Un si long chemin

Un si long chemin 8/8
15 octobre 2001 – 15 heures Côte Est.
VOL MILITAIRE A DESTINATION DE LA BASE D’ANDREWS

J’ai l’impression que mon cœur bat si fort que Gunny doit l’entendre. Dans une heure et quarante-huit minutes, nous serons à Andrews, et Harm doit venir me chercher. Que ces derniers instants sont longs, si au moins j’avais pu dormir pendant une partie du trajet, au lieu de compter ces maudites secondes. Mais depuis deux jours, j’ai l’impression d’être une collégienne juste avant les vacances, attendant avec impatience que la cloche sonne.

Cela fait cent huit jours et treize heures que Harm a quitté le Guadalcanal et que nous ne nous sommes pas revus, plus que le temps que je lui avais demandé de m’accorder, tellement plus. Depuis que nous nous connaissons, nous ne sommes jamais restés si longtemps loin l’un de l’autre, même quand il est parti sur le Patrick Henry. J’étais alors arrivée sur le porte-avions pour l’enquête sur le lieutenant Buxton le quatre-vingt-dix-huitième jour, et il était revenu au JAG soixante-trois jours après mon départ du porte-avions. Je réprime un petit sourire, je m’étais convaincue à grand peine à l’époque que je n’attachais que peu d’importance à son absence, mais je n’ai aucun effort à faire pour m’en rappeler les moindres détails … comme la durée exacte du temps où il était loin de moi. Tout comme j’ai compté chaque seconde de notre séparation cette fois ci encore.

Sentiment étrange, alors qu’une partie de moi attendait avec impatience le jour de mon retour auprès de Harm, j’ai apprécié chaque instant du travail que j’accomplissais. Cette première expérience sur un navire m’a passionnée, surtout après ce triste 11 septembre, quand avec une partie de la flotte nous avons quitté la mer des Philippines pour rejoindre la mer d’Oman. Pendant quelques jours, j’ai pensé que mon retour au JAG risquait d’être encore différé, le Pentagone allait probablement préférer avoir des officiers sur le terrain des opérations plutôt que dans des bureaux à régler des affaires de conduite inconvenante, mais ceci est la carrière que j’ai choisie, celle qui m’a permis de retrouver ma dignité, et j’y resterai fidèle quoiqu’il m’en coûte.

Quand le commandant m’a appelé dans son bureau il y a deux jours, je pensais qu’il voulait revoir avec moi les règles de combat, mais il voulait m’informer personnellement que la date de mon départ avait été fixée. Le bureau de l’amiral Chegwidden l’avait appelé pour le prévenir de l’arrivée dans la journée du major Willis qui était détaché pour six mois. Mon retour au JAG était semble t’il urgent, le quartier général avait besoin de moi pour s’occuper d’affaires un peu plus importantes que des conduites inconvenantes. Dieu merci, je ne rentre pas pour accomplir un quelconque travail de gratte papiers, après ces quatre mois d’activité intense j’aurais détesté être cantonnée à des taches sans intérêt.

Et puis, je retourne auprès de Harm.

Il m’a laissé pendant tout ce temps décider du rythme de notre relation, et peu à peu nos emails sont devenus plus tendres, plus personnels.

Je lui ai demandé de ne pas me téléphoner, sa voix chaude me manque, mais nous avons peu à peu franchi une étape dans notre correspondance, et je serais mal à l’aise de l’entendre me dire la même chose sans que je sois près de lui.

J’ai envie de l’entendre me murmurer qu’il m’aime, comme il me l’écrit à la fin de chacun de ses messages quotidiens, mais quand il me le dira, je veux être dans ses bras, pas à l’autre bout du monde. Et puis, j’ai peur de tomber dans cette relation un peu malsaine que j’avais eu avec Mic quand il était en Australie et qu’il m’appelait si souvent le soir avant que j’aille dormir. Je sais qu’Harm ne me parlerait pas de sexe au téléphone, mais je ne suis pas sûre que moi je n’y penserais pas. Et si j’y pensais, je crois que je me sentirais un peu coupable au souvenir de ma relation avec Mic. Je me suis laissée aimer par un homme dont je n’étais pas amoureuse, je me suis servie de lui pour ne pas être seule, dans ma vie et dans mon lit, et je tiens à éviter tout ce qui me rappelle cette période dont je ne suis pas fière.

Peu après le départ de Harm en juin, j’ai détaché la bague de fiançailles que j’avais accrochée avec mes plaques d’identité, et je l’ai retournée à Mic, en lui disant que j’avais enfin compris ce que je voulais, qu’il avait eu raison et que je lui demandais pardon pour le mal que je lui avais fait.

Je veux maintenant tourner vraiment cette page. J’ai dit à Harm que je voulais qu’on reprenne notre relation au début, je voudrais réinventer une vie commune avec lui, sans que les souvenirs de Mic ou de Renee ne me sautent constamment au visage.

L’avion finit sa descente, puis s’immobilise sur le tarmac. Dès que j’en sors, je commence à chercher la haute silhouette de Harm au milieu des quelques personnes rassemblées pour accueillir mes compagnons de voyage. Je vois des épouses qui tiennent un enfant par la main, des mamans qui attendent un fils, mais pas d’uniforme bleu et de casquette blanche au milieu d’elles.

Harm n’est pas là.

Une impression de froid m’envahit, j’ai reçu un email juste avant mon départ du Guadalcanal, il m’a dit et répété qu’il serait là … et il n’est pas là. Je serre le poing et je me mords les lèvres pour ne pas montrer à Gunny qui avance à mes côtés, à quel point je suis déçue. Heureusement, je ne lui avais pas dit qu’Harm pourrait probablement le ramener.

– Gunny, vous voulez que je vous dépose en taxi ?
– Si cela ne vous dérange pas Madame …
– Pas du tout, Gunny, Arlington est presque sur le chemin de Georgetown, allons y…

Le groupe compact des familles s’est dissipé maintenant, et je vois brusquement Bud arriver en courant vers nous.

– Colonel, me dit il tout essoufflé, je suis désolé d’être en retard.

Stupéfaite, je ne trouve rien à lui répondre mais Gunny sans s’en rendre compte vient à mon aide.

– Bonjour Lieutenant, vous êtes venu nous chercher ? C’est très gentil de votre part.
– Bonjour Gunny. Oh non, c’est le Capitaine Rabb qui m’a envoyé … non, ce n’est pas ce que je voulais dire … enfin, je veux dire … le capitaine voulait venir, mais il dû partir en urgence, et il a demandé à Tiner de dire à Harriet de venir vous chercher, mais AJ avait de la fièvre … enfin, je veux dire le petit AJ, alors Harriet a dû quitter le bureau en catastrophe et …

Je suis revenue de ma déception et de ma surprise, et j’interromps gentiment Bud qui s’emmêle de plus en plus dans son histoire. Cet homme est probablement l’avocat le plus prometteur que je connaisse, bien meilleur que Harm et moi ne le serons probablement jamais, bien que nous ne voulions pas l’admettre, et il continue par moments à agir comme ce jeune sous-lieutenant gaffeur mais talentueux dont j’avais fait la connaissance le jour où j’ai rencontré Harm.

