Un si long chemin

Un si long chemin 7/8
22 juin 2001
HELICOPTERE A DESTINATION DE L’USS GUADALCANAL

Je feuillette à nouveau le dossier du major Lassley, plus pour essayer de m’occuper l’esprit que pour autre chose, mais c’est inutile.

Depuis presque vingt heures que j’ai quitté Washington, j’ai eu le temps de le lire et le relire, et je sais comment je vais traiter cette affaire. En fait, je vais voir venir, tout dépend ce que Sarah a contre lui. Je ne suis pas sûr d’avoir eu une bonne idée en insistant auprès de l’amiral pour qu’il m’envoie à la place de Sturgis, mais il fallait que je le fasse.

Elle est partie sans me prévenir et elle m’a fermement envoyé sur les roses quand j’ai essayé de l’appeler, alors que je croyais que nous allions enfin pouvoir faire avancer notre relation. J’ai hâte d’arriver et de la voir, je sais que les choses risquent d’être chaotiques entre nous, mais je veux que tout se passe bien maintenant, tout ça a duré trop longtemps.

Quand Renee est revenue hier de Minneapolis, je n’ai pas vraiment hésité avant de lui parler et finalement cela s’est mieux passé que je le craignais.

– Renee, je suis désolé, je ne veux pas te faire de mal, mais j’ai laissé les choses traîner trop longtemps et ce n’est honnête pour personne.
– Harm, ne tourne pas autour du pot, je sais où tu veux en venir, mais je veux que tu le dises. S’il te plait. Pour toi autant que pour moi.
Elle m’a souri d’un air encourageant, elle a plus de force et de douceur que beaucoup le croient. Je sais ce que je lui dois. Sans sa présence à mes côtés pendant les derniers mois je n’aurais pas eu le courage de regarder la vérité en face. Elle m’a poussé à m’ouvrir et à essayer de comprendre mes sentiments, et en faisant cela elle a pris le risque de me perdre.
– Renee, je suis désolé de t’avoir laissé croire que notre relation pourrait durer, j’étais bien avec toi, mais je ne suis pas amoureux de toi, pas assez pour passer ma vie avec toi, et je ne veux plus avoir l’impression de me servir de toi. Tu m’as beaucoup apporté et je suis heureux de t’avoir eu dans ma vie. Quand je t’ai dit que je voulais que tu fasses partie de ma vie, c’était vrai, je veux qu’on reste amis si on le peut, ce qui ne s’est pas passé entre nous n’est ni ta faute, ni la mienne.

Elle m’a souri encore plus tristement, j’ai vu des larmes dans ses yeux et j’ai eu honte de moi, honte de ne pas avoir su lui dire plus tôt qu’elle ne devait rien attendre, qu’il n’y aurait pas d’avenir commun. Par peur du changement, peur d’un engagement, j’ai fait fuir Sarah en Australie, et j’ai préféré ne pas me poser de questions en choisissant une relation que je croyais facile et éphémère avec Renee. Et je me suis trompé sur toute la ligne. J’ai fait du mal à Renee par égoïsme, du mal à Sarah par lâcheté et je n’aime pas beaucoup le Harmon Rabb que je suis devenu.

Sarah pensait que Renee se battrait pour me garder, j’avais cru que Mic n’abandonnerait pas la partie facilement, et en fait tous deux ont préféré nous laisser face à nos incertitudes. Ils ont finalement compris bien avant nous que nous les avions emmenés dans une impasse et que leur seule solution était la fuite. Loin de Sarah et moi qui ne savons qu’aller d’échec en échec.

C’est fini, cela ne doit plus durer, je commence à réaliser pourquoi je me suis jusqu’à présent fourvoyé dans toutes les relations que j’ai voulues avoir. Je vais commencer par être plus humble avec Sarah, je vais apprendre à l’écouter, à la comprendre.

Je vais lui parler, lui dire que je suis prêt à l’attendre le temps qu’il faudra, que je suis prêt à tout faire pour que nous ayons un avenir commun, et que je suis prêt à me laisser aller maintenant. Après tout, nous allons encore une fois être loin de Washington, même si c’est en plein océan, je peux peut être encore corriger mes erreurs.

