Saint Valentin à l’italienne

UNE SAINT VALENTIN A l’ITALIENNE
Il y a des jours où rien ne va se disait Harm au volant de sa Corvette, bloqué dans un embouteillage monstre sur le chemin du Jag.

Les ennuis avaient commencé dès qu’il avait ouvert les yeux pour constater que son réveil n’avait pas sonné et qu’il serait largement en retard. Puis une panne de courant l’avait empêché de déguster son café sans lequel il lui était difficile d’émerger. La Corvette s’était montrée récalcitrante au démarrage, et enfin, ce satané embouteillage !!!! C’était bien sa veine !!!

Et comble de malchance, le camion qui le précédait venait de perdre une partie de son chargement, un régime de bananes s’était répandu sur la chaussée, oh bravo ! Il fallait le faire !!! L’amiral ne voudrait jamais le croire, et pourtant !

Enfin, la circulation se fit plus fluide ce qui lui permit de foncer jusqu’au parking du Jag, mais, il n’y avait pas de raison que çà s’arrange, une Mini se glissa devant lui et prit la place avant qu’il réagisse. Furieux, il sortit prêt à prendre à partie le coupable qui descendait de son véhicule ; il reconnut avec surprise Tracy MANETTI et sa colère tomba lorsqu’elle éclata de rire en lui disant :

– Je suis désolée, je suis tellement en retard que je ne pouvais pas imaginer que je vous piquais votre place. Pardonnez-moi, je vais en chercher une autre, mais, par pitié, trouvez-moi une excuse auprès de l’amiral, sinon, je vais en prendre plein la tête, d’accord ?

– Pas du tout, gardez la place, c’est moi qui vais en chercher une autre, et puis votre sourire est la première chose agréable de cette journée, je m’arrangerai avec l’amiral, à tout à l’heure, dit-il en la quittant.

Quelques minutes après, il arrivait enfin dans son bureau quand Tiner apparut en lui disant que l’amiral réclamait sa présence de TOUTE URGENCE.

Il se précipita, envisageant de faire face à une des colères mémorables de l’amiral, et devant la porte ouverte, il frappa un coup discret. L’amiral, perdu dans ses pensées, leva les yeux vers lui et dit en souriant :

– asseyez-vous.
– Vous m’avez demandé, amiral ?
– Oui, hum, j’aurais un… service à vous demander.

L’amiral cherchait ses mots, ce qui ne lui était pas habituel et Harm se demandait ce qui allait encore lui tomber dessus. Encore une virée avec Meredith en avion ? (Tout mais pas çà, pitié !!!)

– voilà, se décida enfin l’amiral, j’ai reçu un courrier de ma fille Francesca, avec deux billets d’avion me demandant de la rejoindre à Venise avec Meredith pour assister à un bal donné en son honneur par le Prince MONTALBANO, elle a joint deux cartons d’invitation mais aucune autre explication. Et la connaissant comme je la connais, je me demande ce que çà cache. Impossible de la joindre depuis deux jours, elle ne répond pas à mes messages et comme je suis convoqué ce week-end par le secrétaire d’état pour étudier les nouvelles règles d’engagement à mettre en place, je ne pourrai aller à Venise. Alors j’aimerais que vous vous y rendiez à ma place avec le Capitaine MANETTI, je crois savoir qu’elle parle couramment l’italien. Enfin, à vous de voir et de la mettre au courant. Tout cela est bien entendu confidentiel et j’aimerais que çà ne s’ébruite pas. Pensez-vous pouvoir faire çà pour moi ?

– Amiral, je serais bien ingrat de me plaindre de bénéficier de vacances impromptues en Italie, car il s’agit bien de vacances ? Je vais mettre le Capitaine MANETTI au courant et nous partirons ce soir. Je vous tiens au courant dès que j’ai pu parler à Francesca.

– Merci Harm, je me fais beaucoup de soucis,

– Il ne faut pas Amiral, vous verrez, tout se passera bien, votre fille est une jeune femme charmante, avec la tête sur les épaules, et je suis sur que vous vous inquiétez sans raison.

– Vous ne la connaissez pas aussi bien que moi, soupira-t-il, appelez-moi dès que possible, et amusez-vous bien.

