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A question unanswered I – Of honor and truth

Chapitre 2
8h00
Centre de contrôle de NavAir SysComm

Mac pénétra dans la salle des enregistrements pile à l’heure ; là, une surprise l’attendait. Sur la table se trouvait le journal des vols de la semaine du 12 mai et un ordinateur déjà allumé affichait la base de données des tests. Kara Donnell était assise en tailleur sur un tableau de commandes hors d’usage et feuilletait un dossier.

– Bonjour, colonel. Il y a des donuts dans la boîte. J’espère que vous n’êtes pas une de ces accros à la nourriture bio.

– Non, ce serait plutôt mon équipier. Merci.

Elle prit un donut au chocolat.

– Depuis combien de temps êtes-vous là ?

– J’arrive habituellement vers les 7h. Puisque ma seule réelle affectation pour l’instant est de vous aider à comprendre cette affaire, j’ai pensé que je pourrais tout aussi bien me rendre utile.

– J’apprécie beaucoup. Commençons.

Kara se déplia gracieusement et sauta à terre ; étonnamment, son ensemble bleu n’était pas du tout froissé. Comment a-t-elle fait ? se demanda Mac. Quelquefois, l’uniforme et l’impeccable apparence qui allait avec, lui portaient sur les nerfs.

– Le journal de vol n’en dit pas plus que ce que nous savons déjà. Il n’y a en plus que l’heure précise de chaque événement : le premier rapport du pilote sur la perte de puissance, la mise en marche du générateur auxiliaire et le succès du redémarrage du moteur. Ça ne veut pas dire grand chose pour l’instant mais ça pourrait servir plus tard.

– Il doit y avoir mieux que ça. Que dit l’ordinateur ?

L’ingénieur se glissa devant le clavier et commença à pianoter.

– Il y a des fichiers séparés pour chaque moniteur du système annexe. Voyons voir : équipements électriques et électroniques, environnement, protection anti-feu, mécanismes hydrauliques, pneumatiques…on y est. Propulsion.

Elle sélectionna le fichier et jura.

– Comment peut-il être vide ? Le téléchargement se fait automatiquement. Que diable a-t-il pu arriver aux données du moteur ?

Avant que l’avocate ait pu réagir, elle avait décroché le téléphone et composé un numéro.

– Ici Kara Donnell, des Mécanismes de Vol. Pouvez-vous me dire qui faisait partie de l’équipe qui contrôlait le vol d’essai du 14 avril ? Vraiment ? Comme c’est pratique. Auriez-vous quelques minutes pour venir parler aux enquêteurs ?

Son air enjoué ne se troubla que légérement lorqu’elle continua.

– Lieutenant, je vous l’ai demandé gentiment mais si ça ne suffit pas, il y a ici même un lieutenant-colonel qui serait plus qu’heureux de vous le demander avec un peu plus d’autorité. Fantastique. Nous sommes dans la salle de contrôle 3.

Elle raccrocha et prit un air vaguement coupable.

– Désolée. Je n’aurais probablement pas dû vous utiliser comme ça. Certaines personne ici refusent même de penser à faire quoi que ce soit qui ne soit pas un ordre.

– Ne vous en faites pas. Nous avons de plus gros problèmes dans l’immédiat.

Mac se pencha pour regarder l’écran.

– Les données ont-elles pu être effacées ?

– Je suppose que tout est possible si vous êtes un accro à l’informatique plutôt doué. Mais ils doivent avoir une autorisation. Toute cette installation est sécurisée, et si vous faites partie du programme, tout le monde ici connaît votre visage.

Elle explora tout les fichiers dans le mince espoir que les données puissent encore être retrouvées.

Quelques minutes après, la porte s’ouvrit et laissa passer un jeune lieutenant.

– Lieutenant de vaisseau Anderson au rapport selon vos ordres, madame.

– Repos, lieutenant, répondit Mac, tout en sachant que derrière elle Kara levait les yeux au ciel.

– Vous faisiez partie de l’équipe qui contrôlait le vol du Phoenix de la semaine dernière ?

– Oui, madame.

– Nous n’arrivons pas à trouver les données de ce vol. Avez-vous une idée de ce qui a bien pu leur arriver ?

– Madame, on ne vous l’a pas dit ?

– Manifestement non, lieutenant. Pourquoi ne m’expliqueriez-vous pas ?

– Il n’y a pas de données, madame.

Kara redressa brusquement le tête, n’en croyant pas ses oreilles, mais l’officier développait déjà sa réponse.

– Nous avons perdu le lien informatique peu après le décollage. Tout ce qui nous restait étaient les communications radio. Les gars de l’électronique ont dit que le problème venait de leur logiciel, et ils ont rétabli le lien en quelques minutes. Mais à ce moment, le capitaine Halloway avait déjà signalé la perte de puissance du moteur et rédémarré. Il était de retour au sol avant même que nous ne soyons de nouveau opérationnels.

– Charmant. Merci, lieutenant. Vous pouvez disposer.

Anderson parti, Mac se tourna vers la jeune femme.

– C’est pratique, hein ?

– Ça l’est pour quelqu’un en tout cas. Nous n’avions même pas de caméra sur ce vol – certaines informations sur la maniabilité du Phoenix sont encore classées secrètes. Le F-14 qui lui donnait la chasse a reçu l’ordre de faire demi-tour à environ un demi-mile.

– Eh bien on ferait mieux de trouver ce pilote et de lui parler, mais je pense que notre principale source d’informations au sujet de ce vol est ce dont se souvient le capitaine Halloway.

– Alors, j’espère que le capitaine Rabb retirera quelque chose d’utile de leur entretien.
11h30 EST
Salle de briefing 4
Harm se mit au garde-à-vous quand le pilote d’essai, de grade supérieur au sien, entra dans la pièce.

– Monsieur !

– Repos, capitaine Rabb. Je suis content de vous rencontrer.

– Tout le plaisir est pour moi, monsieur. Je vous remercie de m’accorder un peu de votre temps.

– Aucun problème. Prenez un siège.

