River of grass

Partie 23

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le hall, où l’agent Larson nous attend, le
regard baissé sur les mosaïques dessinées au sol, elle en tapote machinalement
les carrés du bout de sa chaussure à talon aiguille. Elle donne l’air de quelqu’un
dont les projets pour la soirée ont été contrariés et peut-être est-ce le cas ? En
cherchant bien, moi aussi j’aurais très certainement pu penser à deux ou trois
choses que j’aurais préférées faire ce soir.

« Pas mal » dit l’agent Larson en remarquant notre présence. Elle toise Mac de
haut en bas avant de daigner me regarder. Les deux jeunes femmes portent des
robes d’été similaires, composées de presque rien, et toutes deux sont
stupéfiantes. On m’a prévenu que je risquais d’être refoulé, mais elles pourront
entrer, c’est certain.

« Merci » répond Mac tout en me souriant. Je comprends qu’elle aimerait me
prendre la main, mais ni Breen, ni Larson ne connaissent cette partie de nos
relations et nous préférons garder cela en l’état.

Nous quittons l’hôtel et nous retrouvons sous la douce lueur du néon rouge qui
complète la décoration de l’immeuble. Tous les bâtiments de cette rue se
ressemblent et tous sont magnifiques. Devant l’entrée, est stationnée la dernière
voiture à la mode, un Hummer rouge pomme d’api.

L’agent Larson effleure mon bras comme elle brandit les clés devant moi en
souriant. « On nous la prête pour ce soir… Je pense que vous apprécierez mon
choix. Le FBI l’a confisquée dans une affaire de drogue il y a quelques mois et
Breen a fait jouer ses relations pour que nous l’ayons. J’ai supposé que vous
seriez d’accord pour la conduire. Pensez-vous que cela soit dans vos cordes ? »

« Il pilote des F-14… » relève Mac en se rapprochant de moi, un soupçon de
jalousie dans la voix.

« Bien, alors… ce sera un jeu d’enfant » ironise l’agent Larson en me lançant le
trousseau. Ses lèvres sont du même rouge que celui de la voiture, tout comme ses
longs ongles soigneusement manucurés. Elle rejette ses cheveux derrière son
épaule et ils coulent en mèches soyeuses au bas de son dos. Elle n’a pas l’air d’un
agent du FBI, pas plus que Mac n’a celui d’un colonel des Marines en cet instant.
« Vous devriez monter à l’arrière Colonel, dans la mesure où je connais la route.
Oh et à propos, appelez-moi Nikki. M’appeler Agent Larson ruinerait notre
couverture. Et je vous appellerai Sarah et Harm, d’accord ? »

« Je préférerai Mac. Seuls quelques amis intimes m’appellent Sarah » dit-elle à
l’agent Larson d’un ton plutôt direct. Je choisis ne pas interférer, d’ailleurs, je
remarque l’agent Breen qui nous attend de l’autre côté de la rue dans une Crown
Victoria bleue. Il indique sa montre et j’acquiesce en retour.

« Il vous appelle Mac et, d’après les arrangements pour la chambre, je devine que
vous êtes plutôt intimes » relève l’agent Larson, abordant la question de nos
relations

« Allons-y » dis-je, mettant un terme à la conversation.

Mac s’installe à l’arrière, me lançant un regard mauvais au passage. L’agent Larson
correspond tout à fait au portrait qu’on m’en a fait. Lorsque j’ai questionné
l’agent Breen au sujet de sa partenaire, il m’a répondu qu’elle était un agent
accompli, mais n’avait jamais été capable de réintégrer Quantico et l’unité d’aide
à l’investigastion. Il m’a aussi conseillé d’ignorer son franc-parler et ses manières
exubérantes. Sous sa carapace se cache un ange. Ce dont j’ai tendance à douter.

« Par où ? » J’ai l’impression d’être aux commandes d’un blindé désarmé, coincé
en plein trafic urbain.

« Roulez jusqu’à ce que vous aperceviez les attroupements, du moins j’imagine. Je
n’ai jamais fréquenté ce genre d’endroits » répond l’agent Larson, en bouclant sa
ceinture de sécurité. Elle passe une longue jambe bronzée par dessus l’autre et
la balance, laissant paraître ce qui semble être de l’ennui.

« Quelque chose ne va pas ? » demande Mac depuis la banquette arrière. Mac ne
quitte pas l’agent du FBI des yeux, mais l’autre femme ne semble pas s’en
formaliser outre mesure. Sans doute est-elle accoutumée à être le centre de
toutes les attentions.