Harm pris congé de l’amiral. Il se dirigea vers le bureau de MANETTI, se demandant comment lui présenter les faits.

– Capitaine, si je vous disais que l’amiral nous offre des vacances à Venise pour assister à sa place à un bal donné par un Prince italien, que diriez-vous ?
– Comme çà, sans réfléchir ? je répondrais : la vérité est ailleurs !!!! mais vous avez l’air sérieux !
– C’est tout à fait sérieux. Nous devons prendre l’avion ce soir, je passerai vous prendre chez vous, et nous irons à l’aéroport directement. Tenez-vous prête pour 18 heures avec votre paquetage, pas d’uniformes, n’oubliez pas de prendre une robe du soir. L’amiral nous donne notre après midi, le temps de préparez nos affaires.
– Pourquoi m’avoir choisie ?
– Vos prouesses en italien avec l’inspecteur GIANINI m’ont convaincu de vous donner votre chance, mon italien se bornant à traduire « c’est lundi, c’est raviolis ! » dit-il en riant.
Harm se présenta à l’heure devant la porte de Manetti qui l’attendait au pied de son immeuble, assise sur sa valise. Après les formalités d’usage, ils se retrouvèrent installés côte à côte dans l’avion, Manetti s’était assise d’instinct près du hublot pour permettre à Harm de caser plus facilement ses longues jambes.

– Si vous m’expliquiez ce que nous allons faire à Venise ?
– Assister à un bal.
– Si vous aviez une telle envie de danser avec moi, on pouvait rester sur place, il n’y avait qu’à demander, je n’aurais peut-être pas dit non.
– Ne me dites pas que Venise n’est par romantique et que çà ne vous plait pas ?
– Si, bien sûr, mais si je joue les Juliette, il me faudrait mon Roméo ! dit-elle avec un petit sourire,
– Eh bien, dites-vous que le temps d’un bal, je pourrais jouer les Roméo, laissa-t-il échapper,
– Faites attention, je pourrais vous prendre au mot… Arrêtez de dire des bêtises, vous pourriez le regretter !!!

Leur voyage se poursuivit agréablement, Harm découvrait avec surprise une Manetti qu’il n’aurait jamais soupçonnée, drôle, intelligente, naturelle. La journée avait pourtant commencé sous les plus mauvais hospices, mais demain est un autre jour et ces vacances inattendues tombaient on ne peut mieux.

A leur arrivée à Venise, ils prirent un taxi pour se rendre à l’hôtel où Francesca avait réservé une chambre pour son père. Mais pour le week-end de la Saint Valentin, l’hôtel était complet et il n’y avait pas d’autre chambre disponible. Le garçon les fit entrer dans une suite superbe, Harm, poussa en ouf de soulagement en voyant les deux lits jumeaux.

Ils s’installèrent tranquillement puis sortirent déjeuner dans une trattoria où le serveur se mit en quatre pour les servir en faisant les yeux doux à Tracy. De retour à l’hôtel, ils trouvèrent un message de Francesca les prévenant qu’une limousine viendrait les chercher pour les conduire au palais du Prince. Harm essaya en vain de joindre Francesca, son numéro était sur messagerie. Manetti proposa une petite sieste pour prendre des forces avant la soirée et pour se remettre du décalage horaire qui commençait à se faire sentir.

Quand elle se réveilla, Harm dormait toujours. Elle en profita pour se faire couler un bain, complètement détendue, elle se laissa aller à rêvasser. Elle n’était pas au Jag depuis très longtemps. A son arrivée, elle avait senti quelques tensions entre les uns et les autres. Mais elle ne voulait pas écouter les rumeurs, elle préférait se faire une idée par elle-même. Elle n’avait pas mis longtemps, avant de juger que : Harriet était la personne la plus gentille du monde, même si elle était parfois un peu envahissante, Bud sensible et courageux, l’Amiral bourru et juste, Harm attentif, chaleureux, à l’écoute des autres, Sturgis efficace et secret. Mac lui posait encore un problème. Au départ, elle avait semblé amicale mais en même temps méfiante et réservée, et Tracy se sentait exclue quand les conversations s’interrompaient à son arrivée.