Le capitaine de vaisseau Halloway avait un peu plus de quarante ans et l’aspect buriné d’un homme qui a vu et fait plus que beaucoup d’hommes de deux fois son âge. C’était un vétéran décoré de la guerre du Golfe et son dossier militaire détaillait pratiquement dix ans d’essais des plus récentes et sophistiquées technologies aériennes de la Navy. En la présence d’un tel homme, grade à part, même Harmon Rabb, Jr. parlait avec respect.

– Monsieur, avec votre permission, j’aimerais enregistrer cet entretien pour notre enquête. Apparemment, il y eu quelques problèmes avec les données du vol, et pour l’instant vous êtes à peu près tout ce que nous avons pour pouvoir avancer.

De la main, Halloway lui fit signe qu’il pouvait.

– Allez-y. Il semble que vous deviez utiliser toute l’aide que l’on peut vous apporter. Et laissez tomber les formalités. Ce sera déjà assez compliqué sans rajouter un  » monsieur  » à chaque phrase.

– Merci, sur les deux plans.

Harm appuya sur le bouton rouge de son petit magnétophone et ne perdit pas de temps à tourner autour du pot.

– Pouvez-vous me décrire la série d’événements qui a mené à la perte de puissance du moteur ?

– Il n’y en pas beaucoup en fait. Je testais les tonneaux à haute altitude, à environ quarante-cinq mille pieds, quand la tour de contrôle a vu son alimention coupée. Ils m’ont dit de remballer et de faire demi-tour, parce qu’on a rien à gagner d’un vol d’essai sans aucune donnée. Alors j’ai cessé les tonneaux et pris un virage serré, et c’est là que le moteur a fait des siennes. J’ai dû heurter mes gaz d’échappement ou quelque chose dans ce goût-là.

Le jeune pilote essaya de cacher son incrédulité.

– Avec tout le respect que je vous dois, capitaine, je n’ai jamais vu un zinc qui pouvait heurter ses propres gaz d’échappement.

Halloway se contenta de sourire.

– Vous n’avez jamais vu le Phoenix, capitaine.

– C’est assez juste. Pourquoi un virage serré ?

– Une question d’ego, je pense. J’étais irrité de devoir écourter le test avant de voir ce que cet oiseau pouvait vraiment faire. C’était la seule occasion que j’avais de m’amuser un peu. Bien sûr, j’ai eu du fil à retordre. Ça m’apprendra à ne pas respecter le plan de vol, n’est-ce pas ?

– Je suppose.

Harm continua son interrogatoire.

– Une fois que vous avez mis en marche le générateur auxiliaire, le redémarrage s’est fait sans à-coups ?

– Comme c’est écrit dans le manuel. Tout s’est fait sans à-coups, vraiment. Les mécanismes sont tellement bien intégrés que l’avion sait comment réagir avant que j’ai le temps de le faire. C’est une machine incroyable. Si jamais vous en avez l’occasion, je vous recommande fortement d’aller faire un tour avec. Vous ne reviendrez plus jamais aux Tomcats.

– Eh bien, je le croirai quand je le verrai, mais j’aimerais vous prendre au mot.

Il lutta contre le sentiment de frustration qui l’envahissait. Halloway était accommodant, presque amical, mais il ne lui apprenait rien de nouveau.

– Donc vous pensez sincèrement que l’arrivée d’air du moteur a été coupée à cause des gaz d’échappement ? Le Phoenix n’a aucun défaut hormis d’être presque trop maniable ?

Halloway haussa les épaules d’un air indifférent.

– C’est ce que je pense. Désolé, mais je crois que vous êtes venu ici pour rien. A vrai dire, je n’arrive pas à comprendre pourquoi on a mis le JAG sur cette affaire. Le QG pense-t-il que quelqu’un mets le bazar dans tout ça ?

– Personne n’a dit ça, mais le fait est que nous sommes là. Et le fait que toutes les données aient été perdues semble justifier notre présence. La tour de contrôle n’a jamais eu à essuyer une coupure d’alimentation pendant un vol d’essai auparavant ?

– Pas à ma connaissance, mais pour moi, tout ça me semble Murphy’s Law (N.d.T : Murphy’s Law est un terme utilisé par l’Air Force au départ, mais maintenant il est passé dans le langage courant. Il est plutôt pessimiste et signifie que si quelque chose est susceptible d’aller de travers, ça se passera obligatoirement comme ça). Tous les systèmes ont leurs points faibles, non ?

– Je suppose.

L’avoc at fit une pause.

– Pardonnez ma franchise, mais pour un type que son moteur a lâché il y a quelques jours, vous ne semblez pas tellement inquiet.

– Ne vous méprenez pas – une perte de puissance est un problème que tous les scénarios ont envisagé. Mais je suis convaincu que ce n’est pas un problème informatique. Il nous faut seulement ajuster les limites pour être sûr que rien de dangereux n’arrive lors d’une mission. Les instruments prendront soin d’eux-mêmes quand les gars du service technique auront fait leur boulot sur eux. Nous avons un oiseau prêt à voler. J’en reprendrais les commandes dès demain si on me laissait faire.

– Eh bien, je n’ai rien à redire à ça. Je vous remercie de m’avoir accordé de votre temps, monsieur. Nous vous préviendrons s’il y a du nouveau.

De retour au service des Mécanismes de Vol, Harm retrouva Scott à son bureau.

– Alors, aucune illumination ?

– Rien du tout. Halloway est convaincu que l’avion est parfait. Il pense avoir heurté ses propres gaz d’échappement en virant très serré.

Le jeune homme fronça les sourcils.

– Je crois qu’il a besoin de revoir son cours d’aérodynamique. Pour que l’écoulement d’air soit à ce point perturbé au niveau de l’orifice d’arrivée, il faut qu’il ait viré à 180° pratiquement sur place. On ne peut pas freiner entre ciel et terre.

– Merci, c’est ce que je me disais aussi, grimaça Harm. Mais je ne trouve rien de mieux. Il n’y a aucune preuve solide à examiner, et je me trouve à court d’idées.

Le téléphone sonna et Scott se pencha pour décrocher.

– Mécanismes de Vol, Fairfield. Hey, Kar. Ouais, il est juste là – ils viennent de finir. Attends, je mets le haut-parleur.

Il appuya sur un bouton et la voix de Kara s’éleva à travers le minuscule haut-parleur.

