Un si long chemin

Un si long chemin 6/8
Vol American Airlines de Minneapolis à Washington DC

5 Juin 2001

Je sirote tranquillement mon bourbon, soulagé d’avoir eu une bonne excuse pour quitter Minneapolis si vite. La mort soudaine de son père a profondément bouleversé Renee, et je ne pouvais pas la laisser seule juste maintenant. Mais aller pour la première fois avec elle dans sa famille pour trouver ses proches en deuil alors que toutes mes pensées vont vers une autre femme m’a mis particulièrement mal à l’aise.

J’aurais dû appeler Sarah de l’aéroport avant de monter dans l’avion. Après tout elle m’a dit de m’occuper de Renee, mais maintenant Renee est avec les siens – et ce Cyrus qui la dévore des yeux. Oui, j’aurais dû appeler Sarah, elle aurait peut être pu me retrouver à Reagan National Airport … ou j’aurais pu lui dire que je venais chez elle. Je m’en veux de ne pas avoir été disponible quand elle avait besoin de moi, ce n’est malheureusement pas la première fois, mais je me jure bien que ce sera la dernière. Peut être fallait il que je me retrouve perdu en mer au moment où elle allait épouser Mic pour qu’enfin je comprenne que Sarah est devenue ma priorité.

Comment Skates m’a t’elle dit ça le jour où je suis sorti de l’hôpital ?

– La vie ne vous semble t’elle pas un peu différente ?

– Que voulez vous dire ?

– Et bien, on vous a donné la chance de porter un nouveau regard sur votre vie, de ne pas laisser échapper ce qui est vraiment important pour vous.

– Vous croyez que je ne l’avais pas encore fait ?

– Moi, je ne l’avais pas fait.

Skates avait à la fois raison et tort.

La nuit où nous nous sommes écrasés, avant de décoller du Patrick Henry pour revenir à Andrews, je n’avais pris aucune décision, je ne savais même pas ce que j’allais faire quand j’arriverais à l’église pour assister au mariage de Sarah. Je savais juste que j’avais promis d’y être, et que je ferais tout pour tenir cette promesse. Mais je savais aussi que rien ne me serait plus pénible que la voir devenir Madame Mic Brumby, désormais perdue pour moi.

J’avais promis à Sarah de respecter sa décision, et c’est bien ce que j’ai fait jusqu’à la soirée de fiançailles. Après notre retour je n’ai plus essayé de franchir cette ligne invisible qui nous séparait elle et moi. Je n’ai plus cherché à être autre chose que son ami, même s’il m’a souvent fallu beaucoup de contrôle pour ne pas bêtement l’appeler Sarah, ou pour sourire en lui disant bonsoir. Dire bonsoir à la femme qu’on aime et qui va en retrouver un autre, et lui sourire, comme à une amie de longue date, comme si de rien était, je pensais que ce serait difficile seulement au début, mais jour après jour j’ai trouvé cela toujours plus dur, et j’ai fini par chercher un moyen de l’éviter : travailler dans la bibliothèque, partir plus tôt qu’elle sans passer devant son bureau, dire à Harriet que je ne voulais en aucun cas être dérangé, déplacer quand c’était possible certains interrogatoires ou partir en fin d’après midi sur une enquête … Mais cette suite de stratagèmes puérils s’est avérée finalement tout aussi stressante et dure à assumer.

Et pendant que j’essayais de ne pas penser à Sarah auprès de Mic, Sarah embrassant Mic, Sarah faisant l’amour avec Mic, je m’efforçais de trouver une certaine sérénité auprès de Renee. Ma grand-mère m’a si souvent répété cet adage : « Si tu ne peux pas avoir ce qui te rendrait heureux, sois heureux avec ce que tu as. » J’ai essayé, Granny, j’ai vraiment essayé, pour moi et aussi pour Renee. Ce n’est pas dans mes habitudes d’être aussi peu honnête avec une femme, égoïste, oui, peut être un peu, mais pas malhonnête. Et là, du départ de Kate à la soirée de fiançailles de Sarah, j’ai joué la comédie à Renee en me persuadant que ce n’était pas une comédie, et ce n’en est pas vraiment une. J’ai essayé de me rapprocher un peu plus de Renee, toujours présente et étonnamment patiente. Qui aurait pensé que Renee, si à l’aise dans le milieu du show business, si loin de mon univers, finirait par se faire une place dans ma vie et que c’est vers elle que j’essaierais de me tourner pour oublier Sarah.