Cette pensée désagréable lui fit prendre conscience qu’il était l’heure de se préparer pour le bal. Elle s’enveloppa dans la robe de chambre fournie par l’hôtel et retourna dans la chambre. Elle fut émue de voir que Harm dormait comme un enfant et le secoua doucement en lui disant qu’il était l’heure de revêtir sa panoplie de Roméo, que sa Juliette allait l’attendre s’il ne se dépêchait pas un peu. Harm, en ouvrant les yeux, vit Manetti les cheveux dénoués, penchée vers lui et crut dans un premier temps qu’il rêvait avant de se souvenir de l’endroit où il était.

– arrêtez de me secouer, je vais me lever… c’est bon, je suis réveillé, mais vous n’êtes pas prête ?
– Ne vous inquiétez pas, il me faut juste une petite demi-heure, allez prendre une douche, ou vous allez nous jouer le « bel au bois dormant » !

Harm se précipita dans la salle de bains pour reprendre ses esprits. Depuis sa rupture avec Renée, il y avait presque deux ans, il ne s’était jamais retrouvé seul, en dehors de toute contrainte liée au travail, avec une femme belle et intelligente. Mais Manetti travaillait avec lui, il ne devait pas l’oublier.

Quand il sortit enfin de la salle de bains revêtu de son smoking il jeta un œil sur Manetti qui finissait de se maquiller devant la coiffeuse. Elle avait revêtu un fourreau de soie noire à manches longues avec une encolure bateau. Elle portait ses cheveux rabattus d’un côté et maintenus par un large peigne en écaille, un gardénia coincé sur l’oreille, éclairait sa chevelure d’ébène. Elle était vraiment ravissante, mais lorsqu’elle lui tourna le dos pour prendre un collier de perles posé sur le lit, il découvrit un dos complètement nu jusqu’aux reins et ne put retenir un :

– Wouaou !!!! Juliette, vous êtes féerique !! heu, je voulais dire que votre robe est splendide…
– Merci Roméo, vous n’êtes pas mal non plus ! Nous devrions y aller, la limousine doit nous attendre.

Le trajet ne fut pas très long et ils arrivèrent assez rapidement devant un palais magnifique où une file de limousines attendait de pouvoir déverser son chargement d’invités. Quand ils pénétrèrent enfin, ils furent accueillis par Francesca qui se tenait aux côtés du maître de maison qu’elle leur présenta, le Prince MONTALBANO :

– Harm, je suis ravie de vous voir, mais honnêtement j’aurais préféré voir mon père. Je vois que vous avez toujours aussi bon goût pour les femmes, ajouta-t-elle quand il lui présenta Manetti. Vous arrivez à supporter ce grand macho ? Amusez-vous bien, je viendrai vous rejoindre quand j’aurai fini mon rôle d’hôtesse dans un moment.
– Eh bien, nous devrions obéir à notre amphitryon, qu’en pensez-vous Tracy ?
– Nous sommes là pour çà, non ?
– Alors allons-y,

Dit Harm en lui prenant la main pour la conduire vers la piste de danse. Mais au moment où il posa sa main sur son dos, ce fut comme s’ils recevaient tous deux une décharge électrique, instinctivement il resserra son étreinte, leurs corps s’ajustèrent parfaitement, Tracy s’abandonna dans ses bras et se laissa porter par la musique. Etourdie par la valse, elle ferma les yeux et posa la tête sur son épaule, ah, si le temps pouvait s’arrêter et que rien ne vienne interrompre ce moment si magique ! Harm avait l’impression d’être sur un nuage, elle était si légère, son parfum l’enivrait, sa chevelure lui chatouillait la joue et il pencha la tête pour la sentir plus proche. Elle murmura alors :

– La perfection existe, je crois que je suis en train de tomber amoureuse, Roméo,
– Juliette, ce n’est qu’une valse, mais c’est bien agréable,
– Faites comme moi, laissez-vous aller, nous sommes dans la ville la plus romantique du monde, au milieu de gens qui ne nous connaissent pas, hors du temps et de l’espace, ne gâchez pas tout.

Le dieu des amoureux répondit à leurs vœux et les valses se succédèrent pour leur permettre de prolonger cet instant exceptionnel.

Quand l’orchestre s’interrompit, ils s’éloignèrent l’un de l’autre avec regret, leurs mains n’arrivant pas à se séparer.

