, chez les Indiens, car ceux-ci sont convaincus que certaines maladies sont causées, avant tout, par le désir insatisfait de l’âme. Et Spocky, surnom donné par la tribu à Charles, avait toujours su les écouter, et prendre le temps de parler avec eux, en quelque sorte les analyser et délier avec eux, les nœuds de leurs âmes.

Ses qualités de cœur et d’empathie faisaient qu’il comprenait très bien Sarah. Elle était touchée et émue par sa capacité à l’écouter et à l’amener à parler en toute confiance. Il l’avait séduite par son naturel et ses manières douces et prévenantes fort éloignées de l’esprit guerrier des Marines où elle avait évolué pendant presque vingt ans. Cette nécessité de devoir s’affirmer et se faire respecter sans cesse, ajouté à son passé mouvementé avaient rendu Sarah/Mac si dure, si incapable d’ouverture, de temporisation, où un simple contretemps, un malentendu apparaissait alors comme irrémédiable, irréparable comme le fait que Harm l’ait quittée cette nuit là sans un mot d’explication…Une brèche s’était ouverte et le pont avait cédé…
Avec lui, Sarah avait rendu les armes et laissé enfin sa douceur et sa gentillesse s’exprimer, et peut-être la maternité l’avait-elle aidée a redécouvrir sa féminité.

Pour son anniversaire Spocky avait fait une « retraite » dans un tipi de « la danse du soleil », celui dans lequel on recrée symboliquement l’ordonnancement du monde. Il avait jeûné pour entrer en communication avec les esprits. Non pas qu’il ait besoin d’eux pour faire le bilan de sa vie, mais il recherchait un soutien spirituel pour accompagner les bouleversements qu’il prévoyait dans son existence.
L’aigle, symbole d’autorité et de pouvoir mais aussi de grande sagesse lui était apparu. Enfin, plus exactement, il s’était vu en aigle tournoyant au-dessus du Capitole puis s’éloignant…
Evidemment, il savait que son inconscient avait orienté son rêve. Le rendez-vous de Sarah avec Harm était son principal sujet de préoccupation, et une conséquence de leurs retrouvailles serait, il n’en doutait même plus, la rupture avec Sarah…
Mais quelle place lui laisserait-elle alors occuper dans sa vie ? Serait-il totalement rejeté ? Oublié ? Abandonné ? Et Thomas, pourrait-il le revoir ? Que deviendrait-il pour lui ?
Et toujours il butait sur ces questions. Il avait assez de bon sens pour comprendre que Sarah lui échappait, mais accepter de la voir partir, c’était vivre sans elle, accepter de voir s’éteindre son amour pour elle, accepter de vivre seul…
Alors oui, anxieux il l’était, mais sage, non ! Il ne pouvait si résoudre…renoncer sans essayer…ce serait accepter la vieillesse comme un fardeau…Lui ne se sentait pas vieux, pas assez pour renoncer à l’amour de Sarah, il l’avait séduite une première fois…il le pourrait encore s’il s’en donnait la peine…il devait se battre pour la garder près de lui. Le sang de ces ancêtres semblait lui ordonner d’être plus combatif et moins conciliant surtout si l’on veut préserver ce qui fait le sel de sa vie…

Charles se redressa, regarda Chloé et lui cria presque « Chloé, je dois la rejoindre immédiatement… »
Elle ne fût pas réellement surprise, les yeux de Spocky étaient brillants, la pupille dilatée.
Sa décision fit sur son attitude comme un coup de baguette magique. De taciturne, limite ombrageux, il devint rayonnant arborant maintenant un sourire magnifique révélant une dentition parfaite, ses yeux sombres, sans cils, fixait Chloé dans l’attente d’une réaction.
Spocky ne faisait pas son âge, il était svelte, de grande taille, les cheveux d’un noir de jais qu’il portait mi-longs et dégradés, il n’y avait que lorsqu’il les attachait qu’apparaissaient autour des oreilles des filets d’argent. Le teint mat des indiens, un visage peu marqué, hormis par les rides d’expression. Avenant et séduisant, Chloé comprenait le charme qui opérait sur Mac, elle-même n’y était pas insensible. Tout en lui inspirait la confiance, une attitude prévenante et chaleureuse, limite machiste quelque fois, comme les doux possessifs…

Que pouvait-elle répondre ? Non ! Spocky n’y va pas ! Pff !! inutile, tant il paraissait déterminé et au fond elle pensait que les choses devaient se passer ainsi…

Elle aimait tellement Sarah, non seulement parce qu’elle avait retrouvé son père et ainsi permis qu’elle grandisse parmi les siens. Mais surtout l’attitude de Mac envers elle n’avait jamais dérogé, ni dans les rires, ni dans les larmes. Elle avait toujours su lui dire non et n’avait pas cédé à ses caprices d’adolescente perturbée, elle avait vu loin pour elle, l’ambition d’une mère pour son enfant. Toujours présente quelles que soient les circonstances, des petits aléas de la vie au bonheur des examens réussis jusqu’aux peines de cœur …
A la mort tragique de ses grands-parents. Mac avait été son plus grand soutien (son père étant en mer), elle s’était chargée de tout et l’avait même forcée à venir passer un mois dans la réserve afin qu’elle ne reste pas seule, isolée dans la ferme de ses grands-parents…
Elle avait trouvé l’amour, épousé Henry et donné naissance à Jimmy, avec le foyer de Mac et Spocky, elle se trouvait entourée d’un clan affectueusement soudé…

Chloé n’était pas sûre; qui de Harm ou de Spocky était, avait été ou serait le compagnon idéal pour Mac, mais elle savait qu’elle ne laisserait ni l’un ni l’autre blesser celle qu’elle considérait comme son ange protecteur.
Peut-être ne pourrait-elle rien empêcher, mais elle devait aller là-bas, pour elle, pour la soutenir. Elle voulait déjà l’accompagner auparavant, car elle savait que la situation de Mac était difficile, elle se rendait là-bas, finalement pour avouer qu’elle avait menti à chacun durant ces cinq dernières années…Une tempête se levait…Son fils l’avait retenue, elle n’avait pas osé le quitter, même pour quelques jours, mais maintenant, réflexion faite, impossible de laisser Mac affronter seul les évènements à venir…

Il fallait qu’elle prenne une décision rapidement « Attends-moi Spocky, je confie Jimmy à Henry et je t’accompagne », « Profites-en pour prendre quelques affaires et vérifier les différents niveaux de ma voiture » ordonna-t-elle « pas question de rouler avec ta vieille guimbarde » en lui lançant ses clefs de voiture.
Chloé sortit de chez Spocky, elle n’avait que la rue à traverser pour être chez elle. Elle expliqua rapidement la situation à Henry, celui-ci profiterait de son absence pour se rendre chez sa mère…
Chloé prit un annuaire et rechercha le numéro de téléphone des Roberts, elle devait joindre à tout prix Harriet…

13h30 Stade de base-ball

AJ Chegwidden se demandait pourquoi il avait accepté de jouer au base-ball en hiver.
« Tu parles d’une idée! Tous les enfants sont frigorifiés. Leur gant ne plie même plus! »
Malgré tout, son équipe semblait avoir tant de plaisir qu’il les laissa faire. Ils étaient là pour participer et non gagner…

Domicile des Roberts

Sarah se tenait sur le pas de la porte et elle ne bougeait pas. AJ l’observait.
– Ne bouge pas, dit-il finalement. Je vais aller chercher maman.

Il revint quelques instants plus tard, accompagné d’Harriet. La maman d’AJ observait son amie et le petit garçon.

– Bonjour Harriet, dit doucement Sarah. Voici mon fils, Tom.

Sarah se pencha pour aider Thomas à enlever son manteau, puis elle se débarrassa du sien. Harriet ne pouvait pas lever les yeux du petit garçon. Son regard était trop semblable à celui de son meilleur ami, cet homme qu’elle considérait comme son frère. Les yeux bleus de Harm. Tom ne pouvait être que son…

Sarah voyait comment son amie regardait son fils. Il lui sembla que la boule qui était dans sa gorge depuis sa « rencontre » avec Harm cet après-midi grossissait encore…

-Harriet, j’aurais tant aimé le lui dire! Mais je ne pouvais pas! J’en étais incapable!

Sarah éclata en sanglots. Toute la peine, toutes les frustrations et la colère qu’elle refoulait depuis cinq ans coulaient de ses yeux. Elle était désespérée. Elle semblait si fragile, si petite qu’Harriet s’approcha et Mac lui tomba presque dans les bras. Elle pleurait, encore et encore.
-Chut… murmurait Harriet. Tout va s’arranger, Sarah.

Thomas ne comprenait pas. Pourquoi sa maman pleurait-elle alors qu’elle devrait être heureuse de retrouver une amie?

Harriet regarda son fils.
– AJ, tu voudrais bien emmener Tom avec toi à la salle de jeux?

AJ saisit le petit garçon par la main et Tom lui demanda :
– Est-ce que tu as des avions?

Sarah regarda Harriet et sourit à travers ses larmes. Elles se comprenaient.
– C’est bien le fils de son père…

15h55, Bureau de Bud

Le téléphone sonna. Il décida de répondre, même s’il avait déjà mis la clé dans la serrure.

– Maître Roberts, que puis-je pour vous?
– Bud, c’est Harriet. Je crois que nous avons un problème.

Bud entendait comme des sanglots étouffés venant d’une personne se trouvant avec Harriet. Mais qui cela pouvait-il bien être?

– Bud, tu pourrais aller acheter un avion jouet au magasin à côté de ton bureau?
– Harriet, dit-il en riant, je croyais qu’on avait acheté assez de jouets pour les enfants cette année?
– Ce n’est pas pour eux mais pour notre invité surprise. Tu veux bien?
– Bien sûr, Harriet. On se voit tout à l’heure. Je t’aime.
– Je t’aime moi aussi. À tout à l’heure.

16h00, quelque part dans les airs, entre la Caroline du Nord et Washington DC

Finalement, Chloé et Charles avaient décidé de prendre l’avion. Jamais ils ne réussiraient à franchir les 600 kilomètres entre Pembroke et Washington avant 19h30, l’heure à laquelle tout le monde devait se rencontrer au Mac Murphy‘s! Mais malgré tout, Chloé était songeuse. Elle regardait Charles, qui lui semblait passionné par les nuages. Mais elle savait qu’il était torturé par une pensée. Ou deux. Cette soirée bouleverserait toute la vie du chirurgien. Il allait peut-être perdre Sarah. Ou pire encore : Tom. Thomas était son fils. Il l’appelait papa. Le petit garçon savait que Charles n’était pas son vrai père, Sarah lui avait dit dès qu’il avait été en âge de comprendre. Mais Thomas était fier d’avoir deux papas : un pilote et un médecin. Et il racontait à tout le monde que plus tard, il voulait devenir un médecin qui se déplacerait en avion et non pas en ambulance.

Chloé ne pouvait rien dire pour rassurer Charles et c’est ce qui lui faisait le plus de peine…

16h00, Maison de AJ Chegwidden

Il rentra chez lui, fourbu. Son équipe avait gagné, mais de justesse. Il faisait si froid! Mais qu’est-ce qui lui avait pris d’accepter de jouer au baseball en hiver? Puis il se rappela… C’était Mike. Le petit garçon n’avait qu’une seule chose dans sa vie : ce sport. Son père était alcoolique et sa mère… AJ ne s’en savait pas trop quoi en penser. Et Mike lui rappelait tellement Sarah. Il espérait pouvoir aider le petit garçon, presque pour pouvoir se racheter de ne pas avoir assez aidé son amie… L’ex-amiral savait que le fait que le père de Mac soit alcoolique et violent avait influencé ses relations avec tout le monde…les hommes en particulier…et Harm. Et il ne voulait pas que cette chose se reproduise.

16h00, Magasin à grande surface

Sergueï avait choisi trois jolies poupées pour ses trois amours de petites filles. Il aurait tout donné pour être avec elles et Helena! Mais il savait que ce qu’il faisait présentement leur permettrait d’avoir une vie meilleure.

Il pénétra dans une autre rangée : celles des figurines de guerre. Puis, il vit un visage vaguement familier.
– Bud!
– Sergueï!

Les deux hommes s’approchèrent et s’étreignirent.

– Bud, je sais que ce n’est ni le temps ni le moment, mais j’aimerais te parler de mon cas…
– Sergueï, vas-y, je t’écoute.

Et Sergueï lui expliqua ce pourquoi il voulait émigrer. Lui et sa petite famille habitaient une banlieue non loin de Saint-Pétersbourg. Ils vivaient dans un calme relatif. Sa femme, Helena, était Tchétchène. Mais cela ne causait pas trop de problèmes car leur quartier était en majorité Tchétchène. Mais, lorsque la guerre en Tchétchénie s’était terminée il y avait un peu plus d’un an, tous leurs voisins étaient retournés dans leur pays d’origine. Et, d’un coup, Helena et ses filles se retrouvaient seules Tchétchènes dans un quartier de Russes. Les voisins avaient commencé à menacer Helena et ses filles, Natacha, Karina et Nadia, à vandaliser sa voiture…

– Et ça Bud, je ne peux pas le supporter…

Bud tendit la main à Sergueï :
– Je t’aiderai à ramener ta famille ici, Sergei, c’est promis.

16h00, Appartement de Harmon Rabb Jr.

Il tournait en rond dans sa cuisine. Il allait revoir Sarah! Ce SOIR! Il ne pouvait pas le croire. Il avait espéré ce jour depuis qu’elle était partie… et maintenant il ne pouvait plus attendre. Tout à coup, son téléphone sonna…

– Amiral, Capitaine Tiner, navré de vous déranger à cette heure, mais je viens de recevoir un appel de la Maison Blanche et Madame la Secrétaire d’État souhaite vous retrouver au JAG d’ici une demi-heure…
– Merci, Capitaine, je pars immédiatement.

En réalité, rester ici ne lui valait rien; il préférait l’action, tout plutôt que cette attente remplie de doutes, de questions et d’impatience; du moment qu’on ne lui volait pas cette soirée…Il jeta un regard autour de lui, il faudrait bien qu’il repasse chercher les cadeaux pour les enfants et se changer, puis sortit, direction le JAG.

16h10 Domicile des Roberts

Quand Harriet était revenue après son coup de fil à Bud, elle avait retrouvé Sarah assoupie sur le canapé : l’émotion avait eu raison d’elle; elle s’approcha, réussit à la faire s’allonger, lui glissa un coussin sous la tête et, doucement, s’éclipsa.

Une seule pensée occupait tout son esprit : comment aider ces deux-là? Comment, à la fin des fins, réunir Sarah Mackenzie et Harmon Rabb Jr, ces deux êtres qui pour tous ceux qui les avaient connus et vus ensemble étaient faits l’un pour l’autre.
Dès le début, elle avait compris qu’ils y avaient entre eux quelque chose de spécial, au-delà de leur complicité professionnelle si grande, de leur attachement réciproque si évident, un lien particulier, un fil ténu mais si fort, – mais qu’apparemment eux ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir -, et cependant, à chaque fois que tout semblait réuni pour qu’ils franchissent le pas, une force irrésistible les éloignait, force, attraction, rejet…un cercle infernal….et ce n’était pas faute de les connaître, elle les avait vu faire si souvent…et c’étaient ses amis mais ils étaient si … compliqués!

Mais elle sentait bien qu’aujourd’hui, ce serait le jour de la dernière chance : presque vingt ans que cela durait ainsi, cela paraissait incroyable, et maintenant ce petit garçon, qui était là, et bien là, – mon Dieu, sa ressemblance avec Harm serrait le cœur! – allait changer forcément la donne et peut-être pas pour de bonnes raisons! Si Harm découvrait Tom, il ferait tout pour reconnaître son fils.

C’était l’évidence même, mais Sarah et lui dans cette histoire? Comment, dans ces conditions, trouveraient-ils « leur vérité »? C’était cela qui importait avant tout! Même pour le bonheur et l’avenir de Tom!

Elle en était là de ses réflexions quand la sonnerie du téléphone la fit tressauter.

– Harriet, Chloé, je t’appelle de l’avion; j’arrive dans une petite heure mais… il faut que je te dise…je ne suis pas seule; en fait, Charles Drinkwater, le compagnon de Sarah est là aussi…
– Comm…Comment?? Mais comment allons-nous faire? Cela va être impossible à gérer, des retrouvailles à quatre!! Tu imagines?
– Oui, je sais, cela fait vingt minutes que j’y réfléchis en voyant Charles si préoccupé, si tendu… j’ai pensé que nous pourrions nous installer chez mon amie Tina, le temps de mettre au point une stratégie plausible ; il ne faut pas que Charles et Harm se rencontrent maintenant, ce serait un désastre total, Sarah prendrait la fuite à nouveau, la pression, elle l’a déjà… mais Charles a le droit de la voir également… on y pense chacune de son côté et je te rappelle d’ici une petite demi-heure?
– On peut dire qu’ils nous feront mourir d’angoisse ces deux-là, jusqu’au bout, rien ne nous sera épargné…Attends, j’ai peut-être une idée : j’espère que rien de nouveau ne se produira maintenant… je crois, non, je suis certaine qu’ Harm et Sarah devraient se rencontrer hors de la présence des autres, avant la soirée au Mac Murphy‘s, sinon nous courons à la catastrophe! Qu’en penses-tu?
– Oui, c’est une bonne idée, tu as raison, une chose après l’autre! Mais comment s’y prendre?
– Tout à l’heure, Harm a appelé, il doit se rendre au Mur vers 18 heures, où il retrouvera l’Amiral Boone…
– Génial, il ne te reste plus qu’à en parler à Mac, moi, de mon côté, j’appelle Tina et je vais avoir une longue conversation avec Charles…A tout à l’heure, Harriet. Ah, si un petit coup de baguette magique pouvait nous faire vieillir d’une bonne dizaine d’heures…
– Oui, tu as raison! Bah, qu’est-ce que quelques heures après toutes ces années d’attente! Croisons les doigts!
16h19 Quelque part au-dessus des nuages, entre la Caroline du Nord et Washington DC

Chloé revint lentement vers Charles, il regardait obstinément par le hublot; elle savait qu’une bataille terrible se livrait en lui. Charles était l’honnêteté même, sincère, droit et fier; des qualités qui avaient eu raison des appréhensions de Mac et qu’elle, elle admirait tant en lui. Pour elle, il était un modèle, l’expression vivante de tout ce qu’elle aimait chez un homme, et si fidèle à ses origines indiennes! La décision d’aller voir Sarah, presque sur un coup de tête, ne lui ressemblait pas vraiment, mais elle comprenait…
– Charles…il faut qu’on…
– Oui, je sais, Chloé, c’est de la folie… comment vais-je m’en sortir? Et Sarah? Et Tom? Je ne me reconnais plus… c’est pas moi, ça… mais comme ça fait mal, ma petite Chloé!

16h28 Quartier Général du Jag, bureau de l ‘Amiral Rabb

– Capitaine Tiner?
– L’Amiral AJ Chegwidden au téléphone!
– Amiral! AJ! Alors prêt pour ce soir?
– Plutôt deux fois qu’une! Avez-vous la confirmation de la venue de tous?
– Oui, plus ou moins…
– C’est bien! Vous ne pouvez imaginer la joie que je me fais de vous retrouver tous réunis!
– Merci, AJ, à tout à l’heure!…
– Amiral!
– Oui, Tiner?
Harm leva la tête, écarquilla les yeux et son visage exprima une joie intense, un large sourire l’éclaira, et il se leva précipitamment vers son interlocuteur :
– Sturgis!

16h20 Domicile des Roberts

Harriet venait juste de raccrocher que la sonnette carillonna, elle se rendit à l’entrée, c’était le traiteur qui venait livrer le buffet pour le réveillon de ce soir.

16h05 Magasin de jouets

– Merci de ton aide, Bud.
– Viens à la maison avec moi, Sergueï et nous irons ensemble chez Mac Murphy’s, Harriet sera contente de te voir et Sarah est déjà chez nous, vous pourrez parler de ton frère ensemble.
– Ok, Bud, je te suis.

16h28 Quartier Général du JAG

– Salut, Harm !
Les deux hommes échangèrent une vigoureuse poignée de mains, cela faisait deux mois qu’ils ne s’étaient pas revus, depuis la prise de fonction de Harm au JAG. Sturgis et Harm étaient plus que des collègues de bureau, ils avaient travaillé ensemble au JAG, mais, bien avant cela, ils étaient déjà amis. Leur amitié remontait à l’époque de l’Académie Navale et jamais, même quand leurs différentes affectations au sein de la Navy les avaient séparés, leur amitié n’avait faibli, bien au contraire, les deux hommes étaient complémentaires et s’entendaient à merveille.
– Que viens-tu faire au JAG et en civil de plus ?
– C’est le réveillon de Noël ce soir, Harm et j’étais de repos avec les enfants à la maison, tranquille mais c’était sans compter avec les femmes, Harm ! fit-il un petit sourire aux lèvres.
– Explique-toi ? demanda Harm, curieux de savoir de quelles femmes il pouvait bien s‘agir.
– Déjà la mienne ! Pensais-tu que Bobbi allait se contenter de ton refus de participer à sa commission d’enquête ?
– Bobbi t’a demandé d’intervenir ?
– Oui et je lui ai dit que notre amitié ne justifiait pas que j’intervienne dans tes décisions ; mais je ne pouvais dire non à la deuxième femme.
– Qui est donc cette mystérieuse deuxième femme Sturgis ?
– C’est moi, Amiral !!

Tellement pris par leur conservation, les deux amis n’avaient pas entendu la porte du bureau s’ouvrir.
– Madame la Secrétaire d’Etat, fit Harm surpris de cette intrusion dans son bureau.
– Et oui, Amiral ! Croyez-vous que j’allais laisser tomber juste pour un peu de neige, c’est mal me connaître !!! Nous allons approfondir cette disparition mystérieuse à bord de l’USS Bill Clinton avec l’Amiral Turner et après nous discuterons de votre participation active à la commission d’enquête dirigée par Bobbi Latham ; des objections Amiral ?!!!

16h00 Washington DC – Domicile de Mickey Roberts

Mickey essayait de joindre son frère au téléphone et celui-ci sonnait occupé. Il raccrocha et en attendant le rappel automatique, son regard survola les photos qui ornaient son bureau. Il regarda d’abord celle de son mariage avec Paula, les photos de ses enfants, Mégane et Bud Junior et puis la photo où il se trouvait avec son frère et son père ; cette dernière avait été prise au centre de rééducation pendant la convalescence de Bud.
Mickey se mit à penser qu’il ne serait pas là aujourd’hui, si son frère n’avait pas sauté sur une mine en Afghanistan, à quelque chose malheur est bon. C’était grâce ou à cause de cette mine qu’il avait connu Paula Grant, fille du Général quatre étoiles de l’US Army Théodore Grant ; elle travaillait pour le Ministère de la Défense, chargée de communication, elle réalisait un article sur l’intégration des handicapés dans les Forces Armées Américaines. Paula était venue chez Harriet et Bud pour interviewer ce dernier et justement Mickey était là pour quelques jours de repos bien mérité pendant sa formation d’officier à l’Académie Navale d’Annapolis. Paula avait souhaité s’entretenir aussi avec Mickey pour son article. Puis Paula était venue à Annapolis, faire un article sur l’Académie Navale et dans ce but : elle avait à nouveau rencontré Mickey, car ce dernier était sorti Major de sa promotion.
Suite à cette dernière rencontre, les deux jeunes gens étaient restés en contact et leur relation était devenue plus sérieuse au fil du temps. Mickey et Paula s’étaient mariés en août 2005, Mégane était née en août 2007 et le petit Bud Junior avait suivi en juin 2009.

Après les fêtes, le Capitaine de Corvette Mickey Roberts allait rejoindre sa nouvelle affectation au sein de l’Etat Major de la flotte de l’Atlantique, sous les ordres de l’Amiral Sturgis Turner, ce dernier ayant souhaité que Mickey intègre son Etat-Major.

La sonnerie du téléphone sortit Mickey de ses pensées.
16h00
Mickey décrocha.
– Roberts
– Bonjour, c’est l’Amiral Turner. Je pense que vous allez commencer votre mission plus tôt que prévu, Capitaine Roberts. J’ai besoin de vous au Jag.
– Je pars tout de suite, Amiral.
Mickey laissa un mot à sa femme lui demandant de ne pas l’attendre et de le retrouver chez son frère pour le repas.

16h28
Harriet s’occupa de réceptionner tout ce que le traiteur amenait et qui avait été commandé plusieurs semaines auparavant. Elle songea que pour une fois sa manie de toujours prévoir large allait leur être utile. En effet, un enfant et deux adultes supplémentaires venaient de s’ajouter sur la liste des invités du soir. Et elle ignorait encore que Bud allait amener Sergueï.

La sonnette de l’entrée n’avait pas réveillé Mac, et Harriet prit le temps de tout mettre en place pour le réveillon avant de se préparer une bonne tasse de thé. Son amie avait l’air d’avoir besoin de dormir et de prendre des forces pour la longue soirée qui l’attendait.
Elle finit de préparer le thé et songea au moyen d’envoyer Mac au Mur sans Tom pour qu’elle puisse revoir Harm tranquillement avant la foule du Mac Murphy’s où Mac allait être sollicitée de toute part par les amis qui ne l’avaient pas revue depuis toutes ces années.

AJ avait emmené Tom dans la salle de jeux et ses frères les avaient rejoints. Le petit Tom narrait sa vie à la réserve, et le quotidien en compagnie de sa maman et de Charles. Il parla également de son papa pilote et absorbé dans la contemplation des quelques avions qu’AJ tenait de son parrain, il voulut tout savoir sur ces avions et la vie de ce parrain qui était pilote comme le père qu’il ne connaissait pas. Il était également intrigué par l’existence de cet oncle Harm qu’AJ avait mentionné à son arrivée.
Il posa la question aux enfants Roberts.
AJ un moment démangé par l’envie de montrer des photos de Harm, seul ou en compagnie de Mac, à Tom préférait attendre. Il était partagé entre l’envie de raconter ce qu’il savait et son sens des responsabilités qui lui dictait de patienter encore et de consulter sa mère et sa marraine avant d’informer le petit Tom du « secret » de sa naissance ; surtout depuis qu’il avait appris l’existence de Charles.

Devant l’insistance du petit, AJ se décida cependant à lui dire que son parrain était pilote dans l’aéronavale et qu’oncle Harm était un ami de la famille, militaire, qui avait travaillé avec ses parents avant sa naissance.
C’est à ce moment qu’ils entendirent Bud rentrer et des exclamations de surprise et de joie retentir, AJ prit Tom par la main et tous descendirent pour embrasser leur père et voir ce qui provoquait une telle effervescence.

16h20 Voiture de Bud

Après avoir payé leurs achats, Bud et Sergueï s’étaient dirigés vers le parking. Bud avait proposé à Sergueï de le conduire chez eux. Le temps du trajet, Bud en profita pour détromper Sergueï, persuadé que son frère et Mac avaient fini par s’installer ensemble. Le Russe fut très déçu d’apprendre que, une fois de plus, son frère n’avait pas eu le courage d’affronter ses sentiments pour Mac. Lui connaissait la tristesse d’être séparé de sa famille mais sa femme et ses trois filles représentaient toute sa vie et il avait de la peine pour son frère qui était resté célibataire alors qu’il avait tout pour être heureux avec Mac.
Bud finissait de lui donner le peu de nouvelles qu’il avait de Mac lorsqu’il se gara devant sa maison.

Sarah émergeait doucement d’un sommeil profond au moment où Harriet s’était approchée avec deux tasses de thé. Elles s’étaient assises confortablement et après une profonde inspiration, Mac avait commencé pour son amie le récit de tout ce qu’elle ne lui avait pas dit lors de leurs trop rares conversations des dernières années. C’est ainsi qu’elle confirma à Harriet que Tom était bien le fils de Harm et qu’elle lui parla de Charles, dont Harriet connaissait déjà l’existence par Chloé mais qu’elle se garda bien d’avouer à son amie; deux faits qui expliquaient que Mac ait refusé le poste que le FBI lui avait proposé à Washington.

– Il faut me comprendre Harriet. Les premiers temps j’avais besoin de mettre de la distance avec tout ce qui avait fait ma vie ici et tout ce qui se rapportait à Harm. Et puis au fil des années, j’ai trouvé un équilibre pour Tom et moi et je pensais de moins en moins douloureusement au passé. Et puis comment vous l’annoncer sans le dire à Harm ? Et ça c’est au dessus de mes forces…..
– Et pourtant, il va bien falloir…..lui dit doucement Harriet.
– Oui il le faut, Tom me pose beaucoup de questions. Et même si je lui en veux encore, je ne peux pas laisser Harm dans l’ignorance. Je dois lui dire qu’il a un fils, mais pas tout de suite ; j’ai peur que son sens des responsabilités ne perturbe ses sentiments et j’ai besoin de savoir exactement ce qu’il ressent pour moi. Je ne sais pas comment je vais pouvoir retrouver Harm et en même temps gérer ces retrouvailles collectives. Et il faudra ensuite que je parle de Tom……….
– Justement, répondit Harriet, il se trouve que je sais que Harm doit se rendre au Mur vers 18h, cela pourrait être l’occasion de vous retrouver calmement tous les deux avant de nous rejoindre au Mac Murphy’s. Et ensuite nous aurons le temps de lui faire rencontrer Tom.

Elles finissaient leur conversation lorsque Bud ouvrit la porte et pénétra dans le hall, immédiatement suivi de Sergueï. Les exclamations de surprise fusèrent et les deux femmes se levèrent pour les accueillir.

C’est au milieu des embrassades que les enfants entrèrent dans le salon. Tom, un peu effrayé par tout ce monde, cette agitation et ces nouvelles têtes, se réfugia près de Mac et émit un petit « maman ». Aussitôt, Sergueï et Bud levèrent les yeux vers le petit garçon dans les bras de Mac et dévisagèrent le petit bonhomme auquel ils trouvèrent aussitôt un air familier.
Mac allait devoir s’expliquer, mais devant l’embarras de son amie, Harriet prit les choses en main. Elle proposa aux grands et aux petits de prendre un goûter et de savourer la joie des retrouvailles avant de penser à quoi que ce soit de sérieux. Tous se dirigèrent donc vers la cuisine.

16h30 Au JAG

La secrétaire d’Etat, Turner, Harm, Mickey, Coates, Galindez, Milton et Cartano composaient la « cellule de crise de la disparition de l’USS Clinton» et tentaient de découvrir où avaient bien pu passer le commandant du sous-marin et son second. Tous étaient concernés d’une façon ou d’une autre : Mickey avait été appelé en tant que membre de l’Etat Major de l’Amiral Turner, lui-même concerné parce que le sous-marin Clinton devait faire partie de sa flotte. En outre, Mickey Roberts avait eu le second comme instructeur lorsqu’il était à l’Académie, et cela représentait toujours une chance supplémentaire pour comprendre ce qui s’était passé.

16h45 Quelque part au-dessus des nuages, entre la Caroline du Nord et Washington DC

Il était clair pour Chloé que c’était le désespoir qui habitait Charles depuis qu’ils avaient décollé. Elle souffrait de le voir ainsi, l’air hagard et perdu, mais, enfin il se tourna vers elle et lui posa une question qui résumait tout :

– Parle-moi de lui Chloé…
– Te parler de qui Spokane ?
– De l’homme contre qui je vais devoir me battre pour garder ta sœur !
– Tu n’as à te battre avec personne Charles !
– Personnellement je n’en suis pas si sûr que ça ma petite Chloé ! Je sais pertinemment que Sarah n’est pas partie pour Washington dans l’idée d’instaurer une rivalité entre cet homme et moi, elle l’a fait pour Tom et uniquement pour lui, parce qu’il a le droit de connaître son père ! Mais que nous le voulions ou non, en venant ici, elle a aussi décidé inconsciemment de sceller nos destins, crois-tu réellement que tout le monde sortira indemne de cette histoire ? Moi pas ! A un moment ou à un autre, elle devra faire un choix Chloé… Elle devra choisir entre lui et moi…

La jeune femme ne savait quoi répondre, elle devait se rendre à l’évidence et admettre qu’en venant ici sa sœur avait mis en jeu la vie de plusieurs personnes, mais c’était le prix à payer pour se sortir de cette situation qui la rongeait de l’intérieur depuis trop longtemps maintenant ! Chloé fut tirée de ses pensées par la voix à peine audible et presque suppliante de son ami.

– Parle-moi de lui s’il te plaît ? Parle-moi de ce Harm dont Sarah rêve la nuit et dont elle ne me parle jamais, parle-moi de l’homme qui a fait d’elle la plus heureuse des mamans et la plus triste des femmes…
– Très bien, si c’est ce que tu souhaites, je veux bien tenter de le cerner, mais tu vas vite te rendre compte que vous êtes très différents…

16h45 Domicile des Roberts

Après des retrouvailles très émouvantes, Sarah avait préféré s’isoler un peu. Voilà dix bonnes minutes maintenant qu’elle était sur cette terrasse à méditer sur sa future confrontation avec Harm, cette même terrasse qui avait bouleversée leurs destins il y a cinq ans. Soudain, elle fut tirée de ses pensées par une voix à l’accent russe prononcé assez familière.

– Ils ont le même sourire…
– Oui… On peut dire qu’Harm n’aura pas donné à son fils que son mauvais caractère !

Un petit sourire s‘afficha sur le visage de Sarah ; Sergueï avait raison, Tom avait hérité du physique d’Harm et en particulier de ce sourire franc et naturel qui était si beau à regarder sur le visage du petit garçon. De nouveau, le silence fut rompu par le jeune russe.

– Tu es tendue à l’idée de cette rencontre n’est-ce pas ?
– Tu sais Sergueï, à une époque, ton frère et moi, on était la meilleur paire d’avocats du JAG, quand nous nous retrouvions opposés au tribunal on se serait cru dans un vrai champs de bataille ! Nos joutes verbales faisaient notre réputation, mais dès que nous nous retrouvions dans une confrontation un peu trop personnelle, crois-moi, cela ressemblait plus au naufrage du Titanic qu’à un Western !
– Et tu as peur de sombrer avec le Titanic ce soir ?
– J’ai juste peur qu’Harm ne soit de nouveau qu’un iceberg infranchissable…

Le ton de Sarah était las et trahissait son inquiétude, Sergueï espérait de tout cœur que son frère serait à la hauteur, en tout cas il était prêt à les aider et pour ça Harriet lui avait donné une idée.

– Harriet m’a dit qu’il devait se rendre au Mur avant d’aller au Mac Murphy’s, tu devrais peut-être l’y rencontrer ?
– Oui, elle m’en a parlé. Je pense que c’est ce que je vais faire, nous avons plein de choses à nous dire et cela risque d’être difficile si tout le monde autour nous me bombarde de questions pour savoir ce que je suis devenue. Mais assez parlé de moi, dis-moi ce que toi tu es devenu, Sergueï, je suis curieuse de savoir si un Rabb a enfin réussi à trouver le bonheur…

16h45 Salle de conférences, QG du JAG Washington DC

Cela faisait déjà près de vingt minutes que les membres de la cellule de crise qui avaient pris place dans la salle de conférences du QG du JAG partageaient leurs opinions sur cette affaire plutôt étrange. Les suggestions fusaient, on n’arrivait plus à y voir clair et le JAG commença sérieusement à s’impatienter.

– Bon, écoutez-moi tous. Il faut trancher maintenant sur ce qui c’est réellement passé ! Alors Capitaine Roberts, vous qui connaissez bien le Second O’Connell, vous allez partir pour Norfolk avec l’agent spécial Cartano et le Commandant Milton dès que la météo vous sera favorable. En attendant, le Capitaines Coates fera les recherches nécessaires pour vous renseigner sur les raisons possibles de ces enlèvements !
– Enlèvements, Amiral ? On oublie donc toutes les autres hypothèses ?
– Je crois en effet, Madame la secrétaire qu’on peut les éliminer, la thèse de l’enlèvement me semble la plus plausible, de plus, la présence de l’agent Galindez me conforte dans mon analyse !

Toutes les personnes présentes dans l’assemblée tournèrent un regard inquisiteur vers Victor Galindez resté silencieux au fond de la salle jusqu’à maintenant. Harm était content de son effet, il savait depuis le début que sa présence n’était pas innocente, aussi quand il avait vu la réaction de ce dernier à l’évocation du mot « enlèvement », ses doutes s’étaient envolés. Galindez restait cependant calme et répondit tout aussi sereinement.

– Je ne sais rien de plus que vous, Amiral, je suis là parce que le Pentagone fait pression sur l’Agence pour savoir ce qui se passe.
– Vous êtes réellement là pour ça ou pour vous assurer que nous ne trouvons rien qui ne puisse déranger la CIA ?

Galindez était dos au mur, son patron lui avait dit que Rabb risquait de poser des questions mais il avait espéré qu’il n’aurait pas à en arriver là. Sans rien dire il sortit son téléphone portable de sa poche et composa un numéro avant de passer le cellulaire à son ancien supérieur. D’abord surpris de son geste, Harm prit le portable et quelle ne fut pas sa stupéfaction quand il reconnut la voix de son interlocuteur.

– Webb, j’écoute ?

16h45 Salle de conférences, Quartier Général du JAG, Washington DC.

– …
– Webb, vous avez perdu votre langue ?
– Harm, j’aurais dû savoir que je devrais finir par vous expliquer la situation.
– Dès que la CIA est impliquée dans une affaire, vous y êtes forcement mêlé…
– Harm, je comprends très bien ce que vous voulez dire… Je vous dois des explications.
– Ah, vous croyez vraiment ?
– Je vous propose de passer au QG du JAG je suis justement à côté de vos bureaux. Je serai là tout au plus dans 10 minutes.
– Très bien, Clayton, vos explications ont intérêt à être claires et convaincantes.

Harm raccrocha avant même d’avoir écouté si Webb avait autre chose à ajouter. Il tendit le téléphone à Galindez et annonça à toute l’équipe présente la venue de Clayton Webb. Il était curieux de savoir de quelle façon la CIA était impliquée dans cette affaire. D’ici quelques minutes tout allait peut être prendre un sens.

16h50 Domicile des Roberts.

Sarah était toujours sur cette terrasse, Sergueï lui avait parlé de sa vie en Russie et surtout de ses petites filles et de sa femme… Elle s’imaginait ce que devait être la vie de ses fillettes dans un pays comme la Russie, mais leur père était en train de tout mettre en œuvre pour les rapatrier aux Etats-Unis.

– Sarah vous allez bien ? dit Harriet en s’approchant de Sarah et lui posant la main sur le bras.
– Excusez moi, je crois que j’étais perdue dans mes pensées…
– C’est le moins que l’on puisse dire… dit Harriet en souriant. Vous pensiez à quoi si cela n’est pas indiscret ?
– Je pensais juste à ce qu’aurait pu être la vie si les choses avaient été différentes.

Sarah ne savait que trop que son amie avait raison.

