Un si long chemin

Un si long chemin 5/8
TRANSPORT MILITAIRE A DESTINATION DE LA BASE D ANDREWS
Mars 2001

– Vous êtes sûr que c’est une bonne idée, Harm ? Rien ne nous oblige à aller voir les parents du sergent Steele pour leur annoncer nous même la mort de leur fille.
– Je sais, Mac, mais j’étais son avocat et je n’ai pas su l’empêcher d’accepter la proposition de Webb, et ensuite, je n’ai pas su la protéger. Je me sens responsable de sa mort.
– Harm, elle a choisi seule son destin, et vous n’avez aucune responsabilité là dedans. Webb pourrait se sentir coupable, à la rigueur, mais pas vous. Seulement, Webb, lui, n’a pas l’impression que le sort du monde entier repose sur ses épaules.

Je souris à Mac, elle a raison sur un point, rien ne nous oblige à aller expliquer aux Steele comment est morte leur fille, sauf le sentiment que son acte ne sera probablement jamais considéré à sa juste valeur. Je pourrais laisser Webb et la CIA leur donner la version officielle, mais seule la vérité sur la conduite de leur fille peut les aider à faire leur deuil. Et je sais pour l’avoir vécu combien il est important de connaître la vérité, tout comme il est important d’accepter la conduite d’un être cher qu’on a perdu. J’ai enfin fait la paix avec la mémoire de mon père, parce qu’enfin j’avais trouvé la vérité sur sa vie loin de moi, sur sa mort, et que je l’ai acceptée.

– Mac, ces gens ont le droit de savoir ce qui s’est vraiment passé, et ils en ont besoin pour faire le deuil de leur fille. Nous sommes vous et moi les seuls à pouvoir leur offrir cette vérité. Mac, un jour vous m’avez dit qu’il fallait que j’accepte ce que je savais sur mon père pour pouvoir avancer dans ma vie, et vous aviez raison. La dernière chose que je peux faire pour le sergent Steele, c’est expliquer à ses parents comment et pourquoi elle est morte. J’aimerais que vous veniez avec moi, mais rien ne vous y oblige.
– Vous savez que je vais vous accompagner, Harm, nous avons fait cette enquête ensemble, et si vous vous croyez responsable de sa mort, je le suis autant que vous. Je ne vous laisserai pas faire ça tout seul.

Je lui souris à nouveau, je savais qu’elle viendrait avec moi. Elle vient toujours quand j’ai besoin d’elle.

Elle était là le soir où j’ai voulu démissionner pour aller à la recherche de Sergei en Tchétchénie. Quand je me suis tourné et que je l’ai vue s’avancer vers moi, l’air inquiet, sous la neige qui tournoyait autour de nous et recouvrait les pelouses du Mall, j’ai su qu’elle venait pour m’empêcher de partir. Mais rien, même pas elle ce jour là, n’aurait pu m’arrêter. Je l’entends encore me dire :
– Renee m’a appelée, elle s’inquiète pour vous et moi aussi … Harm, ce n’est pas le moment de prendre une décision aussi radicale.

Je ne m’attendais pas vraiment à ce que Renee comprenne mes raisons, et bien sûr ma mère avait peur que je ne revienne pas et n’allait sûrement pas me soutenir si je partais à la recherche du fils que son mari avait eu avec une autre. Mais Mac aurait dû savoir, elle était là quand j’ai appris que mon père était mort, elle avait rencontré Sergei et savait combien il est important pour moi. Et pourtant elle me disait que je ne devais pas partir… Comme ce soir où j’étais venu chercher son soutien quand j’envisageais de retourner dans une escadrille, et où sa réaction n’a pas été celle que j’attendais … Si Sergei n’avait pas été retrouvé dans un camp de prisonniers, si j’étais parti comme je voulais le faire, qu’aurait-elle fait ? Je crois que cette fois ci, elle ne m’aurait pas suivi, elle a un homme dans sa vie maintenant, un homme qui a tout quitté pour elle, et ce n’est pas moi.

Je tourne la tête, si je continue à la regarder comme ça, mes yeux vont finir par me trahir. La femme assise à côté de moi est une amie, une collègue, elle va se marier dans deux mois … et je n’arrive pas à me faire à cette idée.

