Shadow dance

Chapitre 3

Sa mémoire devint à nouveau confuse : lorsqu’il eut à nouveau réellement conscience des choses, il se trouvait sur la rive d’une petite rivière locale. Cet affluent donnait dans le Iguazu, à quelques miles de là. Il était assez profond pour que l’arme re retrouve enfouie dans la vase à trente pieds sous l’eau. Si ce n’était pas le cas, peut etre le courant l’emporterait elle assez loin pour qu’on ne fasse jamais le rapprochement avec ce qui venait juste de se passer. Les rivières semblaient un endroit excellent pour perdre ou trouver des preuves. Cela avait presque marché pour Lindsay et ce foutu couvre-chef.

Il essuya le canon avec la manche de sa veste et lança l’arme dans l’eau. Après l’avoir regardé s’enfoncer sans cérémonie sous la surface ridée, il tourna les talons en avalant une salive au goût de bile.

Mon dieu, mais qu’est ce que je viens de faire ?

Le monde tournait dangereusement autour de lui, et il ferma les yeux, essayant de se stabiliser en prenant une respiration profonde. Apparemment, c’était une erreur, car son estomac se retourna une nouvelle fois. Hardy et Catherine avaient dit tous les deux qu’il n’était pas le genre d’homme à faire ça – mais il venait juste de le faire, alors il était évident que ce n’était pas totalement vrai.

Alors, quel genre d’homme était il vraiment ?

Il retourna en titubant sur le trottoir et se laissa tomber sur la banquette arrière d’un taxi qui passait, ressentant le besoin de partir aussi loin que possible. Son vol de retour était annoncé à l’embarquement pour une heure plus tard. Retourner chez lui … peut être que chez lui n’était pas là où il avait besoin d’aller pour le moment. Que pourrait il y faire ? Essayer de reconstruire un semblant de la vie qu’il avait encore quelques jours plus tôt ? Etait ce même encore possible ? Même s’il pouvait pénétrer à nouveau dans le quartier général du JAG et miraculeusement récupérer son travail, il n’était pas sûr de jamais être à nouveau capable d’accomplir son devoir après avoir mis sciemment de côté toutes ses convictions comme il l’avait fait cette nuit. Il n’était pas sûr d’être à nouveau capable de regarder quelqu’un comme Bud Roberts dans les yeux.

Peut être que l’Aéronavale aurait dû le garder enfermé, malgré tout.

Il avait presque le vertige tellement son esprit était confus, il se dégoûtait et en même temps il souffrait, mais il gagna l’aéroport et s’effondra sur une chaise, aussi loin que possible du flot des passagers. Il pensa brièvement à changer de destination, mais ne trouva pas de meilleur choix possible que tout simplement retourner à Washington.

Et alors, tu t’es sali les mains. Il y a des tas de boulots salissants un peu partout. Il faut que certaines personnes les fassent, pour le bien de tous. Comment quelqu’un comme Webb pourrait il autrement faire un travail comme le sien sans qu’il le consume ?

Mais son boulot le consume, espèce d’idiot. Tout cette histoire était un foutu bordel depuis le début. Et est ce que ce n’est pas sa faute à lui seul ?

Mais on a malgré tout obtenu ce qu’on voulait. Parfois la fin justifie les moyens.

La fin ne justifie pas les moyens. Cela n’a jamais été le cas. Une société qui autorise – non, qui pousse – un petit nombre de ses membres à transgresser les lois ne vaut rien.

Il pénétra péniblement dans l’avion, avec tout juste un signe de tête envers l’hotesse de l’air accueillante près de la porte. Ils lui avaient donné un siège en première classe. D’une certaine façon, cela ne le surprit pas le moins du monde. Le roulage avant le décollage ne fit qu’augmenter sa nausée, ce qui mit fin aux quelques idées qu’il avait eues d’abuser de l’alcool proposé à bord. Harmon Rabb malade dans un avion. Ce serait à mourir de rire.

Peut être ce qu’il avait fait cette nuit avait il sauvé des vies. Il ne le saurait jamais. Tout ce qu’il savait avec certitude, c’est qu’il en avait pris une. Le bruit de la balle malgré le silencieux n’avait pas été suffisamment fort pour masquer l’horrible bruit de la cervelle de l’homme au moment de l’impact. Ce bruit serait toujours lié dans son esprit avec le craquement de la nuque du garde à Chaco Boreal. Il se demanda lugubrement lequel des deux avait scellé son destin.

