River of grass

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Les derniers rayons du soleil, encore perceptibles au travers des petites fenêtres poussiéreuses, s’évanouissent rapidement. Avant qu’il ne fasse complètement noir, quelqu’un met en route un générateur à l’extérieur. Le moteur se met à ronfler, non sans avoir toussé plusieurs fois. Après un ou deux coups de pied bien placés, il se stabilise et une lumière diffuse nous éclaire. Elle n’est pas très forte mais suffisante pour nous empêcher de trébucher l’un sur l’autre dans l’obscurité.

« Je vais prendre une douche. Tu crois qu’on a une chance d’avoir de l’eau chaude ? » demande Mac, en se redressant pour s’asseoir. D’un doigt, j’effleure son bras, et elle frémit légèrement sous ma caresse.

« J’en doute… mais je connais un tas d’autres moyens pour se réchauffer ». Il fut un temps, cette remarque aurait fait l’objet d’un petit sourire et d’une réplique du tac au tac. Mais à présent, elle s’incline doucement et m’embrasse. Une douce vague de chaleur m’envahit, déferlant dans mon crâne avant de descendre plus bas. Je l’attire à nouveau sur le lit, avide de la sentir contre moi.

Mains, doigts, bouches, tous se battent pour s’imposer sur le même espace, dessinant les lignes et les courbes déjà familières mais dont il reste encore tant à découvrir. Sa peau a un goût de sel, celui de la sueur qui couvre son corps. Mes sens vacillent de plaisir au moment où elle gémit sous mes caresses. Je dépose de doux baisers le long de sa mâchoire, sur son cou, nos mains se trouvent, nos doigts s’entrelacent.

Cette passion dévorante qui nous a submergés n’est plus aisément contrôlable. Je m’écarte un peu et plante mon regard dans le sien. De sa main, elle caresse mon visage. J’ai grand besoin de me raser, et sa paume glisse sur cette barbe de trois jours avant de s’immobiliser sur ma joue.

Tout ce temps… Elle était là devant moi depuis tout ce temps… Pourquoi ne s’est-il rien passé avant ? Oh si, je sais. Nos carrières. Les projets. Les ambitions. Le règlement. Mais là maintenant, qui se préoccupe de tout ça ?

Je me demande s’il en sera toujours de même quand nous serons sortis de ce pétrin.

« Il faut vraiment que j’aille prendre une douche » dit Mac en s’asseyant. Son ton rauque laisse transparaître son excitation.

« D’accord, vas-y ». Je m’étends sur la couchette, les mains derrière la tête. Elle se mord un instant la lèvre inférieure et me regarde d’un air songeur. J’ai envie de lui demander à quoi elle pense, mais je n’ose pas, effrayé par ce qu’elle pourrait me répondre. Mieux vaut garder nos peurs cachées pour le moment.

« Je ne serai pas longue » dit-elle, avant de se détourner.

Mac n’a pas quitté le lit que deux coups violents sont frappés à la porte qui ne tarde pas à s’ouvrir en grand. Nous nous levons immédiatement, ne sachant à quoi nous attendre. L’homme qui nous observait tout à l’heure entre et se met à me détailler de la tête aux pieds. Nos yeux se scrutent mutuellement pendant quelques secondes, puis il se tourne vers Mac.

Il est venu avec un assortiment de treillis et un petit sac de voyage. Sur son épaule, il porte également plusieurs paires de chaussures, qu’il pose sur le comptoir faisant office de cuisine.

« On a fait ce qu’on a pu pour les tailles » dit-il en montrant la pile d’uniformes avant de la déposer à côté des chaussures. Il me fixe à nouveau. « Quant aux brodequins… C’est marrant de constater que personne ne fait jamais vraiment attention aux chaussures des gens, vous n’êtes pas de cet avis… Monsieur ?

Depuis le début, Mac et moi avons conservé nos chaussures réglementaires. Crash ne nous en a pas fourni d’autres et j’ai présupposé, qu’avec toute cette boue collée dessus, personne ne les remarquerait, mais apparemment ce n’est pas le cas.

« Monsieur ? » Je relève la question sur le même ton. Je me demande bien ce qu’il a compris à notre sujet, en étant simplement un peu plus observateur que les autres.

« Je sais qui vous êtes, lieutenant Rabb. Vous avez ruiné ma carrière en 1995. Et je suppose qu’aujourd’hui, c’est au tour de Jacobs. Etant donné que c’est vous qui êtes enfermé et lui qui est libre, j’en déduis que vous ne faites pas du très bon travail. Comme ce fut le cas quand vous étiez censé me défendre » répond-t-il alors que je fouille dans ma mémoire pour replacer un nom sur ce visage.

Mac lève les yeux vers moi, l’air intriguée.

« C’est capitaine Rabb et je dois admettre que mes souvenirs ne sont pas aussi clairs que les vôtres. Mais s’il s’agit d’une affaire que j’ai perdue, je devrais pouvoir m’en rappeler, ça n’est pas arrivé si souvent… »

« Marcus Brennen. A l’époque, c’était matelot Marcus Brennen. Vous aviez dit que je ne devais pas m’inquiéter, que vous alliez faire tomber toutes les charges. Mais vous avez échoué. Et à présent vous êtes capitaine de frégate, et moi rien du tout. » Posté devant la porte, il bloque toute tentative de fuite. J’espère qu’il n’est pas trop rancunier malgré tout.

« Je suis désolé ». C’est la seule chose que je trouve à dire

« Bien sûr que vous l’êtes » dit-il. Son ton glacial pourrait réfrigérer instantanément l’atmosphère chaleureuse de la caravane.

« Marcus, savez-vous ce qui se trame ici ? Quels sont les projets d’Elsworth et de Jacobs pour cette nuit ? » demande Mac. Finalement, il se détourne de moi pour regarder Mac.

« Et pourquoi devrais-je vous le dire ? » demande-t-il, les yeux plissés.

« Parce que vous allez tous avoir de sérieux problèmes dans peu de temps. Vous pourriez mettre un terme à tout ça » répond Mac. Il éclate de rire devant tant d’assurance.

« C’est tout ce qui me reste dans la vie, madame. Mais je vous propose un marché : vous trouvez un moyen d’amener le vieux à se débarrasser de Jacobs et je vous aide à partir d’ici »

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