River of grass

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« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » demande Mac, après le départ de Marcus Brennen. Elle s’assoit sur le bord du lit, et se masse la nuque. Avec seulement trois heures de sommeil la nuit dernière, nous sommes tous les deux à bout de force. Cette journée a été sacrément longue.

« On trouve un moyen de se tirer d’ici. Et si notre seul recours, c’est de monter Elsworth contre Jacobs, eh bien, c’est que nous allons faire. Qui sait… Eslworth pourrait même nous laisser embarquer Jacobs. » A présent, tout est calme dehors. Seul le ronflement désagréable du générateur perce le silence nocturne. Ils ont certainement laissé quelqu’un pour surveiller la caravane.

Cet endroit est dénué de tout objet personnel. Rien sur les murs, aucune photographie… nulle part. Tout ce que possède la propriétaire semblent se limiter au contenu de quelques tiroirs.

Je commence à fouiller au milieu des affaires d’Angie dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur elle, sur son rôle dans toute cette histoire et les raisons de son absence. Finalement, tout ce que j’ai trouvé, c’est un tiroir rempli de treillis, exactement comme ceux des hommes. J’en lance un à Mac, en espérant qu’il va lui aller.

« Très joli » dit-elle, en attrapant le vêtement et en le posant à côté d’elle.

« Tu préfères peut-être ça ? » dis-je en lui montrant un autre style de vêtements qu’Angie semble particulièrement apprécier. Elle possède une quantité impressionnante de robes courtes, très sexy. La plupart sont rouges ou noires, et faites avec le moins de tissu possible. Celle-ci est non seulement rouge, mais elle est aussi totalement transparente.

« Je suis sûre que toi, tu préférerais me voir porter ça. Mais je vais garder le treillis »

« Comme tu veux » dis-je en rangeant la robe avant d’ouvrir un nouveau tiroir. Il est plein de papiers. Ca doit être le fameux tiroir « fourre-tout »

« Je doute qu’Elsworth accepte de nous laisser partir avec Jacobs. Il sait très bien qu’on préviendrait immédiatement les douanes et le FBI. Ca ne va pas être aussi simple » dit Mac avec pessimisme. Elle gratte la boue séchée collée sur son jean, puis retire ses chaussures. Elle observe ses pieds maculés de boue et couverts d’ampoules. Non, vraiment, je ne conseillerai à personne de se promener dans les Everglades en chaussures de ville.

« Je crois que pour l’instant, notre priorité c’est de sortir d’ici tous les deux vivants. Jacobs et les armes viennent en second. Maintenant, on sait où le trouver… ou à peu près. Si on arrive à s’échapper et à trouver de l’aide, on pourra faire intervenir des spécialistes pour sécuriser la zone. Mais si on reste coincés ici, on n’aura pas le choix, il faudra utiliser Jacobs » Tout en parlant, je retire une pleine poignée de pochettes d’allumettes du tiroir. Elles viennent toutes d’un endroit appelé le Deluge Club, à Miami Beach. A en juger par le dessin, je dirais même South Beach.

« Tu as trouvé quelque chose d’intéressant ? » demande Mac. Elle se lève pour retirer son t-shirt sale.

« Euh… Je, euh… » Je détourne les yeux, sans trop savoir pourquoi. Tout est encore si nouveau. Je n’arrête pas de me dire que c’est tout simplement Mac, mais en fait non, elle n’est plus seulement Mac. Au bout d’un moment, certain d’avoir retrouvé l’usage de la parole, je la regarde et lui montre les allumettes. « On dirait qu’Angie aime faire la fête ».

« Le Deluge club? Voilà qui pourrait expliquer les robes. Peut-être travaille-elle là bas ? C’est probablement aussi la raison pour laquelle elle possède toutes ces pochettes. Mais cette boîte se situe à l’autre bout de la Floride. En parlant de déluge… cette fois-ci, je vais la prendre cette douche » dit-elle en posant la main sur mon épaule avant de la laisser glisser le long de mon bras. J’ai des frissons partout, comme si mon corps était parcouru d’un courant électrique d’une faible intensité. Je lâche les allumettes et elle me prend la main.

« Va prendre ta douche » lui dis-je, en fixant nos mains jointes, nos doigts enlacés. En cet instant, elle peut disposer de ma main, de mon cœur et de tout le reste.

« Tu pourrais te joindre à moi » suggère-t-elle. « On sera un peu à l’étroit, mais c’est bien aussi… »

« D’accord » Ma voix n’est plus qu’un murmure. Elle m’attire vers elle. Un baiser passionné nous lie instantanément.

Ses lèvres ont le goût de l’eau de pluie, de la nuit, de la cannelle, de la vanille et de tout ce qui m’apaise, me rassure et… merde, je deviens vraiment trop sentimental !

« Pourquoi souris-tu ? » demande Mac alors que nos lèvres se séparent.

« Pour rien. J’ai encore un peu de mal à réaliser que nous ne sommes plus seulement amis et partenaires mais… amants. » lui dis-je en couvrant son visage de baisers légers.

« Il va nous falloir un peu de temps pour se faire à cette idée. Surtout quand nous serons rentrés et qu’il faudra y mettre un terme. » Sa voix est emprunte d’une soudaine tristesse. Je m’écarte légèrement et plonge mon regard dans le sien.

« Voyons Harm, je sais que tu y as réfléchi toi aussi. Ce n’est pas comme si nous avions le choix. »

Je sens mon cœur se serrer « Alors dis-moi pourquoi on continue à agir comme si de rien n’était. »

« Parce que je t’aime, que je suis à peu près certaine que tu m’aimes aussi et que c’est peut-être là notre seule occasion. Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse Harm ? Qu’on se voit en cachette, entre deux portes ? Qu’on couche ensemble uniquement quand on nous envoie en mission à l’extérieur ? Ou sur un porte-avions ? Un sous-marin ? » demande-t-elle en se rapprochant. Sa main dessine des cercles sur mon torse, juste au niveau du cœur.

« Tu sais, c’est pratiquement impossible de faire l’amour sur un porte-avions sans que cela devienne la nouvelle du jour. Quant au sous-marin… oublie ça ! » dis-je en plaisantant. Elle se met à rire.

« A moins d’en avoir très envie. Comme j’ai envie de toi » dit-elle en se serrant contre moi. Nous restons là, enlacés, nous balançant au rythme d’une musique imaginaire que nous seuls pouvons entendre.

« A quel point as-tu envie de moi ? ». Elle sourit, puis se dresse sur la pointe des pieds pour me susurrer quelques mots au creux de l’oreille. Elle s’éloigne. Sa voix chaude et sucrée résonne toujours dans ma tête.

« On n’arrivera jamais à trouver un moyen de partir d’ici si on continue comme ça » dit-elle d’un ton enjoué.

« Mac, si on continue comme ça, je ne suis pas sûr d’avoir envie de quitter cet endroit. »

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