Incapable de continuer à se regarder en face, il se laissa aller dans son siège bien moelleux et tomba instantanément dans un sommeil sans rêve.

« Monsieur ? Excusez moi, monsieur ? »

Bon sang Il s’obligea à ouvrir les yeux et se concentra sur l’hotesse de l’air penchée sur lui. Son amabilité avait laissé la place à une inquiétude hésitante.

« Monsieur, nous sommes arrivés à destination. »

Il n’enregistra pas vraiment le fait qu’il venait de dormir pendant la totalité d’un vol de huit heures, parce qu’il réalisa avec acuité à quel point il se sentait mal. Des frissons parcouraient son corps douloureux, et il sentait que sa peau se couvrait de sueur froide.

« Faut il que j’appelle un médecin, monsieur … »

« Non. Merci. » Il ne savait pas bien d’où lui venait cette persistante véhémence, mais il s’efforça de la maîtriser et s’obligea à sourire faiblement. « Je vais bien. J’ai juste eu … quelques expériences déplaisantes avec des avions dernièrement. »

Avec un grand effort, il se souleva de son siège, utilisant la plus infime parcelle de sa volonté pour ne pas chanceler, et il sortit de l’avion, traversant le terminal. Avant d’avoir réfléchi à l’endroit où il voulait se rendre, le vertige le submergea. Il trébucha comme un homme ivre, gagnant les toilettes des hommes, et parvint à atteindre la poubelle pour y vider le contenu de son estomac.

D’une main tremblante, il s’essuya la bouche et regarda fixement sa main, maintenant couverte de traces rouges.

Du sang. Et pas qu’un peu, en plus. Et merde.

Les pensées cohérentes commençaient à se faire moins fréquentes. Chancelant, il se servit du mur pour se tenir et essaya de retourner dans le terminal. Ses jambes lui firent défaut au bout de quelques pas.

Que .. quelqu’un … m’aide.

Il perdit conscience juste avant que son corps ne touche le sol.
13h46 heure locale
Hopital Notre Dame de la Providence
Ciudad del Este, Paraguay

Clayton Webb étudiait son visiteur, dont le regard était perdu dans le vide. Sarah Mackenzie était une femme d’une beauté singulière : même une personne ne partageant pas ses sentiments serait d’accord sur ce point. Et pourtant cet instant n’était pas un de ses meilleurs moments. Elle s’était nettoyé et avait changé de vêtements à un moment pendant la nuit, mais l’épuisement et la douleur marqués dans ses traits n’avaient pas diminués depuis qu’ils avaient échappé à Sadiq. Et qui plus est, elle semblait plus troublée qu’elle ne l’avait été auparavant.

« Votre poignet vous fait souffrir ? » demanda t’il, à défaut d’un meilleur sujet pour lancer la conversation. « Vous pourriez partager un peu de cette perfusion – c’est de la bonne camelote. »

Sortie en sursaut de ses pensées, Mac lui adressa un bref sourire timide. « Merci, mais ils m’ont autorisé à avoir des médicaments anti douleurs juste pour moi. Et en plus, je suis sûre que vous avez besoin de tout ce qu’ils vous donnent. »

« Probablement. Vous voulez me raconter pourquoi vous avez l’air si inquiète, ou allez vous me laisser deviner ? »

« Vous avez déjà suffisamment de soucis comme ça. »

« Je n’ai à me préoccuper d’à peu près rien pour l’instant, mis à part le fait que je vais avoir encore plus de problèmes avec mon directeur qu’avant à cause de la façon dont j’ai géré cette débâcle. Mais cela ne va pas se régler d’ici, alors mettez moi au courant. »

Elle soupira et se rendit. « Harm a disparu la nuit dernière, apparemment convoqué par quelqu’un à l’ambassade. Cela fait plus de douze heures qu’il est parti, et personne là-bas n’a la moindre idée de l’endroit où il se trouve, alors je commence à me demander si vos associés ne l’ont pas attiré dans quelque chose dont je ne veux pas entendre parler. »

« Mes associés ? » Webb tendit la main pour attraper la télécommande et souleva la tête de son lit pour pouvoir mieux la regarder. « Tout d’abord, je n’ai pas tant d’associés que ça par ici. Et si c’était le cas, je pense que votre partenaire leur dirait plutôt d’aller voir ailleurs s’il y est. »

« En temps normal, j’aurais été d’accord avec vous » Mac s’éloigna vers la fenêtre. « Il a démissionné pour venir ici, Clay. Je crois qu’il a passé une espèce de marché avec l’Agence pour trouver où nous étions. »

C’était une sacrée surprise. L’idée de Rabb en civil était quelque chose qu’il avait du mal à visualiser. « Vous plaisantez » dit il, les médicaments qu’il prenait limitant ses capacités à trouver une réponse plus pertinente.

