There but for the grace

Traduction par Soize

Titre : « There but for the Grace » (Ici-bas, mais par la Grâce de Dieu)

Spoilers : « Salvation »

Résumé : combien de vies auraient-elles  bouleversées si le Major Krohn n’avait pas eu sa vision prémonitoire.

23h37, heure de la côte Est
Quelque part aux environs de Baltimore…

La douleur n’était pas aussi insupportable qu’il l’aurait cru. Il y avait quelque chose d’étrangement agréable à être allongé là, à fixer les étoiles, alors que sa vie lui échappait. Du coup, c’était vraiment fini – aucun miracle, même le plus infime, ne pourrait changer son destin. Il n’y aurait pas de retournement de dernière minute cette fois-ci. A dire vrai, cette réalité n’avait pas été si difficile à accepter. Il se contenta donc de regarder les étoiles.

Il ne savait pas combien de balles l’avaient touché : tout était terminé avant même qu’il ne s’en rendit compte. Les renforts qu’il avait prévu n’étaient jamais arrivés, et quand les premiers coups de feu avaient retenti, la seule chose qu’il avait pu faire , c’était d’essayer de contrer un fusil automatique avec son arme de service. Il n’avait même pas tiré une fois qu’une rafale le projetait à terre. Il avait d’abord ressenti comme une intense brûlure – 4 balles, peut-être 5, toutes dans la poitrine – mais à présent, c’était une douleur sourde et glaciale qui s’insinuait dans tout son corps. Dans le même temps, une fatigue de plus en plus grande semblait prendre possession de son esprit. Il ne voyait pas sa vie défiler devant ses yeux. La victoire de Palmer ne le rendait pas furieux, de même qu’il n’était pas frustré d’avoir échoué, ou bien effrayé par le fait que lui et 3 autres braves gars étaient en train de mourir. Il se fichait de tout cela maintenant qu’il avait perdu la force de bouger, perdu la sensation du gravier rugueux au dessous de lui, perdu l’impression bizarre de son propre sang formant comme une flaque autour de lui. Les seules choses dont il était encore clairement conscient étaient les battements de son cœur, de plus en plus lents… et ces étoiles.

Les étoiles avaient été là bien avant lui et resteraient longtemps après. Quelque chose dans cette lumière constante le réconforta. Alors que le bruit des sirènes se rapprochait et que ses yeux se fermaient, il imaginait qu’il pourrait éternellement les voir briller sereinement au loin. Et il se sentit bien.

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02h14, heure de la côte Est
Georgetown

Mac s’assit dans son lit, ne sachant si elle avait été réveillée par la sonnerie persistante du téléphone ou par ce frisson glacé qui l’avait soudain envahie. Seule l’une de ces deux possibilités pouvait être aisément vérifiée, elle traversa donc l’appartement en titubant à la recherche du téléphone. « Mackenzie » bredouilla-t-elle , à peine éveillée.

« Mac ? »

Elle reconnut la voix, mais pas le ton. « Amiral ? Qu’est ce qui ne va pas ? »

Pour la première fois – autant qu’elle s’en souvienne – AJ Chegwidden avait l’air hésitant, perdu même. Et il l’avait appelé « Mac » et non « colonel ». Quelque chose de grave était arrivé.

« Est-ce que Brumby est avec vous ? »

Elle leva les yeux. Mic était appuyé contre le chambranle de la porte, à moitié endormi mais attentif.

« Oui, il est à côté de moi. Monsieur, que… »
« J’ai besoin que vous veniez tous les deux au JAG immédiatement. Ne vous préoccupez pas des uniformes ou de quoi que ce soit d’autre… venez, d’accord ? »

A présent, elle était réellement inquiète. Mais le marine qu’elle était ne se posa aucune question. « Nous serons là dans un quart d’heure, monsieur »

Mic, Dieu merci, ne posa pas de questions lui non plus. Mac fit la route dans un état second. Elle se retrouva debout au milieu de la salle des opérations, vêtue de son vieux sur-vêtement d’entraînement, sans savoir comment elle était arrivée là. Bud et Harriet étaient assis sur le bureau d’Harriet, aussi échevelés et inquiets l’un que l’autre. Le petit AJ s’était rapidement endormi sur l’épaule de sa mère.

Quand l’amiral sortit de son bureau, tous furent choqués par son aspect hagard. Cet homme, qui avait vu de si près les horreurs de la guerre, semblait maintenant complètement abattu. Il avait ôté sa veste et sa cravate, son col de chemise était ouvert faisant fi du règlement, et son regard semblait vide de toute expression. Quelques soient les horribles nouvelles qu’il avaient reçues, elles l’avaient fait vieillir de dix ans en quelques heures.

« Amiral, qu’est-ce qui passe ? » demanda Bud d’une voix calme

Il hocha la tête « Pas avant que tout le monde ne soit là. Je ne sais pas si je serai capable de faire ça deux fois »

Mac s’apprêtait à lui rappeler qu’ Harm était à Baltimore pour cette planque stupide avec Krohn et Palmer, mais elle se retint. A cet instant précis, son supérieur en savait plus qu’elle.

