River of grass

7/26

« Réveillez-vous ! » Quelqu’un me hurle dans les oreilles et me secoue violemment en même temps. La fatigue a finalement pris le dessus sur le bourdonnement incessant des insectes nocturnes et j’ai fini par me rendormir. Il est hors de question que je me réveille si tôt.
« Levez-vous, monsieur ! Vous devez partir. »

« Crash ? » J’essaye de protéger mes yeux de la lumière aveuglante qu’il m’envoie en pleine figure. Des coups de feu tirés au loin me font sursauter, Mac se redresse précipitamment.

« Crash, qu’est-ce qui se passe ? » demande Mac. Il dirige sa lampe-torche dans sa direction, l’obligeant à mettre la main devant ses yeux. « Pointez ça ailleurs » lui crie-t-elle.

« Allez debout. Il faut absolument que vous quittiez cet endroit. Ca tourne à la catastrophe là-bas, et tous les deux, je vous conseille vivement de vous bouger le cul si vous voulez voir le soleil se lever demain matin ! Tout de suite ! » Son ton est aussi cassant que celui d’un sergent instructeur, si bien que nous obtempérons dans l’instant. Il nous pousse hors de la cabane. A l’extérieur, l’air est chaud et humide.

« Et comment sommes-nous supposer partir d’ici, Crash ? On ne sait même pas où aller » dis-je. J’essaye tant bien que mal de dénouer la corde du canot amarré au ponton. Il fait nuit noire et la lune est masquée par des nuages.

« Il y a un courant dérivant qui coule vers le sud-ouest » répond Crash. « Suivez-le, et si vous avez de la chance, vous devriez tomber sur une série de chenaux. Là, vous trouverez des panneaux de navigation »

Je me retourne et tente de prendre mes repères. « Où Diable sommes-nous exactement ? »

« Vous êtes au milieu de la Fondrière du Requin. Mais il n’y a aucune signalisation dans le coin, par conséquent, je ne peux pas vous donner de direction plus précise. Ce qui est à souhaiter, c’est que quelqu’un vous trouve avant qu’Andy ou Cappy ne se rendent compte que vous avez disparu. » Crash jette un coup d’œil nerveux aux alentours.

« Crash, qu’est-ce qui s’est passé ? » demande Mac au moment où il lui saisit la main pour qu’elle rejoigne l’échelle.

« La transaction a foiré. Ils ont eu vent que la Marine était en train d’enquêter à ce sujet et ils ont paniqué. Cappy a dit que tout était de votre faute et, croyez-moi, quand il est énervé, il n’a rien d’un enfant de chœur. Pour l’instant, ils ne savent pas que je suis ici, mais ils ne vont pas tarder à le découvrir. Ils avaient l’intention de vous laisser mourir ici. » Il retient la barque pour que puisse y monter à mon tour.

« Il nous faut une lampe-torche et de l’eau » dis-je, tout en vérifiant si l’article de journal est toujours dans ma poche. Je l’y avais caché au cas où ce serait notre seul recours. Et apparemment, c’était une bonne idée !

« Dans le canot, vous trouverez tout ce dont vous avez besoin pour tenir pendant quelques jours . De l’eau, un peu de nourriture, de l’aspirine pour le colonel, et aussi des vêtements de rechange. J’ai fait au mieux pour les tailles, il faudra vous changer dès que vous le pourrez. S’ils vous trouvent vêtus de vos uniformes, vous êtes morts. Avec ces habits, vous pourrez toujours jouer les ingénus et prétendre que vous faisiez du camping. »

Il retire mon revolver de la ceinture de son pantalon et s’approche pour me le rendre. Chacun de nous semble hésiter, ne sachant s’il peut véritablement avoir confiance en l’autre. Mais il place l’arme dans ma main et recule d’un pas.

« Vous en aurez peut-être besoin » dit-il, en soutenant mon regard.

« Qui êtes-vous ? » Je veux savoir ce qu’il cache. Ce gamin en sait plus qu’il ne veut en dire.

« C’est pas important » lâche-t-il. De nouveaux coups de feu résonnent dans le lointain.

« Crash, où est l’avion ? Vous savez, celui dont vous et moi avons parlé tout à l’heure » Je préfère avoir un moyen plus rapide pour partir d’ici, plutôt que devoir pagayer au milieu de ces herbes, tranchantes comme des rasoirs.

« Vous ne croyez pas que vous en demandez beaucoup » demande-t-il en reniflant. Je tends le revolver à Mac pour qu’elle le mette en sécurité dans un sac de toile.

« Je voudrais juste un moyen de nous sortir de ce merdier vivants. Où est l’avion ? »

« Quand vous atteindrez l’extrémité du marécage, vous verrez des sortes de petits canaux. Il est planqué dans un camps là-bas. Vous n’arriverez jamais à le trouver de toute façon, alors, ne comptez pas trop là dessus. »

Il maintient le canot en place le temps que je m’y installe. Avec nous deux et le paquetage en plus, on est vraiment à l’étroit. Je sens que les prochains jours vont être longs si les Rangers du parc ne nous trouvent pas très vite.

« Nous vous devons une fière chandelle, Crash » dis-je, alors qu’il positionne le canot dans la bonne direction et nous pousse vers l’obscurité de la nuit.

« Tâchez de vous en souvenir, monsieur » me répond-il. « Et maintenant, foutez le camp d’ici. »

1283 vues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*