Shadow dance

Chapitre 6

Harm était chez lui depuis à peine quelques minutes quand son téléphone sonna. Il l’ignora, comme
il l’avait fait ces derniers jours. A part une brève conversation avec sa mère, au cours de laquelle
il avait menti, les dents serrées, au sujet de sa quasi démission et de tout ce qui s’était passé
pendant la semaine écoulée, il n’avait pas parlé à grand monde. Qu’est ce qu’il aurait pu leur dire ?
Qu’il avait temporairement mis de côté ses principes et qu’il faisait face à une crise
d’identité ?

Le répondeur s’enclencha, et une voix inattendue se fit entendre dans la pièce. « Rabb,
décrochez. Vous avez quitté Langley il y a une heure, et je ne crois absolument pas que vous êtes
sorti pour aller voir un match de base ball, ou quoi que ce soit du même genre. »

Ennuyé, mais en même temps curieux, il attrapa le combiné. « Que savez vous de mon passage à
Langley, Webb ? »

La voix de l’agent n’avait pas retrouvé son niveau habituel de sécheresse, mais elle avait meilleure
allure que la dernière fois que leurs chemins s’étaient croisés. « J’ai des relations avec beaucoup
de gens dans ce bâtiment, que vous le croyiez ou non. Et merci de cette réception de retour si
chaleureuse. »

« Vous êtes revenu aux Etats Unis ? »

« Depuis hier. J’ai encore l’impression que la 82ème Aéroportée m’est passée dessus, mais l’hôpital
ici bat celui du Paraguay à plates coutures. Si j’ai de la chance, ils devraient me libérer d’ici un
jour ou deux. »

« Ravi de l’entendre, » dit Harm à peine surpris en se rendant compte qu’il le pensait vraiment.

Webb eut l’air lui aussi pris de court par cette réponse, mais il continua rapidement. « Merci.
Maintenant, parlons de vous. »

« Webb … »

« Que diable croyez vous être en train de faire, à rejoindre la Compagnie ? Vous ne pouvez pas
simplement retourner au JAG? C’est là-bas qu’est votre place. »

Harm secoua la tête, sa patience commençant à fondre. « Quelles pratiques de recrutement
intéressantes vous utilisez. Un genre de psychologie à plusieurs étages … »

« Je ne suis pas en train de plaisanter. Vous avez dû en arriver vous même à la conclusion au point
où vous en êtes que la compagnie n’a pas les mêmes règles de conduite que vous. Sans tenir
compte de ce qui s’est passé avec Hardy, vous ne serez jamais capable de vous convaincre
totalement que vous voulez jouer ce jeu pour de bon. »

« Si vous avez actuellement des relations aussi bonnes avec vos collègues que vous le dites, alors
vous devez savoir que je m’en vais ce soir. Alors tout ce que vous êtes en train de faire, c’est de
me mettre des idées stupides en tête juste avant une mission. »

« Appelez ça comme vous voulez. J’essaie juste de gagner du temps, pour le moment, de toute
façon. »

Cela n’avait pas vraiment de sens. « Gagner du temps pour quoi ? »

Comme en réponse, on frappa à la porte, assez fort pour que cela s’entende au téléphone.

« Pour ça » répondit Webb sans perdre une seconde. « Ecoutez … bonne chance pour demain.
Gardez la tête sur les épaules. »

Et sur un clic, il disparut. Harm jeta un coup d’œil par la fenêtre et vit la Corvette de sa
partenaire garée devant l’immeuble. Se raidissant involontairement, il s’avança vers la porte et
l’ouvrit.

