Ruptures

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NORD DE UNION STATION – APPARTEMENT DE HARM
Vendredi 30 avril 1999

Mac était allongée sur le canapé, les yeux clos, la tête sur les genoux d’Harm qui lui caressait doucement les cheveux.

Il avait eu son dernier rendez vous avec le chirurgien dans l’après midi, et savait qu’il devait en parler à Mac : sa vision était redevenue parfaite, même de nuit, et il pouvait repasser tous les tests d’aptitude pour être à nouveau autorisé à voler. Mais en regardant la femme qu’il aimait, détendue et confiante près de lui, il craignait la réaction qu’elle pourrait avoir.

Il ne savait toujours pas s’il souhaitait profiter de ses capacités retrouvées pour retourner voler. Il n’avait jamais vraiment fait le deuil de sa carrière de pilote, mais voler, si tant est qu’il puisse y être à nouveau autorisé par l’Aéronavale, signifierait quitter Mac pour plusieurs mois.

Harm se trouvait devant un choix qu’il n’aurait jamais pensé devoir affronter : les avions, ou Mac. Et en même temps, il savait que ce choix apparent n’en était pas un, car il ne dépendait pas que de lui. Mais surtout il devrait s’interdire de prendre une décision, quelqu’elle soit, seul. Il n’avait pas le droit d’agir ainsi avec Mac. Et cette sensation était nouvelle pour lui, et le mettait mal à l’aise.

Toute la semaine, quand il la tenait dans ses bras, pendant ces moments merveilleux de tendresse partagée où ils restaient silencieux, profitant simplement de la présence rassurante de l’autre, Harm avait hésité à lui parler de l’opération. Mais chaque fois qu’il avait ouvert la bouche, au dernier moment, par peur de tout détruire, il avait préféré se taire. Combien de temps allait il se complaire dans ce qui ressemblait à un mensonge par omission ?

Mac bougea doucement sur ses genoux, s’étira comme un chat et ouvrit les yeux.

– Est ce que c’est ça, le bonheur ?

Elle chercha le regard d’Harm et lui sourit, levant la main pour lui caresser la joue.

– Je n’arrive pas à croire que ce soit vrai, j’ai toujours l’impression que tu vas disparaître, que je n’ai fait que rêver et que je vais me réveiller … sans toi … Combien de temps peut on être aussi heureux ?
– Je ne sais pas, Sarah, c’est nouveau pour moi aussi. … Sarah …
– …Mmmmmm…
– Il faudrait que je te parle …

Un frisson d’appréhension parcourut brusquement Mac. Le ton de la voix d’Harm avait imperceptiblement changé, et doucement elle se releva et s’éloigna de lui, pour l’étudier attentivement. Dans les yeux bleus d’Harm semblaient passer des nuages, annonciateurs d’orage après l’éclaircie. Mac serra les bras autour d’elle, elle avait brusquement un peu froid, à quelques pas d’Harm et pourtant si loin de lui.

– Que se passe t’il ? Tu as l’air tellement sérieux tout à coup …
– Je ne sais pas … par où commencer … Non, ne t’inquiète pas, viens près de moi, cela m’aidera.

Mac revint s’asseoir sur le canapé, et laissa Harm lui passer un bras autour des épaules, mais sans s’autoriser à se détendre totalement. Son instinct lui criait qu’elle n’allait pas aimer ce qu’elle allait entendre.

– J’ai vu un médecin pendant que tu étais en Californie, pour mes yeux, et j’ai subi une petite intervention … j’ai récupéré la totalité de ma vision nocturne, Sarah …

Mac sursauta et s’éloigna à nouveau de lui. Elle se leva et s’approcha de la fenêtre, lui tournant le dos. En soi, l’information n’était pas alarmante, mais elle sentait que Harm ne lui avait pas encore tout dit, et elle préférait attendre avant de réagir.

Harm regarda Mac, immobile et silencieuse, et serra les poings, réunissant son courage pour continuer à lui expliquer.

– J’ai voulu attendre de connaître les résultats de l’intervention avant de t’en parler, Sarah, mais cet après midi j’ai vu le médecin, il a fait les derniers contrôles, et ma vue est à nouveau parfaite … et je ne sais plus quoi faire …

Elle fit volte face, une expression de totale incompréhension sur son visage.

