Shadow dance

Chapitre 4

Deux jours plus tard
Au même endroit

L’amiral avait fait ce qu’il avait demandé. Personne n’était venu lui souhaiter un prompt rétablissement , porteur de ballons et de questions innocentes sur la date à laquelle il reviendrait travailler. Harm était reconnaissant de ce répit, même si ce temps supplémentaire passé à réfléchir ne l’avait pas conduit bien loin. En signant ses papiers de sortie quelques minutes plus tôt, le docteur lui avait solennellement ordonné de se reposer à son domicile jusqu’à la fin de la semaine. Il avait réprimé un ricanement de dérision en entendant ces mots. Où donc aurait il pu aller ?

En se dirigeant vers la station de taxi près de la sortie de l’hôpital, il se prépara à la possibilité que l’amiral pouvait être revenu pour le chercher et le relancer, provoquant un nouvel accrochage sur sa carrière. Il n’avait pas envisagé la possibilité que des renforts pouvaient avoir été appelés.

Mac se tenait debout près d’un banc à quelques pas, son appréhension évidente dans son attitude. La première réaction instinctive d’Harm fut du soulagement, pur et simple : le simple fait de la voir rendait l’univers un peu moins sans espoir. Mais à peine ce sentiment était il apparu que les souvenirs lui revinrent, lui jetant au visage à quel point il lui avait fait défaut, et il se raidit.

C’est cette seconde réaction qu’elle remarqua, et elle se permit de se montrer un peu blessée. « Vous pensiez que vous pourriez toujours vous enfuir ? » demanda t’elle calmement.

Trop vidé pour pouvoir lui mentir, il répondit « Cette idée m’a traversé l’esprit. »

« Est ce qu’il faut que je prenne ça pour moi ? »

« Pas vraiment. Je suis prêt à porter l’entière responsabilité de mes actes. »

« C’et ce que vous faites d’habitude. Très souvent un peu trop volontiers. » Elle remonta la bandoulière de son sac sur son épaule. Il n’était pas en train de glisser, mais cela lui donna l’occasion rêvée de se libérer d’un peu de sa nervosité. « Est ce qu’il faut que j’aille chercher la voiture ? »

« Je peux marcher. »

Elle n’allait pas se disputer avec lui, pas quand le potentiel pour beaucoup d’autres disputes plus importantes existait. A la place, elle indiqua du doigt la direction de son emplacement de stationnement, et ils commencèrent à marcher.

« Comment va Webb ? »

« Mieux. Gunny va voyager avec lui pour son retour, quand il sera autorisé à prendre l’avion pour rentrer. »

« Quand êtes vous revenue ? »

« Hier. L’amiral m’a dit où vous étiez, et j’ai décidé qu’il fallait que je rentre. » Mac se risqua à lui jeter un coup d’œil. « Vous m’avez fait mourir de peur, Harm. Vous avez disparu, juste comme ça, et ensuite j’apprends que vous êtes blessé. »

« Il fallait que je parte. Les circonstances m’y ont obligé. »

« Est ce que les circonstances vous ont aussi obligé à ne pas me dire où vous alliez ? Ou que vous aviez démissionné ? »

Il garda le regard fixé sur le trottoir devant lui. « Mac, je ne suis pas très fier de ce que j’ai fait là-bas. L’idée de vous en parler n’était pas très attirante. Elle ne l’est toujours pas. »

Ses yeux noirs se firent soupçonneux, mais elle continua. « Je suis une grande fille. Je peux l’entendre. »

Il eut un rire léger. « Est ce un de ces moments magiques où tout va à nouveau être arrangé parce que nous en parlons ? Est ce que ça a déjà marché entre nous de cette façon, dans un passé récent ? »

C’était clairement blessant, mais elle n’allait pas le laisser s’en sortir si facilement. « Donc, je se compte absolument pas dans toute cette histoire ? Je n’étais que la damoiselle en détresse ? Je pensais que je méritais au moins une espèce d’explication. »

« Vous avez déjà deviné le plus important, n’est ce pas ? La partie où je suis allé à la CIA avec mon chapeau à la main, demandant humblement leur aide, et où j’ai accepté de les aider à remplir leurs objectifs au Paraguay en échange ? »

L’entendre prononcer ses mots la fit frissonner : cela sonnait tellement faux, d’une certaine façon. « Cet arrangement m’a sauvé la vie » fit elle remarquer avec une grande dose de précaution. « Je ne vais pas dire que j’aime la façon dont l’Agence mène ses affaires, mais … »

« Vous ne pouvez pas dire ça sans savoir ce qu’ils m’ont demandé de faire. »

« Cela ne changera rien. Je vous connais, Harm. Vous n’êtes pas comme eux. »

« Et bien, apparemment, vous avez encore quelques petites choses à apprendre. « En approchant de sa voiture, il secoua la tête violemment, comme s’il essayait de bannir une image. « Je ne suis pas celui que je croyais être, alors il est raisonnable de penser que je ne suis probablement pas non plus celui que vous croyiez que j’étais. »

Avant qu’elle puisse poser une question, il s’appuya des deux mains contre la voiture pour trouver un support. « L’Agence ne fait pas passer en jugement les agents doubles quand elle peut tout simplement les éliminer. Ils m’ont dit qu’il avait compromis des opérations, la votre incluses, et il m’ont tendu un pistolet en me disant d’y aller … et je l’ai fait. Je lui ai logé une balle derrière la tête et puis … je suis parti. »

Une main glacée enserrant son cœur, Mac resta immobile un moment. Elle remarqua à peine l’incongruité d’un aveu aussi répugnant fait sous l’éclatant soleil d’été. « Qui ? » demanda t’elle finalement, effrayé de connaître déjà la réponse.