Je suis plutôt bien avec Renee, elle est drôle, elle sait se faire discrète, aussi surprenant que cela paraisse, et je ne suis pas seul. Bravo, Rabb, depuis plus de quinze ans tu te débrouilles pour ne pas avoir d’attaches sentimentales, et maintenant que tu approches de la quarantaine, tu n’as plus envie d’être seul ? Ou tu en as eu peur, parce que cela t’aurait laissé trop de temps pour penser à Sarah qui elle n’était plus seule ?

Je réalise maintenant que j’aurais vraiment dû me battre pour la garder, ce n’est pas une chance supplémentaire que je viens d’avoir, mais plusieurs, et cette fois ci je ne vais pas les gaspiller. J’ai survécu par une sorte de miracle à une tempête épouvantable, par miracle ils m’ont localisé et retrouvé avant qu’il ne soit trop tard, et le mariage est annulé. Sarah ne va plus se marier. Brumby est parti … Non, je ne vais pas laisser échapper cette chance là, c’est probablement la seule à laquelle j’ai encore droit.

Une chance d’enfin devenir plus que le meilleur ami de Sarah, une chance de passer mes nuits avec elle, une chance trop précieuse pour que je fasse une erreur.

C’est le moment ou jamais de me rallier le jury, si je prépare mon dossier comme pour une plaidoirie, je ne devrais pas avoir trop de mal à la convaincre … le souvenir du baiser que nous avons échangé chez l’amiral va me donner toute la force de conviction dont j’ai besoin.

Je n’en reviens toujours pas de ce qui nous est arrivé ce soir là, au moment où j’essayais vraiment de me faire une raison et de me fondre dans le personnage du meilleur ami, du grand frère.

Ce qui avait commencé tranquillement comme une conversation entre deux amis a peu à peu changé, et cette discussion que j’avais essayé d’avoir avec elle dans l’avion à notre retour d’Arabie Saoudite en mars, et que Sarah avait refusée, c’est elle qui ce soir là l’a provoquée. Tous ces souvenirs que nous avons égrenés, ces cinq années de souvenirs communs, de dangers partagés, ces bons moments et toutes les fois où nous avons été là l’un pour l’autre, comment pourrions nous les oublier ? Comment Mic et Renee ont-ils pu croire que nous pourrions si facilement tourner la page ? Encore aurait-il fallu que j’en aie la volonté réelle, malgré toutes mes résolutions.

Pourtant, peu à peu, j’ai fini par me résigner, j’avais été assez stupide pour ne rien faire quand il en était temps, assez stupide pour perdre la femme que j’aimais, par lâcheté, par peur de l’engagement, par peur de perdre cette liberté de célibataire dont je n’ai en fait jamais vraiment profitée, par peur de voir toute notre vie, nos carrières, remises en cause.

Ou plutôt j’ai cru que je m’étais résigné, je devrais pourtant me connaître mieux maintenant.

Quand me suis-je véritablement résigné à quelque chose ? Je n’ai pas accepté la disparition de mon père jusqu’à ce que je découvre la vérité sur son sort, je n’ai pas accepté de ne plus voler au point d’en arriver à faire un trait sur la vie que j’avais difficilement reconstruite pour retourner en escadrille. J’aurais dû savoir que malgré ma volonté, je n’arriverais pas si facilement à renoncer à Sarah, j’aurais dû savoir que la bataille que j’allais devoir me livrer serait acharnée, j’aurais dû savoir qu’il suffirait de peu de choses pour que je perde le combat.

Mais je me sens si soulagé de l’avoir perdu … et c’est avec Sarah que je veux maintenant faire la paix et trouver une façon d’affronter tous ces problèmes et peut être, sûrement, de nous construire un avenir.

Ensemble …

TRANSPORT MILITAIRE A DESTINATION DE L’OCEAN INDIEN

5 juin 2001

Je n’aurais pas dû lui poser toutes ces questions, c’était ma soirée de fiançailles, et au lieu d’être près de Mic au milieu de mes amis, je me suis isolée avec Harm et j’ai insisté, insisté, jusqu’à faire tomber son armure. Ce n’était ni le lieu ni l’heure, mais c’était plus fort que moi …

– C’est votre façon d’opérer, vous fuyez.

– Non, c’est faux, je ne fuyais pas, je ne voulais pas mettre notre amitié en danger. Et vous ?

– Là bas dans le port de Sydney ? J’aurais dit oui, courons le risque.

– Mais dans ce cas là, vous ne seriez pas en train de fêter vos fiançailles.

– Peut être que si.