– Je comprends pourquoi vous êtes partie, sans rien dire, mais pourquoi n’avoir rien dit pour Tom, au moins à Harm ?
– Parce que je l’avais perdu déjà une fois…

Harriet ne comprenait pas où son amie voulait en venir.

– J’ai fait une fausse couche, juste après mon arrivée en Caroline du Nord, je venais de perdre l’homme que j’aimais et en même temps je perdais la seule chose qui me permettait encore de me raccrocher à la vie. Je tenais Harm pour responsable de mon malheur, s’il n’avait pas agi ainsi je ne me serais pas enfuie comme ça et je n’aurais pas fait cette fausse couche… Pendant un peu plus d’un mois j’ai vécu dans le néant, il ne me restait plus rien. Les nausées ne passaient pas et j’avais fréquemment des malaises, alors je suis allé voir un médecin. Il m’a annoncé que j’étais toujours enceinte…

Cette révélation laissa Harriet sans voix.

– Mais comment cela est-il possible ?
– Cela arrive parfois quand on attend des faux jumeaux… Si ma grossesse n’avait pas était perturbée, Tom aurait eu une sœur ou un frère jumeau.
– Je suis vraiment désolée, Sarah.
– Ne le soyez pas Harriet, Tom est la plus belle chose dont je pouvais rêver, c’est lui qui m’a redonné goût à la vie… Sans lui je me serais laissée entraîner dans les méandres de ma vie.
– C’est pour cela que vous n’avez rien dit pour Tom. Je suis sûre que vous avez eu tort, Sarah.

16h50 Quelque part au-dessus des nuages, entre la Caroline du Nord et Washington DC.

Chloé se décida à parler de Harm à Charles ; elle raviva pour lui tous ses souvenirs.

– La première fois que j’ai rencontré Harm c’était dans les bureaux du JAG, j’avais tout juste 8 ans. J’étais une petite fille plutôt dynamique et je n’avais pas ma langue dans ma poche…
– Cela n’a pas beaucoup changé ! dit Charles avec un sourire au coin des lèvres.
– Tu veux que je te raconte ou tu vas m’interrompre tout le temps ?

Charles lui fit signe de la tête pour qu’elle continue.

– Quand je l’ai vu, je crois que je suis tombée immédiatement amoureuse de lui. Comment t’expliquer ? Harmon Rabb est un homme qui n’a rien à envier à James Bond… Chloé sourit à sa remarque.
– Je vois ce que tu veux dire, j’ai trouvé une photo de lui et Sarah une fois. Il est le genre d’homme dont la Marine se sert pour le recrutement…
– Oui, mais il n’a pas seulement un physique, il a le cœur sur la main. Il a risquait sa vie et a abandonné ce pour quoi il s’était battu pour elle.
– Il est l’homme idéal en quelque sorte… Répondit Charles avec une pointe de tristesse dans la voix.
– Non, il ne l’est pas. Si c’était le cas, Sarah ne serait pas partie… Elle l’a aimé plus que tout, elle l’aime sans doute encore… Mais il l’a fait souffrir et elle n’a jamais guéri de ses blessures-là… Harmon Rabb a un passé rempli de fantômes et il n’a jamais pu s’en débarrasser…
– Mais Sarah aussi a beaucoup de fantômes !
– Oui mais ma grande sœur a trouvé la force de se battre contre ses peurs et ses démons… Harm ne s’est jamais remis de la mort de son père. Il n’avait que 5 ans quand celui-ci a été porté disparu durant la guerre du Vietnam. J’ai toujours voulu que Sarah et lui forme un couple, j’étais persuadée qu’ils étaient faits l’un pour l’autre… J’ai vu ma sœur anéantie par les actes de cet homme, mais je l’ai aussi vue avec cette étincelle dans les yeux en pensant à Harm. Il avait un certain pouvoir sur Sarah… Avec son fameux « flyboy grin » il aurait pu lui faire faire n’importe quoi ! Chloé sourit en se remémorant le sourire d’Harm.
– Si je te suis bien cet homme a toutes les qualités d’un excellent officier et en plus c’est un gentleman.
– Oui, c’est presque ça ! Il ne faut pas oublier non plus son ego démesuré de pilote, cela rendait Sarah folle. Chloé eut un petit rire à cette remarque.
– Je vais me battre pour elle, Chloé : Sarah et Tom sont la plus belle chose que j’ai au monde et je n’abandonnerai pas… Sauf si c’est pour son bonheur et celui de Tom. S’exclama Charles avec un ton grave.

Chloé connaissait Charles depuis quelques temps maintenant. Elle savait qu’il rendait heureux Tom et Sarah. Même si elle avait répété à Charles qu’il n’y avait pas lieu d’avoir un combat entre lui et Harm, elle n’était pourtant pas sûre de l’issue de cette journée…

16h50 Salle de conférences, Quartier Général du JAG Washington DC.

Clayton Webb pénétra en trombe dans la salle de conférences. Tous les regards se tournèrent vers lui

– Bon à nous deux Webb, comme au bon vieux temps !

Webb fît son entrée, rapide et très « Washingtonienne », portable et duffle-coat à la main. Il salua galamment les dames en présence en s’inclinant légèrement sur leurs mains, leur donnant du « Madame la secrétaire d’Etat », « Capitaine Coates », avec petit vibrato dans la voix. C’est bien ce que chacune était mais avec lui cela devenait des titres de noblesse aux airs de vielle Angleterre, qui les touchaient et les ravissaient intérieurement. On sous-estime toujours le charme de la galanterie apparemment désuète!
Cela amena un sourire quelque peu ironique sur le visage d’Harm. A chacun son charme, et sa nature, leurs styles étaient fort différents, peut-être même opposés…
Webb serrait maintenant les mains des autres « invités » : « Amiral Sturgis », « Capitaine Roberts », « Galindez »… Il salua ce dernier en serrant sa main droite en même temps qu’il lui tapa sur l’épaule. Tout le monde comprit que les deux hommes étaient maintenant liés. Leur métier souvent périlleux avait forgé sinon une solide amitié, en tous cas un respect mutuel sincère.
Harm songea que lui aussi avait souvent été frère d’armes avec Webb, qu’ils avaient ensemble dénoué bien des situations délicates…Bien sûr, Webb avait été très souvent à l’origine de ces situations difficiles, mais il fallait reconnaître que maintes fois il avait su aussi, à titre personnel, être responsable de fuites de renseignements forts utiles au JAG et à ses membres…
Le souvenir de son père revint comme un boomerang dans la mémoire d’Harm, et l’aide précieuse, même si parcimonieuse, que lui avait apporté Webb pour retrouver la trace de son père, le fit réfléchir au fait qu’ils portaient tous deux l’empreinte de leur père, chacun ayant suivi la même carrière que leur aîné, Harm l’Aéronavale, Webb le Renseignement…
Puis il eut comme un flash, se revoyant en Russie à la recherche de son père avec Mac…Mac qu’il retrouverait tout à l’heure…
Il lui fallait immédiatement chasser cette pensée, il se leva assez brusquement, l’air plus ombrageux qu’il ne l’aurait voulu, allant au devant de Webb. Il lui serra la main d’un mouvement sec et ferma vivement, derrière eux, la porte de la salle de conférences.
– Webb, merci d’en venir au fait rapidement
Webb sourit, quelque peu étonné par le style d’Harm, d’habitude plus patient bien que toujours « trop » pressant. Son poste et surtout l’Agence ne lui laissaient que peu de latitude pour la communication des informations. Il faudrait jouer fin, Galindez avait calfeutré, il lui faudrait écoper et tout ça au milieu des marins !
Néanmoins circonspect, il commença :
-Bien Amiral ! Personne ici n’est sans ignorer l’importance stratégique de l’USS Bill Clinton, sous-marin doté d’une technologie dite « sensible » et d’avant garde, seul spécimen du genre
Webb appuya son regard sur Rabb, Sturgis, puis Roberts…
– Vous n’ignorez pas non plus que l’ensemble du personnel affecté à bord a été trié sur le volet et a suivi une formation hautement qualifiée, tout particulièrement élaborée pour le maniement de ce sous-marin…
De nouveau son regard se porta sur Mickey, juste comme ça, il voulait lui faire passer le rite du passage « au sérail », lui faire comprendre qu’il jouait maintenant dans la cour des grands…ce dernier d’ailleurs ne put masquer le mouvement nerveux de ses jambes…
Chacun et chacune acquiesçaient à sa manière d’un hochement de tête, d’un pincement de lèvres, d’un clignement des yeux .Harm leva légèrement la main gauche à plat, enjoignant silencieusement Webb à continuer…
« Bien entendu des enquêtes de moralités très poussées ont dû être menées… » Ludmilla Bzinkévitch qui se tenait adossée, se redressa pour intervenir, Webb anticipa :
– Bien entendu, Madame la secrétaire d’Etat, les libertés individuelles seront respectées, le résultat de chacune de ces enquêtes lorsqu’elles eurent pour conséquence le déboutement du candidat ne figureront dans aucun dossier (« militaire » songea-t-il « mais au fond qui ici pouvait encore en être dupe… »)
Il se retint néanmoins de regarder quiconque dans les yeux à ce moment précis…
– Nous pensions avoir clos nos enquêtes mais des renseignements avec de hauts degrés d’incidences nous sont parvenus de Lyon, siège d’Interpol, en France. Ce qui nous a obligés à prendre des mesures qui peuvent sembler assez coercitives et qui aboutissent à la situation présente.
Les yeux de beaucoup s’écarquillèrent, tous se regardaient interloqués, se demandant de quoi il retournait…
– L’Agence ne me permet pas, pour l’heure, de vous délivrer de plus amples informations… Webb sentit au silence mat qui suivit sa phrase, le vent non pas d’une légère houle se lever mais bien celui d’une belle tempête…
« Allez matelot c’est maintenant que tu écopes ! » pensa-t-il, il ne put retenir une œillade vers Galindez, le besoin d’être compris, sans doute.
Webb ancra ses pieds au sol, mit les mains dans les poches, et stoïque, attendit la déferlante…

Un taxi arriva près de la maison des Roberts

Un couple en sortit, l’homme beaucoup plus âgé paya la note.

– Voilà Chloé, on est arrivé.
– Oui, prêt à affronter le passé de Mac ?
– Je ne sais pas, mais je compte bien me battre jusqu’au bout.

Charles sonna à la porte, Harriet ouvrit.

– Bonjour, Chloé,
– Bonjour Harriet, je te présente Charles, l’ami de Mac.
– Enchanté.
– Moi de même.
– Entrez.

Harriet sentit tout de suite une certaine tension chez ses visiteurs. Elle les débarrassa de leurs affaires et leur proposa un rafraîchissement. Charles demanda alors à voir Mac. Harriet embêtée ne sut quoi répondre.

– Je suis ici Charles, annonça Mac en descendant doucement les escaliers en compagnie de son fils.
– Bonjour Sarah. Bonjour Thomas.
– Bonjour Charles, répondit le petit garçon.
– Je dois te parler Charles.

Charles acquiesça de la tête. Harriet leur laissa le séjour pour discuter tranquillement.

– Tu n’as pas l’air surprise de me voir ?
– Je suis contente finalement que tu sois là en personne ainsi je peux éclaircir la situation tout de suite. J’ai beaucoup réfléchi pendant le trajet et depuis mon arrivée. Je sais à présent avec certitude ce que je veux. Mais Charles, pourquoi t’être déplacé ?
– Pour ne pas te perdre. Je voulais que tu saches que je suis prêt à me battre face à Harm.
– C’est perdu d’avance… Assieds-toi. Harm et moi sommes liés depuis longtemps. On a eu des hauts et des bas, quand enfin on s’est trouvé il est parti au milieu de la nuit… Je lui en ai tellement voulu que j’ai fui, sans le savoir avec ses enfants. Quand j’ai fait ma fausse couche, je n’ai pas arrêté de penser à lui mais c’était encore trop tôt pour le voir. Et maintenant quand je vois grandir Thomas et qu’il me pose toutes ces questions sur son vrai père, je me dis que je n’ai pas le droit de les laisser, ni lui ni Harm plus longtemps dans l’ignorance.
Il doit savoir pour ses enfants, et je dois lui demander pourquoi il est parti… Cette question me hante depuis cette fameuse nuit. Je ne lui ai même pas laissé la chance de s’expliquer, et…

Mac s’était mise à pleurer, ça lui faisait mal, mais elle espérait une réconciliation avec Harm. Elle était aussi consciente de la peine qu’elle faisait à Charles.

– Il a été toujours le premier Charles… je suis sincèrement désolée, mais…
– Mais tu veux encore y croire et tu as besoin de lui. Je suis triste, Sarah mais je suis encore plus triste pour toi car vous ne vous n’êtes pas laissé de chances, même si ce ne sont pas les occasions qui vous ont manqué. Sarah, il ne doit pas être trop tard au moins pour que vous discutiez tous les deux, entre autres de Thomas. C’est vrai il a le droit de savoir, je pense aussi qu’il a des choses à te dire. Ecoute, même si ça ne se passe pas comme tu veux, Sarah tu pourras toujours compter sur moi.
Je reste ton ami, et je sais que tu peux aussi compter sur Chloé. »

Ils s’étreignirent longuement, le temps pour Charles de calmer Mac.

– J’ai si peur de sa réaction après toutes ces années.
– C’est normal. Tout va bien se passer. Tu devrais parler à Thomas maintenant sinon il risque de ne pas comprendre.
– Oui tu as raison.

Ils quittèrent le séjour, et ils rejoignirent les autres.

– Thomas, mon chéri, viens avec moi, il faut que je te parle.
– De quoi maman ?
– De ton vrai papa.

Chloé regarda Charles qui lui sourit, d’un sourire triste mais sincère.

– Tu vas bien ? Lui demanda la jeune femme.
– Pas autant que je l’espérai, ça a été plus rapide que prévu mais c’est dans l’intérêt de Mac et du petit.
– Tu es quelqu’un de bon et de gentil, Charles, on te l’a déjà dit ? dit-elle en l’embrassant sur la joue.

Chloé prit sur elle pour cacher son anxiété. Elle connaissait par cœur Mac et Harm, même en dégageant la route devant eux rien n’était gagné ! Elle prit son téléphone et composa le numéro de Harm, elle était décidée à aplanir la situation.

17 h 15 Salle de conférences, Quartier Général du Jag, Washington DC

Webb n’en revenait pas: il avait pu observer à maintes reprises la colère de son ami, d’ailleurs souvent tournée contre lui, mais l’Amiral Rabb semblait réellement hors de lui, prêt à fondre sur lui afin de lui arracher la vérité. Un coup d’oeil au reste de l’assistance confirma ses doutes: aucune autre personne présente dans cette pièce, sauf peut-être Galindez, ne le soutiendrait dans ce duel…
-Webb, je vous saurai gré d’arrêter vos cachotteries de suite… Avant que je m’énerve vraiment… Intima Harm en se rapprochant bien trop près au goût de l’espion.
-Rabb, c’est la règle ! Je n’ai pas le droit d’en dire plus… En prononçant ces paroles, il recula, s’arrangeant pour placer un siège entre lui et l’ancien pilote. Il n’était pas un couard, mais pas suicidaire non plus !
-Ecoutez Webb… C’est la veille de Noël, il neige, j’ai encore plein de travail et j’ai un rendez-vous très important ce soir… Je ne suis pas d’humeur à négocier gentiment avec vous. Toutes les personnes ici sont dignes de confiance alors dites-nous ce qui ne va pas !
-Vous me décevez Amiral… Je pensais que vous comprendriez que je ne peux vous divulguer les soupçons de l’Agence à propos de cette affaire.
-Mais dans ce cas, pourquoi entraîner mon équipe si vous ne leur permettez pas de travailler efficacement ? Notre métier n’est pas de punir ceux que vous jugez coupables. Nous recherchons la vérité, et cela n’a pas changé depuis toutes ces années !
Comme son ami ne rétorquait rien, Harm continua :
-Je vais vous dire ce que je pense… Votre agence s’est aperçue qu’elle avait fait une erreur dans le choix d’un membre d’équipage… Mais lorsque vous avez voulu réparer cette erreur, il était trop tard, l’homme, ou la femme, était déjà passé à l’action ! Maintenant, vous êtes bien embêtés, si jamais on découvre que par votre faute, un sous-marin nucléaire de la toute dernière génération est tombé entre des mains très peu recommandables, vous passerez tous un sale quart d’heure à Langley ! Alors maintenant, vous sollicitez notre aide pour vous sauver le coup !
-Rabb, c’est la sécurité du pays entier qui est en jeu !
-Je le sais bien ! Et c’est ce qui m’inquiète ! Nous n’avons aucune piste, ni de qui a pu faire cela, puisque vous refusez de nous le dire, ni de où ils peuvent détenir le commandant et son second. De plus, tant que la neige tombe, nous ne pourrons quitter la ville. La question est donc réglée pour l’instant. Coates et Tiner vous assisteront et je superviserai leur travail de près, mais je leur fais confiance. S’il est possible de trouver, ils trouveront !
Il se tourna ensuite vers la Secrétaire d’Etat, tournant le dos à un Clayton Webb médusé :
-Madame, je me suis déjà clairement exprimé quant à ma participation à cette commission d’enquête. Ce n’est pas de mon ressort.
La politicienne retrouva rapidement son aplomb :
-Mais Amiral Rabb, vous êtes le meilleur ! Et vos subordonnés sont occupés avec cette affaire d’enlèvements… Vous devez leur donner un coup de main ! Et puis… Cela pourrait m’inciter à augmenter considérablement le budget prévu cette année…
-Madame, cette proposition ressemble fort à du chantage !
-Oui Amiral, mais c’est à prendre ou à laisser !
Il réfléchit rapidement, jeta un coup d’oeil au Capitaine Coates, qui l’encouragea silencieusement. Oh et puis un peu d’action ne me fera pas de mal ! Après tout, mon ancien poste me manquait, je vais avoir l’occasion de retrouver le terrain !
Il acquiesça donc en soupirant :
-C’est d’accord, je m’occuperai personnellement de cette affaire. Mme Latham peut compter sur moi… Mais maintenant, je vous prie de m’excuser, mais j’ai un rendez-vous important avec un vieil ami…
Sans ajouter un mot, il sortit, prévint Singer de son départ et se dirigea vers sa voiture. Son père l’attendait, ainsi que l’Amiral Boone… Et Sarah… Dans moins de deux heures et demie maintenant, il allait la revoir ! Comme il avait hâte de la serrer à nouveau dans ses bras, de l’embrasser… Pourvu qu’elle ne lui en veuille plus ! Coupant court à ses pensées galopantes, il mit le contact et démarra en douceur vers son destin, qui l’attendait au pied d’un Mur, empreint de souvenirs…

17 h 20 Domicile des Roberts

Chloé tomba sur la messagerie de l’Amiral Rabb, elle se dit que ce dernier devait déjà être en route pour le Mémorial. Elle partit rejoindre Charles pour discuter dans le bureau. Elle souhaitait faire le point avec son ami sur ses sentiments, mais aussi sur le chambardement que la rencontre Sarah Harm allait engendrer dans leur vie et dans celle du petit Thomas.

Harriet, Bud et Sergei étaient dans la cuisine, ils buvaient un café en silence, chacun étant plongé dans ses pensées.

Les enfants Roberts étaient au salon, ils visionnaient un dessin animé.

Sarah et Tom étaient montés dans la chambre d’amis des Roberts afin de pouvoir s’entretenir au calme. Le cœur de Tom battait la chamade tant le petit garçon était impatient de savoir qui était son vrai père. Le moment était venu pour Sarah de vaincre ses peurs et de révéler à Tom qui était son vrai père. Mais comment protéger ce petit ange des réactions de son papa. Elle ne voulait pas que son fils souffre autant qu’elle avait souffert des réactions d’Harm.

– Tom ….tu sais que Charles n’est pas ton vrai papa, dit-elle la voix tremblante d’émotions et d’anxiété.
– Oui maman !
– Et bien …. Ce soir…tu vas faire la connaissance de ton papa, il va venir ici pour passer le réveillon avec nous. Il s’appelle Harm…Harmon Rabb Junior.

Le petit garçon buvait les paroles de sa maman, ce soir, il allait connaître son papa, une multitude de questions se bousculaient dans sa petite tête et il ne savait par laquelle commencer.

– Tom, ton papa ignore que tu existes. Il se peut qu’il soit surpris d’apprendre ton existence et que dans un premier temps il soit un peu distant avec toi.
– Maman, tu crois qu’il va m’aimer mon papa ?
– Il faudra lui laisser un peu de temps afin que vous puissiez faire connaissance mon chéri, mais comment ne pas aimer un petit ange comme toi, dit-elle en souriant.

– Tu l’aimes encore mon papa ?

Sarah fût surprise par la question de Tom, elle ne savait que répondre à son fils. Bien sur qu’elle l’aimait encore son flyboy mais lui l’aimait-il encore ? Devant le mutisme de sa mère, Tom posa une autre question.

– Et nous allons vivre avec lui maman ?
– Je ne sais pas Tom … peut-être….peut-être, dit-elle bien songeuse.

On frappa à la porte et cette dernière s’ouvrit sur Sergei.

– Excusez-moi, mais il faut que nous partions Sarah, sinon nous risquons de manquer mon frère.
– J’arrive Sergei. Tom, je suis obligé de partir mais je reviens vite et nous finirons cette conversation, tu seras sage, dit elle en déposant un baiser sur le front de son fils.

Sarah pris son manteau et partit rejoindre Sergueï dans la voiture.

Tom dévala l’escalier à la suite de sa mère et fila rejoindre les enfants Roberts au salon. Il ne vit même pas Harriet et Bud qui se dirigeaient vers le salon.

– AJ ! AJ ! Mon papa va venir ce soir !! dit-il tout excité par les révélations de sa mère.

*************************************************************************************C’est ici qu’intervient l’épisode intitulé « Rendez-vous au Mémorial : neuf textes, neuf versions de la rencontre Harm-Mac que nous intercalons ci-dessous**

LE MEMORIAL 1/Midship

24 Décembre 2012, 18h05 Mémorial des Vétérans du Vietnam, Washington DC

Quand elle arriva au bout de l’allée, elle réalisa qu’elle venait de courir depuis sa voiture mais elle s’arrêta net en proie à la panique ; ce n’était rien de dire que tout se bousculait dans sa tête, la joie, l’angoisse, la peur, et même de la colère, contre elle-même, contre lui, contre…

De loin, elle devina sa haute silhouette, son pouls s’accéléra, et elle crut qu’elle ne pourrait pas continuer. Son cœur lui battait littéralement dans la gorge ; mon Dieu, Harm ! Harm……son prénom murmuré pour elle-même lui fut à la fois douleur et douceur.
Elle se reprit : les dernières cartes qu’elle avait… et se dirigea vers lui, puis s’arrêta de nouveau.
Et là, elle oublia tout ce qui n’était pas lui !

A quelques dizaines de mètres d’elle, dans un geste qu’elle lui connaissait bien, Harm effleurait des doigts le nom de son père ; devant ce Mur, il était tout à la fois le petit garçon de cinq ans, tout fier dans un cockpit aux côtés de son père sur cette fameuse photo chez lui et un homme mûr, ému, qui se recueillait; il lui parut si fragile à ce moment qu’elle en fut tout attendrie.
C’est cet homme-là qui, depuis près de vingt ans, lui avait fait vivre les pires et les meilleurs moments de sa vie et comme avant, ne serait-ce que de loin, il la bouleversait. Il faut dire qu’il avait une sacrée allure… il était vraiment magnifique ! Mais ce qu’elle aimait par-dessus tout chez lui c’était sa droiture, sa fidélité à ses engagements, son dévouement à ses amis, sa sincérité, sa générosité, parfois son arrogance, – oui, même ça, trouvait grâce à ses yeux -, et au delà de tout ça l’homme sensible qu’il cachait volontiers par de l’humour, ou en se jetant dans l’action ; tout ça c’était Harm et ce n’était pas rien ! Allez, Sarah, c’est à toi de jouer, se dit-elle !

Derrière lui se tenait Tom Boone, l’homme qu’Harm estimait le plus, le compagnon de son père, celui auquel elle avait pensé quand il s’était agi de donner un prénom à leur fils nouveau né. Et ce fut Tom Boone qui se retourna et la découvrit ; il la regarda quelques instants sans bouger, elle le supplia du regard et se contentant de cligner des paupières en signe d’assentiment, il lui permit de s’approcher.

– Harm, dit-elle d’une toute petite voix… Harm, reprit-elle, c’est moi, Mac…et elle effleura la manche de sa redingote.

Il se retourna si lentement qu’elle se demanda d’où il revenait…et quand il réalisa qui se tenait devant lui, il posa sur elle un regard incrédule, presque douloureux, puis ses yeux détaillèrent son visage lentement, un léger sourire éclaira son visage et il fit un pas vers elle et sans parler, ils se retrouvèrent dans les bras l’un de l’autre.

Chacun pouvait sentir les battements du cœur de l’autre ; ils restèrent, sans voix, si longtemps, absorbés par l’intensité du moment qu’ils ne réalisèrent pas que Tom Boone s’était éloigné. Mac respirait à peine, la tête nichée dans l’épaule de Harm et ce dernier, bouleversé de joie, par l’irréalité de l’instant, ne pouvait rien dire ; cela dura quelques secondes, quelques minutes… tout bruit, tout mouvement autour d’eux semblaient avoir cessé. Enfin, il put articuler un mot, ses lèvres dans son cou :
– Sarah !

Cela sonna presque comme un sanglot et Mac, les yeux embués de larmes, se détacha de lui et le regarda à son tour ; Harm, Harmon Rabb Jr, avait les larmes aux yeux ! Tout comme lui, elle n’arrivait pas à dire un mot. Il n’y avait que leurs regards s’accrochant l’un à l’autre, éperdument, comme pour se persuader que cela ne cesserait jamais.

Enfin, il parvint à se ressaisir et à lui adresser un sourire timide :
– Un coup de baguette magique de la bonne fée Harriet, j’imagine !
– Oh, Harm… il fallait bien que je…
– Mac…
– Non, Harm, c’est à moi de …
– Allons, venez… viens, Mac, marchons, et donne-moi un peu de temps… dit-il en lui proposant son bras et en inclinant le visage vers elle, le regard plein de tendresse.
– Il faut encore que vous… que tu diriges tout, se moqua-t-elle
– Et comment !

Harm se réfugia en lui-même, le souffle court ; la main de Mac sur son bras, comme un fil ténu entre eux, ne pesait presque pas. Ce simple contact le troublait ; il était bien incapable de penser… ! Incroyable, c’était Mac, elle était là, et avec lui ! Il posa sa main par-dessus la sienne comme pour l’emprisonner et resta muet, longtemps.

La neige continuait de tomber et crissait sous leurs pas, mais ils n’en avaient cure, ils marchaient lentement et Harm regardait, pour une fois sans le voir, ce Mur si familier.

Mac, elle, respectait son silence ; émue, elle ressentait la chaleur du corps de Harm, c’était son point d’ancrage, dans cet instant tellement imaginé qu’il perdait toute réalité ce soir, le temps semblait suspendu mais tout à l’heure, il faudrait lui parler…cela l’angoissait mais elle se sentait heureuse, elle arrivait enfin à bon port. Restaient à franchir les dernières étapes.

Il s’arrêta, se tourna vers elle et, des deux mains, releva le col de son manteau d’un geste plein de tendresse. Ce geste d’une familiarité si inattendue de sa part lui fit venir de nouveau les larmes aux yeux.

Il essuya la larme qui perlait et elle commenta :
– La dernière fois que tu as fait ce geste, souviens-toi, c’était à ma soirée de fiançailles… quel gâchis !
– Mac !… Sarah, par où allons-nous commencer ?
– Sarah, Harm, c’est celle que tu as abandonnée…Pour le moment ce sera Mac, si tu veux bien ! Et… si on commençait par les choses qui fâchent, notre séparation il y a cinq ans ?
– Tu n’as pas perdu la main, Marine, … !
– Nous avons perdu beaucoup de temps !
– J’étais revenu faire amende honorable, Mac, et tu n’as rien voulu savoir ; tu ne peux pas t’imaginer comme j’ai regretté ton départ, par ma faute, oui, ma faute ! Comme j’ai souffert de ton absence ! Mais il faut que tu saches, cette nuit-là, ce n’est pas toi que j’ai quittée, oh non ! Quand je me suis réveillé en pleine nuit, ce bonheur, c’était trop fort, nous avions tellement attendu, il y avait tellement d’enjeu ; cela a été un instant de panique irrépressible et voilà… le lendemain je voulais te dire ‘oui, oui Mac, faisons la route ensemble’… et je me suis senti tellement coupable depuis ce jour que je n’ai jamais osé rompre le silence que tu nous avais imposé !
– Je ne souhaite à aucune femme de se retrouver seule, au petit matin, après une nuit magique avec l’homme qu’elle aime ! Si tu savais, matelot, quel abîme tu as entrouvert sous mes pieds !
– Mac, pourquoi es-tu ici, ce soir ?

Ils se tenaient au bord de l’allée, comme s’ils étaient seuls au monde ; chaque mot, ils le savaient, était important.

– Harm ! Harm !

18h 25 Mémorial des Vétérans du Vietnam, Washington DC

La voix les arrêta, ils reprirent pied, et le jeune Lieutenant de Vaisseau qui leur faisait face répéta :
– Harm, c’est moi, Josh !
– Josh ! mais…
– Amiral, Lieutenant Joshua Pendry, pour vous servir !
– Repos, Lieutenant ! Tu te souviens de Josh, Mac ?
– Bien sûr, comment ça va Josh ? Alors, tu y es arrivé à concrétiser ton rêve d’enfant…
– Il ne m’a jamais quitté…malgré certaines, disons, réticences…
– Et l’Aéronavale, comme ton père… félicitations, Josh ! et que fais-tu ici ce soir ?
– Je te cherchais, Harm, je me suis souvenu que chaque 24 décembre, tu venais ici pour retrouver ton père, j’ai appelé ton bureau et voilà : je voulais, enfin, te dire merci !
– Alors, raconte-moi ce que tu deviens, par où es-tu passé ? où es-tu affecté ?dis-moi tout !

La voix de Harm était pleine de chaleur, ses yeux brillaient en regardant le jeune officier, un sourire plein de sollicitude et comme de gourmandise éclairait son visage ; les questions, les réponses fusaient, et Mac tout à coup éprouva une drôle d’impression : elle regarda Harm, l’écouta parler avec le jeune homme qu’il n’avait pas revu depuis plus de quinze ans, et cette rencontre le métamorphosait.

Harm replongeait dans son passé.

Elle comprit qu’il voyait en face de lui son propre reflet à 25 ans mais après les instants qu’ils venaient de partager, elle ne put s’empêcher de ressentir un pincement au cœur, elle se sentit exclue et, furieuse contre elle-même, s’en voulut de cette pensée.

Et quand Josh prit congé, quelques minutes plus tard, le charme était rompu.
– ça alors, dit Harm, c’est formidable ! Josh et son rêve d’être pilote… ; je me rappelle…
– Harm, écoute ! je vais rentrer…
– Mac, voyons…, pourquoi ? Nous avons tellement de ch…
– J’ai besoin … je ne sais pas…d’un peu de temps, c’est trop pour moi.
– Mac, s’il te plaît ?
– Nous nous revoyons tout à l’heure, Harm, la soirée n’est pas finie, dit-elle doucement, en le regardant gravement dans les yeux.

Elle se rapprocha de lui, se mit sur la pointe des pieds, prit son visage entre ses mains avec tendresse, déposa un baiser sur sa bouche et… partit presque en courant ; elle se vit faire et pensa : « Oh, mon Dieu, Sarah, tu fuis encore ! ».

LE MEMORIAL 2/Angel

18h20, Mémorial des Vétérans du Vietnam, Washington DC

Mac sortit doucement de la voiture et marqua une pose quand le froid glacial de Washington la transperça. Par chance elle avait réussi à trouver une place à deux cent mètres à peine du Mémorial. Elle enfonça vigoureusement ses mains dans les poches se son manteau et commença à marcher dans la neige qui recommençait à tomber sur la Capitale. Elle n’était plus qu’à une trentaine de mètres du mur de marbre quand elle s’arrêta de nouveau. Lentement, elle laissa son regard balayer le monument, la foule était au rendez-vous en ce soir de réveillon, des civils bien sûr, mais surtout des militaires.
Soudain elle le vit, ou plutôt elle reconnut sa stature imposante. Combien de fois avait-elle cru apercevoir cette carrure si parfaite et rassurante ces dernières années ? Elle en avait perdu le compte, mais cette fois-ci, elle en était certaine, l’homme qui se trouvait là était bel et bien Harmon Rabb junior ! Discrètement, elle se posta derrière lui, à peine deux mètres les séparaient maintenant, mais elle se sentit tout à coup incapable d’avancer plus. Elle resta là, en silence à l’observer, la casquette qu’il portait empêchait Sarah de distinguer son visage, cependant elle pouvait facilement imaginer la petite ride entre ses deux sourcils, cette petite imperfection qui apparaissait sur le beau visage de son ex-partenaire à chaque fois qu’il repensait à son père.
La boule d’angoisse qui c’était formée plus tôt dans la journée au creux de son estomac lui donnait maintenant l’impression d’étouffer, elle n’avait qu’une envie : prendre ses jambes à son cou et fuir le plus loin possible, oublier toute cette histoire, oublier les raisons de son retour et surtout, oublier cet homme qui l’avait fait tant souffrir ! Cependant, elle demeurait là, immobile, incapable du moindre mouvement ; elle avait si peur d’avoir mal encore une fois…
Soudain ,il lui sembla que la terre s’écroulait sous ses pieds, il avait senti sa présence, elle le savait, il avait eu comme un léger sursaut et s’était raidi instantanément, elle savait que c’était maintenant, ce moment tant redouté qui allait peut-être décidé de leur destin…

* * *

Harm était resté figé devant l’imposant mur depuis que Tom Boone l’avait laissé. En ce jour si spécial pour lui, l’Amiral Rabb repensait à des milliers de choses, les souvenirs affluaient dans sa tête au point qu’il n’arrivait plus à les trier. Il y avait bien sûr des souvenirs de lui enfant avec son père, mais aussi des souvenirs de son ex-coéquipière et meilleure amie, Sarah Mackenzie. Comment avaient-ils pu en arriver là il y a cinq ans ? Il n’en avait pas la moindre idée. Ou plutôt si, il savait très bien qu’il en était la principale raison, lui et son maudit ego de pilote allié à sa peur de l’amour, comment avait-il pu la laisser partir ? Comment avait-il pu la perdre sans se battre ? Lâcheté, c’est le seul mot qui lui vint à l’esprit ; tu n’es qu’un lâche Rabb !
Doucement, il passa sa main sur le monument de marbre pour dégager la neige des lettres dorées qui formaient le nom de son père, et alors qu’il lançait une prière silencieuse vers ce dernier, il la sentit… Elle était là, il en était persuadé, comme une provocation, sa douce odeur vint caresser ses narines, créant ainsi un frisson de désir le long de la colonne vertébrale du pilote. C’était maintenant, il le savait, c’était maintenant que sa vie allait peut-être retrouver un sens…

* * *

Toujours incapable du moindre mouvement, Sarah le vit se retourner doucement. Quand elle reconnut son visage après ce qui lui sembla être une éternité, son cœur manqua un battement ; comment avait-elle pu croire un seul instant avoir tiré un trait sur lui ? Il était là, devant elle, et alors qu’elle se persuadait depuis cinq longues années qu’il ne pouvait plus l’atteindre, aujourd’hui elle se sentait comme une enfant perdue devant cet homme…
Il était toujours aussi beau dut-elle admettre… Et ce regard… Il l’a regardait avec une telle intensité qu’elle avait l’impression de fondre comme neige au soleil, tous ses remparts semblaient s’effondrer les uns après les autres quand il l’a regardait comme cela. Et cette lueur… cette lueur dans ses yeux qu’elle n’avait vu que quelques fois par le passé, comme ce soir-là sous le porche de l’Amiral à sa soirée de fiançailles ou comme cette nuit qui avait changé leurs vies… Cette lueur lui faisait peur de nouveau, elle avait peur d’y lire du désir…

* * *

Lentement, Harm se retourna. Quand il la vit enfin, il crut défaillir, il était tout à coup incapable de faire ou dire quoique ce soit, lui, le brillant avocat, maintenant Juge Avocat Général se retrouvait une nouvelle fois déconcerté par son ex-partenaire. Seuls ses yeux semblaient vouloir répondre à son cerveau, alors il les laissa faire. A une époque, il aurait eu honte de la regarder ainsi, mais elle lui avait tant manquée qu’il s’en moquait, il avait besoin de se persuader qu’il ne rêvait pas ; qu’elle était bien là, qu’elle était revenue…
Après quelques secondes à redécouvrir son corps du regard, il vint poser ses yeux dans les siens. Il devait se rendre à l’évidence ; elle n’avait pas changé, elle était toujours aussi belle, peut-être même plus d’ailleurs… Et cette constatation, lui fit une fois de plus regretter d’avoir été si lâche ; comment avait-il pu survivre cinq ans loin d’elle alors qu’il la désirait plus que tout au monde ?

* * *

Voilà plusieurs minutes maintenant qu’ils s’observaient sans rien dire, juste à essayer de retrouver le courage qu’ils avaient perdu au fur et à mesure que la journée passait, quand ils bougèrent enfin. Comme dans un accord silencieux ou alors par simple coïncidence qui trahissait la complicité et la complémentarité qui les avait liés à une époque maintenant révolue, ils avancèrent d’un pas et s’étreignirent en silence.

Sans réfléchir, Sarah se laissa porter par son désir de le sentir de nouveau contre elle. Doucement, elle se nicha dans ses bras puissants et ferma les yeux. L’espace d’un instant elle oublia tout et s’abandonna à cette étreinte. Elle était si bien dans ses bras, elle avait l’impression de revivre, comme si, enfin, elle avait fini par trouver ce qu’elle cherchait désespérément depuis toutes ces années. Elle devait l’admettre, Harm était le seul à avoir un tel impact sur elle et pour cela elle lui en voulait. Elle lui en voulait parce qu’en un regard il pouvait la rendre plus vulnérable et fragile que jamais alors qu’en une étreinte il pouvait l’envoyer voler à des milliers de kilomètres. Elle lui en voulait parce qu’elle avait beau essayer, elle savait très bien qu’elle ne pourrait jamais l’oublier, son cœur appartenait depuis bien longtemps à ce pilote et il lui appartiendrait toujours, elle n’en avait plus de doutes. A cette pensée, elle ne put retenir ses larmes.