– je prendrais bien une coupe de champagne lança Tracy, troublée,
– ne bougez pas, j’y vais, attendez-moi,

Comme il s’approchait du buffet, il fut rejoint par Francesca qui l’entraîna à l’écart.

– Je n’osais pas vous déranger, vous aviez l’air tellement occupé, seriez-vous amoureux ? Oh, mais il a rougi ! Je ne dirai rien à mon père, revenons à nos moutons, j’ai organisé ce bal parce que je voulais voir mon père pour lui présenter l’homme de ma vie, c’est le prince, et lui parler de notre prochain mariage, mais comme je connais mon père, je voulais le mettre devant le fait accompli, pour qu’il ne puisse pas faire sa tête de cochon, enfin, vous le connaissez aussi bien que moi !!! Et puis, j’avais un service à rendre à un ami commun, Weeb, vous ne l’avez pas encore vu ? Il voulait être présenté à un noble vénitien qui soutiendrait les mouvements terroristes liés à Ben Laden.
– Non, je ne l’ai pas encore vu.
– J’aimerais que vous ne disiez rien à mon père avant que j’aie pu lui en parler en personne,
– Francesca, çà me semble difficile, il m’a envoyé ici et je dois lui faire mon rapport au retour,
– Bon, alors il faudra que je l’appelle avant lundi matin. Je vous laisse, je vais rejoindre mon Prince Charmant, et vous, allez rejoindre votre joli capitaine.

Harm, retourna au buffet chercher une coupe de champagne et ressentit une pointe de jalousie quand il vit Tracy entourée de trois beaux italiens qui visiblement se disputaient une danse, son regard cherchait le sien en un vibrant appel à l’aide. Mais au moment où il se précipitait au secours de sa belle, il aperçut Weeb qui venait inviter Tracy en repoussant les trois bellâtres. Le fait que Tracy refuse l’invitation de Weeb lui fit plaisir, sans qu’il arrive à l’expliquer. Et c’est avec un large sourire qu’il s’approcha d’eux en disant :

– ravi de vous revoir, Weeb, je ne savais pas que vous appréciez les bals à Venise. Le smoking vous va très bien, je vous présente le capitaine MANETTI, qui travaille avec moi au Jag.
– Eh bien, Harm, vous en avez de la chance d’avoir des partenaires plus ravissantes les unes que les autres, je devrais utiliser le Jag comme couverture. Au fait, comment va l’amiral ? et Mac, quelles nouvelles ?
– Toujours en remplacement sur le Seahawk, répondit-il, en réalisant avec surprise que depuis son départ du Jag il n’avait pas une seule fois songé à sa partenaire et amie.

La soirée se poursuivit agréablement ; Harm appréhendait le moment où ils se retrouveraient à l’hôtel. Mais comme tout a une fin, ils firent leurs adieux à Francesca qui renouvela ses recommandations à Harm. Elle les fit raccompagner à l’hôtel en leur souhaitant un bon retour.

Arrivés devant la porte de la chambre, Tracy n’arrivait pas à ouvrir la porte, Harm, en souriant lui prit les clés des mains et s’exclama :

– Abracadabra, Sésame, ouvres-toi !!!
– Seriez-vous magicien ?

Dit-elle en éclatant de rire, elle trébucha sur ses escarpins et s’agrippa au bras de son partenaire, Harm la rattrapa et elle se retrouva dans ses bras. Elle émit un léger soupir de bien être quand il se pencha pour poser un baiser brûlant dans son cou, sur une veine qui battait follement, son souffle chaud la fit trembler et ses doigts impatients s’énervèrent sur les boutons de sa chemise. Le besoin impérieux de sentir la chaleur de l’autre, la douceur de sa peau, de se perdre en l’autre pour mieux se retrouver, les fit vaciller jusqu’au lit en semant sur le chemin leurs vêtements.

La magie propre aux amants opéra une fois de plus et ils s’endormirent enfin, Tracy blottie dans les bras de Harm.

Aux premières lueurs du jour, Harm se réveilla, sentant un corps chaud contre le sien, une mèche de cheveux lui chatouillait la joue, il l’observa et se laissa submerger par l’émotion que lui causait sa beauté abandonnée, confiante. Il ne put s’empêcher de l’étreindre très fort pour éloigner la menace du lendemain de leurs corps enlacés.

