Shadow dance

Chapitre 8

Mardi 8h11
Quartier Général du JAG
Falls Church, Virginie

Mac venait juste de se verser son café quand Harriet entra dans la salle de pause pour ranger son repas
dans le réfrigérateur. « Comment allez vous tous les deux ce matin ? » demanda aimablement le colonel.

« Et bien, l’un de nous a été hyper actif, et l’autre est complètement lessivé à cause de cela. » Harriet
afficha un sourire fatigué, tout en caressant son gros ventre.

« Accrochez vous. Très bientôt cela prendra toute sa valeur, d’accord ? » Avec une expression qui était
singulièrement enjouée, Mac récupéra sa tasse de café et tendit le bras vers une viennoiserie.

Le Lieutenant hésita un instant. « Colonel, cela vous ennuie si je vous demande quelque chose ? »

« Bien sûr que non. Qu’est ce qu’il y a ? »

« Je ne suis pas certaine, madame. C’est juste que……les choses par ici ont été en quelque sorte lugubre
dernièrement, cela quand vous puis le capitaine êtes partis tous les deux, et puis ces deux officiers qui se
sont occupés du meurtre du Lieutenant Singer sont de plus en plus ici maintenant, c’est comme si …. »

« Comme si Harm avait déjà été remplacé » finit Mac, comprenant sa pensée. Elle l’avait ressenti
profondément la veille, quand Sturgis avec une pointe de regret avait emménagé dans le vieux bureau
d’Harm. Mais elle connaissait les raisons qu’il y avait derrière ça, ce qui lui donnait une longueur d’avance
sur les autres, et elle n’était pas loin de savourer cet avantage provisoire.

Harriet hocha la tête d’un air impuissant. « Madame, est ce que vous savez pourquoi il n’est pas revenu ?
Etait ce sa décision, celle de l’Amiral, ou une autre… »

« C’est une histoire compliquée, Harriet. Je suis sûre qu’il vous expliquera tout lui même à un moment ou un
autre. »

Occasionnellement, Harriet avait du mal à maintenir le protocole avec ses amis, et là le protocole
commençait à interférer avec la conversation. « J’espère que je ne dépasse pas les bornes » continua t’elle
avec hésitation, « mais je pensais que vous seriez plus bouleversée. »

Mac secoua la tête. « Je suis un peu désappointée » répondit elle honnêtement. « Beaucoup de choses
semblent changées. Mais je crois en fin de compte que cela sera bien mieux comme ça. Je le pense
vraiment. »

Reconnaissant qu’elle n’avait pas toutes les informations requises pour comprendre cette situation, la
jeune femme se résigna à attendre la suite. « J’imagine. Je pense que je vais essayer de faire pareil. En
parlant de changement, n’est ce pas aujourd’hui qu’arrive notre nouvel officier des personnels de Réserve
des Armées ? »

Parce qu’elle était rattachée depuis longtemps à l’équipe, les gens oubliaient souvent qu’Harriet était
actuellement réserviste. Comme officier de réserve, son planning était plus flexible que celui d’un officier
traditionnel d’active, mais elle avait choisi presque toujours d’être en service plein temps. Et même si
l’Amiral Chegwidden était son supérieur hiérarchique opérationnel, tous ses agissements personnels
devaient transiter par l’officier de réserve du JAG.