28 juin 2001
BOEING A DESTINATION DE WASHINGTON

Le surnom donné aux avocats s’applique particulièrement à Larry Kaliski, mon dieu que cet homme est bavard ! Tant qu’on était dans l’hélicoptère de transport qui nous ramenait à terre, j’avais mis son flot incessant de paroles sur le compte de l’excitation : il jouait au soldat … mais je croyais qu’il arrêterait vite. Avec un peu de chance, il va s’endormir assez vite maintenant. Oui mademoiselle, proposez lui un second whisky.

Je ferme les yeux et je vois le visage de Sarah qui me sourit, enfin.

Et pourtant ce séjour sur le Guadalcanal avait tout des montagnes russes émotionnelles, et rien n’est encore vraiment résolu.

J’ai cru à mon arrivée que j’avais encore une fois fait une erreur monumentale. Je sentais que j’aurais dû la faire prévenir que j’avais demandé à assurer la défense de Lassley, elle a pourtant dit à plusieurs reprises à Mic devant nous qu’elle n’aimait pas les surprises, et moi j’ai débarqué sur le navire comme un chien dans un jeu de quilles, et je l’ai déstabilisée devant l’homme contre lequel elle requérait. Bien joué, Rabb, tu es censé corriger les malentendus qui vous séparent et te montrer enfin à la hauteur de la femme que tu désires, et dès que tu avances d’un pas, c’est pour faire une grossière erreur de stratégie.

Si j’étais aussi mauvais dans un tribunal que dans ma vie privée, il y a longtemps que j’aurais dû quitter le JAG.

A quoi est ce que je m’attendais ? A ce qu’elle se jette dans mes bras en me voyant apparaître devant elle ? A un grand sourire ravi parce que j’avais traversé la moitié du monde pour la rejoindre sur ce porte avion ? Après tout, Mic aussi avait traversé la moitié du monde pour la rejoindre à Washington et arriver juste avant le bal en la surprenant, et elle n’avait pas semblé vraiment transportée de joie de le voir débarquer. Alors pourquoi ai-je cru que ce serait une bonne idée de réitérer cet exploit ? Surtout pour venir l’affronter dans une cour martiale qu’elle savait ne pas être totalement justifiée.

Et dès que je l’ai vu, malgré toutes mes bonnes résolutions, je n’ai pas réussi à m’empêcher de me conduire avec arrogance, en pays conquis, pour rassurer mon client, mais aussi déstabiliser mon adversaire. Bravo, Rabb, continue à la provoquer, c’est le meilleur moyen d’arriver à tes fins. Pourtant pendant que je regardais Sarah lutter pour retrouver un semblant de contenance et regagner peu à peu sa combativité, mes yeux essayaient de lui dire tout ce que je ressentais : le bonheur de la voir à nouveau, les questions que son départ brusque avaient laissées sans réponse, l’inquiétude larvée qu’elle me rejette et ce désir si impérieux de la prendre dans mes bras et de l’embrasser.

Le regard étonné du major Lassley m’a vite fait l’effet d’une douche froide. Si ma présence a déstabilisé Sarah, sa réaction a totalement médusé mon client, qui ne comprenait plus vraiment ce qui se passait.

– Vous représentez le major ? m’a t’elle demandé.
– J’ai demandé cette affaire. Je viens juste d’arriver à bord.
– Je ne savais pas que vous connaissiez le colonel, Capitaine.
– Nous sommes stationnés ensemble.
– Ca ne va pas poser de problème, n’est ce pas, Monsieur ?
– Vous serez bien représenté, major.

Belle manœuvre, Rabb, tu essayais de te convaincre que la réaction de Sarah n’était pas grave, ou tu essayais de convaincre ton client qui devait se demander s’il serait défendu avec autant d’ardeur qu’il était en droit de l’exiger ?

Lassley nous regardait alternativement, notre attitude était particulièrement étrange : pas un bonjour, pas un sourire, pas vraiment le comportement que l’on peut attendre de deux personnes qui travaillent habituellement ensemble et se revoient après une séparation. Et le major Lassley devait sentir que cette froideur et l’étonnement dont Sarah faisait preuve n’avaient pas grand chose à voir avec le protocole militaire.