Il m’avait promis qu’il me laisserait vivre ma vie et tout se passait tellement mieux, j’étais bien avec Mic et je commençais même à attendre avec plaisir ce mariage, le début de cette nouvelle vie. Les disputes sans raison que nous avions parfois semblaient s’espacer, nous habitions ensemble et c’était bien … simple, confortable, sécurisant … un bon mari, une bonne carrière …

Et puis au dernier moment, j’ai voulu savoir, j’ai voulu comprendre pourquoi Harm m’avait repoussé. J’aurais dû savoir que j’avançais sur un terrain glissant, mais je me sentais enfin forte et tranquille, ma décision était claire, je savais pourquoi je l’avais prise, j’étais sûre de mon choix, j’allais épouser un homme pour qui je comptais plus que tout, un homme qui avait renoncé à tout pour moi. Je me sentais forte, alors j’ai voulu savoir.

Et j’ai fini par tout perdre …

Et maintenant, c’est moi qui fuis, moi qui suis incapable d’affronter la situation, d’affronter le départ de Mic et tout ce qui pourrait maintenant arriver … avec Harm … ou sans Harm.

Mic avait raison, j’ai cru que je l’aimais par peur d’être seule, j’ai vraiment voulu que notre mariage ait lieu, qu’il réussisse, mais par peur de la solitude. Dès que j’ai cru qu’il allait me quitter en février, j’ai changé ma bague de main. J’aurais tout fait pour ne pas rester seule. Pourquoi me suis je trompée à ce point, une fois de plus ? Pourquoi n’ai je pas eu conscience de ce que je faisais, jusqu’à ce que lui s’en rende compte et qu’il ne le supporte pas. Il n’est parti que depuis trois jours, et j’entends encore et encore ce qu’il m’a dit avant de me quitter.

– Qui a pris la décision d’annuler le mariage ?

– C’est nous.

– C’est toi, avec ma bénédiction. Et qui a pris la décision de ne pas le reprogrammer pour le samedi suivant ?

– Je n’étais pas prête …

– Et je n’ai pas eu le droit à la parole.

– Tu as raison. Je suis désolée.

– Ne sois pas désolée, sois honnête. Pourquoi m’épouses tu, Sarah ?

– Parce que je t’aime.

– Alors pourquoi quand il y a un problème suis je le dernier vers lequel tu te tournes ?

Comment ai- je pu faire ça ? Comment ai-je pu croire si longtemps que parce que Mic m’aimait, tout allait bien se passer ? Comment ai je pu ne pas comprendre seule à quel point toute mon attitude était malsaine. Je me laissais dorloter par Mic, mais sans lui laisser vraiment le droit de faire partie de ma vie, d’être ma priorité. Et pendant tout ce temps, dès que Harm avait besoin de quelque chose, j’étais là pour lui. J’ai tellement honte de mon attitude. J’ai tellement peur de ce qui va se passer maintenant.

Une larme coule sur ma joue, je l’essuie avec le plus de discrétion possible, ce n’est pas l’endroit pour pleurer.

– Madame, vous allez bien ?

Et zut, j’aurais dû penser que mon geste n’échapperait pas à Gunny, je ferais mieux de me reprendre tout de suite et de me concentrer sur notre mission. De toute façon, ce n’est pas en m’apitoyant sur mon sort que je réussirai à m’en sortir. Je me force à sourire et lève les yeux vers lui.

Il me regarde en souriant doucement, un peu inquiet, comme s’il regardait une de ses sœurs. Cet homme est beaucoup trop intelligent pour ne pas avoir deviné pourquoi j’ai demandé ce détachement, mais je dois continuer à faire semblant, c’est la seule option que je peux choisir, à cause du protocole militaire, mais aussi parce que c’est ma seule chance de me reconstruire.

– Oui, Gunny, tout va bien, j’ai une poussière dans l’œil.

Il me sourit toujours, je sais qu’il n’est pas dupe, mais tout n’est qu’une question d’apparences. Si je fais semblant assez longtemps, loin de Washington, je sais que je vais accepter ce qui s’est passé, comprendre pourquoi je n’arrive pas à mettre ma vie privée en ordre, ou au moins apprendre à vivre avec mes échecs.

Il faut juste que je sois loin de Washington, loin de la sollicitude de mes amis, loin de leurs questions incessantes, loin d’Harm, très très loin de lui … le plus longtemps possible.

Dès qu’on aura atterri, je vais l’appeler.

Je dois être à Norfolk demain à 10 heures pour la dernière étape de l’enquête sur l’accident, mais nous allons arriver suffisamment tôt pour que je passe quelques heures avec elle ce soir. Il faut que je lui parle.