– Comment ça, quoi faire ?
– … Et bien … quand je suis allé le voir la première fois, la situation était plutôt tendue entre nous, et quand il m’a parlé de la possibilité d’une intervention qui pourrait me faire retrouver ma vision nocturne, j’ai pensé que si c’était un succès, j’utiliserais cette occasion pour demander à retourner en service actif sur un porte-avions. Je voulais retourner voler pour ne plus être constamment en conflit avec toi, pour mettre de la distance entre nous et espérer qu’ainsi la douleur de ne pas vivre avec toi s’efface. Mais maintenant …
– Maintenant quoi ?
-Sarah, tu ne me facilites pas vraiment les choses, tu sais.
– Pourquoi est ce que je devrais te les faciliter ? Tu as mis en branle une situation que tu ne veux pas gérer tout seul, et tu me demandes de la gérer à ta place, c’est ça ? Tu as envie de retourner voler, mais tu ne sais pas comment je vais réagir, alors tu me laisses choisir à ta place, pour que j’ai le mauvais rôle …
– Sarah !
– Quoi Sarah ?! Dis moi que ce n’est pas ça, explique moi pourquoi tu ne m’en as pas parlé avant.
– Je n’ai subi l’intervention que la semaine dernière, quand voulais tu que je t’en parle ?
– La semaine dernière ? Tu veux dire quand je suis revenue de Californie ?
– Oui … et je n’ai eu les derniers résultats des tests que cet après midi. Sarah, je n’ai pas envie de te quitter, ni maintenant, ni jamais. Mais en même temps, ce n’est pas moi qui avais pris la décision d’arrêter de voler, et je n’en ai jamais fait vraiment mon deuil. Toi plus que personne d’autre tu sais ce que voler représente pour moi. Il y a un an, j’aurais tout donné pour pouvoir à nouveau prendre la décision de retourner voler, tu le sais, mais aujourd’hui … je ne sais plus … je voudrais voler, mais que tu sois avec moi. Je crois que je veux tout … mais je ne veux surtout pas te perdre.

Mac l’étudia à nouveau attentivement. Les yeux d’Harm imploraient son aide, mais pour l’instant elle n’était pas capable de lui donner les réponses qu’il souhaitait. L’éventualité du départ d’Harm était trop douloureuse pour qu’elle l’envisage et en parle avec lui. Pas tout de suite. Pas quand ils venaient à peine de se retrouver. Elle ne pouvait pas rester là à le regarder s’éloigner d’elle, il lui fallait un peu de temps pour réfléchir. Un peu de temps seule.

Elle s’approcha de la porte, prit sa veste et son sac et se tourna vers Harm, toujours assis, le regard triste.

-Je ne peux pas te répondre pour l’instant, je ne peux pas rester, laisse moi un peu de temps …

Harm se leva et s’approcha de la porte, mais Mac l’arrêta d’un geste.

– Non, ne t’approche pas, ne me rends pas les choses plus difficiles. J’ai besoin d’y voir plus clair, je t’appelle demain si je le peux. Je ne pars pas, Harm, j’ai juste besoin de réfléchir, d’accord ?

Sans attendre sa réponse, elle sortit de l’appartement.

NORD DE UNION STATION – APPARTEMENT DE HARM
Dimanche 2 mai 1999 -6 heures heure locale

Harm buvait son café, perdu dans des pensées moroses, se demandant s’il devait appeler Sarah, quand il entendit un coup léger à sa porte. A cette heure matinale, personne d’autre que Mac n’aurait osé le déranger. Il se précipita pour ouvrir et la vit, en jean et blouson, un sourire timide mais franc sur le visage, qui illuminait ses yeux.

Il mourait d’envie de la prendre dans ses bras, mais n’osait pas faire le moindre geste, attendant que Mac lui dise ce qu’elle faisait chez lui de si bonne heure.

– Je peux entrer ?
– Oh, bien sûr, excuse moi …

Il s’effaça pour la laisser passer, toujours incertain sur les raisons de sa présence.

Mac se tourna vers lui, et commença presque timidement :

– J’ai besoin d’en savoir plus sur les avions et sur toi. J’ai consulté la météo, il va faire beau aujourd’hui, et j’ai pensé que tu pourrais m’emmener voler … pour que je comprenne … enfin, si tu en as envie.

Harm était comme paralysé par la surprise. Mac avait toujours refusé de retourner voler avec lui depuis leur mésaventure quelques années plus tôt dans les Appalaches, et il savait qu’elle avait horreur des F14. Qu’elle lui demande d’aller voler était plutôt bon signe. Un sourire se dessina lentement sur son visage et il s’approcha d’elle, lui ouvrant les bras.