Se souvenant que tout en un instant, Mac afficha un autre sourire et essaya d’avoir l’air aussi innocente
que possible. « Le remplaçant du Capitaine Bennet ? Oui, il est déjà là. Il ne prend pas la place de Bennet
au tribunal, cependant. Il est supposé être l’officier de liaison du Renseignement Naval pour les lois
internationales. »

Harriet cligna des yeux. « Je vais dépendre d’un agent de renseignement ? »

« Il n’est pas techniquement un agent. Il est au JAG en premier, et la plupart du temps il sera sous la
coupe de l’Amiral. Il fera juste du travail pour le renseignement en plus. A coté de ses occupations comme
officier de réserve, naturellement. »

« Ca fait beaucoup de choses. L’avez-vous déjà rencontré, madame ? Est-ce qu’il va être d’accord pour
travailler avec nous ? »

« Je pense que vous l’aimerez. Qu’est ce que vous dites de ça – Pourquoi ne monterions nous pas là-haut, et
je pourrais vous présenter ? »

Harriet instinctivement se rétracta. « Oh, pas encore. Cet homme va signer mes comptes rendus
d’aptitude, et aujourd’hui je ressemble encore plus que d’habitude à une baleine. Ne puis je pas l’éviter
juste pendant un moment ……….peut être jusqu’à ce que le bébé soit né ? »

Mac mit un frein au sourire qui menaçait de s’échapper et entraîna Harriet vers l’ascenseur. « Suivez moi,
Lieutenant…. »

Les bureaux du troisième étage étaient un petit peu plus calmes que ceux autour du plateau. Les officiers
ici travaillaient sur des problèmes internationaux, maritimes, et des lois civiles, problèmes qui étaient
rarement vus dans un tribunal. Harriet utilisa le trajet depuis l’ascenseur jusqu’à l’angle du bureau pour
s’arranger les cheveux et pour afficher une expression gracieuse. Avec un visage imperturbable, Mac
frappa un coup sec à la porte du bureau.

« Entrez. »

Reconnaissant la voix, Harriet s’illumina et poussa la porte pour l’ouvrir. « Capitaine ! »

Harm émergea de derrière les boites sur son bureau et lui décocha un puissant sourire.

La surprise outrepassa son sens du décorum et une fois pour toutes, Harriet se jeta vers lui aussi vite que
sa grossesse avancée le permettait et le serra dans ses bras avec force. « C’est bon de vous avoir de
retour » murmura t’elle.

« C’est bon d’être de retour » répondit il avec douceur. La relâchant, il se redressa. « Alors, qu’en pensez-
vous, Lieutenant ? Pourrez vous me faire un rapport chaque fois qu’il le faudra ? »

« Je suis sûre que j’y survivrai, monsieur » répliqua t’elle, enjouée mais perplexe.

« Alors laissez moi programmer une rencontre officielle pour mettre en place votre congé maternité.
Demain au déjeuner… et c’est moi qui paye. »

Harriet fronça les sourcils. « Monsieur, si cela ne vous ennuie pas de me répondre…..vous rejoignez la
réserve ? »

« Seulement techniquement. Je pourrai en permanence être appelé. » Harm poussa une boite sur le coté
et s’assit sur le coin de son bureau. « La plupart du temps, je vais travailler sur des dossiers juste comme
avant. »

« Mais alors si vous allez faire presque la même chose, pourquoi justement ne pas revenir à votre ancien
boulot, en service actif ? »

« J’ai réellement démissionné, Harriet. Je ne fais plus partie du service depuis la fin de la semaine
dernière. L’Amiral avait la volonté de me soutenir, mais pendant un moment, honnêtement je n’étais pas
certain de vouloir revenir, et il ne pouvait pas l’ignorer. Mais je suis sûr de moi maintenant, et
heureusement l’amiral et la communauté du renseignement ont eu tous deux la volonté d’être un peu
créatif. Et d’un autre côté, ce distinguo nous donne plus de latitude dans les éventuelles situations de
conflit d’intérêt. »

Totalement troublée, Harriet fronça les sourcils. « Qui est ce ‘nous’, monsieur ? »

« Nous » clarifia Mac en joignant sa main à celle d’Harm, « cela veut dire nous »

Harriet donnait l’impression qu’elle allait s’écrouler sous le choc. « Réellement ? » dit elle d’une voix
perçante, une voix qui convenait mieux à une pom-pom girl d’université qu’à un officier naval.