Comment ai-je pu nier ce que je ressens pour elle jusqu’à ce qu’il soit trop tard ? Lâchement, je suis content que nous ayons dû prendre des avions militaires pour cette mission, rien n’est plus inconfortable que ces avions, et y avoir une vraie conversation est quasiment impossible. Au moins je suis sûr de ne pas me laisser aller à dire des choses que je pourrais regretter.

Je ferme les yeux pour essayer de dormir, mais la présence de Sarah si près de moi m’en empêche, ce n’est pas ma collègue dans son uniforme strict que je vois, mais à nouveau cette femme superbe dans sa robe du soir blanche qui s’avance vers moi et dont la vue me coupe le souffle. Et si seulement je ne l’avais vu qu’une fois, mais non, depuis ma chute dans le bureau de l’amiral, il y a dix jours, c’est comme si j’avais découvert ce que mon corps n’arrêtait pas de me dire. Je désire cette femme bien plus que je n’en ai désiré une autre, et cela ne peut que m’attirer des ennuis. D’ailleurs, Renee ne s’y est pas trompée, il faut dire que l’appeler Sarah alors que nous étions en train de faire l’amour était plutôt révélateur. Cette nuit là, bien avant ma chute, je n’avais pas vraiment compris d’où m’était venu ce nom … maintenant que je vois Sarah me sourire dès que je ferme les yeux, je suis devenu prudent et j’évite de perdre le contrôle.

Si au moins je n’éprouvais que du désir pour Sarah, je saurais en faire abstraction et j’oublierais vite. Ce n’est pas la première fois que je rencontre une femme qui me plait sans que je puisse l’avoir. Mais cette fois ci, c’est tellement différent. Et c’est tout aussi impossible. Kate avait raison, il y a quelque chose entre Sarah et moi. Non, en fait je ne sais pas si je suis autre chose pour elle qu’un ami, je sais seulement que ce que j’éprouve pour elle est bien au-delà de l’amitié et j’avais toujours refusé de l’admettre. Et maintenant que mes sentiments m’ont sauté au visage juste au moment où Sarah s’est fiancée à un autre homme, je vais devoir apprendre à vivre avec, continuer à travailler avec elle, la côtoyer et la voir rentrer le soir auprès d’un autre, pour toujours.

Depuis que Kate est repartie pour San Diego, j’ai passé beaucoup de temps à penser à ma vie et à ce que je voulais en faire. J’ai toujours fait passer ma carrière et mon devoir avant tout le reste, et jusqu’à aujourd’hui, cela ne m’a jamais vraiment dérangé. Je crois que j’aimerais avoir des enfants, mais honnêtement j’aime la vie indépendante et sans attaches réelles que je mène. J’ai aimé m’occuper de Josh, et acheter des cadeaux pour le petit AJ pour Noël est agréable, mais entendre un enfant pleurer la nuit quand on a passé une journée entière à se battre au tribunal ne me fait pas rêver. Bien sûr, je ne l’avouerai jamais à personne, mais si je veux être honnête avec moi, et maintenant, je me dois de l’être, j’ai toujours inconsciemment choisi d’avoir des relations avec des femmes avec lesquelles je savais que cela ne durerait pas. Sauf peut être avec Jordan. Si notre relation avait duré plus longtemps, peut être … sûrement, j’aurais appris à lui parler vraiment … je ne sais pas. Mais aussi longtemps que nous avons été ensemble, je n’ai jamais réussi à lui parler comme je parlais à Sarah.