– Si j’en ai envie ? Sarah, bien sûr que j’ai envie de partager ça avec toi, rien ne me rendrait plus heureux.

Mais quand il voulut l’enlacer, elle s’éloigna d’un pas.

– Non, Harm, s’il te plait, je veux d’abord aller voler et essayer de comprendre, et après, ce soir, on en parlera, d’accord ? J’ai passé la journée d’hier à y réfléchir, et si je te laisse partir, j’ai besoin de savoir pourquoi.
– Tu n’es pas obligée de me laisser partir, Sarah. Si tu le souhaites, j’oublierai cette opportunité.
– Et j’accepterais de détruire le Harmon Rabb que j’aime ? Je prendrais le risque que tu t’aigrisses, que tu passes le reste de ta vie à te demander ce qui se serait passé, et qu’un jour tu m’en veuilles. Non, Harm. Mais ne me touche pas pour l’instant, ou je n’aurai pas le courage de t’aider à aller au bout de ton rêve.

Harm la dévisagea et lui sourit lentement.

– Qu’est ce que j’ai fait pour te mériter, Sarah ?
– Nous nous sommes cherchés assez longtemps pour nous mériter l’un l’autre, Harm. Prépare toi, pilote, le ciel nous attend.
QUARTIER GENERAL DU JAG – FALLS CHURCH VIRGINIE
3 Mai 1999

L’amiral AJ Chegwidden relut une nouvelle fois la demande de changement d’affectation que le capitaine Harmon Rabb venait de lui remettre. Une fois le premier instant de surprise passé, c’est de la déception qu’il ressentait maintenant. Son dauphin voulait le quitter … Il leva les yeux vers son subordonné, toujours debout et le regarda attentivement.

– Vous n’êtes pas bien avec nous Capitaine ? Vous savez que retourner voler est un retour en arrière important pour votre carrière, vous allez détruire tout ce que vous venez de construire. C’est vraiment ce que vous voulez ?
– Je ne considère pas ça comme un retour en arrière, Monsieur. Je n’ai jamais choisi d’arrêter de voler, et maintenant que j’ai la possibilité de reprendre du service actif, je ne veux pas la laisser passer.
– Y avez vous vraiment réfléchi suffisamment ? Vous devriez attendre encore un peu.
– Non, Monsieur. J’y ai beaucoup réfléchi, et j’en ai parlé avec … des amis, et ma décision est prise. Si l’Aéronavale veut me redonner ma chance, je voudrais la tenter.
– Vous allez vous retrouver en escadrille avec des pilotes qui auront la moitié de votre âge, capitaine.
– Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de pilotes de 17 ans, Monsieur …

AJ réalisait que la décision d’Harm était sérieuse, et même s’il la désapprouvait, il appuierait sa demande. C’était du gaspillage, mais c’était la vie d’Harmon Rabb, pas la sienne. Il tenta une dernière approche.

– Vous êtes sûr de vouloir quitter votre petite amie pendant six mois, capitaine ?

Interloqué, Harm le regarda, avant de bredouiller :

– Ma petite amie, Monsieur ?
– Je sais que cela ne me regarde pas, mais je crois que vous avez passé beaucoup de temps avec ce jeune psychiatre de Bethesda. Elle est au courant de votre décision ?
– En fait, Monsieur… je voulais aussi vous informer d’un autre changement dans ma vie, mais je pensais attendre encore un peu …
– ….
– C’est au sujet … du … major Mackenzie, Monsieur …

AJ se leva, passa devant son bureau et croisa les bras sur la poitrine, attendant que l’officier se décide. Mais Harm semblait figé, incapable de continuer à parler.

– Et bien, capitaine, je vais finir par croire qu’il vaut mieux que vous retourniez voler, si vous n’êtes plus capable de vous exprimer, votre carrière d’avocat risque d’être vite compromise.
– Excusez moi, Monsieur, mais je crois qu’il faudrait que le major soit présent.

AJ appuya sur une touche de l’interphone et demanda à Tiner de faire venir le major Mackenzie.

Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrait sur Mac, qui eut l’air surprise en voyant Harm dans le bureau de l’amiral. Il devait lui remettre sa demande de changement d’affectation ce matin, comme ils l’avaient décidé ensemble la veille, mais elle ne voyait pas vraiment pourquoi AJ la convoquait. Elle jeta un coup d’œil interrogateur à Harm, qui eut un petit air gêné. Il n’avait quand même pas …

– Major, le capitaine Rabb vient de me remettre une demande de changement d’affectation pour retourner en escadrille, et semble dire qu’il y a un autre changement dans sa vie, qui vous concernerait. Pourriez vous m’éclairer, il semble qu’il ne tienne pas à s’expliquer en dehors de votre présence.

