Un si long chemin

AVRIL 2000
VOL DELTA AIRLINES LOS ANGELES / ATLANTA

Plus qu’une heure de vol avant que l’avion atterrisse à Atlanta et que j’endosse ma nouvelle identité avant de prendre le vol pour Gulfport. J’ai dormi suffisamment dans le Boeing qui me ramenait de Sydney, le soleil, le temps passé à faire du tourisme avec Mic, les nuits pendant lesquelles je ne suis plus seule à m’interroger sur mon avenir, tout cela est maintenant derrière moi, et je me sens pleine d’une énergie nouvelle, prête à replonger dans cette vie que j’avais fuie il y a maintenant plus d’une semaine.

L’appel de l’amiral m’a à la fois étonnée et soulagée. J’avais peur qu’après l’incident malheureux au cours du procès du premier maître Braken, je sois à nouveau cantonnée à des tâches administratives pendant quelques semaines, histoire de me rappeler la déontologie de ma profession.

On ne peut pas vraiment dire qu’une opération à couvert en tant que quartier maître soit une punition, même si ce n’est pas ma mission la plus glorieuse, mais je ne vais sûrement pas me plaindre, je ne vais pas directement devoir affronter les regards interrogateurs de mes collègues, et c’est finalement une bonne chose.

L’amiral m’a dit que Harm et Bud doivent arriver une semaine après moi pour le procès, Bud est transparent, je verrai à sa façon d’agir si je suis toujours sur la sellette pour une faute que je n’ai pas commise.

J’essaie de m’étirer un peu, sans déranger la vieille dame qui dort près de moi. La place est rare sur ces lignes ntérieures, et j’ai refusé l’offre de Mic qui voulait me surclasser en business. J’ai eu beaucoup de mal à le convaincre qu’à partir de Los Angeles, je devais entrer dans mon rôle et qu’un quartier maître ne voyageait pas en classe affaire …….

Son sourire triste, sa façon de me demander quand il allait me revoir, de me serrer contre lui, je me suis sentie tellement aimée en Australie que j’avais réussi à oublier mes soucis au JAG.

Cette semaine passée avec lui me laisse une impression étrange, à mi chemin entre rêve et réalité. Je soupire doucement en fermant les yeux, j’entends sa voix, je vois son sourire.

Son enthousiasme quand je l’ai appelé de l’aéroport pour lui dire que je prenais l’avion m’a fait chaud au cœur, je me sentais rejetée et seule au JAG, et là bas un homme m’attendait avec impatience et me parlait de tout ce qu’il allait pouvoir enfin me montrer. Ce jour là au téléphone, contrairement à ces appels quotidiens que nous avons depuis mon retour, il n’a même pas demandé si j’avais changé la bague de main. Non, sa voix était juste heureuse, joyeuse, comme celle d’un enfant le matin de Noël qui voit le train dont il rêvait sans totalement y croire. Et il était là quand j’ai débarqué de l’avion à Kingsford Smith, son sourire brillait dans ses yeux. Je ne me souviens pas avoir vu un homme m’attendre avec un regard pareil, comme émerveillé de ma présence, sans totalement croire encore à sa bonne fortune. Je l’ai laissé m’embrasser, c’est tellement bon de se sentir aimée, et peu à peu je lui ai rendu son baiser. Il s’est alors éloigné de moi et avec un soupçon de sourire un peu trop sûr de lui m’a dit qu’il valait mieux qu’on aille chez lui.

Chez lui …

Bien sûr, je savais qu’en allant le voir, j’acceptais que nos relations changent de nature, j’y avais un peu pensé dans l’avion, en fait je n’avais pensé qu’à ça, et à toutes les petites remarques d’Harm au sujet de ma bague, toutes ses allusions à l’Australie et à Mic depuis que nous étions revenus de Sydney, cette ébauche de conversation dans mon bureau quand j’ai pris mon billet d’avion

 » Est ce que vous allez voir Brumby ou est ce pour vous échapper d’ici ?’

