What’s past is prologue

Chapitre 7

A 11h30 le lendemain, Diane était assise dans un café proche de son hôtel, feignant de s’intéresser au journal devant elle. Elle tapotait des doigts sur la table avec anxiété en reconsidérant pour la dix septième fois le bien-fondé de ce repas. Leur dernière rencontre avait été tendue, pour dire les choses simplement. Mais si elle devait à nouveau faire un jour partie de sa vie – à quelque place que ce soit – il faudrait qu’elle apprenne à connaître celui qu’il était devenu aujourd’hui et non ce jeune officier agité qu’elle avait connu dans ce qui lui semblait une autre vie.

Harm arriva avec quelques minutes de retard, l’air sincèrement désolé. « Je ne pouvais plus me décrocher d’un rendez-vous avec les inspecteurs de police de Washington » expliqua t’il, prenant le siège en face d’elle. « J’espère que tu n’as pas attendu trop longtemps. »

« Non, c’est bon. Qu’est ce qui se passe avec la police. »

« Tu te rappelles le maître principal, Mac et moi étions ses représentants dans le fiasco du NEXCOM ? »

« En quelque sorte. »

« Il a été tué tôt hier matin. Notre audience d’appel s’est dans l’intervalle transformée en une enquête pour meurtre. »

Diane fronça les sourcils. « Ce genre de choses fait partie de vos attributions au JAG ? Traquer les meurtriers ? »

« Ce n’est pas comme si je ne l’avais jamais fait auparavant. » Immédiatement Harm souhaita pouvoir effacer ce commentaire. Elle comprit ce qu’il voulait dire, mais avant qu’elle puisse répondre, l’arrivée du serveur interrompit la conversation.

Aussitôt qu’ils furent seuls à nouveau, elle appuya ses coudes sur la table. « Comment l’as-tu découvert ? »

« Holbarth ? »

« Ouais. Après tout ce temps, après que le dossier avait été clos et oublié, pourquoi t’es tu replongé dedans ? »

Harm lui adressa un regard gêné et haussa les épaules. « Je pense que je n’avais jamais complètement accepté l’idée que c’était Lamm qui t’avait tiré dessus » dit il, les yeux fixés sur un point au dessus de son épaule droite. « J’ai essayé pendant un temps parce que cela me blessait énormément de penser que cela allait rester sans réponse, mais quelque part cela a commencé à me faire encore plus mal de ne rien faire à ce propos. Un jour je me suis plongé dans toutes tes anciennes lettres et j’ai trouvé un brouillon de ta plainte envers Holbarth. Alors tout a commencé à prendre un sens. »

Une soudaine bouffée d’amère colère lui remplit la bouche. Holbarth avait l’intention de lui prendre sa vie et quoique qu’il ait échoué au sens littéral, le reste était ouvert à l’interprétation.

« Cela a pris un sens pour toi, peut être, bien qu’aucun tribunal ne l’aurait accepté » dit elle. « Mais je devine que c’est pourquoi tu es allé le voir toi même. Cela ressortait de ce que j’ai lu dans le dossier. »

Il la dévisagea le regard perçant. « Qu’ as-tu lu d’autre à ce sujet ? »

Elle mordilla sa lèvre, pesant sa réponse. « Je sais que le Colonel Mackenzie était là vêtue d’un uniforme de lieutenant de la Navy qu’elle avait emprunté. Je sais qu’Holbarth est tombé du quai et qu’il est mort. » Elle regarda au loin la voix basse. « Je ne sais pas cependant si tu l’as poussé ou non, et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir. »

Une ombre venue du passé voila ses yeux, les rendant plus durs. « Je ne l’ai pas fait. Il a paniqué quand il a vu Mac et il a perdu l’équilibre. Toutefois j’aurais pu lui tirer dessus s’il n’était pas tombé…….. Je ne suis pas sûr de vouloir le savoir, moi non plus. »

Diane étudia l’homme qui avait été une fois son meilleur ami. Elle voyait clairement en cet instant le noyau si dur forgé au plus profond de son ami, qui n’avait été visible que par de brefs éclairs à l’époque de leur passage à l’Académie,. Les yeux gris bleu ne reflétaient que peu d’ agitation après son dernier commentaire. Diane ne savait pas si c’était parce qu’il l’acceptait et été passé à autre chose, ou s’il était devenu simplement vraiment doué pour garder ses sentiments cachés. Elle suspectait avec assez de tristesse que cette dernière solution était la bonne.