– Etes-vous aussi frustrés que nous ?

– Deux fois plus. Selon notre glorieux pilote, c’est un problème de gaz d’échappement.

– C’est ça. Et moi, je suis une pom-pom girl.

– Je paierais pour voir ça, lança Scott.

Harm cligna des yeux mais Kara l’avait devancé.

– Tu paierais pour voir Janet Reno en mini-jupe ( N.d.T : Janet Reno était procureur général dans les années 90 et les médias se sont beaucoup moqués d’elle et de son manque de séduction ). Ecoutez, je crois que nous méritons tous une sortie ce soir. Capitaine, vous et le colonel vous joindriez-vous à nous pour dîner ? Il y a un club sympa un peu plus haut sur la route que nous, les gosses de NavAir, tendons à fréquenter régulièrement.

– Principalement parce que nous sommes trop paresseux pour essayer un autre endroit, finit Scott. La nourriture n’est pas mauvaise et la musique est bonne. Ne vous inquiétez pas – ce n’est pas un repaire de scientifiques. Vous en êtes ?

Harm haussa les épaules à l’intention de son équipière puis se rappela qu’elle ne pouvait pas le voir. Il se pencha vers le haut-parleur.

– Ça me va si ça vous va aussi, Mac. Vous avez apporté vos vêtements civils ?

– Je suis prête à tout, répondit-elle. Il semble que vous êtes tous les deux d’accord. J’espère que de traîner avec des gens d’un certain âge ne tuera pas votre image.

– Quelle image ? Je suis ingénieur !

Les deux hommes pouvaient presque entendre le sourire de Kara.

– OK, on vous retrouve à vos quartiers vers 7h – désolée, 1900.

– Ça roule. A tout à l’heure.

Le capitaine essaya délibérément de se sortir de l’esprit le sentiment troublant qui l’avait hanté durant tout l’après-midi. Quelque chose dans la déclaration du pilote sonnait faux mais il ne pouvait définir quoi précisément. Quoi que ce soit, il leur fallait le définir, d’une manière ou d’une autre. Ils devaient le faire si le Phoenix voulait voler de nouveau.
18h56
VOQ

Mac toqua à la porte de Harm quelques minutes avant leur rendez-vous avec leurs coéquipiers civils.

– C’est ouvert, répondit-il, et elle entra.

– Je vous ai rapporté votre chemise, dit-elle en la lançant sur le lit alors que Harm émergeait de la salle de bain et passait machinalement une main dans ses cheveux courts. Merci de m’avoir laissée vous la faucher pour un moment.

– C’est quand vous voulez.

La chemise qu’il portait maintenant était moulante et juste assez bleue pour rehausser le bleu électrique de ses yeux. Il jeta un coup d’œil sur son équipière et observa son top et son pantalon d’un noir brillant. Elle ferma à demi les yeux.

– Ces gamins déteindraient-ils sur vous ?

– Ce ne sont pas des gamins, Mac, et j’allais seulement vous complimenter pour votre bon goût. Je ne suis pas Scott.

– Heureusement pour vous deux.

– Mon Dieu, je me rends immédiatement.

Il lui jeta un regard innocent qui instantanément la charma et lui fit oublier son sarcasme.

– Vous êtes très bien, Mac. C’est tout ce que j’allais dire. Promis.

– Dans ce cas, merci. Vous n’êtes pas mal non plus.

– Vous avez quelques minutes d’avance, non ?

– C’est voulu. Je ne perds pas le contact.

Elle s’appuya à la table pendant qu’il cherchait ses chaussures préférées.

– Ça vous rend fou, n’est-ce pas ? De ne pas comprendre ce qui s’est passé ?

– On trouvera. J’ai seulement peur que nous ne soyons obligés d’employer la manière forte.

– Vous voulez dire en effectuant un autre vol d’essai ? NavAir a-t-il dans l’intention de faire ça ?

– Je ne sais pas, mais ils ont encore un test de prévu dans leur planning, et ils ne l’abandonneront pas sans se battre. On s’en inquiétera si et quand l’heure sera venue. Pour l’instant, je veux juste me détendre et passer une bonne soirée à l’extérieur.

Le club, nommé avec beaucoup d’à-propos  » Wings « , était beaucoup mieux que ce à quoi tous deux s’attendaient. Il n’était ni trop bruyant ni bondé, mais il y avait beaucoup d’animation. A peine assis, Kara commanda des amuse-gueules pour eux quatre.

– Il y a des trucs que vous devez absolument manger. C’est la tradition.

– C’est aussi une tradition d’avoir un triple pontage ? demanda Harm en observant d’un œil prudent les amuse-gueules dont la plupart étaient frits.

Mac lui adressa un sourire affecté et en prit un à la mozarella.

– Non, la plupart d’entre nous font juste semblant d’être invincibles.

La jeune femme lança un sourire du genre  » que tout le monde prenne garde, même le diable  » mais il était clair, à voir son haut vert jade et sa jupe évasée, qu’elle ne vivait pas uniquement de ce genre de nourriture. Elle s’appuya sur le dossier de sa chaise et croisa les bras.

– OK, il est temps de faire connaisssance. Je commence puisque vous vous êtes sûrement rendus compte que je ne suis pas du genre timide. Je suis originaire de Radcliffe, Virginie, donc je suis plus ou moins une fille des villes. Je me suis inscrite à l’université de Virginie pour suivre des études d’ingénieur car depuis mes six ans, je veux travailler avec des choses qui volent. A part ça, j’ai fait de la danse au lycée, je suis une fan acharnée du football universitaire, et je tuerais pour un tour dans un de vos Tomcats, capitaine. A moins que les ailes ne soient là que pour la déco.

– Oh, vous m’avez blessé !

Harm, les mains sur le cœur, la gratifia d’un sourire  » flyboy  » puissance dix.

– Je crois que c’est mon tour, maintenant. J’ai grandi près de San Diego, je suis entré à l’Académie et j’ai appris à voler. Quelques années plus tard, j’ai fini par tester la loi de gravité des aviateurs.

– Qui est…

– Tout ce qui monte doit redescendre et pas toujours de la façon la plus agréable.

Les deux ingénieurs grimacèrent mais il ne réagit pas et continua.