L’attente fut heureusement de courte durée. Mac fut néanmoins sur le point de crier quand les portes vitrées s’ouvrirent pour laisser apparaître Renée Peterson.

Lorsqu’elle venait au QG du JAG, la petite amie d’Harm était toujours impeccable. Ce soir, elle n’était pas maquillée, ses cheveux étaient sommairement attachés en une queue de cheval. Vêtue d’un T-shirt de la Navy, visiblement emprunté, elle avait l’air plus… normale, correspondant davantage à l’image que Mac se faisait d’une femme que son partenaire aurait pu fréquenter. Mais Harm n’était pas là.

Et en une soudaine et terrible intuition, elle comprit la raison de leur présence ici.

Elle s’effondra sur une chaise, incapable de respirer. Mon Dieu, s’il Vous plait, faîtes que j’aie tort.

Les sinistres mots que prononça alors l’amiral sonnèrent creux et lointains à ses oreilles. « Je souhaitais que vous l’appreniez par moi, et non par les journaux. La mission de ce soir du Capitaine Rabb a été montée de toute pièce par Clark Palmer. On ne sait comment, ce dernier est parvenu à contacter d’autres agents de la DSD depuis Leavenworth et ils ont prit le van en embuscade. Harm a été… » Il eut un moment d’hésitation, et poursuivit « Harm a été touché à plusieurs reprises. Les secours ont fait tout ce qu’ils ont pu pour le sauver mais il… il était mort avant même d’arriver à l’hôpital »

Un silence surnaturel envahit la pièce. Renée, la mine décomposée, avait le regard perdu dans le vide. « Il est mort ? » murmura-t-elle, les yeux déjà remplis de larmes. « Non, il ne peut pas être mort, il est… oh, mon Dieu… »

Elle se mit à sangloter, en silence, appuyée le long du mur. L’amiral Chegwidden s’approcha pour l’enlacer de ses bras vigoureux, ne sachant que faire de plus pour la réconforter. Elle n’avait personne d’autre. Harriet pleurait tout son soul dans les bras de son mari, et Bud ne cessait de hocher la tête, les yeux brillants de larmes. Même Mic semblait consterné. Mais Mac secouait la tête, incrédule.

« Ca ne peut pas être vrai » déclara-t-elle brusquement « Palmer ne se serait pas contenter de le tuer. Il est encore en train de nous faire marcher. Il a très bien pu kidnapper Harm et laisser quelqu’un d’autre à sa place. Ou bien… »
« Sarah… »
« Non, bon sang ! » hurla-t-elle, se soustrayant au geste délicat de Mic. « Harm n’est pas mort ! »

« Mac, c’était bien lui » dit doucement l’amiral « On m’a fait venir à l’hôpital général de Baltimore pour identifier le corps. Il n’y a eu aucun échange. Comment la DSD aurait-elle pu dupliquer ses empreintes digitales ? Les cicatrices dues à son crash ? » Comme désorienté, il déglutit plusieurs fois avant de se sentir suffisamment d’aplomb pour continuer « Je sais qu’il nous a toujours semblé invincible, mais nous devons accepter ce fait, même Harm n’aurait pu survivre à ça… il n’avait aucune chance. »

Elle leva vers lui un regard éteint. « Non » répondit-elle d’une voix étranglée par les sanglots, en se précipitant vers le bureau de Harm. Mic fit un geste pour la suivre, mais l’amiral le retint, lui faisant « non » de la tête. « Pas maintenant. Laissez-lui du temps »
Les entendant à peine, Mac tomba à genoux au milieu de la pièce, essayant désespérément de sentir sa présence quelque part, n’importe où. Ses yeux s’arrêtèrent sur une photo posée sur l’ étagère, elle s’en saisit d’une main tremblante. Ils étaient là tous les quatre, au mariage de Bud et Harriet, souriant à pleines dents comme si rien de fâcheux ne pouvait jamais leur arriver. Elle suivit du doigt le tracé de son sourire parfait, ignorant les larmes qui tombaient sur le verre du cadre. Etait-ce vraiment possible ? Si Harmon Rabb, la quintessence du héros hollywoodien, pouvait disparaître, en quoi pouvait-on encore espérer ?

« Comment avez-vous pu ? » demanda-t-elle d’une voix inaudible et torturée. « Comment avez-vous pu nous abandonner de cette façon »

Il se passa bien vingt minutes avant que l’amiral n’apparaisse dans l’embrasure de la porte, attendant patiemment. Mac releva la tête et parla d’un ton neutre. « Comment va Renée ? »

« Comme nous tous. Elle est sous le choc.» Il entra dans la pièce. « Et vous, comment vous sentez-vous ? »

« En colère, je pense » répondit-elle avec un geste des mains, ne sachant comment expliquer. « Ca ne devait pas se passer comme ça. S’il avait à mourir, il n’aurait pas du être seul – on ne s’est même pas dit au revoir… » Elle passa la main sur ses joues pour effacer les traces laissées par les larmes. « Est ce que sa mère est au courant ? »

« J’ai appelé l’aumônerie de Miramar » une profonde douleur transparaissait derrière son regard d’acier. « A l’instant où nous parlons, deux hommes en uniforme se dirigent vers sa porte, et elle sait déjà pourquoi ils sont là, parce qu’elle se souvient de la façon dont cela s’est passé il y a trente ans. Mais aujourd’hui, son fils n’est pas là pour la soutenir. Cette fois-ci, ils viennent lui annoncer que son seul et unique enfant ne reviendra jamais à la maison. »

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Elle ne savait pas non plus comment elle était arrivée là. Les jours et les heures commençaient à ressembler à un tourbillon sans fin, et elle continuait à faire les gestes quotidiens sans voir ou ressentir quoi que soit. Si elle s’accordait une pause pour regarder autour d’elle, inévitablement, quelque chose lui rappelait que son meilleur ami n’était plus, et la réalité était plus cruelle à chaque fois.