Attentif, il fut conscient du moment précis où elle émergea du sommeil. Elle murmura « si c’est un rêve, je ne veux pas me réveiller », il lui murmura « si tu ouvres les yeux, tu verras que ce n’est pas un rêve ! »

Leur réveil fut tendre et câlin, puis Tracy s’écria qu’elle avait une faim de loup et ils se jetèrent affamés sur le petit déjeuner qui était digne d’un palace. Tracy, enfin rassasiée, proposa d’aller faire un tour avant leur départ.

Ce fut, bien sûr une promenade romantique, ils voulaient profiter de chaque instant. Ils flânèrent dans les ruelles en s’arrêtant devant les vitrines remplies de masques de carnaval, plus beaux les uns que les autres. En passant sous un porche, Tracy s’exclama « oh enfin, voilà ce que je cherchais ! Attends-moi, je reviens.» Harm eut beau examiner la vitrine, ce n’était qu’un magasin de sport, il ne vit rien d’étonnant et l’attendit en se demandant ce qui avait causé cette explosion de joie. Il fut légèrement surpris quand il la vit sortir avec un énorme sac. Elle se fit un peu prier avant d’avouer qu’elle avait trouvé les gants de boxe qu’elle n’avait jamais eu le temps d’acheter en Virginie. Elle faisait de la boxe française et avait un besoin urgent de changer son matériel, il lui proposa aussitôt de l’entraîner à leur retour puisque lui aussi pratiquait ce sport.

Quand ils revinrent, ils étaient conscients que la fin de l’aventure arrivait à grands pas et aucun d’eux ne voulait évoquer le futur. Tracy, prenant son courage à deux mains pour échapper au malaise qui s’installait, s’assit sur le lit et se lança :

– Je crois au destin, les choses qui doivent arriver arrivent, nous aurions pu travailler côte à côte pendant des années en restant seulement des collègues et rien d’autre, mais cette nuit… il s’est passé quelque chose, j’ai été heureuse, pleinement heureuse et je ne regrette rien. Je voulais suspendre le temps et que cet instant dure une éternité !!! Mais ne crains rien ajouta-t-elle en souriant, je ne te demande rien. Laisses-toi simplement aller si tu en es capable.

Harm l’écoutait tout en se remémorant une autre conversation sur le porche de l’amiral un soir de fiançailles :

– Ne seriez-vous pas plus heureux si vous vous laissiez aller ?…
– Je vois un homme terrifié à l’idée de perdre le contrôle…

Et il comprenait enfin que cette peur maladive n’était pas innée chez lui. Toutes les femmes pour qui il avait éprouvé des sentiments ou même de l’amour lui avaient toutes demandé des comptes et même parfois exigé des engagements et instinctivement il s’était toujours dérobé. Tracy était la première qui ne demandait rien, le laissait libre de décider s’il avait envie ou besoin de ce qu’elle était prête à lui donner.

– C’est vrai, avoua-t-il, cette nuit a été exceptionnelle, mais je ne peux rien te promettre, tout va trop vite pour moi, laisses-moi un peu de temps,
– J’ai l’impression de te connaître depuis toujours, et je sais que tu seras honnête avec moi, je n’en demande pas plus.
– Je ne suis pas très doué dans mes relations avec les femmes, tu le sais déjà, et j’ai tendance à les faire souffrir. Toutes les femmes finissent par vouloir un engagement et je ne sais pas si j’en suis capable.
– Si tu ne le sais pas c’est que tu n’as jamais vraiment aimé quelqu’un, quand çà arrivera, tu ne te poseras plus de question,
– Je ne veux pas te faire de mal, j’ai trop de tendresse pour toi,
– C’est déjà un début, mais tu sais, je suis une grande fille et si tu crains un problème de fraternisation, laisses-moi régler mes affaires moi-même, tu n’as pas à décider pour moi. Et puis, on ne sait pas où tout çà va nous mener, Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si nous voulons partager un morceau de vie, alors laissons les choses se faire et nous verrons bien où tout çà nous mène, d’accord ?
– J’aimerais beaucoup, s’entendit-il répondre avec surprise.