Mac regarda à nouveau Harm en fronçant les sourcils, puis se tourna vers AJ.

– Un changement, Monsieur ?
– Si je comprends bien, vous êtes aussi incapable que lui de vous expliquer, major !
– Non, Monsieur, mais je pensais que … nous attendrions … de savoir si le changement d’affectation serait accepté avant … de vous en parler. Mais peut être que c’est mieux ainsi … Harm … le capitaine Rabb et moi … ne sommes plus seulement des amis, Monsieur . Nous souhaitons vivre ensemble …
– En fait, amiral, je pensais demander sa main au major Mackenzie ce soir, et l’épouser dès la fin de mon premier déploiement … enfin, si ma demande est acceptée …

Mac se tourna vers Harm et lui sourit chaleureusement, maudissant intérieurement l’uniforme qu’elle portait et qui l’empêchait de se jeter dans ses bras. Elle ne pensait pas qu’Harm voudrait à nouveau lui demander de l’épouser si vite, mais cette fois ci elle y était prête.

AJ les examina un moment, il aurait voulu savoir depuis combien de temps durait cette histoire, savoir si toutes les questions qu’il s’était posées ces derniers mois étaient fondées, mais il savait que sa curiosité devrait rester insatisfaite. Et si Harm n’obtenait pas son poste en escadrille, il perdrait de toute façon un de ses avocats, sauf à faire jouer son privilège.

Malgré tout, il ne put s’empêcher d’ajouter :

– Je suis content pour vous, mais je ne comprends pas que vous commenciez votre vie commune par une séparation de six mois, qui risque de se renouveler régulièrement. Vous n’avez pas peur, Mac ?
– Si, Monsieur, mais nous avons traversé trop d’épreuves pour ne pas être sûr de notre amour maintenant, et je n’empêcherai jamais Harm d’aller au bout de ses rêves, pas plus qu’il ne cessera de me soutenir quelques soient mes décisions. J’y ai beaucoup réfléchi, Monsieur, et je suis sûre de nous, répondit Mac en se tournant vers Harm, un sourire lumineux sur le visage.

Instinctivement, il tendit la main pour prendre la sienne, mais la relâcha immédiatement en se souvenant de l’endroit où ils se trouvaient. Son sourire fit concurrence à celui de Mac, et AJ en les regardant sentit que leur choix était mûrement réfléchi et que leur relation était particulièrement solide.

– Je vais transmettre votre demande de changement d’affectation avec ma recommandation au bureau du Secrétaire d’Etat dès aujourd’hui, Capitaine. Rompez !

Au moment où Harm et Mac allaient sortir, il les rappela brièvement

– Harm, Mac ! Je suis très heureux pour vous
– Merci Monsieur, répondirent ils en chœur.
NORD DE UNION STATION – APPARTEMENT DE HARM
20 mai 1999

Ils étaient dans les bras l’un de l’autre, reprenant doucement une respiration normale.

Ils avaient dîné avec Bud, l’emmenant fêter la naissance du petit AJ, deux jours plus tôt, et lui montrant l’émeraude qui brillait enfin à l’annulaire gauche de Mac. La surprise de Bud les avait amusés, il avait eu l’air impatient de retourner voir sa jeune épouse pour lui faire part de cette grande nouvelle : les parrain et marraine d’AJ allaient se marier. Pas tout du suite, dès que le premier déploiement de Harm serait terminé, en décembre.

La réaffectation d’Harm avait pris moins de temps qu’on aurait pu le penser, comme si le Secrétaire d’Etat avait été ravi de l’occasion qui lui était offerte de se débarasser de ce capitaine Rabb qui semblait collectionner les problèmes. Harm devait se présenter lundi matin, dans quatre jours, à Pensacola, pour un mois d’entraînement avant d’être envoyé sur le Patrick Henry, dans l’Adriatique.

L’amiral leur avait accordé à tous les deux trois jours de congés avant le départ d’Harm, les derniers jours qu’ils allaient passer ensemble avant longtemps, les premiers jours qu’ils passaient enfin officiellement comme un couple, sans se cacher ni de leurs amis, ni d’eux mêmes. Ils avaient envisagé d’aller voir Trish Burnett à La Jolla, mais Harm n’avait pu se résoudre à l’idée de partager Sarah, même avec sa mère, pendant les quelques jours qui lui restaient.