« J’aimerais bien. Et en plus il ne m’a même pas dit qu’il avait fait ça. Il a fallu que ce soit Gunny qui me le dise. » Elle se détourna légèrement du lit, mais pas avant qu’il ait vu ses yeux briller. Mon dieu, que j’aimerais comprendre ce qui se passe dans la tête de cet homme. »

Webb la regarda pendant quelques secondes, alors qu’elle gardait de façon experte un torrent d’émotions contenu juste sous la surface. Pendant qu’ils étaient en prison, elle avait gardé une apparence beaucoup plus dure, restant forte parce qu’ils savaient tous les deux que lui ne le pouvait pas. Elle faisait beaucoup moins d’effort à présent. Cela lui faisait mal de voir d’une façon tellement peu équivoque que les sentiments qu’elle avait pour Harmon Rabb étaient beaucoup plus profonds que pour lui, mais il ne pouvait pas dire honnêtement que c’était un choc pour lui.

« J’imagine que cela vous indique une bonne fois pour toute ce qu’il ressent réellement pour vous » lui offrit il platement.

Mac se retourna rapidement, la culpabilité se frayant un chemin au milieu de toutes les émotions qui se reflétaient sur son visage. « Clay, à propos d’hier. »

« Je préférerais oublier que j’ai dit la plupart de ce que j’ai dit, si cela ne vous fait rien. » Il tenta un sourire blême. « Je sais quel désastre ce serait, vous et moi. Mais au moment où je l’ai dit, je n’avais pas l’impression que j’avais grand chose à perdre. »

« J’ai été flattée. Si les choses étaient différentes … »

« Mais elles ne le sont pas. Vous l’avez attendu pendant longtemps. Je ne vais pas me mettre dans votre chemin maintenant qu’il a fait quelque chose pour mériter cette dévotion. »

Elle secoua la tête avec un petit rire doux et amer. « Il n’est pas vraiment arrivé pour me sauver sans problèmes, n’est ce pas ? Il nous a fallu des heures pour retrouver notre chemin et revenir à la civilisation après l’accident, et chaque fois que j’ai essayé de lui parler de quoique ce soit se rapportant plus ou moins à nous, il a esquivé la conversation. Et puis, il a tout simplement disparu, sans essayer de s’expliquer ou même de juste dire au revoir … qu’il soit maudit. » Frustrée, elle cligna des yeux pour repousser ses larmes. « C’est toujours la même histoire. Harm est venu à mon secours – à notre secours – parce qu’il a pensé que c’était la chose noble et grande qu’il devait faire. Il ne l’a pas fait parce que je suis l’amour de sa vie. »

« Vous ne le saurez pas vraiment jusqu’à ce que vous ayez retrouvé sa trace, malgré tout. »

« Clay, bon sang, mais qu’est ce que vous êtes en train d’essayer de me faire ? Je n’ai pas besoin d’une autre personne dans ma vie qui essaie de me dire qui j’aime et qui m’aime, d’accord ? » Immédiatement, elle retrouva le contrôle d’elle-même. « Je suis désolée. C’était beaucoup plus dur que cela ne le méritait. Surtout envers vous. »

« C’est une entreprise purement égoïste, Sarah. Vous voir aussi misérable et confuse me tue. Je ne veux pas avoir à le faire plus longtemps que nécessaire. »

Mac lui adressa un petit sourire. « C’est ça, Clay, vous êtes un sacré salaud égoïste » dit elle calmement. « Alors, qu’est ce que je fais, maintenant ? J’attends juste qu’il réapparaisse et qu’il s’explique ? »

« Chegwidden pourrait avoir une idée sur l’endroit où il se trouve » suggéra Webb. « Peut être que ce n’est plus à lui que Rabb rend des comptes, mais il devrait au moins être capable de nous dire qui est son contact à Langley. »

« C’est une bonne idée. Si ça ne vous dérange pas, je pense que je vais aller l’appeler. Peut être que cela permettra de préserver un peu plus longtemps ma santé mentale. » Se rapprochant à nouveau du lit, elle se pencha et déposa un baiser léger sur sa jour. « Merci » lui murmura t’elle dans l’oreille. « Vous êtes un homme bien, quoique vous en pensiez. »

Elle se rendit dans le couloir et sortit le téléphone que les officiels de l’ambassade lui avaient prêté, et elle composa le numéro.