Et plus Sarah semblait distante, plus son attitude devenait glaciale, et plus je rentrais dans ce rôle d’avocat sûr de lui et arrogant que je sais qu’elle exècre.

Bref, un début particulièrement prometteur de la part d’un homme qui a fait vingt heures d’avion pour enfin mettre les choses au clair avec la femme qu’il aime.

J’ai ensuite eu du mal à trouver le temps d’aller voir Sarah pour avoir avec elle cette conversation que j’attends depuis la nuit où le père de Renee est mort.

Mais quand enfin j’y suis arrivé, ça n’a pas du tout marché selon ce plan si bien huilé que j’avais préparé. Sarah avait des arguments auxquels je ne m’attendais pas et comme en mai chez l’amiral je me suis trouvé pris de court. Au lieu de faire avancer notre relation dans le sens que je désire, j’ai bien failli tout gâcher de façon définitive.

– Vous savez pourquoi j’ai demandé cette affaire ?
– Euh …. Non.
– Il fallait que je vous parle, et je savais que vous n’alliez pas me rappeler. Mac, je ne comprends pas. Quand Brumby est parti, vous m’avez demandé de l’aide.
– Je me débrouille pour m’en sortir.
– A l’autre bout du monde, Mac.
– Ca m’a semblé être la seule chose à faire.
– Vous vous êtes sauvée, Mac. Qu’est ce qui se passe ?
– Rien.
– Ne me repoussez pas. Dites moi comment vous vous sentez.
– Harcelée … Pourquoi faites vous ça, Harm ?
– Parce que j’ai dit que je le ferais.
– Attendez une minute … Vous êtes venu me parler parce que vous vous sentez coupable de ne pas l’avoir fait ce soir là ?
– Vous êtes en colère contre moi ? Le père de Renee venait de mourir.
– Et s’il n’était pas mort ?
– Nous aurions parlé …
– De quoi ?
– De nous …
– C’est pour ça que je suis partie, Harm. Il n’y a pas de nous, il y a vous et Renee. Que seriez vous prêt à abandonner pour m’avoir ? Mic a abandonné sa carrière et son pays pour moi. Seriez vous prêt à abandonner votre petite amie ?

C’est là que j’ai perdu complètement le contrôle de la situation, Sarah me posait des questions qui n’avaient à mon sens rien à faire dans cette conversation, et si je lui répondais, j’acceptais qu’on joue avec ses règles du jeu. C’était un peu trop rapide pour moi. Comment pouvait elle exiger que j’abandonne quelque chose pour elle ? Est ce que le fait que je venais lui parler, que j’avais demandé cette affaire sans grand intérêt juste pour la voir, ne voulait rien dire pour elle ? Est ce que notre baiser chez l’amiral n’avait aucun sens ? J’aurais dû lui dire immédiatement que c’était fini avec Renee, que j’avais rompu avec elle avant de venir ici, j’aurais dû comprendre sa colère et accepter ses conditions, mais je n’en ai pas été capable sur le moment. Elle voulait me forcer à renoncer à mon libre arbitre, elle voulait m’obliger à lui donner des preuves d’amour que je jugeais puériles. Bien sûr que j’étais prêt à faire un trait sur ma petite amie, je l’avais déjà fait depuis longtemps, pour qui me prenait elle ?

Je me sentais bouillonner de colère, et j’ai baissé les yeux pour essayer de me contrôler, de lui répondre sans me laisser surprendre par mes paroles, il fallait que je fasse attention à ce que j’allais lui dire, je sentais la situation m’échapper totalement. Sarah m’échappait, et cela je ne l’avais pas un instant envisagé.

Au bout de quelques secondes, les yeux toujours fixés sur mes chaussures, j’ai murmuré ma réponse.

– Bien sûr Mac, d’ailleurs j’ai déjà rompu avec Renee, il y a longtemps que c’était fini de mon côté et je le lui ai dit avant de partir.