Le silence s’installa un moment. Diane s’éclaircit la gorge, tentant de secouer l’atmosphère sinistre. « Ok, à part ça, dit moi ce que tu es devenu pendant toutes ces années. » Ses yeux se posèrent sur ses décorations. Elle se rappelait encore comment les lire, quoiqu’elle n’en ait pas pris le temps auparavant. Maintenant, la DFC avec sa deuxième étoile en bronze retint son attention. « Je me doute bien que tu as dû avoir ton compte de problèmes. » Elle leva les yeux vers lui.

Harm sourit d’un air contrit. « Le terme est faible. Qu’est ce que tu veux entendre en premier ? Comment Mac et moi avons découvert ce qui est arrivé à mon père ? Le tour de force que j’ai fait sur le Patrick Henry durant le conflit au Kosovo ? Le frère que j’ai rencontré il y a deux ans ? Ou le Tomcat que j’ai laissé tomber dans l’Atlantique. »

Pendant qu’il finissait la liste, les yeux de Diane s’écarquillèrent. Mais elle hocha la tête. « Tout ce que tu viens de dire » demanda t’elle bravement. « Et chronologiquement, j’espère. »

« C’était chronologique. »

Elle leva les yeux vers lui, néanmoins heureuse de voir le retour de l’humour empreint d’ironie qui avait toujours été caractéristique chez lui. « Avec un peu plus de détails, s’il te plait. »

Au cours du repas, il raconta tout ça et le reste, commençant avec les premières semaines bafouillantes de Bud Roberts au JAG et continuant jusqu’au présent. Il y avait des parties qu’il dissimulait, elle pouvait le dire mais elle n’insista pas. Elle n’omit pas non plus avec quelle prudence il mentionnait la présence de Mac en de si nombreux moment de sa narration. Diane résolut d’ignorer tout cela. Quelque soit la relation qu’elle aurait avec Harm, c’est eux deux qui la forgeraient, indépendamment de la relation qu’il avait avec Mac.

« ……et alors j’ai entendu Mac dire, ’Harm regardez’. Je me suis tourné, et c’était Sturgis Turner en personne arrivant avec ma corvette ! »

« Pas possible. Sturgis l’avait prise ? »

« Pour faire poser une nouvelle capote en guise de cadeau de Noël. Toute la journée j’ai cru devenir fou au sujet de cette voiture et il l’avait pendant tout ce temps. »

Diane riait, secouant sa tête. « Vous deux n’avez jamais été vraiment prévisibles. Je ne peux pas imaginer à quoi doit ressembler un bureau avec vous deux dedans. »

« Nous sommes plus vieux et plus sages maintenant, rappelle toi ? Tout du moins un de nous deux. » Il sourit, un sourire plus ouvert et familier qu’avant. « Néanmoins, tu devais difficilement t’ennuyer toi-même. Je parierais que tu devais remettre en place tes acolytes du NSA avec tes sarcasmes détournés. C’était carrément diabolique la façon dont tu pouvais insulter quelqu’un sans qu’il le sache. »

Diane eut le regard soudain pensif. « Mes acolytes du NSA » fit elle en écho. « Tu sais, j’ai travaillé avec un petit groupe de gens pendant presque six ans, et pour la plupart je ne connaissais même pas leur vrai nom. C’était comme si j’avais vieilli, mais ma vie a arrêté d’avancer le jour où j’ai quitté les Etats-Unis. »

« Tu étais toujours toi, même si ton nom était différent » fit remarquer Harm avec raison. « Tu n’as pas cessé d’apprendre ou de faire de nouvelles expériences. »