Sarah qui sort de ma douche vêtue d’une serviette de bain …

Les images apparaissent de plus en plus fréquemment, ici, quand nous travaillons, même dans le bureau de l’Amiral, dès que je me laisse aller à penser à elle. Il faut que je sorte de cette situation, tout de suite, il faut que je pense à autre chose sinon mon corps va me trahir encore une fois. Je devrais essayer de bavarder avec elle de tout et de rien, ce serait sûrement plus raisonnable, mais en même temps, je sens qu’il faut que j’essaie de lui dire ce qu’elle représente pour moi. Je sais que j’ai tort, mais je n’arrive plus à gérer cette situation, je ne peux plus prendre de recul et finalement lui parler serait peut être moins grave que ne pas lui parler. Je ne sais pas comment je vais lui dire, mais il faut que j’essaie. Les mots vont peut être me venir tout seul si je parle de choses et d’autres. Je sais que j’ai tout à perdre, mais je ne peux plus supporter de la voir si proche et de la savoir si définitivement loin de moi. Si je dois encore une fois partir en mission avec elle, passer la moitié de la nuit près d’elle à travailler sur un dossier, et toujours devoir me contrôler, faire attention à mes gestes, à mes paroles, je vais devenir fou.

Les choses sont plus simples à gérer à Washington, nous ne sommes pas seuls ensemble tout le temps, et le soir, je suis avec Renee. J’ai honte de l’admettre, je sais que Renee ne mérite pas que je la traite comme ça, elle a accepté tous mes changements d’humeur, elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour correspondre à ce qu’elle pensait être la femme qu’il me faut. Je sais qu’elle rêve d’un avenir avec moi, elle est prête à tous les compromis pour ne pas me perdre. Mais je ne peux pas m’en empêcher, c’est à Sarah que je pense quand je suis avec Renee, c’est à Sarah que je fais l’amour, et je crois que Renee le sait. En fait, même si apparemment les choses sont plus simples à Washington, cette situation ne doit plus durer, depuis que j’ai compris ce que j’éprouve pour Sarah je sais que je dois faire quelque chose, par honnêteté pour Renee, par respect pour moi.

Et peut être que si j’ai le courage de dire la vérité à Sarah, nous pourrons enfin nous retrouver. Peut être n’est-il pas trop tard ?

Il se tourne vers moi et fronce imperceptiblement les sourcils, comme il le fait si souvent depuis quelques jours quand il me regarde. Comme s’il ne me reconnaissait pas vraiment, comme si ses yeux lui envoyaient des informations que son cerveau ne reconnaît pas. Au début, ça m’a un peu inquiété, c’était juste après sa chute et j’ai eu envie de lui dire de passer des examens. Mais il n’y a pas eu d’autre signe, cette semaine je n’ai rien remarqué d’étrange, à part bien sûr ces froncements de sourcil, alors j’ai préféré ne rien demander. Poser des questions à Harm est un jeu dangereux auquel je n’ai plus envie de jouer.

Il commence à me parler des procès en cours, de Bud qui se révèle être un excellent avocat et un adversaire que nous commençons à redouter, de petites choses sans importance. Et pendant qu’il se cache derrière toutes ces paroles insignifiantes, ses yeux tiennent un autre langage, mais il ne le sait pas. Je sais que j’ai tort de le laisser faire, j’ai décidé d’épouser Mic et je devrais dire à Harm de garder ses distances.

Garder ses distances … Comment puis je dire d’un homme qu’il ne garde pas ses distances alors que rien dans son attitude n’a changé, sauf quelques détails que personne n’a remarqués : la façon dont il me regarde comme s’il me découvrait, ces regards que parfois nous échangeons au moment où je ne m’y attends pas, et qui me troublent tellement, toutes ces petites phrases dites sur le ton de la plaisanterie, mais d’une voix un peu trop sourde pour n’être que des plaisanteries :  » Je sais toujours où vous êtes, Mac « , la chaleur de son regard sur mon corps quand il croit que je ne m’en rends pas compte.

Et son regard désemparé quand j’ai montré à Harriet ma bague que je venais de changer de main.

Je ne veux même plus chercher à comprendre. Pendant tout ce temps où la bague de Mic était à ma main droite, Harm n’a rien dit, rien fait, nous sommes redevenus un peu plus proches à notre retour de Tchétchénie, mais dès notre arrivée je l’ai vu se reprendre, comme s’il refusait que notre relation change.