Et puis j’ai attendu sa réaction, et comme rien ne venait, j’ai levé les yeux et j’ai vu que Sarah n’était plus là. Depuis combien de temps était elle partie ? Qu’avait elle entendu ? Je me suis précipité dans la coursive et je l’ai rattrapée quelques instants plus tard, mais elle n’était plus seule, elle parlait de l’affaire avec Gunny.

Je suis entré dans le jeu de Sarah, j’ai salué Gunny et parlé de l’affaire avec eux, mais au moment où elle repartait, j’ai insisté, encore une fois, comme si je n’avais pas encore compris que mon approche la rendait nerveuse.

– Mac … on n’a pas fini notre conversation …
– Qu’est ce qui vous fait croire qu’on va la finir ?

Et elle s’est éloignée sans un regard. C’est là que j’ai brusquement réalisé que je ne l’ai plus vu sourire depuis tellement longtemps, depuis … depuis sa soirée de fiançailles. Bon sang, mais je suis qui pour ne même pas me rendre compte de ce que ressent la femme que je prétends aimer. J’ai cru que j’avais enfin ouvert les yeux, j’ai cru que j’avais changé, et comme moi je suis enfin prêt à ce que notre relation évolue, je m’attendais à ce qu’elle le soit aussi. Rabb, tu es un foutu imbécile égoïste, et tu ne sais vraiment rien faire d’autre avec elle que la faire souffrir.

J’ai essayé pendant toute la nuit de trouver comment revenir en arrière, comment lui parler et lui faire comprendre que j’étais désolé, mais je me heurtais toujours au même problème : je ne sais pas très bien faire des excuses, et quand nous sommes ensemble, trop de tensions et de non dits nous séparent, l’un des deux finit toujours par aller trop loin et la situation se détériore au lieu de s’arranger.

Le jour suivant, mes problèmes avec Sarah ont été relégués à l’arrière plan quand mon client a fait venir sur le Guadalcanal, sans m’en avoir parlé, un avocat civil, ce Larry Kaliski qui avait défendu le médecin d’Harriet après la mort de la petite Sarah.

Après m’être fait envoyé sur les roses par Sarah, je me retrouvais relégué au rôle d’assistant dans la cour martiale que je croyais gagner facilement. Mon amour propre était en miettes, mais l’arrogance de Kaliski, son ignorance des coutumes militaires et son attitude face à Sarah m’ont finalement servi.

J’étais avec lui quand il a rencontré Sarah pour la première fois sur le navire, rencontre classique entre parties adverses, et le grand avocat de Washington a pensé qu’il allait impressionner son client et intimider son adversaire en rappelant qu’il la connaissait et l’avait déjà battue au tribunal.

– Colonel, je suis ravi de vous revoir. Je pense que cette affaire devrait bien se dérouler, dans une ambiance moins lourde que lors de notre précédente confrontation.
– Ceci est une cour martiale, monsieur, votre client est accusé d’homicide par négligence, je ne sais pas ce que vous estimez être une ambiance lourde, mais un homme est mort sans raison, et je vais prouver que votre client aurait pu l’éviter.

Elle lui répondait en restant de marbre, et j’ai commencé à avoir peur pour lui, il ne savait pas où il mettait les pieds, il ne connaissait pas la règle de base numéro un : toujours rester sur un terrain neutre et objectif dans toute affaire avec Sarah Mackenzie. Dès qu’on essaie de l’amener sur un terrain subjectif, le marine passe à l’attaque.

– Voyons, Colonel, vous n’êtes pas sérieuse …
– Pardon ?

Il a dû sentir que le sol était glissant et a tenté de faire marche arrière avec diplomatie, en changeant de sujet.

– Ce n’est pas ce que je veux dire … Avant qu’on commence, avez vous des nouvelles de votre ami Mic Brumby ? Il a laissé un grand vide dans notre cabinet …

Si l’ambiance n’avait pas été aussi glaciale, j’aurais éclaté de rire, le pauvre homme avait tout faux.