« Mais les choses que j’ai manquées……. Je veux dire, j’étais à l’autre bout du monde le 11 Septembre. Il n’est pas possible que j’ai eu la même perspective des événements que toi. Depuis à peu près un an tu as pris part à la guerre au sein de la Navy. Je pense que peut être j’ai l’impression que j’aurais dû participer à ça tout comme toi. »

Ses sourcils se froncèrent de surprise et d’incrédulité. « Tu penses réellement que ce que tu étais en train de faire était moins important ? Peut être que nous ne sommes pas en guerre ouverte avec la Chine, mais cela ne veut pas dire que je fasse confiance à leur gouvernement plus que je ne suis capable de lancer un homerun. »

Elle lui adressa un regard bizarre, singe à la fois d’espoir et de peur. « Est-ce que cela veut dire que tu commences à me pardonner d’être partie ? »

Le bouclier réapparut dans son regard. « Peut être. Je ne sais pas. Je sais juste que je n’ai pas vraiment apprécié ma visite en Chine lors de l’incident du EP-3 et la fois d’avant c’était purement et simplement l’enfer sur terre. ». Voyant sa confusion il coupa court. « Je ne t’ai jamais parlé de cela ? C’est arrivé deux semaines avant que ta croisière ne finisse…….. peut être que j’attendais que tu reviennes pour te le dire. »

Quelque chose dans l’expression d’Harm la fit frissonner. « Et bien, maintenant je suis de retour » dit elle avec prudence. « Alors raconte moi. »

Il souleva un sourcil dans une attitude signifiant C’est toi qui as demandé. « OK. Quand tu es arrivée là bas au début, tu n’as pas entendu quelque chose à propos d’une dispute territoriale entre Hong Kong et la Chine continentale ? »

« Bien sûr, Matsu et Quemoy. Cela a été un des premiers briefings que j’ai eus quand je suis arrivée. Les Etats-Unis ont envoyé un avocat conseilr maritime pour aider à déterminer notre position, et les Chinois ont pété les plombs et ont kidnappé le gars.. » Elle s’interrompit en comprenant le terrible sous-entendu. « Oh, mon Dieu » murmura t’elle. « C’était toi ? »

Harm acquiesça imperturbable.

« Qu’est il arrivé ? »

« Apparemment ils m’attendaient, et ils n’ont pas fait grand cas de la croisière de plaisance que j’avais utilisée comme couverture. J’étais en train de changer de capp et la minute suivante j’étais éperonné par un bâtiment de la marine Chinoise. Je suis tombé de la proue quand la coque a cédé. Je ne me rappelle rien d’autre jusqu’au moment où je me suis réveillé dans une cellule très sombre. »

Avec de l’appréhension dans la voix, elle demanda. « Qu’est ce qu’ils t’ont fait ? »

Il haussa les épaules. « A peu près tout. Beaucoup de drogue, principalement – Ils voulaient connaître les recommandations que j’avais l’intention de donner au Département d’Etat, et ils ont essayé comme des malades de me faire parler. Seulement le problème était que je n’avais aucune recommandation à leur fournir, parce que je venais juste d’arriver. C’était une bonne chose parce qu’au moment où la négociation pour que je sois relâché a abouti, je pouvais à peine me rappeler mon propre nom. Je te jure, cela m’a pris près de quarante huit heures avant que je recouvre mes esprits. »

Il avait raconté tout ça avec un sens du détachement qui en disait à Diane beaucoup plus sur la rude épreuve subie que les mots eux-mêmes. Puis, comme si un interrupteur avait basculé, il lui adressa un petit sourire et sembla être lui-même à nouveau. « De toute façon, pour résumer l’histoire, tu n’as pas besoin de justifier ton travail là-bas pour moi. Je ne vais pas dire que cela ne m’a pas blessé que tu sois partie, mais je peux comprendre. »

« Je suis contente » dit elle doucement, sentant la chaleur lui monter au visage sous son regard. Un léger carillon d’avertissement commença à résonner dans son esprit quand elle se rappela comment il l’avait fait fondre avec ses mêmes yeux dès la première fois à Annapolis. Cela lui avait toujours été plus facile de penser logiquement à leur relation quand ils étaient séparés que quand elle se trouvait en face de ses yeux, son contact, sa présence……

Assise en face de lui maintenant elle se demandait – si les choses s’étaient déroulées différemment, aurait elle été capable de se tenir en face de lui et de lui dire qu’elle allait partir ?