« Webb comme tactique de diversion. Pas mauvais comme idée. »

« L’idée n’est pas de moi. Elle doit venir de Catherine Gale. Au moins elle utilise son esprit tortueux pour un but positif. » Mac se balançait d’avant en
arrière sur les pieds. « Je voulais être sûre que vous n’alliez pas disparaître à nouveau sans dire
au revoir. »

Harm se détourna de son regard pour reposer le combiné sur sa base. « Parfois ce genre d’au
revoir fait plus de mal que de bien. »

Sa réponse sembla confirmer quelque chose dans l’esprit de Mac, et elle hocha la tête avec un air de
compréhension empreint de gravité. « Vous m’en voulez pour ce que je vous ai dit cette nuit là,
n’est ce pas ? »

Cela lui prit un moment pour réussir à répondre franchement. « Pas pour ce que vous avez dit.
Pour la façon dont vous l’avez dit en partant immédiatement après. »

Elle prit bien la réponse. « Est ce que c’est la seule chose encore entre nous en ce moment ? »

« A part le choix plutôt atypique que j’ai fait au Paraguay ? »

« C’est un autre sujet à lui tout seul. Une chose à la fois. » Croisant les bras autour d’elle dans
une attitude inconsciemment défensive, elle se jucha sur le bras du canapé. « Pour ce que ça vaut,
je ne suis pas venue vous voir cette nuit là avec l’intention d’aborder ce sujet. C’est juste arrivé
comme ça. »

« Et comment cela est il ‘juste arrivé comme ça’ ? Tout ce que j’ai dit, c’est que je ne voulais pas
que vous y alliez. »

Mac étudia ses traits, sentant que le masque de stoïcisme commençait à glisser. « Est ce que vous
vouliez juste faire part de votre inquiétude pour une amie, et rien d’autre ? » demanda t’elle, sa
voix s’affaiblissant jusqu’à devenir un murmure. « Si c’était le ças, je vous présente mes excuses,
j’ai … euh , j’ai dû mal interpréter. »

« Vous n’avez pas mal interprété ». Harm garda le regard fixé sur le sol just eà la gauche de Mac.
Il avait essayé toute la semaine de ne pas repenser à cette conversation brève, mais
destructrice, mais maintenant qu’elle était là, le confrontant à ce sujet, la douleur et
l’indignation, et tout ce qui avait affleuré sous sa détermination à la retrouver, revenaient
maintenant à la surface. « Ou peut être que si, partiellement. Je ne voulais pas que vous y alliez,
parce que le peu que je savais de cette mission me terrifiait, et pas parce que vous me quittiez.
Vous étiez assise là, devant moi, et vous étiez en train de me dire tout de go que vous partiez
pour faire quelque chose de ‘très dangereux ‘. Comment vous attendiez vous à ce que je
réagisse ? »

« Je m’attendais uniquement à ce que vous respectiez la décision que j’avais prise » rétorqua
t’elle, en veillant à éviter toute connotation agressive dans sa voix.

« Alors vous auriez dû le dire ! » Il traversa à grands pas la pièce, s’appuyant au comptoir de la
cuisine comme s’il essayait de retenir les vannes d’une écluse. « Au lieu de cela, vous avez réagi
comme si j’essayais délibérément de vous enfermer dans une espèce de relation illusoire. Vous
avez décoché votre flèche et vous êtes partie, alors que tout ce à quoi j’étais capable de penser à
cet instant, c’était me demander si vous alliez revenir ou non, et à quel point la culpabilité me paralyserait si cela
se révélait être la dernière conversation que nous ayons tous les deux. « Ses mains agrippèrent
le bord du comptoir, les jointures des doigts blanchissant, jusqu’au moment où il tourna vivement
sur ses talons pour lui faire face, la douleur qu’il ressentait au fond de son âme irradiant ses
traits. « Seigneur, Mac, comment avez vous seulement pu partir comme ça ? »