– C’est bon, Bud, nous avons compris. Je suis un peu fatiguée, on peut y aller ?
– Oh, bien sûr, Madame, excusez moi …
Je voudrais lui demander s’il sait quand Harm doit revenir, où il est parti, mais je préfère attendre un peu, en posant quelques questions sur le petit AJ, pas trop grave, la fièvre ? sur Harriet, sur le travail au JAG. Bud est intarissable … et finalement, il me donne lui-même les renseignements que j’attendais fébrilement.

– Vous savez, Colonel, il était temps que vous rentriez, vous allez pouvoir reprendre une partie des dossiers du Capitaine, Tiner m’a dit qu’il devait rester un moment à Pensacola. Et on croule sous les affaires …
– Le Capitaine ? Harm ? à Pensacola ? Pourquoi ?

J’espère qu’ils n’ont remarqué ni l’un ni l’autre le tremblement de ma voix. Je ne peux pas y croire, je reviens juste au moment où Harm doit partir. Il va encore falloir attendre. Combien de temps ?

15 octobre 2001 – 16 heures Côte Est.
VOL MILITAIRE AU DEPART D’ANDREWS A DESTINATION DE PENSACOLA

Bon sang … Dans une cinquantaine de minutes, l’avion de Sarah va arriver sur cette base dont je viens de décoller. Cela fait presque quatre mois que j’attends de la revoir, et quand enfin elle va être là, le jour même où elle revient, l’amiral me convoque dans son bureau et m’envoie séance tenante passer un temps indéterminé à Pensacola. Pourquoi pas à Guam pendant qu’il y est.

J’essaie d’avoir l’air calme, mais je fulmine, je voudrais m’en prendre à quelqu’un, mais ce serait injuste, à quelque chose, mais à quoi dans cet avion ? Je me souviens que la salle de gym du mess des officiers est bien équipée, je vais aller passer mes nerfs sur le punching-ball dès que j’aurai pris mes ordres auprès de l’amiral Leroy.

Bon sang …

Calme toi, Rabb, pense à Sarah … non, ne pense pas à Sarah, ça ne va pas te calmer de penser à ce que vous auriez fait ensemble si tu avais été là à l’attendre dans une heure.

Quatre mois à s’écrire, quatre mois à lui faire la cour par email, bien moins romantique que les lettres que mon grand-père envoyait à Granny, moins chaleureux que les bandes que papa nous envoyait, mais plus rapide et plus moderne. Et puis je crois que j’ai été assez romantique et chaleureux finalement dans mes messages. Je lui ai demandé au moins vingt fois de me laisser l’appeler, mais elle est restée inflexible, elle avait l’air un peu mal à l’aise. Je lui ai dit de prendre le temps qu’il lui faudrait et je n’ai pas trop insisté. Juste un peu. Mais comme sa voix me manque. Peut être que je pourrais lui téléphoner ce soir. Après tout, elle n’est plus sur son porte-avions, on pourrait adoucir les règles ?

Hier soir, après être allé chez moi me changer, j’ai tout préparé dans son appartement pour la soirée que je voulais y passer avec elle. Notre première soirée à être un peu plus que des amis. J’ai rempli son réfrigérateur de toutes ces nourritures malsaines dont elle raffole, préparé un repas léger que nous n’aurions eu qu’à réchauffer à notre arrivée, j’ai disposé des fleurs et des bougies dans le séjour, et j’ai même trouvé le courage d’aller chez Victoria Secrets lui choisir un cadeau pour son retour : j’ai longtemps hésité, au grand amusement de la vendeuse qui ne cachait pas son sourire, devant ces négligés tous plus suggestifs les uns que les autres. J’étais peut être en train d’aller un peu trop loin, Sarah m’avait dit qu’elle voulait qu’on recommence au début, lui acheter de la lingerie était peut être un peu trop rapide … mais je ne l’avais encore jamais fait pour aucune femme, alors pour moi, ça c’était un début, un vrai, pas comme préparer un repas ou une soirée agréable, pas comme offrir des fleurs. Et puis zut, je lui expliquerais. Enfin, j’essaierais …

J’ai fini par me décider, sans vraiment me décider : je lui ai pris cette longue chemise de nuit en soie ivoire, fendue haut sur la cuisse, et le négligé assorti, pour lui offrir ce soir, et j’ai aussi acheté cette provocante longue robe noire en satin, ouverte et lacée sur le côté … pour plus tard … parce que voir Sarah dedans serait la concrétisation d’un de mes fantasmes préférés. La vendeuse m’a expliqué en souriant que la chemise de nuit ivoire faisait partie de la gamme Jeune Mariée et que la robe noire était un des modèles les plus vendus de la collection. Un peu gêné par son regard complice, je lui ai lancé mon sourire le plus charmeur, après tout autant entrer dans son jeu. Pour faire bonne mesure, j’ai ajouté à mes emplettes un tube de mousse pour le bain Vanilla Lace semblable à celui que j’avais vu dans sa salle de bain et je suis retourné chez Sarah avec mes cadeaux.

J’ai disposé l’ensemble ivoire sur son lit, et manquant totalement d’inspiration, j’ai décidé qu’au lieu de lui écrire une carte pour accompagner le cadeau, je laisserais la magie du moment me dicter mes paroles.

Et maintenant Sarah va rentrer seule chez elle, pour y trouver une maison pleine de fleurs et un négligé sexy sur le lit. Pourvu qu’elle n’interprète pas tout cela de travers, maintenant que j’y réfléchis cela ressemble à une opération de séduction dont le seul but aurait été de l’amener dans mon lit …

Et plus j’y pense, plus je me demande si ce n’est pas inconsciemment ce que je cherchais à faire. Ou plutôt si je ne cherchais pas à me glisser dans son lit à elle.

Maintenant, je sais à qui m’en prendre, à cet idiot de Harmon Rabb jr qui semble prendre un malin plaisir à tout faire de travers.

Sarah m’a demandé du temps, et avant même de l’avoir revu, je crois à nouveau que c’est arrivé, et je me laisse conduire par mes désirs au lieu de prendre le temps de penser à ses sentiments. Finalement, c’est peut être une bonne chose que j’aie dû partir, il faut que je me remette en cause avant de faire avancer notre relation. Je ne vais pas tout gâcher par bêtise, ou pire encore parce que j’ai envie d’elle comme un fou. Si nous faisons l’amour trop vite, qu’est ce qui nous assurera que notre relation ne sera pas construite que sur le sexe. Qu’est ce qui empêchera Sarah de croire que je ne suis pas comme les autres, uniquement attiré par son corps …

10 novembre 2001
CARTER PARK – WASHINGTON DC

Je ne sais pas comment nous avons réussi à arriver ensemble sur la ligne d’arrivée, mais j’aime bien ce symbole. J’ai eu un mal fou à rattraper Sarah et ses six minutes d’avance.

Je ne suis finalement rentré de Pensacola qu’il y a deux jours, et une nouvelle fois Sarah n’était pas là, partie avec Sturgis à Norfolk pour une sombre affaire de début d’incendie à bord d’un sous-marin, en rade dans la baie, heureusement, mais Dieu merci nous nous sommes téléphoné tous les soirs.