Le soir où Mic est parti je ne lui aurais peut être pas dit tout ce que je veux lui dire maintenant, je ne sais pas si j’en aurais eu le courage. Le mariage qu’elle avait préparé depuis tant de semaines venait d’être annulé, et même si je reste persuadé que c’était une bonne chose, je sais que Sarah devait souffrir, se souvenir de toutes les rejets qu’elle a déjà vécus. Cette fois ci encore, un homme l’abandonnait. Ce n’était sûrement pas le moment de faire avancer notre relation, pas alors que rien n’était réglé avec Renee, alors que l’avion de Mic venait à peine de quitter les Etats Unis, et pourtant, je crois qu’elle comme moi ne savions pas ce qui pouvait arriver, ce que nous espérions vraiment quand elle m’a appelé de Dulles en pleurant, complètement perdue, et que je lui ai dit de me rejoindre.

– Mac, où allez vous ?

– Je ne sais pas.

– Venez chez moi.

– Pourquoi ?

– Pour qu’on parle.

– Nous avons déjà parlé.

– Ne discutez pas.

– J’ai besoin d’une meilleure raison.

– Vous la connaissez la raison.

– ………

– Mac ?

– Je suis là.

– Je vous attends.

Que ce serait-il passé si le père de Renee n’était pas mort. Si j’avais été vraiment égoïste et que j’avais dit à Renee venue chercher du réconfort auprès de moi que c’était fini et que j’attendais Sarah ? Je n’en sais rien, mais maintenant, je sais que toutes ces occasions manquées ne doivent plus se reproduire. Dès que Renee sera revenue à Washington, je lui demanderai le plus gentiment possible de me pardonner pour ce que je lui ai fait, mais je romprai avec elle. Il est trop tôt encore pour parler d’avenir avec Sarah, mais je veux qu’elle comprenne que je suis là, et que ce que j’ai dit le soir de ses fiançailles était sérieux. « Mac, vous avez un homme qui vous aimera toujours. »

Je lui ai dit qu’elle aurait dû m’attendre, aussi longtemps qu’il le fallait, mais maintenant je ne veux plus la faire attendre. C’est moi qui vais lui dire que je suis prêt à l’attendre … le temps qu’il faut … mais pas trop longtemps, Sarah, le temps nous file entre les doigts, nous avons failli nous perdre et qui sait combien de temps il nous reste pour vivre nos rêves.

Quand Sarah m’a dit que je compliquais des choses simples, je m’en suis défendu, tout n’est pas aussi simple, mais j’ai peut être un peu exagéré les obstacles qui pouvaient se mettre en travers de notre chemin : ma carrière, sa carrière, la chaîne de commandement qui risquait de nous séparer, notre amitié que nous ne voulions pas mettre en péril.

Il y a forcément des réponses à chacun de ces problèmes, je vais préparer mes arguments, le simple fait que ce soit moi qui vienne lui parler va jouer en ma faveur, je n’ai qu’à être honnête, à trouver la force de vraiment lui dire ce que je ressens, clairement, sans équivoque, et je sais que tout ira bien.

Plus qu’une heure de vol … juste le temps de finir de préparer ma plaidoirie dans ma tête.

Je ne peux pas croire que c’est moi qui ai agi ainsi. L’avion de Mic était sûrement encore sur la piste, Harm m’a juste dit de venir chez lui et je m’y suis précipitée.

Mic venait à peine de partir, et Harm m’a dit qu’il m’attendait, des mots que j’avais espérés entendre si longtemps. Et moi, sans réfléchir, j’ai couru chez lui, je ne comprends même pas comment j’ai cru que mon seul refuge, c’était Harm.

Et bien sûr, Harm a fait passer autre chose avant moi. Je ne devrais pas le lui reprocher, Renee venait de perdre son père, mais pourquoi est-ce toujours moi qui dois être forte ? Pourquoi est ce que je dois toujours faire bonne figure ?

Non, après le départ de Mic, qui va sûrement alimenter les ragots au JAG pendant des jours, et mon attitude ridicule avec Harm, je n’avais pas d’autre choix, il fallait que je quitte Washington pour ne plus avoir à les affronter, tous.

Que ce serait il passé si j’étais restée ? Si j’avais attendu le retour d’Harm ? S’il n’avait pas une fois encore fait son devoir, fait passer quelqu’un d’autre avant moi ?