– Alors j’ai décidé d’essayer la fac de droit. Maintenant je fais un peu des deux. J’aime la musique, je conduisais une Corvette, et mon vieux biplan porte le nom de ma grand-mère. Que pensez-vous de cette version Cliffs Notes de ma vie ? (N.d.T : les  » Cliffs Notes  » sont l’équivalent de nos  » Profils « . Ce sont des études d’œuvres littéraires, avec résumé de l’œuvre et description des personnages, que beaucoup d’étudiants américains utilisent ).

– Ça me va. A vous, colonel.

– Ah, je viens d’Arizona et je suis entrée dans les Marines essentiellement à cause de mon oncle. J’ai fait mon droit à Duke et je conduis une Corvette.

Elle n’était pas vraiment décidée à en dire plus, et Kara le sentit.

– Duke, hein ? Vos gars tendent à battre mes Cavvies au basket mais nous avons botté les fesses du Blue Devil au foot. OK, Scott, avoue.

– Très bien, très bien. Je suis de Cincinnati, Ohio, et je suis allé à Purdue…

– Une grande équipe de foot, trois terrains et un nuage de poussière.

Scott donna un coup de coude à son amie et elle se tut.

– En tout cas, je suis un accro à la technologie pur et dur, donc mes hobbies ont essentiellement à voir avec les ordinateurs. Je ne travaille avec les drogués des moteurs que lorsqu’il y a des problèmes d’intégration, mais il se trouve que Kara et moi habitons le même immeuble, alors nous avons appris à nous supporter l’un l’autre.

– La plupart du temps, répondit-elle, pince-sans-rire. OK, au moins nous ne sommes plus de parfaits inconnus. Je sais que nous ne sommes plus en service mais il faut que je vous demande – est-ce que cette affaire vous rend tous fous, ou c’est seulement moi ?

– Ce n’est pas seulement vous.

Harm secoua la tête.

– Il semble que plus nous cherchons, moins nous trouvons. Je commence à me demander s’il y a un problème de sécurité dans le programme.

– Je pense que tout est possible, mais nous devons être prudents.

Kara hésita.

– Je me refuse à croire qu’un de nos collègues soit capable de sabotage.

– N’y pensons plus, suggéra Scott. Ce n’est pas vraiment le moment, et personnellement je préférerais parler de ton équipe de foot bien-aimée pendant toute la nuit plutôt que des problèmes du Phoenix. Et ça veut vraiment dire ce que ça veut dire.

– Je suis d’accord. On oublie l’affaire pour cette nuit. Pas de travail, juste la détente.

Mac leva son Coca et ils trinquèrent.

Kara écouta la musique pendant un moment et son visage s’éclaira.

– Oh, chouette morceau. Il faut que je danse. Qui vient avec moi ?

Elle pencha la tête vers Scott qui fit montre d’appréhension.

– Oh non. Allez, Kar, tu sais bien que je ne sais pas danser.

– Non, ce que je sais, c’est que tu ne veux pas danser. Tu n’es franchement pas drôle.

Elle se tourna vers Harm et haussa les sourcils d’un air interrogateur.

– Capitaine, vous ne me laisseriez pas y aller toute seule ?

Jetant un bref coup d’œil de l’autre côté de la table, il haussa les épaules.

– Oh, pourquoi pas ?

Le couple s’éloigna en direction de la piste de danse où  » Smooth  » de Santana sortait des baffles, laissant leurs équipiers les observer depuis leurs places.

Mac étudia pendant un moment celui qui s’était auto-proclamé accro à la technologie. Scott, une expression indéchiffrable sur le visage, suivait des yeux Kara et Harm. Mac décida qu’elle n’avait rien à perdre à être curieuse.

– Vous êtes sûr de ne pas vouloir danser avec elle ?

– Oh, je danserais bien avec elle, si je faisais le poids. J’espère que le capitaine Rabb sait dans quoi il s’engage.

Il fit un geste dans leur direction et même la Marine dut admettre que cette fille avait du talent. Une de ses mains était fermement mêlée à celle de Harm alors qu’il la faisait tourner sans effort. Ils bougeaient au même rythme et semblaient savourer chaque minute de cette danse. Kara tourna la tête vers eux et Scott, avec une grimace, se tapota le nez avec un doigt. Elle éclata de rire et se pencha vers Harm pour cacher son fou rire.

– C’est une blague entre vous ? demanda Mac avec intérêt.

– Ouais – une longue histoire, plutôt débile. C’est une sorte de code. Travailler pour le gouvernement signifie que vous ne pouvez pas dire tout ce qui vous passe par la tête…spécialement si ça peut être perçu comme quelque chose de, eh bien, de sexuel.

– On flirte en cachette ?

Il rougit.

– Je pense. Allez, colonel, tout le monde tombe là-dedans de temps en temps.

Elle n’avait aucunement l’intention de se laisser entraîner dans cette direction.

– C’est pourquoi nous avons des fusées rouges.

– Eh bien, les civils n’en ont pas. Nous l’utilisons typiquement pour dire  » hey, j’ai un commentaire hystérique à faire là maintenant mais je ne peux pas t’en faire part tant que nous sommes à la base « . C’est innocent. Je le jure.

Il essaya de changer de sujet et indiqua de la tête la piste de danse.

– Je ne comprendrais jamais comment elle peut danser avec des talons.

– Ce que je voudrais savoir, c’est comment elle fait pour qu’ Harm ait l’air de savoir ce qu’il fait.

Et il avait l’air vraiment très bien là-bas, pensa-t-elle. Détendu, à l’aise même, malgré les passes compliquées que lui faisait faire Kara. Il lui vint à l’esprit que le jeune homme assis près d’elle faisait de son mieux pour se rendre invisible, et elle reconnut l’expression dans ses yeux.

– Alors, si le corps des ingénieurs civils n’a pas de fusées rouges, pourquoi ne l’invitez-vous pas à sortir ?

Il redressa brusquement la tête vers elle mais son expression redevint vite indéchiffrable.

– On sort tout le temps. On vient ici environ une fois par semaine.

– Avec d’autres amis, ou alors vous parlez boulot. Dans tous les cas, vous ne dansez pas.

Elle s’appuya sur ses coudes.