Dès mon arrivée au mess des officiers, j’avais branché mon ordinateur portable pour envoyer tout de suite un email à Sarah, lui dire que j’étais désolé d’avoir dû partir au dernier moment, et l’implorer de me laisser l’appeler maintenant. Et puis, j’avais une mauvaise nouvelle, je ne savais pas quand j’allais revenir, mais probablement pas avant Thanksgiving. Encore un mois gâché. Autant essayer d’en profiter pour être sûr de ce que je voulais proposer à Sarah, pour découvrir ce que ce retour au début impliquait vraiment pour elle. Et je n’avais plus envie de communiquer par email, je voulais entendre sa voix, savoir à ses intonations, à ses silences, comment elle réagissait à mes paroles.

J’avais à peine eu le temps de regarder le reste de mon courrier, quelques messages de Bud et Sturgis concernant des affaires que j’avais dû leur abandonner, que Sarah me répondait. Elle était en ligne, c’était le moment de la convaincre que je devais lui parler.

De : Smac@jag.navy.mil
A : Hrabb@jag.navy.mil

Objet : Re : Désolé

Bonsoir Harm

Ne soyez pas désolé, j’ai compris. Vous me manquez, mais j’ai compris.
En revanche, ce que je ne comprends pas, c’est la chemise de nuit sur mon lit … c’est pour vous ou pour moi ? lol …
Quand revenez vous Harm ?

Mac

Allez, Rabb, sois convaincant …

De : Hrabb@jag.navy.mil
A : Smac@jag.navy.mil

Objet : Et si on laissait tomber l’email?

Mac … Sarah

Ce soir j’avais décidé de vous parler, de vous demander de me laisser vous appeler Sarah, et je croyais enfin entendre votre voix, vous tenir dans mes bras, passer la soirée près de vous à prendre soin de vous, à vous couvrir de baisers, à vous cajoler.

Sarah, je vous en prie, laissez moi vous appeler …

Je vous aime, Sarah.
Mille baisers
Harm

J’ai envoyé mon email et surveillé mon écran en attendant sa réponse. Pourvu qu’elle soit encore en ligne. Pourvu qu’elle accepte.

Elle ne devait plus être en ligne, elle ne répondait pas.

Frustré, je suis allé chercher une bière dans le couloir et à mon retour, j’ai vu que j’avais un message.

De : Smac@jag.navy.mil
A : Hrabb@jag.navy.mil

Objet : Re : Et si on laissait tomber l’email?

Bon sang, Harm, vous ne répondez pas à votre portable ? Qu’est ce que vous fabriquez ? Appelez moi … tout de suite … s’il vous plaît …

Baisers
Sarah

Mon portable, bien sûr, j’avais oublié de le rallumer à la descente d’avion. Où est ma veste ? On se calme, Rabb, tout va bien.

Et enfin, j’ai eu Sarah au bout du fil, et pendant ces quatre semaines que j’ai passées en Floride, nous avons fait la fortune des opérateurs longue distance.

C’est elle qui m’a parlé de cette course de bienfaisance qu’Harriet organisait, et en plaisantant m’a dit qu’en considérant ma condition physique et le fait que j’allais allègrement sur mes quarante ans, avec les trois minutes d’avance que les femmes avaient elle allait me battre à plate couture.

– Hé, allez y doucement, marine, je n’ai pas encore quarante ans, et d’ailleurs c’est l’âge où un homme est au meilleur de sa forme.
– Tiens, je croyais que c’était à vingt ans, et qu’après … les  » performances  » diminuaient …
– Sarah …
– Oui, pilote ? Aurais je choqué le pudique Harmon Rabb jr ?
– On peut parler d’autre chose ?

Sa voix est brusquement redevenue sérieuse.

– Je suis désolée, Harm, je ne voulais pas vous froisser, mais j’aime tellement vous taquiner, c’est plus fort que moi, même quand vous n’êtes pas là, simplement vous entendre, et je me laisse emporter. Vous êtes tellement adorable quand vous ne savez plus quoi répondre.
– Ca ne marche pas bien au téléphone, Sarah, vous ne me voyez pas …
– Mais je vous ai vu si souvent dans cette situation, Harm, que je sais comment vous réagissez.
– Et si vous ne m’aviez pas choqué ?
– …
– Sarah ?
– Je vous écoute, Harm, j’attends la suite. Alors comme ça je ne vous ai pas choqué ? Pourquoi vouliez vous changer de sujet ?
– Mon Dieu, Sarah, vous êtes à Washington et je suis en Floride, et les conversations érotiques au téléphone, ce n’est vraiment pas mon truc. Attendez que je revienne, je vous dirai ce que vous me faites tous les soirs quand j’entends votre voix, quand je rêve de vous … Sarah, quand nous serons prêts tous les deux, je t’assure que tu n’auras plus de préjugés sur les hommes qui approchent de la quarantaine.

Elle n’a pas répondu tout de suite, j’ai eu un bref instant l’impression que j’étais peut-être allé trop loin, elle ne faisait que plaisanter et je lui ai répondu sérieusement, trop sérieusement. Et puis je l’ai entendu inspirer profondément au bout de la ligne, comme pour se donner du courage, et j’ai eu peur.

– Je n’ai aucun préjugé défavorable à ton égard Harm, bien au contraire. Et moi je suis prête, je n’ai plus envie d’attendre. Quand reviens tu ?
– Je reviens la semaine prochaine, nous avons presque fini les tests. Je serai là juste avant la course. Sarah, je …
– …
– …
– Harm, ça va ?
– Ca va très bien, Sarah, j’ai juste … un peu de mal … à …

Et voilà, j’étais encore incapable de prononcer trois mots tout simples, tellement faciles à écrire maintenant, que j’aurai voulu lui murmurer à l’oreille, mais pas au téléphone, je n’y arrivais pas. Je me suis raclé la gorge, et j’ai ramené la conversation sur un sujet moins sensible.

– Alors, marine, vous croyez que trois minutes d’avance vous suffiraient pour battre l’Aéronavale ? Vous croyez au Père Noël … Même avec six minutes d’avance, tu n’arriverais pas avant moi, Sarah.
– Chiche !
– D’accord. Le perdant emmène l’autre au restaurant.
– Marché conclu. Tu peux réserver au Tour tout de suite, matelot.

Bien sûr, je n’ai rien réservé, j’étais sûr de gagner … et techniquement, j’ai gagné, puisque j’ai dû m’arrêter pour ce fichu contrôle médical. Comme si j’avais l’air d’être fatigué ! Peut être un peu, mais dans cinq minutes, je peux repartir …

– Alors, Harm, vous m’emmenez où ? Je suppose que vous n’avez pas réservé, sûr de vous comme vous l’êtes …

Avec ses cheveux tirés en arrière, sans maquillage, le souffle encore un peu court, un sourire radieux qui illumine son visage, elle est adorable. La transpiration colle son ti-shirt à ses seins, je n’arrive pas à détacher les yeux de son corps et j’ai maintenant vraiment du mal à reprendre une respiration normale. Et zut.

