River of grass

18/26

Avec Mac, nous passons la journée tels des oiseaux en cage. Si au moins on disposait d’assez de place pour faire les cent pas en même temps. Au lieu de ça, on se contente de les faire chacun à tour de rôle.

Je ne la sens pas convaincue au sujet d’Elsworth et de nos chances de partir d’ici. En revanche, je suis sûr que notre retour à Washington la préoccupe. Je ne sais pas quoi faire. J’ai envie de la serrer dans mes bras, de la rassurer en lui disant que tout ira bien. Devons-nous arrêter tout de suite ? Devons-nous continuer, en espérant que nous finirons par trouver une solution pour tout concilier.

Assise sur la couchette, elle lit un magazine qu’elle a trouvé dans les affaires d’Angie. Je ne suis pas certain qu’elle soit passionnée par le sujet, mais ça lui évite de me parler ou de tourner en rond.

Je me rends compte maintenant que c’était sans doute une erreur de commencer une relation… qui n’avait aucune chance de perdurer. Ceci dit, s’il fallait recommencer, j’agirais exactement de la même manière. Cette chose entre nous… Cette chose qui existe depuis si longtemps… devait aboutir un jour ou l’autre. Mais comment allons-nous surmonter cela ?

Je m’assois à ses côtés pour la voir s’écarter. Pas beaucoup, mais juste assez pour que je le remarque. Elle me jette un bref coup d’œil, me sourit avant de replonger dans sa lecture. Sa main tremble légèrement quand elle tourne les pages.

« Mac, qu’est-ce qui ne va pas ? » Je repousse le magazine pour voir son visage. Elle penche la tête sur le côté et laisse échapper un soupir.

« Rien. Je suis un peu anxieuse. Ca va être bon de se retrouver chez soi » dit-elle, en évitant de croiser mon regard.

« Oui. Et on pourra finalement s’occuper de ces gars sans crainte » Je me laisse tomber en arrière sur le lit. Je suis épuisé et las de tout ça. De ne rien contrôler. Las de n’avoir d’autres moyens pour partir d’ici que ceux que ces types peuvent nous offrir. De ne pas savoir ce qui va se passer entre nous une fois rentrés.

« Qu’est-ce qu’on va faire après ? » Elle jette le magazine sur le côté. L’obscurité gagne l’intérieur de la caravane. En cette fin d’après-midi, le soleil n’est plus assez fort pour traverser la couche nuageuse. Personne n’a branché le générateur, nous demeurons donc ainsi, seuls, dans cet habitacle sombre et lugubre.

« Avec de la chance, l’avion disposera d’un système de navigation suffisant pour que je puisse nous conduire dans un endroit où nous serons hors de danger. Une équipe est forcément partie à notre recherche maintenant. Si je parviens à retracer la route que nous allons suivre, ils pourront revenir plus facilement après. Mais d’ici là, il nous faut être patients. » Mes yeux se ferment, mais j’évite de sombrer dans le sommeil.

En réalité, cela risque d’être un peu plus compliqué. Je ne sais même pas comment il est équipé cet avion ! J’ai maintes fois survolé l’océan par une nuit noire, mais je disposais de tout le matériel électronique nécessaire pour me guider jusqu’au porte-avions. Je n’ai aucune idée de ce que je vais trouver à bord, mais il est hors de question qu’on se perde au dessus des Everglades ou du Golfe du Mexique. Il faudrait que je localise la côte, je pourrai alors la longer…

On frappe à la porte. Entre un homme que je n’ai encore jamais vu. Il fait glisser un panier sur le sol, sans daigner nous regarder.
« Brennen m’a demandé de vous apporter de quoi manger » Il sort sans en dire plus. Je saisis le panier et le pose à côté de Mac, sur le lit.

Il contient du poulet froid, des pommes et deux canettes de Coca light ainsi que des couverts. Mac les déballe prudemment et s’installe à nouveau sur la couchette.

« Génial, je meurs de faim. Vivre d’amour et d’eau fraîche, ça va bien pendant un moment ! » plaisante-t-elle en tirant sur la languette de son soda. Elle en boit une gorgée, pose la canette sur le côté et reprend sa fouille du panier.

« Ah bon ? J’étais rassasié pourtant » dis-je, attirant son attention. Je croque dans une pomme, le bruit se répand dans la petite pièce. Elle sourit. Je lui présente la face intacte du fruit, elle se penche et mord dans la chair tendre, du jus s’en échappe et coule le long de son menton. Je l’essuie du bout du pouce.

« Moi aussi » répond-elle après avoir avalé. Je m’incline vers elle et l’embrasse. Ses lèvres collent un peu à cause de la pomme. Bientôt nos langues s’emmêlent, cherchant à aller toujours plus loin. La pomme glisse de ma main, roule sur le sol pour finir sa course oubliée dans un coin.

Les pommes ont toujours été une source d’ennuis pour l’humanité. On ne va pas faire exception.

Elle est là, dans mes bras, et je ne souhaite rien de plus pour le moment. Il y tant de choses auxquelles il faudrait penser. J’ai seulement envie de rester ainsi avec elle, pendant que je le peux encore. Elle se positionne de façon à ce que je m’allonge sur le dos, sa tête posée sur ma poitrine.

On a oublié le panier de provisions. Ce sera pour plus tard.

Pour l’instant, on a besoin de rien.

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