* * *

Toujours figé et muet, l’Amiral Rabb se sentit tout à coup terrorisé à l’idée de la voir disparaître de nouveau, alors, comme poussé par cette peur, il avança d’un pas vers la jeune femme et lui offrit ses bras sans un mot. D’abord douce, leur étreinte se fit plus forte et possessive au bout de quelques secondes, on aurait cru que leurs vies en dépendaient… c’était d’ailleurs peut-être le cas…
Le cœur de Harm battait à tout rompre, et quand il sentit le souffle chaud de Sarah dans son cou il cru devenir fou. Comment avait-il pu faire une telle erreur ? Comment avait-il pu imaginé qu’il faisait ça dans leurs intérêts à tous les deux, dans le seul but de la préserver ? Aujourd’hui, cela devenait une évidence à ses yeux : ce soir-là, il avait commis la plus grosse erreur de sa vie ; celle de blesser au plus profond de son âme la femme qu’il aimer. Et c’est comme pour lui rappeler cela que le son des larmes de Sarah vinrent le sortir de ses pensées…

* * *

Lentement, Harm se dégagea de Sarah pour regarder son visage maintenant couvert de larmes, cette vision lui faisait beaucoup plus mal qu’il ne voulait le montrer et ce, tout simplement, parce qu’une fois de plus il en était la raison. Alors, c’est avec une tendresse infinie que le pilote effaça ses larmes à l’aide de son pouce et rompit le silence.

– Ne pleure pas… c’est signe de faiblesse.

Surprise de la douceur extrême dans la voix de son ex-partenaire, Sarah fut tentée de sourire à cette remarque, mais Harm n’avait que trop raison.

– Peut-être que je suis faible ce soir…

Ne sachant quoi répondre à cet aveu, l’Amiral Rabb préféra changer de sujet.

– On marche un peu ?
– Oui.

Dans une entente silencieuse, les deux amis commencèrent à marcher dans les jardins du Mémorial. Harm regardait la neige tomber, Sarah, elle, de son côté, sentait ses nerfs lâcher, elle avait sous-estimé l’impact qu’aurait cette rencontre sur elle et elle se sentait maintenant perdue entre la haine qu’elle éprouvait envers Harm pour l’avoir fait tant souffrir et son amour pour lui qui était réapparu comme par magie à l’instant même où elle avait croisé son regard. Finalement, elle décida de briser la glace du silence en entamant la conversation, qui, elle l’espérait lui ferait oublier ses interrogations.

– Alors, Juge Avocat Général ça fait quoi ?

Harm fit mine de réfléchir à la question, il savait très bien ce que cela représentait pour lui : une très grande fierté. Cependant, il décida de répondre avec légèreté, histoire de peut-être apaiser l’atmosphère.

– Disons que, ça fait des explications en moins à donner quand on tire dans le plafond d’un tribunal !

Sa plaisanterie n’avait pas eu l’effet escompté, Sarah ne semblait même pas avoir écoutée sa réponse, elle était ailleurs, l’Amiral Rabb l’avait sentit dans le ton de sa question, elle avait quelque chose sur le cœur, il en était persuadé. Il en conclu donc que le moment était venu, il avait espéré que peut-être, le temps lui aurait simplifié la tâche, qu’ils n’auraient pas à reparler de cette nuit-là, mais il devait se rendre à l’évidence : cinq longues années loin l’un de l’autre n’avait pas suffi à Sarah pour panser ses blessures et il ne s’en sentit que plus coupable. Doucement, il attrapa le bras de Mac pour lui faire signe qu’il voulait arrêter de marcher. Devant le regard surpris de la jeune femme il s’expliqua.

– Je te connais assez pour voir que tu es contrariée Sarah, dis-moi pourquoi ?

Cette fois, s’en fut trop pour la jeune femme outrée de cette remarque de la part du pilote, comment osait-il lui demandait ce qui n’allait pas ? Lui qui était la principale raison de son malaise. La colère montait en flèche chez Sarah Mackenzie et elle ne put se retenir plus longtemps, elle laissa exploser sa rage contre lui et le gifla violemment.
De nouveau, les larmes inondaient le visage de Sarah alors que Harm restait planté devant elle, une marque rouge ornant sa joue gauche. Quelques secondes passèrent, et c’est avec hésitation que le marin prit la parole.

– J’ai peur d’en connaître déjà la raison mais… pourquoi ?
– … pour être parti cette nuit-la…

Sans attendre la réaction d’Harm, Sarah le contourna et commença à marcher à toute vitesse vers sa voiture. S’en était trop pour elle, elle devait partir, elle avait besoin d’être seule, mais c’était sans compter sur l’obstination de son compagnon : elle n’avait pas fait trente mètres que déjà elle entendait les pas du JAG courant dans la neige derrière elle. Cependant, elle n’avait pas l’intention de le laisser lui faire du mal encore une fois, alors elle accéléra, jusqu’au moment où la voix du pilote la bloqua sur place ; il avait crié son nom, ou plutôt hurlé, oui hurler convenait mieux pour décrire ce « Sarah » lancé si fort que toutes les personnes présentent dans les cents mètres à la ronde s’étaient retournés vers eux. En quelques secondes Harm était arrivé au niveau de la jeune femme restée immobile, elle était toujours de dos, mais il pouvait facilement imaginer les larmes couler à flot sur son beau visage. Calmement, il reprit son souffle et commença à s’expliquer alors que des dizaines de paires d’yeux étaient toujours tournées vers eux.

– Pardon… je te demande pardon…

Sarah en avait plus qu’assez de cette petite danse, elle n’avait qu’une envie : partir le plus loin possible de cette homme ! Cependant, il avait le droit de s’expliquer, alors elle le laisserait s’expliquer, mais ce serait la dernière fois. Elle se retourna subitement pour lui faire face, et alors qu’elle le fusillait du regard, elle lâcha toute sa colère dans ses paroles.

– Pardon pourquoi ? Pour ne pas être rester jusqu’au petit déjeuner ? Pour ne pas avoir laisser de mot expliquant que je n’étais pas assez blonde pour toi ? Ou pour ne pas avoir était capable de garder ton pantalon ce soir-là ?

Harm était blessé par les paroles de Mac, incapable de répondre quoique ce soit devant tant de haine à son égard. Comment avait-il pu lui faire autant de mal ?
Sarah, quant à elle se sentait comme soulagée d’un poids, cependant une partie d’elle restée déçue, déçue de voir qu’Harm n’avait rien a répondre à cette attaque, alors, lentement elle se retourna prête à rejoindre sa voiture. Mais une nouvelle fois, c’est la voix du pilote qui la stoppa.

– Pardon d’avoir était lâche au point de te laisser croire que tu n’étais la femme que d’une seule nuit…
– …
– … pardon de ne pas avoir eu le courage d’écouter mon cœur…

Sarah ne savait plus si elle rêvait de nouveau ou si tout cela était bien réel, doucement elle se retourna pour voir le visage de son compagnon et quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit que lui aussi pleurait. Tout les gens qui les observaient depuis le début de la scène semblaient eux aussi émus et ils le furent tous encore plus quand Harm reprit.

– Je te jure Sarah, que depuis tu es partie, depuis que tu as quitté ma vie il y a cinq, il ne c’est pas passé une seule journée sans que je ne regrette de ne pas avoir eu le courage de rester cette nuit-là… et de t’aimer comme tu le méritais…
– …
– Pourras-tu me le pardonner un jour ?

Mac était confuse par tant de franchise de la part d’Harm, cela lui ressemblait si peu… Elle était maintenant partagée entre l’envie de lui sauter au cou pour accepter ses excuses et celle de le gifler de nouveau pour le faire souffrir autant qu’elle avait souffert ces dernières années. Tout aller trop vite à son goût, elle était revenue à Washington pour Tom et non pour se laisser une nouvelle fois séduire par ce beau parleur de pilote ! Elle devait réfléchir. Aussi elle décida qu’il était temps pour elle de partir, elle le reverrait plus tard, pour l’instant elle devait être seule, elle avait besoin de temps.

– Je ne sais pas si je peux te pardonner Harm, je ne sais même pas si un jour je pourrais oublier la souffrance que j’ai éprouvé ce matin-là quand j’ai senti ces draps froids à côté de moi…
– Alors, qu’est-ce que je dois faire ?
– … laisse moi du temps…
– … très bien, si tu as besoin de temps, je t’en laisse et je te promets que j’attendrai…
– … je dois y aller maintenant… j’ai quelques affaires à régler avant la soirée, je suppose que je te retrouve au Mac Murphy’s ?
– Oui, on se retrouve là-bas…
– A tout à l’heure alors…
– A tout à l’heure Sarah.

Mac avait déjà tourné les talons quand elle sentit la main d’Harm saisir son bras. Sans qu’elle n’ait le temps de réagir, les lèvres du pilote avaient pris possession des siennes. Leur baiser, qui avait le goût de leurs larmes, ne dura que quelques secondes, mais c’était suffisant pour comprendre que rien n’était perdu entre eux. Quand ils se séparèrent, Sarah entendit à peine Harm lui murmurer un faible « merci », aussitôt elle s’empressa de le questionner.

– … pourquoi ?
– … pour être revenue…

Sans ajouter quoique ce soit, Harm recula de quelques pas, fixant toujours Sarah dans les yeux. Ils s’éloignèrent ainsi l’un de l’autre sans se lâcher du regard, comme pour se persuader qu’ils n’avaient pas rêvé, s’assurer qu’ils ne se disaient pas une nouvelle fois adieu. Quand il eut définitivement disparu dans la nuit de Washington, Sarah reprit son chemin vers sa voiture, une sensation de bien être l’accompagnant : tout n’était peut-être pas perdu.

LE MEMORIAL 3/Revedefer

24 Décembre 2012, 18 h 08 dans la voiture de Sarah Mackenzie.

La neige avait redoublé d’intensité et un épais manteau blanc couvrait le sol. Mac et Sergueï arrivaient au Mémorial. Le trajet avait paru une éternité à Mac, elle avait repassé en boucle cette fameuse nuit, il y avait cinq ans, et surtout son réveil : terrible ! Seule au monde dans cet appartement devenu d’un coup trop grand pour elle. Pourquoi Harmon Rabb Junior avait-il fui comme un lâche, sans un mot, sans aucune explication ? Et leur dispute, le lendemain chez les Roberts, quel fiasco, vraiment rien n’avait jamais été simple entre eux. Sergueï avait bien essayé de discuter pendant le trajet, mais devant le mutisme de Mac, il s’était contenté de conduire en silence.

Les deux amis arrivaient sur le parking, il y avait quelques véhicules de garés, mais Mac n’aperçut pas la corvette d’Harm. Mais en cinq ans, il était possible qu’Harm ait changé de véhicule et que beaucoup d’autres choses aient changé.

18 h 12, devant le mur, Mémorial des Vétérans du Vietnam, Washington DC.

Harm et Tom Boone étaient arrivés là, il y a quelques minutes de cela et les deux hommes repartaient pour se préparer pour la soirée ; quand il sembla à Harm que c’était Mac qui arrivait en face ? Mais avec toute cette neige qui tombait et la réverbération de l’éclairage public, ses yeux devaient le trahir. Que serait-elle venue faire là ? A moins que Sarah, ne souhaite lui parler seul à seul. Le pouls d’Harm s’accéléra, ses mains devinrent moites malgré le froid intense, il se frotta les yeux, non, il ne rêvait pas c’était bien elle. ‘Sarah’, murmura-t-il.

Comment oublier cette silhouette magnifique qu’il aurait reconnue entre mille, cette démarche de déesse ? Comment oublier l’être aimé, l’être vers qui était dirigées toutes ses pensées depuis cinq ans ? Comment oublier leur seule nuit d’amour ? Le cœur d’Harm s’emballa de plus belle, il crût qu’il allait exploser tellement il battait vite et ses jambes faillirent céder sous lui……….Sarah ! N’était pas seule, elle marchait, bras dessus dessous avec un homme. Harm avait bien imaginé que Sarah pouvait refaire sa vie, mais là ! Aujourd’hui ! Ici ! Non c’était trop dur ! La revoir, espérer, puis la perdre à nouveau si vite, non ! Sarah voulait lui faire payer sa fuite d’il y a cinq ans. Harm était toujours perdu dans ses pensées quand une voix familière le fit redescendre sur terre.

– Bonjour, frangin ! Bonjour, Amiral !

Harm réalisa soudain que l’homme qui accompagnait Sarah, c’était Sergueï, son frère ! Frère qu’il n’avait pas revu depuis quatre ans. Non ! Sarah, n’avait quand même pas fait sa vie avec lui ?

Au même moment

Sarah appréhendait la rencontre avec Harm et elle fut tout heureuse d’accepter le bras de Sergueï pour se rendre au mur. Il y avait la neige au sol et ses jambes étaient en coton et sans Sergueï, Mac aurait fui, elle serait repartie chez les Roberts. Elle n’osait regarder devant elle, elle ne savait comment son corps réagirait en le revoyant après ces cinq longues années. Sarah entendit Sergueï parler, elle leva les yeux et il était là devant elle, à quelques centimètres, si près et pourtant si loin, encore plus beau que dans ses souvenirs, plus grand, plus charmeur, plus tout….. Et le cœur de Sarah s’emballa, le sang lui tapait dans les oreilles, elle sentit les larmes couler sur son visage, elle était dans un état second. Sarah était incapable de bouger, elle n’entendit pas les hommes échanger quelques paroles de bienvenue. Il fallut que Sergueï lui presse l’avant-bras pour qu’elle atterrisse.

– Oui….Sergueï ? Vous allez bien Sarah ? demanda Sergueï, légèrement inquiet de l’attitude de la jeune femme.

– Oui…Oui….. Comment allez-vous Amiral Boone…et…vous ….Harm ? jamais ce prénom ne lui avait paru aussi dur à prononcer. Sarah était décontenancée et ne savait trop que faire et dire. Il était là devant elle, elle n’avait qu’un seul désir maintenant : se blottir dans ses bras, sentir ses bras l’enlacer, respirer son odeur, goûter ses lèvres, être seule avec lui comme cette fameuse nuit, seule pour toujours avec lui.

– Bien, Sarah ? Vous permettez que je vous appelle Sarah ? demanda l’Amiral Boone un peu gêné de se trouver là : il avait remarqué les larmes aux coins des yeux de l’ex-Marine et le changement d’attitude de son ami Harm.

– Oui, bien sûr, Amiral.

– Pas d’amiral entre nous, Sarah, appelez-moi Tom !

Dans le même temps, Tom Boone, prit Sergueï par le bras et il l’entraîna en direction du mur, pour que Sergueï puisse se recueillir devant le nom de son père et laisser ses deux amis enfin seuls.

– Bonjour…Sar…Mac. Harm ne savait que dire que faire. Devait-il la prendre dans ses bras, lui parler, lui ouvrir son cœur….

– Bonjour….Harm.

Les deux anciens amants étaient là à se regarder et à ne savoir que dire. Tous deux étaient heureux d’être là, et ils restèrent ainsi de longs instants, incapables de se parler, aucun d’eux ne se rendit compte que le vent venait de se lever et que la neige avait redoublé d’intensité, le blizzard arrivait, comme il y a cinq ans cette fameuse nuit.

– Sarah ! Sarah ! Il faut que nous repartions chez Harriet et Bud avant d’être coincés ici par le blizzard, dit Sergueï

Cette simple phrase rompit le charme et Sarah et Harm reprirent pied.

Oui…Nous aussi nous allons repartir, …je vous reconduis Tom ? Nous nous retrouvons au Mac Murphy’s, Sarah ? demanda-t-il, tel un adolescent qui demande un premier rendez-vous à une fille, un léger tremblement dans la voix.

Oui Harm, avec grand plaisir, fit-elle, un sourire au coin des lèvres.

Les quatre amis retournèrent au parking sans un mot et chacun reprit son véhicule.

LE MEMORIAL 4/Audrey

18h00 Mémorial des vétérans du VietNam, Washington DC

De nouveau, il se tenait là… Depuis plus de 30 ans il venait ici chaque veille de Noël. Chaque année, il posait ses doigts sur le marbre, espérant un signe de son père, ou tout simplement pour être là, et le sentir près de lui. Son père avait été son héros pendant si longtemps… Son modèle aussi. Son amour des avions n’était pas venu du ciel… Les quelques souvenirs qu’il avait de son père lui revinrent en mémoire… Il ne l’avait pas beaucoup connu mais il lui semblait être très proche de lui… De plus, il savait que son amour n’avait pas été sans retour. Harmon Rabb Senior avait aimé son fils profondément, et cet hommage annuel était la moindre des choses, surtout qu’il lui faisait du bien de se retrouver seul un moment pendant cette soirée de fête. D’ailleurs, il avait quelques souvenirs heureux ici, comme lorsque Sergueï l’avait rejoint, conduit par Webb… Sergueï… Il réalisa soudain que cela faisait 4 ans qu’il n’avait pas revu son frère. Une éternité… Il décida de l’appeler le lendemain. Il y avait aussi la fois où il avait retrouvé cette chanteuse, qui lui avait avoué avoir rencontré son père peu avant sa disparition… Ce jour-là, il avait compris certaines choses sur son père. Notamment qu’il était humain et qu’il pouvait commettre des erreurs, malgré tout l’amour qu’il éprouvait pour lui et sa mère. Pourtant, par rapport aux autres années, cette soirée s’annonçait spéciale… Il allait revoir Mac, après toutes ces années passées loin d’elle. En s’arrêtant devant le nom de son père, il regretta que Tom Boone ne soit pas là. La neige et la maladie l’en avaient dissuadé. Il lui avait promis d’y aller le plus vite possible, avec lui.

18h02 Voiture de Mac

Enfin, elle était arrivée. Chaque instant passé avec lui au pied de ce monument imposant lui revint à l’esprit. Il se dégageait une telle force de ces pierres posées à la mémoire de ceux qui n’étaient plus là ! Elle savait qu’il se trouvait déjà là-bas : rien n’aurait pu le retarder, pas même les intempéries. Jamais il n’avait raté ce rendez-vous, et aujourd’hui, leur vie dépendait de ce qu’ils allaient se dire. Plus la confrontation approchait et plus son cœur se serrait. Mais elle devait le voir : ce n’était plus ni une envie ni un devoir, c’était devenu un besoin, irrépressible. Elle coupa le moteur et sortit dans la nuit froide, refusant de fléchir malgré ses jambes flageolantes.

Au même moment, au Mémorial

-Tu sais, papa, je vais la revoir ce soir… Je suis sûr qu’elle n’a pas changé. Elle m’a tant manqué ! Je n’ai pas cessé une seule minute de penser à elle. Dès que je ferme les yeux, son visage apparaît et elle me sourit… Ce que j’ai pu être stupide ! Attendre 5 ans sans essayer de la retrouver ! Mais elle a sa vie, et moi la mienne. Que pourrais-je lui dire après tout ce temps ? Si ce n’est que je ne suis qu’un pauvre imbécile…
Il se tut et posa la main sur la petite inscription dorée en fermant les yeux, inondant tout son être du calme environnant. Une voix douce, qu’il n’avait jamais oubliée, le fit sursauter :
-Joyeux Noël, Harm !
Il se retourna, n’osant croire ses oreilles. Et pourtant, elle se tenait là, face à lui, souriant timidement. Il la reconnut sans peine. Son beau visage n’avait pas changé, comme il l’avait supposé. Ils s’observèrent en silence, puis, comme le silence se faisait pesant, il répondit :
-Mac… Joyeux Noël !
Elle s’approcha, faisant un effort sur elle-même et il la prit dans ses bras, serrant fort contre lui son amie retrouvée. Le nœud qui bloquait l’estomac de Sarah depuis le matin se desserra. Elle le retrouvait tel qu’elle l’avait quitté. Malgré la distance et les années, rien n’avait changé entre eux. Après une longue étreinte, il demanda, sans pour autant lâcher ses mains, de peur qu’elle prenne la fuite… La fuite ? Mais mon pauvre Harm, c’est toi qui es parti, il y a 5 ans, ne l’oublie pas ! Se blâma-t-il :
-Que faites-vous ici ? Comment m’avez-vous trouvé ?
-Je voulais vous voir… Harriet m’a dit que vous seriez ici à 18 heures… Et me voici !
-Vous êtes resplendissante ! Murmura-t-il, ne sachant que dire face à sa soudaine apparition.
-Encore plus depuis que je vous vois, Harm…
Il ne pouvait détacher ses yeux de son amie. Combien de fois n’avait-il pas imaginé le scénario de cet instant ? Il devait lui expliquer :
-Mac… Cette nuit-là, j’ai agi comme un imbécile…
Elle lui coupa la parole, effrayée de voir recommencer ce petit jeu entre eux qui ne l’amusait plus depuis longtemps :
-Non, vous aviez raison… Ca n’aurait pas pu fonctionner entre nous… Nous sommes trop différents !
-Je n’aurais pas dû m’enfuir comme je l’ai fait ! Et lorsque j’en ai pris conscience, il était trop tard, vous aviez disparu… Je pensais que vous reviendriez…
Malgré elle, et par la force de l’habitude, Mac se contracta, retirant ses mains de la douce chaleur où il les avait emprisonnées :
-Pourquoi ? Parce que vous êtes irrésistible, Amiral ?
-Non… Non…
Il se rendit compte qu’elle lui en voulait toujours… Après cinq ans… Il comprit combien elle avait dû souffrir… Les larmes mouillèrent ses yeux. Décidément, il ne saurait jamais lui parler sans la blesser ! Dieu savait pourtant que ce n’était pas du tout son intention…
Elle le regardait toujours, partagée entre l’amour et la rancœur. Etait-il possible qu’ils reprennent tout à zéro ? Elle l’avait cru et maintenant, lorsqu’elle revoyait sa réaction à une phrase qui n’était absolument pas destinée à la blesser, elle se demandait comment ils feraient quand il faudrait parler de leurs véritables problèmes. Ne s’infligeraient-ils pas plus de mal qu’ils n’en avaient déjà fait ? Pourtant, les larmes dans les yeux de son ancien amant lui firent prendre conscience de celles qui baignaient son propre visage…
-Est-ce qu’il y aura jamais quelque chose de facile entre nous, Harm ? Questionna-t-elle dans un souffle.
-Je le voudrais tant, Sarah… Il y a une chose que je rêve de te dire depuis longtemps… Je te demande juste quelques secondes d’attention. Ensuite… Ensuite tu feras ce que tu voudras…
Intriguée, elle leva de nouveau vers lui son beau visage où se mêlaient la neige et les larmes :
-Qu’y a-t-il ?
-Sarah… Depuis cinq ans, ma vie a beaucoup changé… Je suis devenu Amiral, puis juge avocat général… J’ai beaucoup voyagé, j’ai vu des horreurs que je préférerais oublier… Cependant, une seule chose est restée identique, malgré toutes les épreuves… Où que j’aie été, quoi que j’aie fait, tu as toujours été avec moi. Et mon amour pour toi n’a jamais faibli… Pas une seconde je n’ai aimé une autre femme que toi… Sarah, je t’aime… Il est peut-être trop tard pour te le dire, et si c’est le cas, c’est ma faute et je m’en voudrais toute ma vie… Mais je veux que tu sois heureuse, quel que soit ton choix.

Elle ne put répondre, bouleversée à un point qu’elle n’aurait pas crû possible. Tout n’avait pas disparu entre eux, malgré ce qu’elle avait pu penser cinq ans auparavant, elle en était désormais convaincue. Toutefois, elle se détourna, repartant vers sa voiture. Elle lui lança, en s’éloignant rapidement, comme elle l’entendait la poursuivre :
-Ca va trop vite pour moi Harm… Je n’étais là que pour te revoir, pas pour ça… Laisse moi quelques instants. On se revoit tout à l’heure au Mac Murphy’s.
Il prit son bras et la força à se retourner. Lentement, il essuya ses joues :
-Permets-moi juste cela… Tu ne peux pas partir en pleurant… Je ne veux plus te faire pleurer. Plus jamais…

Alors, sans prévenir, elle se dressa sur la pointe des pieds et lui vola un baiser, priant pour que ce ne soit pas le dernier. Jamais elle n’avait ressenti un tel bonheur. Leur baiser se fit plus fort, plus passionné, comme ils se laissaient emportés par la magie du moment, insouciants du regard des autres. Elle fit un effort pour se détacher de lui, et le repoussa doucement, ses yeux toujours reliés aux siens.
-A bientôt, Harm…

Et elle partit dans le noir, suivant le Mur jusqu’au parking, sans même voir les gens qu’elle croisait et dont certains se retournaient sur son passage en voyant ses yeux noyés de pleurs. Tout comme eux, Harm la regarda s’éloigner. Ce n’était pas un rêve, elle était venue à Washington, au Mur, pour lui… Il secoua la tête pour reprendre ses esprits. Il n’aurait plus droit à l’erreur, il le savait. Car il ne se pardonnerait pas une nouvelle fois de la faire souffrir… Et elle n’était là que pour un soir… Noël… La nuit où tout est possible. Il repartit à grands pas, décidé à faire de cette soirée la plus belle de leur vie.

LE MEMORIAL 5/Sarah0076

18h00 Mémorial du Vietnam

Harm était seul depuis déjà quelques minutes. Tom Boone l’avait accompagné, comme convenu, et après avoir échangé quelques anecdotes, il avait laissé Harm à ses souvenirs. Harm avait passé des heures entières devant ce mur, à vivre dans le passé. Mais aujourd’hui, il voulait que tout cela change. Ce passé qui était le sien, avait trop envahi sa vie, ses rêves et ses pensées depuis l’âge de 5 ans.
En regardant le nom de son père gravé en lettres d’or, il se rappelait tous les moments passés auprès de Sarah.

Au même moment, Sarah avançait d’un pas incertain vers le Mémorial. Elle avait pensé à ces retrouvailles un millier de fois, s’imaginant tout ce qu’ils avaient à se dire. Depuis qu’elle avait fui Washington, elle avait beaucoup changé : la naissance de Tom, l’arrivée de Chloé en Caroline du Nord, son nouvel emploi loin de l’armée et puis Charles, il avait tellement fait pour elle et Tom…
En avançant vers le mur, elle aperçut une grande silhouette. Elle stoppa net, reconnaissant la carrure de son pilote, le moment tant attendu et tant redouté était arrivé. Elle inspira profondément et reprit sa marche. Arrivée à la hauteur de cet homme, elle s’arrêta à nouveau et resserra son manteau pour se réchauffer, le vent était glacial sur Washington à cette période de l’année, et se donner le courage de ne pas reculer et rentrer chez elle.

– bonjour, matelot ! dit Sarah d’une voix tremblante, telle était son anxiété face à cette rencontre.

Sarah songea que cela faisait des années qu’elle n’avait prononcé ces mots. Harm reconnut aussitôt sa douce voix. Jamais, il n’aurait pu l’oublier. Il détacha son regard du nom de son père pour poser ses yeux sur celle qui avait été autrefois sa partenaire.
Malgré les 5 années qui étaient passées, il la trouvait toujours aussi belle. Il lui trouvait quelque chose de différent qui adoucissait son visage, mais n’aurait su dire ce qui en était la cause.

– bonjour, marine !
– tu as l’air d’aller plutôt bien ! s’exclama Sarah en lui adressant un léger sourire.
– je te retourne le compliment Sarah, ajouta Harm en lui rendant son sourire.

Cela faisait pourtant 5 ans qu’elle ne l’avait pas vu, elle l’avait haï des journées entières et pourtant le simple fait qu’il lui sourit et l’appelle Sarah avait effacé le souvenir de toutes les larmes qu’elle avait versées à cause de lui. Sa simple voix prononçant son prénom lui avait toujours inspiré un profond bien être.

– je vois que tu es arrivé là où tu voulais. dit Sarah en indiquant les galons sur la veste de Harm.
– oui, j’ai eu ce que je voulais… enfin presque… répondit Harm, la voix emplie de tristesse et de remords.
– tu m’as manqué, Flyboy !
– toi aussi tu m’as manqué, Ninja Girl, il ne fallait pas t’enfuir !…

Aussitôt les mots sortis de sa bouche, il les regretta. Il ne savait plus quoi faire, en voyant le regard de Sarah devenir aussi noir que le charbon de bois. Il se sermonna intérieurement : « tu n’as pas pu t’en empêcher Darmon Rabb, tu ne l’as pas vu depuis plus de 5 minutes, et tu vas encore la perdre par ta maladresse ».

– je te demande pardon ? dit Sarah avec de la fureur dans la voix.
– excuse moi, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…

Harm essayait de rattraper tant bien que mal la situation, mais le visage de Sarah se refermait de plus en plus, ne laissant aucune place pour le pardon.

– tu me reproches d’avoir fui… Mais c’est toi, qui a fui ce matin la, et c’est toi, qui n’as pas assumé tes actes…
– je n’ai pas quitté l’état, moi ! répondit Harm, sur le même ton de colère.
– je crois que cette rencontre était une mauvaise idée… Au revoir Harm

Elle se retourna et voulut quitter cet endroit, fuir à nouveau cet homme. Elle commença à s’éloigner mais une main puissante attrapa son bras, et l’en empêcha. Sarah tourna rageusement la tête.

– lâche moi, Harm !
– non, il n’en est pas question ! Je t’ai laissé t’enfuir une fois… mais je ne commettrai pas deux fois la même erreur…

Il y avait tellement de conviction dans sa voix et ses yeux que Sarah resta muette, incapable de comprendre le sentiment qui animait Harmon Rabb Jr à cet instant. Harm reprit avec un peu plus de douceur dans sa voix :

– reste, Sarah… Je sais que beaucoup de choses se sont passées entre nous, j’en regrette certaines parfois, mais aujourd’hui, tu es de retour et l’espace d’un instant, j’aimerais retrouver la Mac d’avant, que nous puissions parler ensemble, comme nous le faisions dans le passé. Tu veux bien, Sarah ?

Il avait les mêmes yeux que Tom, lorsqu’il la suppliait pour avoir ce qu’il voulait. Et de la même façon qu’elle n’arrivait pas à dire non à son fils, elle ne pu résister à sa demande. Elle lui fit un hochement de la tête en signe d’approbation. Il relâcha son bras de l’emprise de sa main et la regarda durant un court instant. La rage qui l’animait, quelques secondes plutôt, avait laissé place à ce doux visage et ses yeux pleins d’étincelles qu’il avait gardés en mémoire durant toutes ses longues années d’absence.

A quelques mètres de là, une personne suivait chaque échange entre Harm et Sarah, très attentivement. Pendant de longues secondes, cet homme tapis dans l’ombre, avait hésité à se rapprocher, pour aller les rejoindre. Mais en y réfléchissant bien, il savait qu’ils avaient des choses à se dire et qu’il valait mieux qu’il les laisse tous les deux. Néanmoins, il ne pouvait se résoudre à quitter cet endroit. Il voulait savoir ce qu’il allait se passer. Et même s’il n’entendait que quelques bribes de phrases cela lui suffisait.

Harm et Sarah continuaient à discuter ensemble, ne se doutant pas un seul instant qu’ils étaient épiés.

– j’ai quitté l’armée, Harm. Enfin, je suis réserviste…

Harm ne pouvait croire ce qu’il entendait.

– comment cela est-il possible ? Personne n’était aussi fier que toi de porter l’uniforme des marines. Tu aurais donné ta vie pour cet uniforme. Que s’est-il passé, Sarah ?
-disons que mes priorités ont changé…
– je n’arrive pas à croire que quelque chose t’ait détournée de l’armée…
– il faut que je te dise quelque chose, Harm. dit Sarah sur un ton sérieux et grave.
– tu m’inquiètes, marine, que ce passe-t-il ?
– ce n’est pas facile à dire…
– tu sais que tu peux tout me dire.
– oui, je le sais. Et puis, je suis venue pour cela…

Harm resta interdit devant la réponse de Sarah, mais avant qu’il n’ait pu ajouter quoi que ce soi, son téléphone sonna. Harm ne bougea pas songeant toujours à ce que Sarah devait lui dire.

– tu devrais répondre, Harm, c’est peu être important.
– cela peut sûrement attendre…
-Harm, tu es le JAG, décroche ! Nous finirons notre conversation après.

Harm sortit son téléphone de sa poche et décrocha après avoir sourit à Sarah.

– Amiral Harmon Rabb !

Sarah sourit à l’évocation de son grade, Harm était devenu Amiral. Elle repensa alors à toutes les bêtises que son partenaire avait pu faire durant sa carrière, il avait sans doute été la cause d’un grand nombre tracas de l’Amiral Chegwidden. Ce nouveau poste l’avait sans doute rendu plus responsable, du moins elle l’espérait sinon les journées au JAG ne devaient pas être tristes, elle s’imaginait une séance de tir dans la salle d’audience…
Elle resta un peu à l’écart, pour laisser un peu d’intimité à Harm. Une fois la conversation terminée, il raccrocha et se tourna vers Sarah, une mine désolée au visage. Sarah comprit aussitôt ce qui allait se passer.

– tu dois y aller !
– je suis désolé, Sarah, mais c’était le JAG, ils ont besoin de moi pour régler une affaire et cela ne peut attendre.
– ne sois pas désolé. Je ne suis plus que réserviste, mais je connais toujours les impératifs que nous impose l’armée.

Cette femme le surprenait par sa compréhension. Dieu qu’elle lui avait manqué.

-aller, file Flyboy, sinon tu vas encore être en retard ! dit-elle en souriant.

Avant même qu’elle ne s’en rende compte, Harm la prit dans ses bras.
– merci, Sarah… merci de comprendre. On se revoit plus tard au Mac Murphy’s.
– bien sûr, Harm ! dit Sarah en lui rendant son étreinte.
– n’oublis pas que nous avons une conversation à finir, tu n’arrivera pas à te défiler, marine.
– je n’oublierai pas, matelot !

Harm relâcha son étreinte et déposa un doux baiser sur le front de Sarah.

– à plus tard, Sarah !
– à plus tard, Harm !

Sur cette dernière phrase, Harm quitta Sarah, sans oublier de se retourner pour être sur qu’il n’avait pas rêvé et qu’elle était bien de retour. Quant à Sarah, elle retourna au domicile des Roberts.

L’homme qui avait suivi toute la scène entre Harm et Sarah était toujours dans l’ombre. Il avança d’un pas et laissa la clarté éclairer son visage. C’était Charles…
Il avait surpris une conversation entre Chloé et Harriet et avait entendu que Sarah devait rencontrer Harm au Mémorial… A ce moment là, son cœur avait cessé de battre, ils allaient se retrouver tous les deux. Il fallait qu’il sache, qu’il les voit. Il avait prétexté une fatigue passagère et un besoin d’aller prendre l’air, pour pouvoir s’éclipser sans éveiller les soupçons. Après avoir pris un taxi, il s’était retrouvé là, derrière cet arbre.
Il avait attendu de voir Sarah et Harm s’éloigner, pour se diriger à l’endroit même où ils se trouvaient quelques minutes plutôt. Son regard se porta sur ce nom gravé d’or : « Lieutenant Harmon Rabb Sr. »

– tu as déjà son cœur, Harmon Rabb, mais fais attention si tu la fais souffrir encore une fois, tu auras affaire à moi… J’aime cette femme plus que ma vie elle-même, alors je ne te laisserai pas la détruire encore une fois et détruire

LE MEMORIAL 6/Megan

18h02 Mémorial des Vétérans

Les pneus de la voiture glissèrent doucement puis s’arrêtèrent sur le fin tapis de poudreuse qui se déposait déjà depuis quelques minutes. Un instant, elle regarda à travers la vitre, cherchant un peu d’apaisement dans la contemplation de la chute immuable des flocons… Mais, bien vite, ses yeux se fixèrent sur le reflet que lui renvoyait le plexiglas, reflet du visage d’une femme tourmentée, angoissée à la simple idée de revoir celui qui l’avait tant faite souffrir par le passé… et qui s’apprêtait peut-être encore à lui briser le cœur.

Harm.

Toutes ses années passées loin de lui revinrent soudain en mémoire et elle laissa aller son front contre le volant.

Harm…

Il lui avait manqué au delà des mots et maintenant qu’il n’était plus qu’à quelques mètres la distance lui paraissait infranchissable… Autour d’elle, la neige continuait de tomber, le vent se levait… et Sarah Mackenzie se mit à pleurer.

Il l’avait vu. Cette voiture sombre qui s’était arrêtée dans l’allée. Comment pouvait-il être aussi sûr que c’était bien la sienne ? Mystère. En tout cas, au plus profond de lui, il le savait. Elle était là. Peut-être lui avait-elle donné aussi un peu de son fameux sixième sens cette nuit là…

Ca ne lui arrivait que très rarement. Pour ainsi dire, jamais. Sauf peut-être lorsque Tom se mettait à sourire. C’était son héritage, son moi profond… C’était ce qui lui permettait d’avancer toujours, pliant, fléchissant mais encaissant les coups sans jamais rompre. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, Sarah avait baissé sa garde. Elle ne l’avait pas entendu s’approcher ni même ouvrir la portière. Ce n’est qu’au moment où il avait glissé ses bras autour de sa taille pour l’attirer à lui qu’elle avait compris : cette voix, cette chaleur, cet instant, elle les attendait depuis cinq ans.

Elle ne pouvait pas parler. Tout juste pleurer, le visage enfoui contre sa poitrine, accrochée à lui comme un naufragé à sa bouée alors qu’il caressait doucement ses cheveux pour essayer de la calmer.

– « Sarah, bébé… pardon, pardon… »

Qu’aurait-il pu dire de plus ? Toute cette attente, cette souffrance… par sa faute. Parce qu’il n’avait pas su la comprendre… pas su l’aimer. Les choses étaient-elles différentes maintenant ? Etait-il différent ? Peut-être. En tout cas il l’espérait. Et puisqu’elle avait eu assez de force pour revenir vers lui malgré la douleur, il se devait de le croire. Et de se battre. De se battre pour la garder cette fois…
Elle se détacha de lui, doucement. Plongea son regard dans le sien, pour comprendre. Ce qu’elle y lu la frémir toute entière… mais, patience. Patience et modération. Pas question qu’il lui échappe une fois de plus…

– « Harm… Il faut que… Il faut… »
– « Qu’on parle ? Oh oui Marines, je crois que c’est plus qu’urgent… »
– « Décidément… Toujours prêt à prendre les choses en main, à ce que je vois… »
– « Semper Fi ! Tu te rappelles ? »
– « Me rappeler ? Tu crois vraiment que ça peut s’oublier ? »
– « Non. Oh non… »
– « Mais pas tout de suite. Je crois que nous devrions… avancer prudemment. »

Entre temps, il avait saisi ses mains gantées entre les siennes. Ce regard… juste ce regard. Rien d’autre n’importait.

– « Retraite stratégique alors Marines ? »
– « Jusqu’à ce soir ? »
– « Jusqu’à ce soir. Le temps de définir nos positions de combat…»
– « D’ accord… »

Elle se glissa doucement par la portière restée ouverte et le regarda s’éloigner. A regret. Mais il le fallait. Elle avait encore tout un tas de choses à régler pour que le moment voulu plus rien ne s’interpose entre elle et lui… Et puis soudain, elle se releva et courut vers lui. L’attira contre elle et l’embrassa passionnément. L’ardeur qu’il mit à répondre à son baiser dissipa ses derniers doutes : le feu couvait encore sous la glace.