Et du jour où moi j’ai pris une décision, celle d’épouser Mic, l’attitude d’Harm s’est imperceptiblement modifiée, comme s’il ne s’attendait pas à mon geste, comme s’il avait jusqu’alors pensé que cette bague, que Mic n’avaient aucune réalité et qu’il se réveillait brusquement en se rendant compte que ce n’était pas un rêve … ou un cauchemar ? Peut être ai-je passé trop de temps à réfléchir à tout ça, peut être n’y a t’il rien de réel dans ce que je crois voir………

La vie est étrange. Kate est ressortie du passé d’Harm au moment où je changeais ma bague de main, comme pour me pousser à m’interroger sur ce que je faisais, ce que je voulais vraiment.
– Ca a duré longtemps entre vous ?
– Il n’y a jamais rien eu.
– Vous aviez déjà trouvé un homme.
– En fait Mic est venu plus tard.
– Vraiment ? Et il ne s’est rien passé avant ça ?
– C’est la même histoire, on travaillait tout le temps ensemble, ça n’a jamais abouti à rien.
– C’est une chose à éviter de toute façon.

Kate, sa première partenaire au JAG, et j’apprenais qu’ils avaient eu une aventure. A la façon dont Kate le regardait et lui parlait, je suis sûre qu’elle aurait été ravie de reprendre leurs relations. Qu’avait-elle dit de lui, déjà ? Ah oui  » Les doigts les plus rapides de la marine.  » Si je n’avais pas été encore plus gênée qu’Harm, son malaise évident m’aurait amusé. Mais étrangement, leur complicité m’a fait mal, plus même que quand je vois Harm avec Renee.

Et quand elle m’a accusé de vouloir me débarrasser d’elle, qui pourrait se mettre entre moi et l’homme de mes rêves, je lui en ai terriblement voulu de me faire douter à nouveau. Je ne veux plus douter, j’ai attendu longtemps, trop longtemps, dix mois c’est suffisant pour prendre une décision, non ? Bien sûr, cette décision je l’ai prise sans avoir parlé avec Harm, mais pourquoi aurais-je dû d’abord parler avec un homme de mon intention d’en épouser un autre ? Qu’aurais-je dû lui dire ? J’ai déjà essayé une fois de parler d’éternité, et il m’a repoussée, pourquoi aurais-je dû refaire la même erreur ? Je lui ai laissé du temps, beaucoup trop de temps, c’est un luxe que je n’ai plus les moyens de m’offrir.

Je me revois changer cette bague de main, Mic avait décidé de repartir en Australie, Harm voulait quitter le JAG pour partir chercher son frère, et je me suis vue seule, encore une fois, abandonnée par ceux qui auraient dû m’aimer. Comment les empêcher de partir en me laissant derrière eux? Je ne pouvais pas les retenir tous les deux, mais je ne voulais pas revivre cet abandon, tout mais plus ça, je ne peux plus affronter cette solitude. Alors sans vraiment réaliser ce qu’elle faisait, la petite fille a changé la bague de main pour qu’un homme continue de l’aimer et la protéger. Je ne regrette pas ma décision, Mic m’aime et je l’aime, il est stable et me rassure, il s’occupe de moi et je suis la seule chose qui compte dans sa vie. Jamais encore un homme n’avait fait de moi le centre de son monde, comment pourrais je ne pas l’aimer ?

Harm s’est arrêté de bavarder et me regarde intensément, je ne sais pas depuis combien de temps il ne parle plus, j’étais perdue dans mes pensées, et brusquement je me sens rougir, juste son regard sur moi et je perds tout contrôle. Il faut que je réagisse, tout de suite, il va vraiment falloir que nous discutions et que je lui dise de ne plus faire ça. Que lui arrive t’il ? Pourquoi ses yeux expriment-ils enfin un tel désir, maintenant que j’ai choisi mon avenir ? Je ne veux plus me poser de questions, je sais que si je le laisse faire, je serai encore une fois celle qui pleurera, celle qui restera seule. Non.

– Harm, s’il vous plait, arrêtez.

Il sursaute et cligne des yeux, puis fronce des sourcils encore une fois et détourne le regard.

Je ne vais pas le laisser s’en sortir comme ça cette fois ci, le laisser tranquille jusqu’à la prochaine fois. Quand ? Demain, dans une semaine, dans une heure, dans le bureau de l’amiral ? Chaque fois qu’il fait ça, je perds mes moyens et je recommence à douter. S’il a quelque chose à me dire, qu’il parle … maintenant … ou qu’il me laisse tranquille.

