River of grass

10/26

Un craquement sonore – du bois peut-être – me tire de mon sommeil. Mac s’étire à côté de moi et ouvre les yeux. Je lui fais signe de ne pas bouger. Il peut s’agir de n’importe quoi : une branche qui tombe, un animal qui se balade…

Ou Andy.

Je me redresse, pas vraiment apte à agir face au danger compte tenu de ma nudité. A part un plaid qui ne me couvre qu’à moitié, tout le reste de mes vêtements est toujours en train de sécher dehors.

« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? » murmure Mac, en tendant l’oreille dans l’attente d’un autre bruit suspect. Rien. Toujours sur le qui-vive, je me rallonge à ses côtés.

« On va attendre et voir si un alligator de 3 mètres vient nous dévorer »

Nous sommes couchés face à face, et je commence à vraiment réaliser ce qui vient de se passer. J’ai fait l’amour avec Sarah MacKenzie. Après toutes ces années, après tout ce temps, ça été si facile de laisser tomber ces barrières entre nous. C’était tout simplement le bon moment.

Elle pose une main chaude sur ma joue, son contact me fait sourire. En l’espace de quelques secondes, une foule d’expressions et de sentiments se lisent sur ses traits, avant de laisser la place à une inquiétude manifeste.

« Tout ira bien » dis-je, en la prenant dans mes bras. Elle a toutes les raisons d’être tourmentée. Les conséquences de nos actes… de cette relation… sont énormes. Tout a changé en quelques minutes. Nos projets de carrière. Nos vies. Nos rêves.

« Ce serait tellement plus simple si tout cela… » commence-t-elle d’une voix étouffée.

«… ne signifiait rien ? Mac, pour moi, c’est très important. Et cela me désolerait que tu penses le contraire » Je dépose un léger baiser sur son front. Ses cheveux ont le parfum de la pluie. La puissante odeur du sexe emplit maintenant la minuscule pièce… Elle nous rappelle à quel point nous avons joui l’un de l’autre.

Mac demeure silencieuse, lovée au creux de mon étreinte, sa respiration est calme et régulière. Ses jambes sont entrelacées aux miennes et c’est impressionnant de constater combien nous sommes bien ensemble. Encore mieux que je ne l’étais avec Jordan. Je l’aimais pourtant, mais ce n’était pas comme « ça ».

« Tu as faim ? » demande Mac, en se redressant après avoir entendu grogner mon estomac.

« De toi, uniquement » Ma réponse est gratifiée d’un éclat de rire.

« C’est adorable, mais qu’est-ce que tu dirais de quelque chose de plus consistant ? » Elle se lève et allume la lampe-torche. Elle ne prend pas la peine de se couvrir et je me surprends à la contempler alors qu’elle fouille dans le sac de toile que Crash nous a préparé. « Alors, nous avons… des biscuits au beurre de cacahouètes. Un paquet de chips saveur barbecue… »

« Celui-là, je te le laisse » lui dis-je, en l’observant retirer du sac le reste de nos maigres provisions et les aligner sur la table de bois.

« Nous avons aussi une boite de corned beef » dit-elle en soulevant un récipient bleu à mon intention.

« On devrait la garder pour le dîner, on pourrait allumer des chandelles et mettre un peu de musique… Du corned beef, Mac, même les rations militaires en sachets sont meilleures que ça ! » J’attends dans l’espoir de voir sortir quelque chose de comestible de ce sac.

« Et nous avons des barres vitaminées ». Elle m’en lance un paquet. « Tiens prends-en. Il faut que tu gardes ton énergie »

« Pour plus tard ? » dis-je en plaisantant.

« Oui, pour tout à l’heure quand il faudra reprendre le canot pour sortir d’ici » répond-elle en déchirant un paquet de chips et en mordant à pleines dents dans l’une d’entre elles.

« Ces trucs-là vont te tuer plus vite que tu ne le penses » lui fais-je remarquer. Elle secoue le sac et se poste en face de moi, totalement nue. J’ai peine à croire qu’elle soit restée aussi mince avec les saletés qu’elle avale parfois.

« Eh bien, si je dois mourir maintenant, au moins, je mourrai satisfaite » dit-elle d’une voix rauque et sensuelle.

« ah ouais » dis-je, mi-embarrassé, mi-excité. Elle revient vers le lit, son paquet de chips à la main, et s’assoie en tailleur, à côté de moi.

« Tu crois qu’il va s’arrêter de pleuvoir un jour ? » demande-t-elle en levant les yeux au plafond, attentive au battement des gouttes sur le toit. La pluie s’est un peu calmée, mais pas encore assez à mon goût pour repartir. Et compte-tenu du tonnerre et des éclairs qui déchirent le ciel, il est certainement plus prudent de rester ici pour l’instant.