– « On se voit au Mac Murphy’s Matelot ? »
– « Au Mac Murphy’s. »

LE MEMORIAL 7/ Math42

18h00 Mémorial des vétérans du Vietnam, Washington DC:

Harm avait appréhendé cette rencontre toute la journée. Mais en réalité cela faisait dix ans qu’il se préparait à la revoir, à la toucher. Car depuis ce jour où Sarah Mackenzie avait quitté sa vie elle avait été encore plus présente dans son esprit. Que ce soit de voir une autre personne à sa place tous les jours dans son bureau. Ou bien le plus douloureux se rappeler la douceur de son corps, de sa peau durant ses longues nuits solitaires qu’il n’avait pu se résoudre à partager durablement avec une autre.
Sarah de son coté n’avait jamais cessé de penser à lui, malgré tout le mal qu’il lui avait fait, elle ne pouvait pas l’oublier, pas avec ses yeux bleus qui la fixaient chaque jour et lui rappelaient cette seule et unique nuit passée dans les bras de l’homme qu’elle avait tant désiré. Cette nuit qui n’avait cessé d’être le fruit des ses plus beaux rêves et à la fois de ses pires cauchemars.

Sarah s’avança donc vers le mur et lorsqu’elle aperçut la silhouette de celui qui avait été jadis son amant et ami elle crut que son cœur allait cesser de battre. Après avoir repris son calme, elle s’avança doucement. Peu avant d’arriver elle avait croisé Tom Boone qui repartait.
Sarah s’approcha de Harm, il était emmitouflé dans un manteau .Il avait conservé la même prestance, il n’avait pratiquement pas changé, il était toujours le même homme dont elle était tombé amoureuse la première fois qu‘elle l‘avait vu.
Une fois arrivée à sa hauteur, elle prit sa respiration et se lança.

– Il fait toujours…
Harm aurait pu reconnaître cette voix entre mille . Il ferma les yeux un instant, cette voix si apaisante qui lui avait tellement manqué pendant tout ce temps. Il pivota pour se retrouver en face d’elle; C’était comme dans ses rêves elle était toujours aussi belle. Immédiatement ils se dévorèrent du regard: Harm plongea dans ce regard noisette si particulier. Sarah, elle replongea avec délice dans ce regard bleu acier qui lui semblait si familier et pourtant si nouveau.

Harm était tellement ému qu’il ne put articuler que quelques mots avant de serrer longuement Sarah dans ses bras.
– Tu m’as tellement manqué !
Ils s’abandonnèrent tous les deux à cette étreinte et ils sentirent les traverser le même courant qu’il y a de nombreuses années dans une roseraie.
Sarah se retira doucement des bras de Harm et quand elle croisa son regard elle constata qu’il était sur le point de pleurer. Elle décida donc d’entamer la conversation d’abord sur des choses plus légères

– Alors comme ça, pilote, on a pris du galon ?
– Oui, mais le Jag a beaucoup changé depuis ton départ. Et toi, ta vie a dû changer en dix ans ?
Sarah n’avait absolument pas envie de parler de sa vie elle décida donc de ne pas orienter la conversation sur ce sujet.
– Oui, Harriet m’a dit Bud est parti pour un cabinet civil.
– C’est exact, et lui n’a pas l’air décidé à revenir au Jag.
– Je doute que lui ait été séduit par son associé. Et puis en ce temps-là je pensais que ma vie et ma famille était au Jag.
Harm rit péniblement, il savait qu’il allait à présent devoir à aborder le plus difficile: Expliquer son geste d’il y à dix ans.
– Pour moi, elle l’est toujours j’ai gâché ma seule chance d’avoir une famille il y à dix ans alors maintenant ma vie est synonyme de travail.
Sarah était surprise par tant de franchise de la part de son ex coéquipier. Elle décida néanmoins de voir jusqu’où il était prêt à aller cette fois-ci.
– Je suis sûre que tu aurais pu avoir une famille, ne me dis pas que les ailes dorées auraient perdu leur prestige?
Harm sourit puis plongea gravement son regard dans celui de Sarah.
– Non, mais j’ai laissé s’envoler la seule et unique femme avec qui je voulais construire un avenir.
– Peut-être mais pour construire quelque chose il faut rester plus d’une nuit non?
– Je sais Sarah, je, j’ai été pitoyable .J’ai agi comme un abruti, aucun mot ne pourrait qualifier mon attitude. Et aucun mot ne pourra excuser la douleur que je t’ai infligée. Mais je voulais que tu saches que depuis ce jour je me maudis chaque minute d’avoir fait cela. Si j’ai agi de la sorte c’est par peur de te perdre et c’est complètement idiot car au bout du compte c’est ce qui est arrivé. Et depuis ce jour j’ai été trop lâche pour essayer de te revoir, acheva-t-il en baissant la tête. Puis il se redressa et fixa son regard dans celui de Sarah.
Je sais qu’il est sans doute trop tard mais je voulais te le dire au moins une fois en face. Je t’aime, Sarah depuis ce jour à la roseraie et je n’ai jamais été foutu de te le dire.
Cette fois, elle en était sûre son cœur avait cessé de battre lorsque sa bouche avait prononcé ces mots.
Bien sûr, Charles lui avait dit un bon nombre de fois qu’il l’aimait, mais jamais elle n’avait ressentie de telles sensations. C’était indescriptible une telle sensation de bien être.
Autant qu ‘elle s’en souvienne, elle n’avait dit que très rarement à Charles qu’elle l’aimait depuis Harmon Rabb Junior ces mots ne voulaient plus sortir. Mais là, tout était si différent: une partie d’elle lui criait de se jeter dans ses bras et de tout reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Mais une autre partie encore meurtrie lui soufflait le contraire.
– Harm, écoute, je t’ai aimé plus qu’une femme ne pourra jamais aimer mais j’ai également pris la plus belle claque de toute ma vie. Et même si je sais très bien que malgré tout je t’aime encore il va me falloir un peu de temps
– Oui et je me doute bien qu’il y en à d’autres qui ont été moins idiots pour ne pas te laisser partir.
– Harm ce n’est pas la question mais simplement comme à chaque fois tu as le don pour dire ou ne pas dire les choses. Et je me retrouve tout le temps perdue.
Un long silence s’installa. Sarah tentait de savoir ce qu’elle allait faire de sa vie consciente qu’après cette soirée Harm en referait partie intégrante mais de quelle façon? Simplement en tant que père de Tom ou devait-elle lui redonner sa chance et qu’adviendrait-il de Charles? Toutes ces question tourbillonnaient sans réponse
– Harm, je vais repartir; on se voit tout à l’heure au Mac Murphy’s.
Sarah avait brusquement ressenti le besoin de voir son fils et de s’éloigner afin de faire le point.
– Oui, bien sûr. Je voulais juste que tu saches que je t’aime et que maintenant je ne reviendrai pas sur mes paroles. Je ne m’attends pas à ce que tu reviennes mais tu sais que je serai toujours là pour toi de n’importe quelle manière.
Sur ces dernières paroles il la prit dans ses bras et posa légèrement ses lèvres sur les siennes avant de regarder s’éloigner une Sarah Mackenzie plus déboussolée que jamais.

LE MEMORIAL 8/ Lotte

18 : 00 et quelques, au Mur

L’amiral Boone se recueillit devant le mur où figurait le nom de son compagnon d’armes et ami, tout en se remémorant toutes ces années dans l’armée avec le père d’abord puis avec le fils ensuite qui avait toujours fait honneur au nom qu’il portait, bien que ce soit parfois par des méthodes très peu militaires.

Alors qu’il retournait vers sa voiture laissant Harm en tête à tête avec son père, et le regard encore perdu dans ses souvenirs, il jeta un œil autour de lui et vit s’avancer une silhouette qui lui semblait familière sans d’abord la reconnaître. Ce n’est que lorsqu’elle s’approcha qu’il reconnut le beau visage un peu plus mature et les yeux chocolat de Mac, dont il avait jadis apprécié le sens de l’honneur et la détermination égale à celle de Harm.

Il n’avait pas revu la jeune femme depuis des années et il était heureux de retrouver un autre visage du passé.

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Mac se dirigeait rapidement vers le Mur, incapable de contenir les battements de son cœur.
Depuis qu’elle était partie de chez les Roberts une kyrielle d’émotions l’envahissait, de l’excitation à la peur, de la rancune à l’amour…. Elle ne cessait de tourner et retourner dans sa tête les souvenirs heureux et moins heureux de ses années au Jag et elle appréhendait tout autant qu’elle le souhaitait, les retrouvailles avec son complice d’alors.
Elle vit la haute silhouette de loin et elle eut alors l’impression que ses jambes ne la porteraient jamais jusque là bas.

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Alors qu’elle pensait qu’elle ne pourrait pas aller plus loin et qu’elle allait devoir l’attendre sur le chemin si elle ne voulait pas tomber, elle sentit une présence à ses côtés et reconnut le vieil homme qui s’approchait d’elle.
Et elle avait l’impression en retrouvant cet ami de Harm, de retrouver un peu celui-ci et de se rapprocher doucement mais sûrement de son passé.

– « Je ne m’attendais pas à vous trouver ici »

Ils avaient parlé en même temps.
Boone lui apprit qu’il venait de quitter Harm et lui demanda ce qu’elle devenait après toutes ces années.
Mac lui expliqua rapidement qu’elle était revenue pour fêter Noël avec ses amis, mais surtout pour retrouver Harm ; et submergée par l’émotion mêlée de crainte à l’idée qu’elle allait enfin clore un chapitre de sa vie qui durait depuis presque vingt ans, elle sentit les larmes rouler sur ses joues pour la deuxième fois de la journée.

Boone, déconcerté et ému par l’émotion de la jeune femme ne sut que lui ouvrir ses bras, Mac s’y jeta et s’y réconforta comme dans les bras du père qu’elle n’avait plus.
Avant de s’éloigner, l’amiral lui souffla: « Si vous permettez à un vieil homme et vieil ami de la famille de vous donner un conseil, n’hésitez plus sur le sens que vous voulez donner à votre vie pour ne pas vous réveillez un matin en regrettant de n’avoir pas tenté plus de la faire vibrer… ».

Un mouvement sur le coté les fit se retourner et ils se trouvèrent nez à nez avec Harm, qui les regardait bouche bée…..

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Il ne pouvait détacher ses yeux de Mac, ne s’attendant visiblement pas à la voir avant le rendez-vous au Mac Murphy, et certainement pas dans les bras de son ancien commandant.

Il hésita entre repartir à longues enjambées pour ne pas affronter l’émotion et les sentiments que lui inspirait Mac, et la prendre aussitôt dans ses bras pour ne plus jamais la lâcher.

Mac chancela sous le coup de l’émotion et Harm se précipita pour la retenir. Harm et Mac se regardaient et toutes les sensations qu’ils avaient enfouies toutes ces années remontèrent à la surface. Harm songeait qu’il avait été le dernier des imbéciles de la laisser s’en aller et de ne même pas essayer de la suivre et de forcer sa résistance. Quant à Mac, elle se demanda par quelle volonté elle avait pu se persuader d’oublier Harm.

Ils ne remarquèrent même pas que l’amiral Boone était reparti à sa voiture, un sourire attendri aux lèvres. Ils s’éloignèrent vers le Mur en silence, perdus dans leurs souvenirs et ne sachant comment engager la conversation.
Harm se décida finalement à ouvrir la bouche:

– « Eh bien Marine, j’ai tellement de choses à vous dire ; mais la plus importante est que je n’aurai jamais dû te laisser partir il y a 5 ans….
– Chut, Matelot, il y a une chose que je veux faire avant de rattraper le temps perdu. »

Elle alla poser la main sur le Mur et ferma les yeux pour s’adresser silencieusement au père de Harm.
« Cela fait des années que je ne suis pas venue vous voir et que j’ai disparu de la vie de votre fils mais ce soir j’ai décidé de renouer avec cette partie de ma vie parce que justement c’est toute ma vie et j’espère que de là où vous êtes vous nous donnerez la force de nous parler pour que nous soyons enfin réunis. »

Elle se retourna vers son compagnon et elle le vit qui l’observait avec cette lueur dans les yeux qu’elle avait si souvent cherché toutes ces années ; et elle sut alors qu’elle avait trouvé son port d’attache. Mais lui ?

Harm avait mille questions qui se bousculaient, il voulait tout savoir sur sa vie depuis qu’elle l’avait quitté mais il décida que c’était le moment de savourer ces retrouvailles, dans une longue étreinte,…. puis il se jeta à l’eau.

– « Mac…, Sarah, pour moi tu es restée Sarah toutes ces années. Mac me manquait au Jag, et entre amis ; mais quand je rentrais le soir, que je me réveillais la nuit ou que je me levais le matin, c’est Sarah que je voulais avoir près de moi. Cette nuit ensemble, que je n’ai jamais oubliée ni regrettée, j’ai eu peur encore une fois de la force de nos sentiments, et de ne pas être à la hauteur de tes sentiments pour moi. Mais au matin, j’avais décidé de surmonter cette peur et je voulais te demander de partager ma vie. Quand tu m’as rejeté, je t’ai laissé partir et je pensais avoir le temps d’attendre que ta colère retombe mais tu ne m’en as pas laissé l’occasion. Aujourd’hui je ne veux plus perdre une minute, et je te pose cette question qui attend depuis cinq ans. Sarah, veux-tu partager ma vie ? »

Mac était stupéfaite que Harm ne tergiverse plus, il avait bien changé en 5 ans. Elle était heureuse, c’était les mots qu’elle attendait depuis des années ; mais il ne savait plus rien de sa vie à elle, même s’il avait l’air si déterminé que même lui apprendre l’existence de Charles ne l’aurait sans doute pas freiné. Et comme il allait être heureux de rencontrer Tom…….
Tom justement, qui était le portrait craché d’un père qui ne le connaissait pas et qui était attaché à un papa, Charles, dont elle ne pouvait pas le séparer complètement.

Il arrivait tout ce qu’elle avait toujours espéré mais elle était prise de vertige à l’idée de tout ce qui lui restait à régler ; Harm serait il toujours aussi amoureux et déterminé ensuite ?

Tout allait trop vite, mais au fond d’elle, elle avait la sensation d’être presque arrivée au bout du chemin. Elle avait vécu assez d’aventures avec Harm pour savoir qu’à deux ils franchiraient tous les obstacles.

Mais pour l’instant, il lui fallait retourner auprès de son fils, et quitter Harm, une fois de plus….mais pour quelques heures seulement, et pour mieux se retrouver ensuite.

– « Harm, j’ai beaucoup de choses à te dire, ces cinq dernières années, certaines personnes ont compté dans ma vie et comptent encore. Il faudra que je t’en parle, mais quoiqu’il arrive je ne veux plus être séparée de toi et…..

Mac s’arrêta, soupira, hésita, puis se hissant sur la pointe des pieds, elle posa un léger baiser rempli de promesses sur les lèvres de Harm, se retourna vers sa voiture et partit rejoindre son fils et se préparer pour la longue soirée qui l’attendait.

près son départ, Harm songea que si elle ne l’avait pas repoussé cette fois, elle ne lui avait pas non plus franchement répondu, et il se demanda quelles étaient ces personnes, ces hommes sans doute, qui comptaient pour Mac. Puis il se souvint de la douceur de leur étreinte, du goût de ses lèvres sur les siennes, et de sa voix chargée d’émotion, d’amour et de désir lorsqu’elle lui avait dit qu’elle ne voulait plus être séparée de lui.
Alors il sourit tendrement, et alla tranquillement se préparer pour ce rendez-vous prévu depuis dix ans maintenant.

LE MEMORIAL 9/ Maricevia

24 Décembre 2012, 18 h 00 Mémorial des Vétérans du Vietnam, Washington DC

Sous le vent et la neige, deux hautes silhouettes se dirigeaient d’un même pas vers le Monument.
« Quelle étrange journée que celle-ci » Pensait Harm, pour une fois il aurait souhaité qu’elle se déroule plus calmement, non pas parce qu’il se faisait vieux, certainement pas ! Un autre jour que celui-ci il aurait sauté sur l’occasion pour se plonger dans l’action et découvrir le mystère de l’USS Clinton avec entrain, et surtout « piger » Webb !
Il sourit, inclina la tête et se secoua un peu « Etrange façon de se recueillir » murmura-t-il…
« Pardon » répondit Tom Boone
« Non, heu, je pensais tout haut »
« Je vous remercie, Harm, d’avoir bien voulu que je vous accompagne »
« C’est plutôt à moi, je ne pense pas qu’il puisse avoir meilleure compagnie que la votre pour évoquer la mémoire de mon père » Et il était sincère, Tom, compagnon d’arme d’Harmon Rabb senior, était pour lui la réplique exact de l’image qu’il avait de son père, image de droiture, de bravoure et de loyauté…En fait tout ce qui était le moteur de sa propre vie…
Les deux hommes s’avancèrent jusqu’à toucher la pierre où était inscrit en lettres dorées le nom des soldats morts au Viêt-Nam, soulignant tour à tour le nom du Lieutenant Harmon Rabb…Ils échangèrent un regard appuyé et très fraternel, et au fond ils n’avaient rien à ajouter qu’ils ne se soient déjà dit par ailleurs.
Après quelques minutes, Tom Boone tendit sa main à Harm. Devant l’air incrédule de son compagnon il fît un signe lui intimant le silence et dit « plus tard », « pas maintenant » Ils se serrèrent la main, les deux pilotes étaient émus par la situation, le fantôme de la mort si présent dans ce lieu. Harm se pencha un peu et fît une accolade à cet homme qu’il respectait entre tous, ils ne rompirent pas le silence, se regardant en face, puis Tom s’éloigna…

Mac observait cette scène depuis quelques minutes déjà. De loin, elle avait reconnu les deux hommes, et avait ralentit son pas, ne sachant pas, comment ou si elle devait s’immiscer entre eux. Une boule s’était formée dans sa gorge lors de leur étreinte : elles savaient trop bien que ces deux là se laissent rarement aller à ce genre d’effusions…

Tom se dirigeait vers elle, lorsqu’il la reconnut, il lui sourit doucement, il était très pâle et semblait amaigrît. Mac lui adressa un sourire radieux dont elle avait le secret « Amiral Boone » Cela le réconforta, mais il ne parvint pas à dire un mot, il était encore dans l’émotion de l’instant d’avant, à défaut il se résolut à étreindre Mac, après tout c’était Noël, elle fût très surprise mais aussi très touchée par le geste.
Tom regarda Mac dans les yeux, intensément, puis tournant la tête vers le Mémorial, il lâcha tout bas un « allez » et poussa légèrement Mac dans la direction d’Harm.
Perplexe, Mac le regarda un peu s’éloigner, puis elle prît une inspiration et expira un « allez !! » et se retournant, elle vît Harm marcher vers elle, son pouls s’accélérera et elle sembla chanceler…
En fait Harm avait à son tour observé la scène de l’accolade entre Boone et Mac. D’abord surpris de sa présence au Mémorial, il sentit sa gorge se serrer et s’assécher, il aurait tant aimé une journée plus calme pour mieux se préparer à la revoir et surtout songer à ce qu’il avait à lui dire et comment le lui dire …
Il s’agita nerveusement, lui aussi encore dans l’émotion suscitée par Tom, il avait comme de l’eau qui dansait dans les yeux.

Ils étaient à moins de dix mètres l’un de l’autre mais ils avaient maintenant des enclumes aux pieds et sur la langue … restaient les yeux, des larmes se mirent à couler sur les joues de Mac, sans qu’elle fût capable de faire le moindre mouvement. Harm cherchait à dominer son émotion en réajustant sa casquette. Semblant d’abord indécis, il finit à grandes enjambées les quelques mètres qui les séparaient. Il souleva et étreint Mac, passant un bras sous sa taille, une main dans ses cheveux, il enfouit son visage dans le cou de Mac, et murmura sans fin « Mac, Mac…Sarah, Sarah… »
Mac bouleversée tournait, tournait dans ses bras…
Elle voyait la neige virevoltant autour d’eux parfois rabattue brutalement par le vent… Tout semblait si irréel, le souffle chaud d’Harm dans son cou, son prénom murmuré, son cœur palpitant, cette neige qu’elle goûtait la bouche ouverte par l’émotion. Aucun son ne parvenant à sortir de son larynx…
Elle quitta ses gants, qui tombant à terre, furent bien vite emportés par le vent, elle avait besoin de toucher au réel, de le toucher. Harm avait cessé sa danse, mais la tenait toujours enlacer contre lui « Sarah » « Oh! Sarah » Elle passa doucement ses mains dans les cheveux d’Harm, fît tomber sa casquette qui rejoignit les gants dans le vent. Ils commencèrent ensemble une autre danse.
Les doigts de Mac caressaient le visage d’Harm, d’abord la racine des cheveux, le front, la ligne du nez, puis les lèvres…Ils étaient maintenant bien trop près (prêts) pour résister plus longuement à s’embrasser…
Ainsi unis, ils restèrent de longues minutes, aucun des deux ne voulant rompre le charme, ils ne disaient mots se regardant, se souriant, s’embrassant …chacun sachant que leur bonheur était trop fragile pour résister aux explications, là ils pouvaient encore croire qu’ils étaient inséparables, complices, amoureux…
Ils n’avaient aucune idée cohérente à formuler si ce n’est celle de serrer l’autre contre son cœur.
Le vent et la neige redoublaient de souffle et de flocons pour les isoler mieux encore, pour qu’ils soient plus heureux de s’étreindre aussi fort. Et cela semblait vouloir durer, durer encore et encore.

« Heu! Pardon, Madame, Monsieur » les interrompit une fillette dont les nattes dépassaient de son Bonnet
« !!! » Ils se retournèrent
« C’est votre casquette et vos gants, non ? » reprit la fillette
« Oui » répondirent-ils ensemble, souriant pleinement
« Merci » dit Harm saisissant sa casquette et les gants. La fillette dodelina encore un peu sur place puis s’enfuit rejoindre une sarabande de gamins jouant dans la neige fraîche…
Harm remit sa casquette et tendit les gants à Mac…
Le charme avait été rompu, mais ils restaient silencieux, lentement mais sûrement la pression de ses retrouvailles faisait surface, ils devinrent gênés, lequel de deux allait commencer, mais commencer par où ! Par quoi! Ils cherchaient dans les yeux de l’autre une échappatoire, une dernière reculade…

Et il sonna, le téléphone d’Harm sonna, ils ont presque soupirés de concert « Amiral Harmon Rabb, j’écoute » Elle ne le quittait pas des yeux, elle ne le pouvait pas, elle se sentait magnétiser, comme une boussole ayant trouvé le Nord. Elle reprenait néanmoins, loin de ses bras, le fil de ses idées et tentait de comprendre ses émotions, cet abandon total qu’ils venaient d’avoir l’un avec l’autre. Cinq années n’avaient pas effacé le trouble qu’ils procuraient l’un à l’autre. Ils s’étaient retrouver mais tout restait à dire…
Harm raccrocha, lui non plus n’avait pas quitté Mac des yeux, essayant de lire sur son visage ses pensées…
« Mac… Sarah, je dois retourner au JAG rapidement »
« Une des joies du poste ! »
« En quelque sorte »
« je comprends Harm »
Un peu surpris, il demanda « Tu ne voulais pas que l’on parle ? »
Silence « Si, c’est même la raison pour laquelle je suis venue ici…car au Mac Murphy… » résignée « ce ne sera pas évident »
« Je crois que quel que soit le lieu, ce n’est jamais évident…pour nous » souligna-t-il, un sourcil levé
Mac sourit doucement « Oui »
« Je crois qu’il faut que je te dise que je regrette cette nuit là…j’ai…je n’ai pas …j’aurais…»
« … ! »
« Sarah, je n’aurais jamais dû te laisser partir… »
Elle, laconique « Tu n’aurais jamais dû me laisser… »
« Oui » Il s’avança, tendant la main vers son visage, elle le fixait, attentive, sous tension, chaque mot qui était dit désormais pèserait lourd pour leur avenir. Elle recula légèrement.
Il la retint par la taille « Sarah, ne recommençons pas », la tenant contre lui, il embrassait son front, sa tempe, descendant vers son oreille « Ne nous enfuyons plus », « ni l’un, ni l’autre », « je suis certain que tu es la femme de ma vie… », « que nous nous sommes gâché » la regardant dans les yeux « l’un après l’autre »
« … » Elle ne répondit pas, marquant son acquiescement, en fermant les yeux et en l’embrassant « oui »…

Ils se souriaient tout doucement, complices, fragiles encore, souffles courts. Quoi, ils venaient de résister à leurs propres maux (mots). Il se pencha sur ses lèvres, et dit « rendez-vous ce soir au Mac Murphy, je t’y attends à 19 H 30 pétantes, Marine ! » Elle pouffa et sourit, il lui vola un dernier baiser, et partit sans se retourner. Il sentait son regard le suivre et souriait.

REPRISE
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24 Décembre 2012, 18 h 57 Maison des Roberts

« Calmes-toi Harriet, tout roule ! NON tu n’as rien oublié…si j’en suis sûre ! Evidemment nous avons repris ensemble tes différentes listes au moins une douzaine de fois : Tout est OK ! » Bud ne savait plus quoi dire pour rasséréner sa femme qui s’agitait de tout côté.
« Harriet, va finir de te préparer ! Chloé et moi allons faire le point ensemble …»
« Oh oui ! tu veux bien … » lui dit-elle en prenant son bras
« Bien sûr » répondit-il en lui embrassant le front « files ! »
Elle se précipita dans l’escalier menant à l’étage supérieur où se trouvait la salle d’eau et leur chambre…
« Ouf ! » lâcha Chloé « j’ai bien cru qu’elle allait nous rendre chèvre »
« Béhéééééééééé »
Ils éclatèrent de rire et complices s’affalèrent sur une banquette, pas du tout enclins à vérifier une nouvelle fois ce qu’avait préparé et organisé si méthodiquement Harriet.
« Je ne me rappelais pas Harriet si anxieuse ! »
« Elle l’est toujours un peu, mais ce soir, elle tient à ce que tout soit parfait, afin que chacun puisse profiter pleinement de ce Rendez-vous »
« Bien sûr »

Ils restèrent un peu silencieux, pensifs, et eux aussi un peu inquiets de la suite des évènements. Ils comprenaient que c’était la même nervosité qui poussait Harriet à tout vérifier, cela lui évitait de se faire du sang pour le reste…
Bud se demandait bien comment il aurait réagi si Harriet enceinte, était partie, sans le lui dire, et revenait cinq après. Il réfléchit un moment, puis chassa cette pensée, il n’avait heureusement pas ce problème à résoudre, leurs enfants grandissaient sous son toit et continueraient…
« Comment va Charles ? »
« Bien, je crois qu’il est avec Tom… »
« Cela doit être difficile pour lui d’être venu, d’ailleurs pourquoi l’avoir fait ? »
« … » Chloé crût Bud hostile à la présence de Charles parmi eux, elle le regarda un peu de biais.
« Il faut reconnaître que la situation était déjà délicate avant sa venue, alors maintenant… »
« Qu’aurais-tu fais dans la même situation ? » Dit Chloé sur un ton légèrement agressif
« … » Bud sourit « Je ne sais pas » « et je crois que je ne le saurais jamais » « j’ose du moins l’espérer »« Mais là, tu vois, je me sens un peu nerveux pour la suite… »
« Moi aussi, c’est pourquoi j’ai tenu à l’accompagner… »
« Et tu as très bien fait… » « je suis heureux que tu sois parmi nous, j’aurais également aimé rencontrer ton mari et voir ton fils… » « Il faudra revenir avec eux »
« Merci » répondit Chloé et elle se cala contre l’épaule de Bud, à l’évocation de sa famille, elle ressentit le besoin d’être un peu cajolée et Bud en bon père de famille accomplie, inspirait le réconfort

Harriet souriait à les regarder tous les deux ainsi assorti, c’est une situation qui ne l’aurait pas attendrie avec tout autre que Chloé …
« Et Alors ? » s’esclaffa-t-elle
« Heu ! »
La sonnerie les sortit de ce mauvais pas..
« J’y vais, et je vous en prie rester tranquillement lover sur mon canapé !» lança-t-t-elle goguenarde

Un vent froid s’engouffra lorsque Mac se glissa dans la maison « Brrr, quel temps ! » Fît-elle, quittant prestement son manteau et ses gants.
Elle sourit à Harriet qui la questionnait des yeux « Tu es splendide Harriet ! » « Cette couleur te va à merveille, magnifique ! » « J’adore tes boucles » fît-elle en lui touchant l’oreille…Elle faisait des yeux ronds et une mimique approbatrice avec ses lèvres.
« Il va falloir que je fasse un miracle en moins de 9 mm 52 centième si je veux t’arriver à la cheville et surtout que nous ne soyons pas trop en retard au Mac Murphy, vu la neige qui tombe ce soir sur Washington » Cela bien sûr sans regarder sa montre.
Elle vît Bud et Chloé, toujours assis sur la banquette « Oh là là !! »« Chloé, tu es too much toi aussi ! »« Dis-moi, poussinette, tu as eu le temps de préparer Thomas ? »
Chloé acquiesça, interloquée par le débit de parole de Mac, essayant, elle aussi d’y lire le résultat de sa rencontre avec Harm. Elle essaya un « comment… ? »
« Je grimpe me changer, je ne serais pas longue…Vite…vite !! »

« Elle souriait ? » « elle avait l’air d’aller bien…non ? » « trop bavarde ! » « Euphorique ? » « Elle veut se faire belle.. » « Pour lui » «trop nerveuse ! » « Ou pleurer avant d’y retourner » « j’ai bien vu elle a pleuré, ça c’est sûr… »« pff mais non ! » « Elle est en colère » « Ca se sent ! » « ça c’est mal passer mais elle nous donne le change… »

24 Décembre 2012, 20h10 Maison des Roberts

Lorsque Mac sortit de la salle de bain, Tom se jeta sur elle, il la prit par la main et l’entraîna dans la chambre. Son fils saisit une feuille de papier qu’il lui tendit fièrement :
-Regarde maman le beau dessin que j’ai fait ! J’ai fait comme la maquette d’AJ, tu sais que c’est papa qui lui a offert? C’est pas le plus beau Tomcat que t’ai vu?
-Oui je sais mon chéri et ton dessin est magnifique. Je ne savais pas que tu avais de tels talents artistiques !
Tom était complètement excité depuis que sa mère lui avait appris la nouvelle : il bougeait dans tous les sens…
– C’est que je me suis appliqué, je vais l’offrir à mon papa… Mon papa c’est le meilleur pilote du monde, c’est AJ qui l’a dit. Dis maman tu crois qu’il voudra bien m’apprendre a piloter mon papa ?
Mac sourit puis caressa maternellement les cheveux de son fils. Pendant un instant elle pensa à toute la joie et l’espérance qu’il mettait dans cette rencontre. Elle émit un instant la possibilité que Tom soit déçu mais elle chassa bien vite cette pensée. Non le passé était le passé et le Harm qu’elle avait vu ne pouvait pas la décevoir.
Tout du moins elle l’espérait…
Elle reporta à nouveau son attention sur son fils en tentant de l’apaiser :
-Hé doucement bonhomme, tu ne crois pas que tu vas un peu vite ? Et puis tu dois te rappeler qu’au début ça risque d’être dur pour ton papa… Tu sais il ne sait pas encore que tu existes alors il ne faudra pas trop lui en demander tout de suite pour ne pas l’effrayer d’accord? Elle rit puis embrassa son fils avant de lui dire :
-Allez maintenant file mettre ton blouson, nous allons bientôt partir.
-D’accord maman… Dépêche toi aussi, je veux voir mon papa…
Mac regarda son fils dévaler les escaliers. Elle était sûre que tout se passerait bien mais appréhendait tout de même un peu cette rencontre décisive.
18h40, Mémorial des Vétérans du Vietnam, Washington DC

Harm avait décidé de se recueillir un moment auprès de son père avant d’aller rejoindre tout le monde au Mac Murphys’s. Il s’avança devant le mur et caressa les lettres d’or gravées dans le marbre.
-Tu as vu papa c’est merveilleux je n’arrive même pas y croire après toutes ces années j’ai enfin pu la serrer dans mes bras. C’était tellement inespéré…

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(Flash back : 7 ans plus tôt)

-Papa qu’est ce que j’ai fait, qu’est ce qu’il faut que je fasse… J’avais enfin la possibilité d’être heureux mais non il a fallu que je gâche tout encore une fois. Et au nom de quoi ! De la peur mais peur de quoi je n’en sais même rien, c’est ça le pire ! Regarde moi… Le grand Harmon Rabb Junior, le soi-disant plus grand pilote et avocat de l’aéronavale des Etats-Unis; je ne suis rien… Oui je suis tout juste capable de rendre la femme que j’aime malheureuse en l’abandonnant au petit matin; et tout ça parce que je n’arrive pas a communiquer mes sentiments; je ne peux pas.. j’ai peur de souffrir encore..
Harm avait dans la voix un mélange de mépris, de peine et de résignation:
-Finalement, c’est peut être mieux ainsi… Elle ne mérite pas quelqu’un comme moi, elle mérite quelqu’un capable d’affronter ses sentiments… Je me sens tellement nul papa… Je suis désolé, je dois te décevoir comme je me déçois moi même… Je suis désolé, tu aurais toi aussi mérité mieux qu’un fils incapable et s’apitoyant sur son sort…

(Fin du flash back.)
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-Maintenant c’est fini papa depuis que Sarah est revenue je me sens revivre et je te promets que je vais faire tout ce que je peux pour rattraper le temps perdu à cause de mon erreur nous serons heureux je te le promets.

Son récit fut interrompu par un groupe qui éveilla sa curiosité. Il s’agissait de parents qui étaient également en train de se recueillir auprès de la stèle. Ils étaient occupés à raconter à leur petite fille les exploits de son grand père et pourquoi il figurait au côté de tous ces militaires sur cette plaque. Harm sourit au tableau qui se peignait devant lui mais il ne put retenir un pincement au cœur quand il tourna le tête vers le mur et qu’il réalisa qu’il n’aurait jamais personne à qui il pourrait donner son nom et raconter son histoire ainsi que celle de son grand père, que le nom de Rabb serait perdu ainsi qu’avec eux tous leurs passés. Mais le destin était ainsi fait et il fallait à présent se tourner vers l’avenir. Harm continuait à payer cher cette erreur mais le passé était le passé et il mit un terme à cette pensée en se dirigeant vers sa voiture et le bonheur qui lui tendait à présent les bras.

24 décembre 2012, 19h16, Maison des Roberts

– Sarah !
– Oui, Harriet ?
– Je peux te parler un instant ?

Quelque chose dans la voix de son amie surprit Mac qui malgré l’heure, acquiesça et lui fit signe de monter ; elles s’installèrent dans la chambre de AJ :
– Bon… voilà… je meurs de curiosité de tout savoir sur ton entrevue avec notre pilote – quoique ton arrivée tout à l’heure m’en ait dit un peu déjà ! – mais… il y a plus urgent…voilà…il s’agit de Tom…
– Oui ?
– J’ai vu que Chloé l’avait préparé pour partir au Mac Murphy’s… et je voulais te dire que…à mon avis, ce n’était pas une super idée…
– Mais Harriet, tu l’as vu, il n’a plus que « son papa » à la bouche….
– Oui, je sais, mais comment te dire… bon, je me lance, nous manquons de temps, je trouve que le Mac Murphy’s n’est pas le lieu idéal pour cette rencontre, il n’y aura que des adultes, des personnes qui pour certaines ne se sont pas vues depuis longtemps ; l’émotion sera grande et nous aurons beaucoup à nous dire les uns et les autres , et toi tu viens à peine de retrouver Harm, ne crois-tu pas qu’il vaut mieux attendre quelque chose de plus intime, chez nous ce soir ? d’ailleurs, nos garçons restent là…
– Mais… Harriet, je ne sais pas, Tom est si…
– Oui, mais si tu veux que tout marche au mieux, la précipitation n’est pas la meilleure chose… Laisse du temps au temps : Harm est la clé de tout ça et pour Tom, tu peux le laisser avec Charles ou Chloé ? tu ne crois pas ?

Sarah était secouée par les arguments de son amie ; dans l’euphorie de son retour du Mémorial, elle n’avait pas songé vraiment à cela, tout lui semblait possible ce soir et elle réalisait que Harm aurait beaucoup de chemin à faire en une seule soirée… Tom pourrait bien attendre deux petites heures et elle, elle pourrait peut-être préparer le terrain…Il allait falloir qu’elle joue serré avec son petit garçon…
– Oui, tu as sûrement raison, Harriet, je ne me rendais pas compte, pour moi, il est si évident qu’il fait partie de tout ça… mais comment faire ?
– Eh bien, tu vas le lui expliquer simplement et moi je vais aller en toucher deux mots à Chloé
– Bon… je me sens plutôt mal… mais allons-y, c’est pour lui aussi, finalement !

Harriet la quitta rapidement, et appela Tom, sa maman voulait lui dire quelque chose.

– Maman ?
– Oui, Tom, mon chéri, viens t’asseoir là…
– Maman, on est en retard, mon papa va nous attendre…
– Ecoute, Tom, je suis désolée mais tu ne vas pas le voir tout de suite…
– Maman !…- et des larmes commencèrent à perler à ses yeux- mais maman, tu as dit qu’on partait, regarde j’ai mis mon blouson… dans la poche j’ai mon beau dessin…

Elle faillit céder, c’est elle qui lui causait tant de peine, quand il avait ce regard là, elle sentait sur elle le regard de Harm et son cœur se serra :
– Tom, aujourd’hui est un grand jour, c’est le soir de Noël et il va se passer quelque chose d’unique dans ta vie et la nôtre ; oui, tu vas enfin faire la connaissance de ton papa, je te le promets ; cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu, tu sais comme les histoires de s adultes sont compliquées parfois ? Il ne sait pas qui tu es, et là-bas, au Mac Murphy’s il va être entouré de tous ses amis, des gens qu’il a réunis après dix ans, il sera très demandé, devra être attentif à chacun, parler avec tous, tu sais, il n’est pas que pilote, il est Amiral et commande le JAG, il a un poste très important et… en plus, ta maman et lui doivent parler encore un peu avant qu’il apprenne ton existence ; je te demande un immense service, comme on en demande aux grandes personnes, reste avec les garçons et prépare une belle surprise pour ton papa, je suis certaine que dès qu’il te verra, ici, tout seul, il sera fier de toi comme moi je le suis de toi…s’il te plaît, Tom ?

Pendant qu’elle parlait, elle avait suivi sur son visage l’impact de ses paroles et les yeux d’enfant de Tom avaient reflété sa peine, son incompréhension, l’effort que lui demandait de faire sa maman ; et, serré contre elle, sa voix douce et presque suppliante lui avait donné envie de lui faire plaisir, malgré tout :
– Bon, d’accord maman… mais après, je l’aurai pour moi tout seul ?
– J’espère que oui, mon chéri, j’espère que oui !
– Je vais voir AJ, il va me conseiller pour la surprise…

Il fila sans plus tarder, dévala l’escalier et elle se prépara à partir à son tour : bon sang avec ces deux-là, elle n’avait pas fini, mais comme elle les …aimait!