Les deux officiers gradés éclatèrent de rire à son excitation, mais presque aussitôt Harm redevint
sérieux. « Beaucoup de choses sont arrivées au cours des deux semaines écoulées » expliqua t’il
tranquillement. « Pour certaines, nous sommes encore en train de chercher comment les gérer. Et mon
changement de statut en fait partie. Mais je pense que le fait important est que nous les avons résolues.
Tout résolu. »

Harriet joignit les mains ensemble, ses yeux virevoltant. « Je suis désolée d’apparaître aussi idiote
maintenant » bredouilla t’elle, « mais je suis tellement heureuse pour vous que je pourrais sauter de joie. »

« N’en faites rien » ordonnèrent ils à l’unisson, se retrouvant cette fois tous les trois dans un bref éclat
de rire.

« J’ai besoin de redescendre à l’étage. Pourrais je donner la bonne nouvelle au gens, monsieur, ou vous
voulez faire la surprise à tout le monde par une annonce au sein du staff ? »

« Je n’oserais pas vous priver du bonheur d’annoncer la nouvelle, Harriet. Vous pouvez disposer. »

« Merci, monsieur ! »

Comme elle disparaissait, Mac serra plus fort la main d’Harm avant de la relâcher. « Alors, as tu réussi à
joindre quelqu’un du NAVAIR ? »

« Hier après-midi. Etre affecté à la Réserve pourra en fait être un bénéfice dans ce cas. » Son sourire
s’élargit graduellement. « L’Air Guard et la Réserve de la Navy effectuent la plupart des patrouilles
aériennes de combat sur le territoire national, et aussi ils tiennent compte de certaines priorités quand ils
te convoquent pour programmer les qualifications. Ils m’ont dit que je serai sur la liste de juin. »

« Bien » Elle tourna son regard vers la fenêtre avec un long soupir, une réaction qui l’inquiéta
immédiatement.

« Tu es d’accord avec le fait que je vole encore, n’est ce pas ? Parce que si cela doit être un problème pour
nous, je… »

Surprise, elle pivota brusquement. « Tu feras quoi ? Tu ne penses pas honnêtement que je te demanderais
de rendre tes ailes, n’est ce pas ? »

Harm hésita avant de répondre. « Tu n’as jamais aimé cela. C’est toujours une inquiétude pour toi. Je ne
vais pas dire que je serais particulièrement heureux à l’idée de raccrocher, mais je suis prêt à en discuter
si c’est ce que tu veux. »

Mac secoua la tête, incroyablement touchée. « Tu as tort » dit elle doucement. « Cela m’inquiète, mais
j’aime ça, parce que c’est une partie de ce que tu es. Même si je voulais changer quelque chose à cela, ce
serait une erreur. Et même si on peut discuter sur le bien fondé de faire des sacrifices l’un pour l’autre,
je pense que j’ai suffisamment appris jusqu’à présent pour savoir que ce n’est pas la bonne sorte de
sacrifice. »

Il inclina la tête vers elle, le regard interrogateur. « Et c’est quoi la bonne sorte de sacrifice ? »

Elle fit un geste englobant son nouveau bureau. « Et bien, même si je n’aurais pas pensé à cette solution il
y a une semaine, cela s’arrange d’une manière convenable. Le plus grand changement dans notre routine
sera probablement le fait que l’Amiral n’osera plus nous assigner comme avocat conseil opposé l’un à l’autre
maintenant que nous sommes ensemble. Cela, et le fait que je vais devoir prendre les escaliers pour te
retrouver maintenant. »

« Tu es partie beaucoup plus loin auparavant » lui rappela t’il solennellement.

« Comme toi. » Elle leva les yeux vers lui, voyant la profonde conviction qui irradiait dans ses yeux.
« Alors, sommes nous prêts pour tout ce qui va suivre ? »

« Quoique soit le futur » dit il en écho. « Allons y. »

FIN

1692 vues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*