Tracy en vingt quatre heures avait battu en brèche les barrières qu’il avait élevées toute sa vie et il s’avoua que ce n’était pas désagréable. En échange, elle s’était confiée à lui et n’avait pas eu peur de dévoiler ses sentiments, tout en ignorant les siens. Elle faisait partie de ces êtres d’exception toujours prêts à tout donner même s’ils ne recevaient rien en retour.

Le moment était venu de quitter cette ville magnifique dont le souvenir resterait gravé dans leur mémoire et leurs cœurs, quelle que soit l’évolution de leur relation. Ce week-end de la Saint Valentin ne ressemblait et ne ressemblerait jamais à aucun autre.

Ils préparèrent leurs bagages et firent leurs adieux en silence à Venise, avant de repartir pour l’aéroport. Dans l’avion, Tracy s’endormit rapidement, sa tête reposant sur l’épaule de son compagnon, tandis que ce dernier posait sa main sur la sienne. Elle somnola en se demandant si leur relation avait un avenir ; il était traumatisé depuis l’enfance par l’absence d’un père qu’il adorait, il n’avait jamais réussi à s’engager vraiment avec aucune des femmes qui avaient traversé sa vie. Mais le jeu en valait la chandelle ! Il lui faudrait l’apprivoiser, et le temps était son meilleur allié.

A l’atterrissage, Harm lui proposa de venir dîner chez lui, il ne voulait pas qu’elle parte, pas tout de suite, s’ils se séparaient maintenant, elle allait disparaître et cette parenthèse ne serait plus qu’un rêve. Elle accepta, curieuse de le voir évoluer dans un cadre qui lui était personnel.

Quand elle franchit le seuil de son appartement, il était rempli d’appréhension, si elle s’intégrait immédiatement dans son décor, ce serait certainement un signe du destin. Au milieu de la pièce, elle virevolta pour avoir une vue d’ensemble, et se pelotonna dans le canapé en lui disant dans un éclat de rire « j’aime beaucoup, çà te ressemble, c’est très masculin, mais aussi très chaleureux. Serais-tu un cordon bleu ? C’est rare de voir une cuisine aussi bien équipée chez un homme !!!»

– Et si, pour ne pas casser l’ambiance, je te faisais des lasagnes ?
– Avec plaisir,

Pendant qu’il préparait le repas, ils discutèrent de tout et de rien, comme de vieux amis qui se retrouvent, Tracy, installée sur un tabouret, raconta sa jeunesse auprès de ses frères et sœurs au milieu des plantations de tabac de son père, ses peines et ses joies, son départ pour Annapolis, ses études de droit, son malaise quand elle avait du défendre un tueur en série pour l’une de ses toutes premières affaires, ses doutes, ses certitudes. Harm lui révéla à son tour la disparition de son père, sa recherche obstinée, ses coups de folie, ses départs, ses désarrois, sa passion des avions et de la vérité, sa peur de perdre ceux à qui il tenait, enfin tout ce qui le tourmentait.

Le temps passa très vite et ils prirent conscience qu’ils avaient passé toute la nuit à se découvrir et qu’il était temps de rentrer chez elle pour Tracy, le temps de revêtir son uniforme pour aller au Jag. Elle voulut prendre un taxi et le quitta avec regret. En montant dans le véhicule, elle leva les yeux vers la fenêtre d’où Harm la regardait partir et lui lança un baiser du bout des doigts.

Harm lui répondit d’un petit signe de la main, surpris de la sensation de manque qu’il ressentit quand le taxi s’éloigna. Qu’est-ce qui lui arrivait ? Il avait besoin d’elle ! Ils allaient se retrouver au Jag, comment allait-il réagir ? Et les autres, tous les autres, devineraient-ils ce qui s’était passé ? Arriveraient-ils à le dissimuler et à poursuivre une relation contrariée par les règlements de la Marine ? Il n’avait pas envie d’y penser. Pour la première fois de sa vie, il avait envie de se laisser aller, prêt à tout faire pour que çà marche !!! Avait-il changé à ce point ? Tant de questions et si peu de réponses !

Ce séjour à Venise l’avait transformé et il se souvint d’une maxime de sa grand-mère qui lui disait « il faut donner du temps au temps » ; il en comprit enfin toute la signification et c’est le cœur léger, plein d’optimisme qu’il prit sa Corvette pour affronter ce nouveau défi. Oui le destin était bien au rendez-vous de la Saint Valentin !

 

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