Elle retrouva ses amis sur le départ dans le hall ; Chloé la rassura d’un clin d’œil, elle restait…Elle remercia son amie du regard, et mesura combien de bonnes volontés s’étaient manifestées pour que ce soir soit vraiment une réussite, elle demanda où était Charles, et Harriet lui apprit qu’il était parti quelques instants plus tôt… elle regretta que le bonheur qu’elle éprouvait fût la cause d’une si grande peine, mais une page allait être tournée…

*****
24 Décembre 2012, 18h55 Washington DC

Harm regagna sa voiture après avoir regardé sa montre ; il n’avait plus le temps de repasser par chez lui, il devait aller immédiatement au Mac Murphy’s s’assurer que tout allait bien et accueillir ses « hôtes ». Tant pis, il se changerait après…

Il se rendit compte que la position assise lui faisait du bien, son corps le trahissait : le contrechoc de ce qu’il venait de vivre… l’enjeu était si grand …si vital… mais la dernière scène à laquelle il avait assisté devant le Mur, cette petite fille qui apprenait à connaître son passé, sa famille, l’avait rendu morose, quelque part… Enfin, pensa-t-il en démarrant, je vais enfin mettre un terme à tant d’années de souffrances, ce serait déjà un tel bonheur si Mac et moi pouvions… Il n’osa même pas finir sa phrase, même pour lui-même…

*****
24 Décembre 2012, 19h32, Mac Murphy’s

L’Amiral Chegwidden venait de ressortir du bar, encore personne de sa connaissance, il préférait attendre dehors et faire quelques pas : la perspective de cette soirée lui donnait des fourmis dans les jambes ! Ses deux « protégés » allaient-ils enfin mettre un terme à tant d’incompréhension ? Comment ces deux-là avaient-ils fait pour ignorer ce qui crevait les yeux à toute personne sensée ? Il faisait les cent pas dans la rue, quand il aperçut une haute silhouette familière :
– Amiral, lança-t-il
– Amiral, lui répondit Harm en lui donnant une franche poignée de mains

Les deux hommes se souriaient, vraiment heureux de se retrouver, une mutuelle estime illuminait leurs regards :
– Alors, Amiral, c’est le Jag maintenant ? J’espère que vous n’avez pas de clone d’ Harmon Rabb à piloter…
– Il vous a fait souffrir celui-là, on dirait ! Allez, entrons, je dois jeter un dernier coup d’oeil, je me sens, comment dirai-je, un peu…
– Fébrile, inquiet, anxieux ?… enfin, un peu de justice dans ce monde ! Amiral, après vous !

*****

24 Décembre 2012, 19h41, Mac Murphy’s

Harm alla mettre des pièces dans le vieux juke-box ; il repéra quelques titres familiers et enfonça les touches. La lumière tamisée du bar créait toujours cette chaude ambiance qu’ils avaient appréciée tout au long de ces années et sa mémoire vagabonda quelques instants ; il se revit ici en train de chanter avec Mac et Bud, un soir de spleen, et ce fameux soir où l’Amiral les avait retrouvés, croyant avoir perdu son poste, et …Mac encore, un soir où il lui avait parlé de son tatouage et de Dalton, Mac, toujours, petite fille éplorée sur le trottoir devant le corps de Dalton abattu dans la ruelle, les regards moqueurs de Jordan, Mac et Bobbi sur lui après sa promotion, le départ de Brumby…sa vie, leur vie…
– Harm, dit une voix masculine derrière lui
– Sergueï !!!! mais… qu’est-ce que tu…comment as-tu ? Viens ici, mon frère !

Les deux frères dans une étreinte chaleureuse oublièrent les derniers années passées sans se donner signe de vie, et ils commençaient à peine à se révéler ce que chacun était devenu quand Harm vit arriver Sturgis et sa femme, il s’excusa auprès de son frère – il ne perdait rien pour attendre – et se dirigea vers ses invités pour les saluer, eux, ils s’étaient vus dans l’après-midi ! L’Amiral Tom Boone, qui avait finalement décidé de se joindre à la fête, lui fit un signe de connivence, de loin, et rejoignit AJ Chegwidden …

Puis, Harriet et Bud arrivèrent, Harm alla à leur rencontre – quel bonheur de les retrouver ici -, il embrassa Harriet, lui glissa un merci à l’oreille, serra la main de Bud et en souvenir du bon vieux temps, lui donna une bourrade dans l’épaule – avec lui, pas besoin de parler, ils se comprenaient ! – il conduisit chacun vers le bar, la joie et le plaisir des retrouvailles créaient une ambiance plus qu’amicale, les conversations allaient bon train, les rires fusaient, le volume sonore augmentait sensiblement de minute en minute : le Mac Murphy’s, comme avant !

Non, pas tout à fait, au milieu de ce brouhaha, Harm ressentit en lui un silence poignant, il lui étreignit la poitrine et l’oppressa, elle n’était pas là, le juke-box égrenait une chanson, dont les paroles résonnèrent en lui, jusqu’à lui nouer la gorge :
« … What becomes of the broken hearts
Who have loved and now departed,
I Know I have to find
Some kind of peace of mind… may be…”

– Harm! Harm ! …alors pilote, toujours dans les nuages?

Elle était tout près de lui, le visage grave mais ses yeux lui souriaient :
– Mac !… Sarah, tu es là ?
– Bravo, quelle clairvoyance !
– Non, Sarah, je voulais dire…
– Je sais ce que tu voulais dire…, mais redescends un peu, on nous regarde !

Il réalisa alors que le silence s’était fait autour d’eux, leurs amis s’étaient tus, presque malgré eux et les regardaient, le sourire aux lèvres pour certains, non sans une certaine inquiétude chez les autres.

– Bien, dit-il enfin, puisque me voici sous les feux des projecteurs, je vais ouvrir la… séance ! Il y a de cela dix ans, jour pour jour, alors que nous étions tous jeunes et beaux, et je le reconnais, du moins en ce qui me concerne, légèrement éméché, j’avais lancé cette idée de se retrouver ici… et, je dois bien vous avouer que cela m’a paru vraiment une folie jusqu’à… il y a quelques minutes !
En vous voyant tous là en face de moi, je réalise combien les liens noués au fil des années au Jag font partie à jamais de chacun de nous, nous avons partagé des hauts et des bas – il les regarda un à un – n’est ce pas Amiral ? dit-il en se tournant vers son commandant d’alors
– et bien qu’il en eût envie, il n’osa même pas regarder en direction de Sarah -, mais nous sommes là et cela fait chaud au cœur, je remercie la vie qui nous offre ce cadeau, merci mes amis et Joyeux Noël!

– Alors plus d’esquive, ni de pirouette, on devient sentimental sur ses vieux jours, souffla Mac en le rejoignant, tu me surprendras toujours, pilote !
– Je n’ai plus de temps à perdre, et il planta son regard dans le sien – il n’allait pas la lâcher !

Elle frissonna.

24 Décembre 2012, 19h50, Mac Murphy’s

L’émotion des retrouvailles passée, la petite bande avait pris place autour de quatre tables qu’ils avaient collées entre elles. Le bar n’était pas très rempli en ce soir de réveillon et les rires du groupe couvraient la musique du juke-box. Chacun tentait de résumer les dix dernières années de sa vie et les anecdotes fusaient. Harm et Mac se trouvaient l’un en face de l’autre et ne se lâchaient pas du regard pendant que Bud tentait, entre deux rires, de raconter comment le nouveau JAG, en la personne d’Harm, s’était débrouiller, il y a de cela trois ans, pour se retrouver à jouer le père Noël pour les enfants des employés du JAG.

– … et vous l’auriez vu avec un oreiller à la place du ventre, la longue barbe blanche et la hotte sur le dos, il avait tellement chaud avec tout son accoutrement que son visage était aussi rouge que son costume !

Cette fois, un fou rire général éclata au sein de la bande d’amis, tous étaient au bord des larmes, tous sauf Harm, qui imaginait déjà Bud ressortir cette histoire à chaque Noël pendant au moins les trente années à venir. « Ca t’apprendra à faire des paris avec Sturgis » se dit-il à lui-même. Enfin, l’Amiral Rabb admit que cette moquerie collégiale n’avait pas qu’un côté négatif, en effet, elle avait le mérite d’avoir arraché un vrai beau sourire sur le visage de Sarah et rien que pour voir ça, Harm était prêt à faire toute les pitreries du monde.

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24 décembre 2012, 19h40, Maison des Roberts

Tom et AJ avaient pris place depuis quelques minutes sur le lit de ce dernier, ils réfléchissaient à une surprise à faire à Harm. Le fils de Bud savait à quel point cette rencontre avait de l’importance pour Tom. Ce petit bonhomme avait passé les cinq dernières années à s’imaginer son père et ce premier contact, qui aurait lieu dans un peu plus d’une heure maintenant et dont le dénouement était encore incertain, marquerait, quoiqu’il arrive, leurs vies respectives à jamais. Soudain, Tom rompit le silence :

– Dis AJ ? Toi, si tu voyais ton papa pour la première fois, tu lui dirais quoi ?
– Euh… je sais pas trop Tom, c’est dur à imaginer… je pense que j’aimerais lui dire un million de choses… je pense que je voudrais qu’il n’oublie jamais ce moment, que ça reste pour toujours dans sa mémoire…
– Un peu comme quelque chose qu’il emmènerait toujours partout avec lui ?
– Ouais, un truc comme ça…
– Humm… Alors je sais ce que je vais lui donner !

En un bond triomphal et sans plus d’explication, Tom sauta du lit et sorti de la pièce telle une fusée. Le temps qu’AJ réagisse et se lève à son tour il entendait déjà la voix du petit garçon demander où se trouvait son sac à dos.

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24 Décembre 2012, 20h00, Mac Murphy’s

Les rires atténués, les récits des vies de chacun avaient continués. Alors que Sergueï finissait d’expliquer ses problèmes de naturalisation et qu’Harm promettait de l’aider, Bobbi posa la question que personne n’avait osé posée, soit parce qu’ils en connaissaient déjà la réponse, soit par peur de la connaître.

– Alors Mac, et vous ? Qu’êtes-vous devenue ? Ne me dites pas qu’en cinq ans qu’on ne vous a pas vu, il ne s’est pas passé quelque chose de passionnant dans votre vie ?

Harriet lança un regard lourd de sens à Mac à l’entente de cette question. Sarah savait que ce moment finirait par arriver, celui où ses amis apprendraient la vérité sur ce qu’était devenu sa vie, sur le nouveau sens qu’avait son existence depuis cinq ans et donc sur l’existence de Tom. Elle s’y était préparée, et elle devait admettre qu’avec Bud, Harriet et Sergueï cela s’était très bien passé, mais le plus dur restait encore à faire. Comment Harm allait-il le prendre ? Ce n’est pas tous les jours qu’on découvre qu’on a un fils et encore moins un soir de Noël à une soirée de retrouvailles entre amis ! Non, elle ne pouvait pas lui faire ça, elle ne pouvait pas le mettre devant le fait accompli en le dévoilant devant tout le monde. Elle devait le lui dire à part, elle lui devait au moins ça.
Tout à coup, la voix d’AJ la coupa dans sa réflexion.

– Alors Sarah ? Nous attendons, qu’est-ce qu’un ancien Colonel des Marines à bien pu faire de sa vie en Caroline du Nord ?
– Et bien…
– Je vois qu’on a commençait sans nous ?

Mac avait à peine commençait à parler qu’une voix familière la sauva d’une explication évasive. Jennifer Coates au bras de son mari et Jason Tiner venaient de faire leur entrée dans le bar.

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24 décembre 2012, 20h03, Maison des Roberts

– Vous croyez que ça lui fera plaisir ?

Tom avait un tel sourire sur le visage depuis qu’il avait trouvé son cadeau pour son père que Chloé et AJ ne purent que rigoler à cette question. En effet, cela faisait au moins 20 minutes que le petit garçon ne cessait de sourire en regardant l’objet entre ses petites mains.

– Comme je l’ai toujours emmené avec moi partout, si je le donne à mon papa et qu’il l’emmène toujours avec lui partout, il m’oubliera jamais !
– Je suis sûr qu’avec ça il pensera toujours à toi Tom !

Chloé était littéralement sous le charme de cette enfant. Il était là, les yeux pétillants d’impatience, un lapin en peluche entre les mains, à espérer de tout son cœur qu’une fois que son papa l’aurait rencontré, ce lapin lui permettrait de ne jamais l’oublier. Elle qui le connaissait depuis tout petit, elle savait à quel point cette boule de poils avait de l’importance à ses yeux. Harm avait sacrément intérêt d’être à la hauteur parce que ce petit bonhomme reposait tous ses espoirs en lui.

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24 Décembre 2012, 20h10, Mac Murphy’s

Avec l’arrivée de Jen, Dan et Tiner, tout le monde avait formé des petits groupes qui s’étaient mis à reparler du passé. Jen et Harm reparlaient avec Dan et Sturgis de leur rencontre et de toutes les péripéties qui leur étaient arrivées en ce réveillon de Noël 2002, AJ et Tiner, sous l’oreille attentive d’un Tom Boone, ressassaient tous leurs souvenirs communs sur les fameuses engueulades de l’Amiral qui étaient d’ailleurs le plus souvent portées sur un certain Harmon Rabb et enfin Bud, Sergueï et Bobbi se trouvaient une passion commune pour Star Trek. Quant à Mac, elle restait en retrait avec Harriet, soulagée de ne pas avoir eu à répondre tout à l’heure.

– Tu as eu chaud tout à l’heure ?
– Ne m’en parle pas, je ne sais pas ce que j’aurais dit si Jen n’était pas intervenue.
– Je t’avouerai que j’étais aussi soulagée que toi.
– Il faut que je lui dise Harriet, maintenant, avant qu’on aille chez toi et qu’il se retrouve complètement dépourvu devant Tom !
– Alors lance-toi ma grande !
– Te lancer dans quoi ?

Mac avait sursauté en entendant la voix d’Harm dans son dos, l’espace d’une seconde elle ferma les yeux et inspira profondément, lentement elle se retourna et, prenant son courage à deux mains se jeta à l’eau.

– Il faut qu’on parle Harm…

24 Décembre 2012, 20h13, Mac Murphy’s

– Mac !!! Sarah, qu’y a-t-il, quelque chose ne va pas ?

Harriet s’éloigna, presque sur la pointe des pieds et rejoignit les autres, dans un brouhaha de rires et de voix mêlés ; une fois, auprès d’eux, elle décida de faire de son côté une part du chemin pour que chacun sache de quoi il retournait, cela soulagerait Mac et leur permettrait de prendre la mesure des choses, il fallait que cette soirée soit inoubliable : en catimini, elle alla voir ceux de leurs amis qui n’étaient pas encore dans la confidence, elle commença sa ‘tournée’….

Mac, pour sa part, avait entraîné Harm à l’écart de leurs amis et l’avait invité à s’asseoir. La situation exigeait de la prudence !

Quant à Harm, le visage grave de Mac lui avait noué l’estomac ; affolé, il essaya, dans un premier temps de maîtriser la peur qui s’était emparé de lui : il réfléchissait à toute allure, mais cela n’avait ni queue ni tête !
Il voyait bien que ce qu’il vivait depuis quelques heures pouvait encore être réduit à néant, ce n’était pas gagné apparemment, pourquoi bon sang, avait-elle ce visage soucieux, il n’y comprenait plus rien ; la dernière heure passée, il l’avait vécue comme sur un petit nuage, ses yeux fichés dans ceux de Sarah à la moindre occasion, l’avaient rassuré pleinement, rien n’était perdu et maintenant….et d’ailleurs, elle n’avait rien répondu à l’Amiral quand il s’était agi d’elle, elle n’avait rien dit, y avait-il encore des obstacles, allait-elle s’éloigner pour toujours cette fois-ci ? Pour qu’elle montre autant de gravité…

S’attendant au pire, il baissa les yeux, ferma les paupières, sa tête fit non, alla de droite à gauche, il se força à prendre une bonne respiration et, enfin, releva la tête, ouvrit les yeux pour faire face ; il rencontra un regard plein de tendresse, noyé dans les larmes, avec une lueur amusée :

– Harm ! Harm, allons du calme, dit-elle doucement, ce que j’ai à te dire est important mais…
– Sarah…. Fit-il dans un mouvement de la tête qu’elle lui connaissait bien, mais cette fois-ci ses yeux ne se moquaient pas, ils imploraient
– Harm, il faut que tu saches….
– Sarah, ai-je fait ou dit quelque chose depuis tout à l’heure qui justifie…
– Harm, il faut que tu saches que je ne suis pas venue seule ici à Washington… Quelqu’un m’a accompagnée, quelqu’un qui compte beaucoup pour moi, il attend chez Harriet et Bud…
– Oh, Sarah….non ! s’écria-t-il, blessé
– Attends, pilote !
– Mais, Sarah, pourquoi alors être venue à ce rendez-vous donné il y a dix ans ? Tu pouvais tout aussi bien… me passer un coup de fil, m’écrire un mot ou ne rien faire du tout ; mais tu es venue, je t’ai embrassée, tu m’as embrassée; je ne comp…
– Cela n’aurait pas été correct !
– Parce que maintenant tu trouves que ça l’est ?
*****

24 Décembre 2012, 20h29, Mac Murphy’s

Harriet fit signe de loin à Mac, elle devait venir, un coup de fil apparemment.
– Mac, la situation devient intenable, ici, – c’était Chloé- j’ai pourtant une belle expérience de baby-sitting, mais Tom est dans tous ses états…
– Il n’y en a plus pour très longtemps, Chloé, enfin, j’espère, d’ici une petite heure, nous reviendrons, enfin, si Harm est toujours le Harm… d’il y a dix ans…

Elle revint vers lui et reprit :
– Harm, pendant tout ce temps où la vie m’a tenue éloignée de toi, tu as été présent dans ma vie, chaque jour, un regard aussi bleu que le tien m’en a empêchée …
– ???
– Ne me regarde pas comme ça… je n’y arriverai pas…Bon, écoute-moi un instant, s’il te plaît …
– Sarah… !!

Du coin de l’œil, elle vit que tous leurs amis avaient les yeux fixés sur leur couple, il fallait faire vite avant que Harm ne réagisse :
– En tant que Marine, on m’a toujours appris à faire front, crânement, et il est temps de le faire, je ne me voyais pas en train de te téléphoner ou de t’écrire pour te dire que tu avais…. Que nous avions … un fils !
– ???!!!
– Et qu’il nous attend chez les Roberts !
– Attends, Sarah, quoi ? comment est-ce possible ?
– Il faut que je te fasse un dessin ?
– Un.. fils, comment s’appelle-t-il ?quel âge a-t-il ?
– Alors, là … cette question-là, elle est vraiment stupide, pilote ! Calme-toi, tout va bien : Thomas a cinq ans, il …

******

24 Décembre 2012, 20h 36, Mac Murphy’s

Harm s’était tu, abasourdi comme si la nouvelle n’arrivait pas jusqu’à lui, Mac s’était tue, également, ne sachant comment cela allait tourner et attendait, et la petite troupe faisait semblant de parler encore, tout en gardant un œil sur eux !

Harm garda les coudes appuyés sur la table et regarda Mac puis tout autour de lui ; ces quelques instants parurent une éternité à Mac, et soudain, il lui prit la main, l’approcha de son visage et l’embrassa avec une tendresse infinie et il lui adressa l’un de ses sourires éclatants qu’elle aimait tant jadis, il rayonnait et à cet instant précis, elle fut certaine, elle fut sûre de lui, sûre d’elle :

– Bon, Marine, qu’est-ce qu’on attend ?
– Pour….
– Aller voir de quoi il a l’air ce petit bonhomme ! Mon fils… notre fils, corrigea-t-il en la regardant et il se leva pour entourer ses épaules et la guider vers la sortie !
– Harm, nos amis sont ici…
– Oui, et alors ? Ce sont nos amis, n’est-ce pas ? Quand on leur expliquera, ils comprendront, Sarah, tu ne crois pas… ?Allez, viens !

– D’ailleurs, ajouta-t-il en les regardant, j’ai la très nette impression qu’ils en savent plus que moi !! A tout à l’heure, lança-t-il à la cantonade, un fils m’est tombé du ciel ; je crois que j’ai une sacrée dette envers le Père Noël !

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24 Décembre 2012, 20h 42 Mac Murphy’s

– Thomas, tu disais…Thomas, Tom…Hum… tu sais quoi, Sarah, j’ai une de ces peurs ! Je crois que je préfèrerais encore m’éjecter d’un Tomcat !… Tu crois que ça va aller, que je vais lui plaire ?

Elle le regarda bien en face, accrocha son regard bleu, lui prit la main :
– Harm, il t’aime déjà !

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24 Décembre 2012, 20h 58 Maison des Roberts

La sonnette retentit dans la maison, bien réveillée, les enfants couraient dans tous les sens, excités par la veillée et ses promesses
– Tom, hurla AJ, du premier étage, tu veux bien y aller ? je regarde un truc…
– Euh, j’sais pas… c’est plutôt à un grand d’aller ouvrir, non ?
– Enfin, ne fais pas l’idiot, tu as passé les dix dernières minutes, assis sur la dernière marche de l’escalier, devant la porte…avec ton lapin dans les bras ! Vas- y enfin !
– Chloé, tu peux venir s’il te plaît ? demanda Tom d’une petite voix
– Qu’est-ce qu’il y a mon grand ? Ouvre donc la porte, cela fait deux fois qu’on sonne !
– Bon…. J’y vais alors, j’y vais…

24 décembre 2012, 21h00 Maison des Roberts

Sur le portail des Roberts, l’Amiral Rabb n’en menait pas large, bien que son plus cher désir soit de rencontrer ce petit être qui s’avérait être son fils. Malgré les dires de Sarah, il avait peine à contenir son agitation. Ils avaient déjà sonné deux fois et pourtant, la porte ne s’ouvrait pas…
-Crois-tu qu’il ait pu se passer quelque chose ??? On devrait peut-être passer par derrière ?
-Harm ! Laisse leur le temps d’ouvrir, et ne t’inquiète pas, Chloé est là pour les surveiller…
-Chloé ??? J’ai dû rater ce morceau de l’histoire aussi moi !!! Depuis quand est-elle à Washington ??

Pendant qu’ils devisaient ainsi, la porte s’ouvrit très lentement, sans même qu’ils s’en aperçoivent. Le petit visage anxieux de Tom se glissa dans le petit interstice. Sans un mot, il contemplait ce père qu’il n’avait jamais vu… Lorsque tout à coup…

20h45 Mac Murphy’s

Harriet finissait d’expliquer à tous ses invités le secret du colonel MacKenzie, qui d’une façon ou d’une autre, les concernait tous. L’Amiral Chegwidden fut le premier à retrouver ses esprits, alors que tous les autres tentaient d’imaginer la scène qui allait bientôt avoir lieu chez les Roberts :
-Et bien… Je vois qu’ils continuent de me faire des surprises ces deux-là ! L’âge ne les a pas assagis ! Quand je pense au ramdam que ça va faire dans les hautes sphères ! Le JAG qui se découvre un héritier de 5 ans ! Le secrétaire d’Etat va en faire une maladie !!!
Ils décidèrent alors de donner une heure à leurs amis pour reformer leur famille… Tom devait avoir ce moment seul avec ses parents…

21h02 Maison des Roberts

Sentant un regard posé sur lui, Harm se retourna, pour poser ses yeux sur un regard qui lui sembla plus que familier. Il comprit ce que Mac avait voulu dire en lui expliquant qu’il ne l’avait jamais quittée pendant ces 5 ans. Comme le petit garçon ne bougeait pas, Harm s’agenouilla dans la neige éparpillée sur le perron :
-Bonjour Tom… Je m’appelle Harm… N’aie pas peur, laisse moi entrer que je te voie mieux…
Le petit garçon ouvrit alors la porte en grand, toujours sans prononcer une parole. Il n’arrivait pas à en croire ses yeux. Son père était encore plus grand et plus fort que tout ce qu’il avait pu rêver… Et en plus…
Harm pénétra chez ses amis en tenant Mac par la main, mais il ne pouvait se détourner du petit corps frêle… Une pression sur sa main l’encouragea. C’était à lui de faire le premier pas. Il examina alors son garçon des pieds à la tête : ce qu’il était beau ! Mais tout à coup, le souvenir d’un événement de la matinée lui revint en mémoire… Non… Ce n’était pas possible ! Avait-il réellement rencontré son fils dans cette station service ??? Il prit l’enfant par la main et le conduisit au salon. Mac, bien qu’impatiente, décida de les laisser seuls. Cela n’en serait que mieux… Avant de s’engouffrer dans la grande pièce derrière son père, Tom se retourna, indécis. Elle le rassura d’un sourire. Ce soir, elle en était persuadée, il ne serait pas déçu…

Ils s’assirent côte à côte, et c’est alors que Harm remarqua la peluche que l’enfant tenait toujours dans ses bras. C’était bien lui ! Comment avait-il pu passer si près de la vérité sans même s’en douter ? Ce petit garçon qu’il avait admiré dans la matinée et qui avait trotté dans son esprit toute la journée était son fils ! Ses yeux ne le trompaient pas… Il rompit alors le silence, conscient que pour Tom, ce devait être un véritable supplice :
-Mon grand… Je ne sais pas quoi te dire… On va avoir besoin d’un peu de temps tous les deux pour apprendre à se connaître… Mais on va bien s’amuser, hein ?
-Oui Amiral…
La petite voix enroba son coeur, glissant en lui comme un cadeau. Il sourit :
-Non, Tom… Pour toi, je suis Harm… Ou bien… Mais tu n’es pas obligé, c’est comme tu veux, tu sais moi non plus je n’ai pas l’habitude, on ne m’a jamais appelé comme ça mais tu peux dire…
Il ne le laissa pas finir, entrevoyant le bonheur dans les explications confuses de l’officier, il s’exclama :
-Papa ? Tu es vraiment mon papa ?
-Oui Tom… Pour de vrai…
Les larmes aux yeux, il accueillit dans ses bras tremblants le petit garçon qui lui serra le cou à l’étouffer, n’arrivant à réaliser ce qui se passait. Il avait rêvé de cet instant toute sa vie ! Mais quelques secondes après, il se dégagea :
-Et maman, tu l’aimes ?
Surpris, Harm se contenta de hocher la tête.
-Alors, tu vas rentrer à la maison avec nous ? Parce que maman, elle t’aime beaucoup beaucoup, elle me l’a dit. On sera tous ensemble, avec Chloé, son bébé et Charles ?
-Charles ?
-Oui, c’est mon deuxième papa… Mais ce n’est pas le vrai, c’est maman qui m’a expliqué. Elle m’a dit que mon vrai papa était pilote. Moi aussi j’adore les avions… Tu m’apprendras, dis ? Tu me montreras comment piloter ?
Ne recevant aucune réponse, il leva de nouveau les yeux sur le visage de son père. Ce qu’il y vit le fit trembler. Avait-il dit une bêtise ? Des larmes perlaient dans les yeux de son père. L’avait-il rendu triste ? Affolé, il chercha un moyen de se faire pardonner… Il ne supporterait pas que son papa lui en veuille ! Il lui prit alors la main :
-Papa… J’ai une surprise pour toi… Je veux rester pour toujours avec toi maintenant… Tiens !
Il lui fourra alors dans les bras le petit lapin avant de déposer une dernière caresse sur sa tête :
-Il a toujours été avec moi. Maintenant, même si je ne te vois pas, tu penseras à moi…
Cette fois-ci, les larmes coulaient vraiment sur les joues du pilote. Il prit Tom dans ses bras, le serrant contre lui avec force, oubliant les paroles à double sens de l’enfant à propos de ce « Charles » :
-Oh Tom, je te promet que tu seras toujours avec moi maintenant… Je ne te quitterai pas, jamais… C’est un très beau cadeau Thomas… Ce lapin est le plus beau cadeau que l’on m’ait jamais fait… Je te remercie… Mais je te promets que rien ne nous séparera plus jamais, ta maman, toi et moi… Nous resterons ensemble pour toujours…

Derrière la porte entrebâillée, Mac pleurait dans les bras de Chloé et AJ ne perdait pas une miette de la réaction de son parrain. C’était bien mieux que tout ce qu’il avait pu imaginer ! Et comme il était heureux pour Tom et ses parents ! Finalement, il ne regrettait pas du tout d’avoir dû rester à la maison… C’était un Noël comme on n’en vivait pas tous les ans !!! Et ce n’était pas fini

***********************************************************************Ici viennent s’intégrer les textes regroupés sous le nom de « Final » proposés par les différents auteurs
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FINAL 1/ Angel

Harm serrait son petit garçon de toutes ses forces, cela ne faisait même pas une heure qu’il avait appris l’existence de son fils et à peine dix minutes qu’il l’avait rencontré, mais la peur de le voir disparaître le hantait déjà.
Son rêve devenait soudain réalité : il avait un enfant, non mieux : lui et Sarah avait un enfant. Cette promesse folle faite il y a plus de dix ans maintenant avait finalement était concrétisée, et elle avait donné naissance à un petit ange nommé Thomas : son petit ange.
Soudain, le pilote sentit des petites mains prendre son visage, doucement il se détacha un peu de Tom et fut surpris de voir ses grands yeux bleus le détailler. Sans rien dire, il laissa faire l’enfant qui retraçait maintenant toutes les lignes de son visage avec minutie. Harm était amusé de sentir pleins de petits doigts jouer avec ses oreilles ou ses cheveux mais il ne bougeait pas, trop captivé par le regard de l’enfant. Tout à coup, l’expédition se stoppa et un sourire mêlant fierté et amusement se dessina sur le visage du petit garçon.

– Alors c’est comme ça que je serais quand je serais grand ? Parce que maman dit toujours que je ressemble à mon papa !
– Et ça te plaît ? Je veux dire, de me ressembler plus tard ?
– Oh oui alors, surtout si moi aussi je fais craquer toutes les filles !
– C’est ta mère qui t’a dis ça ?
– Non ça c’est Chloé ! Mais maman me dit toujours que je dois écouter tata Chloé alors c’est sûrement vrai !

Harm éclata de rire à cette réplique du garçonnet, décidément, il lui réservait bien des surprises. Lentement, le JAG se pencha à l’oreille de l’enfant et, de telle sorte que personne d’autre que lui ne puisse entendre, il murmura :

– Je vais te confier un secret Tom, mais tu dois me promettre de ne le répéter à personne.
– Promis…
– Le secret pour faire craquer les filles… je veux dire, mon secret pour faire craquer les filles c’est…
– Oh oui dis-moi…
– C’est le sourire mon grand.

Lentement, le petit garçon s’éloigna d’Harm et le regarda avec de grands yeux écarquillés, on aurait cru qu’il venait d’apprendre le plus important des secrets du monde. Alors, à voix basse, le petit bout demanda timidement :

– Dis, tu m’apprendras ?

Alors, le plus sérieusement du monde et toujours dans le ton de la confidence, Harm s’approcha de nouveau du visage angélique :

– Tu vois Tom, nous deux on a une chance très spéciale.
– Laquelle?
– Le sourire qui fait craquer les filles, on l’a naturellement…
– Waouh…

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Mac observait la scène depuis la porte en compagnie de Chloé et d’AJ. Tous trois étaient intrigués par tant de mystère, voilà cinq bonnes minutes que père et fils se parlaient à l’oreille sans que quiconque ne puisse entendre. Tout à coup, ils virent Tom bondir du sofa et prendre la main d’Harm pour le tirer vers la baie vitrée qui donnait sur le jardin à l’arrière de la maison. D’abord surprise par cette attitude étrange, Mac fut rassurée quand elle vit Harm lui faire un clin d’œil en murmurant : « un truc de mec ». Les trois spectateurs décidèrent donc de les laisser entre eux et partirent dans la cuisine finir les préparatifs pour le dîner qui prendrait place dans quelques minutes.

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21h16 Jardin des Roberts

Harm suivait tant bien que mal le petit diable qui le tirait par la main. Le pilote ne comprenait pas vraiment ce que Tom voulait lui montrer dans ce jardin mais le petit garçon avait insisté pour partager son secret avec son papa.
La neige avait cessé de tomber et le ciel était maintenant dégagé sur la Capitale, un temps idéal selon Tom.
Après quelques mètres dans la poudre blanche qui recouvrait la pelouse, le garçonnet s’arrêta à côté de la table de pique-nique en bois qui trônait au milieu du jardin. De quelques gestes rapides avec ses petits bras il en dégagea la neige avant de se retourner vers Harm.

– Maintenant, allonge-toi sur la table.

Sans réellement comprendre pourquoi, le JAG s’exécuta. En temps normal, il aurait sûrement rit au nez de la personne qui lui aurait demandé de faire une telle chose, mais il était tellement fasciné par ce petit bout de personne qui se trouvait devant lui qu’il aurait fait n’importe quoi. Alors, sans un mot il s’allongea sur la table de bois et, vite rejoins par Thomas, ils se mirent à contempler les étoiles en silence.
Au bout de quelques minutes d’observation, Harm sentit Tom frémir contre lui. Il faut dire que la température n’était vraiment pas très élevée en ce soir de réveillon. Alors, dans un geste à la fois naturel et paternel, Harmon Rabb souleva son fils et l’installa sur son torse avant de l’enlacer de ses bras puissants pour le réchauffer. Le petit garçon sourit à cette attention, lui qui avait espérer si longtemps que son papa l’aimerait autant que lui l’aimait, il avait la certitude à cet instant précis que son rêve devenait réalité. Son instinct, que sa mère lui avait si souvent conseillé de suivre lui soufflait qu’il pouvait avoir confiance en cet homme, alors, sans plus attendre, il décida de lui confier son secret.
Doucement, Harm sentit la petite main chaude de son fils prendre la sienne en même temps que sa voix enfantine lui murmurer :

– Moi aussi j’ai un secret. Et je l’ai jamais dit à personne, parce que c’est un secret très secret !
– Et tu veux bien me le dire à moi ?
– Oui je veux bien… parce que j’ai confiance.

Harm était ému par cette déclaration spontanée du petit garçon, mais il n’eut pas le temps de méditer plus longtemps que la petite voix reprenait :

– Je l’ai jamais dit à personne, même pas à maman ! Mais depuis très longtemps, tous les soirs, je vais dans le jardin et je regarde les étoiles.
– Pourquoi ?
– Pour toi…
– …
– C’est un vieux indien de la réserve où travaille maman qui m’a dit un jour que tout le monde a son étoile quelque part dans le ciel, alors, depuis, je regarde les étoiles tous les soirs, et comme je sais que la tienne et là, et ben… je lui parle…
– Et qu’est-ce que tu lui dis ?
– Ben… que je t’aime…

Cette fois, Harm sentit une larme rouler sur sa joue. Comment avait-il pu rester si longtemps loin de ce petit être ? Ce petit ange qui lui louait une admiration et un amour sans limite depuis maintenant cinq ans ! Le pilote se réprimanda une nouvelle fois d’avoir laissé sa vie lui échapper ainsi cette nuit-là et se jura de ne plus jamais faire endurer à son petit garçon ce que lui-même avait si durement supporté pendant des années : l’absence d’un père. Aucun doute, maintenant rien ne pourrait plus jamais séparer le père du fils !
Tendrement, Harm embrassa le front de Tom puis se releva afin de le poser sur ses genoux. Alors, d’une voix douce, il lui fit la plus importante des promesses qu’il n’ait jamais faites de sa vie :

– Ecoute moi bien Tom. Je sais que je n’ai pas était là pour toi ces cinq dernières années et que ça n’a pas du être simple pour toi. Mais je te promets qu’à partir de maintenant, toi et moi, on ne sera plus jamais séparés !
– Tu es sûr, parce que maman dit toujours qu’il ne faut pas faire de promesse qu’on n’ait pas sûr de tenir !
– Je sais ce que ta maman dit des promesses Tom et elle a raison. Mais crois-moi, je ne te ferais pas cette promesse si je ne comptais pas la tenir ! Je te jure Tom, que quoiqu’il arrive, je serais toujours là pour toi !
– Qu’est-ce qui me le prouve ? Tu n’étais pas là pour maman !

Harm était touché par la véracité de l’argument de son fils. Cela lui faisait tellement mal d’admettre qu’il n’avait pas été à la hauteur avec Sarah, alors de l’entendre de la bouche de la petite tête brune innocente qui se trouvait devant lui, ne faisait que lui rappeler les lourdes conséquences qu’avait engendrées son erreur, conséquences dont Sarah et Tom avaient été les principales victimes. Mais Harm avait bien l’intention de se rattraper, il avait certes perdu cinq ans, mais il ne perdrait pas une seconde de plus !
Délicatement, il porta sa main à sa poitrine, en dégrafa la broche dorée et, devant les yeux ébahis de l’enfant, les déposa dans sa petite main.

– Je te promets que je serais toujours là pour toi Tom. Et chaque fois que tu ne me verras pas, je serais quand même là, tu n’auras qu’à regarder ces ailes…
– Comme toi tu regarderas mon lapin ?
– Exactement pareil !

Tendrement, le petit ange passa ses bras autour du cou de son papa. Sans se faire prier, Harm le suivit dans son câlin et l’enlaça de ses deux bras en lui murmurant à l’oreille :

– Je t’aime fils…

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21h40 Maison des Roberts

A l’intérieur de la maison, la bande d’amis rentrée à peine du Mac Murphy’s. Alors que Chloé les accueillait en les invitant à se débarrasser de leurs manteaux, Harriet ne prit même pas le temps d’enlever ses gants que déjà, elle s’approchait de Sarah.

– Alors, où sont-ils ?
– Dehors… Je crois que c’est une idée de Tom…

La femme de Bud voyait bien sur le visage de son amie que le doute s’installait, aussitôt elle décida de lui demander ce qui n’allait pas.

– Qu’est-ce qu’il y a Sarah ?
– Et si ça ne se passait pas bien ? Si Tom était déçu ? Ou si Harm ne voulait pas assumer son rôle de père ? Ou si…
– Stop Sarah ! Là on arrête ! Tu sais aussi bien que moi qu’Harm est fait pour être père et de ce que j’ai vu, ton fils à l’air vraiment adorable, alors je ne vois pas ce qui ne pourrait pas marcher entre eux !
– Oui tu as sans doute raison.
– Bien sûr que j’ai raison ! Et le plus simple c’est de leur demander !

D’un signe de tête, Harriet encouragea Mac à regarder derrière elle. Lentement, la jeune femme se retourna pour voir la raison du silence qui avait soudainement pris place dans la maison.

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21h43 Maison des Roberts

Le groupe d’amis restait sans voix devant le tableau qui s’offrait à eux ; Harm s’avançait vers eux en affichant exactement le même sourire que le petit garçon qui lui tenait fermement la main. Chacun dans la pièce fut frappé par la ressemblance plus qu’évidente entre le pilote et le petit bout à ses côtés, même Sarah, qui pourtant avait décelé la ressemblance entre le père et le fils la première fois que Tom avait posé les yeux sur elle fut surprise de constater que le petit ange était en réalité la copie conforme de son papa : le même sourire, le même regard, le même charme indéniable…
Soudain, les larmes montèrent aux yeux de Sarah et elle ne fit rien pour les retenir : les ailes dorées habituellement présentent sur l’uniforme impeccable de son ex-partenaire se trouvaient bien enfermées dans la petite main de son fils ! Cette fois, elle en était sûr, quoiqu’il puisse arriver à l’avenir, quoiqu’il puisse se passer entre elle et Harm, il serait toujours là pour Tom, il ne l’abandonnerait pas, et ça, c’était l’essentiel !