 » C’est peut être un peu les deux …  »

mais Gunny est venu lui dire qu’il avait un appel avant que je n’ai le courage de lui dire qu’en fait c’était toute ma vie que je fuyais, pas seulement le JAG, mais lui aussi …

… et Renee accrochée au bras d’Harm, le couvant d’un regard possessif.

Je suis partie sur un coup de tête, ce congé ressemblait à une mise à pied, et je ne voulais pas les affronter tous, alors que je n’avais rien fait. Je crois que l’amiral m’a cru, il a malgré tout dû me dessaisir du dossier. Je sais que c’était son devoir, surtout après cette plainte déposée contre moi, il n’avait pas le choix, mais j’aurais voulu l’entendre me dire qu’il était convaincu de mon innocence, au lieu de me passer un de ces savons qu’il réserve d’habitude à Harm.

Harm a eu l’air effaré quand je lui ai montré le dossier que j’avais trouvé dans ma voiture ouvert à la bonne page, dûment annoté pour que je ne rate pas l’information capitale qui allait me discréditer… Comme s’il ne lui était jamais arrivé d’être à la limite de ce que permet la déontologie …… Comme s’il n’avait jamais eu à affronter la colère de l’amiral.

C’est drôle, malgré la tension qu’il y a entre nous depuis le retour d’Australie, c’est chez lui que je me suis précipitée pour aller demander conseil. Pourtant aller en parler à l’amiral aurait peut être été une meilleure idée … Mais c’est à lui que je pense tout de suite dès que quelque chose ne va pas, et aussi, rarement, quand j’ai envie de partager les choses qui vont trop bien.

Toutes ces choses dans ma vie qui vont de travers …

Comme l’année dernière, quand Chris était venu à Washington, cette fois ci encore ma première réaction a été d’aller chez lui, sans même téléphoner, pour demander de l’aide à l’homme qui m’est le plus proche, j’ai couru lui parler, j’avais besoin de lui … Et une fois de plus, le moment n’était pas bien choisi, une fois encore, alors que je ne savais pas à qui me confier, dès qu’il m’a ouvert la porte, l’odeur alléchante de cuisine qui planait chez lui m’a sauté aux narines. Harm aime faire la cuisine, mais là il était clair qu’il attendait quelqu’un…… Renee probablement… Le souvenir de ce soir où Bobbi était là chez lui, superbe, un verre de vin à la main, m’a frappé en plein cœur. Pourquoi me suis je encore mis dans cette situation, pourquoi une fois de plus suis je arrivée chez lui à l’improviste pour le trouver en pleine opération de séduction envers une autre femme ? A l’époque où je dînais parfois chez lui, pour étudier un dossier ou juste discuter un peu entre amis, il ne s’est jamais mis autant en frais pour moi. Mais je ne suis jamais arrivée chez lui dans une minijupe aussi courte que celle de Renee, je ne lui ai jamais fait le grand numéro de séduction que Bobbi avait dû lui faire, je ne suis que la bonne copine, celle qu’il vient voir quand il a des problèmes.

Je ne sais pas quand il s’est réconcilié avec Renee, elle a mal pris son contre interrogatoire, plus que je m’y attendais quand je l’ai faite citer comme témoin. Et je me suis surprise à ma grande honte à être contente qu’elle ait si mal réagi. Harm aurait dû se rendre compte qu’ils n’ont rien en commun à ce moment là. Que comprend elle à sa vie, à son métier, à ses passions ?

Je ne devrais pas penser à Harm et Renee, ça me met toujours aussi mal à l’aise, mais je ne sais pas vraiment pourquoi … J’ai Mic dans ma vie maintenant, pourquoi je n’arrive pas à tourner la page ?