A présent, alors qu’elle se tenait debout dans l’appartement d’Harm, vêtue de son uniforme bleu de cérémonie, tous les souvenirs lui revenaient en mémoire. Toutes ces soirées qu’ils avaient passées à discuter des dossiers, se nourrissant de tout et n’importe quoi. Tous ces regards échangés qui lui avaient apporté à chaque fois une inexplicable sensation de bien-être. Elle s’était toujours sentie en sécurité ici. Mais elle ne s’était jamais retrouvée ici sans lui, et sans lui, ce n’était rien d’autre qu’un endroit vide.
« Où avez-vous grandi? »
« Là où les amis ne manœuvrent pas les amis »
« Quelque part dans l’Ohio, c’est ça? »

Elle sourit malgré elle, avec regret. Elle venait déjà ici régulièrement avant de savoir qui était réellement Harmon Rabb Jr. Ce n’était ni sa réputation sans faille, ni son charme naturel qui l’avaient impressionnés. C’était tous les petits détails, comme cette eau minérale dont il avait toujours une bouteille en stock, rien que pour elle, ou la façon qu’il avait de se faufiler dans le chaos de son bureau sans jamais déranger le moindre dossier. Et ces petites choses qui n’en n’étaient pas vraiment, comme cette passion inébranlable pour la vérité, quel qu’en soit le prix. En fait dès le début, elle avait réalisé que cette amitié valait la peine qu’on se batte pour elle, et peut-être même plus. C’est pourquoi elle l’avait suivi jusqu’à l’autre bout du monde, risquant le tout pour le tout, exactement comme il l’avait fait pour elle. Mais cette fois-là, elle n’était pas avec lui, et cela la poursuivrait toute sa vie.

« Il est l’heure, ma chérie »

Patricia Burnett avança d’un pas et lui tendit la main. « L’office commence dans une demie-heure »

Mac n’avait jamais rencontré la mère d’Harm avant cette semaine, mais les deux femmes s’étaient immédiatement senties proches. Chacune comprenait mieux que personne la peine de l’autre. « Je ne comprends pas comment vous avez fait, Trish » dit Mac d’un ton calme. « Vous avez perdu votre mari, le père de votre fils… et vous avez continuer à vivre malgré tout »

« Je n’était pas toute seule » Trish se rapprocha d’un pas mesuré, celui de quelqu’un qui sait trop bien cacher son chagrin. « J’avais un petit garçon très courageux qui m’a aidé à me rappeler tout ce que la vie avait de bon. Aujourd’hui, je me console en me disant qu’ils sont ensemble, quelque part, et qu’il y a sûrement une raison à tout cela . »

Mac secoua la tête. « J’ai arrêté de penser qu’il pouvait y avoir une explication à toute chose depuis des années. » Trish la fixa du regard pendant un moment. « Vous savez qu’il vous aimait, n’est-ce pas ? » Mac tourna vivement la tête , une évidente expression d’angoisse passa rapidement sur son visage. La vieille dame poursuivit avant qu’elle n’ait eu le temps de protester. « Je sais. Renée est une jeune femme charmante, et je sais aussi que vous avez quelqu’un dans votre vie… mais si vous aviez pu entendre sa voix quand il m’a raconté ce qui s’était passé en Australie, vous auriez compris. Il ne s’est jamais vraiment pardonné ce qui est arrivé »

« On a laissé beaucoup de non-dits entre nous, n’est-ce pas ? » soupira Mac en refoulant ses larmes pour la énième fois.

« N’ayez aucun regret, ma chérie. Il aurait souhaité que vous continuiez à vivre votre vie. Exactement comme son père le souhaitait pour moi. » Trish lui serra fermement la main.
« Allez venez. Il est temps de dire adieu »

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Entrer dans l’ église était comme retourner dans le passé. Il y avait là des dizaines de personnes dont Harm avait croisé le chemin, aussi bien des amis intimes que des connaissances passagères. Clayton Webb, Jack Keeter, Kate Pike, Meg Austin, Tom Boone, Annie et Josh Pendry, Bobbie Latham, Teresa Coulter, Elizabeth Hawkes… La présence de ces personnes n’avait rien d’étonnant. Plus surprenante en revanche était celle des caporaux Sibley et Tesla des Recon Marines, du commandant Rice du Coral Sea, du capitaine Alexandr Volkonov et de beaucoup d’autres dont Mac avait totalement oublié les noms.