Harm observait ses amis. Il était amusé de voir leurs mines stupéfaites et remercia intérieurement Harriet de les avoir préalablement prévenus ce qui lui évitait d’avoir à contacter le 911 ! En effet, il pouvait voir que l’Amiral et Tiner étaient à la limite de la syncope et n’osait pas imaginer ce qui se serait passé s’ils n’avaient rien su du tout ! Décidant de mettre fin à leurs troubles, il jeta un dernier coup d’oeil vers Tom, puis vers Sarah, et déclara finalement avec une fierté évidente dans la voix :

– Mes amis, je vous présente mon fils… notre fils, Thomas.

Alors qu’un nouveau silence s’installait, c’est AJ qui bougea le premier. Lentement, il s’approcha de Tom et s’agenouilla devant lui avant de lui tendre la main.

– Bonjour Thomas.

D’abord hésitant, le petit garçon délivra doucement sa main de celle de son père pour serrer timidement celle de l’ancien JAG.

– Bonjour monsieur.
– Oh tu peux m’appeler AJ, j’ai eu droit à assez de Monsieur dans ma vie !
– D’accord AJ.
– Dis-moi jeune homme, tu ne veux pas devenir avocat n’est-ce pas ?
– Oh non !

AJ n’eut pas le temps de dire « ouf » que l’enfant complétait sa réponse.

– Si j’arrive à convaincre maman je serais pilote comme papa !

Devant la tête déconfite d’AJ à l’entente de cette réponse spontanée du petit garçon toute la bande d’ami ne put retenir un fou rire collectif pendant que l’ancien JAG se murmurait pour lui même :

– Le SECNAV n’a pas fini de se faire des cheveux blancs !

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23h16 Maison des Roberts

La fête battait son plein dans la maison. Tout le monde avait pris place autour de la cheminée une fois le repas terminé et chacun continuait le récit de sa vie durant les dix dernières années, tout le monde sauf Sarah. Harm le remarqua et, la cherchant du regard, c’est Harriet qui lui fit signe que la jeune femme se trouvait sur le porche de la maison. A ce moment, Harm su que c’était maintenant qu’aller se jouer son avenir, leur avenir. A voix basse, il expliqua à la petite tête brune qui avait pris place sur ses genoux qu’il devait aller parler à sa maman, alors, tout en essayant de ne pas gêner Sturgis dans son discours, il s’éclipsa.

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23h16 Porche de la maison des Roberts

Sarah était appuyée sur la rambarde et regardait la neige qui avait refait son apparition voilà dix minutes. Elle était heureuse ce soir, heureuse comme jamais, parce que pour la première fois depuis longtemps tout semblait se dérouler comme elle l’avait souhaité : elle était revenue après cinq ans d’absence et contrairement à ses doutes du début de journée, tout c’était bien déroulé, ses amis avaient étaient géniaux une fois de plus, en particulier Harriet qu’elle ne pourrait jamais remercier suffisamment pour tout ce soutient, et puis, il y avait eu ces retrouvailles au Mur… cette libération inespérée après cinq longues années de souffrances ! Enfin elle l’avait retrouvé, enfin, elle avait pu lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur, et enfin il ne s’était pas défilé… pour la première fois il lui avait montré sa face cachée, celle d’un homme terrifié à l’idée d’aimer… Cependant, elle avais su à cet instant précis que tout n’était pas perdu, la route serait encore longue et les difficultés certainement encore nombreuses, mais elle se sentait prête à y faire face… pour lui… avec lui…
Aussi, comment pouvait-elle repenser à cette journée en omettant le plus important : Tom. Car s’il y avait une chose qui la terrifiée en début de journée, c’était bien la façon dont ces amis allaient prendre la nouvelle de l’existence de Tom… et surtout, comment Harm allait le prendre ? Elle devait bien l’admettre, la principale raison de sa venue n’était pas la perspective de ces retrouvailles entre amis, mais la volonté sans faille de son petit garçon de connaître enfin son papa. Longtemps Sarah avait hésité à venir, longtemps elle avait pesé le pour et le contre, avant de finalement céder au regard bleu azur de son petit ange. En voyant ce regard implorant, elle avait revu Harm, douze ou treize ans plus tôt, dans la région de Svichevo, alors qu’il la suppliait du regard de continuer la traduction du récit de Pichta, elle s’était rappelée son magnifique visage inondé de larmes quand il avait compris qu’il ne reverrait plus jamais son père… Elle avait alors réalisé qu’elle ne pouvait pas faire endurer ça à son fils, qu’elle ne pouvait pas être la cause d’une souffrance qui le suivrait toute sa vie d’enfant et d’homme, qui le hanterait chaque fois qu’il fermerait les yeux, et surtout, qui l’empêcherait d’être heureux… Oui, Sarah était revenue pour son fils, pour lui donner cette chance d’être heureux, et grâce au ciel, la jeune femme ne pouvait que constater qu’elle avait eu raison : le sourire sur le visage de son petit garçon ne mentait pas, il était heureux…
Encore une chose et la jeune maman croirait définitivement au miracle de Noël, mais cette fois, la balle n’était pas dans son camp, cette fois, c’est Harm qui devrait provoquer le miracle.

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23h20 Porche de la maison des Roberts

Il l’observait depuis plusieurs secondes quand il se décida enfin à bouger. Sans un bruit, il s’approcha d’elle et s’appuyant lui aussi sur la rambarde, il l’imita en fixant son regard sur la neige qui tombait drue.
Ils restèrent ainsi pendant cinq bonnes minutes, chacun profitant du calme de la nuit et espérant qu’il ne précédait pas la tempête. Finalement, c’est le pilote qui prit la parole le premier.

– La nuit est belle n’est-ce pas ?
– Oui.

Un nouveau silence avait pris place après ce brève échange, tous deux étaient mal à l’aise ne sachant par où commencer, ils avaient tellement de choses à se dire, à s’avouer, mais aussi à se pardonner…
Une fois de plus, Harm se décida à parler le premier, une question le démangeait trop.

– Qui est Charles ?
– C’est Tom qui t’a parlé de lui ?
– Oui.

Le regard toujours fixé sur la neige comme celui de son voisin, Mac inspira profondément. Hier encore, elle se persuadait que sa vie était aux côtés de Charles, alors que voilà quelques heures, en revoyant Harm à la station service elle avait compris que sa relation avec le docteur n’était qu’une mascarade ! Bien sûr il était un père formidable pour Tom, bien sûr elle l’aimait, à sa façon, mais… il n’était pas Harm…
La jeune femme réalisait à peine que sa discussion avec Charles tout à l’heure avait définitivement tiré un trait sur leur relation, sur trois ans de vie commune… Sarah sentit soudain des larmes lui piquer les yeux, mais elle les retint, Charles n’aurait pas voulu la voir pleurer, surtout pas à cause de lui…Elle devait aller de l’avant maintenant, chercher le bonheur coûte que coûte, et ce bonheur, elle espérait bien le trouver avec Harm.
Aussi fut-elle tirée de ses pensées par sa voix.

– Alors ? Qui est-ce ?
– Quand je suis partie, ça n’a pas été facile au début, j’ai beaucoup douté, beaucoup pleuré…
– Je suis désolé Sarah, je…
– Laisse-moi finir Harm, s’il te plaît !
– Très bien…
– Pendant plus d’un an je n’ai fait que me consacrer à Tom et à mon boulot. Et puis, j’ai rencontré Charles, il était le docteur de la réserve. On s’est d’abord côtoyé pour le travail, puis on est devenu ami et enfin, je l’ai laissé entrer dans mon cœur. Pendant trois ans, il a su me rendre le sourire, me redonner la joie de vivre, et surtout, il a été un père merveilleux pour Tom ! Et puis… il y a eu aujourd’hui… Ce n’était pas prévu mais il est venu à Washington, avec Chloé, il a pris l’avion et a débarqué à l’improviste craignant que…
– Craignant que ?
– Craignant que quand je te reverrais… il me perdrait.
– Et sa peur était justifiée ?
– Je crois, que… lui comme moi, nous avons réalisé qu’il ne m’avait jamais réellement eu…
– …
– Ecoute Harm, je veux que tu saches que quoiqu’il se passe maintenant, si c’est son souhait, Charles continuera de voir Tom aussi souvent qu’il le voudra !
– Je comprends et je suis totalement d’accord.

Cette fois Sarah avait tout dit, elle n’avait plus de secret pour le pilote, et elle espérait qu’il en soit de même pour lui. Il n’y avait plus qu’eux désormais, eux et leur destin…
Mac sentit les yeux d’Harm se poser sur elle alors qu’elle n’osait toujours pas bouger. Mal à l’aise par ce regard insistant, elle lança d’un ton froid :

– Et maintenant ?
– Maintenant ? Je ne sais pas ! Ca ne dépend pas que de moi…

Lentement, Sarah se tourna vers le JAG et le regarda droit dans les yeux. Il était temps que cette petite danse cesse, qu’ils prennent chacun leurs responsabilités et que les choses soient claire une fois pour toute.

– Quinze ans que ça dure Harm, quinze ans de questions sans réponse et de non-dits, quinze ans à se déchirer pour mieux se réconcilier après, quinze à pleurer sur nos erreurs et à regretter nos actes manqués ! Tu ne crois pas qu’il est temps que ça change ?

Harm était touché par les mots de Sarah, tout cela était tellement vrai… Mais il n’allait pas se défiler, pas encore une fois, pas maintenant !

– Oui ça fait quinze ans Sarah… quinze ans que je repousse l’échéance par peur de l’affronter. Mais aujourd’hui je suis prêt, et pour la première fois de ma vie, je sais ce que je veux et ce que je suis prêt à sacrifier pour l’avoir.
– …
– C’est toi que je veux Sarah… toi et Tom ! C’est ce que j’ai toujours voulu, seulement, je n’ai trouvé le courage de te le dire que ce soir… et crois-moi, j’en suis le premier navré ! Si tu savais combien de fois j’ai rêvé ce moment ces cinq dernières années ? Combien de fois le téléphone a sonné et j’ai espéré que ce soit toi ? Combien de fois je me suis réveillé en pleine nuit priant pour que tout ceci ne soit qu’un cauchemar ? Que tu sois à mes côtés, que tu n’aies jamais disparu ! Je sais que je t’ai fait du mal, que je vous ai fais du mal… Mais c’est fini, je ne me défilerai plus, je serai là pour toi et Tom, à chaque instant ! Enfin, si c’est ce que tu veux ?

Sarah restait le regarder abasourdie par ce quelle venait d’entendre, alors le miracle avait vraiment eu lieu ? Après des années à se chercher et à se repousser, enfin, ils s’étaient trouvés ?
Sans plus attendre, elle s’avança vers lui et, oubliant ses doutes, elle s’éleva sur la pointe des pieds et, comme une douce caresse, elle déposa ses lèvres sur celle du pilote.
La magie de Noël s’opéra autour des deux amants et, avec une tendresse infinie, Harm prit le visage de Sarah entre ses mains, rendant ce baiser d’abord doux en une passion enflammée.
Finalement, c’est à bout de souffle qu’ils se séparèrent et, tout en haletant, Harm posa son front contre la tempe de Mac et lui murmura d’une voix rauque :

– Je sais que j’aurais du le dire il y a bien longtemps mais… je t’aime…

A l’entente de ce simple aveu, Sarah sentit des larmes couler sur son visage, mais pour la première fois depuis longtemps, c’était des larmes de joie ! Lentement, elle détacha son visage de celui du pilote et avec hésitation, elle le regarda dans les yeux avant de lui demander :

– Alors maintenant on ne fuit plus ?
– On ne fuit plus Sarah… plus jamais !
– Harm, je veux que tu saches que malgré le fait que je sois partie… moi aussi je…
– Chut… je le sais ma belle.
– Mais je veux que tu n’en doutes jamais, je t’aime Harm…

Cette fois, c’est avec amour et tendresse qu’ils s’embrassèrent, comme si, ce baiser était leur tout premier, et c’était d’ailleurs, d’une certaine façon peut-être le cas…

Tout à coup, ils furent interrompus par des petites mains qui tiraient sur leurs jambes et, c’est avec étonnement qu’ils découvrirent un sourire émerveillé sur le visage de leur fils.

– Et les amoureux, c’est l’heure !

Alors, sans plus attendre, Harm souleva Tom dans ses bras et la petite famille rentra dans la maison, le petit garçon avait raison, il était l’heure de partir.

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Minuit, Eglise de l’aumônier Turner

L’Eglise était comble en ce soir de réveillon et chacun écoutait avec attention les paroles du père de Sturgis, qui malgré son âge avancé continuait toujours de prêcher la bonne parole.
Tous les amis s’étaient installés sur le même banc, tous sauf trois personnes, qui par manque de place s’étaient installés sur le banc juste derrière.
Discrètement, Harriet jeta un coup d’œil dans son dos et ne pu retenir un sourire ; le petit Thomas se tenait endormi sur les genoux de son papa, les ailes dorées de ce dernier toujours aussi fermement encrée dans sa main, à ses côtés, Sarah, à l’image d’Harm d’ailleurs, semblait enfin heureuse.
Et alors que l’aumônier Turner évoquait dans son discours l’importance de la famille, les deux âmes soeurs enfin réunis enlacèrent leurs doigts tel une promesse d’un avenir heureux et plein d’amour.

FIN.

FINAL 2/Audrey

24 décembre 2012, 21h15, Maison des Roberts

Séchant ses larmes, Mac pénétra dans la pièce et se serra contre son partenaire, passant sa main dans les cheveux de son fils, qui se retourna vers elle, radieux :
-Tu avais raison maman… Mon papa, c’est le meilleur du monde ! Et maintenant, on sera ensemble tout le temps… C’est une promesse… Et il faut toujours tenir ses promesses, hein maman ?
-Oui, Tom. On doit toujours tenir ses promesses… Réussit-elle à murmurer, les yeux perdus dans le regard azur de Harm.
Ils n’avaient plus besoin de mots. Les explications viendraient en temps utiles. Ce soir, ils devaient profiter de chaque instant pour s’assurer que leur amour surmonterait tous les obstacles, et grâce à ce qu’elle déchiffrait dans les prunelles brillantes d’émotion, ses derniers doutes s’envolèrent. Lui, comme elle, étaient enfin prêts pour cette vie familiale qu’ils avaient tant rêvée… En Caroline du Nord ou à Washington, dans une maison ou un appartement, peu leur importait. Ces conditions matérielles n’avaient aucune importance. Seul comptait leur amour. Ils auraient pu rester là à se regarder pendant des heures… Cela faisait si longtemps qu’ils attendaient ce moment ! Mais Tom ne tenait pas en place. Il sauta sur ses pieds et prit son père par la main :
-Oh ! J’ai failli oublier ! J’ai une autre surprise pour toi !
En riant de bonheur, le JAG entreprit de suivre son fils dans sa course folle vers l’entrée où il avait laissé son manteau, dont il entreprit fébrilement de fouiller les poches. Il en extirpa fièrement une feuille de papier qu’il lui tendit :
-C’est pour toi…
Il déplia le papier avec précaution. Le Tomcat qu’il y découvrit le fit sourire :
-C’est toi qui l’as dessiné Tom ?
-Oui papa ! AJ m’a prêté sa maquette pour que j’aie un modèle…
-Puisque tu aimes les avions Tom, je t’emmènerai faire un tour avec Sarah…
-Avec Maman ? Rien que tous les trois ?
-Non mon chéri… répondit Mac en s’approchant. Sarah est le nom de l’avion de ton papa…
Emerveillé, le bambin ne calculait plus son bonheur. Quelle joie que ce Noël !
Enfin, Harm se rendit compte de la présence de Chloé et de son filleul. Il prit la jeune femme dans ses bras :
-Tu es toujours aussi ravissante ! Que deviens-tu ? Tu me caches aussi l’existence d’un enfant ?
-Tu ne crois pas si bien dire Harm ! Je suis mariée et maman d’un petit garçon !
Il faillit en tomber à la renverse. Devant sa tête, tous éclatèrent de rire, y compris AJ qui surveillait distraitement ses petits frères qui jouaient dans leur chambre, inconscients de la scène qui avait lieu dans leur vestibule. Harm enlaça ensuite son filleul et lui ébouriffa les cheveux :
-Alors tu étais au courant et tu ne m’as rien dit ? Espèce de petit cachottier !
-Eh ! Je ne le sais que depuis ce matin ! Et Tom n’avait pas besoin d’un avocat ! Sa cause se défendait d’elle-même !
-Tu seras aussi bon que ton père toi mon bonhomme ! Heureusement que je serai presque à la retraite lorsque tu commenceras à plaider !
Le jeune garçon rougit de plaisir. Comme pour Tom, Harm avait toujours été un sujet d’admiration pour lui, mais pas tant pour ses exploits de pilote que d’avocat. Combien de fois n’avait-il pas réclamé, lors des veillées passées en sa compagnie, qu’il lui raconte d’anciennes affaires gagnées par pur talent juridique, ou bien les nombreuses prises de becs au tribunal avec son ancienne partenaire, que Bud racontait toujours avec une étincelle dans les yeux. Oui, il serait avocat et rien ne pourrait le détourner de sa vocation.
Tom monta un instant dans la chambre de son ami, tandis que les « grands », finissaient de préparer les plats pour le retour des autres invités. Il redescendit avec la première photo qui avait été faite de lui et de sa mère. Elle la lui avait donnée, et il ne s’en passait plus, réconforté par le regard d’amour qu’il voyait sur le papier glacé, à chaque fois qu’il avait un chagrin. Son père serait peut-être content de la voir ? Mais en redescendant, il ne le trouva plus. Le grand Amiral avait disparu. Il fit le tour de la maison deux fois de suite pour s’assurer qu’il ne s’était pas trompé. Mais non… Il n’était plus là… En pleurant, il se jeta sur sa mère, qui finissait d’allumer les bougies sur la grande table :
-Maman ! Il m’aime pas mon papa ? Il est parti ? Qu’est-ce que j’ai fait, maman ? Il avait promis !
-Mais non, mon poussin, ton papa est là ! Tu n’as pas bien cherché ! Tu n’as rien fait de mal voyons ! Viens avec moi, nous allons le trouver.
Avec son fils, elle l’appela, sans résultat. Il semblait réellement s’être volatilisé. Inquiète, elle tentait de rassurer le petit garçon dont les larmes ne se tarissaient pas. Avait-il pu jouer la comédie ? Reculait-il une nouvelle fois, malgré le sourire radieux de Tom ? Non… Ce n’était pas possible… Harm avait changé. Elle lui faisait confiance. Mais alors où était-il ?
L’arrivée d’Harriet et de ses invités fit diversion, mais pas pour Tom, qui courut en haut pour se jeter sur le lit d’AJ, qui ne savait que faire pour le consoler.
Surpris de ne pas voir le petit garçon qui était le sujet de conversation de la soirée, l’Amiral Chegwidden s’informa auprès de Mac :
-Et bien, Harm est en haut avec son rejeton ? Il ne daignera même pas nous le présenter ?
-Amiral… Harm n’est plus là. Il a disparu depuis une demi-heure, et Tom en est bouleversé. Je ne sais pas ce qu’il lui a pris, il avait l’air heureux…
-Comment ça il a disparu ? Cette tête de mule n’a pas planté là son seul et unique fils ? Mac, je peux vous assurer que s’il n’a pas eu le cran d’affronter ses responsabilités, tout Amiral qu’il est, je lui mettrai mon poing dans la figure !
Hors de lui, il se jeta sur son téléphone et composa le numéro de son ancien subordonné. Le répondeur ne fit qu’attiser sa colère :
-Rabb ! Je ne sais pas où vous êtes ni même ce que vous avez en tête, mais je vous conseille de rappliquer immédiatement ! Vous n’avez pas honte de faire ça à un enfant de 5 ans le soir de Noël ! Je vous croyais plus humain que cela !

Une étrange torpeur était tombée sur la maison. Aucun d’eux ne comprenait la réaction de l’Amiral et Mac était montée pour essayer de calmer l’enfant, qui pleurait depuis presque une heure, totalement effondré, lorsque tout à coup, la porte s’ouvrit et, claquant ses pieds sur le paillasson, Harm rentra dans la pièce. Il sourit à la vue de tous ses amis et famille réunis dans la même pièce, sans prendre garde à leurs mines défaites et stupéfaites de le voir revenir ainsi :
-Vous êtes là ? Nous allons donc pouvoir continuer la veillée ! Harriet, je suis désolé d’avoir fait attendre ton repas ! Je suis allé chercher quelque chose chez moi.
L’Amiral Chegwidden se leva :
-Vous avez fait quoi ?
-Et bien… Je ne m’étais pas changé et je devais offrir quelque chose à mon fils… C’est Noël, après tout ! Il me comble tellement qu’il fallait que je le lui rende ! bredouilla l’officier, sentant confusément la colère de son ami.
-Triple idiot ! Et ça ne vous serait pas venu à l’esprit de prévenir Mac de votre escapade ? Sombre andouille ! Cela fait une heure que votre petit garçon pleure toutes les larmes de son corps parce qu’il croit que vous l’avez déjà abandonné ! Vous n’avez vraiment rien dans le crâne ! Vous êtes la honte de l’aéronavale !
-Vous voulez dire que…
-Mais oui ! Que vouliez-vous qu’il croie ? Et comment le rassurer alors que nous ne savions même pas ce que vous faisiez ! Si je ne me retenais pas…
Horrifié, Harm grimpa à l’étage quatre à quatre. Les sanglots qu’il entendit lui déchirèrent le cœur. Il faisait un bien mauvais père ! Cela ne faisait pas une journée qu’ils se connaissaient et il le faisait déjà pleurer ! Ca ne lui était absolument pas venu à l’idée que l’enfant aurait pu s’inquiéter de son absence. Cela faisait décidément bien trop longtemps qu’il vivait en célibataire… Il poussa la porte avec lenteur. Tom était roulé en boule sur le lit et Mac tentait vainement de le raisonner. Elle l’aperçut mais il lui fit signe de se taire. Elle sortit, soulagée qu’il soit là. Quelle qu’ait été la raison de son absence, il était là. A lui désormais de s’expliquer avec son fils. Elle passerait ensuite…
Il s’assit sur le lit et posa une main sur son dos, secoué par les pleurs. Il réagit violemment, repoussant la main sans se retourner :
-Laisse-moi tranquille maman ! Je suis un méchant garçon ! Papa ne m’aime pas ! C’est ma faute !
-Ne dis plus jamais ça Tom… Je ne veux pas que tu doutes de cela : Je t’aime Tom et tu es un merveilleux petit garçon…
La douce voix masculine pénétra doucement dans l’esprit de l’enfant, qui se redressa, des larmes encore dans ses yeux :
-Tu es revenu papa ?
-Oh Tom je suis désolé ! J’étais parti me changer, tu vois, j’ai enlevé mon uniforme… Je n’ai pas pensé à te le dire… Je suis très très bête… Mais tu sais, je n’ai pas l’habitude ! Je ne recommencerai plus, c’est juré… La prochaine fois, je t’emmènerai chez moi, pour que tu voies où j’habite…
-C’est vrai ? Tu m’aimes bien quand même alors ?
-Mais bien sûr mon amour… Tom excuse-moi… Je t’adore mon lapin ! Il ne faut plus jamais que tu aies peur : je ne te laisserai jamais tomber. Tu peux me faire confiance… C’est une promesse !
De nouveau, son fils se blottit dans ses bras, finissant de calmer ses pleurs, respirant l’odeur rassurante de son père et la force tranquille qui se dégageait de son étreinte. Ils descendirent tous deux quelques minutes plus tard et Harm présenta l’enfant à ses amis, la gorge enrouée par l’émotion :
-Mes amis, je vous présente Thomas. Notre petit garçon ! Dont je suis particulièrement fier en ce soir de Noël où il apparaît pour moi comme un cadeau du ciel, tout comme sa mère, que je n’aurai jamais dû laisser s’éloigner ainsi de moi…
Le visage encore marqué par les larmes, était désormais rayonnant. Rassurée, Mac renonça à en vouloir au pilote. Si explications il devait y avoir, elles n’auraient pas lieu ce soir… Et puis Harm avait pu avoir besoin d’un moment pour réaliser ce qui lui arrivait. Cela n’avait pas dû être évident à gérer pour lui, même si désormais, brillait sur ses lèvres le sourire désarmant qui l’avait fait craquer. Elle se glissa dans les bras de son meilleur ami, sous les regards émus de leurs amis. Tom, tout comme son père, arborait un sourire éclatant et il se laissa embrasser par tous ces inconnus qui faisaient partie de la vie de ses parents. Le repas se passa dans la bonne humeur générale et l’excitation légitime des enfants. Le pied du sapin disparaissait sous les montagnes de cadeaux et les jumeaux tentaient vainement de s’en approcher. Mais Harriet restait ferme. Ils n’auraient leurs cadeaux qu’après la cérémonie de Noël.
A minuit, ils se retrouvèrent tous à la chapelle. Le sermon du révérend, axé sur la magie de Noël et le bonheur d’avoir une famille à aimer et à chérir, émut l’assistance aux larmes, tout spécialement l’Amiral Rabb, qui tenait dans ses bras un petit garçon de cinq ans endormi. Confiant, l’enfant s’était laissé bercé par les battements de cœur de son père et peu après leur arrivée à la chapelle, il rêvait, exténué par les émotions de la journée. Pour Sarah et son pilote, cette messe fut presque comme un mariage… En sortant dans la neige qui avait enfin cessé de tomber, ils s’embrassèrent tendrement. Tout avait été avoué, expié, pardonné. Ils étaient désormais ensemble, aujourd’hui et à jamais… Revenus chez les Roberts, Tom fut réveillé par le bruit que faisait la joyeuse fratrie en pénétrant dans le salon pour se jeter sur les cadeaux. Mais l’Amiral Chegwidden tempéra leur enthousiasme et fit la distribution. Son expérience en tant qu’entraîneur de base-ball lui permit de les contenir le temps que tout le monde soit réuni. Tom était toujours dans les bras de son père. Le père Noël était déjà passé pour lui, et rien ne pourrait être plus beau que l’amour de son père, dont il ne doutait plus. Les papiers cadeaux étaient arrachés sans aucune considération pour le temps passé à les scotcher… Le bruit était assourdissant, mais sur tous les visages, la joie et le bonheur rayonnaient. Même Sergueï riait : grâce à Harm, sa famille serait bientôt là. Il n’en doutait pas. Son frère était le meilleur et rien ne l’arrêterait. La pile de cadeaux diminuait rapidement. Mac reçut une splendide paire de boucle d’oreilles de l’ensemble de ses amis du Jag et fut particulièrement étonnée lorsque l’Amiral lui tendit une petite boîte.
-Mais, je croyais…
-Ne me demandez pas d’explications, Colonel ! Je ne suis que le livreur ! C’est écrit « Sarah », alors j’obéis !
Elle enleva délicatement le beau papier de soie, n’osant imaginer ce que contenait la boîte. Avant de l’ouvrir, elle jeta un coup d’œil à Harm, qui l’encouragea d’un sourire. Elle laissa échapper un cri d’admiration : le diamant, monté sur l’anneau brillait de mille feux. Lorsqu’elle releva la tête, Harm était agenouillé devant elle. Il prit délicatement le bijou dans sa main et la dévisagea :
-Sarah MacKenzie… Accepteriez-vous de m’épouser ?
Elle ne savait que dire… Elle pleurait de bonheur, et la seule réponse qui lui parut digne d’une telle demande fut un baiser passionné, entrecoupé par un « oui », soupiré comme une délivrance. Ils ne se séparèrent que lorsque leurs amis commencèrent à applaudir à tout rompre. L’un après l’autre, ils félicitèrent les nouveaux fiancés. Toujours pratique, Sturgis taquina son ami :
-Tu avais prévu cela avant la soirée ? Tu étais si sûr de toi pour penser qu’elle ne te rejetterait pas ?
-Au lieu de parler sans savoir, tu ferais mieux de te taire. Je t’apprendrai que j’ai cette bague depuis plus de 7 ans…
-Et à qui la destinais-tu donc, petit cachottier ?
-Mais… A Mac bien sûr…
AJ donna une bourrade à son parrain :
-Et bien, tu n’es vraiment pas rapide, pour un pilote !
Vexé, il courut après lui, et après l’avoir attrapé, entreprit de le chatouiller pour le punir de son impertinence. Au cri de détresse de leur frère, Jimmy et les jumeaux accoururent et ce furent quatre garçons déchaînés qu’Harm affronta, riant malgré lui aux chatouilles des enfants Roberts. Il fut bientôt submergé sous le nombre, mais Tom se jeta dans la bataille, tentant de l’aider de son mieux, le dégageant des petites mains taquines. Après une bonne dizaine de minutes de bataille acharnée, à laquelle se mêlèrent rapidement Sergueï et Tiner, l’Amiral Chegwidden exigea le silence en argumentant que la distribution n’était pas finie. Les enfants se redressèrent, rouges de bonheur. Leurs aînés, complètement débraillés, se relevèrent en reprenant leur souffle :
-Ce n’est plus de mon âge ! Soupira Harm en remettant en place sa chemise blanche sur laquelle un petit diable s’était acharné.
Mac se poussa pour qu’il puisse s’asseoir près d’elle et, faussement fâchée, elle remarqua :
-Tu ne changeras jamais ! Un véritable enfant !
Ils observèrent ensuite les enfants déballer leurs derniers cadeaux. Tom était sidéré que le Père Noël ait pu le retrouver ici, à Washington alors que d’habitude il était en Caroline du Nord ! Enfin, arriva le dernier paquet… Solennellement, l’Amiral le tendit à Tom.
-Tiens mon bonhomme. Ca, c’est pour toi… Et si tu veux mon avis, c’est ton papa qui a passé une commande spéciale…
Le petit garçon jeta un coup d’œil à son père, qui lui fit un clin d’œil. Il se trouvait déjà bien gâté, mais il restait ce paquet… Un cadeau de son papa… Sous les regards attentifs des adultes, il entreprit de l’ouvrir. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant, avec la maquette d’un Tomcat, une vieille photo. Un homme et un enfant avaient été immortalisés sur ce cliché. Surpris, le petit garçon avait l’impression de se reconnaître, mais ce n’était pas lui… Il n’avait jamais été assis dans un cockpit ! Et l’homme à côté… On aurait dit son père, mais avec une moustache en plus… Il tourna un regard empreint de curiosité vers Harm :
-C’est qui sur la photo papa ?
-Le pilote, c’est ton grand-père, Thomas. Et le petit garçon, c’est moi. C’est pour que tu n’oublies pas d’où tu viens Tom. Je te l’ai promis, un jour tu viendras avec moi et on ira voler tous les deux. Sache qu’à ce moment-là, ton grand-père sera avec nous. Et qu’il veille sur toi, tout comme il a veillé sur moi…
-Il est où ? demanda l’enfant, pressentant une réponse incompréhensible et douloureuse.
-Il est parmi les étoiles, au Paradis. Du haut du ciel, il peut tout voir, tout entendre… Ainsi, il t’aidera si tu as besoin de lui…
-Je peux pas le voir ?
Touché par la ferveur qu’il sentait dans la voix de son fils, Harm eut du mal à répondre :
-Si, mon petit lapin… Je t’emmènerai le voir, demain… Là où il est, avec tous les autres soldats qui sont partis au Paradis en même temps que lui…
L’enfant, abandonnant alors la maquette, mais serrant toujours dans sa petite main la photo de son père, s’approcha de lui, et le regarda sérieusement :
-Tu pleures ? Pourquoi ? C’est très joli le Paradis… Maman m’a raconté comment c’est… Elle pourra t’expliquer si tu sais pas… Et puis, je suis là moi… Je veux pas que tu sois triste…
La petite voix suppliante fit sourire Harm au milieu de ses souvenirs :
-Oui, tu es là mon garçon… Et je pleure de bonheur… Je ne suis pas triste… Maintenant, je te promets de ne plus être triste puisque tu seras avec moi, tout comme ta maman… Et nous allons faire plein de choses… J’ai tant à te raconter !

Peu après, Dan se mit au piano et entonna les premiers accords de Joy to the world. Ils reprirent tous le chant en chœur, et la chorale se poursuivit pendant une bonne heure, égrenant tous les classiques américains, semant dans les cœurs une véritable tempête de joie et de bonheur. Mais les enfants s’endormirent les uns après les autres et bientôt, les invités prirent congé… La nuit avait été très réussie. Cela avait été une merveilleuse idée de se retrouver. Harm et Mac prirent le chemin de son appartement, tenant entre eux le petit corps endormi, fruit de leur amour.
Pendant que Mac se préparait un thé, il coucha son fils. Quelle bonne idée il avait eu d’acheter ce lit d’appoint deux ans auparavant ! Il allait leur être bien utile en attendant qu’ils trouvent une grande maison, avec un jardin, et une chambre rien que pour Tom… Mais ils avaient le temps… L’important, pour l’instant, c’était d’être ensemble. Il déposa un léger baiser sur le front de l’enfant, et écouta sa respiration tranquille. Etait-il possible qu’il ait été à l’origine d’un tel miracle de la nature ? Comme il allait l’aimer son fils ! Plus qu’aucun autre homme ne pouvait aimer ces enfants… Ils avaient 5 ans à rattraper et ils n’en perdraient plus une miette. Il retrouva ensuite Mac, qui l’attendait sur son lit.
-Rien n’a changé ici, Flyboy… sourit-elle en le regardant se déshabiller.
-Si Mac, une chose… Je n’ai plus peur de te dire que je t’aime…
Il l’embrassa et entreprit d’enlever sa robe, savourant la saveur fruitée de sa peau, qu’il avait rêvée tant de fois. Le reste de la nuit n’appartenait qu’à eux, sous le regard bienveillant des étoiles…

FIN

FINAL 3/ Midship

21h15 Maison des Roberts

« Mais je te promets que rien ne nous séparera plus jamais, ta maman, toi et moi… Nous resterons ensemble pour toujours… »

Pour Mac, le moment était trop fort : en entendant ces paroles, elle avait éclaté en sanglots, trouvé refuge dans les bras de Chloé qui avait aussi du mal à résister… L’attente avait été d’une intensité rare et, c’était plutôt éprouvant. Mac s’écarta d’elle, prétexta d’aller se refaire une beauté mais finalement opta pour le jardin. Elle récupéra son manteau et sortit dans le froid de cette nuit pas comme les autres.

Harm regardait Tom qui ne le quittait pas ; son fils s’était emparé de sa main et se tenait sagement à côté de lui sur le canapé, le surveillant du coin de l’œil ; oui, il avait bien le lapin dans son autre main. Ses dernières paroles résonnaient encore dans sa tête d’enfant et le petit garçon, rassuré par son pilote de père, était confiant.
Harm murmurait à l’oreille de Tom :
-Tom, nous ne nous connaissons pas depuis très longtemps, mais ça fait longtemps que je t’attends…
-Moi, Har…papa ? mais, tout à l’heure, maman m’a dit que tu ne me connaissais pas ?
-Oui, c’est vrai d’une certaine façon ; mais tu vois, j’ai toujours rêvé d’avoir un petit garçon, et te voilà, tu as remarqué comme on se ressemble ? tiens, viens voir dans le miroir, là…

Son fils dans les bras, il alla se planter devant la glace et resta quelques instants à les regarder, à regarder leur reflet : c’était l’évidence même au point que Tom dit
-Oui, c’est vrai, toi et moi c’est presque pareil, sauf que tu es grand comme un géant!
-Attends un peu, dans quelques années, tu seras comme moi…
-Je serai pilote moi aussi ?
-Ou avocat, comme ta maman…
-Et nous serons tous les trois dans la même maison ?
-Ça c’est pour tout à l’heure, mon bonhomme
-Dans ta maison ?
-Oui,
-Avec maman ?
-Et comment !
-Tu sais, papa, maman, des fois, elle pleurait quand elle me parlait de toi ?
-Oui, nous avons fait pas mal de bêtises tous les deux, et cela la faisait pleurer, parce que nous étions séparés ; mais regarde ; ce soir, tu es là, elle est là et je suis là, pour toujours, mon amour, tu seras mon trésor, c’est fini de pleurer !
-Donc, tu gardes mon lapin, comme ça je serai sûr !
-C’est promis, Tom !

Et tout à coup, Harm n’eut plus qu’une seule préoccupation, qui aurait pu sembler dérisoire, mais revêtait tout à coup une importance primordiale ; il cherchait comment répondre au don de son petit garçon… il n’était pas chez lui, et cela le rendait malade … il lui fit signe d’attendre, sortit de la pièce, télescopa pratiquement AJ qui attendait derrière la porte et lui demanda quelque chose ; son filleul grimpa les marches quatre à quatre, fouilla dans ses affaires et redescendit en vitesse pour lui donner un objet dans la main. Harm retrouva son fils, assis à la même place, une lueur d’inquiétude dans le regard
– Voilà, Tom, tout à l’heure, tu m’as fait un cadeau – il me semble que ce lapin me rappelle quelque chose, pas toi ?
– Si, Harm, je veux dire… papa… vous avez fait connaissance ce matin !
– Moi aussi, je veux te donner quelque chose qui compte beaucoup pour moi ; ce n’est pas à moi, mais c’est en attendant, je te donnerai le mien quand tu viendras chez moi…
-…. Merci, Har..Papa, mais ce n’est pas un Tomcat, remarqua le petit avec son insigne dans la main
– Je pilote aussi un Stearman, que m’a donné mon grand-père et…
– un vrai ? C’est grand comment ? Tu m’emmèneras ?il est où ? Tu crois que maman me laissera le voir ?ça va vite ? Tu diras à maman que ce n’est pas dangereux, que je pourrai y monter moi aussi ?
– ça, je ne sais pas si cela va être facile à négocier, Sarah ne s’entend pas avec Sarah !
-…
– Ce petit avion s’appelle Sarah, comme ton arrière-grand-mère.
– Et comme maman, alors !
– Il va falloir que nous soyons très forts sur ce coup-là ! dit Harm en embrassant à nouveau le petit garçon
– Je vais monter dans un avion ! Avec mon papa, et maman ne dira rien !!!
L’enfant lui échappa, sauta à terre et fila vers la sortie
-Papa ! il faut que je voie AJ, j’ai des tas de choses à lui dire !