La question puérile que j’ai posée dans l’avion pour Séoul me revient chaque fois en tête, qui aurait il choisi de protéger, elle ou moi ? Comment moi, le lieutenant colonel des marines Sarah MacKenzie, ai je pu poser une question aussi hors de propos au Capitaine de frégate Harmon Rabb jr ? C’est un officier, je suis un officier, notre devoir consiste à protéger la population civile, Renee est la population civile. Comment ai je pu être aussi ridicule? Comme sur ce ferry à Sydney, comme au McMurphy’s le soir où nous avons fêté la grossesse de Harriet, je n’ai pas pu m’en empêcher. Cela ressemble si peu à la personne que je voudrais être, à celle que je crois que je suis. Je repense à cette soirée il y a trois semaines seulement, dans une autre vie, tous les quatre autour de la table, Harriet et moi au régime sans alcool, Bud et son regard ravi qui disait tout ce que sa mâchoire douloureuse continuait à lui interdire d’exprimer, et Harm, un soupçon de mélancolie dans le regard. Et puis, Harriet et Bud sont rentrés chez eux, et juste avant qu’Harm se lève aussi, j’ai ouvert la bouche.

-Harm, je suis désolée pour Renee, vraiment. Si j’avais su que cela se passerait aussi mal…

-Non, Mac, vous saviez ce que vous faisiez. Je suis juste étonné que vous n’ayez pas prévu comment je pourrais utiliser le contre interrogatoire. Vous êtes plus avisée que ça d’habitude……

Il s’est interrompu et m’a regardé quelques instants d’un air interrogateur avant de continuer.

-Vous l’aviez prévu … Vous espériez …

Son regard est tombé sur ma main droite trop vite pour que j’aie le réflexe de la poser sur mon genou, loin de son regard. Il a relevé les yeux vers moi et nous sommes restés silencieux un moment, mal à l’aise, avant qu’il ajoute enfin :

-Pourquoi, Mac ?

C’était le moment, il fallait que je parle, que j’essaie de lui demander encore une fois pourquoi je n’avais pas droit à la même chose que les autres femmes qui traversaient sa vie, que je lui redise que cette bague ne comptait pas, que j’avoue que j’avais seulement voulu le faire réagir, comme une adolescente qui veut qu’enfin son ami d’enfance la considère comme une femme. C’était maintenant, mais je ne savais pas comment lui dire, alors en cherchant mes mots, machinalement, nerveusement, j’ai commencé à jouer avec la bague.

Harm a souri doucement, m’a une nouvelle fois regardé, puis m’a dit :

-Vous devriez rentrer chez vous, Mic va vous appeler et vous ne serez pas là. A demain, Mac.

Il a déposé un billet sur la table pour payer nos consommations et m’a quitté sans se retourner.

Je m’agite dans mon fauteuil, il est temps que ce voyage s’achève, ça ne sert à rien de ressasser encore et toujours les mêmes scènes, de me répéter les mots que j’aurais dû dire et que je n’ai pas trouvés. Je devrais vraiment essayer de passer à autre chose. De passer à Mic.

Mais comme si j’étais en face d’une enquête, je reprends encore et toujours les mêmes événements, je vais sûrement trouver la solution, comprendre …

Quand j’ai rejoint Harm et Bud en Australie, je croyais vraiment qu’il n’y avait rien de tangible entre Harm et Renee, j’avais même oublié leur dîner, ça ne comptait pas vraiment, non ? Mais quand il s’est retrouvé coincé en Islande, elle a eu l’air furieuse de se retrouver le bec dans l’eau. A la voir, j’avais presque l’impression de l’entendre dire  » Comment ce marin a t’il pu me faire ça, à moi.  » C’en était même drôle, et la voir partir au bras de Tiner comme s’il était un lot de consolation, c’était le summum. Qu’est ce que Harm peut bien lui trouver, à part qu’elle a des jupes vraiment courtes…