J’avais trouvé un homme pour qui je passais avant tout le reste, et je n’ai pas su l’aimer. Et quand Harm, encore une fois, s’est retrouvé en danger, et que je ne pouvais rien pour lui, j’ai oublié tout le reste, mon mariage imminent, l’homme que j’avais accepté d’épouser. Mic avait raison, rien ne nous empêchait de reporter le mariage au samedi suivant. Harm n’aurait pas été là, mais pourquoi avais je tellement besoin qu’il soit là pour mon mariage ? Les paroles d’Harm résonnent à nouveau dans ma tête « Si vous avez besoin de moi à votre mariage pour qu’il marche, peut être devriez vous revoir avec qui vous vous mariez… ». Mon dieu, est ce que cette histoire ne finira jamais ? Est ce que l’Océan Indien est assez loin de Washington ?

Il faut que je fasse un trait sur ces derniers mois, Harm, Mic, mes fiançailles, il faut que je mette de côté toute cette culpabilité que je ressens, que j’oublie les questions que m’a posées Harm :

– Est ce que c’est gentil de faire croire à une personne que vous l’aimez quand ce n’est pas le cas ?

– Est ce que vous l’aimez ?

– Est ce que vous aimez Renee ?

– Je n’épouse pas Renee … Mac, est ce que vous l’aimez ?

– Ce n’est pas une question que vous avez le droit de poser.

Harm n’avait pas à me la poser, mais moi j’aurais dû le faire, sans attendre que ce soit Mic qui me le demande et réponde à ma place.

Machinalement, je joue avec la chaîne que j’ai autour du cou, sous mon chemisier. J’y ai accroché ma bague de fiançailles à coté de mes plaques d’identité, tant que je garde cette bague près de moi, je ne suis pas tout à fait seule, un jour, un homme m’a suffisamment aimé pour souhaiter m’épouser et moi j’ai joué avec nos vies. J’ai appris une nouvelle fois la leçon à mes dépens, on ne peut pas faire semblant en amour, comme dans mon travail, la vérité seule doit compter.

Tous les indices concordent, toute son attitude, de notre baiser le soir de ses fiançailles aux petites phrases qu’elle m’a dites, tout me rassure : il y a bien plus que de l’amitié entre Sarah et moi, nous le savons tous les deux.

Je sais qu’elle va probablement hésiter à me parler, j’ai dû lui faire de la peine en accompagnant Renee à Minneapolis, mais elle a compris, bien sûr, d’ailleurs elle me l’a dit.

– Ca va aller?

– Ca ira … quand vous serez revenu.

L’avion va atterrir, nous survolons le Potomac, je vois les lumières de Washington sous les ailes, elle est là bas, à Georgetown, dans une demi heure je suis chez elle.

J’avance dans le couloir, mon sac de voyage sur l’épaule et je me dirige vers la station de taxi en sous-sol. Il vaudrait mieux que je l’appelle avant d’arriver, elle n’aime pas beaucoup les surprises, elle l’a dit assez souvent à Mic devant nous. Il vaut mieux que j’évite de commettre les mêmes erreurs que Brumby.

Je sors mon portable et j’appelle son appartement. Là bas, le téléphone sonne, mais le répondeur ne s’enclenche pas, et Sarah ne répond pas. Elle est peut être encore au JAG. J’appuie sur une autre touche. A la seconde sonnerie, une voix masculine me répond au moment où je monte dans le taxi.

– Sergent Thompson, Quartier Général du JAG, je vous écoute.

– Bonsoir sergent. Capitaine Rabb à l’appareil. Je cherche le lieutenant colonel MacKenzie …

– Il n’y a plus personne dans les bureaux, Monsieur.

– Merci, sergent.

Je fais signe au chauffeur de taxi d’attendre. J’essaie d’appeler Sarah sur son portable, mais je n’ai pas plus de succès.

Je soupire légèrement, ce ne sera pas pour ce soir. J’indique ma destination au chauffeur pendant qu’il sort de l’aéroport. Tant pis pour Georgetown, je rentre chez moi.

– 2812 M Street.

Je suis un peu déçu, j’avais bien préparé mes arguments, mais demain, en fin d’après midi, je serai au JAG et je proposerai à Sarah de venir dîner chez moi. Et je lui parlerai.

Gunny s’est endormi, malgré le bruit et l’inconfort.

Demain, nous serons sur le Guadalcanal. Je vais me plonger dans le travail, je ne connais pas de meilleur moyen pour oublier, après tout c’est la seule partie de ma vie vraiment réussie, je vais peut être apprendre à m’en contenter pour un temps.
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