Harm se retrouva seul et partit à la recherche de Mac : il avait encore tant de questions à lui poser, dont une en particulier le tarabustait depuis une dizaine de minutes et combien d’autres aussi…

21h25 MC Murphy’s

La joyeuse bande se préparait à sortir ; dans l’euphorie des dernières nouvelles, ils se sentaient tous sur un petit nuage ; pour certains, prêts à embrasser la terre entière en ce soir de Noël, pour d’autres ils n’étaient pas mécontents : on allait, enfin, pouvoir clore ce chapitre, à vrai dire une des histoires les plus longues du monde, à leur connaissance, pas loin de 15 ans… de tergiversations, de disputes, de réconciliations, de tentatives, de renoncements, de chemins croisés, de complicité, d’espoirs, de compétition, de…
– Il y aurait de quoi écrire un bouquin ou réaliser une série pour la télé, je verrais bien ça, plus de 200 épisodes pour expliquer à chacun ce qu’il ne faut pas faire en amour, plaisantait l’Amiral Chegwidden, tout content, on l’appellerait « le Colonel et le Jag », ou tiens, « Jag », tout simplement, je saurais quoi raconter !!!

Sur le trottoir, Harriet et Bud se tenaient par la main, heureux et drôlement soulagés
– On va enfin pouvoir fêter l’anniversaire d’AJ avec sa marraine et son parrain, dit en riant Harriet
– Oui, ça me fait tout drôle de penser que Harm hérite d’un fils de cinq ans…va falloir qu’il plie un peu le Jag ! remarqua Bud
– Pas de souci, il a de l’amour à revendre…
– Et Mac va enfin trouver la sérénité…
– Ah c’est ce que tu crois ? un garnement de cinq ans, qui va être pourri gâté par son pilote de père, tout fier d’avoir un héritier… une lourde tâche l’attend…
– Pour moi, ajouta Sergueï, je suis encore tout étonné du temps qu’a mis Harm à en arriver là ! pour un pilote de chasse, habitué à prendre des initiatives dans l’urgence… là il a battu un record… je suggère d’écrire au Guiness Book ! Enfin, les jours qui viennent verront la famille Rabb reconstituée et quatre petits cousins feront connaissance !
– Bien, on se retrouve tous à la maison, Vous venez, bien sûr, Amiral Boone, insista Harriet, la fête ne serait pas totale sans vous…
– J’accepte avec joie et je vous rejoins !

Ils s’engouffrèrent dans leur véhicule et prirent la direction de la maison des Roberts.

21h35 Voiture de l’Amiral Chegwidden

Dans sa voiture l’Amiral Chegwidden songeait à ses deux « poulains » enfin, poulains… cela faisait bizarre… le Colonel et le Capitaine – non, l’Amiral- mais il pensait à Harm toujours en tant que Capitaine ; c’était, il y a dix ans ; Dieu que ce bouillant pilote et ce très, trop, brillant avocat lui en avait fait voir ! Mais quelle droiture, quelle obstination, quelle loyauté aussi, une vraie tête brûlée par moments! Il le mettait dans des états pas possibles mais quelque part, il reconnaissait en lui, son héritier ; il devait s’avouer qu’il en était fier.

Il se souvenait de tant d’histoires : le moment le plus terrible avait été de se mesurer à lui quand il avait voulu partir au Paraguay, à la recherche de Mac ; les deux hommes, s’étaient affrontés et le clash avait été inévitable ; même si en son for intérieur, il aurait aimé donner suite à sa demande de partir, en tant que Jag, il avait dû mettre son veto : à ce moment-là, il avait cru, quelques instants, qu’il arriverait à faire prendre conscience à son subordonné des raisons qui le poussaient à agir, mais fidèle à sa règle de conduite concernant les personnes qui servaient sous ses ordres, il n’avait pas voulu aller plus loin, Harm avait, une fois encore, reculé devant ses sentiments mais il était parti ! Il n’avait pas davantage compris, comment à son retour, ces deux-là n’étaient pas ensemble ! Et Mac ? Dans leur aventure commune, il se rappelait aussi son courage, sa persévérance, sa probité professionnelle, son efficacité, avocate très douée, une Marine, oui, elle en avait les qualités et certains défauts, manifestement attirée par son partenaire, femme attirante aussi…quelle équipe que ces deux-là !! Il avait eu de la chance de les avoir sous ses ordres !
Quel couple ils allaient former ! Il croisa les doigts mentalement et fixa son attention sur la chaussée, plutôt miroir ce soir de Noël, pas question d’avoir un accident, il voulait voir ça !

21h35 Jardin des Roberts

Mac avait trouvé refuge sous une gloriette aménagée dans un coin du jardin ; elle s’assit sur un banc et tenta de reprendre ses esprits. Les flocons avaient recouvert les parterres et la pelouse ; les sons environnants étaient comme feutrés, elle avait besoin d’un break, ça allait trop vite, c’était si doux et si violent à la fois… Le silence s’imposa peu à peu et elle se calma. Que de choses à dire à Harm, à lui confier, le bébé perdu, Charles, sa nouvelle vie, mais aussi des explications à demander… pour ce qui était de Tom et de lui, ils semblaient s’être trouvés ces deux-là… Le froid commença à la saisir, ça lui faisait du bien et lui faisait reprendre pied avec la réalité : la soirée n’était pas près de se terminer et il y avait une chose qu’elle voulait absolument faire ce soir avec Harm…

21h40 Maison des Roberts

Chloé avait du mal à canaliser les énergies des enfants ; elle avait hâte que les’ grands’ se manifestent. Harm la croisa dans le hall et ils se firent un clin d’œil :
– Harm, quand même, reconnais-le : tu tires plus vite que ton ombre aux commandes d’un Tomcat mais là, tu repasseras, le taquina-t-elle ; il t’en faut pour te décider ! Une famille toute prête !
– J’avoue que tu n’as peut-être pas tort ! dit-il en l’embrassant sur les deux joues
– Depuis que je te connais ou presque, je te l’avais dit ! qu’elle t’aimait ! Souviens-toi !
– Tu as toujours été la mouche du coche, Chloé, dit-il en riant ; on parlera tout à l’heure, c’est promis mais tu sais où est passée Mac ?
– Je crois qu’elle est dehors, pilote, vas-y en douceur !
– Tu me connais !
– Justement !
– Je suis devenu sage maintenant !
– Je te crois !

21h45 Jardin des Roberts

Il alla chercher son manteau et sortit retrouver Mac, enfin Sarah… Sarah…se murmura-t-il pour lui tout seul et quand il la trouva, il l’appela doucement et lui mit la main sur l’épaule ; elle tourna vers lui un visage serein et grave, tendre aussi ; elle n’arrivait pas à intégrer cette idée, elle et lui, ensemble… cela paraissait presque irréel, elle ne parvenait pas à y croire totalement ; comme si elle craignait encore qu’un impondérable la ferait se réveiller d’un rêve.
– Harm, commença-t-elle, il y a beaucoup de choses que nous devons apprendre l’un de l’autre… ce soir n’est pas le meilleur moment …c’est vrai, tu es là avec moi ? demanda-t-elle en levant ln regard presque timide vers lui
– Je suis là, Sarah, dit-il tendrement, moi non plus, je n’arrive pas réaliser ce que nous arrive mais une chose est sûre, je suis à tes côtés pour toujours ; cela, je peux te le promettre et je te dois un aveu, Sarah MacEnzie…

A ce moment, le portable de Mac les fit sursauter : elle l’ouvrit et reconnut immédiatement la voix, sur le qui vive :
-….
– Oui, Sarah
-….
– Non, je ne peux pas.. .Où es-tu ?
-…
– A plus tard, c’est promis !dit-elle en le refermant

Elle reprit pied :
– Tu disais ?
– Que je te devais un aveu… c’était qui au téléphone ?
– Un ami… enfin… c’était Charles..
– Ah ! justement ! parle-moi de lui !
– Mais, Harm, ce n’est pas le mo…
– Tom m’a parlé de lui déjà, plusieurs fois …
– On dirait que tu es jaloux ?
– Tu plaisantes ?
– Harm…on ne va pas recommencer… Toi et moi nous sommes doués pour le jeu du chat et de la souris et nous venons d’en battre tous les records !
– Bon j’avoue que tu as peut-être raison !
– Peut-être ???
– Ecoute, Marine !
– Ah, non, Harm, ça ne marche pas comme ça !

Soudain, elle était devenue une furie, elle s’était levée et le défiait du regard ; il reconnut la passion qui l’avait toujours animée dans leurs discussions ou leurs disputes, ça lui avait manqué et au moment où il allait lui dire ça, il comprit qu’il prenait un risque insensé, il se reprit, et Harmon Rabb Jr, le Jag, se jeta à genoux devant elle :
– Sarah, je t’aime à en crever depuis si longtemps, pardonne-moi, je ne voulais pas, mais c’était comme si je retrouvais nos marques au Jag, comme il y a cinq ans, pardon, Sarah, aime-moi comme je t’aime ?
– ….allez, Harm, cesse ces enfantillages, s’il te plaît, relève-toi !
– Mais, enfin, Sarah je t’ai dit que je t’aimais !
– Allez, pilote, du calme !
….
– Harmon Rabb Jr, je vous aime, et je crois bien que je vous ai toujours aimé ! lui dit-elle, le sourire aux yeux, lui offrant un visage lumineux.

Il se releva alors lentement, la prit dans ses bras en silence : leur étreinte les remplit totalement, chacun goûtant la chaleur du corps de l’autre, si proche…Il nicha son visage dans son cou et elle sentit qu’il rendait les armes… Harm était bien là, et tout à elle.

– Alors Charles ?
– depuis trois quatre ans, il aime Tom comme son fils, c’est un homme bien… et j’ai une très grande estime pour lui, une très grande affection… Voilà… ce sera tout pour ce soir, dit-elle en lui souriant.. .d’autres questions, pilote ?
– Oui, pourquoi Tom ?
– Comment ça pourquoi Tom ?
– Ho, Marine, pourquoi Tom s’appelle-t-il Tom ?
– Ah, celle-là, elle n’est pas mal non plus !
– Comment ça ?
– Cherche un peu, toi, un avocat si brillant, si lucide, si clairvoyant…
– …Tom… Thomas… comme… Tom Boone ? C’est ça, Mac, euh Sarah?

Et les larmes lui vinrent aux yeux : à cet instant, il réalisa que depuis cinq ans, la fidélité de Sarah à son amour ne s’était pas démentie, jour après jour, il avait doublement fait partie de sa vie :
– Mon amour, murmura-t-il en l’approchant de lui, ça fait si longtemps…Sarah… oh, Sarah…si tu savais…
Et il l’embrassa, tendrement et longuement ; tout son corps lui disait oui, ses lèvres aussi.

– Harm ! Sarah ! Tout le monde vous attend, ils sont tous là, leur cria Harriet
– Oui, on arrive, répond-il, tout de suite ! et apaisé, il la prit par la main
– Tout à l’heure, il faudra absolument qu’on fasse quelque chose ensemble, dit Mac, sérieuse
– Ah, tu crois ?
– Harm !

22h30 Maison des Roberts

Ils rejoignirent la troupe de leurs amis : dans la maison, régnait une douce folie, une cacophonie inimaginable ; il y avait des allers et venues dans tous les sens, chacun s’affairant au milieu des enfants qui, l’échéance de la fin de soirée approchant, étaient particulièrement excités.

Soudain, Tom voyant ses parents, s’approcha d’eux et les prit chacun par la main ; son geste lui fraya un passage dans le silence qui peu à peu comme une vague s’était imposé : il défila, ce petit bonhomme, fier et grave, ses parents à ses côtés, impressionnés eux aussi. Ils formaient un trio resplendissant et tous n’y résistèrent pas : ils applaudirent ….

Quand tout fut enfin prêt, et chacun disponible pour les festivités, l’Amiral Chegwidden demanda la parole :

– Je serai bref, à mon habitude, et – devant les sourires qui commençaient à poindre- je serai même très bref, je ne dirai qu’un seul mot : ENFIN !!!! et juste ceci encore, Je souhaite du fond du cœur la bienvenue à Thomas Rabb et je lève mon verre en l’honneur de ses parents…

Et comme ce dernier arrivait en faisant l’avion au milieu des grandes personnes,
– L’Aéronavale n’a qu’à bien se tenir… !

Le buffet fut une vraie réussite, chacun commentant à n’en plus finir les retrouvailles des enfants terribles du Jag. Harm n’arrivait pas à lâcher la main de Mac, qui n’y voyait apparemment aucun inconvénient ! Ils se sentaient légers, disponibles, aucune hâte en eux.

Harm prit la parole à la fin du repas :
– Harriet, Bud, Chloé, Bud, Amiral Boone, Amiral Chegwidden, Sturgis, Bobbi, Dan, et toi aussi AJ, mon grand, il y a dix ans, en lançant mon invitation à la cantonade, j’étais très loin d’imaginer cette soirée-ci ! Et nous voici, Sarah et moi avec un petit garçon de cinq ans ! On m’a dit à plusieurs reprises que je voulais une famille toute faite et je n’y prêtais pas attention : la vie m’en donne une ce soir, qu’elle en soit remerciée ! Je tiens à remercier aussi deux absents de marque, Jen et Tiner qui sont au loin aujourd’hui en mission pour le Jag… Ils nous manquent ! Joyeux Noël à tous ! On se retrouve à l’église, si vous le voulez bien !

– Dis, papa, je peux venir aussi, demanda Tom, d’une petite voix fatiguée
– Bien sûr, Tom, ce soir c’est un peu spécial…
– Mais Harm, il n’a que cinq ans… on devrait le coucher !
– Sarah, c’est notre premier Noël, je veux qu’il en garde un souvenir pour la vie !
– Rien que ça ! Bon c’est d’accord, pour cette fois, concéda-t-elle
– Waouh, s’écria Tom, complètement réveillé, je suis un grand !

23h 55 à la chapelle

La messe de Noël eut un éclat particulier pour tous les amis du Jag cette nuit-là : l’Amiral Chegwidden, à peine entré, alla voir le chef de choeur et lui dit quelques mots puis le chœur entonna ‘‘A child is born’ et Tom, lové dans les bras de son père, glissa dans le sommeil, en toute confiance. Ses parents écoutèrent le chant, tout attendris. Harm remercia du regard l’Amiral. L’enfant ne se réveilla que pour le ‘Joy to the world’ final ; le JAG le tenait fermement dans ses bras, sous le regard émerveillé de Sarah : le père et le fils, ensemble, enfin, et à ses côtés… Elle regarda Harm
– Il faut absolument que je fasse quelque chose avec toi ce soir, lui dit-elle

Harm la regarda, lui fit mine qu’elle exagérait et que cela pouvait attendre, mais elle insista :
– Nous devons prendre congé de nos amis, Harm, il faut y aller ! Allez, viens, je prends le volant !

Elle les conduisit sans un mot et au bout de quelques minutes, Harm, qui prêtait davantage attention à Tom qu’à la route, comprit où ils allaient ; il la regarda, voulut parler, mais sa voix s’étrangla dans sa gorge, il la regarda à nouveau, les yeux remplis de gratitude ; ils n’avaient pas besoin de parler,

Le long de l’allée qui longeait le Mémorial, il porta le petit jusqu’au bout, accordant son pas à celui de Sarah et c’est en silence qu’ils arrivèrent devant l’inscription « Harmon Rabb Sr » : Sarah regarda Harm, puis comme elle l’avait vu faire si souvent, elle passa les doigts sur les lettres dorées, les yeux remplis de larmes :
– Harmon, dit-elle, des sanglots dans la voix, me voici ce soir avec vous, avec Harm et notre fils ; depuis plus de quinze ans, vous faites partie de ma vie, oh, bien sûr, pas de la même façon que pour Harm, non, mais je vous aime pour l’amour que vous avez su faire naître en lui pour vous… je ne sais pas comment vous avez fait, mais j’espère réussir la même prouesse avec notre fils ! Veillez sur nous, maintenant !
– Sarah… Papa, je te présente Sarah, dit Harm d’une toute petite voix tremblée, … et voici Tom, notre fils de cinq ans ; je t’aime, nous t’aimons, corrigea-t-il, je vais veiller sur eux et je promets d’être aussi vigilant que tu l’as été…merci pour tout ce que tu m‘as donné, je ne sais pas si je mérite le bonheur que je vis ce soir, je n’en sais rien , mais je le prends tout simplement, il m’a fallu tellement de temps pour y arriver, je ne lâcherai pas… Joyeux Noël, papa l
– Merci, Mac !
– Harm, pour moi aussi il compte, il t’a tellement aimé ! Il ne reste plus qu’à appeler ta mère quand on sera chez toi !
– Chez nous, Sarah, chez nous !

FIN

FINAL 4/ Macetharmbell

Le froid de la nuit fit frissonner Sarah Mackenzie.
Pourtant elle préférait ne pas rentrer dans la grande maison pour prendre son manteau.
Elle se sentait mal, un malaise l’accablait.
Tout avait si bien commencé : ils avaient été proches au Mémorial, puis Harm avait bien accueilli l’annonce de sa paternité et il tenait la main de Mac en arrivant chez les Roberts. Elle avait senti la grande main trembler dans la sienne lorsque la porte s’était ouverte, livrant au regard du pilote la frimousse curieuse de leur fils. Elle les avait laissé seuls, afin qu’ils fassent connaissance.
Elle les avait alors observés de loin.
Elle les avait vus s’isoler sur le canapé, la menotte de Thomas blottie dans les mains de son père, elle avait imaginé les confidences que le petit garçon glissait à l’oreille du JAG.
Puis l’enfant avait offert son lapin en peluche à Harm. Elle savait ce qui pouvait lui en coûter, le jouet l’accompagnait depuis sa naissance. Elle avait remarqué l’émotion de son ancien partenaire, il avait regardé autour de lui, cherchant sûrement quelque chose à offrir en retour.
Le petit garçon avait caressé respectueusement les ailes dorées, alors Harm les avait ôtées de sa veste et les avait épinglées sur le sweat de son fils. Thomas en avait rosi de plaisir avant de jeter ses bras autour du cou de son papa.
Elle les avait vus s’arrêter, interdits, devant la grande glace de l’entrée. Ils avaient été stupéfaits de se voir si semblables. Se regardant plusieurs fois dans le miroir puis face à face, ils avaient fini par faire « Waouh ! », tous les deux en même temps. Puis étaient tombés dans les bras l’un de l’autre en riant.
Assurément le coup de foudre était réciproque et Sarah en était ravie. Pourtant elle se sentait exclue de ce bonheur. Elle se gourmandait, elle avait eu Thomas pour elle seule depuis sa naissance, elle se devait de le partager avec son père. Elle avait voulut ça, c’est pour ça qu’elle était venue.
Mais si son fils lui lançait de temps à autre un regard et un sourire heureux, elle n’arrivait pas à capter le regard de Harm. Il s’évertuait manifestement à l’éviter. Sans doute il lui en voulait de son silence, il lui en voulait de lui avoir fait perdre cinq ans de la vie de son fils.
Et puis leurs amis étaient revenus. Alors l’Amiral avait posé ses mains sur les épaules de Thomas. Le plaçant devant lui, il avait dit : « Je vous présente Thomas, mon fils ».
Sa voix reflétait une telle fierté que le cœur de Mac avait fait un bond dans sa poitrine.
Chacun avait salué l’enfant, félicité le père avant de venir vers elle la féliciter également.
Même AJ, visiblement ému, avait serré dans ses bras son ancien chef d’état major : « Il est superbe, Mac ». Mais Harm n’avait pas partagé avec elle sa joie et sa fierté. Elle s’était écartée. Chloé et Harriet avaient commencé à lui jeter des regards étonnés.
Sentant venir les questions, elle avait préféré sortir dans le froid de cette nuit d’hiver. Elle grelottait maintenant sans pouvoir s’arrêter, elle allait rentrer avant de se transformer en statue de glace.
A ce moment, elle sentit un manteau couvrir ses épaules, deux bras forts l’enlacèrent et la voix aimée lui dit à l’oreille : « Tu vas prendre froid, Chérie ».
Partagée entre l’envie de s’enfuir et celle de se blottir dans les bras du pilote, elle attendit, il voulait parler, sûrement.
« Tu sais quel était mon âge lorsque mon père a disparu ? »
« Cinq ans, je sais, l’âge de Thomas au moment où tu fais sa connaissance. »
« La boucle est bouclée ! »
« Oui. »
« J’ai tellement honte Sarah.»
« Honte ? »

« De t’avoir abandonné, de n’avoir pas été là pour toi, pour vous. »
« C’est le passé Pilote, il est peut-être temps de regarder vers l’avenir ! »
« Qui est Charles ? »
« Tom avait besoin d’une présence masculine. »
« Et toi ? »
« Moi aussi, probablement. »
« Tu l’aimes ? »
Elle sourit, il avait eu exactement la même intonation que son fils, après une bêtise, quand il craignait que sa mère soit fâchée : « Tu m’aimes encore Maman ? »
« Il a été bon pour nous, Harm, mais… »
« Mais… »
Il la tenait toujours serrée contre lui et elle se dit que définitivement elle avait besoin de lui, elle avait besoin de ses bras autour d’elle.
« Mais je t’aime. »
Doucement il la tourna vers lui et elle plongea son regard dans le regard si bleu de l’Amiral, le regard qu’il avait légué à leur fils. Elle crût discerner des larmes dans les yeux posés sur elle et elle se dit qu’elle était perdue. Ces deux-là feraient d’elle ce qu’ils voudraient, elle ne pourrait jamais leur résister.
« Je t’aime aussi Chérie, oh ! oui, je t’aime. »
Il avait l’air surpris de pouvoir l’avouer si facilement.
Alors ce fut un échange délicieux, des aveux dits et redits, des baisers, donnés, reçus, échangés, et puis :
« Maman, Papa, vous venez, il est… »
Thomas avait jailli de la maison. Il s’interrompit : pour la première fois dans sa vie toute neuve, il avait pu les associer dans le même appel. Le bonheur le frappa de plein fouet, de plus il les trouvait dans les bras l’un de l’autre et ils s’embrassaient.
Les deux adultes se tournèrent vers lui et lui sourirent. Puis sans se séparer vraiment, ils lui tendirent chacun un bras. Le petit garçon courut vers eux, en fait, il avait l’impression de voler. Harm se pencha et le prit sur son bras. Quand il fut à leur hauteur, Sarah lui caressa doucement le dos comme pour lui éviter le froid.
Plus heureux qu’un roi, il entoura de son bras droit le cou de sa mère et de son bras gauche le cou de son père. Ses yeux brillants de joie allaient de l’un à l’autre de ses parents. Et ceux-ci s’avancèrent et posèrent leurs lèvres sur les joues rondes de leur fils.
L’enfant éclata de rire.

FIN

FINAL 5/ Tomcat2510

21h25 Maison des Roberts
Le silence s’était installé entre le père et le fils. Dans une quiétude commune, les deux hommes se contemplaient.
Thomas ne pouvait se rassasier de ce visage qu’il avait tant de fois imaginé, depuis qu’il avait appris l’existence de ce père pilote. Son papa était très grand, même plus grand que Charles, avait pensé le petit homme impressionné.

Harm ne pouvait croire que tout ce qu’il vivait en ce moment n’était pas un fruit de son imagination. Tout était réel, bien réel. Il ressentait dans sa poitrine une sensation qui l’avait quitté bien des années auparavant, au moment où la femme qu’il aimait été partie sans lui laisser le temps de s’expliquer. Ce jour-là, l’étincelle qui brillait dans ses yeux avait disparu. Il avait connu le bonheur pendant quelques heures, mais ses erreurs avaient payées de son âme. Le bonheur l’avait abandonné au fond d’un abîme qu’il pensait ne jamais plus quitter.

Puis un petit gars d’à peine un mètre était entré dans sa vie et l’avait aidé à se hisser de ce gouffre. Il ne se connaissait que depuis quelques minutes, mais Harm l’aimait déjà plus que sa propre vie. Il avait attendu toute sa vie cet enfant qui en ferait sa fierté. Son rêve le plus fou devenait réalité. Il réalisait peu à peu, que ce deal conclut treize ans auparavant, ce pari fou qu’ils avaient passé ensemble, était en ce moment même dans ses bras. L’enfant qu’ils s’étaient promis.

La ressemblance entre eux le surprenait à chaque fois. Il reconnaissait ses traits juvéniles qu’il revoyait que trop rarement sur les si nombreuses photos de lui et son père. Il se rendit compte que Thomas avait le même âge que lui, quand il avait perdu son père à la même époque. Comme le destin était étrange !

Harm vit que les tourments qui l’assaillaient depuis sa plus tendre enfance, venaient de s’envoler. Il connaissait enfin cette sérénité qu’il avait poursuivie toutes ses années. Aujourd’hui, il avait fini de courir. Il était parvenu à son but, celui d’accepter la mort de son père.

A cet instant, l’amiral était persuadé que l’esprit de Noël, cet ange éphémère dans la vie d’un homme, était venu ce soir l’aider à boucler cette histoire vieille de plus de quarante ans. Il ferma les yeux quelques secondes et se surpris à ressentir une présence derrière lui. Un murmure se fit entendre « Joyeux Noël mon fils »

_Merci papa

Harm en était sûr, le miracle de Noël avait eu lieu.
Chloé, AJ et Mac observaient le duo assis dans le canapé. Tous restaient silencieux pour mieux cerner les réactions des retrouvailles du père et du fils. Chloé essuya furtivement une larme qui venait de se perdre sur sa joue. Elle trouvait cet instant si émouvant, elle voyait dans le regard du petit garçon, une étincelle qu’elle ne lui connaissait pas.

_Tu as fait le bon choix Mac !

Mac souriait, elle avait imaginé tant de scénarios. Mais la scène qui se jouait devant elle était au-delà de ses espérances. Elle revoyait Harm des années auparavant, au début de leur partenariat, quand il était insouciant et fougueux. Il venait de rajeunir en l’espace d’une rencontre.

Elle discernait aussi une transformation sur son fils. Elle remarquait que sa petite main jouait avec les ailes de son père. Depuis sa naissance, elle savait que son fils était de la même étoffe que Harm. Il deviendrait à son tour pilote, certainement aussi téméraire que ce grand pilote qui était surtout le père que le petit garçon avait attendu.

AJ était ému. Il se souvenait de la conversation dont il avait involontairement été témoin des années auparavant. Depuis cette nuit, il rêvait de les voir réunis, comme une famille.

_Tante Mac, pourquoi ne pas lui avoir dit plus tôt ?
_Je ne sais AJ ! Je… Mais sa phrase se perdit dans un murmure quand elle vit que les deux hommes de sa vie se dirigeaient vers eux.

Thomas abandonna la main de son père pour se réfugier dans les bras de sa mère.

_Merci maman!

En une phrase le petit garçon réussit à faire couler les larmes sur son visage, celles qu’elle avait contenues depuis trop longtemps. Elle doutait de son choix, mais son bébé venait de lui faire comprendre qu’elle avait fait le meilleur des choix.

Elle rencontra le regard de Harm qui restait un peu en retrait, attendant un signe de leur part. Mac lui tendit une main qu’il accepta de prendre.

_Sarah, ça te dérange si Tom et moi, on s’éclipse pendant une heure ! Je te promets de revenir à l’heure !

Elle aurait aimé connaître le plan du pilote. Mais elle acquiesça d’un hochement de tête, lui faisant confiance. Il avait droit d’être seul avec son fils dont il n’avait pas pu profiter durant cinq ans.

_Je te fais confiance pilote !

21h40 Maison des Roberts

Tous les amis qui venaient de profiter des différentes rencontres rentrèrent avec une certaine appréhension dans la demeure. Depuis que Harriet leur avait parlé de Thomas.

L’ex-amiral avait été le premier surpris. Il ne se lassait de se répéter incessamment qu’ils y étaient finalement arrivés. Il ne doutait pas que cette histoire allait finir comme dans les contes de Noël. Un homme, une femme et un enfant qui allaient profiter pleinement de ce merveilleux cadeau fait par la vie, celle d’être une famille unie.

L’excitation d’Harriet la surprenait elle-même. Elle était si impatiente de voir enfin ses deux amis réunis, comme elle avait tant imaginé par le passé. Elle se sentait honteuse en se remémorant toutes les fois où elle avait abandonné l’idée de les voir ensemble. Mais lorsqu’elle rencontra le regard de son mari, tous ses doutes s’envolèrent. Ce soir serait la nuit de tous les miracles.

La porte s’ouvrit sur Mac qui avait observé la rue, depuis le départ des deux hommes. Elle savait que le monde qui se dirigeait vers la maison, s’impatientait de voir son petit garçon.

_Bonsoir tout le monde !

Etonnamment, l’ex Seal et l’ex-Marine se perdirent dans les bras l’un de l’autre. Ils ne s’étaient plus vus depuis des années. AJ s’était souvent demandé quel avait été le sort de son ex-chef d’état major.

La petite communauté participait silencieusement à ses retrouvailles émouvantes. La surprise avait laissé place à l’attendrissement. Ils savaient tous que AJ Chegwidden avait toujours été un ami et un père avant d’être un supérieur. Il l’avait maintes fois montré au cours de sa carrière.

_C’est bon de vous revoir ! Nous n’avons pas vraiment eu le temps de discuter au Mac Murphy’s !
_Ce n’est rien ! Nous aurons tout le loisir de nous rattraper durant la soirée !
_Et même après ! Je crois que j’ai abandonné Washington depuis trop longtemps…
21h45 Washington
Harm marchait d’un pas assuré, sur ce chemin qu’il avait emprunté le jour où sa vie avait basculé pour ne plus jamais être la même. Il se contentait du bruit de ses pas sur la neige qui venait de se poser avec délicatesse à même le sol, et de son fils emmitouflé dans la veste qu’il avait refermé sur lui.

_Où on est ?

Harm stoppa sa marche. Il posa le petit garçon et se mit à genou pour être à sa hauteur. Il ne lui avait pas lâché les mains, croyant que si ce lien se rompait, tout allait disparaître.

_C’est ici que ta maman et moi, nous nous sommes rencontrés!
_Ici ?
_Exactement à cet endroit précis… Elle a tendu sa main droite… Harm accompagna ses paroles des gestes qu’il n’avait jamais oubliés, puis elle m’a dit ‘Mac’
_Et qu’est-ce que tu as dit, toi ?

Harm rit en se souvenant de sa réaction.

_Rien ! Elle ressemblait beaucoup à une amie qui était allée au ciel… Puis, je lui ai serré la main… Harm serra la main de son fils, tout en continuant à raconter sa rencontre avec sa mère, et j’ai dit ‘Harm’
_Mac et Harm ? C’est joli ça ! Et après il s’est passé quoi ?
_L’amiral Chegwidden a dit d’une voix solennelle ‘Vous allez travailler ensemble alors gardez vos distances !’ Mais je crois que ça n’a jamais été le cas ! Ta maman et moi avons toujours été très complices. Elle est venue avec moi en Russie quand je suis allé chercher mon père !
_En Russie ? Qu’est ce qu’il faisait là-bas ton papa ?

Harm se releva, ne lâchant pas la main de Thomas, ils s’assirent sur un banc qu’il avait balayé d’un coup de main pour enlever la neige. Il posa son fils sur ses genoux, l’enveloppant dans sa veste pour qu’il ne puisse pas attrapé froid.

_Quand j’avais ton âge, ton grand-père a disparu ! Il était aussi pilote, mais son avion s’est écrasé. Tout le monde croyait qu’il était allé au ciel, mais moi je n’étais pas d’accord… Alors je l’ai cherché pendant des années et puis un jour, on m’a dit qu’il n’était pas mort, qu’il était en Russie…
_Et tu l’as revu ?
_Non, quand je suis arrivé, une vieille dame m’a raconté qu’il s’était en allé au ciel… Mais quelques années plus tard, j’ai découvert qu’il était parti en m’offrant quelque chose !
_C’est quoi ?
_J’ai un petit frère, il s’appelle Sergueï !
_Et maman était là tout le temps ?
_Toujours ! Quand je suis allée en Russie à la recherche de mon père, puis elle était présente quand j’ai connu mon frère…

Harm serra Thomas un peu plus fort contre lui. Il s’approcha de son oreille et continua à parler sur le ton de la confidence

_C’est à ce moment là que je suis tombé amoureux de ta maman ! Et depuis ce jour, je l’aime toujours un peu plus…
_Mais alors pourquoi tu n’étais pas là quand maman pleurait ?

Cette question si bénigne dans la bouche d’un enfant le blessa au plus profond de son cœur. Il reconnaissait ses erreurs, il avait réagi comme un lâche, faisant souffrir la femme qu’il aimait, puis inconsciemment, il avait également fait souffrir un petit bout de chou de cinq ans. Il caressa les cheveux du petit gars, et déposa un baiser sur son front.

_J’aurais voulu être là ! Crois-moi Thomas ! J’ai regretté chaque jour où j’étais loin de ta maman… Mais aujourd’hui, je vais sécher les larmes que j’ai fait couler. Je te fais la promesse que plus jamais ta maman ne pleurera !
_Tu promets ?
_Toujours… Tu veux qu’on lui fasse une surprise ?

Les yeux du petit garçon s’émerveillèrent. Harm se pencha un peu plus, et dans le plus grand des secrets, les deux hommes complotèrent, guettant le moindre signe d’une âme qui aurait pu les entendre…
22h00 Maison des Roberts

Tout le monde attendait le retour du père et du fils. Mac leur avait expliqué qu’ils étaient partis une heure auparavant, laissant flotter sur eux, le mystère entier de leur destination. Harm n’avait rien voulu dire, prétextant qu’elle le saurait très rapidement.

L’amiral et Mac discutaient dans un coin du salon. Harriet les observait depuis l’entrée, se rendant compte combien ces instants lui avaient manqué. Sa famille de cœur était enfin réunie et serait bientôt au complet avec la venue de l’amiral Rabb et de Thomas.

Elle relevait toutes les différences qu’avait fait le temps. Mac était heureuse, elle le voyait à son visage rayonnant. Elle avait enfin cette étincelle de toutes femmes qui connaissaient les joies d’être mère. L’amiral, bien qu’il ait un peu vieilli, avait toujours cette prestance qui inspirait la confiance et le respect. Il montrait souvent des gestes d’affection envers son ex avocate, en posant la main sur son épaule ou sur son avant-bras.

Quant à Chloé, elle avait bien grandi depuis qu’elle l’avait vue pour la dernière fois. Elle était devenue une femme pleine d’assurance et elle félicita silencieusement Mac, car sans aucun doute, elle y était pour beaucoup dans ce qu’était devenue cette petite fille qui avait débarqué un soir, et qui s’était cachée sur l’ascenseur.

Son regard se porta alors sur Sergueï, le frère de l’amiral. Elle n’avait jamais eu réellement l’occasion de le voir, mais en voyant le visage de cet homme blond, tous doutes sur leur lien disparaissaient. Ils dégageaient une même énergie, et certains traits du visage étaient semblables. Lui aussi avait une famille, qui malheureusement ne se trouvait pas à ses côtés à cet instant. Harriet envoya silencieusement une prière vers cette famille qu’elle ne connaissait pas encore.

Puis elle vit sa famille à elle. Bud discutait avec Sturgis, un homme qui faisait partie depuis longtemps de cette petite communauté que le JAG avait réussie à créer. Elle se remémora sa première rencontre avec Bud, sur le Seahawk, le coup de foudre avait immédiatement frappé les deux jeunes gens, puis dans cette précipitation, ils s’étaient mariés et leur premier enfant était venu combler cette petite famille, AJ Jr. Puis un drame s’était abattu sur eux, avec la disparition de la petite Sarah. Il n’existait pas un jour sans qu’elle se souvienne de cette petite fille qu’elle avait aimée dès le premier jour. Mais un nouveau bonheur était arrivé, la naissance des jumeaux. Elle avait réussi à atteindre son but, elle avait une famille unie, et elle se levait chaque matin remerciant le ciel de cette bénédiction. Elle était heureuse, son mari et ses fils aussi, s’était la seule chose essentielle pour être comblée.

_Chérie ! Tu vas bien ?

Elle n’avait même pas remarqué qu’une larme s’était perdue. Elle souriait à cet homme qui partageait sa vie depuis presque quinze ans. Elle l’essuya et dans un même élan et sans réserve, elle embrassa son mari, en murmurant entre ses lèvres

_Je t’aime Bud
_Je t’aime aussi chérie !

A l’extérieur, Harm et Thomas venaient de sortir de la voiture. Harm souriait en voyant à quel point son fils prenait soin du cadeau qu’ils avaient spécialement acheté pour Sarah. Tom lui tendit le présent que Harm posa sur le toit de la voiture. Il se mit à genou et ferma la veste d’aviateur de son fils. Il trouvait adorable de voir que son fils possédait la même que lui, à un détail près.

_Il manque quelque chose à ta veste, tu ne trouves pas ?

Tom regarda sa veste, cherchant le détail manquant. Mais il ne remarquait rien. Harm passa sa main dans sa veste, détachant les ailes dorées de son uniforme. Il les attacha à la veste de Tom et ébouriffa sa tignasse brune.

_C’est bien mieux comme ça ! Tu possèdes mes ailes
_Et tu as mon lapin… Comme ça on sera toujours ensemble, pour toute la vie
_Oui, mon bébé pour toute la vie !

Tom l’enlaça de ses petits bras et lui déposa un baiser sur la joue. Ce simple geste ému Harm jusqu’aux larmes. Il l’essuya rapidement pour que son fils ne la voie pas. Tout le bonheur qu’il avait espéré durant des années était en face de lui.

_Tu n’as pas oublié ce que tu dois dire ?
_Pas du tout ! répondit le petit garçon avec un clin d’œil.

AJ Jr qui jouait avec ses frères venait d’apercevoir son parrain et Tom dans l’allée de la maison. Il ne distinguait pas l’objet que tenait soigneusement Thomas dans ses bras.

La sonnette retentit au rez-de-chaussée. AJ Jr attrapa la main de ses deux frères et ils descendirent ensemble dans le salon.

Thomas avait traversé toute la petite foule, suivi de son père, en direction de Sarah. Elle les regardait venir vers elle et vit les ailes sur le blouson d’aviateur de son fils. Il tenait entre les mains, un bouquet de roses rouges.

_Joyeux Noël maman

Il lui tendit les fleurs, affichant sur son visage un sourire qu’elle connaissait trop bien, pour l’avoir tant de fois vu sur le visage du père. Harm restait en retrait, attendant que l’échange soit fait. Il regardait parfois l’amiral Chegwidden qui ne cessait de lui sourire.

AJ était fière de lui. Il ne lui avait jamais dit auparavant, mais il considérait Harm comme son fils. Un lien invisible s’était créé entre les deux hommes, qui depuis toujours avait été présent, sans jamais se rompre une seule fois.

_Maman, on a quelque chose à te dire

La pièce plongea dans le silence. Harm se mit à genou à côté de son fils et posa ses mains sur ses épaules.

_Allez fiston, c’est à toi de jouer.

Thomas inspira profondément, se rendant compte qu’il avait tout le monde à son écoute et surtout sa maman. Il regarda une dernière fois son père, en échangeant un sourire énigmatique, et Harm lui répondit par un clin d’œil.

_Je me suis souvent demandé qui était mon papa. Et maman m’a parlé de lui. Elle disait qu’il était grand et qu’il pilotait des avions. Avant quand j’ai vu mon papa, c’est vrai qu’il est grand.

