River of grass

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Brennen nous fait sortir de la caravane et nous escorte au travers du camp. Je suppose que les deux autres hommes ont suivi Elsworth car je ne les vois nulle part. Il marche rapidement, sans même se retourner pour vérifier que nous le suivons. La pluie qui avait cessé recommence à tomber doucement. Le sol est complètement saturé d’eau, certaines des flaques nous arrivent aux chevilles.

Nous arrivons à destination. « Et maintenant ? » Brennen me sourit, ouvre la porte de la caravane d’Angie et nous ordonne d’y entrer. Nous nous exécutons, il entre et referme derrière lui.

« Vous avez fait exactement ce que j’attendais de vous. Jacobs a fichu le camp après avoir entendu des rumeurs à votre sujet et sur les raisons de votre présence dans les Everglades. Elsworth va sûrement avoir envie de lui faire la peau quand il découvrira tout ce qu’il a fait… y compris avec sa fille » dit Brennen, un large sourire aux lèvres.

« Angie est la fille d’Elsworth ? » demande Mac, en regardant tout autour d’elle. L’enveloppe contenant la photo est toujours en sécurité sous la pile de vêtements. Elle détourne les yeux avant que Brennen ne remarque quoi que ce soit.

« Oui. Et elle est amoureuse de cet imbécile de Jacobs depuis des lustres. Seulement son père n’est pas au courant. Mais je vais m’en m’occuper » ajoute Brennen, en se frottant vivement les mains, à la manière d’un affamé devant une assiette pleine de nourriture.

« Pourquoi détestez-vous autant Jacobs ? » J’essaye toujours de comprendre comment tous ces types se sont retrouvés impliqués dans le même trafic.

« Parce qu’il m’avait promis de m’aider quand j’avais des ennuis et que ce salaud n’a pas tenu ses engagements. Il a eu peur de se retrouver piégé lui aussi. Il m’a laissé tomber alors qu’il avait promis… » dit Brennen, mais il s’interrompt, ivre de colère. Je le vois serrer les poings et frapper brutalement le mur, y laissant une empreinte bien visible.

« Allez-vous nous aider à partir d’ici ? ». J’espère que son hostilité n’est dirigée que vers Jacobs et pas contre moi. Sincèrement, je ne me souviens toujours pas de lui, pas plus que je ne me rappelle David Jacobs dans une quelconque affaire à cette époque.

« Pour que toutes les forces de police nous tombent dessus ? Laissez-moi réfléchir ! » ironise Brennen en observant ses jointures ensanglantées.

« Aidez-nous et nous leur ferons savoir ce que vous avez fait pour nous » implore Mac. Brennen reste songeur. Il semble réaliser qu’une division interne peut sonner le glas de leurs agissements.

« Et si nous sommes pris… vous me défendrez ? » me demande-t-il, le regard fixe.

« Je ne sais pas… » Je ne veux pas lui faire de promesse que je ne pourrai pas tenir

« Je sais. Ca ne relèvera pas de la justice militaire, plutôt d’une cours fédérale, n’est-ce pas ? » demande-t-il à Mac, visiblement inquiet.

« Faites-nous simplement sortir d’ici et on essaiera de vous aider en retour » dit-elle en faisant un pas vers lui. « Vous devez savoir que toute cette histoire est en train de sombrer. Faites en sorte que cela se termine avant que plus de gens n’en souffrent. »

« De quoi avez-vous besoin ? » demande Brennen dans un soupir après avoir mûrement réfléchi. Il continue de frotter ses jointures, les écorchant davantage.

« Conduisez-nous à l’hydravion et on devrait pouvoir s’en tirer » lui dis-je.

« Et qui va le piloter ? » demande-t-il en rigolant. Il scrute Mac de haut en bas avant de diriger son regard sur moi.

« Je vais le faire, je suis pilote » Il détourne les yeux vers Mac qui acquiesce d’un signe de tête.

« Pas étonnant que vous soyez un enfoiré toujours si sûr de lui » me raille-t-il en secouant la tête. « Il y a un truc que vous ne savez pas faire ? »

« Retrouver tout seul mon chemin dans les Everglades » fais-je sur le ton de la plaisanterie.

« Vous êtes capable de voler de nuit ? Tout le monde sort encore cette nuit, ce sera plus facile » dit-il en regardant à travers la minuscule fenêtre vers la zone où l’avion est amarré.

« Je peux voler de nuit » dis-je sur le ton du pilote arrogant qu’il vient de m’accuser d’être. « Mais il va falloir que vous m’indiquiez la route à suivre »

« Tout sera prêt ce soir. Restez tranquille d’ici là » dit-il en se dirigeant vers la sortie.

« Et que faisons-nous si Elsworth revient entre-temps ? » demande Mac au moment où il ouvre la porte. Il repousse le battant pour que personne n’entende la conversation.

« Je lui dirai que j’ai l’intention de régler le problème ce soir ».

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