Trish et Frank se tenaient déjà au 1er rang avec Renée et l’amiral. La plupart du personnel du JAG les entourait, se serrant les uns contre les autres pour se réconforter. Mac osait à peine avancer. Chaque pas en leur direction était aussi un pas de plus vers le cercueil, et elle n’était tout simplement pas prête à le voir. Tant qu’elle ne l’avait pas vu, il y avait toujours une possibilité de nier l’évidence, de prétendre qu’il était sur une enquête ou parti voler. Après, il n’y aurait plus de retour en arrière possible.

Mic resserra la pression sur son coude en guise de soutien. Elle rassembla tout son courage et s’avança dans la nef. Continue de respirer normalement

Alors qu’elle approchait, Trish lui adressa un sourire mouillé de larmes. « C’est plus difficile que je ne l’aurais cru » dit-elle d’une voix tremblante. « La dernière fois, il n’y avait pas eu de funérailles, parce qu’on ne savait pas… »

« C’est mieux ainsi » la coupa Frank d’une voix apaisante, un bras protecteur passé autour de sa taille. « Tu n’auras pas à te poser de questions. Cette fois-ci, on connaît la fin. Il peut reposer en paix. »

Mac regarda le beau-père d’Harm, en proie à ses propres émotions, et réalisa à quel point il tenait à ce jeune homme, d’abord plein d’amertume mais qui avait fini par l’accepter. Il venait de perdre le seul fils qu’il ait jamais connu. « Frank a raison » dit-elle calmement « c’est réconfortant pour nous de voir tous ces gens qui l’aimaient »

« Je sais, c’est juste que… » Trish s’essuya les yeux, en vain. « C’est tellement dur »

L’aumônier apparut à côté d’elle et leur suggéra gentiment d’aller faire leurs adieux avant le début de la cérémonie. Elle acquiesça et les plus proches amis d’Harm se dirigèrent vers l’autel pour présenter leur derniers hommages.

Mac sentait son cœur se serrer au fur et à mesure qu’elle avançait, et elle priait en silence pour être n’importe où ailleurs que dans ce lieu sinistre. « Je ne peux pas » dit-elle en suffoquant, faisant demi-tour pour s’enfuir. « Je ne peux pas faire ça ».

« Tu peux y arriver, mon amour » la pressa Mic en resserrant son étreinte. « Si tu ne le fais pas, tu risques de le regretter toute ta vie ».

Sa main bien serrée dans celle de son fiancé, elle fit un dernier pas pour atteindre le cercueil.

Il était très beau, comme toujours, son uniforme de cérémonie était impeccable et ses ailes rutilantes. Il avait l’air si paisible, en dépit de la manière violente dont sa vie s’était achevée. Mais toute cette scène semblait si irréelle

Elle laissa échapper un sanglot et Mic la prit dans ses bras. Cependant, elle était déterminée à aller jusqu’au bout. Pour elle et surtout pour lui.

« Au revoir, pilote » murmura-t-elle d’une voix brisée par l’émotion « Vous serez toujours là, avec moi »

Ensuite, elle laissa Mic la guider vers un banc, alors que la dernière personne s’approchait à son tour du cercueil.

Trish se pencha pour embrasser son fils sur le front. « Tu es en sécurité à présent, mon chéri » dit-elle tendrement « J’espère que tu vois tous ces gens qui sont là pour toi. Tu as vraiment été quelqu’un d’important dans ce monde. Je t’aime, trésor ». Se redressant avec dignité, elle leva les yeux au ciel et parla d’une voix solennelle « Harmon, prends soin de notre petit garçon ».

Mac ferma les yeux et s’obligea à rester calme. Suffisamment de larmes avaient déjà été versées. Elle savait pertinemment ce qu’était la mort. Elle lui était familière à un point tel que peu de gens pourrait la comprendre. Mais, cette fois, la mort avait emporté un homme véritablement bon, un homme qui avait voué toute sa vie à protéger des innocents. Le monde ne tournait pas rond aujourd’hui. Et il en serait peut-être ainsi éternellement.

L’amiral Chegwidden se dirigea vers le lutrin et toussa légèrement pour s’éclaircir la gorge. « Au nom de toute la famille d’Harm, je tiens à vous exprimer à tous mon entière gratitude pour être venu en ce jour afin de lui rendre hommage. C’est un honneur pour moi d’avoir été choisi pour parler devant vous aujourd’hui, mais je suis sûr que ce sera aussi l’une des choses les plus difficiles qu’il m’ait jamais été donnée de faire. Je vous prierai donc d’être indulgents.

Le capitaine de frégate Harmon Rabb Junior était un héros au sens littéral du terme. Je ne dis pas cela avec légèreté, je le pense sincèrement. Je considère comme un privilège d’avoir été son officier supérieur pendant ces cinq dernières années, et je peux affirmer, sans la moindre hésitation, qu’il était l’un des officiers les plus admirables et les plus dévoués avec lesquels j’ai jamais servi. » L’amiral sourit légèrement. « Je suis certain que nombreux sont ceux qui, parmi vous, trouvent ça difficile à croire, compte-tenu du nombre de fois où j’ai dû le sortir du pétrin dans lequel il était allé se fourrer. Mais, il arrive parfois que le monde dans lequel nous évoluons ne respecte pas les règles qui sont les nôtres, et Harm n’a jamais hésité à risquer sa vie ou sa carrière pour faire triompher la justice. C’était un choix difficile à faire, cependant, il l’a fait à plusieurs reprises, sans jamais se poser de questions.