« Ce que je ne saisis pas, c’est comment ils ont su qu’ils devaient débarrasser le
camp et comment ils l’ont fait aussi vite. Elsworth n’est toujours pas réapparu…
pas plus que Jacobs. Par conséquent, quelqu’un protège quelque chose ou
quelqu’un » spécule l’agent Larson, le regard fixé sur les immeubles le long de la
route.

« Les hommes arrêtés au canal de Miami possédaient des radios, n’est ce pas ? »
l’interroge Mac, repassant les faits une fois de plus.

« Trop courte portée. Ils n’avaient aucun moyen de prévenir quelqu’un d’aussi loin.
Par ailleurs, ils auraient commencé à nettoyer le camp immédiatement après
votre départ. Ca ne colle pas ». Elle continue de scruter les bâtiments que nous
dépassons. Mac l’observe, l’air soudain surpris. L’agent Larson remarque son
regard. « Quoi ? Je ne suis pas qu’une jolie fille vous savez ? J’ai été classée
deuxième de ma promotion à l’académie »

« Qui était le premier ? » renchérit Mac, amenant un grognement de contrariété
de la part de l’agent Larson

« Vous dîtes que cette Angie avait deux types amoureux d’elle ? Et si c’était ce
« Crash » qui essayait de la protéger ? »

« Crash n’est pas aussi rusé, mais Andy certainement. Et cela protégerait aussi
ses intérêts. Essayer de camoufler les preuves qui le trahiraient, ça me semble
tout à fait cohérent. » fais-je. L’agent Larson me dirige au travers des rues
encombrées. Il se fait tard mais c’est seulement l’heure où tout commence à
s’agiter par ici.

« Jacobs vendait les armes à ce Andy qui les refourguait à Eltworth pour que ce
dernier puisse attaquer les producteurs de canne à sucre qui, d’après lui
saccagent les Everglades. Cela représente beaucoup d’argent pour sauver les
« Glades ». Il doit y avoir plus que cela. » dit l’agent Larson avec un léger
haussement d’épaules. Elle tire sur sa jupe pour la réajuster avant de regarder à
nouveau par la fenêtre.

« Enfin, espérons qu’Angie soit au courant parce que nous sommes arrivés » dis-
je en passant devant le Deluge club. Je sais que Breen a déjà prévu un
emplacement pour se garer un peu plus loin dans la rue et je le trouve sans
difficulté. Les agents qui nous couvrent dans un autre véhicule reluquent l’agent
Larson et Mac et me font un clin d’œil comme nous descendons la rue. Je les
ignore délibérément. Je vois Breen se garer une rue plus bas et il nous ignore
quand nous passons à sa hauteur.

Apparemment, figurer sur la liste des invités ne semble pas être si terrible, la
seule différence c’est qu’on nous fait attendre dans une file à part. Nous sommes
beaucoup plus âgés que tous les gamins autour de nous, mais le portier semble
totalement insensible à qui nous pouvons être.

« Pas de personnalités connues ce soir » fait l’agent Larson en se penchant sur le
côté pour visualiser la file d’attente. Juste quelques célibataires en chasse. Vous
sortez beaucoup en boîtes ? Vous en avez le genre »

Est-ce à moi qu’elle s’adresse ? J’en ai bien l’impression. Mac laisse échapper une
sorte de gloussement et se retourne pour observer la foule.

« Non, pas vraiment. Je préfère les soirées tranquilles à la maison, en fait… et
non tout ce… » je commence mais suis interrompu par un homme grand et musclé
qui me saisit à l’épaule. Il m’écarte de Mac et de l’agent Larson et elles me
suivent du regard comme il m’entraîne vers la porte d’entrée.

« Vous et vos amies pouvez entrer » annonce-t-il à voix basse. Breen a dit qu’il
connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un ici, c’est peut-être lui.

« Merci » dis-je comme il me lâche

« Pas de problème. Faîtes ce que vous avez à faire et partez » poursuit-il,
confirmant du même coup mes présomptions. « Appelez les autres et suivez-
moi »

« Nikki… Mac… Venez » dis-je en leur faisant signe. Un jeune homme dans la file
y va de son commentaire sur le fait qu’elles soient avec moi et l’agent Larson se
retourne pour lui répondre, mais Mac la pousse en avant.

« Vous avez vraiment meilleure allure que ce type… Même si vous avoisinez quoi ?
la quarantaine ? » commente l’agent Larson en passant devant moi pour entrer.
Elle repousse ses cheveux une fois de plus puis adresse un sourire charmeur au
portier.

Mac se contente d’un mouvement de tête et sourit comme si elle savait quelque
chose que les autres ignorent. J’imagine que c’est le cas.

« Allez les filles… on y va »

**********************
A suivre

1470 vues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*