Sturgis s’approche de nous et nous lance un regard mi-interrogateur, mi-amusé. J’ai eu droit dans ses emails à quelques remarques qui se voulaient spirituelles sur le lieutenant colonel MacKenzie qu’il venait de rencontrer, qui ressemblait tant à Diane et se référait au capitaine Rabb au moins dix fois par jour. Quand j’en ai parlé à Sarah, elle ne savait plus où se mettre et m’a promis de faire attention. J’ai une idée précise maintenant de ce que je veux faire de notre avenir, mais si l’amiral entend des commérages sur un éventuel changement dans nos relations, j’aurai plus de mal à contrôler la situation. Si tout se déroule comme je l’ai prévu, nous irons lui parler, Sarah et moi, le lundi après Thanksgiving. Encore deux semaines à attendre, deux semaines pendant lesquelles je vais avoir besoin de tout mon sang-froid pour ne pas succomber au charme de Sarah, qui me provoque tous les soirs un peu plus au téléphone.

– Alors les enfants, je croyais que c’était vous l’équipe de choc du JAG. Il faudrait vous entraîner un peu plus si vous ne voulez pas continuer à admirer la semelle de mes chaussures.
– Très drôle, Sturgis …
– Dis donc, vieux, pendant que tu es bien chaud, ça te dirait un petit match de basket ? Ca t’aiderait à évacuer un peu de ta … tension …

Je vais le tuer.

Sarah rougit légèrement, elle sait que nous étions ensemble à l’Académie, mais n’a aucune idée de l’ambiance qui régnait dans notre groupe d’amis, Pendry, Keeter, Turner et Rabb.  » Les trois mousquetaires  » … Je crois qu’il faut que je parle à Sturgis, c’est un vieil ami, il se taira bien quinze jours. Sinon, avec ses plaisanteries stupides, il va finir par effrayer Sarah … ou attirer l’attention de Chegwidden sur nous, ce qui n’est pas vraiment mieux.

– C’est parti, Sturgis, mais si tu crois que tu vas m’avoir encore une fois, tu fais une grave erreur.
– Bon, je vous laisse jouer tous les deux. A lundi.

Sarah commence à s’éloigner, ce n’est pas du tout ce qui était prévu.

– Sa … Mac ! Ne partez pas comme ça, je vous dois un dîner ce soir, je reconnais ma défaite. Je passe chez vous à 1800, d’accord ?

Elle se retourne à demi, m’étudie un instant, les sourcils légèrement froncés, un soupçon de sourire sur les lèvres, puis se décide.

– D’accord, matelot. Ce n’est pas tous les jours que la Navy reconnaît son infériorité. Je vous attends à 1800, ne soyez pas en retard. Et soyez à la hauteur…
10 novembre 2001 – 17 heures 55 Côte Est
APPARTEMENT DE MAC – GEORGETOWN

Un coup bref à la porte, Harm est en avance. Je jette un dernier coup d’œil dans mon miroir, je dégage encore un peu le décolleté de mon pull rouge, je me mords les lèvres pour les faire gonfler un peu plus. Harmon Rabb jr, le lieutenant colonel MacKenzie du Corps des Marines des Etats Unis est prêt à passer à l’attaque, j’espère que vous êtes partant pour relever le défi.

Un second coup, un peu plus insistant. Je souris légèrement et je me dirige lentement vers la porte. J’ai les mains qui tremblent un peu et je respire à fond pour reprendre mon calme avant de lui ouvrir. Si je perds le contrôle de la situation, j’ai peur qu’Harm ne trouve une échappatoire, une fois de plus. Il n’est pas envisageable que je ne finisse pas la nuit dans ses bras, cette attente va finir par me rendre folle. Et l’amiral va me faire transférer si je continue à être aussi agressive avec mes collègues à la moindre anicroche.

J’ouvre lentement la porte, un sourire séducteur sur les lèvres … et je reste bouche bée devant un Harm superbe dans sa chemise noire à peine ouverte et ce blouson de cuir qui lui va si bien. Mais c’est le bouquet qu’il me tend qui me laisse sans voix : des orchidées blanches et des roses rouges et roses … Il n’a sûrement pas trouvé ça chez le fleuriste du coin … surtout en telle quantité …

– Je peux entrer, Sarah, c’est un peu encombrant …

Je secoue la tête et me pousse pour le laisser passer, en plus des fleurs il porte un grand sac en papier. Je ferme la porte derrière lui et m’y adosse, toujours stupéfaite.

– Les fleurs n’ont pas besoin d’eau, Sarah, c’est une composition spéciale, je n’ai pas tout compris aux explications de la fleuriste, mais il y a une petite notice avec le bouquet. Je nous ai apporté notre dîner, j’avais envie de passer la soirée tranquillement avec toi, ça ne te dérange pas de rester ici ?

Je ne réponds toujours pas, médusée, et il finit par se tourner vers moi, une expression inquiète dans les yeux.

– Sarah, ça ne va pas ?

En deux pas il est près de moi et me prend dans ses bras. Enfin, maintenant je suis sûre que je ne rêve pas. Je me serre contre lui et je sens une larme couler le long de ma joue et tomber sur sa chemise.

Il la sent aussi, pose un doigt sous mon menton et lève mon visage vers lui.

– Qu’est ce qui ne va pas, Sarah ?
– Rien … tout … j’ai cru que ces mois loin de toi ne s’arrêteraient jamais, je commençais à penser que tu n’existais que dans mes rêves, que tout ce que j’aurais jamais de toi, c’était ta voix et des messages sur internet … je n’aurais pas dû partir, Harm, tu m’as tellement manqué que j’avais fini par oublier que je souffrais de ton absence. Ne me laisse plus te dire que je veux un peu de temps, s’il te plait. Oh … je me déteste … embrasse moi.
– Chut mon bébé, je suis là maintenant, je ne te laisserai plus partir loin de moi…

Sa bouche descend doucement sur la mienne, et je sens tout mon corps fondre sous la chaleur de ce baiser, mon angoisse, cette intense sensation de solitude qui m’enveloppait se dissolvent doucement. Lentement, mes lèvres s’entrouvrent sous la caresse insistante de sa langue. Mes jambes ne me portent plus. Je n’ai jamais encore ressenti une telle impression de plénitude quand un homme m’embrassait. Sa bouche a un goût de menthe, ses joues sont douces sous mes doigts, une de ses mains remonte pour caresser ma nuque pendant que l’autre m’enlace plus étroitement. Je ne sais plus que ressentir chacune de ses caresses, écouter mon corps qui réclame le sien. Je ne veux pas qu’il s’arrête.

Sa bouche glisse lentement le long de ma joue, remonte le long de ma tempe, sème de petits baisers sur mes paupières, mon front, mon nez …

– Sarah, regarde moi !

Il a pris mon visage dans ses mains et le lève délicatement vers lui. Ses yeux clairs brillent, il a l’air aussi ému que moi, presque intimidé …

– Je t’aime, Sarah …

Et brusquement une lueur espiègle passe dans ses yeux, il a un grand sourire de petit garçon qui vient – enfin – de faire du vélo tout seul et n’en revient pas d’avoir réussi. Il éclate de rire, et le voir rire m’emplit d’un bonheur tellement fort que j’en perds presque la respiration.

– Tu as entendu, Sarah, j’ai réussi à le dire. Ce n’était pas si difficile. Maintenant, je vais te le dire tous les jours … je t’aime Sarah, je t’aime …
– Doucement, Harm, arrête toi un peu, tu me donnes le tournis …
– Je vous fais tourner la tête, Madame ?