Trouver un sens à sa disparition n’est pas chose aisée, mais je me dit qu’il est mort pour la chose qui lui importait le plus : la recherche de la vérité

Harm a su très tôt ce que signifiait se sacrifier au nom du devoir. Perdre son père à l’âge de 6 ans l’a obligé à grandir trop vite, mais au lieu de le faire douter, cela l’a conduit à suivre la voie qu’il avait tracé. Il a tout mis en œuvre pour réaliser son rêve de devenir pilote de l’Aéronavale, et il est rapidement devenu l’un des plus doués. Et quand il a été obligé d’abandonner, il aurait pu quitter l’armée, mais il ne l’a pas fait. Il était persuadé qu’il avait toujours le devoir de protéger ceux qui en avaient besoin, il se servit alors de la Loi. Certes, ses méthodes n’étaient pas toujours très orthodoxes. Quand on m’a dit qu’il avait tiré des coups de feu en plein tribunal, j’ai failli le remettre moi-même aux autorités. Mais je préférais nettement conserver un officier capable chaque jour d’un tel acharnement plutôt que d’en avoir un qui n’aurait pas donné tout ce qu’il ou elle pouvait. Et en cinq ans, jamais je n’ai vu Harmon Rabb céder un tant soit peu devant qui que ce soit tant que cela en valait encore la peine.

Un bon nombre de personnes ayant travaillé au JAG pensaient qu’il en faisait toujours trop, mais ce n’était pas le cas. Chacune de ses plaidoiries passionnées ou de ses enquêtes tumultueuses fit l’objet d’une plaisanterie lors de réunions, ou alors c’était un avion en papier qui volait au beau milieu de la salle des opérations. Il a eu des altercations avec tout le monde, simplement parce que ce genre de choses est inévitable quand vous croyez fermement en vos convictions. Très peu de gens cependant pouvaient rester longtemps en colère contre lui. Chez Harm, le sens du devoir prenait toute sa dimension lorsqu’il s’agissait de ses amis. Il était prêt à aller jusqu’en enfer et à en revenir pour chacun d’entre eux, et j’estime avoir eu beaucoup de chances d’en faire partie. Je lui serai éternellement reconnaissant pour tous les risques qu’il a encouru pour ma fille et moi. Peu de temps auparavant, je l’avais sévèrement réprimandé au sujet d’un dossier, mais quand j’ai eu besoin d’aide, il était là, toujours prêt, sans aucune arrière-pensée. Je crois que plusieurs personnes ici sont en mesure d’affirmer que, si elles sont toujours en vie, c’est simplement parce que Harm était leur ami. »

L’amiral s’essuya les yeux un instant avant de continuer. « La Navy a perdu un de ses héros cette semaine, et la justice l’un de ses meilleurs représentants. Plus important encore, une mère a perdu son fils, et un petit garçon a perdu un parrain qu’il aura à peine connu. Mais, jusqu’à ce que je vois cette assemblée aujourd’hui, je n’avais aucune idée du nombre de gens qui avait perdu un ami cher. Je sais que nous nous souviendrons chacun d’Harmon Rabb à notre façon, mais je garderai de lui le souvenir de quelqu’un qui, lorsqu’il savait qu’il pouvait être utile, ne refusait et n’abandonnait jamais.

Je ne connais pas la Bible aussi bien que je le devrais, mais un jour, j’ai lu ce verset sur la statue d’un aviateur des temps jadis, je crois que cela symbolise mieux la personnalité d’ Harm que tout ce que je pourrais dire. Extrait du livre d’Isaïe : « Alors j’entendis la voix du Seigneur disant, « qui enverrais-je ? Quel sera notre messager ? » Je répondis, « Me voici, envoie–moi ».

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Mac sentait le souffle du vent sur son visage et le sol sous ses pieds, mais elle n’était toujours pas sûre d’être vraiment là. La cérémonie avait été une épreuve, mais à présent qu’elle se tenait là, debout, au cimetière national d’Arlington, tout était devenu tellement surréaliste, comme si elle observait de loin sa propre vie se dérouler sous ses yeux. Quand elle commença à prendre conscience qu’Harm était bien mort en cette nuit tragique, c’était comme si un monde avait pris fin et qu’un autre l’avait remplacé. Et elle réalisait qu’elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’allait être son avenir dans ce monde, nouveau mais si froid.

Autour d’elle, la garde d’honneur remplissait ses obligations, mais elle s’en rendit à peine compte. Elle entendit vaguement les paroles de l’amiral « Au nom du président des Etats Unis… en l’honneur du service accompli par votre fils… avec les remerciements de la nation reconnaissante » Elle vit Trish accepter le drapeau plié en tendant une main étonnamment assurée. La salve d’honneur la fit à peine sursauter . Mais lorsque le rugissement des jets se fit entendre au dessus d’eux, elle leva les yeux vers le ciel et salua son ami une dernière fois.

