River of grass

Chapitre 30

« L’agent Breen a contacté les autorités locales pour l’arrestation d’Andy . . . qui n’a apparemment pas de nom de famille, » dis je en éteignant mon téléphone portable, et je regarde l’entrée du Crazy Flamingo, assis dans la voiture. Nous ne savons pas s’il est ou non à l’intérieur, mais nous n’avons aucun moyen d’entrer pour l’arrêter. « Nous sommes invités à les accompagner pour confirmer son identification, et le FBI ou l’ATF ou quelqu’un d’autre viendra et le prendra en charge. Enfin, s’il est là. »

« Comment peut il être aussi difficile de trouver son nom de famille? Combien d’Andy le petit trafiquant d’armes peut il y avoir dans une ville de cette taille? » demande Mac en regardant par la vitre les immeubles qui bordent la chaussée. « Comment est il possible qu’ils ne connaissent pas cet Andy qui fait du trafic d’armes? »

« Tu serais surprise » dis je en regardant une voiture qui s’arrête près de nous. Trois hommes en sortent, ils ont tous une cigarette au coin des lèvres et portent déjà leurs bouteilles de bière. A en juger par leurs vêtements, ce sont tous des vendeurs de poissons et ils fument probablement pour ne pas avoir à sentir leur odeur ou celle des autres.

A part eux, quelques personnes sont entrées dans l’établissement depuis que nous sommes arrivés, mais personne n’en est sorti. Bien sûr il est encore un peu tôt pour que des gens sortent déjà. Mac soupire légèrement pendant que nous attendons.

« Qu’est ce qui ne va pas? » je demande en la voyant pianoter légèrement contre l’accoudoir. « Prête à entrer et à l’interpeller? »

« Quelque chose a changé entre nous depuis que nous avons quitté les Everglades » dit elle en me regardant au lieu de regarder les immeubles, ou la porte, ou n’importe quoi. « Ça a mis un moment, mais nous sommes doucement en train de revenir là où nous étions … avant. »

« Mac, allons. Finissons d’abord cette histoire avant de commencer à régler des problèmes de relation là tout de suite. Nous savions que ca n’allait pas être facile, et maintenant avec l’amiral … » je commence, et un homme tape à la vitre. Il colle un badge contre la fenêtre et nous sortons de la voiture.

« Je suis le détective Joel Watts et voici mon équipier le détective Mervin Jones. J’imagine que vous êtes les deux avocats du JAG dont le FBI nous a parlé? » demande le détective Watts.

« C’est nous. Je suis le capitaine Rabb et voici le colonel MacKenzie » dis je en indiquant Mac de la tête. Le détective Jones semble être sous le charme, il la déshabille du regard. L’expérience m’a enseigné que Mac peut gérer ce genre de situation toute seule.

« On va juste attendre le véhicule des shérifs adjoints, si on a besoin de renfort. Parfois, ils peuvent être un peu difficiles à gérer, là dedans, et je suis sûr que vous ne voulez pas vous y essayer tout seul » dit Jones avec un sourire narquois. «  Surtout pour vous qui trainez habituellement dans des bureaux. »

Pas surprenant qu’Andy soit passé sous les radars pendant aussi longtemps dans le coin. Ils s’en fichent apparemment. Il est probablement un de leurs potes et ils font ça uniquement parce qu’ils savent que le FBI est à sa recherche. Mac se rapproche de Jones et le regarde droit dans les yeux. « Ne parlez pas de trainer dans des bureaux si vous n’avez jamais été abattu dans un Mig dans l’espace aérien russe, ok? »

Jones fait un pas en arrière et Watts a l’air de trouver cet échange particulièrement drôle. Je suis sur qu’il continuerait bien ces échanges de piques, mais deux voitures de patrouille du Comté de Collier s’arrêtent derrière nous. « Super. Les renforts » dit Watts et il va leur parler.

« Espérons que tout ça soit bientôt fini, » je grommelle en regardant les policiers se rassembler et rire.

« Oui. Fini pour que nous puissions rentrer à la maison, » dit Mac en s’éloignant.

