Shadow dance

Chapitre 7

23h41 heure locale
Dans un lieu tenu secret
Sur la cote du Yemen

Harm sauta d’une saillie rocheuse de douze pieds de haut, atterrissant avec un grognement. Je
suis trop vieux pour ça. Kershaw n’avait pas non plus pris en compte les blessures qu’il avait
subies lors de sa précédente mission en lui confiant cette mission, ou il s’en était moqué. Cela
n’avait pas réellement d’importance.

Les trois autres agents qui participaient à l’opération avaient tous dix ans de moins, et étaient
également d’anciens militaires, ce qui fait qu’il avait entendu beaucoup de ‘monsieur’ même s’ils
n’avaient quitté leur cache que quarante minutes plus tôt. Sadiq était supposé être terré dans
cette maison qui avait tout d’une forteresse, une des résidences qu’utilisait son cousin. Elle était
coûteuse, mais pas particulièrement sécurisée , et Sadiq avait perdu une partie conséquente de
sa fidèle équipe en Amérique du Sud. Il leur suffisait de s’introduire dans la résidence et de
conduire leurs recherches sans être entendus, tout en espérant que Sadiq n’avait pas de surprise
cachée qui les attendait. Aussi simple que ça .

L’éclaireur, Taylor, avait un don avec les serrures : le verrou de la porte s’ouvrit silencieusement
en moins de quinze secondes. Montrant d’un signe de tête son approbation, Harm leur fit signe
d’avancer, et le quatuor commença une inspection systématique, pièce après pièce – de la maison.

Les corridors étaient plongés dans l’ombre, ce qui ne dérangeait pas le groupe autant que cela
aurait dérangé n’importe qui d’autre. Trois d’entre eux avaient suivi un entraînement de forces
spéciales, et le quatrième avait passé presque huit ans à développer ses autres sens pour
compenser sa vision nocturne diminuée. Tous se déplaçaient avec rapidité et assurance dans
l’obscurité, s’approchant toujours plus de leur cible.

Seule l’une des ailes de la résidence semblait être occupée, si l’on en jugeait par les quelques
lumières qui brillaient dans cette partie de la maison. Se méfiant d’une possible embuscade, ils se
séparèrent en deux groupes et prirent des chemins différents pour atteindre leur but,
communiquant par le langage des signes leur intention de se retrouver à l’extérieur de la plus
grande pièce.

Le partenaire d’Harm, un ancien Beret vert du nom de Riemer, se glissa furtivement le long du
mur, s’avançant vers le son d’une conversation calme. Sortant un minuscule périscope, il en fixa
l’objectif à l’angle du mur et surveilla leur proie. Il leva deux doigts, puis tapota son arme pour
indiquer qu’ils étaient armés. Harm acquiesça de la tête et prépara son Beretta équipé d’un
silencieux. Il se déplacèrent dans l’ombre et attendirent que les deux hommes portent leur
attention dans la bonne direction avant de passer à l’action.

L’homme choisi par Riemer s’effondra comme une masse, victime d’une obscure mais efficace
combinaison de compression nerveuse. Harm fut forcé d’agir avec un petit peu moins de style : il
frappa son homme sur la tête avec la crosse de son arme. Ils lièrent les poignets et chevilles des
deux hommes avec des attaches rapides, et ensemble se dirigèrent vers la pièce principale,
soupçonnant déjà ce qu’ils allaient y trouver.
Un autre homme pointa un AK-47 vers eux comme ils donnaient un coup de pied dans la porte pour
l’ouvrir. Les réflexes de Riemer étaient parfaitement affûtés, et il réussit à l’abattre avec une
seule balle. Sadiq se tourna vers eux, les mains vides, et son expression ne reflétait pas le choc,
mais un mépris haineux.

Harm réalisa à cet instant qu’il n’était pas totalement préparé à la bouffée d’émotions qui
soudainement menaçait de le consumer. Cet homme avait fait des choses informulables, certaines
pour lesquelles il avait été témoin de première main. Cet homme détestait tout ce qui lui tenait à
cœur. Cet homme avait emprisonné, torturé, et au bout du compte tenté de tuer la personne qui
représentait pour lui la chose la plus importante au monde. Et maintenant, ils se tenaient là, se
regardant simplement l’un l’autre.

Le terroriste ébaucha une révérence. « Félicitation » leur dit-il, sa voix laissant percer le
sarcasme. « Je suppose que vous avez gagné, n’est ce pas ? »

Riemer visa très soigneusement en pointant son arme. « Et si j’en finissais tout simplement ? »
demanda t’il d’une voix calme, sans émotion, s’adressant à Harm par-dessus son épaule sans
tourner la tête.

« Non. » Harm gardait son arme pointée. « Il est à moi. »

Sadiq leva un sourcil, croisant les bras. « Ce sont les paroles d’un homme qui veut se venger »
remarqua t’il froidement. « Mais cela ne n’aide pas à déterminer qui vous êtes, à part un infidèle
d’Américain. »

« Je suis celui qui a détruit vos Stingers. C’est tout ce que vous avez besoin de savoir. »

Les yeux de Sadiq se rétrécirent, et le mépris dans son regard se transforma en pure colère. A
ce moment précis quelque chose explosa dans l’entrée. Une légère onde de choc se propagea à
travers la pièce, rompant la tension un millième de seconde – mais ce millième était tout ce dont il
avait besoin.