Elle le regarda fixement sans un mot, choqué de voir à quel point la personne la plus forte qu’elle
ait jamais connue semblait se décomposer devant ses yeux. « Je … ne sais pas » avoua t’elle enfin,
hésitant sur chaque mot. « Je n’ai pas réalisé à quel point cela pouvait être cruel. Je pense que je
me suis pas autorisée à penser que le pire pourrait arriver, et dans cet état d’esprit, je n’ai pas
interprété votre réaction comme je l’aurais dû. Peut être que je voulais m’assurer que je
provoquais un choc, pour que nous soyons obligés de gérer cette situation à mon retour. Mais
visiblement c’était une erreur de prendre mon retour pour garanti. Je suis désolée. Je … «
Comme la vérité contenue dans ces mots pénétrait son esprit, elle secoua simplement la tête,
perdue. « C’était incroyablement cruel, et j’en suis vraiment désolée. »

Harm inspira profondément, ressentant quelques élancements au niveau de ses blessures, et il
expira profondément. <i>Reprends toi </i>. « Mais pourquoi aviez vous besoin de provoquer un choc ?
Pourquoi tout le monde semble t’il penser qu’il faudrait un miracle pour que ça marche? »

Elle n’eut pas besoin de lui demander ce que « ça » signifiait. « Je n’ai pas dit ça. »

Pas cette fois ci, non, eut il envie de dire, mais il se ravisa. « En tout cas, l’amiral l’a dit. Je lui ai
dit que j’allais lui remettre ma démission, et tout ce qu’il a voulu savoir, c’est ce que j’étais prêt à
risquer pour vous garder. » Incrédule, il secoua la tête. « Comment étais je censé réfléchir à ce
genre de choses quand je ne savais même pas si vous étiez encore vivante ? »

Incapable de formuler une réponse, Mac lui rendit simplement son regard impuissant. Après un
moment, il continua. « J’ai fait la seule chose que je pouvais faire. Il fallait que j’aille à votre
recherche … je n’avais pas le choix. Et pas à cause de foutaises du genre ‘on ne laisse aucun
homme derrière nous’, mais parce que tout le reste dans ma vie avait cessé d’avoir de
l’importance au moment même où vous êtes partie. Même l’éventualité de continuer à vivre sans
vous me rendait malade. J’ai balancé mes ailes sans même y penser, et je le jure devant Dieu, je
le referais. A quoi est ce que je renoncerais ? Qu’est ce que je risquerais ? Est ce que ce n’est
pas évident maintenant ? »
Ses épaules s’affaissèrent quand il se pencha pour cacher sa tête dans ses mains. Les larmes
montèrent aux yeux de Mac, incontrôlables, pendant qu’elle bataillait pour se remettre du choc
des paroles d’Harm. Quelque part au fond de son esprit, elle avait cru que quelque chose de ce
genre était possible, mais l’entendre le dire ….

C’était ce qu’elle avait désiré depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvenait, mais elle avait
l’impression de le lui avoir arraché de force. Comment pourrait elle jamais réparer ça ?

Elle sauta sur ses pieds et s’avança vers lui, tendant sa main bandée. Quand elle se referma sur
l’épaule d’Harm, il leva les yeux vers elle, scrutant son visage pour y trouver une indication. « Que
me reste t’il à donner ? » murmura t’il.

« Il n’est plus question de ça maintenant » lui dit elle, posant son autre main contre sa joue.
« Cela n’aurait jamais dû l’être, d’ailleurs. J’ai eu envers vous des exigences que vous n’avez
jamais eues envers moi, et au lieu de me dire à quel point elles étaient injustes, vous vous êtes
débrouillé à votre façon pour les exaucer. Je ne sais pas comment m’excuser pour avoir permis
que les choses en arrivent à ce point, mais je sais que je dois commencer, alors je vais faire du
mieux que je peux, et je vais prier le ciel que vous me croyiez. »

« Mac, je ne cherche pas à ce que vous fassiez preuve de contrition. »

« Je sais. Peut être que ce n’est pas exactement ce que je vous offre. Je crois que la seule façon
de le savoir, c’est d’avancer doucement, un pas après l’autre. »

Aucun d’eux n’aurait pu expliquer exactement comment c’était arrivé. Le baiser commença plutôt
gentiment, mais il se transforma bientôt en une affirmation insistante et désespérée.

