River of grass

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Mac et moi sommes assis le plus près possible de la minuscule cabane pour tenter d’échapper au soleil accablant. La chaleur latente est devenue insupportable et nous sommes tous deux couverts de sueur. Je n’arrête pas de remplir la bouteille d’eau pour que nous puissions nous en asperger. Mais cela n’est pas très efficace. L’atmosphère est tellement humide que l’eau ne peut pas s’évaporer. Au lieu de nous rafraîchir, elle ne fait que nous mouiller.

Des insectes bourdonnants se faufilent entre les herbes hautes du marais, pour aller on ne sait où. De temps en temps, l’un d’entre eux est saisi en plein vol par un reptile qui le dévore tout entier. Je lève les yeux au ciel, dans l’espoir d’apercevoir un autre avion de ligne, mais rien ne vient. Ce qui me laisse à penser que nous sommes probablement au sud de Miami. Au sud de Miami et coincés au beau milieu de l’enfer !

« On est en novembre. A quel moment la température commence-t-elle à baisser ? » demande Mac en décollant sa chemise humide de sa peau.

« Je crois qu’il y a une journée en janvier où il fait plus frais. Après la température remonte comme aujourd’hui » lui dis-je en l’aspergeant. Elle sourit quand les gouttes d’eau l’atteignent et m’arrose à son tour pour rigoler. « Quand j’étais à Pensacola il y a quelques mois, il faisait presque aussi chaud »

Pas de réponse. C’est toujours un sujet délicat… mon départ. Elle demeure silencieuse à chaque fois que j’y fais la moindre allusion. Cette décision a fragilisé notre partenariat et en a fait quelque chose à manipuler avec précaution.

« Je devais partir, Mac. Il fallait que j’essaie à nouveau ». Le moment semblait propice pour aborder le sujet. Que pouvions-nous faire d’autre de toute façon ? Autant en discuter maintenant et profiter du fait qu’aucun de nous ne pouvait s’échapper.

Elle me fixe, la bouche ouverte, prête à parler. Mais elle ne dit rien pendant un instant. Finalement, elle me répond, d’une voix basse et monocorde. « Tout le monde doit partir un jour ou l’autre. »

« Je ne vous ai pas laissé tomber. J’ai pris une décision pour ma carrière. Il s’est finalement avéré que ce n’était pas la meilleure voie à suivre. » Je ne la quitte pas des yeux.

« Pourquoi ? Parce qu’on m’a promue à votre place ? Parce que Brumby a hérité de votre bureau ? Parce que la vie continuait très bien sans vous ? » Je perçois un léger tremblement dans sa voix. On est maintenant arrivé au cœur du problème, c’était inévitable.

« J’espérais bien que la vie allait continuer sans moi, Mac. Je ne suis pas jaloux de votre promotion. Déçu que vous ne m’en n’ayez pas parlé, ça oui, mais jaloux, certainement pas. J’ai tourné le dos à tout cela, mais c’était mon affaire, pas la vôtre. Et je me fiche pas mal que Brumby ait eu mon bureau. Ce qui me gêne, c’est qu’il ait eu… » Je m’interromps avant d’aller trop loin.

« Quoi ? Qu’il m’ait eue, moi ? C’est ce que vous pensez ? » Elle se lève et en s’éloigne de moi. Mais elle n’a nulle part où aller.

« Peut-être qu’il ne vous a pas eu Mac. Mais il a eu votre confiance. Avant, c’était moi qui l’avais » dis-je en lui emboîtant le pas.

« Vous y avez renoncé pour aller jouer au pilote avec vos petits camarades ». Je lui agrippe le poignet et l’oblige à me faire face avant que ayons fait tout le tour de cette foutue cabane.

« Je suis un pilote de l’Aéronavale. Je faisais ce pour quoi le gouvernement des Etats-Unis m’avait entraîné en dépensant des millions de dollars. Je n’étais pas en train de m’amuser avec mes petits camarades comme vous dites » Je suis plus en colère que je ne le souhaiterais. Elle ne mérite pas que je crie après elle. Elle a déjà suffisamment subi ce genre de chose dans sa vie. « Ce que je faisais était important »

« Et ce que vous faites maintenant ne l’est pas ? » réplique-t-elle en dégageant son poignet de mon emprise. Elle ne s’en va pas. Je n’ai jamais souhaité qu’elle le fasse. Pas avec moi. Elle devait me faire confiance.

« Ce que je… ce que nous faisons est très important. Mais, Mac, je devais essayer. Toute ma vie, c’est ce que j’ai voulu faire. Si je n’avais rien tenté, je n’aurais jamais su… »

Son regard se perd au delà du marais. Là où il n’y pas de végétation, la réverbération de l’eau est si intense qu’elle ne peut pas la fixer très longtemps.

« Qu’est-ce que vous n’auriez jamais su ? » demande-t-elle.

« Je n’aurais jamais su qu’à présent je suis vraiment à ma place ». Elle se retourne pour me faire face à nouveau.

« Je ne veux pas que vous pensiez que je suis égoïste au point de vous empêcher de réaliser vos rêves. Vos rêves sont importants. C’est juste que… » commence-t-elle, ses yeux couleur chocolat plongés dans les miens.

« Ce ne sont pas vos rêves ? ». Ma question lui fait baisser les yeux. Elle regarde l’eau, le ciel, partout sauf dans ma direction.

« Non, ce sont pas les miens » finit-elle par répondre.

« Alors, je suppose qu’il est temps que j’en change. »

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