Un coup de feu éclata avant qu’aucun des deux commandos ne puisse réaliser qu’il y avait
maintenant une arme dans la main de Sadiq. Riemer bascula en arrière en perdant l’équilibre, et le
terroriste se retrouva de l’autre coté de la porte en un instant.

« Merde » jura Harm en se jetant après lui dans une course éperdue. Riemer n’était pas loin
derrière ; il avait été seulement blessé au bras par la balle tirée précipitamment.

L’explosion était due à une grenade fumigène, et bien qu’ils sortent par un autre couloir, la zone
entière était devenue encore plus sombre qu’auparavant. Harm pouvait voir la silhouette de Sadiq
se déplaçant à travers le brouillard, presque au bout du couloir. Agissant par réflexe, il ralentit,
visa son objectif et fit feu.

Sadiq s’écroula instantanément, le pistolet s’échappa de sa main et atterrit avec fracas sur le sol.
Il saisit sa cuisse, où le sang giclait et se répandait en cercle depuis un trou net dans sa jambe de
pantalon. Ne laissant pas passer la chance, Harm fut sur lui immédiatement, le visant avec cette
froide adrénaline qui devenait trop familière chez lui depuis ces dernières semaines.

Riemer stoppa à quelques pas d’eux, sentant que quelque chose ,n’était pas totalement résolu dans
la situation. « Monsieur ? » demanda t’il avec incertitude.

L’autre équipe, Taylor et Campbell, apparut au bout du couloir, traînant avec eux un gardien à
moitié conscient. « C’est sécurisé, Monsieur » rapporta Campbell en ralentissant pour s’arrêter
aussi. Pendant un moment, ni Harm ni Sadiq ne bougèrent un muscle.

Le prédateur et sa proie se regardèrent l’un l’autre avec une haine évidente, et une douce et
insistante voix commença à ramper dans un coin de la tête d’Harm. En finir ici…n’est ce pas ce
qu’on t’a envoyé faire.

Le combat intérieur qu’il menait mentale devait être évident sur son visage, parce que le
terroriste le regarda avec un sourire sardonique. « Vous n’avez pas vraiment l’intention de
‘m’arrêter’, n’est ce pas ? » demanda t’il d’un ton méprisant. « Etes vous réellement aussi faible
que cela ? C’est ainsi que c’est supposé se passer. Pas de procès, pas d’arrangements. Ce n’est pas
un jeu pour gentlemen courtois –c’est et ça sera toujours être un combat mortel. »

« Vous pensez que je veux faire de vous un martyr ? » retourna Harm en réponse, trop pris par
son conflit intérieur pour y mettre plus de conviction.

« Ce serait bien mieux que de me permettre de vivre comme votre prisonnier, n’est ce pas ? Je
suis la peste – ma mort seule peut améliorer votre monde. » Les mots étaient dit avec dérision,
mais l’intention de Sadiq était totalement sérieuse. Il préférait clairement la mort à la capture,
et c’était trop tentant d’exaucer son vœu.

« Vous ne pouvez pas dissuader ceux qui ont la force de leur Dieu pour les guider. Vos prisons ne
pourront pas nous tenir aussi enfermés que vous le pensez. Finis en maintenant, l’Américain.
Envoie moi à la place que j’ai méritée. »

Non.

Harm retira de sa poche une attache rapide et jeta violemment les bras de l’homme dans son dos,
en sécurisant ses poignets. « Et te laisser manquer la visite guidé de Guantanamo ? » Hissant le
terroriste sur ses pieds, il inclina la tête vers le bout du couloir. « Avance. Réunissez tous ceux
que nous avons capturés et en route pour le point de récupération. »

Les trois autres commandos se regardèrent les uns les autres, perdus par la tournure inattendue
des événements. Taylor exprima leurs inquiétudes collectives. « Heu, monsieur, quand le
directeur a dit que l’appréhender était notre objectif, j’avais le sentiment que les paramètres
étaient un petit peu plus….. flexibles. »

« Et la flexibilité n’est pas la façon dont je travaille. Quelqu’un a un problème avec ça ? » Ne
recevant pas de réponses, Harm appuya son arme sur le flanc de Sadiq et commença à le faire
avancer en direction de la porte. « Alors nous avons un hélicoptère à retrouver. »
A leur planque sécurisée on ne s’attendait pas non plus à ce qu’ils ramènent des prisonniers, mais
le personnel de l’agence, conformément aux principes d’une bonne adaptabilité, mit les hommes en
sécurité jusqu’à que leur transport aux Etats-Unis puisse être arrangé.
Harm fit un compte rendu sans fioriture de leur action à l’agent responsable, essayant toujours
de ralentir la course de son esprit. C’était un résultat correct, n’est ce pas ? Peut être que la
CIA ne voulait pas gaspiller du temps, des efforts et de l’argent dans un procès, mais cela ne
rendait pas leur solution meilleure. Et peut être qu’il resterait parfois éveillé la nuit pendant les
deux prochaines semaines ou les deux prochaines années à se demander si le monde n’aurait pas
été plus sûr s’il s’était débarrassé de cet homme grotesque pendant qu’il était temps. Mais ce
n’était pas suffisant.