– Pourquoi ça ?

– Avec tout le respect que je vous dois, colonel, le capitaine et vous semblez très proches et pourtant je ne vous vois pas danser avec lui.

– C’est mon meilleur ami, et nous avons une chaîne de commandement. Et j’ai demandé la première.

– Kara est ma meilleure amie aussi. Vous comprenez pourquoi on ne voudrait pas mettre cette amitié en danger.

Le regard inébranlable de Mac restait fixé sur lui, et il soupira.

– OK, soyons honnête. Regardez la. Je veux dire, en tant qu’ingénieurs, nous pouvons rivaliser avec les meilleurs, mais la plupart d’entre nous sont incapables de faire autre chose. Vous connaissez beaucoup d’ingénieurs qui savent danser comme ça ?

Il secoua la tête.

– Elle pourrait sortir avec n’importe qui, si elle le voulait. Elle pourrait même avoir un pilote ou un avocat, ou les deux.

– Harm a bien dix ans de trop pour avoir une chance, vous ne pensez pas ?

– Je ne parlais pas spécialement du capitaine Rabb, mais de quelqu’un comme lui. Pourquoi s’intéresserait-elle à moi ?

– Parce que vous la comprenez, dit Mac résolument. Je parie qu’elle est fatiguée des types qui frôlent la commotion cérébrale quand elle leur dit comment elle gagne sa vie. Quelquefois, tout ce qu’une fille désire, c’est quelqu’un qui comprenne ça. Ne vous mettez sur la touche.

Sur la piste de danse, Harm était plutôt impressionné de ne pas avoir encore trébuché ou fait un faux pas.

– Vous apprenez vite, capitaine, dit Kara sans ralentir le rythme. Est-ce qu’on vous avait déjà persuadé de danser auparavant ?

– Pas comme ça, admit-il avec un grand sourire. Je ne peux pas croire que j’y prenne plaisir. Comment faites-vous ça ?

– J’ai de l’expérience – un tas de premiers rendez-vous. Je dois dire que c’est presque un soulagement de ne pas être examinée au microscope pour une fois.

Avec beaucoup d’adresse, elle enroula une jambe autour de la taille de son cavalier et se pencha dangeureusement en arrière, et lui la releva avec une grâce surprenante.

– J’espère que ça ne vous dérange pas si je vous teste un peu.

– Vous me provoquez, civile.

Et il lança sa contre-offensive en la soulevant de terre avec une facilité déconcertante, juste à la fin de la chanson.

– Whoa ! OK, vous gagnez cette manche.

Elle secoua la tête.

– Capitaine, vous êtes vraiment plein de surprises.

– Je pense qu’après m’avoir fait faire ça, vous pouvez laisser tomber le grade. Moi, c’est Harm.

– Très bien, Harm. On y retourne ?

Il tendit l’oreille vers les baffles jusqu’à ce qu’il entendit les premières notes de  » All About Soul  » de Billy Joel.

– Bien sûr, je peux affronter ça.

Il tendit une main en un geste d’invitation, et elle posa les mains sur ses épaules.

– Cette soirée est une grande idée, Kara. Merci de nous avoir amenés ici.

– Tout le plaisir est pour moi. Je parie que votre vie sociale est un peu comme la mienne ces derniers temps ?

Il repensa à la façon dont il avait laissé les choses avec Renee, et décida de l’oublier pour l’instant.

– Quelque chose dans ce goût-là. Vous savez, à part nos équipiers là-bas, toute la salle pense probablement que nous avons un rencard, et la plupart des gens pense probablement que je prends les femmes au berceau.

– Laissons-les croire ça s’ils en ont envie. Je n’ai jamais accordé la moindre importance à ce que les gens pensent de moi. A moins que je ne les respecte.

Elle leva les yeux vers lui et demanda :

– Que pensez-vous de moi ?

Il accepta, en silence et avec gratitude, son offre tacite.

– Honnêtement ? Je pense que vous feriez une sœur super. Vous voulez être la mienne ?

Elle hésita une fraction de seconde avant de lui offrir un demi-sourire.

– C’est drôle que vous ayez dit ça. Je manque un peu de pratique.

Il réalisa immédiatement qu’il avait dit quelque chose qu’il ne fallait pas mais elle continua.

– C’est la partie de ma biographie que j’ai laissée de côté tout à l’heure. J’ai perdu mon petit frère, ça va bientôt faire deux ans. Il souffrait de sclérose en plaque.

– Kara, je suis vraiment désolé. Je ne voulais pas…

– Non, ça va. Ça ne me gêne pas de parler de lui. Quelquefois, j’en ai même envie. Je veux être sûre de ne rien oublier de lui.

Son attitude avait légérement changé ; Harm ne ressentait plus la confiance tranquille qui avait été présente durant leur enquête. Pour la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés, elle faisait vraiment son âge.

– Jason a eu une vie très difficile. Il ne se plaignait jamais mais nous savions combien c’était dur. J’étais si fière de lui quand il a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires – il était le premier de sa classe, même avec tous les cours qu’il a manqués. Il est mort environ un mois avant de commencer à Cornell.

Harm ne dit rien. Il se contenta de continuer à bouger au rythme de la musique, tenant toujours Kara par la taille. Elle reprit, une trace de regret dans le regard.

– Je pense avoir réussi à ne garder en mémoire que les bons moments. Je peux à peine me souvenir de nos disputes. Je me dit que tout ce qui arrive n’arrive pas sans raison…mais la vérité est que je donnerais n’importe quoi pour réentendre son rire.

– Je comprends, répondit-il doucement. Pas complétement, mais j’ai perdu mon père quand j’avais six ans. Il a été abattu au-dessus du Vietnam. J’ai très peu de souvenirs de lui, mais il nous avait envoyé des cassettes, des tas de cassettes. Quelquefois, rien que d’entendre sa voix me fait du bien.

Leurs regards se croisèrent et chacun reconnut en l’autre quelque chose de familier. Au bout d’un moment, Kara se força à sourire.

– On sort du passé, OK ? Parlez-moi du présent. Parlez-moi de vous et du colonel Mackenzie.

Il réussit à ne pas montrer sa surprise.