Ses yeux pétillent de malice, son sourire de pilote m’attire comme un aimant, toute ma stratégie de séduction si bien pensée est tombée à l’eau, c’est Harm qui mène le jeu et finalement j’aime autant ça.

– Tu as parlé de dîner, j’ai faim …
10 novembre 2001 – 21 heures Côte Est
APPARTEMENT DE MAC – GEORGETOWN

La pièce n’est éclairée que par le feu qui crépite dans la cheminée, et les bougies que Harm avait disposées un peu partout avant mon retour. Confortablement nichée au creux de ses bras, je contemple le bouquet posé sur la table basse. Je n’ai pas envie de bouger et Harm reste lui aussi presque immobile, seule sa main joue doucement avec mes doigts et la paume de ma main. Rien ne nous presse, nous avons l’éternité devant nous, à commencer par cette nuit et ce week-end. Tout à l’heure, je reprendrai les opérations en main, j’irai sous un prétexte quelconque me changer et enfiler ce déshabillé de satin noir que j’ai acheté la semaine dernière chez Victoria Secrets en pensant au retour de Harm.

Quand je l’ai à nouveau passé, une fois rentrée à la maison, pour me persuader que j’avais eu raison de le prendre, qu’il était suggestif sans être vulgaire, le hasard a voulu que mon téléphone sonne. Harm avait ce soir là dû m’appeler un peu plus tôt que d’habitude, et le simple fait d’entendre la voix de Harm alors que j’étais à moitié dévêtue dans cette robe totalement fendue, et seulement lacée le long de mon corps m’a troublée à un point que j’avais rarement connu. J’ai failli oublier la promesse que je m’étais faite et l’entraîner dans une conversation érotique, mais j’ai préféré prétexter un appel du bureau sur mon portable pour abréger notre bavardage … et prendre une douche froide.

Mais ce soir, j’ai bien l’intention de vivre toutes les images qui me sont alors passées par la tête pendant que Harm me parlait, et de les partager avec lui.

Tout à l’heure …

Pour l’instant, l’ambiance est calme et sereine, nous nous sommes tellement  » parlé  » pendant notre séparation que je veux juste sentir la chaleur de son corps près de moi. Mais j’ai malgré tout envie de savoir pourquoi il m’a apporté ces fleurs là, et non comme j’aurais pu m’y attendre un simple bouquet de roses rouges. Je connais Harm, il y a une intention dans chacun de ses actes, ce qu’il ne sait pas dire, il l’exprime autrement, et je ne resterai plus aveugle à cet aspect de l’homme que j’aime.

– Harm ?
– Mmmmmmm … grommelle t’il paresseusement.
– Pourquoi m’as tu apporté ces fleurs ?
– Pour te faire la cour, Sarah, quelle drôle de question …

Il y a une pointe de malice dans sa voix, j’avais raison, il attendait la question, il a une idée derrière la tête.

– D’accord, monsieur veut faire le malin. Je ne connais rien au langage des fleurs, et je serais étonnée que tu t’y connaisses un peu, toi.
– Colonel, je suis vexé … je suis une véritable encyclopédie sur ce sujet comme sur tant d’autres, me rétorque t’il en exagérant l’intonation outrée de sa voix.

Sans bouger de ma position oh combien confortable, je lui donne une tape sur le bras, puis je me pelotonne encore plus près de lui, aussi près que je le peux, et je bouge lentement mes hanches contre son bassin. S’il veut me taquiner, je vais lui montrer un autre jeu … Je sens son corps réagir, son souffle taquiner ma nuque, tant pis pour le bouquet de fleurs, je saurai plus tard, ou jamais. Je me retourne doucement dans ses bras, en faisant attention à frôler son bras, puis son torse, avec mes seins, je défais un des boutons de sa chemise et glisse une main sur sa poitrine …

Enfin !

– D’accord Conseiller, vous avez gagné, j’avoue que je n’y connaissais rien, mais j’ai fait quelques recherches … pour trouver le meilleur fleuriste de Washington. Les orchidées blanches, c’est le symbole d’un amour pur, les roses roses, le symbole des serments d’amour et les roses rouges, je ne t’apprends rien, elles symbolisent l’amour ardent. Il y a vingt-et-une orchidées blanches, une pour chacune des semaines où j’ai été loin de toi depuis que j’ai quitté le Guadalcanal, douze roses roses, une pour chacun des jours qui viennent jusqu’à Thanksgiving et cinquante roses rouges pour chacune des années que je veux passer avec toi.

J’arrête immédiatement le jeu de séduction que j’avais commencé et je lève les yeux vers Harm, interloquée, pour essayer de lire dans son regard si je deviens folle, ou s’il a vraiment dit ce que j’ai cru entendre.

Ses yeux sont graves, son sourire est presque timide, et devant mon silence qui se prolonge je vois l’inquiétude se peindre sur son visage. Mais je ne peux pas parler, pas encore, je ne sais même pas ce que je pense.

– Sarah, j’ai autre chose pour toi, mais j’ai peur de trop en faire, peur de te donner l’impression d’insister. Tu sais, j’ai beaucoup réfléchi à nous, à notre relation, à ce que je veux, pendant ces dernières semaines. Quand tu es revenue du Guadalcanal, je ne me posais pas vraiment de questions, je voulais juste que tu sois là et qu’on voit ensemble, au jour le jour, où nous irions. Et puis à Pensacola je me suis retrouvé au milieu d’un vrai dispositif de guerre, j’ai entraîné des gamins à pousser leurs Tomcats à bout, et on m’a fait passer de nouvelles qualifications d’instructeur et de pilote d’essai. Je pense que tu as ressenti la même chose sur le navire avant de le quitter, cette fièvre guerrière. A Washington, malgré tout ce qui se passe au Pentagone, on ne ressent pas les événements avec autant d’intensité. Et j’ai pensé à mon grand-père et à mon père. Sarah, il n’y a presque aucun risque que je sois rappelé en escadrille pour servir en Afghanistan, je suis trop vieux, je vais plutôt remplacer au pied levé les instructeurs ou participer à des tests de matériel, mais malgré tout je veux commencer dès que possible à vivre avec toi au grand jour. Tu m’as dit que tu voulais qu’on recommence au début, mais je ne suis pas sûr de l’endroit où tu situes ce début. Je t’aime depuis longtemps, Sarah, même si je n’en suis conscient que depuis quelques mois.

Je suis toujours muette, je sais qu’il n’a pas fini et je suis incapable pour l’instant de réfléchir à ce qu’il me dit. Je le regarde intensément, comme pour le supplier de continuer.

– Sarah, je suis en train de te demander d’être ma femme. Je ne te demande pas de réponse tout de suite, je vais te laisser y penser. Et je voudrais aussi que tu lises ça.

Il se lève du canapé, va chercher un paquet dans le sac en papier qui contenait le dîner et revient avec une boîte à chaussures. Il la pose près du bouquet devant moi et l’ouvre.