« Agent Rabb ? » Le ton coupant, et la formulation de ce titre vraiment bizarre, recaptura sa
pleine attention. Le responsable d’agence ne laissa pas apparaître de signe indiquant que son
manque de concentration l’avait irrité. « Y a-t-il quelque chose d’autre que vous aimeriez que le
Directeur sache dans son rapport préliminaire ? »

Harm rencontra son regard et fit appel à un niveau de confiance qu’il n’avait pas ressenti depuis
quelque temps. « Oui. Dites lui que quand je serai de retour je prendrai un rendez-vous pour
demander mon retrait des opérations. Un retrait définitif. »

N’attendant pas de réponse de sa part, il tourna les talons et quitta la pièce, ayant besoin de
trouver un lieu pour se retrouver lui-même.

En fait il finit sur une petite terrasse du rez-de-chaussée, hors du passage général des autres.
Les sons étaient assourdis loin de l’envahissante activité du bâtiment, et il n’avait pas
complètement enregistré jusqu’à qu’il soit assis sur un muret que c’était le milieu de la nuit.
Quelle heure était il au pays ? Est-ce que c’était important ? Son habitude des fuseaux horaires
n’empêchait pas sa grande fatigue. Et puis il faisait une chaleur d’enfer. Il défit les lacets de ses
Rangers et déboutonna sa veste treillis noire, se pencha en avant sur ses genoux et ferma les
yeux.

Crevé, oui, et épuisé émotionnellement, mais quelque part aussi il était satisfait. Il avait
combattu cette contrainte qui l’avait tellement angoisée, et il avait gagné. Il ne s’était pas laissé
aller à tuer Sadiq. Peut être que les principes sur lesquels il avait essayé de diriger sa vie avaient
toujours de la valeur, après tout.

Entendant un bruit de pas sur la pierre, il envisagea de lever la tête, mais n’en trouva pas
l’énergie. « Puis je avoir juste une minute ? »

« Tu peux prendre aussi longtemps qu’il faudra. Tu le sais bien »

Surpris par le son inattendu de cette voix, sa tête pivota brusquement, et une sensation
immédiate de chaleur et de bien être flotta à travers lui. Il avait suspecté auparavant que les
choses allaient s’arranger, mais maintenant il était certain qu’elles allaient vraiment s’arranger,
simplement parce qu’elle était là.

Bien qu’il ne le sache pas, l’expression sur le visage d’Harm était le reflet exact de celle qu’elle
avait eue quand il avait jailli dans la salle de torture de Chaco Boreal. Le dialogue d’un film qu’elle
l’avait forcé une fois à regarder lui vint à l’esprit : d’une certaine manière il avait été sauvé à ce
moment précis, là bas.

« Qu’est ce que tu fais ici ? » réussit il à dire, incapable de formuler une question plus incisive.

Mac offrit un gracieux haussement d’épaules. « Une faveur de Clay. Il a dit que c’est le moins qu’il
pouvait faire. » Elle prit place à coté de lui sur le rebord, clairement inquiète mais voulant le
laisser si c’était ce dont il avait besoin. « Tu l’as fait? »

« Je suppose oui. » Harm fit rouler ses épaules pour relâcher un peu de tension. « Bien que je ne
sois pas sûr que l’Agence va beaucoup apprécier que je les force à négocier avec des
prisonniers. »

« Ils se débrouilleront. Ils pourraient même obtenir des informations utiles avec la négociation,
et puis ils diront que c’était leur but tout ce temps là. » Elle regarda fixement les étoiles
brillantes pendant un moment, voulant traiter avec soin la prochaine question. « D’un autre coté,
depuis quand tiens tu vraiment compte de l’opinion qu’a l’Agence sur toi ? »

Il répondit directement et honnêtement. « A ce niveau, ce serait difficile d’être encore moins
concerné. »

Soulagée, Mac sourit. Elle tendit le bras vers sa main et la saisit avec tendresse dans la douceur
de ses doigts. « Je pourrais dire que la situation est à nouveau dans un contexte satisfaisant,
alors. »

« Oui, quelque chose comme ça. » Il gardait toujours sa main prisonnière de la sienne. « Merci. »
Elle fronça les sourcils. « Je n’étais pas là. Tu as fait ce choix par toi-même. »

« Non, je l’ai pas fait. Et si, tu étais présente. »

Il se pencha en avant pour l’embrasser avant qu’elle puisse répondre, et elle se laissa aller contre
lui dans sa chaude étreinte. Quand ils s’écartèrent, les yeux de Mac étaient brillants. « Cela veut
dire que tu vas bien ? »

« Je vais aller bien » dit il, et elle le crut.

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