Soudain, Harm s’éloigna. « Il est trop tard » murmura t’il, la défaite résonnant dans sa voix.

« Ne dis pas ça. Comment pourrait il être trop tard ? Nous sommes ici, n’est ce pas ? »

« Je ne peux pas être la personne que tu … après tout ce qui s’est passé… »

Mac l’obligea à rencontrer son regard. « Rien de ce qui est arrivé ne t’a mis sur une voie
irréversible. Honnêtement, si tu avais changé autant, est ce que ce que tu as fait continuerait à
te rendre aussi malade ? Aurais tu ce genre de doutes si tu étais vraiment le genre de personne
que l’Agence recherche ? »

« Peux tu l’accepter ? » demanda t’il, effrayé de trop espérer. « Est ce que tu peux encore
vouloir être avec moi, sachant ce que tu sais ? »

En réponse, elle réussit à lui adresser un sourire tendre, plein de larmes. « Tu es toujours ‘toi’ »
promit elle, « et je ne veux pas continuer à vivre sans toi, moi non plus. Peut être que ce sera
difficile au début, mais je n’ai pas peur de me battre pour ça – pour toi, pour nous. Je sais que tu
ne vois pas les choses comme ça, mais je te le dois. Laisse moi t’aider. Laisse moi prendre ce
risque pour toi. »

Harm baissa les yeux sur leurs mains, si étroitement mêlées. Il voulait tellement dire oui,
accepter tout ce qu’elle était prête à offrir. Mais il n’était pas aussi libre que ça. Pas maintenant.

S’ils lui enlevaient ses autorisations parce qu’il allait lui révéler des faits, et bien tant pis.

« Mac … la mission qu’ils m’ont confiée …. Nous allons chercher Sadiq. » La surprise se refléta
dans ses yeux sombres, et il continua tout de go. « Il faut que je le fasse. Si je recule
maintenant, ils pourraient le perdre avant qu’une autre équipe soit en place. Mais … je ne sais pas
comment ce sera quand j’y serai. J’ai peur que … j’ai peur que ce soit comme au Paraguay, et que
je puisse … « Ne trouvant pas de meilleure expression, il se contenta d’un euphémisme que Webb
avait utilisé dans le passé. « perdre de vue certaines notions. »

Mac secoua la tête. « Tu ne le feras pas » dit elle simplement. « Pas cette fois ci. »

« Comment peux tu avoir ce genre de confiance ? »

« Parce que je te connais. Et parce que je fais tout ce que je peux pour te donner une raison de
revenir. » Elle l’embrassa à nouveau ; avec fièvre cette fois ci, comme si elle lui demandait
d’admettre leur désir et leur nouvelle relation. Heureusement, elle le trouva particulièrement
prêt à jouer le jeu.

« Raccroche toi à ça » lui dit elle doucement quand leurs lèvres se séparèrent. « Va faire ce que
tu dois faire, mais raccroche toi à toutes ces choses que j’ai toujours aimées et admirées en toi.
Quand ce sera fini, nous nous occuperons de ce dont nous avons à nous occuper ensemble. »

« Merci » dit il dans un souffle, la serrant contre lui pour essayer d’imprimer sa présence au fond
de son esprit. Il n’était pas totalement sûr, mais il commençait à croire qu’elle seule pourrait être
capable de le sauver. « Ecoute, si quelque chose devait mal tourner … »

« Ne dis pas ça », l’interrompit elle en détournant les yeux.

« Je ne veux pas laisser de questions en suspens derrière moi », insista t’il, son regard intense
prenant le sien en otage. « J’ai déjà fait cette erreur auparavant. Alors, pour que tout soit clair,
Mac, je t’aime. »

Un larme solitaire traça son chemin le long de la joue de Mac, mais ses traits graiceux étaient
sereins. « C’est agréable de l’entendre » répondit elle en rosissant légèrement. « Il se trouve que
moi aussi, je t’aime. »

A suivre

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