« Quartier général du JAG, quartier maître Tiner à l’appareil. »

« Tiner, c’est le colonel Mackenzie. Est ce que l’amiral est disponible ? »

La voix du marin grimpa presque d’un octave. « Colonel, ca fait plaisir de vous entendre, madame ! L’amiral a dit que vous alliez bien, mais nous … euh, oui, l’amiral. Madame, il n’est pas au bureau pour le moment, mais il a laissé des instructions strictes pour que vous l’appeliez sur son téléphone portable. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, a t’il dit. »

« Merci, Tiner, mais je n’ai pas son numéro sous la main en ce moment. Pouvez vous ..3

« Oui, madame. Je vais vous transférer immédiatement. »

Il y eut un silence de quelques instants sur la ligne, puis enfin la voix de l’amiral résonna. « Chegwidden. »

« Colonel Mackenzie à l’appareil, monsieur. J’espère que je ne vous dérange pas. »

« Pas vraiment, non. » Son commandant avait une voix fatiguée, remarqua t’elle. « La CIA m’a informé que vous et Webb vous en étiez sortis. La meilleure nouvelle que j’ai entendue depuis des semaines. »

« Merci, monsieur. Vous pouvez remercier Harm et le sergent artilleur Galindez pour ça. »

« J’en ai l’intention, dès que ce sera possible. »

En fond sonore, elle entendit un haut parleur appeler un médecin, et elle fronça les sourcils. « Amiral, vous êtes à Bethesda ? »

« Au John Hopkins, en fait. » Il y eut un soupir lourd au bout de la ligne. « Colonel, j’ai une histoire à vous raconter, et si elle a un sens pour vous quand j’aurai fini, peut-être pourrez vous m’expliquer. »

« Monsieur ? »

« Les urgences de l’hôpital ont admis un patient du nom de Jason Beale ce matin. Apparemment, il s’est effondré inconscient à l’aéroport international de Baltimore/Washington juste parès être descendu d’un vol en provenance du Paraguay. Quand ils ont essayé de localiser sa famille, ils ont découvert que ni Jason Beale, ni le numéro de sécurité social sur son passeport n’existaient. Un des médecins a trouvé une chevalière de l’Académie Navale dans la poche et a reconnu le nom qui était gravé à l’intérieur, se souvenant de la couverture médiatique du tribunal militaire l’année dernière. C’est alors que mon téléphone a sonné. »

Mac sentit sa gorge se serrer. Harm était retourné à Washington ? « Monsieur, est ce qu’il va bien ? » réussit elle à dire.

« Il s’en sortira. Il y avait quelques blessures internes dont apparemment il n’a pas tenu compte … les médecins estiment qu’il a dû saigner pendant au moins douze à quinze heures. Ils ont fini de le recoudre, et j’espère qu’il me donnera quelques explications quand il sera en état. Ils disent que les dommages correspondraient à un accident de voiture à grande vitesse .. ? »

« Un accident d’avion, monsieur. » Elle essaya vainement d’empêcher son cœur de s’emballer. « Nous avons emprunté l’avion d’un habitant pour détruire les Stingers. J’aurais dû savoir qu’il était blessé plus grièvement qu’il ne le laissait paraître. »

« Je ne pense pas être en mesure de faire un commentaire valable, mais Mac, qu’est ce qui se passe, bon sang ? Vous êtes bien dans un hôpital en ce moment, n’est ce pas ? Pourquoi a t’il sauté dans un avion au lieu de se faire soigner là-bas ? »

« Monsieur, je n’en ai pas la moindre idée, mais cela a probablement quelque chose à voir avec la fausse identité qu’il utilisait. Ou plus probablement, avec les gens qui la lui ont donnée. »

L’amiral ne dit rien pendant un moment. Quand il recommença à parler, sa voix était beaucoup moins confiante. « Mac, je voulais lui accorder la permission qu’il demandait. Je voulais vraiment. »

Etait il possible qu’il se sente responsable de tout ça ? « Monsieur, je comprends. Avoir un officier ici était déjà suffisamment difficile. C’est seulement que …. J’aimerais qu’il n’ait pas eu besoin d’aller les voir. »