Sarah l’a fusillé du regard, m’a jeté un coup d’œil d’avertissement en coin, et j’ai immédiatement ravalé le petit sourire que je n’avais pas pu retenir. Ses yeux brillaient de fureur contenue, et je me suis surpris à la trouver encore plus belle et désirable. Pas le genre de pensées que j’aurais dû avoir envers la partie adverse dans ce procès où l’avocat principal allait avoir besoin de toute mon aide.

– Peut on discuter du cas du major Lassley tout de suite, je n’ai pas de temps à perdre et je ne suis pas ici pour avoir une conversation mondaine , lui a répondu Sarah d’une voix parfaitement maîtrisée, avec à peine un soupçon de dédain que ni Kaliski ni Lassley n’ont dû entendre, ils ne la connaissent pas comme je la connais.

Elle me rappelait le major Mackenzie que j’avais rencontré il y a un peu plus de cinq ans, froide et professionnelle, refusant de laisser les gens s’approcher trop près d’elle. J’ai eu brusquement peur que les épreuves qu’elle venait de traverser, et que mon comportement avait probablement exacerbées, ne l’aient fait se fermer à nouveau, y compris à moi. J’ai su que je devais agir, trouver le moyen de percer sa carapace, ou qu’il me faudrait dire adieu non seulement à la femme que j’aimais, mais aussi à ma meilleure amie, et cela n’était pas envisageable.

C’est le lendemain que j’ai trouvé comment reprendre contact avec elle, exprimer ce que je pensais sans risquer à nouveau de me laisser entraîner loin de mon but. Puisque lui parler face à face tournait immanquablement à l’affrontement ou à la débâcle, j’allais lui écrire. J’allais peser chacun de mes mots, et lui envoyer un email, comme on jette une bouteille à la mer. Et j’allais le faire tout de suite, pas après le procès, pas quand je serais à nouveau à Washington, si j’attendais je savais que je n’en aurais pas le courage. C’était un risque énorme, mais il fallait que je le courre. De toute façon, si je n’agissais pas, je l’avais perdue.

De : Hrabb@jag.navy.mil
A : Smac@jag.navy.mil

Objet : Sarah, ne détruisez pas cet email avant de l’avoir lu.
Si après l’avoir lu, vous m’en voulez toujours autant, j’accepterai votre décision et je ne chercherai plus à m’imposer.

Laissez moi vous appeler Sarah ce soir, pour moi il y a longtemps que vous n’êtes plus Mac, mais c’était tellement dangereux de vous appeler Sarah que j’ai préféré garder mes distances, même avec votre prénom.

Par où puis je commencer, il y a tellement longtemps que je pense avoir tout gâché entre nous que je ne sais comment vous dire ce que je ressens.

Mais la chose qui m’importe le plus aujourd’hui, je vous l’ai dite le soir de vos fiançailles, chez l’amiral. Sarah, ce que je veux le plus au monde, c’est ne jamais vous perdre, et si pour cela nous ne devons qu’être amis, alors je l’accepterai. Depuis que je suis arrivé sur le Guadalcanal, j’ai l’impression que je suis en train de perdre votre amitié et cela me fait plus peur que tout ce qui jusqu’alors m’avait empêché de vous parler.

Sarah, j’ai rompu avec Renee avant de venir ici. En fait, tout était fini entre elle et moi depuis votre soirée de fiançailles, mais je n’avais pas encore eu le courage de le lui dire. Quand vous êtes retournée dans la maison de l’amiral ce soir là, j’ai su que je ne voulais pas continuer plus longtemps à faire semblant avec Renee, elle méritait mieux que ce simulacre que je lui offrais. J’ai pensé en vous voyant me quitter que j’avais attendu trop longtemps, que je vous avais perdu pour toujours, mais Renee ne devait pas être une façon de me consoler. Si je ne pouvais pas vous avoir parce que je n’avais pas su me battre pour vous quand il en était temps, je n’avais pas le droit pour autant de me rabattre sur le lot de consolation.

Et puis Renee a dû partir à Los Angeles pour le montage de sa publicité et la négociation d’un contrat, et elle est revenue juste avant que je parte pour le Patrick Henry. Je ne voulais pas rompre avec elle par téléphone. La suite vous la connaissez.