– Que je vous dise quoi sur moi et le colonel Mackenzie ?

– Je ne sais pas. Les affaires sur lesquelles vous avez travaillé, les farces que vous vous êtes faites. Je peux même dire que vous avez tous deux une histoire.

– Cinq ans de collaboration à peu de choses près. Nous avons eu plus que notre part de crises, et certaines ont même été plutôt personnelles. Quelque part dans tout ça, elle a quitté le JAG, j’ai quitté le JAG, et en fin de compte nous nous sommes retrouvés là où nous avons commencé. A vrai dire, j’en suis heureux. Jusqu’à tout récemment, je ne crois pas avoir réalisé combien je dépendais d’elle.

– Vous ne me paraissez pas du genre dépendant.

– Pas de cette façon. Mac me comprend. Parfois il m’arrive de croire qu’elle sait exactement ce que j’ai en tête avant que je le sache moi-même. Elle est comme mon ange gardien, qui m’indique la bonne direction.

Il comprit qu’il avait fait de cet instant un moment décisif et un sourire un peu forcé se forma sur ses lèvres.

– Quand je l’écoute, c’est exactement ça. Je ne sais pas, je me sens en sécurité quand elle n’est pas loin, je ne saurais dire pourquoi.

Kara ne répondit pas et il lui lança un regard résigné.

– Très bien, je sais qu’il y a une remarque soit disant intelligente qui se balade quelque part, alors allez-y.

– Accordez-moi un peu plus de tact. J’étais juste en train de m’imaginer un Marine avec des ailes d’ange.

Tous deux éclatèrent de rire, mais Harm reconnut que pour ce Marine-là, ce n’était pas une mauvaise image.
A leur table, Mac regardait tour à tour le couple et son compagnon, et rapidement elle se décida. Elle attrapa Scott par le bras et l’entraîna vers la piste de danse.

– Venez, avant que votre humeur ne devienne contagieuse.

– Colonel, que… ?

– Je vous rends service. Faites-moi confiance.

Elle le mena jusque Kara et Harm, qui ne furent que moyennement surpris de les voir.

– Je crois que vous me devez une danse, partenaire, l’informa-t-elle avec insouciance. Nous n’avons pas dansé une seule fois ensemble au bal de la lutte anti-surface, vous vous rappelez ?

Il comprit qu’elle lui demandait de jouer le jeu et sourit.

– Comment pourrais-je oublier ? Kara, ce fut un plaisir, mais cela vous gênerait-il que je vous partage avec Scott ?

– Puisque vous avez réussi à le traîner jusqu’ici, comment pourrais-je dire non ?

Kara le lâcha et alla rejoindre son ami, qui avait l’air un peu perdu.

– Amusez-vous bien tous les deux. Ne faites rien que nous ne ferions.

Harm lui lança un regard moqueur alors que les ingénieurs se rendaient à l’autre bout de la piste. Kara noua ses bras autour du cou de Scott, et il se força à se détendre.

– Tu n’as pas le sentiment qu’on s’est fait avoir ? demanda-t-il prudemment.

– Et alors ?

Elle ne sembla pas voir son expression choquée, partie aussi vite qu’elle était venue.

– Puisque tu me le demandes, ils se sont fait prendre à leur propre jeu. Regarde.

Le morceau suivant commença, et Mac sourit en reconnaissant les douces notes du piano de  » Desperado  » des Eagles. Le DJ avait des idées étranges et éclectiques dans son choix de musique de danse, mais elle avait toujours trouvé cette chanson réconfortante. Elle se laissa aller dans les bras qu’Harm lui tendait.

– Si je me souviens bien, Mac, danser avec moi n’était pas exactement ce que vous aviez en tête au bal de la lutte anti-surface.

Elle ignora ce que cette remarque impliquait et haussa les épaules.

– Scott avait besoin d’être convaincu. Surtout après vous avoir vu tous les deux mettre le feu à la piste.

– Elle, peut-être. Je faisais seulement de mon mieux pour être à la hauteur.

Il posa les mains sur les hanches de Mac et elle noua ses bras autour de son cou.

– C’est une jeune femme très surprenante. Vous pensez qu’il aime ça ?

– Oh oui. Il est dingue d’elle – c’est juste qu’il n’est pas très sûr de lui. Mais je ne sais pas ce qu’elle pense.

– Une grande distance les sépare. A cet âge, quatre ans peuvent changer beaucoup de choses.

– Au contraire du nôtre ?

Il lui vint à l’esprit qu’elle avait à peu près quatre ans de moins que Harm, et pendant un bref instant, elle se demanda ce que ça aurait été de le rencontrer à vingt-trois ans.

– Les moments importants de la vie ne sont pas les mêmes pour tout le monde. En fait quelques-uns de ces moments ont eu lieu plutôt récemment pour certains d’entre nous.

– Je vois ce que vous voulez dire.

Il n’en dit pas plus, et elle sentit une note de tristesse dans sa voix. Mais en une seconde, elle avait disparu, et il indiqua les deux civils de la tête.

– Ils ont l’air de se comprendre.

– C’est ce qui arrive quand on travaille ensemble.

– Surtout quand on n’est pas obligé de lancer des fusées rouges dans tous les coins.

Elle haussa les sourcils.

– Sous-entendez vous quelque chose, capitaine ?

– Rien du tout, Mac.

Doucement, il l’attira plus près de lui de manière à pouvoir nouer ses bras autour de sa taille.

– Ramenz votre esprit de l’endroit où il vagabonde et dansez avec moi.

Ils dansèrent quelques temps en silence, chacun était perdu dans ses pensées. Tout au fond de lui, quelque chose sur cette affaire tourmentait toujours Harm et essayait de le convaincre que tout n’était pas ce qu’il paraissait. Mais pour l’instant, avec Mac tout près de lui, il décida qu’il pouvait se détendre et ignorer la voix du doute. Il sentait Mac s’appuyer sur lui et sa joue frôler sa poitrine. Alors sans se poser de questions sur ses raisons, un instant il ferma les yeux. Pourquoi sa vie ne ressemblait-elle pas plus à ça ?

– It may be raining, but there’s a rainbow above you… you better let somebody love you before it’s too late.

