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Ruptures

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QUARTIER GENERAL DU JAG – FALLS CHURCH
23 décembre 1998

La fête de Noël avait été avancée d’une journée pour permettre à l’amiral Chegwidden d’aller passer la fin de l’année avec sa fille Francesca à Milan.

AJ, le cœur léger, regardait son équipe plaisanter, s’amuser, dans le décor coloré qu’Harriet avait installé. L’ambiance était bon enfant, bien que le protocole militaire ne soit pas totalement mis de côté, mais tout le monde avait l’air de bonne humeur.

Bud, un sourire presque enfantin sur les lèvres, répétait à qui voulait l’entendre quelle somme le JAG avait récolté pour offrir des jouets aux enfants hospitalisés à Bethesda, et dès que sa femme s’approchait de lui, tout en s’efforçant d’être discret, il prenait sa main et y déposait un baiser.

AJ réprima un sourire amusé, il n’avait jamais regretté d’avoir fait jouer ses privilèges pour garder Harriet dans les bureaux du JAG, ce jeune couple, en plus d’être compétent, apportait à toute l’équipe une chaleur familiale que certains n’avaient pas chez eux.

Son regard continua de faire le tour de la salle et tomba sur le major Mackenzie en grande conversation avec le capitaine Brumby.

En tout juste un mois, Mic s’était fait une vraie place au JAG, malgré des débuts un peu tumultueux, et il semblait surtout s’être fait une place dans la vie du major.

AJ étudia attentivement le visage de Mac, se remémorant cette année désastreuse qu’elle venait de vivre : son faux départ du JAG pour suivre cet avocat ‘bourré de fric’, l’assassinat de son petit ami, le retour et la mort de son mari, et cette comparution pour parjure qui à défaut d’avoir détruit sa carrière, avait pour le moins sérieusement entamé la réputation du major. Et pourtant, tout l’été et jusqu’à la réapparition de son mari, Mac avait semblé sereine, heureuse même.

En la voyant plaisanter chaleureusement avec l’Australien, AJ se souvint des fêtes des années précédentes : habituellement, c’était Rabb qui était près d’elle.

Intrigué, il parcourut la pièce du regard, et aperçut dans l’embrasure du bureau le plus éloigné la haute silhouette du capitaine, qui semblait s’être mis en retrait de la bonne humeur ambiante, et avait son regard des mauvais jours.

AJ fronça les sourcils, et les bras croisés, observa l’officier : pas de verre à la main, pas de sourire aux lèvres, le capitaine avait le regard posé sur Mac et Brumby, un regard qui semblait blessé. Ce n’était qu’une impression diffuse, sans aucune preuve pour la corroborer, mais AJ sentait que quelque chose s’était passé entre ses deux officiers cette année, qui les avait pendant quelques mois comme apaisés, et qui maintenant semblait peser lourdement sur le moral de Rabb.

Il se dirigea nonchalamment vers Harm, qui sursauta en remarquant la présence de son commandant à ses côtés.

– Et bien, capitaine, vous ne participez pas à l’euphorie générale ce soir ?
– Vous savez, Monsieur, Noël n’est pas vraiment une période de joie pour moi. Mon père …

AJ plissa légèrement les yeux en l’observant, mais choisit de ne pas aller dans cette direction.

– Merci de me remplacer, Harm. Je n’ai pas passé les fêtes de Noël avec ma fille depuis qu’elle avait deux ans, j’ai raté tellement de choses que je ne pourrai jamais rattraper … Vous devriez faire quelque chose de votre vie, maintenant que vous savez ce qui est arrivé à votre père…
– Monsieur ? … Je … Que voulez vous dire ?
– Rien de particulier, Harm, c’est juste une impression … Vous restez là à vous morfondre au lieu de vous joindre à vos collègues … Et puis, sans vouloir m’immiscer dans ce qui ne me regarde pas je pense qu’il est temps que vous vous occupiez un peu plus de votre vie privée…. Regardez le major, elle a passé une année plutôt difficile, mais elle est repartie de l’avant, elle se ne laisse pas abattre … pourquoi ne prenez vous pas exemple sur son attitude ? …

AJ remarqua le regard blessé et les mâchoires serrées d’Harm, il s’était forcément passé quelque chose entre eux, quelque chose auquel le major avait dû mettre fin. Mais il ne pouvait rien pour son officier, et il ne devait surtout pas lui donner l’impression qu’il avait deviné. Il était temps de changer de conversation.