Harm remarqua les larmes en train de se former et tendit le bras au dessus de la table pour saisir sa main. « Hé, qu’est ce qui va pas ? » Un frisson la traversa à son toucher, évoquant un maelström de souvenirs qui étaient tour à tour joyeux, douloureux, et passionnés. S’il y avait eu une époque où elle avait cru qu’elle pourrait repousser Harmon Rabb de son organisme, elle avait manifestement fait une erreur.

Diane secoua la tête. « Rien, vraiment. C’est juste ……Je pense que je suis en train de réaliser combien tu m’as manqué. »

Harm la regarda en silence pendant un moment avant de retirer sa main. « J’ai une suggestion. Décidons que nous venons de faire notre dernière incursion dans le passé, tout du moins pour les jours qui viennent. Concentrons nous sur ce que nous avons maintenant, et peut être que nous traverserons toute cette histoire sans y perdre notre bon sens ni l’un ni l’autre. »

Diane accepta. « Je pense que c’est un assez bon plan. » Elle redressa ses épaules. « Alors, regardons le futur – comment vais-je convaincre la Navy de me reprendre ? »

« Et bien, j’ai fait quelques recherches de base. Tu dépendais de la deuxième Flotte, aussi l’autorité compétente pour ton article 32 pourrait être théoriquement l’Amiral Wendland. Sa façon de traiter la désertion et les charges similaires, comme les absences non autorisées et la non présentation à son poste est dure mais assez juste. Il a aussi un passé dans les services de renseignement, ça c’est un point en notre faveur. La chose qui m’inquiète le plus est la possible guerre de territoire que nous pourrions déclencher. La Navy a croisé le fer avec la CIA au printemps dernier – en partie à cause d’une de nos opérations, mais ceci est hors de propos – et nous avons fini avec une audience au Sénat et un nouveau SECNAV au sortir de la négociation. Alors nous allons devoir tester la sympathie que notre cas peut nous gagner avant de déterminer notre stratégie. Je pense à ce propos souligner le fait que tu étais en danger de mort au moment de ta décision…. »

Quand il vit le regard étonné sur son visage, il fit une pause. « Quoi ? »

Diane sourit et secoua la tête. « Avant que tu n’entres ici, je n’étais même pas sûre que tu veuilles vraiment m’aider. Maintenant je vois que tu as déjà un plan d’attaque et que tu te prépares à combattre le commandant de la deuxième Flotte lui-même en ma faveur. »

« C’est mon job, Di. »

« Je pense que ton commandant pourrait voir les choses différemment. »

A cela, assez curieusement, elle récolta un léger sourire narquois, lequel disparut un instant plus tard. « Il m’a donné la permission, aussi longtemps que je ne fais pas passer cette affaire avant le reste de mes dossiers. » Harm baissa les yeux sur sa bague d’Académie qu’il faisait tourner autour de son doigt.

Cette action ramena Diane en arrière, au jour où il l’avait obtenue. Elle la lui avait piquée, la gardant comme rançon en échange d’un dîner de crustacés en ville. Il l’avait volée à nouveau, naturellement, mais il l’avait quand même emmenée dîner. Quelle personne senséeaurait pu imaginer que dix sept ans plus tard, ils pourraient se retrouver ici dans cette situation ?