– Tu pensais que je t’avais oublié quand je suis parti sur le Patrick Henry, parce que je ne t’avais pas écrit. Les premiers jours, j’étais tellement heureux quand je descendais de l’avion qu’à chaque fois ma réaction était d’appeler ma meilleure amie pour lui raconter ce qui m’arrivait. Et je n’ai jamais eu de chance, tu n’étais jamais là. Alors, je me suis mis à t’écrire tous les soirs, et le matin, je n’avais plus le courage de donner ma lettre au vaguemestre et je la rangeais avec les autres. Mais pendant tout ce temps, j’ai continué avec toi une longue conversation, un peu semblable à celle que nous avons eue ces derniers mois, sauf que tu étais virtuelle. C’est à mon amie que j’écrivais, et pourtant… La semaine qui a suivi le 11 septembre, j’ai réécouté toutes les bandes qu’avait envoyées mon père, et ensuite j’ai sorti ces lettres, et je les ai relues. Et j’ai compris pourquoi je n’avais pas pu te les envoyer : à la façon dont je te parlais, j’ai compris que tu étais déjà bien autre chose pour moi qu’une amie à cette époque là.

J’ai l’impression de m’être changée en statue, mais telle Galatée, la statue redevient peu à peu humaine et se met à pleurer.

– Ne pleure pas Sarah, je me déteste de te faire ça, mais j’y crois trop pour ne pas le faire. J’ai peur de tout gâcher, mais je ne veux pas d’une relation secrète, je suis fier de t’aimer. J’y ai beaucoup pensé, et je t’assène ça dès que nous nous revoyons, mais rien ne nous assure que lundi nous ne serons pas à nouveau envoyés sur des missions loin l’un de l’autre. Et je ne veux plus laisser les événements régir notre avenir si je peux l’éviter. Si tu veux qu’on en parle encore, appelle moi. Si tu prends une décision, appelle moi. Je serai chez moi demain toute la journée. Encore une chose, Sarah, si tu me dis oui, je voudrais t’emmener quelque part pour Thanksgiving, partir jeudi matin et rentrer samedi dans la journée.

Avec des baisers très tendres, il essuie les larmes qui coulent sur mes joues. Je lui sourie doucement et je m’accroche à sa main.

– Reste avec moi, Harm.
– Non Sarah, si je reste près de toi, je ne pourrai pas m’en tenir à mes résolutions et je m’en voudrai trop après. Excuse moi de t’avoir fait ça, mais j’y ai longtemps réfléchi et je suis sûr que si tu le veux aussi, c’est la meilleure des solutions. Appelle moi.

Il se lève, attrape son blouson sur le fauteuil et ouvre la porte.

Au moment de sortir, il se tourne vers moi et me sourit presque tristement :

– Je t’aime, Sarah, plus que ma vie …

Et la porte se referme sur lui, me laissant désemparée, devant des lettres que je commence à compter, des fleurs que je me mets aussi à compter. Je lis la première lettre, et avant même d’être arrivée au bout, je sais ce que je vais faire.
11 novembre 2001 – 00 heures 01 Côte Est
APPARTEMENT DE HARM – AU NORD DE UNION STATION

Je sursaute à la sonnerie du téléphone et je pose ma bière sur la table basse.

– Capitaine Rabb, j’écoute.
– Harm, on est demain ……
– …
– Je voulais juste te dire que c’est oui, Harm, moi aussi j’ai beaucoup réfléchi et je voulais la même chose, mais je pensais utiliser d’autres moyens pour t’y amener. Je ne croyais pas que tu étais prêt.
– Je suis prêt à beaucoup plus de choses que tu le crois, Sarah. Si tu veux, je t’emmène passer la journée à Annapolis demain, j’ai des choses à te raconter … sur ma jeunesse … il est temps que tu me connaisses sous un autre angle … si des fois tu voulais changer d’avis, lui dis je en plaisantant.

Je suis soulagé de la réponse de Sarah, je savais que je prenais un risque, mais l’issue en valait le coup.

– D’accord Harm … Harm ? Tu ne veux pas revenir dormir ici ?
– Non, Sarah, tu comprendras … Je t’aime. Bonne nuit.
– Je t’aime, Harm.
22 novembre 2001 – Thanksgiving – 06 heures 00 Côte Est
DANS LA VOITURE D’HARM

Il referme galamment la portière, monte à la place du chauffeur et démarre. Je ne sais toujours pas où nous allons, il n’a rien voulu me dire.

– C’est une surprise, Sarah, si je te le dis ce ne sera plus une surprise.

Je n’ai jamais vu Harm aussi détendu pendant une période aussi longue, il plaisante tout le temps, sourit encore plus que d’habitude, il a même été agréable avec le lieutenant Singer quand elle est venue lui demander de l’aide.

Nous gardons nos distances au bureau, mais le calme et la sérénité qui semblent planer sur nos relations commencent à avoir des répercussions. Certains semblent craindre l’ouragan qui ne devrait pas tarder quand l’anticyclone Rabb va se dissiper, d’autres chuchotent d’un air entendu quand je traverse le plateau. Même l’amiral s’est rendu compte de ce changement d’atmosphère. Quand nous l’avons croisé par hasard hier matin dans la kitchenette, il nous a regardé un moment avant de se décider.

– Vous avez l’air très en forme depuis le retour du Capitaine, Colonel … et je n’ai entendu parler d’aucun esclandre, ni dans vos bureaux, ni au tribunal. Vous n’êtes pas malade ?
– Euh, non ….

J’avais l’impression de marcher sur des oeufs et Harm n’en menait pas vraiment plus large.

L’amiral s’est tourné vers lui pour insister :

– Tout va bien, Capitaine ? Rien dont vous souhaiteriez me parler ?
– Non, Monsieur. Tout va très bien …

Juste au moment où j’allais m’esquiver avec mon café, Harm a ajouté

– Mais j’aimerais avoir un entretien avec vous lundi à la première heure, pour des raisons personnelles, Monsieur.

L’amiral l’a étudié un moment, Harm restait impassible, il s’est ensuite tourné vers moi pour me demander :

– Vous êtes au courant, Colonel ?
– Euh … je … je ne crois pas … non, Monsieur, pas vraiment…
– Bon ……

Avec un soupir de frustration, en secouant la tête, il a ajouté :
– Dans mon bureau à 0730 lundi matin, Capitaine.
et a quitté la pièce.

Harm m’a adressé un sourire rassurant et est sorti sans faire plus de commentaire.

Que cet homme est frustrant par moment !

Et maintenant, il conduit tranquillement sa Lexus à travers la circulation très fluide de ce matin de fête.

– Harm, je ne suis pas sûre que j’aime vraiment les surprises, s’il te plait, dis moi où tu m’emmènes. Tu sais, j’aime bien décider toute seule de ce que je veux faire et de quand je veux le faire, et …
– Je sais Sarah, mais ça ne va plus durer, je te le promets. Encore quelques heures, juste quelques heures …

Il se tourne vers moi, les yeux pétillants de malice, et ajoute en souriant largement.

– Encore quelques heures et je te laisse le manche à balai. Ce sera quand tu veux, comme tu veux, où tu veux… C’est toi qui décideras de tout.
– Le … manche à balai ? Harm ?

J’éclate de rire, depuis quelques jours je découvre un nouvel aspect de la personnalité d’Harm, celui qu’il a commencé à me montrer quand il m’a emmené à Annapolis et m’a raconté toutes ces blagues stupides qu’il a faites avec ses copains de virée. Keeter m’avait bien laissé comprendre deux ou trois choses quand on était revenu d’Iran, mais elles ne cadraient pas avec le Harm que je connaissais, alors je n’y avais pas totalement cru.