– Vous allez au Mur ce soir ?
– Non, Monsieur, demain matin si cela ne vous dérange pas, j’y passerai vers 0700, je serai à l’heure au JAG, ne vous inquiétez pas.
– Je ne m’inquiète pas, capitaine. Prenez votre temps, je pense que cette année est particulière pour vous, maintenant que vous connaissez le sort de votre père.
– Oui, monsieur, cette année est vraiment particulière. Excusez moi de vous abandonner, mais je voulais demander au major de m’accompagner demain, vous savez, elle était là … et …
– Je comprends Rabb ….

Harm commençait à s’éloigner quand AJ le rappela.

– Harm …
– Oui, Monsieur ?
– Essayez quand même de passer de bonnes fêtes, Harm, essayez ….
– Oui, Monsieur.

Avec un petit sourire forcé, Harm se détourna et se dirigea vers le couple à l’autre extrémité de la pièce.

– Sarah, dites oui, vous devez avoir tellement de permissions à prendre, et on ne partirait que trois jours …

Mac regardait Mic en souriant, il ne renonçait jamais, depuis une semaine il la cajolait pour qu’elle accepte de partir faire du ski avec lui à Snowshoe Mountain pour la Saint Sylvestre. C’était facile de le laisser lui faire la cour, il avait compris qu’il ne devait pas trop insister quand elle arrêtait de sourire, mais petit à petit, il se frayait un chemin dans sa carapace. Et quand elle était avec lui, Harm l’évitait au maximum. Elle sentait souvent son regard sur elle, un regard qui la rendait tellement malheureuse, elle s’en voulait de lui avoir fait du mal, mais c’était pour son bien.

Mon Dieu, elle était pathétique dès qu’elle pensait à Harm, et stupide. Elle faisait du mal à un homme qui était tout pour elle pour son bien ? Alors pourquoi était ce aussi dur, pourquoi se haïssait elle d’agir ainsi ? Et comment pouvait elle continuer à sourire à Mic, et passer autant de temps avec lui, quand son corps et son cœur réclamaient Harm ?

Elle ne l’entendit pas arriver derrière elle et rougit légèrement quand il lança :

– Et … vous allez où exactement ?
– Harm ! Vous m’avez fait peur ! …

Il lui sourit doucement, elle avait les joues roses et ses yeux brillaient, et il se rappela que ce n’était pas sa présence à lui qui la mettait dans cet état, mais celle de Mic…. Il se tourna vers Mic.

– Je l’emmène à Snowshoe Mountain, elle a déjà dit oui, mais maintenant elle prétend qu’avec l’amiral parti, vous n’allez pas pouvoir vous passer d’elle trois jours. Allez, Rabb, un bon mouvement, elle a besoin de se changer les idées, et vous êtes de taille à faire face à la situation sans elle, n’est ce pas ?

Harm aurait voulu effacer du visage de Mic ce sourire satisfait et arrogant. Cela lui rappelait sa dernière année de lycée, quand pour le bal de la promotion, le capitaine de l’équipe de football avait annoncé au reste de l’équipe que c’était lui que Joann avait choisi comme cavalier. La pointe de jalousie et la blessure d’amour propre que Harm avait ressentis à l’époque en apprenant que sa petite amie sortait avec un autre n’était rien en comparaison de la fureur froide qu’il ressentait actuellement. Mais il avait depuis appris à se maîtriser, l’amiral, contrairement à l’entraîneur à l’époque, n’aurait pas besoin de séparer deux mâles en venant aux mains en pleine fête de Noël …

– Bien sûr, Mic, si c’est ce que Mac souhaite, je ne m’y opposerai pas …

Harm se tourna vers elle et lut dans son regard qu’elle avait compris ce qu’il lui disait. Quelque soit sa décision, même s’il ne l’approuvait pas, il l’acceptait.