– Harm, je ne comprends pas à quel jeu vous jouez depuis quelques semaines. Si vous avez quelque chose à me dire, faites-le, mais arrêtez de me regarder comme ça. Harm, vous m’entendez ?

Il se tourne vers moi, son expression est indéchiffrable, il a les mâchoires serrées comme s’il faisait un effort sur lui-même. Je crois que c’est le cas, il essaie de reprendre le contrôle, et je crains que mes questions ne fassent que le désorienter davantage. Je n’aurais rien dû dire, j’aurais dû faire comme toutes ces autres fois où j’ai feint d’ignorer ce qui se passait et que je ne percevais que trop bien. J’ai eu tort. Harm ne me dira rien, et en plus nous risquons une nouvelle fois de nous déchirer. Peut être est-il trop tard maintenant pour sauver notre amitié, peut être y a t’il trop de regrets entre nous pour que nous puissions retrouver notre complicité.

Et pourtant, il avait l’air d’être si complice avec Kate. Et il a couché avec elle. Pourquoi elle et pas moi ? Sarah, ne t’engage pas sur ce chemin …
Cette stupide conversation sur le ferry résonne une nouvelle fois dans ma tête.
– Vous n’êtes comme ça qu’avec moi, n’est ce pas ?
– Seulement avec vous.
– Je devrais me sentir flattée.
– Vous devriez Sarah.

Bon sang, Rabb, à quoi jouez-vous ? Que nous arrive t’il ?

Et brusquement, alors que je n’y croyais plus, il commence à parler, si doucement que j’ai du mal à l’entendre, et sa voix résonne étrangement, ce n’est pas le Harmon Rabb que je connais, celui qui sait emporter la conviction d’un jury. J’ai l’impression d’avoir remonté le temps, cette voix, c’est celle de cet homme adossé au bastingage d’un ferry, mais aujourd’hui il prononce des paroles qu’il essaie de rendre compréhensibles.

– Je suis désolé, Mac, je crois que je viens de prendre conscience de ce que je voulais vraiment, au moment même où j’ai découvert que je ne l’aurai jamais. J’ai tellement de choses à vous dire, mais j’ai aussi tellement peur de les dire. Que voulez-vous que je fasse ? Si vous le souhaitez, je demanderai à l’amiral que nous n’ayons plus à travailler ensemble.
– Harm !
– Non, Mac, laissez moi parler, s’il vous plait, pendant que j’en ai le courage. Je ne veux qu’une chose, c’est que vous soyez heureuse. Je viens de découvrir que vous n’étiez plus seulement une amie pour moi le jour où vous avez accepté d’épouser Brumby. Vous avez pris une décision, et j’ai peur de vous demander de la remettre en cause. Je pensais seulement que vous ne le feriez pas, et … et bien, disons que quelqu’un m’a poussé à m’interroger sur ma relation avec vous et …

Il se tait et baisse la tête, je l’ai rarement vu à court d’argument, mais maintenant je veux qu’il s’arrête, s’il en dit plus je ne sais pas comment je pourrai continuer à le regarder, comment je pourrai travailler avec lui, comment je pourrai retourner auprès de Mic, comment j’aurai la force de ne pas me jeter dans ses bras … Et si je perds Mic, comment puis-je être sûre d’avoir Harm. Il n’a pas l’air de savoir vraiment ce qu’il veut, ce qu’il est prêt à faire. Oh, je sais bien qu’il y a une chose qu’il n’est pas prêt à faire, c’est me faire passer avant tout le reste dans sa vie. Il vient peut être de se rendre compte que nous étions un peu plus que des amis, mais il n’est toujours pas prêt à s’engager, pas avec moi …

Je ne veux plus qu’il parle, cela va nous détruire et cette fois ci je ne sais pas si je pourrai me reconstruire, pas toute seule.