« Moi aussi. » Sa voix changea à nouveau quand il retrouva son autorité. « Quelles sont vos intentions, Colonel ? »

Elle regarda pendant un moment la porte de la chambre de Webb, espérant qu’il comprendrait. « Monsieur, je rentre à la maison. »
15h12 cote Est
Hôpital John Hopkins
Baltimore, Maryland

AJ referma son téléphone et regarda la silhouette immobile de l’homme qui juste quelques jours plus tôt était son meilleur avocat. Toute cette situation ne lui semblait pas correcte. Quand Harm lui avait remis sa lettre de démission et avait quitté le JAG, il portait son cœur en bandoulière encore plus qu’il ne l’avait fait avant. AJ avait toujours trouvé que Mac était plus facile à déchiffrer qu’Harm quand on s’attachait à leur relation indescriptible : il lui avait fallu ce moment là pour être enfin sûr que les sentiments du capitaine étaient enracinés aussi profondément que ceux du colonel.
Et maintenant qu’Harm avait accompli la mission pour laquelle il avait tout abandonné, maintenant qu’il avait enfin l’opportunité de dire à Mac tout ce qu’il voulait lui dire … il l’avait quittée au Paraguay sans même lui dire un mot. Cela n’avait tout bonnement aucun sens. Même sans connaître les détails, AJ avait envie de maudire le nom de Webb, qui avait mis en branle cette chaîne bizarre d’évènements.

Il vit du coin de l’œil la main gauche d’Harm bouger légèrement et se rapprocha du lit, croisant les bras sur sa poitrine. « Secouez vous, M. Rabb » dit il avec fermeté au jeune homme. « Il y a pas mal de choses dont nous devons discuter. »

Au bout de quelques minutes, Harm réussit à secouer suffisamment la léthargie due aux anesthésiants pour ouvrir les yeux. Désorienté, il regarda celui qui avait été à une époque son officier supérieur. « C’est un bon début » constata AJ. « Bienvenue aux Etats Unis. Vous êtes à l’hôpital John Hopkins, dans le cas où vous vous poseriez la question. »

Dès que ses problèmes d’orientation diminuèrent, une porte d’acier sembla se clore. « Amiral » grinça t’il faiblement, et son expression ne révélait rien d’autre que la douleur provoquée par ses tentatives pour parler.

« Votre gorge va être sacrément sensible pendant un moment, parce qu’elle était presque pleine de sang quand vous avez été admis. Ils ont presque dû utiliser un déboucheur pour tout nettoyer. Mais on m’a dit que les blessures que vous avez au niveau de l’estomac et des reins ont été relativement simples à réparer et qu’un fois que votre volume sanguin sera revenu à un niveau satisfaisant, ces braves gens vous laisseront rentrer chez vous. Alors vous m’excuserez si je ne vous accorde pas vraiment de période de grâce avant de vous demander à quoi diable vous avez bien pu penser. »

AJ saisit un gobelet d’eau sur la table de chevet et lui présenta la paille. Harm but quelques petites gorgées, avalant péniblement avant de répondre. « Penser à quoi, monsieur ? »

« Le colonel Mackenzie m’a informé que ces blessures étaient le résultat d’un accident d’avion qui est survenu hier. Elle se demande, tout comme moi, pourquoi vous n’avez cherché d’aide médicale d’aucune sorte, et à la place de ça, êtes monté à bord d’un avion à destination d’un autre continent. »

Harm ferma un moment les yeux, et quand il les rouvrit, une lueur de défaite y brillait. « Monsieur, vous êtes vous déjà trouvé dans une situation où vous ne pouviez honnêtement pas dire si la douleur que vous ressentiez était physique ou non ? »

Quelque peu surpris de cette réponse, AJ attendit un moment avant de parler à nouveau. « Cela n’explique pas vraiment pourquoi vous êtes rentré à la maison sans en parler à personne. »

Les coins de la bouche d’Harm se relevèrent en un sourire sans humour. « A un moment ou un autre d’ici peu de temps, si ce n’est pas déjà le cas, la police de Ciudad del Este va commencer à enquêter sur un meurtre. Ils vont conclure de façon plus que probable qu’il a été commis par des barons de la drogue, mais dans le cas où ce ne serait pas leur conclusion, il est de mon intérêt d’être dans une autre partie du monde. »

AJ n’insista pas pour avoir plus de détails sur ce sujet. Ayant été dans les forces spéciales pendant une guerre particulièrement sanglante, il avait une conscience très forte des conséquences psychologiques quand on tuait : plus que Mac, et probablement le sergent Galindez, et peut-être même Webb. Il n’était pas choqué ou répugné par cette idée autant qu’il était déçu … parce qu’il savait que la façon dont cet homme voyait ce genre de choses était plutôt intransigeante, et il soupçonnait que cette action spécifique n’avait probablement pas correspondu aux contraintes qu’il se fixait.