– Mac, je vais au Mur demain, je voulais que vous m’accompagniez cette année, s’il vous plait …
– … Vous ne préférez pas y aller seul, Harm ? Comme d’habitude ?
– Cette année qui se termine n’a pas été habituelle pour moi, Mac. Sans vous, je ne l’aurais pas retrouvé… Je voudrais que vous veniez avec moi, une façon de vraiment refermer cette étape de ma vie … si je n’ai plus d’autre choix … s’il vous plait ….

Ils se regardèrent quelques instants en silence, les yeux dans les yeux, sous le regard insistant de Mic. Finalement, Mac lui sourit presque timidement.

– Si je peux vous aider à refermer la page, je serai là, Harm. Vous passez me prendre à quelle heure ?

MEMORIAL DES VETERANS DU VIETNAM –  » LE MUR  »
24 décembre 1998 – 7 heures 00

La neige qui avait commencé à tomber dans la nuit recouvrait les pelouses d’un tapis blanc et les flocons tombaient drus maintenant dans la faible lumière des réverbères. Un silence irréel recouvrait le Mall, les bruits de la circulation sur Constitution Avenue semblaient avoir disparus, tout comme les monuments qui les entouraient. A cette heure matinale, en cette veille de fête, ils étaient seuls près du Mur, deux silhouettes immobiles et silencieuses sanglées dans leurs uniformes.

Mac, la gorge serrée, osait à peine regarder Harm, perdu dans ses souvenirs. Elle venait souvent seule se recueillir devant le panneau de marbre noir, contemplant le nom gravé du Lieutenant Harmon Rabb, au milieu de milliers de ses semblables, mais elle n’était jamais venue avec Harm. Cette visite, particulièrement en ce jour anniversaire de la disparition de Harm senior, n’appartenait qu’à son ami, elle savait que c’était ce qu’il possédait de plus intime, le moment où il baissait toutes les barrières qu’il avait érigées et acceptait de faire face à la souffrance d’un petit garçon. Elle revoyait dans son cœur les larmes qui avaient coulé sur les joues d’Harm quand il avait regardé la taïga, cette immensité d’arbres dans laquelle il savait enfin que reposait son père.

Elle aurait voulu le prendre dans ses bras et le bercer pour apaiser cette douleur, et elle restait là immobile, consciente que toute son attitude des derniers mois, et celle qu’elle avait choisie de continuer à avoir, n’allait qu’augmenter l’impression de solitude que Harm ressentait.

Mac se haïssait d’agir ainsi, et se répétait plusieurs fois par jour que c’était pour lui qu’elle devait le faire, que si elle se laissait aller à laisser parler ses sentiments, elle les conduirait tous les deux à l’échec. Elle n’était pas celle qu’il fallait à Harm, il n’y avait que dans les contes de fées et les romans de gare que l’amour triomphait de tout. Elle lui devait de le laisser réussir sa vie avec une autre.

Elle sursauta en entendant la voix grave d’Harm, pleine de larmes contenues, s’élever auprès d’elle, et un frisson d’émotion parcourut tout son corps.

– Joyeux Noël, papa. …. Je ne suis pas venu seul aujourd’hui parce que je voulais te présenter quelqu’un … qui compte beaucoup pour moi … plus que je ne le croyais l’année dernière. Sans elle, je n’aurais jamais découvert ce qui t’était arrivé, et je serais mort en cherchant la vérité … Elle est la personne la plus importante de ma vie, papa, et cette année, j’avais besoin qu’elle vienne avec moi pour te voir.

Puis à nouveau le silence.

Mac luttait pour ne pas se laisser envahir par l’émotion. Rester forte, ne pas pleurer, ne rien montrer. Elle gardait les yeux fixés sur tous les noms gravés dans cette pierre froide, les bras le long du corps comme au garde à vous, comme si une attitude respectueuse du protocole allait la protéger des sentiments qu’elle ne maîtrisait plus.