Toute l’assistance se mit à rire mais Tom continua sur sa lancée

_J’ai encore demandé pourquoi il faisait pleurer maman et il a promis de ne plus jamais le faire. Et je le crois mon papa. Il m’a emmené où ils se sont rencontrés, c’est un ‘beau’ endroit où il y a des roses, c’est ce que papa a dit. Mais comme y en avait pas on est allé en acheter.

Il stoppa son discours et se retourna vers son père. Il lui chuchota une chose à l’oreille, faisant attention à ce que personne ne l’entende. Harm lui répondit par un hochement de tête.

_Mais papa m’a avoué quelque chose ! Il m’a raconté que son papa était en Russie et que avec maman ils sont allés le chercher… C’est quand il était là-bas que papa est tombé amoureux de maman… c’est lui qui me l’a dit. Même que maman était habillée en tzig… en…
_En tzigane l’aida Harm en souriant
_Voilà et maman lui a dit ‘vous voulez que…’
_…’Je vous lise votre avenir matelot’ acheva Mac essayant tant bien que mal de retenir ses larmes.

Harm se leva et fit face à Sarah. La peur lui tenaillait l’estomac. Il n’avait plus ressentit cette sensation depuis son premier vol en Tomcat. Mais comme ce jour où pour la première fois, il avait piloté un avion de chasse, il était déterminé et prêt à tout pour parvenir à ses fins.

_C’est ce jour là, que je me suis rendu compte que la femme que j’aimais était également ma partenaire. Mais je n’ai rien fait. Beaucoup d’entre vous doivent savoir que j’ai grandi sans père, et je n’ai pas honte de dire que c’est mon père qui est en parti responsable de mon silence. Je ne tenais pas à souffrir comme j’avais souffert auparavant. J’avais déjà perdu un père, je ne voulais pas mon fils connaisse cette même crainte ou ma femme. J’ai longtemps vu ma mère pleurer mon père… Et je ne voulais pas causer une même peine.

Il se tourna vers AJ Jr qui était appuyé conte le piano. Il pointa du doigt sur lui et continua

_Et puis tu es né… Et quelle naissance ! Je crois que l’amiral et les membres du staff s’en souviendront toute leur vie… Ce n’est pas tous les jours qu’on aide une de ses subordonnés à mettre au monde son enfant dans le bureau de son commandant… Mac et moi avons accompagné tes parents jusqu’à l’ambulance et c’est après votre départ que le deal le plus fou a été fait…

Il se retourna à nouveau vers Mac et s’approcha d’un pas.

_Je vais vous dire une chose… Dans cinq ans à compter d’aujourd’hui, si ni l’un, ni l’autre ne fréquentons quelqu’un, nous partagerons un enfant

Mac continua le dialogue qu’elle n’avait pas oublié. Elle le connaissait toujours mots pour mots comme si le deal avait été conclut le jour précédent.

_Vous et moi, faire un bébé ensemble ?
_Oui, avec votre physique et ma matière grise, il sera parfait

Tout le monde suivait le dialogue entre les deux partenaires. Certains souriaient, d’autres semblaient être émus aux larmes.
AJ Chegwidden n’en revenait pas de l’échange qui était en train de se produire entre ses deux anciens avocats.

_Et si jamais elle a votre physique et ma matière grise ?
_Ce serait pas mal aussi ? Qu’est ce que vous en dîtes ? Marché conclu ?
_Ne faîtes pas de promesses que vous ne tiendrez pas !
_Ca ne m’est jamais arrivé… J’ai tenu ma promesse, il a mon physique et ta matière grise notre petit homme !

Le silence se fit sur la maison. Harm et Sarah se regardaient dans les yeux, faisant abstraction de tout ce qui les entourait. Le calme fut interrompu pat l’ex Seal.

_Je n’arrive pas à croire que vous avez conclu un tel marché ! Comment avez-vous fait pour ne pas vous rendre compte tous les deux que vous étiez bien plus que des amis ?
_Papa a dit que c’est vous qui aviez dit qu’ils devaient garder leur distance, répondit Thomas

L’ambiance se relâcha et tout le monde se mit à rire. Harm ébouriffa les cheveux de son fils, comme il en avait pris l’habitude depuis qu’il l’avait rencontré quelques heures auparavant.

_Oncle Harm quand vas-tu embrasser Tante Mac ?

Tous les yeux se rivèrent sur AJ Jr qui ne cachait pas le plaisir qu’il éprouvait par le petit effet qu’il venait de produire. Mais il savait que toutes les personnes présentes dans cette maison attendaient ce même dénouement, celui du baiser de Harm et Sarah. AJ sourit en repensant au film de Noël qu’il avait vu quelques jours auparavant et il pensa que c’était bien plus merveilleux que tous les films du monde, parce que ça arrivait à son parrain et sa marraine.

Harm regarda Sarah en souriant. Il hocha les épaules et souleva un sourcil. Il s’avança lentement vers elle, et d’un regard silencieux, il lui demanda son approbation. Elle acquiesça d’un hochement de tête et sous le regard de leur ancien amiral, ils s’embrassèrent.

_ Have yourself a merry little Christmas…

Bud se mit à chanter, suivi bientôt par tous ses amis.

_Let your heart be light
From now on our troubles
Will be out of sight.

Harm et Sarah se séparèrent, ne se quittant jamais des yeux. Ils n’avaient pas encore parlé mais ils savaient que l’un ne pourrait plus se séparer de l’autre. Ils furent bientôt rejoints par leur fils, qui ne cachait pas sa joie de voir enfin sa famille réunie. Harm le prit dans ses bras et le plaça entre lui et la femme qu’il aimait.

_Je vous aime et plus jamais je ne vous quitterai
_Papa, moi aussi je t’aime

_ Have yourself a merry little Christmas,
Make the Yule-tide gay,
From now on our troubles
Will be miles away.

Harm ne retint plus les larmes qui coulaient sans réserve sur ses joues. Il avait tant de fois rêvé avoir une famille et en une seule et unique soirée, tous ses rêves s’étaient réalisés. Il était à nouveau près de Sarah, sa partenaire pour la vie et Thomas, ce fils qu’il avait tant espéré. Sarah passa la paume de sa main sur la joue de l’Amiral Rabb, essuyant au passage les larmes.

_Et je t’aime aussi.

_ Here we are as in olden days,
Happy golden days of yore,
Faithful friends who are dear to us
Gather near to us once more.

L’essentiel avait été dit dans ces quelques mots. L’amour pouvait surmonter tous les obstacles de la vie. Harmon Rabb Jr, Sarah Mackenzie et Thomas Mackenzie Rabb n’allaient plus jamais connaître la solitude. Ils étaient unis pour toujours.

Ils se rapprochèrent tous les trois de leurs amis et c’est tous ensemble, qu’ils chantonnèrent l’air de Noël

_Through the years
We all will be together
If the Fates allow,
Hang a shining star
On the highest bough,
And have yourself
A merry little Christmas now

C’était certain, le miracle de Noël s’était accompli une nouvelle fois…

FINAL 6/Maricevia

Maison des Roberts 21 h 25

Mac n’en revenait pas de la réaction de Harm. Elle n’avait préjugé de rien mais bon nombre de scenarii catastrophes avaient hanté ses nuits, dans ses cauchemars tout semblait impossible, explications et situations ne parvenaient pas à se concilier. Et ce soir, sans doute à cause de l’esprit de Noël, chacun se laissait aller au meilleur de lui-même. Et la bonté de Harm rejaillissait…
Combien il avait été surpris et choqué quand Mac lui avait annoncé qu’il était père !
Elle s’était presque attendue à des reproches, à de la colère, elle les avait privés l’un de l’autre pendant cinq ans ! Il avait baissé la tête, passé sa main sur les yeux, geste habituel chez lui lorsqu’il était fatigué ou lorsqu’il voulait se concentrer. Il était très pâle et serrant les mâchoires, il avait dégluti et soufflé…
Divers sentiments se succédèrent en lui bien qu’il prît garde devant Sarah de ne rien montrer « il était père d’un petit garçon ! Il avait un fils qu’il ne connaissait pas ! Sarah avait gardé ce secret pendant cinq ans, il était père ! » Trop d’émotions l’assaillaient, entre le plaisir de la revoir, et l’espoir que tout puisse recommencer avec elle, mais le fait qu’elle lui ait caché son fils ! « Lui qui avait perdu son père si jeune et maintenant il avait un fils qui ne connaissait pas son père… » Oui, c’était un choc énorme !
« Bon sang que la conduite des adultes puisse amener les enfants dans des situations aussi pénibles » il ne l’avait jamais supporté, combien de fois dans sa carrière il s’était impliqué, totalement, dans des dossiers pour secourir des enfants en détresse…et Sarah et lui, ne parvenant pas à se comprendre, à s’investir pleinement dans leur relation, étaient parvenus à ce résultat : un père et un fils qui ne se connaissent même pas…
Il avait vraiment mal à l’estomac, c’est à peine s’il entendait les explications de Mac, comme dans un brouillard, il discernait mal les traits de Sarah : il ne voyait que ces yeux chocolat et ses larmes couler sur ses joues « Harm ! Pardon ! Harm ! » Il eut une action réflexe en la prenant dans ses bras, peut-être pour se donner du temps, sûrement parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire pour l’instant, pour réfléchir…
Il ne parvenait pas à formuler une seule pensée, seule, une phrase lui revenait « je suis papa et j’ai un fils, j’ai un fils avec Sarah » Il eut alors très envie de pleurer car il sentit à ce moment précis combien il avait été malheureux ces dernières années, sans elle, sans amour, dans l’univers viril de l’armée et surtout la solitude qu’engendre le Haut commandement d’un service comme le JAG… Il se sentit un instant accablé et impuissant mais le parfum de Sarah, ses sanglots, l’attendrirent. Il retrouva le cours de ses pensées, tout ce à quoi il avait réfléchi ces derniers jours en attendant ces retrouvailles, tout ce qu’il était résolu à faire pour ne plus la perdre…
Il se fit plus tendre avec Sarah, il connaissait ses problèmes, à elle, vis à vis des hommes et de leur désaffection. Certes, il lui avait fallu cinq ans pour revenir vers lui, mais lui pendant cinq ans il n’avait pas tenté de la retrouver, pas une seule fois, il avait seulement attendu…
Tout était en cause, les bleus de l’âme, la peur, l’orgueil…
« Ils partageaient les torts du passé »pensa-t-il « désormais, ils partageraient leur fils »
Toujours tenant Sarah dans ses bras, tempe contre tempe, il murmura
– Comment s’appelle-t-il ?
– Tom …
– J’aime beaucoup !
– Il te ressemble comme deux gouttes d’eau…
– Vraiment !
– C’est un Rabb, assurément !
– Tu l’as emmené…
– Il t’attend, avec impatience chez Bud et Harriet
– Allons-y !
Harm n’avait rien ajouté de plus, il avait déposé un léger baiser sur les lèvres et l’avait prit délicatement par la main…
Oui, il était bon avec ce fils inconnu car il était le symbole vivant de leur amour et la force qui les porterait l’un vers l’autre…Et être père et chef de famille serait sa raison d’être, celle qu’il recherchait sans savoir depuis qu’il avait retrouvé les dernières traces de son père…
Il était heureux de cette petite main dans la sienne, elle lui semblait le complément exact de celle de Sarah dans son autre main…
Harm n’avait pas de cadeau pour ce fils inattendu, mais Tom ne semblait pas s’en soucier, il avait son père pour la première fois, un jour de Noël, et oui il était pour son enfant le plus beau des cadeaux…
Il ne pouvait s’empêcher de faire un parallèle avec son propre père qui avait disparu un soir de Noël, et il se sentit étrangement calme et serein, un cercle s’était formé, le yin et le yang…
Il avait hâte de l’arrivée des autres participants, il désirait vivement leur présenter son fils ! Harm sentait poindre une fierté immense devant le regard de son fils, celui-ci lui ressemblait tant ! Mais surtout si lui ne connaissait pas encore son fils ce dernier semblait tout connaître de lui, et il en était ému car il se revoyait à son âge en train de poser sans cesse des questions à sa mère et apparemment Mac n’avait pas été épargnée et surtout elle n’avait pas éludé les réponses…
Harm voulait garder un souvenir de cette soirée, bien qu’il doute de jamais l’oublier, il eut l’idée de la séance photos, d’abord tous les trois, ensuite Sarah et Tom, puis Tom tout seul et enfin Harm et son fils…puis arrivèrent AJ et ses frères, Chloé…Les rires et les sourires fusèrent…les bousculades aussi, en file indienne, de côté, sur les épaules, à cheval…
Mac ne put retenir de nouveau ses larmes mais cette fois-ci, elle pleurait de bonheur, de plaisir, de joie : Harm et Tom étaient si complices, ils se chuchotaient quelques mots et bien souvent éclataient de rire en même temps. Et surtout Harm n’arrêtait pas de lui faire des clins d’œil, de lui prendre la main, de lui caresser la joue et même maintenant, alors qu’elle pleurait encore, il se dirigeait vers elle, avec un doux sourire. Il lui prit très tendrement la tête entre ses mains, ses index suivirent le tracé de ses larmes jusqu’à la commissure des lèvres, il s’inclina lentement et l’embrassa…
Quand le reste de la troupe arriva, Tom rayonnait et exigeait que ses parents prennent la pose pour lui…

FINAL 7/Sarah85

21h11 Maison des Roberts

Le petit garçon, les yeux fermés, n’osait plus bouger, de peur que son père ne lui échappe, de peur que ce ne soit qu’un simple rêve. Il avait désiré ce moment depuis si longtemps qu’il n’arrivait pas à se persuader que son souhait le plus cher s’était enfin réalisé. Il se sentait tellement bien dans les bras si rassurants et si protecteurs de cet homme, qu’il ne voulait plus les quitter. Finalement, après quelques instants d’hésitation, il ouvrit courageusement les yeux et s’écarta légèrement pour examiner son père. Puis il fronça légèrement les sourcils, et se pinça plusieurs fois le bras, de plus en plus fort.

– Mais qu’est-ce que tu fais ? demanda Harm avec un mélange d’incompréhension et d’inquiétude.
– Rien, je voulais juste vérifier quelque chose, répondit Tom le sourire aux lèvres.

Le visage rayonnant de bonheur, Tom se blottit de plus belle contre son père. L’Amiral Rabb ne se fit pas prier, et l’enlaça délicatement, de ses bras tremblant d’émotion. Harm pouvait sentir ce petit cœur battre contre sa poitrine, le cœur de son fils… Il resserra un peu plus son étreinte et remarqua à peine les larmes qui progressaient lentement le long de son visage.

Mac qui observait jusqu’alors la tendre scène qui se déroulait sous ses yeux, grimpa les escaliers de la maison, mais elle buta sur Chloé. Elle prétexta alors qu’elle voulait se rafraîchir un peu. En réalité, elle souhaitait s’isoler pour faire le point.

Elle voulait que son fils grandisse au sein d’une famille soudée et entourée de bonheur. Bien sûr, Charles avait toujours pris soin de Tom, comme s’il était son propre fils. De plus, il était évident qu’il l’aimait de tout son cœur, et c’était réciproque, mais quelque part, elle avait toujours su, qu’il ne remplacerait jamais totalement son véritable père. Elle aimait Charles, du moins c’est ce qu’elle croyait, jusqu’à ce qu’elle revoie Harm. Leurs retrouvailles avaient fait ressurgir en elle des sentiments qu’elle croyait enfouis profondément, des sentiments tellement forts et bouleversants qu’elle ne savait plus où elle en était. Mais elle était persuadée qu’elle avait bien fait, c’était important pour Tom, et puis, elle avait toujours voulu que son fils connaisse un jour son père.
Elle entra dans la chambre d’AJ, et sourit en apercevant la maquette d’avion, posée sur le lit. Elle imagina son fils en train de jouer avec celle-ci, le sourire aux lèvres, rêvant d’être réellement aux commandes d’un avion de chasse. Elle ne comprenait pas l’attirance innée de son fils pour l’aviation, avant même qu’elle ne lui révèle les activités de son père. Tom lui ressemblait tellement… Le premier sourire de son fils, à l’époque âgé de quelques mois, lui avait fait l’effet d’un choc. A partir de cet instant, Mac avait compris qu’à chaque fois qu’elle poserait les yeux sur son fils, elle verrait Harm.
Elle sentit alors une main se poser sur son épaule, et les battements de son cœur s’accélérèrent brutalement. Elle savait que c’était lui. Lentement, elle se retourna pour lui faire face.

– Où est Tom ? demanda t-elle d’un ton dégagé.

Harm sourit légèrement et répondit.

– Il montre la photo de mon père et moi à AJ …

Elle lui rendit son sourire et elle s’assit sur le bord du lit.

– Il tient beaucoup de toi, remarqua-t-elle.
– Peut être, mais quelque chose me dit qu’il a dû hériter de ton caractère bien trempé !
– MON caractère bien trempé ? s’exclama-t-elle en souriant
– Tu as bien entendu, répondit-il avec un sourire. En tout cas, je trouve que l’association de mon physique et de ta matière grise est bien réussie, tu ne trouves pas ?

Pour toute réponse, Mac sourit de plus belle en secouant légèrement la tête. Harm s’assit alors près d’elle et fixa un coin de la pièce, d’un air songeur. Mac, respecta son silence et se contenta de l’observer du coin de l’œil. Au bout de quelques minutes, Harm dit enfin.

– Je… Je ne sais pas si je saurai comment faire… avec Tom.
– Tu t’y prend très bien, Harm, répondit-elle en posant inconsciemment la main sur sa cuisse. Il t’adore, cela saute aux yeux.
– Je ne sais pas… Il est adorable… Mais j’ai manqué tellement de moments importants de sa vie…
– C’est possible, mais il en a encore beaucoup d’autres à vivre, et tu seras là cette fois…
– C’est facile pour toi de dire cela !

Le visage de Sarah se referma et elle retira vivement sa main. Harm comprit aussitôt sa maladresse.

– Je… je suis désolé, ce n’est pas ce que je voulais dire.
– Ce n’est pas grave… De toutes façons, il faut mettre notre passé derrière nous, tu n’es pas d’accord ?
– Si, bien sûr…

Il hésita un instant avant de continuer.

– Sarah, je voulais que tu saches que je t’aime et que je t’ai toujours aimée… Après ton départ, je n’ai plus aimé aucune autre femme. Tu m’obsédais, je ne pensais qu’à toi. Je m’en veux de…

Mac l’interrompit en posant un doigt sur les lèvres de son ancien coéquipier.

– Chut, dit-elle doucement. C’est du passé… Maintenant, il faut repartir de zéro.

Elle fut rapidement troublée par ce rapprochement. Les yeux de cet homme étaient si intenses, elle mourrait d’envie de s’y noyer. Mais ses sentiments étaient encore flous, et elle voulait lui résister jusqu’à ce qu’elle y voie plus clair. Elle se leva et fit mine d’examiner une étagère, où étaient entreposés de petit avions en plastique. Harm se leva à son tour, s’approcha derrière elle et posa ses mains sur ses épaules. Il cala alors sa tête au creux de son épaule et murmura à son oreille.

– Je t’aime.

Les battements du cœur de la jeune femme accélérèrent de plus belle. Il déposa alors de petits baisers le long de son cou. Mac n’osait plus bouger, une partie d’elle voulait le repousser mais l’autre désirait tellement qu’il continue. Finalement, Harm la fit pivoter doucement et la regarda dans les yeux, à le recherche d’une éventuelle invitation de continuer. Devant les yeux bleu azur, et le sourire irrésistible de cet homme, toutes les belles résolutions de la jeune femme partirent en fumée. Elle approcha doucement ses lèvres de celles de son ancien coéquipier et elles s’unirent finalement dans un baiser passionné. Harm posa alors ses mains sur les hanches de la jeune femme, puis les fit glisser le long de son dos, afin de l’attirer contre lui. Ils entendirent alors une voix provenant du rez-de-chaussée, ainsi que du remue ménage.

– Il y a quelqu’un ici ? demanda Harriet d’une voix enjouée.

Harm et Mac se séparèrent le plus lentement possible. Mais ils savaient qu’ils auraient tous le temps de rattraper le temps perdu. Après un dernier baiser, ils prirent la direction de l’escalier, main dans la main.
Une fois sur le palier, ils aperçurent leurs amis occupés à retirer leurs vêtements couverts de neige tout en plaisantant et en riant aux éclats.

– Eh bien je vois qu’on s’amuse bien, ici, remarqua l’Amiral Rabb avec un sourire.
– Harm ! s’exclama Dan. On se demandait où vous étiez tous passés.
– Les autres doivent certainement être dans la cuisine ou au salon.

Chloé entra alors dans le hall d’entrée, suivit d’AJ et des jumeaux.

– Ne me dites pas que c’est… non ce n’est pas possible… Chloé ? Balbutia l’Amiral Chegwidden
– Oui, c’est bien moi, j’ai juste un peu changé, répondit-elle en s’avançant vers lui le sourire aux lèvres.
– Je suis content de te revoir, dit-il en la prenant dans ses bras.

Harriet fit les présentations, pendant que Mac et Harm les rejoignaient.

– Où est Tom ? demanda alors Sarah.
– Je ne sais pas répondit Chloé en regardant autour d’elle. Il n’était pas avec AJ ?
– Si, répondit ce dernier en regardant sa marraine. Mais il est ensuite monté vous chercher.

Harm et Mac échangèrent un regard inquiet.

– Il n’était pas avec vous ?
– Non, répondit Harm. Nous ne l’avons pas vu.
– Il doit certainement être dans un coin de la maison, intervint Harriet.
– Tu as raison, approuva Bud, nous n’avons qu’à le chercher, il ne doit pas être bien loin.

Tout le monde s’exécuta, mais Harm retint Mac par le bras.

– Peut-être qu’il nous a vus nous embrasser et que… ça lui a peut-être fait un choc, à près tout, je suis encore un étranger pour lui.
– Ne dis pas de bêtise. Au contraire, il rêvait de nous voir à nouveau réunis. Il doit juste être en train de jouer dans un coin.
– Tu as sans doute raison.

Sur ce, ils se mirent à explorer la maison des Roberts à la recherche de leur fils.

21h42 Devant la maison des Roberts

Tom était assis contre un arbre, aux branches recouvertes de neige. Il observait l’étendue d’un blanc uniforme, qui s’offrait devant ses yeux émerveillés. Il était tellement heureux, c’était le plus beau noël de sa vie, aucun autre ne serait aussi réussi, il en était certain. Il faisait machinalement des traces sur la neige en écartant et resserrant ses jambes. Cela faisait plusieurs minutes qu’il était assis là. Il avait entendu les autres rentrer, mais il n’avait pas manifesté sa présence. Il voulait profiter de cette nuit magique, qui n’appartenait qu’a lui seul. Combien de fois avait-il souhaité que ce jour arrive ? Combien de fois avait-il imaginé le visage de son père ? Maintenant, tous ses rêves se réalisaient. Son père était là, et il aimait sa mère. Lorsqu’il les avait aperçus dans l’entrebâillement de la porte, assis sur le lit d’AJ, et que son père avait prononcé ces deux mots magiques, sa mère avait souri. Il était si heureux, ses parents s’aimaient, ils allaient désormais former une famille. Lorsque son père lui avait montré la photo, il lui avait promis de l’emmener voler avec lui, à bord de « Sarah ». C’était le plus beau cadeau qu’il pouvait lui faire. Le petit garçon entendit alors la neige craquer sous les pas de quelqu’un, et il se retourna vivement.

– Je me doutais que tu serais là, dit l’Amiral Rabb.
– Papa… mais comment as-tu su ?
– Eh bien, tout d’abord parce que tu n’étais nulle part dans la maison et ensuite, parce que j’aimais également m’isoler dehors, lorsque j’étais enfant.
– Ah oui ? demanda l’enfant avec émerveillement.

Harm hocha la tête et s’accroupit devant son fils.

– Tu sais, il va falloir rentrer maintenant, tout le monde te cherche partout, et puis tu risques d’attraper froid.

Le petit garçon se leva alors, et enfouit sa petite main dans celle de son père. Ils prirent la direction de la maison.

– Dis papa, tu m’apprendras à voler un jour ? Comme ça je pourrai devenir pilote, comme toi, demanda t-il en fixant son père.
– Je ne sais pas, Tom, il faudra en parler à ta mère, répondit-il en souriant légèrement, imaginant la tête de Sarah, apprenant vers quelle carrière souhaitait s’orienter son fils.
– Mais, elle sera d’accord, hein ?
– Je ne sais pas, il faudra peut être la convaincre. Mais ne t’en fais pas, à nous deux on y arrivera sûrement, dit-il en lui faisant un clin d’œil.

Rassuré, le petit garçon sourit, s’imaginant déjà aux commandes d’un avion de chasse.

21h58 Maison des Roberts

L’Amiral Rabb était occupé à retirer le blouson de son fils, lorsque Mac arriva précipitamment, suivie d’Harriet.

– Tom ! Mais où étais-tu donc passé ? Demanda Sarah, inquiète. Nous te cherchions partout.
– Il prenait l’air pour se changer les idées, répondit Harm en regardant son fils avec affection.

Les autres entrèrent alors dans la pièce.

– Ah te voilà ! s’exclama Chloé, faussement en colère.

Tom semblait légèrement impressionné par tous ces visages inconnus, qui le dévisageaient. L’Amiral Rabb fit alors les présentations pour rompre le silence.

– Je vous présente mon fils, Tom, dit Harm, les mains posées sur ses épaules.

Tout le monde salua le petit garçon tour à tour, avant qu’Harriet ne propose à ses invités d’aller se mettre à table.
Le repas fut animé par les plaisanteries de chacun et par le rappel de bons souvenirs, le plus souvent liés au JAG. Une fois le dessert terminé, Tom supplia son père de venir dehors, faire un bonhomme de neige avec lui. Ce dernier se montra tout d’abord réticent, prétextant qu’il faisait nuit, mais Tom ne lâchait pas le morceau. Finalement, l’Amiral Chegwidden décréta qu’après tout, ce n’est pas une si mauvaise idée, et toute la petite troupe se retrouva dehors, sous le ciel étoilé de cette nuit de Noël. Il neigeait, mais cela ne semblait gêner personne. Adultes et enfants s’attelèrent à la tâche de construire le bonhomme de neige, le plus grand possible. Tom courait dans tous les sens, comme un fou, à la recherche de petits cailloux et de branches pour en décorer le bonhomme de neige, une fois terminé. Si bien qu’après seulement quelques minutes passées dehors, il avait déjà les oreilles, le nez et les joues tous rouges. Mais il semblait si heureux, ses yeux pétillaient de bonheur. Sarah surprit plusieurs fois Harm, immobile, les mains pleines de neige, en train de contempler son fils, le sourire aux lèvres. Mais, comme cela était prévisible, le tout vira progressivement en bataille de neige. Tout le monde riait aux éclats. Il n’y avait même pas d’équipes, chacun lançait des boules de neige au hasard, sur tout ce qui bougeait. Harm et Bud se retrouvèrent bientôt allongés sur le sol recouvert de neige, assaillis par des enfants déchaînés, menés par Tom et AJ. Vingt minutes plus tard, tout le monde se retrouva assis sur les canapés du salon, autour d’une bonne tasse de chocolat chaud fumant.
A 23h45, Tom, le visage rayonnant de bonheur, se dirigea vers la voiture de Sarah, les mains logées dans celles de ses parents. Suivis de leurs amis, ils prirent la direction de l’église de l’aumônier Turner.
FIN

FINAL 8/ Revedefer

21 h 08 Domicile des Roberts

Charles se trouvait toujours dans le bureau, il avait entendu la joie de Tom, lorsque ce dernier avait rencontré son père. Il avait aussi entendu l’explication que le petit garçon avait donnée à propos de lui à l’Amiral. Il ne savait que faire, devait-il sortir de cette pièce maintenant, s’éclipser discrètement et laisser Tom et Sarah ? Il en était là dans ses pensées, quand il lui sembla entendre Sarah pleurer, son sang ne fit qu’un tour et il sortit du bureau.

Sarah était dans les bras de Chloé en pleurs. Charles s’avança en hésitant et lui toucha l’épaule en disant :

– Ca va….Sarah ?

Cette dernière fut surprise et contente à la fois, d’entendre cette voix qui lui avait si souvent apporté le réconfort par le passé. Elle se retourna et dit en souriant :

– Oh ! oui Charles tout va pour le mieux.

Tom avait cru entendre la voix de Charles, il regarda en direction de sa maman et il l’aperçut. Le petit garçon était très heureux d’avoir ses deux papas avec lui, en cette veille de Noël, quel beau cadeau. Il prit Harm par la main, se leva d’un bond du canapé et cria tout excité :

– Viens, papa ! Viens vite ! C’est Charles, c’est mon deuxième papa !

Harm, ne sut que faire, tant il était surpris par la présence de Charles en ce lieu. Comment devait-il se comporter ? Il se leva suivit son fils qui le tirait en direction de Charles.

Sarah, Chloé et Charles se retournèrent à l’unisson en entendant les cris du petit garçon. Mac, porta les mains devant sa bouche de stupéfaction, elle avait pensé à beaucoup de choses, mais là son fils la prenait au dépourvu. Chloé se demandait ce qu’elle pouvait bien faire. Charles devint tout blanc, ses mains se mirent à trembler, son cœur s’emballa, il était là devant lui, son rival, le fantôme qui hantait les nuits de Sarah.

AJ Roberts, était lui aussi surpris, que de rebondissements, il ne regrettait plus de ne pas avoir été au Mac Murphy’s avec ses parents.

L’Amiral observa rapidement son rival, le teint mat, les yeux sombres, grand, svelte, les cheveux mi-longs et d’un noir de jais, il avait fier allure ce Charles. Harm ne put aller plus loin, dans ses observations, car son fils excité comme une puce, venait de lui lâcher la main pour se précipiter vers Charles.

– Charles ! Charles ! Regarde c’est mon vrai papa et il s’appelle Harm, tu as vu comme il me ressemble ? dit le petit garçon en le tirant par la manche.

Le Docteur Drinkwater, ne sut que répondre, c’est Chloé qui débloqua la situation.

– Alors, Tom tu vas bien ?

Le petit garçon se retourna et sourit à la jeune femme.

– Oh ! oui, tata Chloé, regarde c’est mon papa, et il s’appelle Harm.
– Je sais mon chéri, je connais bien ton papa. Bonjour Amiral, comment allez-vous ?

Ces quelques paroles focalisèrent l’attention de Harm sur autre chose que Charles.

– Bonjour ma petite Chloé. Quelle belle jeune femme que voilà ! dit-il tout en s’approchant pour l’embrasser.

Mac avait repris ses esprits et elle décida de faire les présentations.
– Harm, je te présente, le Docteur Charles Drinkwater. Charles, voici l’Amiral Harmon Rabb Junior.

Les deux hommes se regardèrent, ils ne savaient que faire, devaient-ils se serrer la main ? Charles fit le premier pas, il tendit sa main en direction de Harm en disant :

– Bonjour… Amiral.

Harm fut surpris de ce geste, mais il n’en montra rien et serra la main tendue en disant :

– …Enchanté…Charles.

Sarah, proposa à tout le monde d’aller s’asseoir au salon. Le petit garçon, prit ses deux papas, chacun par une main et les guida vers le canapé. Les deux hommes étaient surpris, mais aucun d’eux n’osa se dérober et ainsi faire de la peine à Tom. Car, ils avaient au moins cela en commun, ils aimaient tendrement ce petit bonhomme.

21 h 33 Parking du Mac Murphy’s

La petite bande d’amis se sépara, non sans se souhaiter un joyeux Noël, chacun repartant de son côté pour réveillonner. Sturgis et Bobbi allaient rejoindre leurs enfants, Jen et Dan allaient dîner avec Jason Tiner, ce dernier était seul ce soir, son épouse étant de garde à l’hôpital.

Harriet, Bud et Sergueï prirent le même véhicule, Tom et AJ Chegwidden les suivirent chacun dans leur voiture respective.

Véhicule des Roberts

Après quelques instants de silence, juste troublé par la musique de Star Trek en fond sonore, Bud parla :

– Chérie ? dit-il avec anxiété.
– Oui Bud ?
– Comment vois-tu la rencontre entre Harm et son fils ?
– Bien, par contre j’espère que Sarah et Harm arriveront enfin à être sur la même longueur d’ondes.
– Moi aussi, je souhaite que mon frère ose enfin avouer ses sentiments au Colonel Mackenzie. Sinon, il va savoir ce que cela fait d’avoir un petit frère, dit Sergueï un petit sourire au coin des lèvres.

Les trois amis continuèrent de parler, d’Harm, Sarah et de Tom tout le reste du trajet.

Voiture de l’Amiral Chegwidden

AJ suivait la voiture de l’Amiral Boone et il pensait aux révélations que ce dernier, lui avait faites sur son cancer. Il avait été surpris et attristé par cette nouvelle et ne savait que faire pour l’aider dans ces moments difficiles. AJ, décida de proposer à son vieil ami de l’accompagner et d’être présent à ses côtés dans les derniers instants de sa vie, ce qu’il n’avait pu faire pour Meredith.

Voiture de l’Amiral Tom Boone

Tom, pensait à son vieil ami, qu’il allait bientôt retrouver. Cela faisait maintenant quarante trois ans qu’il ne l’avait pas revu. La dernière fois, c’était quand il s’était éjecté devant ses yeux, au-dessus de la jungle Vietnamienne. Il allait pouvoir lui dire que son fils, l’Amiral Harmon Rabb Junior allait bien et qu’il était le père d’un charmant petit garçon. Tom pensait que la vie était bizarre, le père avait disparu un 24 décembre, le fils découvrait qu’il avait un enfant un 24 décembre, le destin jouait parfois de drôles de tours.
21 h 55 Salon des Roberts

Tom rayonnait de joie d’être ainsi entouré par les deux hommes, qui pour lui étaient ses deux papas. A cet âge-là, rien ne vous semble impossible et le petit garçon ne ressentait pas la tension qu’il y avait entre Harm et Charles.

AJ Roberts revint au salon muni de l’appareil photos, que son parrain lui avait offert pour son dernier anniversaire. Tout à l’innocence de l’enfance, il voulait immortaliser cet instant, la rencontre entre un père et son fils. Il demanda aux adultes de bien vouloir se prêter à une séance de photos. Au premier abord, l’idée ne les enthousiasma pas, mais devant la joie de Tom, ils se plièrent à la volonté des deux garçons. Après tout, c’était la veille de Noël et l’important n’était-il pas de donner de la joie et du bonheur aux autres et plus particulièrement aux enfants.

Harm et Charles étaient debout, devant le magnifique sapin des Roberts, ils prenaient la pose, Tom voulait une photo de ses deux papas ensemble.

Quelle ne fut pas la surprise des Roberts en entrant dans le salon de voir, les deux hommes côte à côte, souriant à l’objectif de leur fils. Une nouvelle séance eu lieu avec les nouveaux arrivant, puis tout le monde passa à table.

Le repas se déroula pour le mieux, l’ambiance était à la fête, tous semblaient heureux d’être là ce soir.

23 h 30 Hall d’entrée.

Les convives se préparaient pour se rendre à la messe de minuit, tous enfilaient manteaux, écharpes, bonnets…. Un joyeux tintamarre résonnait dans le vestibule.

La petite troupe, fut surprise, en sortant de voir qu’un épais tapis blanc recouvrait tout. La neige tombait en abondance, les adultes se regardèrent et après un bref échange, ils décidèrent de rester là par prudence. Tous avaient en mémoire, le tragique accident qui avait coûté la vie à Mérédith Chegwidden.

AJ Roberts envoya une boule de neige sur son frère Jimmy, ce qui provoqua le début d’une belle bataille où même les adultes participèrent avec bonheur.

Profitant de ce joyeux bazar, Bud s’éclipsa, non s’en avoir demandé à Sergueï de le suivre, pour disposer les cadeaux au pied du sapin.

Après une demi-heure de bataille, de rires et de cris de joie, Harriet invita tout le monde à rentrer au chaud, pour profiter du feu de cheminée et boire une boisson chaude.

L’excitation fut à son comble, quand les enfants virent tous les paquets dans le salon. Les cris fusèrent de plus belle et Bud demanda à l’Amiral Boone de bien vouloir procéder à la distribution.

Harm était debout appuyé contre l’encadrement de la porte du salon, il regardait son fils qui ouvrait un paquet. Cela le ramena très loin en arrière, en 1969 pour être précis, le 25 décembre de cette année, fut pour lui le dernier Noël joyeux. Il ne savait pas encore que son père avait disparu et Harm se souvenait encore du bonheur ressenti en ouvrant les paquets ce jour là. C’était le lendemain, que les autorités militaires avaient prévenu sa mère de la disparition de son mari. La vie de Harm en fut bouleversée et là maintenant, il se revoyait enfant devant le sapin familial avec sa maman.

Soudain, il ressentit une présence à côté de lui et crut entendre « Joyeux Noël fiston ». Puis, il sentit, un contact sur son avant bras, ce qui le ramena sur terre.

– Alors, Flyboy dans les nuages ? dit Sarah en s’approchant de lui toute souriante.
– ….Mac….Hum…Sarah, je viens d’entendre la voix de mon père et de ressentir sa présence, dit-il d’une voix chevrotante et chargée d’émotion.

L’Amiral Boone, qui avait observé toute la scène, se rapprocha du couple et dit :

– Tu m’as l’air bien perplexe Harm ?
– Harm vient d’entendre la voix de son père à l’instant, expliqua Mac.
– Moi aussi, il m’a parlé.

Sarah et Harm regardèrent leur ami fort surpris et dirent à l’unisson.

– De quoi vous a t-il parlé Tom ?
– Il m’a dit de ne pas avoir peur de la mort, qu’il serait là pour m’accueillir, quand mon heure serait venue.

Sarah et Harm, ne savaient quoi répondre à cela et avant de pouvoir prononcer le moindre son, Harriet vint les chercher pour boire le café. L’Amiral Boone la suivit, laissant là ces deux amis fort perplexes. Puis, le petit Tom, vint chercher ses parents pour leur faire admirer les cadeaux du Père Noël.
01 h 25 Chambre de Sarah

Le blizzard s’était levé, il était impossible de circuler par ce temps. La décision avait été prise de tous coucher chez les Roberts. Les enfants avaient étés regroupés dans la chambre des jumeaux et les adultes répartis dans les chambres restantes.

Sarah et Harm, venaient d’embrasser leur fils et ils se retrouvaient enfin seuls. Harm voulut parler à Sarah.

– Sarah…….
– Ne dis rien, vient, dit-elle en attirant Harm contre elle.

Ils échangèrent un baiser fougueux, Sarah se décolla légèrement, afin de voir le visage d’Harm.

– Je t’aime Harm, joyeux Noël mon amour.
– Moi, aussi je t’aime Sarah, dit-il en la soulevant dans ses bras et en la portant vers le lit.

FIN

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