« Je veux t’aider » dit Harm doucement. « Vraiment beaucoup. Tu devais savoir que je le ferais, n’est ce pas ? »

« Je crois. Mais je suis incroyablement reconnaissante, tout de même. » Cette fois c’est elle qui tendit le bras au dessus de la table, caressant sa bague avec son pouce. « Je n’ai pas revu ma bague de l’Académie depuis la nuit où j’ai été abattue. Le faux légiste a dû la récupérer quelque part. »

« Ils l’ont fait » A son complet ahurissement, il plongea la main dans sa poche et lui tendit la petite boite. « Cela a été rendu à tes parents avec tes affaires personnelles. Ils ont voulu que je la garde. J’ai voulu te la rendre l’autre soir, mais cela m’était sorti de l’esprit. »

Cette fois les larmes apparurent pendant qu’elle glissait la bague à son doigt. « Je pense que cela veut dire que je te dois un dîner » dit elle en reniflant, essayant vainement de sécher ses yeux.

En retour, il décocha un sourire qu’elle n’avait plus vu depuis des années, peut être même avant son crash. Son pouvoir la cloua sur son siège, le souffle coupé, pendant qu’il se levait de table. « C’est la règle du jeu que nous avions instaurée, je crois. Ecoute, je dois vraiment y retourner. Mais je te joindrais plus tard aujourd’hui ou demain, d’accord ? »

Tout ce qu’elle put faire fut d’approuver et d’essayer de retourner le sourire pendant qu’il laissait plusieurs billets sur la table puis disparaissait à travers les portes du café.

Tu savais que ceci allait arriver, se dit elle silencieusement. Tu savais que tu ne serais pas capable de le voir à nouveau sans éprouver un sentiment comme ça. Tu ferais mieux de trouver une solution avant que ça ne devienne trop dur à gérer.
Le mobile d’Harm sonna avant qu’il n’ait fait trois pas devant la porte du café. Secouant la tête pour tenter d’éclaircir l’énorme brassage d’émotions que sa conversation avec Diane avait réveillées, il récupéra son téléphone.

« Rabb »

« Hé, c’est moi. » La voix de Mac était reconnaissable instantanément, et elle l’aborda avec circonspection. « J’espère que je ne vous interromps pas. »

Harm ne put retenir un rictus. Il ne pouvait pas lui dire que c’était en fait un soulagement d’avoir quelque chose pour le distraire de ses pensées tumultueuses. « Non. Comme toujours, votre timing est superbe. »

Sa réponse fut un grognement évasif, mais quand elle parla à nouveau il put entendre le sourire dans son ton. « J’ai obtenu des informations sur la drogue employée pour endormir le Maître Principal Zonne. » L’humour s’évanouit rapidement comme elle expliquait. « C’est assez courant – utilisé en prescription comme aide pour dormir comme le Noctran et autre. Le détective Mills dit que Zonne n’avait pas de prescription, mais devinez quoi ? Sa femme oui. Elle s’en sert depuis presque dix ans. » Harm souleva un sourcil pendant qu’elle continuait. « Ils vérifient maintenant pour voir si quelques unes de ses pilules ont disparu. »

Harm arrivait à sa voiture. Il sortit les clés de sa poche et ouvrit la porte, jonglant avec le téléphone d’une main sur l’autre. « Qu’est ce que Mme Zonne a dit quand vous avez discuté avec elle ? »

Mac soupira dans son oreille. « Pas grand-chose, honnêtement. Elle n’a pas semblé terriblement surprise, mais elle a maintenu qu’il avait changé depuis sa démission de la Navy et qu’ils n’avaient plus grand-chose pour vivre. »

« Qu’en est il de son appel ? » Zonne avait semblé à Harm plutôt désespéré, mais ce n’était pas inhabituel pour un homme dans sa situation.