Les minutes passaient, elle sentait le regard d’Harm glisser sur elle, toute sa volonté concentrée sur une unique pensée : ne rien laisser paraître, rien … Brusquement la main droite d’Harm saisit la sienne, et sa voix, à peine un murmure, reprit la conversation interrompue :

– Il y a à peine plus d’un mois, j’avais pensé que je viendrais aujourd’hui te présenter la femme que j’allais épouser, mais j’aurais dû savoir que la vie vous offre rarement les cadeaux que vous espérez … J’ai hésité avant de lui demander de venir avec moi ce matin, mais malgré tout ce qui pourrait nous séparer, elle reste et restera toujours ma meilleure amie, la seule personne à me connaître aussi bien. Et j’ai pensé que l’amener avec moi aujourd’hui pour te rencontrer, c’était lui dire que j’acceptais ses choix et ses décisions, que j’acceptais tout à condition de ne jamais la perdre.

Il leva la main de Mac à la hauteur de sa poitrine, l’emprisonna entre ses deux mains et se tourna vers elle.

– Ma … Sarah … je ne comprends pas ce qui nous est arrivé, mais je sais que je ne veux pas vous perdre. Si vous ne voulez plus de moi comme je le souhaiterais, laissez moi rester votre ami … Notre amitié est la chose à laquelle je tiens le plus. Je ne chercherai plus à m’imposer à vous, mais ne repoussez pas mon amitié, s’il vous plait.

La neige tournoyait toujours autour d’eux, l’air était glacial, mais Mac ne sentait plus que ce froid intérieur qui peu à peu l’envahissait. Harm allait rendre les armes, il allait renoncer, elle avait gagné, mais c’était tellement douloureux. Il fallait qu’elle rompe tout de suite le charme, qu’elle s’arrache à cette ambiance avant de s’effondrer dans ses bras et de lui dire qu’elle s’était trompée.

Tout de suite.

Elle enleva rapidement sa main, lança un sourire un peu crispé à Harm, et d’une voix qu’elle espérait assurée lui dit :

– Je vais vous attendre dans la voiture, Harm, j’ai froid … On y sera mieux pour finir cette conversation.
– Je viens avec vous, j’avais fini, Mac.

Une fois à l’abri dans le vieux 4×4 de Mac, elle mit le contact, mais Harm l’arrêta avant qu’elle ne démarre.

– Non, Mac, il faut qu’on finisse cette conversation. S’il vous plait … Dites moi pourquoi ? Je croyais que vous m’aimiez ….
– Vous êtes mon meilleur ami, Harm, je me sens en sécurité avec vous, plus que je ne l’avais jamais été avant, et vous savez bien que vous êtes beau garçon, je ne vais pas vous surprendre. Alors, peut être que je me suis laissée séduire par l’idée d’avoir une aventure avec vous, et puis nous deux c’était … enfin, vous savez … mais je sais que je ne suis pas faite pour vous, Harm, nous finirions par nous détruire, j’en suis sûre.
– Et si vous me laissiez juger de ce qui est bon pour moi, de qui est fait pour moi ou non ? Mac, de quoi avez vous peur ?
– Je ne sais pas … honnêtement, je ne sais pas … mais je sais que si nous ne voulons pas détruire notre amitié, nous ne devons plus être autre chose que des amis. Je suis sérieuse, Harm, c’est la seule décision raisonnable que nous pouvons prendre. Tout le reste serait de la folie, nous n’attendons pas les mêmes choses de la vie, vous et moi, et un couple, ça ne se résume pas à un lit. Je veux que vous soyez heureux, Harm, vraiment heureux, et je veux l’être aussi, mais nous ne pourrons pas l’être ensemble.
– Et vous pourriez l’être avec Brumby ?
– Peut être, je n’en sais rien … S’il vous plait, Harm, restons amis, et regardez autour de vous, il y a des dizaines de femmes qui ne demanderaient rien de mieux que de vous attendre patiemment, et que le simple fait d’être Madame Harmon Rabb remplirait de bonheur. Des dizaines, mais pas moi, Harm … Ce ne serait qu’éphémère, et nous en viendrions vite à nous déchirer. Je le sens …..
– Alors … c’est fini ?
– Si vous voulez parler de l’aventure que nous avons eue, oui, Harm, c’est fini. Mais notre amitié ne s’arrêtera jamais si je peux l’éviter, je vous le promets.
– Je vais apprendre à me contenter de cette amitié, si c’est ce que vous souhaitez.

Ils restèrent un instant les yeux dans les yeux, il n’y avait plus rien à dire.
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