River of grass

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« Qu’est-ce que vous lui avez raconté à notre sujet ? » Nous traversons le campement. Marcus Brennen en tête, les deux autres hommes fermant la marche. « Allez quoi, Brennen, ne nous laissez pas dans l’expectative. Je veux savoir ce qu’Elsworth sait sur nous »

« Il sait qui vous êtes, mais pas la raison de votre présence ici. Et je n’en dirai pas plus ». Nous arrivons devant une autre caravane. Elle est installée à l’écart des autres, protégée des regards indiscrets par une rangée de palmiers.

« Donc, en résumé, Jacobs nous est tombé dessus dans le marais et nous a juste ramenés ici. » insiste Mac au moment où Brennen frappe à la porte.

« J’ai dit qu’Elsworth sait qui vous êtes, Jacobs n’en a aucune idée. Maintenant, vous faites comme vous voulez » dit-il alors qu’on nous somme d’entrer. Les deux hommes nous poussent à l’intérieur avant de se retirer, Brennen est le seul à rester.

Harlan Elsworth est appuyé contre un bureau en chêne massif, les bras croisés. Il est vêtu comme un commando, et une immense carte du sud de la Floride est épinglée au mur derrière lui. Des petits drapeaux rouges marquent la périphérie des Everglades, principalement le nord. Cela correspond exactement à la zone d’exploitation de la canne à sucre. Il y en a aussi quelques-uns dans la partie est, là où l’emprise de la civilisation est en pleine croissance.

« Qu’est-ce que vous aviez en tête tous les deux ? Et pour qui diable travaillez-vous ? Le FBI ? Le service des douanes ? » Sa voix ne trahit aucune inquiétude vis-à-vis de nous et de ce que nous représentons.

« Nous ne travaillons pour personne si ce n’est pour le Juge Avocat Général, mais vous êtes déjà au courant » répond Mac.

« Et vous étiez tout bêtement en balade dans le marais ? Excusez-moi mais j’en doute ! Qu’est-ce que vous êtes venus faire ici ? » Il s’adresse directement à moi cette fois-ci. Nos regards se croisent et il compte sur la froideur de ses yeux gris pour tenter de m’impressionner.

« Nous recherchons un marin soupçonné d’avoir volé du matériel à la Marine et qui a été mis aux arrêts au début de la semaine ». J’évite volontairement de prononcer un nom. Elsworth semble suffisamment malin pour deviner. Et même si nous ne lui disons rien, Brennen s’en chargera. Il détourne son regard, s’écarte du bureau et se dirige vers la carte. Elsworth saisit quelques drapeaux pour les enfoncer plus profondément. Il ne dit rien pendant plusieurs minutes, laissant un silence pesant s’installer.

« David » suggère-t-il enfin. C’est plus une affirmation qu’une question. Il se retourne pour nous faire face.

« Oui monsieur. Je le crains » répond Mac, donnant foi à ses soupçons. Brennen s’agite derrière nous, probablement ravi de voir cette nouvelle se répandre au grand jour.

« Et il fallait que ce gamin tombe justement sur vous au milieu de ce parc immense. Nom de Dieu ! Quelle idée de faire une chose aussi stupide ! » s’exclame Elsworth, en secouant la tête de dépit. « Brennen m’a dit qui vous étiez et je me doutais qu’il ne s’agissait pas d’une simple coïncidence »

« Non monsieur » dis-je. Je me demande bien comment on va se sortir de cette situation maintenant. Il est au courant pour Jacobs et pour nous. Il sait parfaitement que s’il nous laisse partir avec David Jacobs, on ne pourra pas faire abstraction de ce que nous avons vu ici.

A nouveau le silence. Les mains plaquées dans le dos, Elsworth fait des allées et venues derrière son bureau. Mac et moi ne pouvons rien faire d’autre que de rester là à le regarder

« Des armes ? A-t-il volé des armes ? » demande Elsworth. Il s’arrête, son regard navigue entre Mac et moi, avant de se fixer sur Mac. « David volait-il des armes ? »

« Le quartier maître Jacobs est soupçonné d’être l’auteur d’une atteinte à la propriété de la Marine et effectivement, certains biens dérobés se trouvent être des armes. »

« Des armes. Il volait des armes et les revendait. Le fils de pute ! » jure Elsworth « Je ne voulais pas qu’il vienne avec nous. La Marine, c’était une chance pour lui. Et ce petit con a tout gâché »

« Mr Elsworth, nous ne sommes là que pour Jacobs. Si vous nous livrez Jacobs et les armes… ». Il me coupe immédiatement.

« Vous me prenez pour un imbécile ? C’est ça ? » Il crie presque en se dirigeant vers nous. Mac et moi reculons d’un pas en même temps, mais Brennen nous repousse vers l’avant. Nous sommes à présent coincés entre eux deux, sans aucune autre échappatoire. Je sens la sueur couler au niveau de mes sourcils. Je ne veux pas qu’il croit que nous paniquons, sans quoi nous perdrions tout contrôle de la situation, et on en est à la limite. « Que ce gamin aille au diable ! Je ne veux pas être responsable de votre mort, mais je n’ai pas vraiment le choix »

« Vous n’êtes pas obligé d’en arriver là, Mr Elsworth. J’ai compris la cause que vous défendez mais je ne crois pas que vous ayez l’intention de tuer qui que ce soit. Et je ne pense pas non plus que vous souhaitiez notre mort. Laissez-nous partir avec Jacobs » dit Mac pour tenter de le raisonner. Brennen nous retient toujours chacun par l’épaule, pour nous obliger à rester tranquille.

« Je vous livrerais David si seulement je savais où il est, mais il est parti… et Dieu seul sait où ! » Elsworth est hors de lui. Je ne sais pas si je dois le croire ou non, il s’est détourné en parlant.

Il y a une personne dont le nom n’a jamais été prononcé au cours de cette conversation ou d’une autre. Angie. Elsworth est-il au courant d’une éventuelle liaison entre elle et Jacobs ? Pourquoi cachait-elle cette photo ? Et où diable se trouve-t-elle d’ailleurs ?

« Mr Elsworth, il est temps que tout cela cesse » dis-je d’un ton un peu emphatique. Il me dévisage, perdu dans ses pensées avant de se diriger vers la porte.

« Oui, il est grand temps que cela cesse » répond-t-il, la main sur la poignée « Il est temps que cela cesse et je vais faire en sorte que ce soit le cas. Brennen, veille à ce qu’il ne leur arrive rien »

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