« Elle était plutôt cynique à ce sujet. Je pense que ce n’est pas trop surprenant. J’ai le sentiment que beaucoup de leurs problèmes ont débuté quand le Maître Principal était en cour martiale. De toute façon, la police de DC l’a emmenée pour un interrogatoire et j’y vais pour y assister. »

Harm démarra sa Lexus. « D’accord. Je rentre au bureau. Il faut que je vois qui dans la même chaine de commandement est également suspecté d’appropriation frauduleuse. Si Zonne savait quelque chose au sujet d’une combine, peut être que quelqu’un avait peur qu’il parle. »

Il imagina le haussement d’épaules désinvolte de Mac. « Bien, c’est une meilleure motivation que les cinquante mille dollars de Mme Zonne avec l’assurance vie de son mari. Elle aurait mieux fait de divorcer, probablement. Mais je vous rappelle si j’apprends quelque chose d’intéressant. »

Ils raccrochèrent et Harm retourna à ses pensées et à sa voiture, à travers les rues de Falls Church.

Mac rentra chez elle vers 18h le soir. Ecouter Mme Zonne avait été une expérience déprimante. La veuve âgée de cinquante et un ans avait accepté avec fatalité l’idée que son mari ait commis un suicide. Le concept du meurtre l’avait secouée au plus profond d’elle même – tout du moins c’était l’opinion de Mac. Depuis qu’un certain nombre de pilules somnifères de Mme Zonne étaient en fait manquantes, le détective Mills était moins optimiste.

Mac retira ses chaussures dès la porte franchie, jeta son sac et ses clés sur la table, et se dirigea en chaussettes vers la cuisine. Avant toute autre chose, elle avait besoin de beaucoup de café. Ce qui l’ennuyait plus que tout c’étaient les signes évidents de rupture qui avait marqués les relations des Zonne. Ils étaient mariés depuis vingt sept ans et ils avaient élevé deux enfants ensemble, mais ils n’étaient pas heureux. Parfois ce qui ressemblait alors à un conte de fée était un mensonge.

S’il n’y avait pas Bud et Harriet, je ne pense pas que je garderais le moindre espoir. Elle sourit à la pensée de ses amis, heureux en dépit de tous les problèmes dans leur vie.

Un léger coup sur la porte la sortit de sa rêverie. Elle alla répondre et fut complètement interloquée de découvrir Diane de l’autre coté de la porte. L’estomac de Mac se noua.

Elle se força à sourire. « Bonjour, Diane. Entrez » Elle se recula.

Diane pénétra dans l’appartement, regardant autour d’elle avec une curiosité manifeste. Son regard se posa sur la table de travail avec les collections de fossiles, de pierres et de fragments d’os.

« C’est charmant » dit elle à Mac.

« Merci. Vous désirez du café ? » Elle devait faire un effort pour empêcher ses mains de se crisper le long de son corps.

« Je veux bien. »

Heureuse d’avoir quelque chose à faire, Mac partit vers la cuisine. Elle revint une grande tasse à café dans chaque main pour trouver Diane assise sur son canapé, les mains serrées autour de ses genoux. Quelque part, Mac était rassurée. Diane semblait aussi mal à l’aise qu’elle.

Plaçant une tasse devant sa visiteuse, Mac s’assit en face d’elle dans le fauteuil.

« Alors » dit elle avec plus de confiance qu’elle n’éprouvait. « Que se passe t’il ? »

Diane leva les yeux brièvement. « J’ai … besoin de vous poser une question. »

La gorge soudain sèche, Mac hocha la tête. « OK »

« Est-ce que Harm voit quelqu’un ? »

Avec cette question, le monde de Mac s’écroula. Une douleur, pure et simple, pressait sa poitrine, lui coupant le souffle. C’était déjà assez dur d’être en compétition avec la mémoire de cette femme. Contre un être de chair et de sang, elle n’allait pas tenir la distance.

« Ah…. Non. Il n’a personne. » L’expression de Diane s’éclaira très légèrement. Elle jouait avec sa tasse à café, la tournant dans un sens puis dans l’autre sur la petite table.

« Qu’en est il …….. de vous deux ? » Elle ne rencontra pas le regard de Mac.