Sarah, je n’ai personne dans ma vie, parce que je ne veux personne d’autre que la femme que je suis prêt à attendre le temps qu’il faudra. Je nous ai fait tellement de tort à tous les deux en refusant d’affronter la réalité de mes sentiments, maintenant je suis prêt à me laisser aller, prêt à accepter vos conditions, si vous en avez encore.

Vous m’avez demandé qui était amoureux de vous, et je n’ai pas répondu. Et je continue à avoir peur de ces mots que je n’ai encore jamais dit à personne, Sarah. Je n’ai plus peur de mes sentiments, mais je suis terrorisé à l’idée de ne pas savoir vous le dire. J’ai peur de nous faire encore souffrir, peur que vous me rejetiez, peur de ne plus être votre ami. Je ne sais même pas si je serai capable d’envoyer ce message, je croyais qu’écrire me serait plus facile, mais écrire les mots que j’ai dans le cœur est encore plus difficile que de les prononcer.

Sarah, nous ne pourrons jamais revenir en arrière, mais je sais que vous êtes la personne la plus importante dans ma vie. Vous souvenez vous de ce que vous m’avez dit le soir où je suis venu vous voir pour vous annoncer que je voulais retourner en escadrille ? Vous m’avez dit que si je partais, cela signifierait que voler était plus important pour moi que … tout. Je crois que ce soir là, vous avez voulu me dire que vous pensiez que voler était plus important pour moi que vous. Et pourtant, Sarah, c’était faux. Je devais aller juqu’au bout de mes rêves d’enfance pour finir de grandir et accepter la vie que j’avais choisie, il fallait que je décide de moi même que ma vie était désormais sur terre, je n’aurais pas pu aller de l’avant autrement.

Sarah, je suis prêt maintenant à renoncer même à mes ailes pour vous, je vous demande seulement de m’accorder un peu de temps, de ne pas me rejeter, je vous demande de nous donner une chance.

Et si vous choisissez de ne pas nous la donner, si vous pensez que notre amitié est morte, j’accepterai votre décision et je demanderai mon transfert avant votre retour. Je vous ai dit quand vous prépariez votre mariage que je resterais votre ami quoiqu’il arrive. C’est vrai, Sarah, vous serez toujours mon amie la plus chère, mais être près de vous et vous voir avec un autre sera toujours une torture pour moi. Si c’est votre souhait, je resterai votre ami, mais je m’éloignerai.

J’aimerais pouvoir retourner en arrière, j’aimerais corriger le passé, comme dans cette série que Bud aime tellement, Quantum Leap, mais je n’ai pas ce pouvoir.

Je ne peux qu’espérer que ma meilleure amie voudra bien lire ce message jusqu’au bout et acceptera de donner une chance au moins à notre amitié, et peut être à notre avenir.

Harm
Je me suis relu plusieurs fois, je luttais contre l’envie de détruire ce message. Si j’avais été à Washington, j’aurais appelé Sturgis pour aller boire un verre au McMurphy’s et essayer d’oublier. Mais j’avais si souvent fui devant l’amour que je ressens pour Sarah, il était temps que cette farce s’arrête.

J’ai appuyé sur le bouton Envoi et j’ai éteint mon ordinateur.

J’ai ouvert le dossier de Lassley et j’ai essayé de comprendre où était la faille dans le raisonnement de l’accusation. Etonnamment, j’ai trouvé plus facile de me concentrer, j’avais agi et la suite ne dépendait plus de moi, j’étais soulagé.

Je travaillais depuis environ deux heures quand j’ai entendu taper à la porte de ma cabine. J’ai sursauté, brusquement arraché aux cartes marines du lieu de l’accident et aux rapports des marines de la section. Je me suis avancé vers la porte, en pensant au mail que j’avais envoyé un peu plus tôt. J’aurais dû laisser mon ordinateur allumé, elle m’avait peut être répondu. J’ai ouvert à Kaliski … et j’ai trouvé Sarah devant moi, les yeux gonflés, un léger sourire timide, hésitant, sur les lèvres.

– Je peux entrer, Harm ?