C’était lui qui partait, bien sûr, et l’excitation de retourner voler n’était pas feinte, mais en même temps il réalisait pleinement à quel point elle allait lui manquer : son sourire, sa voix, son odeur, la chaleur de son corps dans ses bras, le goût de sa peau sur ses lèvres. Est ce que la poursuite d’un rêve d’enfant valait vraiment le sacrifice qu’il les obligeait à faire ? Il n’était pas encore parti, et déjà il doutait du choix qu’il avait fait. L’absence de Sarah lui serait beaucoup plus difficile à supporter qu’il ne l’avait envisagé. Et peut être ne chercherait il pas à renouveler l’expérience …

-Tu rêves ?

Mac avait posé la bouche près de son oreille, et passait la pointe de sa langue sur le lobe, faisant naître de nouveaux frissons dans le creux des reins d’Harm. Il laissa doucement glisser une de ses mains, emprisonnant un sein tendu, jouant avec la pointe durcie, puis se redressa sur un coude, pour contempler le visage et le corps de Sarah, nue devant lui.

– Je voudrais t’apprendre par cœur, je veux pouvoir fermer les yeux et te voir, te sentir, te goûter. Je voudrais t’emmener avec moi …
– Chut, Harm, ne pense pas à demain, vis dans l’instant, nous avons encore trois jours pour nous seuls, oublie le reste …

Harm se pencha sur elle et oublia à nouveau le monde qui les entourait, le temps qui s’enfuyait inexorablement, se perdant encore une fois dans le corps de Sarah.
Mac le regardait préparer le petit déjeuner, un cocktail diététique pour lui, et une bonne omelette pour elle. Rien que pour l’entendre lui répéter encore et encore que son alimentation n’était pas saine, Mac tenait à cette omelette : il était tellement adorable quand il prenait ainsi soin d’elle. Il était tellement adorable tout le temps. Comment allait elle survivre six mois sans lui, elle dont toute la vie depuis trois ans tournait autour d’Harm ? Mais pour lui, elle devait avoir l’air forte, il serait temps de pleurer quand il serait loin et ne pourrait plus en souffrir. Elle savait qu’Harm ne se libérerait de son rêve que s’il pouvait à nouveau piloter, il devait de lui même découvrir que sa vie était maintenant au JAG, près d’elle. Elle ne voulait pas d’un homme dont les rêves inachevés auraient obscurci leur quotidien.

Mais cela faisait tellement mal….

Elle repensa à la naissance du petit AJ, trois jours plus tôt, à l’émotion qu’ils avaient ressentis en assistant ensemble à l’arrivée de ce petit bout d’homme. Le sourire radieux d’Harm avait fait écho au sien, et leurs yeux s’étaient trouvés, se promettant de vivre ensemble d’autres moments semblables … avec leurs propres enfants.

Ils n’avaient encore jamais parlé d’enfants, et Mac eut brusquement le sentiment que c’était le moment.

– Harm ?
– Oui …
– Je … nous n’en avons jamais parlé, mais je voudrais …
– Tu voudrais quoi, Sarah ?
– Je veux des enfants de toi …

Le sourire d’Harm valait toutes les réponses, et doucement il se fit taquin .

– Tu peux attendre qu’on ait fini le petit déjeuner ?

Mac éclata de rire.

– Arrête de plaisanter, j’étais sérieuse ..
– Je sais … mais je voulais juste dire que j’ai très envie d’avoir des enfants avec toi, moi aussi, et aussi vite que possible. Et en attendant, je suis d’avis qu’on devrait continuer à s’entraîner … tout de suite après le repas de mon petit fauve !
QUARTIER GENERAL DU JAG – FALLS CHURCH VIRGINIE
24 Mai 1999

Mac descendit de sa corvette, s’arrêtant quelques instants devant la place de parking vide normalement attribuée à Harm. Pour la première fois depuis qu’elle travaillait au JAG, elle n’allait pas voir la haute silhouette du capitaine dans les bureaux, elle n’allait pas l’affronter au tribunal, voir son sourire éclatant quand il gagnait une affaire, le regarder déployer tout ses charmes pour mettre le jury dans sa poche, se disputer avec lui pendant une enquête un peu difficile.

Et surtout, ce soir, elle rentrerait dans un appartement vide, et attendrait son appel, comme toutes ces femmes de marins qu’elle avait si souvent rencontrées.

Aujourd’hui, pour la première fois, Sarah Mackenzie allait attendre le retour de son homme.
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