« Hardy. »

Elle se souvenait ses problèmes avec cet homme, la façon dont elle hésitait entre la gêne et un véritable dégoût, et combien elle avait voulu lui casser la figure pour la façon dont il voulait laisser Gunny tomber. Mais elle ne se serait jamais attendu à découvrir qu’il travaillait contre eux, et elle ne s’était certainement pas attendu à découvrir que son meilleur ami était de son plein gré devenu son exécuteur.

Après un silence insupportable, elle baissa la main et déverrouilla la porte de la voiture. « C’est ouvert. »

Harm se creusa les méninges pour trouver une façon de commencer. « Je sais que vous êtes en colère, ou du moins très déçue. »

« Pour l’instant, je ne suis rien du tout, sauf sous le choc. Je vais en venir au reste probablement dans un petit moment. »

« Ce n’est pas … »

« Harm. » Sa voix était ferme, mais ses mots sonnaient comme une supplique. « Montez dans la voiture. »

Le voyage s’effectua en silence. Les yeux de Mac restaient sur la routes, et ceux d’Harm étaient fermés, bien qu’il ne s’attende pas à ce qu’elle le croit endormi. Quand ils arrivèrent à son appartement, elle le suivit chez lui, se servant de sa clef de secours pour ouvrir la porte.

Harm s’effondra sur le divan, fatigué par le court trajet, et se pencha pour enfouir sa tête dans ses mains. « Si vous vous demandez pourquoi j’ai fait ça, prenez un numéro pour la file d’attente. »

Mac ferma la porte derrière elle, prenant son commentaire comme une indication du fait qu’il n’était pas totalement opposé à une discussion. « Vous aviez la preuve qu’il avait pris part au complot de Sadiq ? »

« Il fallait bien que quelqu’un ait informé ces types d’avoir un camion prêt à partir. »

« S’il vous plait, dites moi que vous aviez plus d’indications que ça. »

« Le niveau de confidentialité sur ce point précis n’a pas l’air de descendre plus bas que le Directeur adjoint de l’Agence. »

« Alors il pensait que vous étiez assez bien pour le tuer, mais pas assez bien pour savoir pourquoi ? » Elle s’efforça d’empêcher sa voix de devenir plus forte. « Je ne suis désolé, ce n’est pas … ça ne vous ressemble simplement pas. »

Il souleva la tête. « Ca ne me ressemble pas ? Comment est ce possible, puisque je l’ai fait ? »

« Parce qu’ils vous y ont obligé, d’une façon ou d’une autre … »

« Ils ne m’ont pas obligé à tuer autant d’hommes de Sadiq que je pouvais en trouver, n’est ce pas ? » Ignorant sa fatigue, il se leva du canapé et arpenta la pièce. « Est ce qu’il m’ont forcé à tirer pour tuer dans cette hacienda ? »

« C’était différent. »

« Rompre le cou d’un homme non armé n’était pas différent. Je n’ai pas eu le temps de m’en rendre compte sur le moment, mais c’était bien la même chose. » Il se tourna vers la fenêtre, il avait besoin de se détourner des yeux tellement sérieux, tellement plein de questions, de Mac. « Gunny lui avait déjà pris son arme. Je n’avais pas besoin de le tuer, mais cela ne m’est même pas venu à l’esprit qu’il pourrait y avoir une meilleure façon d’agir. A cet instant précis, au milieu de tout ce qui se passait, j’ai réagi sans penser, tout simplement, et voilà le résultat. Alors dites moi, Mac … combien de fois puis je faire ce genre de choix avant que cela me ressemble vraiment ? »

Sentant la panique monter en elle, Mac avec hésitation avança d’un pas vers lui. « Ce qui est arrivé au camp de Sadiq faisait partie du combat, de façon basique. Vous savez aussi bien que moi à quel point la démarcation peut être imprécise. »

« L’agence a une définition plus large de la notion de combat, je pense. »

« Cela ne veut pas dire que vous le devez aussi. » Il ne dit rien, et sa peur augmenta. S’il commençait réellement à voir les choses de cette façon après avoir méprisé cette attitude pendant si longtemps, alors elle était peut être en train de réellement perdre l’homme qu’elle connaissait. « Vous n’allez pas les rejoindre, n’est ce pas ? »

Il n’osa pas se tourner pour la regarder en face. « Je ne sais pas. C’est aussi un façon de servir mon pays. Peut être que ça me conviens plus que je le croyais. »

« Cela va vous détruire, Harm, écoutez moi. » Elle tendit la main pour saisir son bras, le tournant vers elle, et la profondeur du désespoir visible dans les yeux d’Harm était bouleversante.