« Si nous étions en plein été, je te répondrais qu’on en a pour des semaines, mais c’est la fin de l’automne donc logiquement, cela devrait bientôt se terminer et on pourra partir. » Ma réponse semble la décevoir.

« Pour aller où ? As-tu réfléchi à ça quand tu prenais ta douche tout à l’heure ? » Elle me tend une chips. Je la refuse.

« Tout ce que nous avons à faire, c’est garder le cap à l’ouest. Si tout va bien, on devrait normalement atteindre le golfe du Mexique » dis-je tout en jetant l’emballage d’une barre vitaminée sur le côté. Je me lève pour aller chercher l’article du journal. Mac me suit des yeux. Elle m’observe dans la pénombre avec la même intensité que moi avec elle précédemment. « J’aime à penser que quelqu’un est déjà parti à notre recherche, mais comme ils ne savent pas où chercher, ils ne nous ont pas encore trouvé »

Elle sourit. Un sourire radieux. « Tu sais quoi ? » me demande-t-elle

« Non, dis-moi ». Je la regarde par dessus le journal

« Je vais avoir du mal à me concentrer au tribunal à partir d’aujourd’hui. Tu seras là debout, à faire ton charabia, et moi, je ne pourrai pas t’imaginer autrement que comme tu es maintenant » lâche-t-elle, toujours souriante. Je pose le journal et me tourne vers elle, les mains sur les hanches.

« Faire mon charabia ? Je ne fais pas de charabia. J’utilise mes talents d’orateur pour faire régner la loi sur les mers. »

« Oui, et si ça ne marche pas, il te suffit de sourire au jury comme tu sais si bien le faire pour espérer parvenir à tes fins… »

« Ca a bien marché avec toi, non ?! » lui fais-je remarquer en lui adressant ce fameux sourire.

Je me rapproche de l’endroit où elle est assise, ses yeux ont tout le loisir de s’attarder sur certaines parties de mon anatomie. Il lui faut du temps avant de relever la tête et je trouve ça agréable. Qu’elle garde cette image en mémoire pour la prochaine fois où nous serons face à face dans un tribunal.

« Ca a marché une fois. Possible qu’il n’y ait pas de seconde fois » dit-elle en se rejetant légèrement en arrière pour me regarder droit dans les yeux. Nous restons là, sans bouger. Chacun se contentant de soutenir le regard de l’autre.

« J’espère que ça marchera encore » dis-je. Elle tousse pour s’éclaircir la gorge et détourne les yeux. Je m’assois à ses côtés et passe mon bras sur ses épaules, avant de prendre sa main dans la mienne. « Ca ne va pas être facile de rentrer, n’est-ce pas ? »

« Non, c’est certain. »

Nous demeurons assis, main dans la main, à se demander comment faire pour que tout s’arrange. Je veux vraiment qu’on y arrive. Ce serait tellement bon, après toutes les galères que nous avons connues l’an passé.

Elle se tourne vers moi et prend mon visage dans ses mains pour rapprocher mes lèvres des siennes. Notre baiser terminé, elle laisse ses mains posées sur mes joues. Nos yeux expriment tout ce que les mots ne peuvent pas encore dire.

Je suis sur le point de l’embrasser à nouveau quand un craquement se fait entendre derrière la porte. Mac et moi nous éloignons immédiatement l’un de l’autre. Avant même que nous ayons le temps de saisir les couvertures, nous nous retrouvons encerclés par des hommes vêtus de treillis boueux. Ils ont beau être en uniforme, ce ne sont visiblement pas des soldats. Excepté un. Il n’a aucune idée de qui nous sommes. Je ne l’ai vu qu’une fois, sur la photo qu’on nous a donnée quand on nous a demandé de le retrouver. D’ailleurs, ce n’est pas un soldat, c’est un marin. Le quartier maître David Jacobs.

Il avance et éclate de rire. « Regardez un peu ce que nous avons là ! Un couple de touristes en train de s’envoyer en l’air dans la cabane de Kurt ! »

Il reluque Mac de bas en haut avant de se saisir d’une couverture pour la couvrir. Je n’ai droit à rien. Quoiqu’on dise, nous nous sommes sérieusement compromis. Si nous lui avouons que nous sommes des avocats du Jag envoyés à sa recherche, il se fera un malin plaisir d’utiliser ce qu’il vient de voir contre nous. Si on ne lui dit rien, on ne saura jamais ce qu’il a fait des armes volées.

Mac me regarde et me fait discrètement « non » de la tête, avant de prendre la parole. « Nous étions simplement en train de faire du camping sauvage, mais nous nous sommes perdus et on essayait de se mettre à l’abri de la pluie. Vous n’avez qu’à nous laisser reprendre nos affaires et on décampe d’ici… »

« Je ne crois pas, non. Hanscomb, fais-les se rhabiller. On les emmène avec nous. »

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