Qu’est-ce que vais devenir, Harm ? Comment vais-je faire sans vous ?

La foule avait commencé à se disperser avant même qu’elle ne remarque que tout était terminé. Une main posée sur son épaule la ramena brusquement à la réalité, et elle planta son regard dans celui, tourmenté, de Renée.
« Je l’aimais » dit-elle doucement « Je le connaissais depuis peu, mais je l’aimais quand même. Je n’ose donc pas imaginer à quel point cela doit être difficile pour vous »
Avant que Mac n’ait eu le temps de lui demander ce qu’elle voulait dire, Trish lui faisait face, déposant un petit objet dans le creux de sa main qu’elle tint fermée. « Il voulait que cela vous revienne. N’essayez pas de discuter, c’était la première de ses volontés. Vous étiez tout pour lui, Sarah »
Elle baissa les yeux, sachant déjà de ce dont il s’agissait : ses ailes. A cet instant, ses dernières défenses s’effondrèrent. Le chagrin, trop longtemps contenu, ravagea sa carapace de marine, elle tomba à genoux au pied de la tombe et se mit à pleurer à chaudes larmes.
« Je ne peux pas, Harm » dit-elle en sanglotant, se moquant de qui pouvait l’entendre. « Je ne peux pas vous laisser partir comme ça. Je vous vois partout, j’entends votre voix dans les couloirs… Ne comprenez-vous pas ? Quelqu’un comme vous ne peut pas mourir ! Cela détruit toute la foi que j’ai toujours eu en… Oh mon Dieu, en tout. Et il n’y a rien que je puisse faire, pas la moindre foutue petite chose pour changer tout ça… »
Oh mais si tu peux. La pensée surgit spontanément dans son esprit. La mort d’Harm n’était pas le fruit du hasard. Son meurtrier avait un nom et un visage, et il était là, quelque part. A partir de cet instant, elle savait que, quelque soit le temps que cela lui prendrait, elle retrouverait Clark Palmer et le ferait plonger dans les flammes de l’enfer. Pour son propre salut et pour celui de son partenaire disparu. Ce serait la dernière chose qu’elle ferait pour lui.

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« Sarah ? Qu’est-ce que tu fais ? »
Mac sursauta légèrement, surprise par la voix encore endormie de Mic. Il entra dans le living room, tout en se frottant les yeux pour en chasser le sommeil. « Il est 3 heures du matin, chérie. S’il te plait, arrête de te faire du mal »
Elle baissa les yeux sur les dossiers et les diagrammes éparpillés sur son bureau, essayant de se concentrer sur la raison qui motivait son comportement. « je… je n’arrivais pas à dormir » répondit-elle distraitement. « Je pense avoir trouvé une piste au sujet des armes qu’ils ont utilisés. Il ne me reste plus qu’à retrouver le fournisseur »
« Sarah, tu ne peux pas continuer comme ça. » Il s’assit à côté d’elle et lui parla doucement mais avec fermeté. « Palmer est loin. Lui et ses amis sont très doués pour disparaître sans laisser de traces. Tu vas finir par devenir dingue si tu persistes dans cette chasse à l’homme. »
« Tu ne comprends pas. Palmer… »
«… n’est pas de ton ressort. » la coupa-t-il. « Les services secrets et le FBI sont chargés de l’enquête, et tu sais pertinemment que Clayton Webb va remuer ciel et terre pour le retrouver et le ramener en prison. Tu es en train de laisser cette histoire devenir une obsession et tu ne sais pas jusqu’où cela va t’emmener . »
Elle sourit faiblement, d’un air affecté. « c’est drôle, j’ai souvent dit la même chose à Harm . »
« Tu comprends donc pourquoi je ne supporte plus de te voir te détruire comme tu le fais . » Il tendit son bras pour lui prendre la main et s’aperçut qu’elle serrait les ailes d’Harm, elle les tenait si fermement qu’elles avaient laissé une empreinte, rouge et profonde, dans sa paume. L’expression de Mic oscilla entre la colère et la pitié. « Sarah, tu ne peux plus rien faire pour Harm maintenant. Il ne franchira pas la porte lundi matin, et ce quoiqu’il advienne de Clark Palmer. Même si tu réussis à mener cette traque à son terme, même si tu tiens ce salaud au bout de ton arme, tu ne feras pas revenir Harm. Le seul moyen pour toi de retrouver une vie normale, c’est de le laisser aller. »
Ces mots la ramenèrent immédiatement dans un autre endroit, plus d’ un an auparavant…
« Vous devriez vous laisser aller ? »
« Pas encore »

Et soudain, tout devint clair. Elle ressentit le même désespoir que celui qui avait conduit Harm sur un quai de Norfolk par une nuit pluvieuse, trois ans plus tôt.