– Harm, arrêtez, j’ai eu tort de vous bousculer, je crois qu’il vaudrait mieux qu’on n’aborde plus ce sujet, pour vous et pour moi … s’il vous plait …

Je lève les yeux vers elle, son regard m’implore, elle a l’air d’être aussi perdue que je le suis, mais le message est clair, elle me demande de ne plus parler davantage. Ca, ça ne devrait pas être trop difficile, parler de mes sentiments n’a jamais été mon fort … mais arrêter de penser, arrêter de me demander pourquoi je n’ai pas réagi avant, pourquoi j’ai laissé les événements s’enchaîner sans chercher à intervenir, là je vais sûrement avoir du mal. S’il suffisait de décider de passer à autre chose, si quelqu’un avait un remède miracle pour que Sarah sorte de ma tête, j’en serais soulagé.

Je baisse à nouveau les yeux, je ne peux pas la regarder, cela rend la situation encore plus difficile pour moi.

Comment en suis-je arrivé là ? Comment n’ai-je pas vu avant que Kate ne m’ouvre les yeux à quel point Sarah comptait pour moi ? Pourquoi toutes ces années me suis-je persuadé qu’elle était une amie, et rien d’autre ? Je pense à toutes ces femmes qui ont si souvent fait allusion à mon amitié avec Sarah, en suggérant qu’il y avait autre chose, en laissant entendre qu’on ne parle pas ainsi d’une simple amie : ma mère, Annie, Bobbi, et depuis quelques mois Renee. Pourquoi n’ai-je compris ce dont elles me parlaient que quand Kate me l’a dit ? Peut être parce que Kate me l’a dit au bon moment, quand j’ai découvert que j’avais perdu Sarah pour un autre homme.

Et pourtant, je ne l’ai pas vraiment perdue, puisque je ne me suis jamais battu pour l’avoir, sans vraiment savoir pourquoi. Je me revois lui promettre un enfant le jour où le petit AJ est né, maintenant je sais que cette promesse était ma façon de lui dire de m’attendre, de lui demander de me donner du temps … et je crois bien que c’est pour cette raison que j’ai juste  » oublié  » ce que cette bague pouvait signifier.

Sarah bouge un peu à côté de moi, et je sens qu’elle pose sa main sur mon bras pour attirer mon attention.

Je me tourne vers elle, elle a les yeux brillants de larmes, mais je vois qu’elle lutte pour garder une apparence de calme dans cet avion où nous ne sommes pas seuls. Heureusement, personne ne fait vraiment attention à nous. Mon Dieu, dites-moi qu’elle a changé d’avis, qu’elle veut nous donner une chance, qu’elle va enlever cette bague. S’il vous plait, donnez-moi le courage de lui dire ouvertement que je l’aime. Je l’aime, trois mots que je n’ai pas souvent prononcés, même dans ma tête, et maintenant je n’attends plus qu’un signe d’elle pour me laisser aller. Sarah, s’il te plait, dis-moi qu’il n’est pas trop tard.

– Harm, laissez-moi vivre ma vie, s’il vous plait.

J’ai l’impression brusquement qu’il fait plus sombre dans l’avion, le verdict est tombé et cette fois ci, j’ai vraiment perdu la partie. Comment aurais je pu gagner alors que je ne savais pas que je devais me battre. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, mais Sarah ne doit pas en souffrir. Si je ne peux pas l’avoir, je veux au moins faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’elle soit heureuse, même avec un autre si c’est sa décision.

Il faut que j’aie la force de la rassurer, je lui dois bien ça.

J’essaie tant bien que mal de lui sourire et enfin je réussis à lui répondre.

– Je vous le promets, Mac, je ne vous importunerai plus. Je suis désolé de m’être comporté ainsi, j’ai eu tort, je ne veux qu’une chose, votre bonheur. Je serai toujours votre ami, Sarah, je vous le promets. Et vous n’aurez plus à vous plaindre de moi, jamais.

Et dans cet avion qui nous ramène aux Etats Unis, près de cette femme à laquelle je viens de renoncer au moment même où enfin j’étais prêt à me battre pour elle, je me fais la promesse de toujours respecter ses décisions et ses choix, quoiqu’il m’en coûte. Comme avant, je resterai son ami et ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour qu’enfin elle soit heureuse.

Même si ça doit me détruire …
CHAPITRE 6

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