– Tu sais, Harm, je n’aurais jamais cru que tu pourrais te comporter comme ça : être romantique, me couvrir de fleurs, me faire rire, faire des plaisanteries douteuses.
– Moi non plus, Sarah …
– Toi non plus ? … Tu peux préciser ce que tu veux dire ?
– J’en suis le premier surpris, tu sais. Même à l’Académie, je n’ai jamais eu vraiment cette impression que les choses pouvaient être simples si je le voulais, et quand parfois je me laissais vraiment aller avec mes copains, c’était pour me réveiller le lendemain avec encore plus de questions et d’incertitudes. Et maintenant, je ne sais pas, je suis … bien … vraiment bien … un jour, je t’ai dit que je n’étais comme ça qu’avec toi, et c’est encore plus vrai aujourd’hui.

Il me lance un de ses grands sourires qui sont sa marque de fabrique, et ajoute :

– Je t’emmène voler !

en engageant la voiture dans le parking du terrain d’aviation où il laisse son Stearman.

Il arrête sa voiture à proximité de l’avion jaune et vient m’ouvrir la porte.

– Harm, je ne suis pas sûre d’avoir envie d’aller voler… Tu sais, ça ne me réussit pas beaucoup de monter dans des avions que tu pilotes …

A mon intonation hésitante, il se rend compte que je ne plaisante pas et son sourire s’efface pour faire place à une expression soucieuse.

– Sarah, il n’y a aucun risque, la météo est excellente, j’ai fait entièrement vérifier l’avion cette semaine, c’est absolument sans danger. Et puis si on doit y aller en voiture, il nous faudra des heures et ils vont nous attendre….
– Qui Harm ? Tu ferais mieux de tout me dire si tu veux que je sorte de cette voiture. La seule fois où je suis montée dans ton avion, j’ai failli y rester, et je n’ai pas vraiment aimé les balades en Tomcat que j’ai faites avec toi …
– D’accord, Sarah, je me rends. Je veux t’emmener à Bellesville, chez ma grand-mère. C’est Thanksgiving, et elle a quelque chose dont j’ai besoin. Et puis Frank et ma mère y sont aussi, alors je me suis dit que c’était l’occasion de leur annoncer … pour nous … Tu m’en veux ? Je te promets que je ne déciderai plus rien sans en discuter avec toi, jamais, mais je tiens vraiment à aller à Bellesville avec toi. C’est important pour moi … pas à cause de mes parents ou de ma grand-mère, pour nous … s’il te plait …

Après tout, qu’est ce que je risque ? Cet homme est probablement un des meilleurs pilotes de l’Aéronavale, et je lui confierais ma vie sans hésiter … sauf quand il s’agit de monter dans un avion avec lui. Mais je sens que je dois lui faire confiance, et puis malgré mon appréhension, il y a longtemps que je suis un peu jalouse de cette Sarah et que je voudrais comprendre pourquoi Harm aime tellement voler. Il est peut-être temps que j’essaie de partager cette passion avec lui.

– D’accord, Harm, mais si nous avons le moindre petit problème, tu m’entends, la moindre chose, je m’opposerai à ce que tu emmènes nos enfants voler avant qu’ils soient majeurs …
– Nos enfants, Sarah ?…

Le sourire est revenu sur ses lèvres, et ma peur se dissipe maintenant que le soleil qui se lève fait briller le Stearman. Je lui sourie avec confiance et lui confirme.

– Nos enfants, Harm … Tu devrais contrôler ta check list tout de suite, pilote, et vérifie bien le tuyau d’arrivée d’essence, inutile de me faire deux fois le coup de la panne, d’accord? Au travail, et plus vite que ça …
22 novembre 2001 – Thanksgiving – 21 heures 30 Côte Est
BELLESVILLE – PENNSYLVANIE

Je suis assise dans le fauteuil en cuir près de la fenêtre, j’imagine Harm y étudiant un manuel de droit, ou peut-être le programme de l’université de Georgetown en fumant un cigare. Cette pièce lui ressemble, comme son loft lui ressemble, masculine, organisée, mais chaleureuse, elle a une âme et je m’y sens chez moi.

Tout comme je me suis sentie immédiatement chez moi quand sa famille nous a accueilli. J’avais déjà rencontré Frank et Trish il y a quelques années, à l’occasion d’une enquête que nous avions faite à Miramar, mais à l’époque j’étais sa partenaire, pas sa petite amie. Ils m’ont accueillie comme si nous nous étions quittés la veille, d’une façon tellement naturelle que mes craintes se sont évanouies. Mais Harm avait encore une  » surprise  » pour moi.

– Sarah, tu connais déjà maman et Frank. Et cette vieille dame qui vient d’essayer de m’étouffer, c’est Sarah Rabb, ma grand-mère adorée. Maman, Frank, Granny, voici le lieutenant colonel Sarah MacKenzie, ma meilleure amie, qui a accepté pour mon plus grand bonheur de devenir une nouvelle Sarah Rabb le plus vite possible.

Il m’a souri avec chaleur et a pris ma main gauche dans la sienne.

– Granny, il y a longtemps, tu m’as dit que tu me donnerais quelque chose un jour …

Sa grand-mère lui a souri avec complicité, le même sourire que celui qui illuminait le visage d’Harm et elle est sortie de la pièce. Je n’osais pas bouger, Harm tenait toujours ma main en me souriant et ses parents attendaient près de lui, l’air ravi. La vieille dame est revenue avec une petite boite de velours dont Harm a sorti une bague ancienne ornée d’une émeraude d’un vert profond. Il m’a regardé intensément et m’a demandé avec une pointe d’hésitation dans la voix :

– Tu veux toujours m’épouser ?
– Encore plus …

Il a passé la bague à mon doigt et a ajouté

– Tu comprends, Sarah, je voulais que tu portes cette bague lundi quand je vais aller voir l’amiral. Je vais lui parler de nous, et j’aimerais que tu viennes avec moi.
– Il est hors de question que tu y ailles sans moi, matelot. Mais tu n’as pas peur qu’il fasse transférer l’un de nous ?
– C’est pour cela qu’il faut que nous lui parlions tout de suite. Mais s’il le décide, c’est moi qui quitterai le JAG. Chut, attends, laisse moi finir. J’ai été contacté par l’Inspecteur Général quand j’étais à Pensacola, il a un poste plutôt intéressant à me proposer, je lui ai demandé un peu de temps avant de lui donner ma réponse.
– Tu ne peux pas quitter le JAG, Harm !
– Sarah, si l’un de nous deux doit partir, ce sera moi, parce qu’aussi longtemps que nous serons en guerre, je peux être appelé à voler à n’importe quel moment. Et puis, j’ai vraiment envie que mon épouse soit la première femme JAG, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu y arrives. Je t’ai dit que j’avais changé de priorités, Sarah, j’étais sérieux.
Dans l’après-midi, pendant que je bavardais avec Trish, j’ai vu Harm partir dans la cuisine avec sa grand-mère. Que pouvaient ils être en train de comploter, ces deux là ? Il est revenu quelques minutes plus tard et m’a proposé de me faire visiter la ferme.