**************

Le Crazy Flamingo est embrumé par un nuage de fumée. Certaines personnes se taisent quand nous passons la porte, mais la plupart continuent tranquillement à vaquer à leurs occupations, contents de voir que ce n’est pas pour eux que les shérifs adjoints viennent en les voyant les dépasser.

La personne que nous ne connaissons que sous le nom de Andy est assise au bar, visiblement ivre et ricanant avec ses amis. Il tient une bouteille de bière à la main et ses yeux injectés de sang surveillent sans cesse le score du match diffusé sur l’écran de télévision au dessus du bar.

Il ne nous voit pas arriver jusqu’à ce que nous soyons juste derrière lui. Ce n’est qu’à ce moment qu’il fait un mouvement, et il tombe presque de son tabouret. Je l’attrape par l’épaule avant qu’il ne puisse s’échapper, ou tomber sur le plancher.

« Ne bougez pas, » dis je en lui serrant l’épaule, mes doigts s’agrippent à ses muscles. Mes paroles font écho à ce qu’il m’a dit il y a quelques jours, quand c’est lui qui était aux commandes. Maintenant c’est mon tour. « Vous pensiez aller faire un tour? »

« Ben . . . » dit il de façon indistincte en me regardant, puis en lorgnant vers Mac. « Regardez donc ce qui nous est sorti du marais. Sauf … que j’ai entendu dire que vous avez eu un peu d’aide. »

« Où est Jeremy Lowman? » demande Mac, tout près de lui, sans se laisser démonter ni par l’homme, ni par son ivresse.

« Bon sang, j’aimerais bien pouvoir vous répondre … euh vous êtes quoi déjà? Commandant? » dit Andy pendant que les shérifs adjoints s’approchent derrière lui pour l’appréhender.

« Lt. Colonel MacKenzie, » dit elle d’une voix basse et menaçante. Il cligne des yeux et fait un pas en arrière.

« Colonel. Ouais. C’est ça. Mais je vais laisser ces garçons commencer par me lire mes droits, d’accord? Et ensuite j’appelle un avocat. Sauf si l’un de vous est disponible ? … non, je ne crois pas » dit il en voyant le regard meurtrier qu’elle lui lance. Mac fait un pas vers lui, mais je l’attrape par le bras.

« Mac, laisse tomber, » dis je en la tirant sur le côté, et le détective Watts s’avance et lit ses droits à un individu à peine capable de bredouiller les réponses. Il n’a pas l’air d être en état de pouvoir répondre à des questions avant un bon moment. Il va probablement vomir dans la voiture et s’endormir.

Le détective Jones s’approche de nous en secouant la tête. « Ce type a réussi à vous kidnapper tous les deux? »

« Il avait de l’aide, » déclare Mac rapidement en touchant la petite cicatrice encore en train de guérir sur sa tête, là où ils l’ont frappée.

« L’agent Breen du bureau du FBI à Miami a dit que quelqu’un serait bientôt là pour le prendre en charge. Vous croyez que ca va aller? » dis je en indiquant Andy qui est conduit à l’extérieur du Crazy Flamingo. Ses amis commencent à crier leur mécontentement, mais la plupart des clients recommencent à regarder le match et à descendre leur bière dès qu’il a franchi la porte.

« On peut s’en charger maintenant, capitaine, » dit le détective en nous lançant un regard narquois.

« Bien, » dit Mac en se faufilant entre les tables de la salle, se dirigeant vers la sortie. Je la suis aussi vite que je le peux. Avant que nous soyons arrivés à la voiture, mon bipper sonne.

« L’agent Larson veut que nous revenions le plus vite possible au bureau, » dis je en regardant l’écran, puis Mac.

« Pour quelle raison? » demande Mac avant de monter dans la voiture. Ses yeux rencontrent brièvement les miens, puis regardent le ciel. Le soleil lui a donné une couleur rose soutenue maintenant, et d’ici à ce que nous revenions à Miami, il fera nuit noire.

« Pas la moindre idée. »

A suivre

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