« Dois je supposer que cela a quelque chose à voir avec vos nouveaux rapports avec la CIA ? »

« Vous êtes libre de supposer tout ce que vous voulez, amiral. »

Il y avait une froideur sous-jacente dans sa voix, qui prenait doucement plus de force avec chaque mot. AJ n’aimait pas cela, mais il était près à l’ignorer pour l’instant. « Et bien, puisque je suis ici, je pourrais tout aussi bien examiner avec vous vos problèmes personnels de statut. »

Harm souleva un sourcil, comme si cela ne le concernait pas le moins du monde. « Je ne savais pas que j’en avais. »

AJ s’arrêta net dans son mouvement pour sortir la lettre de démission de sa poche. « Vous êtes encore en période de préavis pour le moment, capitaine. Dans ce cas là, on peut encore annuler certaines choses. »

La froideur se fit soudain sarcastique. « Comme c’est magnanime de votre part, monsieur. »

Les yeux de l’amiral s’écarquillèrent. « Je vous propose de vous rendre votre poste, M. Rabb. Si j’étais vous, je ne serais pas aussi rapide à mordre la main qui vous nourrit. »

« Si j’étais convaincu que retourner au JAG allait tout remettre en ordre, monsieur, je le ferais. Mais pour l’instant, je suis loin d’en être convaincu. »

« Et vous avez une meilleure idée ? Aller à Langley et en ressortir avec une nouvelle fausse identité ? »

« Et bien, si je trouve chaussure à mon pied. »

« Ca ne vous convient pas du tout. Si votre cerveau fonctionnait normalement, vous vous en rendriez compte. »

Les yeux d’Harm lancèrent des éclairs. « Alors je devrais être heureux d’avoir quelqu’un près de moi qui me dise ce que je dois faire de ma vie. »

Intellectuellement, AJ savait qu’il ne devrait pas laisser cette conversation l’atteindre, mais pendant un moment sa colère prit le dessus sur sa raison. « Vous pensez que je n’ai pas les moyens de stopper votre démission ? Je peux tirer quelques ficelles haut placées et dire que l ‘Aéronavale ne peut pas se permettre de laisser un officier supérieur de votre trempe nous quitter. Je ne suis pas obligé d’accepter votre démission, Capitaine. Vous avez signé pour obéir à des ordres – si vous voulez un affrontement, allons y. »

Quand Harm reprit à nouveau la parole, il y avait une lueur laide et inquiétante dans ses yeux. « Dans ce cas, amiral, je vous suggère de vous adresser au Directeur Adjoint Kershaw. »

Ils se regardèrent fixement pendant une longue minute. Finalement, Harm baissa les yeux, révélant l’étincelle d’angoisse qui couvait dans son esprit, et la colère d’AJ se dissipa. « Bon sang, mon petit, qu’est ce qui s’est passé là-bas ? » demanda t’il à voix basse.

Harm ne répondit pas et AJ soupira. « Pour l’instant, vous êtes toujours en préavis, mais je dois vous prévenir que le bureau du personnel devrait traiter votre dossier dans les jours à venir. Si vous laissez les délais courir et que vous ne changez pas d’avis, votre démission devrait alors devenir effective. »

Il commença à s’avancer vers la porte, et Harm retrouva sa voix. « Monsieur, je sais que je n’ai aucun droit de demander quoique ce soit, mais j’apprécierais que vous ne disiez à personne au JAG où je me trouve. Je ne … Je ne pense pas que je serais capable de les gérer pour l’instant. »

« Je vais y réfléchir. » AJ tendit la main vers la poignée de la porte, puis s’arrêta. « Vous avez rempli une mission, capitaine. C’est tout. L’agence ne possède pas votre âme. »

Harm ne chercha pas à rencontrer son regard. « Ils ne la possédaient pas il y a vingt quatre heures, monsieur. Maintenant, je n’en suis plus si sûr. »

A suivre

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