Mais maintenant, je me demande s’il n’espérait pas déjà en Australie aller plus loin avec elle, peut être ai je fait une erreur en essayant de lui parler de nous. Je pensais que le départ en Espagne de Jordan était loin et je me souvenais de ses paroles au McMurphy’s  » Parfois, j’ai l’impression que ça durera toujours, et d’autres fois que ça durera jusqu’à ce que vous vouliez de lui « . Il fallait que je tente ma chance, maintenant, je croyais … je croyais … je ne sais pas ce que je croyais, mais sûrement pas que Renee soit le genre de femme qui l’attire. D’ailleurs, je n’ai même pas pensé à Renee sur ce ferry, je n’ai pas pensé qu’il me disait non à cause d’une autre, seulement qu’il me disait non à cause de moi.

Maintenant, je n’en suis plus si sûre.

Je ne sais pas ce qui me gêne tellement chez Renee, à part qu’elle est Renee … Peut être cette façon d’arborer Harm comme s’il était un trophée, d’essayer de montrer aux autres qu’il est à elle.

Peut être le fait qu’il soit à elle …

Le souvenir de notre vol pour Seoul le mois dernier me revient encore à l’esprit, Harm une nouvelle fois plaisantait en parlant de l’Australie, c’est vrai que nos dix huit heures de vol nous auraient presque amenés à Sydney. C’est drôle, il n’a jamais voulu qu’on parle calmement de la bague que m’a offerte Mic, les quelques fois où j’ai voulu aborder la question, il s’est défilé, mais il ne rate jamais une occasion, lui, de faire référence à Mic, d’un ton moqueur, presque sarcastique, qui me rappelle la façon dont il parlait de Dalton. Et dès qu’il parle de Mic, j’ai l’impression qu’immédiatement, il mentionne Renee, ou qu’elle se matérialise près de nous, comme s’il invoquait une puissance magique pour le protéger …

Le protéger de quoi ? …

Quand elle est brusquement apparue dans le hall d’embarquement à Dulles, sa façon de présenter Harm à son caméraman comme  » son … capitaine  » en s’accrochant possessivement à son bras ne m’a plus laissé de doute … La preuve est devant vos yeux, votre Honneur, Harm a une aventure avec elle, que vous faut il de plus ? Quand mon téléphone a sonné, j’ai béni l’interlocuteur qui me sauvait de cette situation embarrassante, et en entendant la voix de Mic, je n’ai pu m’empêcher de lui répondre un peu plus fort et un peu plus chaleureusement que nécessaire, avant de m’éloigner un peu.

Un partout, Rabb.

Je soupire une nouvelle fois, je voudrais que l’avion atterrisse, que mon travail m’absorbe à nouveau suffisamment pour arrêter toutes ces idées qui tournent dans ma tête, toutes ces questions sans réponse….

Je ferais bien mieux de penser à Mic et à cette semaine que je viens de passer avec lui. Depuis Dalton, je n’avais laissé aucun homme s’approcher de moi, sauf Harm qui n’a jamais voulu saisir sa chance. Je ne peux pas croire qu’il ne se soit jamais rendu compte de ce que je ressens pour lui – correction, ce que je ressentais, maintenant, je ne sais plus vraiment où j’en suis .

Je ferme les yeux et me souviens de la Russie, de cette chambre que nous avons due partager, Harm qui dormait sur ce fauteuil. J’ai eu envie, tellement envie, de lui dire de me rejoindre, de prétendre qu’il aurait mal partout s’il dormait là, qu’il avait besoin de repos pour affronter ce qui nous attendait, mais je n’ai pas osé. A notre retour de Beloika, avant de reprendre l’avion pour Washington, nous sommes encore restés la nuit à Moscou, mais cette fois ci, nous ne partagions pas la même chambre, Webb et l’amiral s’étaient occupés de l’intendance pendant notre absence.