« Peut-être que je ne souhaite pas retrouver une vie normale » répondit-elle d’une voix morne, emplie de douleur.
Les yeux noirs de Mic s’ouvrirent à la réalité. « Tu l’aimais vraiment. »
Les mots qu’Harm avait prononcé cette nuit là lui revinrent alors en mémoire. « Je n’avais pas réalisé à quel point jusqu’à ce qu’il disparaisse ». Il acquiesça en silence, et quitta brusquement la pièce. Quand il revint, il était habillé et tenait son manteau sous le bras.
Avec effroi, Mac réalisa qu’il ne partait pas que pour la nuit. « Mic, non » le supplia-t-elle, d’une voix hésitante. « Oui, j’aimais Harm, mais que ça change maintenant ? On n’aurait jamais été ensemble de toute façon, même … même s’il avait vécu. Cela ne signifie pas que je ne t’aime pas. J’imagine combien cela doit te paraître étrange, mais… s’il te plait, ne pars pas maintenant. »
Il secoua la tête d’un air résigné. « Je sais bien que tu m’aimes Sarah, du moins autant que tu le peux. Mais en ce qui me concerne, je ne peux pas rester là à te regarder agir ainsi, et je sais que je ne pourrai rien faire pour t’en empêcher. Si jamais tu finis par trouver ce que tu cherches, peut-être que nous pourrons essayer à nouveau. Mais d’ici à ce que ce jour arrive… au revoir. »
Elle ne fit aucun geste quand il l’embrassa sur la joue et sortit. Peut-être n’avait-elle tout simplement aucune envie de lui courir après. C’était sans doute mieux pour lui de s’éloigner d’elle avec un simple cœur brisé. Dieu sait que les autres hommes de sa vie n’avaient pas eu une telle chance. Harm était différent. Harm avait toujours été différent, mais la malédiction l’avait quand même rattrapé.
S’il lui était resté quelques larmes, elle aurait pleuré de désespoir. Mais au lieu de ça, il n’y avait rien. Sans réfléchir, elle quitta l’appartement devenu lugubre, monta dans sa voiture et conduisit sans but jusqu’à ce qu’une voix intérieure lui somme d’arrêter. Elle soupira en reconnaissant les portes closes d’Arlington. Quelque soit la force qui l’avait menée jusqu’ici, il était clair qu’elle n’allait pas la laisser faire demi-tour maintenant.
Elle trouva son chemin parmi les centaines de rangées de dalles blanches sans aucune hésitation. La nuit était fraîche, mais cela ne la gêna pas alors qu’elle s’agenouillait auprès de la pierre tombale encore récente. Harmon Rabb, Jr. Commander, United States Navy. 1963-2001.

Mac suivit du doigt le tracé de l’insigne de la Distinguished Flying Cross. « Salut matelot » dit-elle doucement. « C’est moi. Je commence à mieux vous comprendre de jour en jour. Vous alliez au Mur… je viens ici. Je ne sais pas trop pourquoi. Ce n’est pas comme si je pensais que vous m’entendrez mieux ici qu’ailleurs. Je ne suis pas sûre que vous puissiez m’entendre de toute façon. Mais je n’ai nulle part où aller. Personne ne peut me comprendre… Je ne me comprends pas moi-même. Je sais seulement que cela ne devait pas arriver. Pas comme ça »