« Je ne comprends pas » lui dit elle d’un voix tremblante. « Vous étiez prêt à tout abandonner pour ça … »

« Non. Pas pour ça. » A contre cœur, il rencontra son regard. « Je ne savais même pas ce que « ça » serait jusqu’à ce que j’arrive à Ciudad del Este. Tout ce que je voyais, c’était vous. »

Bien que cela n’est clairement pas été intentionnel, cet aveu brûla son cœur comme si c’était un tisonnier chauffé au rouge. Bien sûr, tous ses sacrifices avaient commencé à cause d’elle.

« Je suis désolée » murmura t’elle. « C’est un prix trop lourd à payer. »

« Non, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas ce que je voulais dire. » Il saisit son bras, l’empêchant de se détourner. « Ne croyez jamais cela. Vous êtes ici, en sécurité, et c’est la seule chose à laquelle je pouvais penser à ce moment là. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait librement, et je vais devoir gérer cette situation par moi-même. »

Il la relâcha d’un coup et recommença à regarder par la fenêtre, le visage vide d’expression. « Je pense que maintenant serait le bon moment pour que vous preniez la fuite. »*

Abasourdie, Mac fit volte face. « Quoi ? »

La voix d’Harm était à peine audible quand il répondit. « Je crois que je ne remplis pas les conditions pour faire partie de votre vie en ce moment. Jusqu’à ce que j’ai commencé à rassembler les morceaux, je ne vais pas être un apport positif dans la vie de qui que ce soit.

« Qu’êtes vous en train de dire ? Que vous allez vous fermer à moi, au JAG, à tout ce qui a une importance pour vous, parce que vous avez honte de ce que vous avez fait là-bas ? »

« Ce n’est pas que ça. » Comment allait il pouvoir le lui faire comprendre quand il n’était pas sûr de ce qu’il comprenait lui-même ? « Ce n’est pas seulement le Paraguay. J’ai eu du mal à donner un sens aux choses déjà depuis la mort de Lauren Singer. »

Sans comprendre, totalement désorientée, elle attendit simplement qu’il s’explique.

« J’ai été accusé d’avoir jeté un de mes collègues officiers d’un pont, Mac. Ils ont fait venir Jennifer Coates à la barre, et lui ont demandé si elle pensait que j’en étais capable … »

« Ce n’est pas ce qu’il lui ont demandé. »

« Ca n’en est pas loin. Mon dieu, quand j’ai vu l’expression de son visage à ce moment là ? J’ai passé tellement de nuits à me demander si elle pouvait avoir raison à mon sujet, sur ce que je pourrais être. Je pensais que j’avais enfin réussi à me convaincre, mais c’est alors que tout ça a commencé – et je suis passé de pilotage automatique totalement fou furieux. »

Un nœud douloureux se forma dans sa gorge au moment où elle commença à se rendre compte de ce qu’elle avait fait la nuit où elle était partie en mission. En ne se rendant pas compte du fait qu’il était dans un était psychologiquement fragile, ce qu’elle avait dit avec l’intention de le secouer avait probablement été plutôt ressenti comme une gifle.

« Vous n’agissez comme ça que lorsque j’ai déjà un pied dehors. Votre intérêt s’évanouit toujours dès que je suis dans une situation où je peux y répondre. »

L’idée qu’elle pouvait être celle qui avait mis en branle les événements qui l’avait mis dans cette situation était presque trop dure à supporter.

« J’aimerais avoir compris à quel point le procès avait été dur pour vous » dit elle en souhaitant que ses larmes ne coulent pas. « J’aurais dû le savoir. Et je sais qu’il n’y a pas eu grand chose de positif ces dernières semaines. Mais elles sont passées, maintenant. Il n’y a pas de raison de les laisser vous dicter votre avenir. »

Comme elle continuait à ne pas recevoir de réponse, les larmes menacèrent sérieusement de couler. Impuissante, elle chuchota d’un ton implorant. « Pourquoi ne me regardez vous pas ? »

Sa voix était celle d’un homme qui avait atteint son point de rupture. « Parce que vous regarder m’oblige à réaliser à quel point nous continuons encore et encore à nous faire souffrir, et combien nous avons encore de chemin à parcourir. Et en ce moment, je ne suis pas s^r d’en être capable. »

Cette confession si simple la secoua, lui coupant la respiration. En même temps, elle savait qu’il l’avait dit non pour détruire leur relation, mais comme une tentative pour conserver encore un peu d’espoir au travers de cette vérité.

« Je crois que je ferais mieux de partir » réussit elle à dire à la hâte. « Mais je vais revenir, et un jour nous allons devoir vraiment parler de tout ça. Personne sur terre ne pourra me forcer à abandonner mon meilleur ami. Même pas vous. »

Elle sortit précipitamment de l’appartement, réussissant à atteindre sa voiture avant que les larmes ne gagnent enfin la partie.

Chapitre 5

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