En entendant ça, Mac fut brusquement tirée de ses pensées. Elle recula et le fixa du regard.

– Qu’est-ce que c’était ?

Il semblait aussi effrayé qu’elle, et il mit un peu de temps avant de comprendre qu’elle lui avait posé une question.

– Désolé. Je chantais ? Je ne m’en étais pas rendu compte. La prochaine fois, giflez-moi et je me tairai.

Il sourit et elle essaya de ne pas rougir. Bien sûr, il chantait avec les Eagles. Il n’y avait aucune raison de donner un sens à ces paroles…pas vrai ? Elle cacha son incertitude et lui rendit son sourire.

– Je ne vous demanderais pas de vous taire. J’aime vous entendre chanter.

C’était vrai, pensa-t-elle. Il ya avait quelque chose d’apaisant dans sa voix à la fois chaude et claire.

– Merci, Mac.

Le compliment l’avait pris au dépourvu mais son attention fut attirée par leurs jeunes compagnons qu’il pouvait voir un peu plus loin derrière Mac.

– Hum. Problèmes à huit heures…
Scott avait passé pratiquement toutes ces dernières minutes à essayer de se décider entre remercier le colonel Mackenzie ou la tuer. Il avait l’habitude des tête-à-tête avec Kara Donnell : au bureau, au labo, même chez lui autour d’une pizza. Mais il n’avait pas du tout l’habitude de l’avoir si près de lui. Alors qu’une partie de son esprit essayait d’analyser ses sentiments avec exactitude, il utilisait l’autre partie pour se concentrer et éviter de lui marcher sur les pieds.

– Alors qu’allais-tu dire ?

– Hum ?

– Tout à l’heure, quand je dansais avec le capitaine.

Elle avait une lueur espiègle dans le regard.

– Si tu donnes le signal, tu dois être capable de dire pourquoi.

Il se laissa fléchir mais ne se sentait pas très à l’aise.

– Je me disais que si tu avais agi de même avec n’importe lequel des capitaines de frégate que nous connaissons, tu aurais été soit mystérieusement virée, soit mystérieusement promue.

– C’est très possible.

Elle haussa les épaules avec désinvolture.

– Bien que je ne sois pas très enthousiasmée à l’idée de danser avec le capitaine Weathers. Elle me botterait les fesses. Mais le spectacle te plairait peut-être.

– De même qu’à tout le reste de la division. Ça ne te rend pas folle qu’il y ait autant d’hommes autour de toi et si peu de femmes ?

– Pas vraiment, répondit-elle, honnête. Ils peuvent bien faire des blagues, mais quand ça touche au boulot, même les plus chauvins et démodés me font confiance. A côté de ça, j’apprends aux nouveaux un football extraordinaire, et ça force le respect.

– Tu ne vois pas comment ils te regardent parfois ?

– C’est moi, ou la jalousie montre-t-elle le bout de son vilain nez ?

La jeune femme croisa le regard de son ami et vit qu’il ne plaisantait pas.

– Scott, je danse avec toi. Tu ne l’as pas remarqué ?

– Je ne suis pas jaloux, répondit-il sur la défensive, tout en ignorant la deuxième partie de sa réponse. Je prends soin de toi. Ce n’est pas parce qu’on exerce tous le même métier qu’on peut faire confiance à tout le monde dans ce bâtiment.

– Qu’est-ce qui te prends ? C’est au sujet de l’enquête ?

Elle fronça les sourcils mais ne s’éloigna pas.

– Tu sais, je peux prendre soin de moi toute seule. Tu n’as pas besoin de jouer les grands frères.

– Kar, s’il y a dans cette histoire plus qu’une panne de moteur, nous ne devrions même pas nous en mêler. Ce n’est pas notre job et ça pourrait devenir dangereux.

– Excuse-moi ? Serais-tu en train de suggérer qu’on abondonne le navire et qu’on laisse l’équipe du JAG nettoyer derrière nous ? Ça ferait bien sur nos dossiers, vraiment super :  » désolé, chef, mais on a décidé que ça devenait trop chaud pour nous « . Mon Dieu !

– Déjà, calme-toi, tu veux ? Je n’ai pas dit que nous devions abandonner, j’ai seulement dit que nous ne savons pas tout sur tout le monde dans ce programme.

– Ça ne m’intéresse pas de connaître tout sur tout le monde. Ce qui m’intéresse, c’est d’en savoir au moins un peu sur toi, mais tu n’as pas vraiment l’air décidé à ce que cela se produise. Bon sang, qu’est-ce qui se passe, Scott ? Je croyais qu’on pouvait se dire tout ce qu’on avait en tête. Mais au lieu d’admettre que tu es inquiet, tu adoptes cette attitude d’espion qui se méfie de tout et de tous. Ce qui donne… ?

Ne sachant pas comment s’expliquer, il garda le silence alors qu’elle se dégageait de son étreinte. Ni l’un ni l’autre n’avait remarqué que l’autre couple s’était approché jusqu’à ce que Harm prit la parole.

– Ça va vous deux ?

– Très bien, répondit froidement Kara en s’éloignant de son ami. Merci pour la danse, Scott. Pendant un temps, j’ai vraiment cru que tu appréciais.

Son regard désemparé n’échappa à aucun de ses trois compagnons, et elle se dirigea vers la porte.

– Que s’est-il passé ? demanda doucement Mac.

– Merci d’avoir essayé de nous aider, colonel, mais comme vous le voyez, on doit encore résoudre nos problèmes de communication.

– Vous appelez ça résoudre des problèmes ? Que lui avez-vous dit ?

Il soupira.

– Pas assez de choses.

Harm secoua la tête.

– Je crois qu’il est temps de se dire bonsoir. Pourquoi ne rentreriez-vous pas à deux ? Mac vous reconduira, Scott. Je vais chercher Kara et essayer de la convaincre de venir vous parler. N’oubliez pas, rendez-vous à 0900 demain matin.

Il lança à Mac les clés de sa voiture et parti dans la même direction que Kara.

Elle était dehors, accoudée à la balustrade, et regardait un avion-école du type T-6 amorcer son approche finale.

– Désolée d’avoir gâché la soirée, dit-elle quand Harm l’eut rejointe.