Nous avons dîné en silence, Harm avait l’air si perdu et je ne savais pas quoi lui dire. C’est en le regardant là que j’ai su qu’il était tellement plus que mon meilleur ami; j’ai voulu le lui dire, mais je ne savais pas très bien comment m’y prendre.

Je ne suis pas très douée pour les mots d’amour, je n’ai pas grandi dans une famille unie, et entendre mon père dire à ma mère en pleurant qu’il l’aimait après l’avoir battue a peu à peu imprimé dans mon cerveau d’enfant l’idée qu’aimer est néfaste. Maintenant, j’ai grandi, mais sauf avec John Farrow sur le moment, mes quelques relations amoureuses se sont toujours révélées désastreuses. En fait, même avec John, les choses ont fini par mal tourner. S’il ne m’avait pas aimé, il n’aurait pas dû faire face au procès et au déshonneur après la mort de Chris ….

Et puis, je me suis lancée, sans avoir pesé soigneusement mes mots, en essayant de faire confiance à mon instinct.

-Harm, vous voulez qu’on en parle ? Cela vous ferait du bien …… Ne restez pas comme ça, je suis là pour vous, s’il vous plait…

Il a levé les yeux de son assiette, il avait à peine touché à la kasha qu’il avait commandé  » Mac, c’est sain, c’est du sarrasin, vous devriez en prendre  » et il m’a regardé comme s’il me voyait pour la première fois. Ce regard surpris, étonné, le monde qui s’arrête autour de nous, la Maison Blanche au bout de la pelouse, une limousine noire qui nous attend, et moi la main tendue vers un homme qui me dévisage …

-Harm ! … Ca va ?

-Combien de fois vais je devoir perdre les gens que j’aime le plus, Mac ? Apprend on un jour à accepter la mort des autres ?

-Je suis désolée, Harm, vous savez que je n’ai pas de réponse, mais vous avez des gens qui vous aiment, qui tiennent à vous, votre mère, Frank, tout le monde au JAG … moi …

-Et dans combien de temps vais je vous perdre, Mac ? J’ai failli vous faire tuer cette fois encore … Pouvez vous me promettre que vous, vous n’allez pas mourir ? Que vous n’allez pas me laisser seul encore une fois ? Que vous serez là la prochaine fois que j’aurai besoin de vous ? Ce n’est pas la vie que vous méritez, je ne veux pas de ça pour vous …

Et brusquement, avant que je puisse lui répondre, il s’est levé et a quitté le restaurant, me laissant seule … J’aurais dû courir après lui, et tant pis pour l’addition et toutes ces contingences matérielles auxquelles j’ai alors pensé … payer… le serveur … vite, plus vite … sa veste … enfin, j’espère qu’il n’a pas froid dehors … mais je croyais qu’il m’attendrait, qu’il serait là quand je sortirais et que je trouverais le moyen d’adoucir sa douleur.

Mais quand je suis enfin sortie, il n’était pas là, il n’était pas à l’hôtel tout proche quand j’y suis arrivée, j’ai écouté toute la nuit pour l’entendre rentrer, et quand enfin, à l’aube il a ouvert la porte de sa chambre, je suis sortie précipitamment de la mienne et me suis trouvée face à un Harm mal à l’aise, qui m’a juste jeté un regard, puis en baissant les yeux, m’a lancé

-Ne dites rien. Je vous retrouve dans le hall dans une heure.

Je n’ai jamais voulu reparler de cette nuit, j’ai choisi d’ignorer ce qu’Harm avait pu faire, mes questions n’auraient fait que le blesser et nous éloigner, j’avais trop peur de le perdre alors.

Prendre conscience qu’on aime un homme et découvrir en même temps qu’on ne peut rien faire pour lui, à part essayer de le protéger, et attendre … attendre qu’il aille au bout de ses rêves, le voir être heureux avec une autre … attendre … l’entendre vous faire une promesse insensée, venue de nulle part, mais pas maintenant, un jour, peut être … et attendre encore ……et enfin se décider à faire un pas vers lui, et s’entendre dire  » Pas encore « ..