Mac fixait le mur. « Nous sommes juste amis. » La platitude sonnait creux dans son cœur, se moquant d’elle avec ses discordances. Cela n’était pas plus vrai que cela l’aurait été de déclarer qu’ils étaient ensemble. Mais il n’y avait pas de mots pour décrire les limbes où elle et Harm étaient coincés depuis si longtemps. Même pire, la femme assise en face d’elle pourrait très bien être la raison première pour qu’ils n’aient pas été capables d’avancer dans leur relation.

« Vous n’avez jamais été ensemble ? »

Mac subit un flash momentané de mémoire – une chaude nuit d’été et le baiser désespéré dont la passion l’avait absorbée et qu’elle pouvait encore ressentir jusqu’à la pointe de ses orteils. Elle évacua ce souvenir, l’exilant dans le coin sombre où demeuraient la plupart de ses rêves. C’était le seul endroit où il était à sa place. Inconsciemment elle redressa ses épaules.

« ….non »

Diane ne commenta pas la déclaration. Elle sourit, une timide expression pleine d’espoir, et laissa échapper un soupir. « Bien, merci de me laisser mettre mon nez là dedans. Je ne savais pas à qui d’autre je pouvais demander. »

« Vous auriez pu demander à Harm » lui dit Mac d’un ton plein de sous-entendus. Son premier devoir envers lui devrait être de se comporter comme son amie.
Les joues de Diane prirent de la couleur. « Heu, oui. C’est juste que je ne voulais pas … rendre les choses délicates pour lui s’il voyait quelqu’un. Encore plus délicates. » Elle eut un bref sourire penaud.

Mac regardait sa jumelle, ses propres sentiments cachés derrière un bouclier d’acier. « Vous pensez vraiment qu’Harm va vouloir repartir d’où vous vous étiez quittés tous les deux ? »

Diane grogna, le regard dans le lointain. « Je ne sais pas. Il est si différent maintenant. » Elle secoua la tête. « Mais en mieux, plus fort, plus confiant. » Elle fit une pause. « Heureux même. Je ne pense pas qu’il était aussi satisfait même avant son crash. »

Mac trouva ce commentaire étrangement réconfortant. « Il a résolu beaucoup de choses depuis que vous l’avez connu. »

« Son père. » Diane hocha la tête. « Il m’a raconté ça. Je suis heureuse qu’il ait découvert ce qu’il lui était arrivé. »

Mac savait qu’il y avait en fait beaucoup plus que ça, mais elle décida de laisser tomber. Malgré elle, ses pensées commençaient à envisager l’évolution des relations entre Harm et Diane vers une vie commune, et plusieurs choses lui sautèrent immédiatement aux yeux.

« Comment votre réintégration dans la Navy pourra t’elle s’accorder avec vous et Harm ? » demanda t’elle avant qu’elle puisse considérer le bien-fondé de son geste. « Vous serez stationnée quelque part – peut être en dehors des Etats-Unis – et en mer la plupart du temps. Il ne va pas quitter Washington avant un moment, tout du moins sans démolir sa carrière. » Démolir une nouvelle fois sa carrière, corrigea Mac silencieusement.

Diane se redressa sur son siège. « Je …..n’ai pas vraiment pensé à ça. »

« Vous devriez probablement. » Harm pourrait très bien saisir l’opportunité de faire maintenant avancer les choses avec la seule femme dont il ait jamais admis avoir été amoureux. Et même si cela devait lui déchirer le cœur, cette chance qu’il avait méritait qu’elle la protège de toutes ses forces. « Il mérite de connaître ce que vous avez à offrir, franchement. »

Diane pressa ses lèvres, ses yeux se rétrécirent. Puis elle hocha la tête et se leva. « Vous avez raison. Il le mérite. » Elle redressa les épaules. « Je le ferai. Merci pour le bon conseil. »

Mac sauta sur ses pieds, se sentant lasse et frigorifiée. « Je vous en prie » réussit elle à dire. Elle raccompagna Diane à la porte, puis la referma derrière elle, appuyant son front contre le bois lisse. Sans y être invitées, les larmes glissèrent sur ses joues, accompagnées par une sensation familière de déchirure et de perte.

Chapitre 8

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