J’étais toujours dans l’embrasure de la porte, tellement surpris de la trouver là, je ne pensais pas qu’elle viendrait me voir. Mais peut être venait elle pour l’affaire, elle n’avait peut être pas lu mon message. Je me suis effacé et j’ai refermé la porte, à tout hasard, derrière elle.

– J’ai reçu votre message, Harm, a t’elle commencé doucement.

J’avais trop peur de ce que je risquais de dire, de ce qu’elle allait maintenant me répondre, alors je l’ai laissé continuer sans l’interrompre.

– Harm, je ne veux pas que vous quittiez le JAG, je ne veux pas que vous arrêtiez de voler, je ne veux pas que vous m’oubliiez ou que vous partiez au bout du monde pour me fuir. J’ai juste besoin de temps, Harm, de ce temps que je n’ai pas voulu vous donner en Australie, mais je ne veux pas qu’on refasse la même erreur. Harm, je suis partie parce que j’avais peur, peur d’affronter la réaction des autres, peur de m’effondrer si je découvrais que je ne comptais pas pour vous. J’avais besoin de temps et d’espace pour faire le point dans ma vie, et j’ai toujours besoin de temps. Je sais ce que je veux, et depuis longtemps, mais je sais aussi que si nous allons trop vite, notre relation sera vouée à l’échec. Comprenez moi, Harm, je ne vous dis pas non, je dis pas tout de suite, laissez moi cicatriser mes blessures d’abord.
– Sarah …
– Non, Harm, s’il vous plait, ne m’appelez pas Sarah, pas tout de suite, je perds tous mes moyens quand vous m’appelez Sarah. S’il vous plait.
– Si vous voulez, Mac.

Elle était tout prêt de moi, une larme, puis une autre ont commencé à couler sur ses joues, je l’ai attiré dans mes bras et l’ai serré contre moi. Elle a posé sa joue contre ma poitrine et a murmuré contre mon cœur

– Harm, dites moi que vous voulez bien me donner du temps.
– Tout le temps que vous voulez, Mac.
– Je ne sais pas quand je vais revenir, mais dès que je serai rentrée, je voudrais qu’on reprenne tout au début.
– Qu’on reprenne tout au début ?
– Oui, s’il vous plait, je ne veux plus qu’on ressasse le passé, si on en parle encore, on va finir par se déchirer. Le passé est le passé, Harm, en parler ne nous fera pas de bien. Commençons une nouvelle histoire, tous les deux, rien que nous … vous voulez bien ?
– Si je veux bien ???? Oh, Mac, j’espère que vous n’en doutez pas. Quand revenez vous ?

Elle s’est légèrement éloignée, en souriant a levé vers moi ses yeux brillant de larmes.

– Ne soyez pas si impatient, matelot, je viens juste de vous dire que j’avais encore besoin de temps, d’accord.
– Tout le temps qu’il vous faudra, Madame, ai-je répondu en simulant un garde à vous, mais je préfère attendre avec vous dans le bureau près du mien au JAG.
– Je ne sais pas quand je vais revenir, Harm, il faut que je sois remplacée, mais sûrement pas avant l’automne.

J’ai un peu grimacé, cet été allait me sembler très long.

– Je pourrai vous écrire ?
– J’y compte bien, matelot. Je vous en veux encore de m’avoir  » oubliée  » quand vous étiez sur le Patrick Henry.
– Je ne vous avais pas oublié, je vous montrerai quelque chose quand vous serez revenue.
– Quoi ?
– Revenez d’abord, Sarah, lui ai je murmuré.

La lumière qui brillait dans ses yeux m’attirait comme un aimant, je me suis penché vers elle et quand inconsciemment elle a passé le bout de sa langue sur ses lèvres, je n’ai plus voulu réfléchir. Notre baiser était empli de toutes les promesses que nous voulions nous faire, de tous nos espoirs, très tendre et très doux.

Elle s’est doucement éloignée de moi.

– Bonne nuit, matelot, demain sera une dure journée pour vous, je vais vous massacrer au tribunal.

Après un dernier sourire qui rayonnait jusque dans ses yeux, elle est partie et j’ai commencé à attendre son retour.

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