Je sens une larme couler sur ma joue et je me secoue, le marine qui est en moi a horreur de se sentir si pathétique, il est temps de faire quelque chose de ma vie, je ne veux plus attendre, Mic m’aime, et s’il n’est pas Harm, avec lui je me sens précieuse, j’ai eu l’impression d’être la chose la plus importante au monde, il m’a dit et répété quand il m’a fait l’amour la première fois qu’il surmonterait tous les obstacles, qu’il renoncerait à tout le reste pour être avec moi …… je ne veux plus attendre, Sarah MacKenzie aussi a droit au bonheur.

Le bonheur … je ne suis même pas sûre de savoir à quoi ça ressemble, alors pourquoi continuer à le chercher ? Le bonheur, c’est Bud, Harriet et AJ et ce nouveau bébé qu’ils vont avoir. Et pourtant, ils ont eux aussi parfois des problèmes, non ?

Mais moi, me suis déjà sentie heureuse ?

Pas avec Chris, j’étais euphorique, mais je n’étais qu’une enfant ivre d’alcool et d’apparente liberté. Avec John, cela ressemblait au bonheur, mais un bonheur sans avenir, avec un goût de fruit défendu. Avec Dalton, j’y ai cru, j’ai cru être enfin amoureuse, il me couvrait d’attention, de cadeaux, m’avait fait entrer dans un monde de luxe et de richesse si loin du mien … Pendant un moment, j’ai vraiment cru à ce mirage. J’y ai cru aussi longtemps que je suis restée au JAG. mais peu à peu la façade s’est fissurée, et j’ai eu l’impression d’avoir été manipulée, de n’être qu’un bel objet de plus dans sa collection, entre sa Porsche et ses tableaux modernes, un élément de sa vie sociale, le petit détail qui le distinguait de tous ces hommes en costume Armani.

Mais cette semaine, loin de mes soucis professionnels, loin d’Harm et de Renee, sous le doux soleil d’automne de l’Australie, je crois que j’étais bien. Peut être pas heureuse, mais confortable. Et puis, quelle femme, même si elle est colonel dans les Marines, ne se sentirait pas belle quand un homme la couvre d’attention et lui montre qu’il la trouve désirable. Mic m’a parlé d’amour, de mariage, et même d’éternité toute la semaine. Ce n’était pas vraiment les paroles que je voulais entendre, ou peut être pas venant de lui, ça va un peu trop vite, un peu trop loin. J’ai réussi doucement à lui dire que c’était trop tôt, que je n’étais pas prête, qu’il fallait qu’il attende et se contente de ce que je suis prête à lui donner pour l’instant. Quand il est avec moi, j’ai encore du mal à ne pas faire de comparaison, à ne pas penser à celui qui est à Washington, mais plus la semaine avançait, et plus le sourire d’Harm laissait la place à celui de Mic. Mic sait ce qu’il veut, il me l’a dit et répété, il me veut moi, et pas juste pour une semaine. Et cette semaine s’est si bien passée qu’il serait raisonnable d’y songer un peu.

L’avion entame sa descente vers Atlanta. Je sais au fond de moi que rien ne me fera oublier ce que j’ai vécu avec Harm, mais j’ai à nouveau envie de vivre , cette longue période de chasteté est enfin terminée. Je ne sais pas comment une relation amoureuse avec un homme qui habite à vingt heures d’avion de chez moi peut évoluer, mais peut être … peut être que cela vaut le coup que j’y réfléchisse, que je décide de faire un trait sur Harm et que je passe à autre chose … Mic … ou un autre, mais personne ne me dictera ma conduite.

Le soleil d’Australie m’a donné une nouvelle force, quelque part là bas un homme m’attend, moi. Cette fois ci, la balle est enfin dans mon camp.

CHAPITRE 4

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