– Et puis il faut qu’on s’installe, Granny vient de me dire que ma chambre est prête et que le lit devrait être assez grand pour nous deux. Tu viens, je vais te montrer mon repaire …

Rouge de confusion, je me suis levée et me suis dirigée vers l’escalier qui partait de la grande pièce de séjour, mais il m’a rattrapée et m’a guidée vers la porte.

– Non, c’est là-bas, Sarah

m’a t’il dit en me désignant ce que j’avais pris pour une grange, à une dizaine de mètres de l’autre côté de la cour.

Il a pris nos sacs de voyages, et nous sommes sortis, main dans la main.

– Harm, tu ne veux pas … cet après midi … ? N’est ce pas ?
– Sarah … je ne voulais pas te mettre mal à l’aise. Et mes parents ne savent rien de nos relations, ils peuvent croire que nous couchons ensemble depuis des mois, tu sais, je n’ai jamais vraiment parlé de ce genre de choses avec ma mère, ils ne savent rien et ne se doutent de rien. Pour eux, tu es ma fiancée, et tu peux avoir été ma petite amie depuis très longtemps, nous sommes des adultes et ils s’en moquent. Et je veux vraiment te faire visiter la ferme, rien d’autre … pour l’instant…

Et maintenant, je l’attends, je regarde la grande maison éclairée de l’autre côté de la cour, et je l’attends. J’entends l’eau couler, j’imagine les gouttes qui coulent sur son corps nu … plus vite, Harm, plus vite …

Quand nous sommes arrivés dans la chambre, il m’a laissé la salle de bains, il n’a pas l’air pressé, il semble vouloir prendre son temps. J’espère que je ne me suis pas trompée sur ses intentions, s’il ne me touche pas cette nuit, je vais hurler …

Depuis dix jours, j’ai compté et recompté les roses roses, et je me suis répété les paroles de Harm, pour une raison que je ne comprenais pas, il voulait attendre aujourd’hui. Bon, maintenant j’ai compris qu’il voulait être ici, ou peut être que j’aie cette bague, quoique je ne saisis pas très bien en quoi le fait que je porte sa bague pourrait ou non justifier le fait que nous fassions – enfin – l’amour.

Il ne veut quand même pas attendre qu’on soit marié ?…

J’ai mis le négligé de soie ivoire qu’il m’a offert, on n’offre pas ce genre de cadeau à la femme qu’on aime si on n’a pas l’intention de lui enlever … Je perds tous mes repères avec Harm, mais peut être parce que personne jusqu’à présent ne m’avait aimé comme il m’aime.

L’eau vient de s’arrêter, j’ai le cœur qui bat à cent à l’heure, la pièce n’est plus éclairée que par la lune, et par une bougie que j’avais glissée dans mon sac, avec le négligé, et que j’ai allumée quand il a disparu dans la salle de bains.

La porte s’ouvre, et il apparaît dans le halo de lumière, une serviette blanche nouée autour des reins, vivante image de six ans de fantasmes et de frustrations.

Il s’approche de moi et me tend la main pour que je me lève.

– Viens
22/23 novembre 2001 – dans la nuit.
BELLESVILLE – PENNSYLVANIE

J’essaie de retrouver mon souffle, je suis toujours en elle et je ne veux plus en sortir. Je la serre plus fort contre moi, elle pose la tête sur ma poitrine, mes mains glissent paresseusement le long de son dos, je trouve à tâtons un coin du drap et la recouvre.

Il ne fait pas très chaud dans ma chambre, nous sommes couverts de sueur, je ne veux pas qu’elle attrape froid.

– Ne bouge pas, Sarah.
– Qui t’as dit que je voulais bouger ?
– Tes hanches bougent …
– Fatigué, matelot ?
– Donne moi seulement dix minutes, mon bébé …

J’ai encore envie d’elle, et pourtant cela fait plusieurs heures que nous faisons l’amour. C’est comme une drogue, je n’arrive pas à la lâcher, plus je la caresse et plus je la désire, plus je la touche et plus je la veux. Tout est tellement … parfait … plus que dans mes rêves. Je m’étais dit toute cette semaine que notre première fois ne serait pas forcément ce feu d’artifice dont je rêvais, qu’il est parfois difficile pour des amants de trouver leurs marques dès le début.

Mais rien avec Sarah n’est comme avec aucune autre, elles ont toutes disparu de ma tête et de ma vie. Avec elle, j’ai l’impression de réinventer l’amour, tout est neuf, tout est beau, tout est pudique.

Je laisse courir mes ongles le long de son dos, elle gémit doucement et le bout de sa langue dessine des sillons sur mon torse.

– Tu bouges, Sarah.
– Toi aussi, Harm … tu vois, il ne te fallait pas dix minutes.
– Chérie, s’il te plait, je voudrais te parler …
– Mmmmmmm …. Maintenant ? ………
– Maintenant, mon bébé.
– D’accord, mais seulement si tu me laisses bouger …
– Si tu veux, mais écoute moi. Je ne t’ai pas amené ici pour la bague, Sarah, ou pour te présenter à mes parents. Je t’ai amené pour te faire l’amour ici, dans cette chambre, en ce jour de Thanksgiving. Je voulais que notre première fois se passe ici, que ce soit un vrai début, quelque chose rien qu’à nous, à nous deux …

Le mouvement lascif de ses hanches s’interrompt, elle lève la tête et me regarde, cherchant à comprendre ce que je veux vraiment lui dire.

– Sarah, mon amour, c’est dans cette chambre, il y a neuf ans, après mon accident, que j’ai décidé d’étudier le droit et de devenir avocat pour la Navy. C’est dans cette chambre que je me suis reconstruit et que je suis devenu l’homme que tu as rencontré et que tu as aimé. Aucune femme n’est jamais venue ici, tu es la première et tu seras toujours la seule. Et je sais que toi non plus tu n’as jamais fait l’amour dans cette chambre avant cette nuit ….

J’essaie de détendre l’atmosphère par cette petite plaisanterie, j’ai vu les yeux de Sarah se mouiller de larmes, et je sens ma voix qui tremble un peu aussi. Même si ce sont des larmes de bonheur, je n’en veux pas maintenant …

– Sarah, je ne voulais pas que notre première fois se passe dans une chambre où tu aurais pu penser à une autre femme ou moi à un autre homme … non, ne ris pas, tu sais très bien ce que je veux dire … Tu as dit toi-même que tu voulais qu’on oublie le passé, et je ne voulais pas que quelque chose nous le rappelle. Mais je ne voulais pas non plus t’emmener dans une chambre d’hôtel impersonnelle, cette nuit était trop importante pour moi. Cette chambre, cette journée de Thanksgiving, c’est ma façon de te dire que je remerciais le ciel de nous permettre de recommencer au début, tous les deux ensemble. Je t’aime, Sarah …

Elle me sourit, pose ses lèvres sur les miennes et je me noie dans son baiser.

La nuit ne fait que commencer …
23 novembre 2001 – à l’aube.
BELLESVILLE – PENNSYLVANIE

Elle dort.

Sa main gauche est posée sur ma cuisse, et l’émeraude qui y brille me parle d’espérance.

Je ne suis pas naïf, je sais que tout ne sera pas rose, mais ce long chemin qui nous attend, nous allons le suivre ensemble.

FIN

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