– Il n’y a pas de mal. Nous avons beaucoup à faire demain matin.

Il attendit, car il sentait qu’elle s’expliquerait d’elle-même quand elle serait prête. Au bout d’un moment, elle lui prouva que son intuition était juste.

– Parfois je ne le comprends pas. C’est mon meilleur ami à la base et il ne me donnerait même pas l’heure si ça avait de l’importance. Tout ce que je voulais, c’était qu’il justifie ce soudain accès de paranoïa. Est-ce trop demander ?

Harm savait qu’elle n’attendait pas de réponse.

– Quelquefois les gens suivent leur instinct et font ou disent des choses qu’ils ne peuvent expliquer. Même à leurs meilleurs amis.

– Pas cette fois. Je le connais mieux que ça. Quelque chose le chiffonne dans toute cette affaire, et il va le cacher le plus longtemps possible. Et ça me rend folle.

– Cette histoire vous ennuie autant que moi ?

– Bon sang, oui. Probablement plus. Le Phoenix est le premier projet auquel j’ai vraiment pu contribuer, et je refuse de croire que quelqu’un est en train de tout bousiller. Ce projet est trop important et trop de gens se sont pris la tête dessus.

Kara s’arrêta, embarrassée.

– Je suis désolée. Ça doit vous sembler égoïste.

– Pas vraiment. Je suis d’accord avec vous, bien que je vois les choses sous un angle légèrement différent. Je ne vole plus beaucoup ces derniers temps, mais le lien qui existe entre aviateurs ne disparaît jamais complétement. Moi non plus je ne peux pas croire que quelqu’un les mette délibérément en danger. Mais malheureusement, j’ai assez roulé ma bosse d’avocat pour savoir que ça peut arriver.

L’éclat métallique de ses yeux bleu glacier apprit à Kara qu’il avait eu plus que sa part d’affaires difficiles. Elle ne l’avait pas remarqué avant, et pendant un bref moment, elle se demanda ce qui avait bien pu lui arriver qui lui ait arraché jusqu’à sa dernière parcelle d’innocence.

– J’aimerais seulement que nous ne soyons pas dans un flou si total.

– Je comprends. Bon Dieu, et si nous ne trouvions pas de réponse ? NavAir devra continuer les tests prévus et s’il y a vraiment un problème…

– Oui. Il ne fait pas bon dépendre d’un redémarrage à quarante-cinq mille pieds.

– Excusez-moi ? Quarante-cinq mille pieds ? Je ne peux pas croire ça. C’est impossible.

Il se retourna rapidement.

– Impossible ? Le capitaine Halloway a dit dans son rapport que c’était un vol d’essai à haute altitude. Il n’a pas parlé d’une éventuelle redescente.

– Allons, capitaine, vous le savez bien. A cette altitude, l’air est trop rare pour redémarrer, même en utilisant l’énergie en réserve. La différence de pression est trop faible pour que l’orifice d’arrivée d’air puisse s’ouvrir. Vous êtes sûr qu’il a dit quarante-cinq mille ?

Légérement embarrassé à l’idée d’avoir laissé passer un point de cette importance, il fronça les sourcils.

– Affirmatif. Je pensais que vous et vos copains aviez trouvé un moyen quelconque de contourner le problème.

– C’est flatteur mais nous ne pouvons pas contrer les lois de la nature. Vous devez redescendre au moins à trente-ciq mille pieds avant même de penser à activer le générateur auxiliaire. Il a dû passer sous silence la partie redescente.

– Je ne pense pas.

Soudain, une idée se fit jour dans son esprit, et malgré sa laideur, il savait qu’il ne pouvait pas l’ignorer.

– Je ne pense pas qu’il l’ait fait.

– Vous ne m’avez pas entendue la première fois ? Il a dû réduire son altitude d’au moins dix-mille pieds…

– Ce qui représente beaucoup d’air à  » passer sous silence « . Je crois qu’en premier lieu le moteur n’a même pas perdu de puissance.

Elle le fixa du regard, choquée, et il attendit qu’elle l’accuse de tirer des conclusions hâtives. Au lieu de cela, la compréhension se peignit sur ses traits.

– Sainte… pourquoi n’y avons nous pas pensé avant, bon sang ? Nous n’avons aucun moyen de prouver ce qui s’est passé, alors pourquoi pas ?

– Ça ne vous pose pas problème de penser qu’Halloway soit un menteur ?

– Eh bien, je n’ai pas dit que le concept me plaisait, mais au train où vont les choses, c’est la meilleure théorie que nous ayons. Mais comme je l’ai dit, nous n’avons encore rien pour l’étayer.

Alors qu’Harm se concentrait intentionnellement sur sa chevalière de l’académie, son cerveau tournait à plein régime. Réfléchis, Rabb. Tu es sur le point de trouver quelque chose.

– On ne peut pas prouver que le moteur n’a pas calé, mais nous pouvons peut-être prouvé qu’il n’y a eu aucun redémarrage. Si le Phoenix est redescendu à trente-cinq mille pieds, il a dû se retrouver en plein milieu du trafic commercial. Ce qui veut dire…

– …qu’il a dû apparaître sur les radars de la FAA ( Federal Aviation Administration). Capitaine, vous êtes un véritable génie.

– J’aimerais que plus de jolies femmes soient de cet avis.

Harm sourit brièvement mais d’un sourire teinté d’appréhension.

– Peut-on avoir accès aux radars de Dulles ?

– Rien de plus simple. Bien que je pense que nous savons tous deux ce qu’ils diraient. Si le moindre objet ressemblant au Phoenix était passé à portée de leurs radars, nous en aurions entendu parler dans la minute. Par eux ou par ZNN. Vous savez comment c’était avec le Stealth en Californie.

– Oui, les pilotes ont subi l’enfer pour ça. Nous avons tout de même besoin des enregistrements. Ce seront des preuves recevables.

Il regarda sa montre.

– Il est 2240. Pouvons-nous encore entrer dans le bâtiment ?

– C’est pour ça qu’ils nous ont donné des cartes magnétiques, pour les utiliser quand ça nous chante. On y va.

Pas d’hésitation, nota-t-il. Peut-être qu’ils n’étaient pas si différents que ce qu’il pensait.

Chapitre 3

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