Elle ferma les yeux, priant pour que la douleur lancinante qui persistait dans sa poitrine disparaisse enfin. « Cela va flatter votre ego, mais depuis que vous êtes parti, je ne sais plus où j’en suis. Je me retrouve parfois dans certains endroits sans savoir comment j’y suis venue. Tout s’embrouille dans ma tête. Je ne parviens plus à me concentrer. Au JAG, je ne peux plus affronter personne, d’ailleurs, ils me traitent tous comme si j’étais une poupée de porcelaine ou bien une bombe à retardement. Est-ce qu’à part moi, tout le monde savait à quel point j’avais besoin de vous ? Est-ce que vous, vous le saviez ? Je ne le pense pas. Si cela avait été le cas, les choses auraient sans doute été différentes entre nous. Vous seriez peut-être toujours là, et je n’agirais pas comme une folle »
« Mais si, vous seriez quand même folle »
En entendant cette voix, le sang de Mac se glaça et son cœur se remplit instantanément de haine. Elle se retourna lentement. « Vous revenez pour admirer votre œuvre, Palmer ? »
« Quelque chose dans ce goût là ». L’ex-agent devenu mercenaire puis fugitif s’appuyait négligemment contre un tronc d’arbre, un sourire de satisfaction sur les lèvres. « Harm était intelligent, ça je le reconnais. Mais il avait tendance à laisser ses émotions prendre le pas sur le bon sens. J’ai du mal à croire qu’il m’ait fallu autant de temps pour en venir à bout. »
« Félicitations » lâcha Mac.
« Ne jouez pas les garces, colonel. Ce n’est pas votre style . » Palmer croisa les bras. « le vôtre, ce serait plutôt toutes ces conneries de Semper Fi et compagnie. En particulier quand on voit comment vous êtes armée, sans parler du reste. »
Par réflexe, elle posa la main sur la crosse fraîche de son arme de service. L’avait-elle prise avec elle ? Cela n’avait aucun sens, mais l’instinct était le plus fort et elle brandit l’arme en direction de son adversaire. Avant même de l’avoir mis en joue, elle avait les yeux fixés sur le propre revolver de Palmer. « Ca commence à devenir intéressant » la railla-t-il. « Qu’est-ce qui peut bien pousser une fille à venir se recueillir sur la tombe de son ami avec un flingue ? Vous n’aviez pas prévu d’en finir, n’est-ce pas Mac ? » Prononcé avec ce ton ironique, son nom semblait hideux. Tellement différent de la façon dont Harm avait l’habitude de le dire, avec une pointe de familiarité. Elle plissa les yeux « Seulement avec toi, espèce de salaud »
« Wow, mais on dirait que vous avez du cran. Comment se fait-il que votre boy scout de partenaire n’ait jamais été aussi drôle ? »
Pour toute réponse, elle arma son revolver et le sourire de Palmer se fit encore plus méprisant. « réfléchis bien, chérie. Tu peux me tirer dessus , mais j’ai de sacrés réflexes. Tu ne crois pas que je pourrais t’avoir, toi aussi ? »
« Est-ce que j’ai l’air de m’en inquiéter ? » hurla-t-elle, laissant jaillir sa fureur. « J’en ai rien à foutre de ce qui peut m’arriver, sale fils de pute ! Plus rien ne compte, plus rien du tout ! Rien n’a plus d’importance depuis la nuit où Harmon Rabb est mort »
« Alors, qu’est-ce t’attend ?? »
Dans un cri à la fois de rage et de douleur, elle appuya sur la détente… et se redressa brusquement dans son lit, cherchant son souffle.
A côté d’elle, Mic se retourna, l’air perplexe. « Quelque chose ne va pas chérie ? »
Mac le regarda comme s’il s’agissait d’un inconnu. Qu’est-ce qui lui arrivait, bon sang ? Mic l’avait quitté… ou peut-être que non ? L’avait-elle seulement rêvé ? Avait-elle aussi seulement rêvé la confrontation avec Palmer ? Tout se mélangeait dans sa tête. Tout cela avait semblé tellement réel pourtant, mais, si ce n’était qu’un cauchemar, se pouvait-il que le reste n’ait été aussi qu’une illusion ? Etait-il possible que…
Un immense sentiment d’espoir la submergea. Si son esprit tortueux avait imaginé tout ce qui s’était passé depuis ce coup de fil… Harm était peut-être toujours vivant.

Mac se précipita hors du lit et couru vers le téléphone, n’osant pas y croire. Elle était allée dans cette église… elle avait senti ses ailes dans sa main. Est-ce que tout cela n’était qu’une espèce de blague cruelle et paranormale ? Ses doigts tremblaient en composant le numéro. Mon Dieu, je vous en prie. Je ferais tout ce que vous voudrez si vous m’exaucez…

Il y eu un déclic, et en un seul mot, la vie de Sarah Mackenzie reprit son cours.

« Rabb »
Elle étouffa un sanglot, heureuse en entendant le timbre chaud de sa voix. « Harm », réussit-elle à prononcer, non sans difficulté. Immédiatement, la voix fatiguée qui lui avait répondu se fit plus inquiète. « Mac ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Rien » murmura-t-elle. Pour une fois, tout allait bien. « Et vous, ça va ? »
« Très bien. On les a eu, Mac. Palmer nous a conduit tout droit à ses complices, et nous les raccompagnons tous les trois à Leavenworth. Pourtant, c’est la chose la plus incroyable que j’ai jamais vu. Le sergent major Krohn a su qu’on se dirigeait tout droit dans une embuscade, et il nous a prévenu. Si on avait franchi cette voie ferrée sans attendre les renforts… enfin, je préfère ne pas trop penser à ce qui aurait pu arriver. Je crois que la seule chose à dire, c’est qu’on a eu de la chance ce soir.»
« Je ne suis pas vraiment certaine qu’on puisse appeler ça de la chance, pilote » répondit-elle, en souriant au travers des larmes qui s’obstinaient à couler le long de ses joues.
« Peut-être pas » Elle pouvait presque l’imaginer lui rendant son sourire. « On embarque dans quarante minutes pour le Kansas. Au fait, pourquoi m’appelez-vous? »
« Rien d’important » mentit-elle. « C’est juste que… j’avais besoin d’entendre votre voix »
Il y eu un instant de silence. « Mac, vous vous sentez bien ? »
« Ouais. Ca va. »
« Parce que si vous avez besoin de moi, je peux confier ces gars aux MP. Il peuvent très bien les ramener à Leavenworth sans moi. Je peux être là dans une heure »
Elle était tentée d’accepter sa proposition, juste pour voir de ses propres yeux qu’il était vivant et bien portant. « L’amiral vous botterait copieusement l’arrière-train »
« Je prends le risque. Vous n’avez qu’un mot à dire et j’arrive »
La sincérité avec laquelle il avait prononcé ces paroles la fit frémir. « Non, je vais bien. Tout sera rentré dans l’ordre le temps que vous reveniez demain. Allez ramener ce salaud à l’endroit où il doit être. »
« Avec plaisir. Bonne nuit, ninja girl. »
« Harm, attendez. »
« Oui ? »
« Quand vous reviendrez… il faudra qu’on parle. »
**** FIN ****

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